C.i) \.*-(/,n fin tVt iii.'ir
U't) \.f hiin'iucl, p. (').
Il) I^ liuniiuel, p.i^sini.
(8i Id . p. f>.
(9) Id., p. (,.
DiCT 01^. i»K Lif r^.ri»ii HK criH/ti.
sans solution, ou dont la solution est obscure et douteuse!
Les esprits mixtes comprennent ceux qui, n'ayant point accompli le pèlerinage selon les lois de Vamoxir, subissent une sorte de pénitence, et « se façonnent en attendant que la volonté supérieure les introduise de nouveau dans celte vie terrestre (1) . »
Ces trois ordres d'esprits libres s'unissent ou cherchent à s'unir aux esprits captifs revêtus d'une organisation matérielle, qui sont pour eux comme des instruments , des moyens d'action; d'un autre côté, les esprits captifs peuvent accepter ou refuser leur concours, attirer les colonnes lumineuses, ou se laisser dominer par les colonnes obscures. Dans le premier cas, ils méritent et se perfectionnent. Ils déméritent dans le second cas (2).
Mais laissons là les races inférieures, les animaux et les végétaux, et occupons-nous de l'homiue exclusivement.
L'homme, esprit et corps, est le plus délicat des instruments n)i,s sur la terre à la disposition des esprils libres. C'est le dernier point, la dernière gaine par laquelle ils agissent.
L'homme possède la volonté, mais elle est une partie infiniment petite de ses actions. Il ne peut que repousser les esprits inférieurs quand ils veulent s'emparer de son âme, et attirer au contraire les esprits supérieurs par des aspirations brûlantes. Lorsque la direction est prise, que les colonnes lumineuses ou les colonnes obscures sont descendues, que l'homme a fait le vide du côté du bien ou du côté du mal, le sort en est jeté, il ne s'appartient filus. Les esprits occupent son intérieur, et le gouvernent selon leur nature.
L'homme que les mauvais esprits possèdent eut abandonné au pouvoir du mal. Il perd sa volonté, et coh, jusquà ce que Dieu la lui rende, car il est presque impossible qu'il sorte de son malheureux état, et qu'il attire s|)onlanément la colonne lumineuse, puisqu'il n'a pu y réussir étant libre et la grâce aidant {'.ij.
Il y a donc lutte entre les esprits inférieurs et les esprits supérieurs se disputant le co'urde l'homme. Quant aux esprits mixtes, ils sont nos anges gardiens. Ils s'introduisent aussi dans nos Ames, s'ellorcont de les bien diriger, et la (in de leur pénitence est h ce prix (ij.
Les esprits supérieurs ont eux-mêmes un grand intérêt h s'emparer de notre intérieur jiour y allumer les llammes de rnmour. Kn rslff-t, Innl rpj'ils n'auront pas rem[)li cette missifjn, t/iiil fju'ils n'auront pas vaincu le.s colonnes somtires, ils seront obligés de demeurer sur la terre et ne pourionl jr)uir corafilélemerit du bonheur céleste (5).
(Ij Le nnnquct, p. (J.
('2) !/<• Hiinquel, passiin.
(.3) l,r Itfiiifiuel, p. 8.
(i) Id., p^Hsirn.
(ti) !.<• Hauqiirl, p. 0 cl 11).
Ainsi, 1.1 f(^lioili''dcs saints et des anges, cl 1,1 cli'livianio des esprits mixtes sont entre iKvs mains, et cm ouvrant noire cœur aux • olonncs luiuinensos , nous servons nonseulrmrnt la terre, mais même le ciel (1).
\.n f(MTe, la vertu, le devoir de l'homme, consistant h évixjuer les colonnes d'esprits supérieurs, et « tout dépendant du mouvement de notre âme pour Dieu, considérons que sont toutes espèces de formes, que sont les confessions, les communions, sans ce mouvement? Ahl que dis-jo? que sont ces formes qui nous étourdissent sur la voix de ce pérc aimant qui nous sollicite à ce mouvement attendu par lui , ces formes qui étouffent les inquiétudes de la conscience ? c'est lorsque le mal tourne à son profit les moyens donnés par Dieu, lorsque, dans les temples, des fumées noires s'élôvcnt pour Satan, que le triom[)he du mal est accompli. Mais, o vaines entreprises! elles ne sont rien, ces vertus froides, mortes; ces prières, ces formes, ces fondations sans nombre : il n y a que d'écouter Dieu parlant par la voix de son vicaire : Mon lils , donne-moi ton cœur; qu'une seule émotion, qu'une illumination de l'Ame qui peut nous amener une colonne d'esprits saints, d'où la grûce, la bénédiction, le ciel (2).
Existe-l-il un moyen sûr et infaillible de distinguer les esprits supérieurs des esprits inférieurs à leur entrée dans notre âme'/ Les anges de ténèbres ne se transforment-ils jamais en anges de lumière? Si l'homme, une fois encombré par les colonnes inférieures, perd sa volonté; s'il est tellement abandonné au pouvoir du mal qu'il lui soit presque im[)ossible de s'y soustraire, tant que Dieu ne lui a pas rendu sa liberté ; si, quand une colonne lumineuse ou ténébreuse s'est emparée de lui, il nest plus qu'un instrument , une gaine, une enveloppe au service des- es{)rits, le libre arbitre ne se trouve-t-il pas réduit à des proportions insignitiantes? On me dira probablement que l'homme peut d'abord choisir entre les bons et les mauvais esprits 1 C'est vrai, au début, mais ensuite, il est passif, et l'on ne saurait désormais lui imputer des actions auxquelles il devient moralement étranger. C'est lesprit qui l'encombre, le dirige, le mène, (ju'U faut récompenser ou punir.
Ces objections sont graves, et les prophètes n'y répondent [)as.
La question de la vie future me paraît très-clairement résolue. Ceux (lui auront nccoinpli le pèlerinage terrestre selon les lois (il) l'amour, iront avec les séraphins et les t)ienheureux continuer leur vic<i l'état d'esprits libres, en attendant l'ouverture déliriitive du ciel. Les autres, après avoir subi leur [)énilence, rentreront, soit dans le corps d'un homme, soit dans celui d'un animal, ftoit dans celui d'une [ilanto, suivant leurs mérites.
M. Mickiewicz a déclaré quo l'honneur
(I) l.<- Banquet, p. 9.
MYSTlQltS 908
d'être aujourd'hui rai)ôtro de la foi iu»uvt'lle ferait la consolation de toute sa rie et de toutes ses vies (1). L'homme j>eut donc conserver le souvenir de ses existences passées ; mais une telle faveur n'est probablement accordée qu'aux prophètes.
Envisagé au point de vue historique , le système n'est pas moins curieux. Examinons en peu de mots ses principales applications.
Depuis la création du monde jusqu'à Jésus-Christ, les colonnes lumineuses furent dominées par les colonnes obscures.
C'est cette période que Y intras et les précédents réformateurs inontanistes désignent sous le nom de règne de justice, règne du Père.
Jésus-Christ, le premier après Dieu (2), dans la colonne des giands chérubins lit descendre les esprits supérieurs sur la terre. Il racheta le genre humain (3). « La sainte Vierge écrasa la lète du serpent, parce qu'elle fut linstrument si important de la dispersion des ténèbres par les colonnes lumineuses (i). »
« Mais jamais encore jusqu'ici la colonne lumineuse ne posséda le sceptre delà terre; la lumière de Jésus-Christ combattant encore contre des ténèbres prédominantes , n'est point arrivée jusqu'à ce point de force et de puissance. » D'ailleurs, on l'a falsifiée pour se l'accommoder. Elle a servi d instrument à l'orgueil (5).
Cependant, après deux mille années lunaires célestes. Dieu a réclamé contre le gaspillage do sa grâce, et une nouvelle grâce et miséricorde doivent être répandues sur la terre.
« C'est à la moitié du xix* siècle que tu as réservé, ô Seigneur ! cet honneur, celle joie, ce phénomène inconnu au globe : le pouvoir en la possession de la colonne lumineuse et la domination de la lumière, de la vérité et de l'amour (6). »
Les esi)rits supérieurs ne conserveront pas toujours, il est viai, ce pouvoir dans sa [)lénitude; mais ils ne le perdront plus entièrement, et dorénavant « il sera balancé entre l'esprit do lumière et l'esprit de ténèbres. »
Deux peuples recevront d'abord la gr;lco du Seigneur et serviront h éclairer les autres : le peuple Slave et le peu|)le Français (7) ; « et même aujourd'hui, la France présente, sinon un f)oint lumineux, du moins un point gris au milieu des ténèbres du globe. — F^t cela est le développement élémentaire, progressif (fe ta miséricordieuse pensée , ù Dieu (8j 1
( I ) Leçon du 20 in.irs.
(•i) Ia' linnquct, p. 14. — Après Dieu ! c'est h négnUon loniiollt' de l.i divinili* de Jesus-i.lirisl. M. Mi- ( kil■^vi(-/ s i;n 0:^1 explit(ue plus iicllcnioul dans la leçon du ili ni:«rs.
(r>) !,(• Itdiiqui't, p. 8.
(l) I,e IhitujHct, p. !>.
Ï%) Id., p. 10.
ft) Le lUmquct, p. IL 7) Leçon «In il mai.
8) Lo Bonquel, p. 11.
fl09 MYSTIQUES
Un Messie ^ïowiaiiski) vient d'être envoyé {tour prêclier le nouvel Evangile et diriger l'œuvre naissante. Il arrive du fond de la Lithuanie (1); il ne faut point contester sa mission, car il a guéri plusieurs malades, et au premier jour il ressuscitera des morts (2) 1
Ce messie religieux sera secondé par un messie politique ; et tandis que Vintras prédit la conversion et le triomphe de Louis XVII, Towianski et M. Mickiewicz proclament le retour de Napoléon parmi nous. L'esprit de ce héros, n'ayant point entièrement accompli le pèlerinage terrestre Selon les lois de l'amour, achève sa pénitence, en attendant que Dieu le délivre et l'incarne de nouveau (3). Il fait partie des esprits mixtes dont l'épreuve n'est point finie. Il cherche à descendre dans nos cœurs, afin de les pré()arer, de les secourir, et de mériter ainsi sa délivrance (4).
Ceux que la Providence a choisis | our commencer l'œuvre de la miséricorde et de la grâce doivent se disjwser à l'apostolat d'une manière toute spéciale, s'enfermer dans le cloître de leur intérieur (5), se détacher de ce qui est humain, et travailler sans scruter les destins, sans demander la raison des volontés divines. Ils doivent activer la lumière de Jésus-Christ jusqu'à Vétat de feu de iétoile, l'attiser par des prières, des actes de contrition, d'humilité, d'amour , à l'aide du travail intérieur de Vàme (6/. Ils doivent surtout attirer en eux l'esprit de Napoléon et suivre ses inspirations, afin d'abréger la durée de sa peine et de hâter son retour (7).
Tels sont les rèvcs de nos poètes prétendus religieux, et nous enregistrons déjà comme <Jes curiosités littéraires ces révéla- , tions qui devaient changer la face du monde, et qui sont si tristement renouvelées des Orientaux et des (irecs. .Mais il faut bien peniiettre à Towianski de se croire Napoléon, quand l'ierre Leroux se croit Pythagore. Dieu a rendu folle la sagesse des sag-s j>our faire lrion)phiT la sainte folie do fa fToix au-<J(;s>us de toute sagesse.
C'est k saint Franrois d'Assise, c'est à saint Jean de la Croix, c'est à sainte Thérèse qu'il faut dfwn.-iridfT le véritable esprit de la poésie nivstiipie, c'est dans le Traité de l'amour de !)ieu par saint Fiançois df! Sales qrj'il f.iut chercher les inspirations de cette éloquence qui vient du cœur ; c'est dans les livres de M. Olier qu'on afjfuendra
(1) \a> Dmufuel, p. U.
{ï) On raooriUî I amcflolc siiiv^inle : Mar r.-ircli«vrqiie fj»; Paris (Jciiiaiiflant un jour a M. Mirkiewirz 1.1 pr^ruve (Je b mission (l<; Towianski, le |»rof<;ss<^iir lui n-i»onrlil : Moiiw^ijçiuriir, il fait d.-s mirai les. Il a luftuf. (5u»;ri une reiniiir qui .;iail rl.inK»rr»;U!M'menl niaiaij*:. {Annalei d': phUoitufiliie clirétu:niie, n- (l'a\ril iHli. Ia!» \ erhet nouvenur.)
(') \.t: liamiuel, p. 14, «i |.(;on du i8 mai.
{K) !>• lliiiufiiet, |). U, 1'; f;i Ki.
(ti) /^/., p. 14.
Ui) Id., p. 7.
n» Id.. 1». ir>f;( 10. cl passini.
l'énergie de la foi chrétienne et les stoïques beautés de la vie intérieure. M. Olier, curé de Saint-Sulpice et fondateur de la société des prêtres qui dirigent actuellement les principaux séminaires de France, est un grand mystique, et nous r.serions presque dire un grand génie encore inconnu, tant il y a de grandeur dans ses conceptions, de force dans son style, et même de poésie dans les révélations dont il fut favorisé. Plusieurs de ses ouvrages encore inédits qui nous ont été communiqués par le vénérable M. Garnier, l'avant-dernier supérieur de le congrégation des Sulpiciens, contiennent des choses de la plus grande beauté sur la vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ dans la personne de ceux qui le servent, et sur la lumière spéciale qui forme l'auréole des saints. Les relations de M. Olier avec la vé lérable mère Agnès pourraient fournir le sujet d'une légende très-poétique et très-touchante. Voici comment il raconte lui-môme ce mystère de charité :
« Un jour, étant dans la retraite, où je me disposais pour entreprendre le premier voyage de la mission d'Auvergne, je vis cette sainte âme venir à moi. Quoique je fusse effectivement assis, néanmoins j'étais à genoux en esprit. Elle portait en une main un crucifix, et un chapelet de l'autre. Son ange, parfailement beau, portait la queue de son manteau d'une main, et un mouchoir de l'autre, pour recevoir les larmes dont elle était baignée ; et, avec un visage pénitent et aflligé, elle nie dit : Je pleure pour toi. Ce qui me donna beaucou[) au cœur, et me remi)lit d'une douce tristesse. J'ai même son crucifix, et j'ai reçu son mouchoir plein de saintes larmes. Son bon ange, que l'on Cl oit être un séraphin, m'a été donné l'avant-veille du jour cjue j'appris sa mort. Etant à la campagne, voilà un ange qui fond sur moi comme un aigle ferait sur sa proie ; et comme il m'embrassait, j'entendis ces paroles de mon ange : Honore bien l'aiiye qui est auprès de toi ; c'est un dts plus yrand.s qui se soient donnés à créature sur terre. J'avais bien ressenti quelques caresses du boi ange de la paroisse, n)ais |)Our celui-ci je me souviens que, jiassant parles lUCS de Paris (pic'hjue temps après (c'était sui" hi jiont Notre-Dame, où il vit les anges de tous les manbands j, il me sembla (pie je voyais les hommages et les grands respects que tous les autres anges lui rendaient. Or lo jour fjue j'appris cette mort, aussitôt, touché, je mon allai devant le saint sacrement... j'eiil*n<li.s un(! voix dans mon coMir qui partait du labernucle, (]ui me dit : Je t ai laissé mon ang(! ; paroles (pli me fortili^-rent tellement, (pi'elles m'emiiêchèrenl d(,' plt.-urer et de m'allligcr davantage.»
(,('t esprit d'expiation, c«i sacrifice incessant des justes les uns (lour les autres, et di.'S justes poui' les pécheurs, ces chastes embrasseiiHjnts de deux âmes saintes (jui se rencontrent dans le tabernacle où re|»ose le Dieu imuiolé, ces douceurs amures do la croix, ces échanges de larmes, cotte vie
î>ll
MVSTIQIF.S
cachée en Pieu, celte (»r(ilongalioii d.'S douleurs du Calvairo dans la porsoiuie des saints, cette agonie d'une volonlcî (jui meurt iiour s'inunortalisor dans l'obéissance, voilh U véritable pénie du christianisme, voilà le mysticisme des vrais gnostiqucs, c'est-àdire de ceux qui savent ce que c'est qu'aimer Dieu. Arrière donc ces tendresses molles, ces rêveries sensuelles, ces mélanges damour profane (jui déshonorent la poésie prétendue religieuse de notre époque! retrempons l'art chrétien dans les sources mômes du christianisme. Le christianisme, c'est la croix, et noire l'arn.isse doit être le Calvaire. N'essayons pas de môler la nuit avec le jour, lis sont inconciliables : dès que le jour [)araîl, la nuit s'en va. N'essayons pas de concilier le panthéisme avec la vérité catholique, et la matière avec l'esprit : leur dualisme est éternel. Adirmer l'unité de substance, c'est matérialiser l'esprit. Pire que tout est Dieu, c'est aflirmer que Pieu n'est pds. Prétendrions-nous renvoyer le Verbe éternel à l'école de Spinosa? Peut-on concilier ensemble la négation et l'affirmation sans les faire changer de nature? Que nous veulent donc les mystiques de la matière, les faquirs de la fatalité et les brames de l'attraction? Ils savent bien que du jour où nous leur donnerions la main, nous ne serions plus catholiques; et de leur doctrine à la nôtre, la destruction et l'absorption de l'une des deux est la seule conciliation possible.
Résumons-nous. La chair et l'esprit, l'orgueil et la foi, le sensijali«<me et l'ascétisme, se font dans le monde une guerre qui maintient l'équilibre moral dans la société des hommes, et celte guerre durera autant (jue le monde. Chacune des deux forces revendiquer pour elle la divinité et la religion ; l'une nie ce que l'autre alfirme, et réci|)ro- (luement. Les anciens avaient pressenti ce inyslère,lors(ju'ilsfais.uentlutlerKioset Antcros ; |)armi nous, c'est \i\ Christ et I^Vntechrist qui luttent l'un contre l'autre. L'Antéchrist, parodie h^ Christ; lia ses ministres, ses mystères, ses hymnes, ses poètes. Le mysticisme de l'Antéchrist n'est (luo l'ésotérisme des joies de la chair, (|ui ensevelissent l'Ame dans une désolation éternelle. Le mysticisn)e est la poésie iitimedcs Anuvs, et c'est en lui (lu'on trouve les sources de l'irispiralion littéraire. Il faut donc veiller sur soi-mfime pour ne pas se laisser surpicniire à des rôves contagieux; il faut «■raindrc le venin des doctrines matérialistes dont est infectée l'école moderne, et n'étudier que les vrais maîtres, qui sont les écrivaiîis sacrés, les Pères et les saints. Le n)ysticisme des autres n'est cpie de la corru[>lion dans les mœurs et de l'amphigouri dans le style.
Ce n'est pas seulement dans les écrits des saints, c'est atissi dans leur vie, (pi'il faut «^•tudier ces secrets de la véritable vie intérieure, (|ui resteront toujours i^inorés aux chrétiens inlidèles, et seront |)our la sagesse mondaine un étcnud scAndale. Sainte Llisa-
MYSTIQirS îifî
beth [lassniit sa vit' avec des lépreux, chassée connue une mendiante, et se soumettant avec joie aux rudes traitemenls do maître Conrad, ne sera jamais inie héroïne de roman profane. Mais demandez à M. de Monlaiemberl ce qu'on peut faire de sa légenile? Le monde ne comprendra jamais l'héroïsme de tous ces grands cceurs, dont il n'était pas digne, et qui se sont consumés pour lui sur la croix : les stylites, les encuirassés, les stigmatisés, les saint P>ançois d'Assise, les saint Alexis, les saint Labre, toute cette sublime gueuserie, ions ces mendiants qui ne se seraient [)as baissi's pour ramasser la couronne du monde, et qui, semblables à Moïse sur la pierre d'Hore.b, soutenaient les trônes chrétiens par leurs prières, et faisaient aux empires appauvris de vertus l'aumône de leurs saintes larmes 1 et tous les j)ieux solitaires qui sauvaient le monde par leur exil et se soumettaient à la servitude volontaire pour conquérir aux hommes la véritable et inaliénable liberté! Hermann Coniracto, ou le contrefait, ce Job chrétien qui souffrait pour l'amour de Marie dont il était le fiancé; H;'nri Suso, dont la charité était si tendre et si cruelle, si tendre pour Pieu et pour le [)rochain, si cruelle envers lui-même, car il porta toute sa vie une croix hérissée de clous qui lui mordaient la chair. Nous ne pouvons nous refu'^er au plaisir do citer dans leur vieux style qui'hpu'S pages détachées de cette vie admirable :
{Tiré (le la vie de Siisn, c. iO.)
Entre plusieurs autres que le bon père Suso desiroit réduire à Pieu, vint à luy vue femme tine et cauteleuse, poitant vn coMir de lou|) sous vue couuerture d'honneste cou uersation, connue il sembloit : et se s(,auoit si bien desguiser, qu'en longue espace do temi)S ledit Suso lu' s'en |)ouuoit apperc. uoir. Aunarauant elle estoil tombée en vn forfait vilain et deshonnesto auec (juehpio honime : et non ronlente de ceste meschanceté, elle la voulut augmenier et agrauer, donnant l'enfant (pii esloit venu à vn autre, qui en estoit du tout innocent. Mais le b(Ui jiere ne la voulant chasser arrière de soy pour ce forfait, escouta ses confessious. et luy fit beaucoiqi d'honneslete/. et plaisirs : mais nuant cela eut long temps duré, tant lui (ju autres personnages dignes de foy, cogneurent quelle esloit en secret adonn(>e aux mosmes péchez cpi'elle estoit auparauant. t'e quo neantmoiiis il tint secret, ne la voulant manifester. Toutesfois il se relira d'elle, et ne lui lit plus de plaisirs aceoustuniez. Klle s'ap[)ercevant de cela, lui manda, cpi'il m* list pas ainsi : car si elle estoil frustrée ili's conuuodite/, et prolits qu'elle receuoit de luy. (pii se repentoit. et lui bailleroit liMd'.uit ([u'elle auoit eu d'vn séculier, duipu'l elle le diroit et atfermeroit père, et tpje par cela elle lui feroit vn si grand deshonniHir. (pi'il en seroit par tout ditl'.uné. Il fut espouuanlé de ces paroles, etdenieurant quelque temps tout pensif, il se print à souspirer du profond du cœur, el dit en soy
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MYSTIQLES
M\ST1ULES
mcsme : les angoisses me tiennent de tous restez, et ne scai où me tourner. Car si le f;iis cela, ie suis malheureux, et si ie ne le fais, encore suis ie malheureux; et par ainsi les angoisses m'enuironnent de toutes parts, eu sorte qu'elles me peuuent accabler. Cependant il atlendoit d'vn cœur paoureux ce que Dieu permettoit à ce diable contre lui. Or'il print ce conseil en soy et en Dieu, que c'estoil !c meilleur pour le salut de son corps et de son ame, de choisir entre deux maux, et se séparer de ceste meschante femme, quelque chose qu'il aduint de son honneur : ce qu'il suiuit aussi. Ceste femme fut tant esraeuë de cela, que courant de costé et d'autre aux religieux et aux séculiers, volontiers de grande meschanceté qui la tenoit, elle se diffamoit elle mesme, seulement atin de faire de l'ennuy à ce pauure homme et affermoit à tout le monde, qu'elle auoit eu ce'st enfant de luy. Ceste chose offensa et scandalisa bien grandement tous ceux qui croyoicnt ce quelle disoit, et d'autant plus que le bruit de la sainteté d'iceluy s'estoit plus loin espandu. Cela lui transperçoit le cœur et l'ame, et nefaisoit ()lus que languir de misère et angoisse : il passoit les nuicts Sfins dormir, et les iours en tristesse et ennuy. 11 leua donc ses yeux à Dieu auec un triste visage et profonds souspirs disant : 0 Seignf-'ur, voici ce temps misérable venu, voici mon heure, comment pourray-ie endurer les grandes alTlictions et destrosses de mon ceur'/Oque ne suis-ie moit, alinde ne voir et entendre ceste calamité I 0 bénin Jésus, vous mesme sçauez comme tous les iours i'ai honoré vostre tressaint nom, et en tous endroits i'ai tasché de le faire aimer d'vti chacun et honorer? voulc/. vous donc a|)Orter vn tel diffame et ignominie h mon nom? A bon droit ie me |)uis pl.iindre do rela. L'ordre de Saint-Dominifjue ci.h'bre et rmomrné receura t;jnt de deshontieur et infamie de moy, que iamais ne cosseray do pleurer. O lés angoisses de mon cœur.' Los gens de bien, qui iusquesJi présent m'ont honoré comrru; vn saincl hf)mme,(li(ise qui me pouuoit dofwier courage-, mtiintefiant ne me regarderont point autrement, qiie |)0ur vn abuseur de peu|»le, ce qui blesse mon aine de cruelles playcs. Quand le bon père eut quelque temps jioursuiui de lelle sorte ses comphiintes et lamcnlalions, qij<! l,i vie et les forces lui defailloienl, il y eut vno fenurio qui vifd ,'i Ini, disant : Alonsicur pourquoy vous lournieritc/, vous ainsi? Prenez l>oii counig*;, aiséuM-nt ie vous aideray, si me vouh;z obeyr, c-t fer/ii en soric, ijue ne p(M- <lrez vostre honneur et bonnr; icwoiuwiUi. l'renezdonc boime espciauccet conforl. Luy esleuant vn peu les y<-ux, dist : l'.ir r/uel moyen ferez vous cela? Kilo n-spondil : le IMfiidiay cestenf.int entre mes bras, et l'cmi»orleray sous mon manteau, et lenterreray tout vif de nuif:l, ou le feray mourir, luy lichnnt une aiguill»; dedans le ( criMîau. Qu.mt il «trni mort, tout ce tumulte sera appaisé, et vo.Hlre honneur vous r<;slera onlier. Le bon l'cre grandement indigné re«.j»oidit : O
femme la plus cruelle qui viue, feras-lu donc ainsi mourir ce pauure petit innocent? Que peut il mais, si sa mère est meschante? L'enterreras-tu tout vif? là n'aduienne, ià n'aduienne, que ce meurtre soit iamnis commis par mon consentement. Rien h la vérité ne me sçauroit aduenir pire et jilus domma- .geable de cecy, que la perte de ma bonne renommée : mais si la valeur d'vn royaume entier estoit à ma disposition, bien volontiers auiourd'huy ie l'offrirois et resignerois à Dieu plustost, que l'endurer que ce sang innocent fust espandu. Mais elle dist : Vous n'auez pas engendré cest enfant : dequoy vous souciez vous s'il meurt ainsi? Et quant et quaiit elle va tirer vn grand Cousteau bien affilé disant : Laissez le moy emporter de deunnt vous, ie luy auray tost coupé la gorge, ou bien ie luy mettrai ce Cousteau dedans le cœur: quand il sera ainsi mort vous serez en paix. 11 respondit : Tais toy, meschante femme. A qui que soit cest enfant, il est neantmoins formé à l'imago de Dieu et racheté du précieux et sacré sang de lesus Christ. le ne voudrois donc qu'on espandit si cruellement son sang. Mais ceste femme se mettant en colère , dist : Sil ne vous plaist qu'on le tuë, à tout le moins endurez qu'on le mette à l'église le matin, connue on fait les enfans exposez et abandoiuiez : autrement faudra que facicz des frais excessifs et intolérables , pour l'entretenir. Suso dist : Certainement i'ay conliance en Dieu tout puissant , (pii a eu soin de moy iusques à présent , que facilement il fournira les choses nécessaires tant à moy qu'à ce petit enfant. Va donc , et me l'afijioi'te secretlement ici , afin que ie le voye. Qunnd donc il l'eut pris entre ses bras , co I»etit enfant lui sousrit. A cause dequoy sous[iiranl du profond du cœur, il dist : Quoy, tueray-ie ce beau i)elit enfant qui mo rit? là n'aduieiuie : Ceitainenu-nt i'endureray volontiers tout ce (jui m'aduiendra pour l'amour de luy. Puis tournant .uniablement son visage à l'enfant , il dist : O pauure jtetit enfant, que tu es vn orphelin misérable I (>ar teluy ((ui t'a engendré ne te veut auoiier pour sien, ton infidèle meie l'a voulu exposer et ab.indonner (onmie vn chicm, dutpiel on ne lient aucunement compte. Mais p.ir la jnTmission de J)ieu tu m'as e^té donné, afin que ie sois ton père , ce ipTaussi feray-ie bien volontiers , et ne; te receuray point d'autre j)ait (]iie de Dieu, 'l'i-es-doux enrinl, tu es dans mon sein, et combien (in(! tu n»; puisses [.arler, touleslois lu me regardes douceinf ni. Mais moy ie le reganh; d'vn c(i;ur n.juré , d'vn a;il pleurant, et l<! baisf! aminblernent. l'arrouse ta f;ice doli(;at() do mes chaudes larmes. Mais (puuid ce Iresbeau jietit enf«uit senlit les larmes de Suso arrouser son visjige, il s(.' print |i<ireillem(uit h pleurer bien fojt , et ainsi pleut oient Ions deux. Or Suso voyant ce petit enf;uit pleurer, d le, Micssa amoureusement contre sa poilri 'e, disant : Ne pleure point mon Ires- ( lier (ils. Pourch«sseray-i(; ta mort p,irce(juo tu li'es cngondré du moy, vl (|u'à cause dt.*
91 s MYSTIQUFS
toy il faudra que i'emlure beaucoup de maui cl de faschi^rie? le ne te puis aucunement alîliger : car tu seras mon tils et celuy de Dieu , et pendant que par la grâce de Dieu i'auray vne seide boucnce de pain , ie te la donneray h la louange de Dieu, et etidurcray volontairement tout ce (jui maduiendra de ceci. Quand ceste furieuse femme, qui auait délibéré de tuer l'enfant, entendit ces lamentables propos , elle en eut le cœur totalement attendri, et se print à pleurer et crier l)ien haut, en sorte qu'il la fallut faire taire, Suso craignant que la chose ne fust diuulguee. Apres qu'elle eut assez pleuré, il luy rendit le pet.t enfant, et luy souhaitant bon heur, il dist : Dieu te bénisse, et les saints anges d'icehiy te préservent de tout mal 1 et coujmanda qu'il fust bien nourri et traité h ses despens. Apres ceci la détestable mère de cest enfint continua tousiours de plus en plus à ditlamer Suso en tous endroits , et principalement où cela luy pouuoit nuire, de sorte que plusieurs honnestes personnages auoient pitié de sa fortune, et souuent prioient Dieu le iuste iuge, qu'il enuoyast la mort h ceste femme. Quehpiefois vn sien cousin h; flit tiouuer : et luy dist : Malheur à ceste sacrilège fennne, qui vous a ioiié vn si meschant tour. Certainement ie vous vengeray d'elle. le me cacheray quelque part sur ce grand pont, elfiuantelle passera dessus, la ielteray dans la riuiere, afin que })ar ce moyen son exécrable cruauté soit punie et vengée. Suso lui res[)0ndit, Ami ne faites pas cela. Ih n'aduienno que pour l'amour de raoy aucun soit mis à mort. Dieu qui cognoist les secrets de tous , sçait bien qu'h tort et sans cause elle m'a accusé du fait do cest enfant. le recommande donc cest affaire es mains d'iceluy, afin qu'il la fnce mourir, ou la laisse viure , s'il luy semble l)on. Et (junnd ie ne ticndrois compte du danger que mon ame encourroit , si je nourchassois la mort de ceste femme, touteslois encore voudroy-ie honorer en elle toutes les autres chastes et honnestes femmes, et la laisserois viure. !>'autre tout courroucé rospondit h cela : Pour mon regard ie ne foroi aucune dilliciilté (h; tuer homme ou femme , s'il m'auoit fait vne telle iniure. Suso luy dist : Ne faites pas cela : car ce seroit vne extrême cruauté et barbare témérité. Cessez done, et me permettez aduenir toutes les croix et alllictions que Dieu voudra que i'endure. Or cest»; fllllielion croissant , vne fois vaim ii •l'infirmité d'esprit, se trotiuant par trop chargé et gn-ué , il vouloil prendre quelque récréation et allégement. Panpioy il s'en alla vr>ir deux fie ses amis, aliii de receuoir quel'pie consolation d'eux : lesrpiels s'osft)ienl nionstrez familiers et fidèles en sf)n endroit, (juand la fôrtinie luy estoit riante. Mais Dieu permist on ce lieu , que de fait il experimenlast en tous les deux , comme il n'y a rien de solide il d'entier es créatures. Car il fut beaucoup plus gnoluemeiil aflligé de ers deux et d»' leurs compagnons, que du pouplf». L'vn fie ces deux luy di>l d^s paroles fort asprcs ot piquautct», et luy tom i\a
le dos auec grande indignation, vsant mesmes d'iniures et- reproches. Entre autres choses qu'il luy dist iniurieusement , il lui connnanda de (piitter son amitié et familiarité , d'autant qu'il auoit honte de hanter auec luy. Ces paroles luy touchoient au profond du cœur, et respondit d'vne voix triste et lamentable : O nion frère , si Dieu auoit permis que vous fussiez tombé dans ce profond bourbier, comme il a permis que ie sois tombé , ie me ietterois de bon cœur a|)res vous , et vous en retirerois bcnignement. Mais helas I ce ne vous est assez de me voir profondement plongé, ains encores vous vous efforcez de me fouler a beaux pieds. le me plains de cela au cœur autresfois tant affligé du tres-pitoyable lesus : mais cestuy luy commanda de se taire , disant auecîniure : C'est fait de vous. Non seulement vos sermons, mais encores les liuros qu'auez faits, seront reic^ttez. Et luy dressant les yeux au ciel , respond doucement : Je me fie en Dieu tout puissant , que mes liures et mes esprits en tenips oportun seront beaucoup [)lus agréables et chers , quo iamais ils n'ont esté par ci deuant. Il reçeut ceste consolation vrayeraent lamentable de ses principaux compagnons et amis. En la mesme ville, iusques à ce temps les gens de bien l'auoient honnestement pourueu dos choses nécessaires : mais quand ils entendirent ces faux bruits, tous ceux qui les croyoient se tindrent de l'aimer et de le secourir, iusques h tant que, sçachans bien la vérité de tout, ils retournèrent encores vers luy. Vn iour il s'assit pour prendre quelque peu de repos. Or estant ce[)endant retiré des sens, il luy sembla qu'il auoit esté mené en quelque région intelligible. Lh quelqu'vn parloit lors au fons de l'ame diceluy en ceste manière : Escoule, escoule vne parole de consolation que ie le liray maintenant. 11 escoutoit altentiuement. Il luy leut donc en latin ces paroles d'Esayo : Tu ne seras phis appellec délaissée, et ta terre ne sera p!us appellee désolée : mais tu seras appellee, ma volonté en icelle, et ta terre sera habitée , car le Seigneur s'est pieu en toy {Hsa. lxii). Quant il eut lea cela il le repela par trois ou quatre fois. De tpiov Suso s'esmerueillant , il dis! : Que veut (Hre cela, que tant de fois voiis me répétez ces choses? Afin, dit-il, (ju'asseurant vostre esprit en Dieu , vous ayez bonne confiance en luy, puis (pie mesmo il pouruoira des choses nécessaires la terre de ses amis c'est h dire leurs corps mortels, et si quelque chose leur est ostee en vn endroit, il le leur rendra on laulro : Dieu vous en fera de mesme par sa bénignité. Tout «;ela aduint par après, ot si ciidemment, que plusieurs en rioient de ioye, et louoient Dieu, les yeux (les(piels parauant auoient ielté des larmes de grande pitié et compas • sion. Alors cest homme aflligé ressombloit h vne bestiole mangée et deschiroe des loups, qui rond encore (piehjue odeur, dont les guespes et freslons arniioz , y viennent par bandes, et acheuont de manger ce qui reste, iusques aux os», voire tirans la moelle lenj-
portent en l'air auec eux : car il fut en la mesme sorte diuulgué et diCfamô de tous costez par quelques vns religieux d'apparence , et qui faisoienl cela sous couleur et quelques saintes ou deuotes complaintes et aeuis , afin de se recréer les vns auec les autres comme par amitié, combien qu'il n'y eust en eux aucune fidélité. A cause décela, il se sentit par fois aiguillonné de quelques mauuakes pensées en ceste manière : Pitoyable lesus, si quehju'vn endure quelque tort des luifs, ou des Ethniques ou de ceux que chacun cognoist eslre meschans, cela se peut aucunement supporter. Mais ceux-ci semblent vos amis , qui me tourmentent cruellement, à cause de quoy ceste croix est d'autant plus intolérable. Au reste reuenant à soy, et considérant toutes choses par raison et meur iugement, il ne leur en donna aucune faute, ains se persuada que Dieu auoit fait cela par eux, et qu'il deuoit ainsi endurer, et que Dieu par ses ennemis accomplit et parfait le salut éternel de ses amis, et s.iecialement lors qu'il estoit esmeu de ces aiguillons d'impatience, il lui fut interieureiLent ainsi respomJu : Souuienne-toy, que lesus Christ voulut auoir en sa compagnie, non seulement S. Jean son très-cher disciple, et S. Pierre à lui tres-fidèle, mais encore il voulut endurer ce meschant ludas. Toi donc qui veux ensuiure lesus Christ, pournuoi endures tu à regret ton ludas ? Tout soudain vne penser; volante respondit ainsi à ces choses : Helas mon lesus, si vostre amy affligé n'auoit qu'vn ludas, cela seroit tolerable et facile à supporter : mais maintenant il n'y a coin qui n'en soit rempli, de sorte qu'vn s'en allant, cinq autres se mettent en place. II lui fut intérieurement respondu à ces choses : Celuy qui a l'esprit en bonne disrxjsition, ne doit penser rpi'aucun soit son liiuas, mais plustost (:00[)eraleur de Di<;u, f)ar leauel doit eslre cxercilé pour son snlut spécial. Véritablement quand ludas trahit et liura lesus (Christ nar vn baiser, It-sus Christ l'apftella son ami, disant : Ami, pourquoi estes vous tenu? (Matt. xxvi.) Apres ({ue Siiso plus qu'assez tourmenté fie la façon, eut long temps enduré calamité, il lui demeura qur-lque petit'; consolalion, qui lui faisoit enrores prendre quelque [teu df; courage, d'aulanl que le bruit semé de lui, n'estoil encores paruenu aux princijiaux {»relats de son ordre. Mais Dieu lui osta bi»;n tost ceste petite consolalion : (^ir celui (pji estoit ])ori»'Ct ou gênerai de tout l'onjre, (;t le prouincial de <»ermania vindrent l'vn au»;c l'autr»; en la ville où ceste rneschante ferume auoit fausseme-ni accusé Suso. Ce »pi(; |o p.-iiiure hofritue qui derneuroit autre part eutenflant, il fut rnerueilleusenienl espoivanlé, et penftoit ainsi : Peut estre que tes supcrieurs croiront c**sle malheureuse feiuiru;, (pjo .s'ils le font, c'est fait de ta vie. (^ar ils t'enfermeronl pour faire [(fcnilenre; il le vaudroit mieux oridurer la mort. (>este crainte le tour-\ inenta douze iours conliiiuels et autant d(; iMiiclK, en sorte (ju'il attendoit tousiourh qu'on lo chasliasl de la ïaiou. Un iour par
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humaine infirmité il sortit dehors aaec des gestes peu rassis, et composez, vaincu de la grande angoisse qui le tenoit : et pendant ceste lamentable contenance et composition de son homme extérieur et intérieur, il s'alla mettre en vn lieu secret et séparé de la.compagnie des hommes, oiî il ne f)Ouuoit estre veu ni entendu de personne, et tantost il iettoit des hauts soupirs, tantost les larmes lui venaient aux yeux, et puis après elles lui couloient impétueusement par les ioués. 11 auoit le cœur si pressé, qu'il ne pouuoit arrester en jjlace : maintenant il s'assisloit, maintenant se leuant subit, il courroit çh. et là par la chambre, comme s'il eust eslé aux angoisses de la mort. Quelquesfois ces paroles lui venoient et tomboient au plus profond du cœur : Helas très-doux lesus, que ferez-vous de moi ? Comme donc il estoit ainsi misérablement tourmenté, ce qui s'ensuit lui fut diuineraent inspiré : Où est maintenant ta résignation? où est le demeurer d'vn mesme estât et disposition, tant en aduersité qu'en prospérité ?Ce que toi-mesmes as bien souuentet ioyeusement conseillé aux autres, à sç.moir comme ils se deuoient sans difficulté resigner à Dieu, et ne hésiter aucunement. A quoi il respondit en pleurant : Demandez -vous donc où est ma résignation ? Mais moi ie vous demande, où est l'infinie miséricorde de Dieu enuers ses amis, le n'attends rien autre chose qu'vne extrême calamité, et suis en moi mesme tout esperdu, comme celui qui doit estre condamné à mort, et a j)erdu ses biens et son honneur, le ponsois que Dieu fut bénin, f)iloyable, et fidèle à tous ceux (pii s'oseroient mettre et resigner entre ses mains : mais il semble auoir deffiilli en moi. Helas ceste fontaine do piété, (}ui n'a j)eu estre estoupee, se tient découler vers moi malheureux. Ah, ce trespiloyab'e cœur, la bénignité duquel est lesmoig'iee de tout le monde, m'a totalement abandonné en ma misère : il adestourné ses yiîux de moy en son visage serain. O faco (le mon Dieu! O C(i!ur très-doux, i(; n'eusse iamais creu, ie n'eusse .iamais espéré do vous, que me deussiez r(;ietter de la fa(;on. O abysme inlini, secourez ce misérable deli a mort. Vous srauez que toute mon espérance cl consolalion est mise et colIo(pjee en vous seul, et non en aucun autr».' (pii soit au monde. Vous lous (pii estes aril;gt;z, esc(»ut<;z moy, ie vous prie auiourd'hui. Il n'y a certes causi! raisoiuiable, pour- l.Kpielle on se doiuo scand(;liser de cesle mienne lamentable pertujbation, et dt; nw.s gesles mal composez. Car |)endant ipic; i'au(jis la resigualion (;n la bouclK;, ce m'esloil chose plaisante, d'eu parler : mais ores i'ay h; c(i;ur tout oulré de douleur, et les sagctUîs du Seigneur m'ont lraiis|»ercé toutes les vaines, et ontespuisé mon cerueaii, en sorte (jne io n'ay mejiibre en tout le coips, qui ne soit totalcTnent consommé de rlouleur (il de tourment; et comnienl enfin pouriai-ie estre résigné ? Apres (pi'il se fui ;iinsi rnisernbloment conipoité ius(pies h la moilié du iour, ayant le cerucau fuit alloibli et débilité, en-
Olî)
MAIllM
NAIILM
fin il s'assit etdomeura Iroiujuille ol coy, [)UJs se destournaiit île soy, il se retourna vers Dieu, et so résignant h la volonté d'icelui, il dist : Vostre volonté soit faite {Matth. xxvi). Kslant ainsi assis, il vit deuant soy en extase vne saincte vierge, qui avoit esté sa fille spirituelle, laquelle estant encore en vie lui auoit pré .it qu'il endiireroit be-iuooup d'aduersitez : mais que Dieu le déliureroit de toutes. Il vit,di-ie, cestc vierge lui assister, et le consoler doucement. Mais il fut indigné de cela, et la reprint de menterie. Alors ceste vierge se sousriant s'approcha plus près et lui baillant sa sainte main, elle dit : le vous jiromels et donne asseuranc es paroles et au jiom de Dieu tout puissant, que iamais il no vous laissera, oins que plutosl par la bénignité et grâce d'icelui, vous surmonterez reste fâcherie, et toutes autres qui se pourront présenter. Suso respondit : Fille, la douleur et destresse que i'endure de présent est si cruelle et terrible, que ie ne vous puis d'oresnauant plus adioustcr foy, si ne me donnez un signe euidcnt de cela. Elle dist : Dieu par soy-mesmc vous excusera et purgera cnuers tous les gens de bien et d'honneur : quand aux meschans, ilsiugent toutes choses selon leur meschnnceté : de quoi le sage et courageux ami de Dieu doit faire peu d'estime. Au reste, l'ordre de S. Dominique, lequel vous dites auoir rcçeu deshonneur l)ar cela, sera encore beaucoup plus agre.ible jtour l'amour de vous à Dieu et à tous ceux qui vsentde raison. Et afin que vouscogioissiez que ie dis vérité, sçacnez que bientost Dieu vous vengera, espandant sa fureur sur reste detest.ible femme, qui vous a causé ceste calamité, et la fera subitement mourir : rt ceux pareillement (jui lui ont aidé à sein r de mauvais bruits de vous, périrons tous aussi de bref. Ces choses entendues, Susodeuenu plus ioyeuv |)0ursa déliurance, ciltendoit quelle lin Dieu n)ettoil h cette tragédie. Quehjue peu de ioujs après toutes ces choses véritablement aduindrent, car ceste sacrilège femme expira subitement, Dieu la punissant : et plusieurs des autres qui l'anoient le |>lus griefuemiMit persécuté, moururent aussi de mort subite, ()artie sans confession, et sans receuoir le sainct sacrement de l'autel. L'vn d'iceux estoit quelque Prélat, (pii lavoit cruellement aftliii^i'. Cestui-ci apr^s sa (uort aftparut h Suso |>ar visioîi, et liiy dit que pour cela il avoit perdu la vie et la di^nilé, et qu'il bii faudroit endurer de grands tourments. Or quelques vns de ses amis, qui sçauoicnl connue le tout
estfjit passé, yoyans cesle inusitée ven-
f;eance, et la mort subitr de ses ennemis, ouoient Dieu, disant : Véritablement Dieu aide <i ce bon personnage, et voit-on clairement qu'on lui a fait tort : à cause de quoi nous et tous ceux qui ont du cœur, l'aurons en meilleure estime et en plus grande réputation de sainteté, que s'il n'auoit point enduré cela. Depuis cela toute ceste temiieste par la grâce de Dieu fut assopie, comme la vierge i'auoit prédit en vision. Bien souuerft après il disoit en soy-mesme : Seigneur, il est vrai ce (pi'on dit communément. A qui Dieu veut aider, aucun ne lui peut nuire. Pareillement le compagnon d'icelui, qui ne s'estoitpas montré son ami en ceste cause, comme il est dit ci-dessus, et ne vescut gueres depuis, lui apparoissant après sa mort vestu d'vne belle et magnificjue robe dor, estant deliuréde tout cest empeschement,(pii l'engardoit de voir la face de Dieu, amoureusement l'embî-assa, et «Joucement appliqua et pr(!ssa le visage d'icelui contre ses iouës, lui priant qu'il lui pardonnast l'ollense commise contre lui, et qu'il eust eiernelle amitié entr'eux. Cela fut agréable à Suso, qui de son costé l'embrassa aussi fort amiablement, puis l'autre s'esuanoiiil, et s'en alla au ciel. Et quand il sembla temps à Dieu, Siiso après auo.r bien enduré, fut diuincment déljuré de toute son alll etion, et recréé d'vn intérieure paix de cœur, d'vt) tranquil renos et d'vne grâce abondante. Illoïioit Dieu lort affectueusement et principalement pour ceste aflliction passée, et disoit, (.lïi'il n eut voulu pour tout le monde n'auoir enduré tout cela. Facilement alors il cognoissoit par illumination diuine, <ju'il auoit esté [)lus excellemment consolé, recréé, et pare llement esleué en Dieu, pour auoir esté ainsi humilié, que de toutes les autres aflliclions que il auoit end iré depuis son enfance iuscjues à ce temi)s. »
Que pourrons-nous dire à ceux qui ne trouveront aucun charme dans de jiarcils récils, et (pii n'admireront pas même au point de vue littéraire ces contrastes de grâce et de barbarie, d'austérité et de douceur, ces larm s |>lus (pie maternelles de la chasteté (jui sympathise avei' l'innocence? Nous leur citiMons seulement ce passag de l'Ecriture : « Vos pensées ne sont pas mes [>ensées , et vos voies ne sont pas mes voies .dit le Seigneur. Cnijitalionrs vrstrw non snnt rogittifionrs mar, nc(iuc lùr vcstrtc viœ mrœ, dicit PoDiinns. »
NAHUM. — l.c prrq)hète Nahum a chanlé la ruine de Ninive dans un dilh\rambe sublime. I, 'enthousiasme lyrique Kst porté h »on comble dans cette prophétie [»leine d'é-
ftouTantp. Le début en est magnifique, et ofre le.-> plu» belles oppositions.
" Ee Seigneur est un Dieu jaloux qui so venge, mais il possède sa furinir. Il se vengo de ceux (pii luifont la guerre, il s'irrite contre ses ennemis. Mais leScignem' es» grand et pf»lionl dans sa force , et ne frappe pas limocent. II pasac dans la tempête , cl les