‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 188 sur 233 · NARRATION · texte numérisé non relu

NARRATION

nuages sont la poussière de ses pieds, il gronde la mer et elle se dessèche... Sa colère déborde comme une lave et les rochers se fendent... Le Seigneur est bon, il donne la force aux siens pendant les jours de la tribulation, et il connaît ceux qui espèrent en lui. »

Cette opposition de la bonté et de la puissance des vengeances et de l'amour d'un Dieu sont de la plus haute poésie. Les expressions du prophète sont d'uae hardiesse qui étonne.

« Le déluge jiasse et dévore la terre; les ténèbres poursuivent les ennemis du Seigneur. Voyez ces gens qui s'enivrent ensemble, etqui s'embrassent comme se tordent les branches d'un buisson aride 1... Ecoutez le feu qui (tétille!... Demain le vieux monde aura passé comme la cendre qui vole, et voici venir sur les montagnes les pieis de ceux qui évangélisent la paix! Israël, relève-toi , et reviens , célèbre tes l'êtes ! Le mal n'existe plus dans le inonde, et Baal est mort tout entier. »

Tel est le début et la première partie de l'ode, partie dogmatique où Dieu, ses ennemis, ses amis, le présent et l'avenir sont mis en présence ; et pourquoi ? Pour menacer Ninive.

et Malheur à Ninive I Voici ton vainqueur, voici Ion destructeur, ville impie 1 Regarde sur les chemins, i's viennent! ils viennent ! Prenez vos boucliers !... Mais déjà vos boucliers brûlent ,... le feu a dévoré les courroies de vos chars,... vos conducteurs sont ivies, les quadriges s'entre-chorpaent sur vos places et courent en traînant des tlammcs comme des comètes échevclées... Où sont les guerriers, où sont b-s bravi's?Uii ennemi inconnu monte le Ion.; des irmrs, la nuit le couvre coinmf? un voile, et i)erson'i(! pour défendre la ville... Mdlieur!... nialheur ! Les portes des fleuves sont ouvertes et le temple est tombé sous le choc des eaux. L'inondation réfléchit les flammes , et le pavé de Ninive a disparu sous des vagues de feu li'piide... Tous les combattants sont en fuite... Arrêtez ! nrrètez !... Personne n'«!nlend ! j)ersOfine ne revient nu combat. Des troupeaux de captives se pressent comme des colombes elfrayées, et gémissent comme des tourterelles. A vous t<jut l'argent ! à vous les monceaux d'or!... I^es rn;hi;sses hont intariss Ébles , les vases précieux sont jetés à rpji veut les prendie. Klle n'est plus! elle est ruinée. Sa pourpre; est diWbiri'e , son roiur a déf.Mlli, ses genrmx ont fléchi... O reine 1 6 Ninive ! la fumée a noirci ton visage... Où «îst maintenant l'antre des lions? I^es lions se promfMi.-iienl sur les places , et personne ne se présenl.nt pour les chasser; ils venaient Iranquilletnenl chercher leur proie, et la pAture, de hrurs lioncr-anx , et \\% choisissaient , et ils déchiraient, et ils reiiiplissflieiil |«:ius lanriiéres de, dél>ris ensa i- Kl'iiités : niais le S«i>ni^iir a dit : Lrr gbiive dévor«r« les lifjns . les r[i«riols s'évnnrMiifout en fumée, cl l'on n ciiicndri jilus dans

aucune cour du monde la voix de le*s embassadeurs 1

« Malheur à la cité sanguinaire , à la fiile du brigandage! Tu t'es agrandie par le vol, et c'est le vol qui t'anéantira. Entendez-vous claquer les fouets des guides, et le tonnerre de la roue qui gronde ? Ecoutez 1 c'est le hennissement des chevaux quî piétinent , le tourbillon des chars qui mugissent , les cris des cavaliers qui s'excitent!... Regardez ! regardez ! ce sont les éclairs du glaive, les étincelles de la lance... Voici le râle de la multitude qui meurt, le fracas des ruines qui tombent ; le champ des cadavres n'a plus de bornes, et les vivants trébuchent en se heurtant contre les morts. Misérable Ninive lloi qui étais belle et qui vendais tes sourires aux nations, te voilà hideuse et nue. Tous ceux

aui te verront reculeront d'horreur et de égoût , et l'on dira : Quoi! cette Ninive est dévastée I Mais qui te plaindra et daignera hocher la tète à cause de tes malheurs? où chercherai-je celui qui pourra ou qui voudra te consoler ? »

On n'analyse pas une poésie pareille ; on la lit, et on frisonne.

« O roi d'Assur, » dit le prophète en unissant, « tes [)asteurs d'hommes se sont endormis, tes princes sont dans le cercueil , Ion peuple a fui dans les montagnes, et personne ne rassemblera le trou[>eau dispersé. La calamité qui t'écrase ne t'a pas frappé dans l'ombre, l'horreur de les plaies est étalée à tous les y(;ux. Tous ceux qui ont ap|)i is *la chute ont frappé des mains et ont ai>plaudi à ta perte. Sur (juelle lôte en elfel n'avait pas marché ton orgueil? »

Ainsi se termine la prophétie de Nahum , qui a insjiiré à John Martyn un de ses tableaux les jilus sombres et les [ilus terribles. Ou'est-ce aunrès de cela que tous les chefsdomvre de I art profane? Ecoutez donc les tambourins et les trompettes, (luand un pareil tonn(.'rre vient de gronder 1

NARRATION. — N<ms n'avons pas h parler ici de la narration en général. Ouant à la narration qui appartient à la liltéralure chrétienne, les modèles en sont dans la Riblc et daîis l'Kvangile. (^est là , en efl'et , (pu* nos légendair(!S les plus poiUiques sf, sont inspinVs. On ne saurait tro[) imiter celt»; sim- I)lirilé de formes, celte bonne foi si <iu-;usle, (■ Ile (fuicision souvent si sublime. Jr'.^usrc- 1 iiit fivrr xr. s parents <) N<iz(irvih,rt il leur était somni.f. -Lfs (îalilénismciirrnit Ji:sns sur une montdfjnr pmir Ir prriipitrr,vi(iis lui, passant au tnilirn <l'i:u.r,s'cn alla. — Inclinant latHc, il crpira. (Compare/, cetlt! simjilicité si émouvante à IfMites les phrases di; nos roninnciers, et dites où vous trouverez le [)lus do force et fie couleur.

Pour bien raconter, il faut savoir se metl; (! à la place dr; ceux (pii écoulent ou riui lisiMit , supprimer p.ir consécpKîfit tous les d('-lails (pii fonl lnii;^uir l'intérêt , s'étendre au contraire sur loutfvs les circonstances (pii [leix en' «"t (pli tout mieux s/iisir Itis choses viaiirieiil iiiléressanles , ne pas trop viser à la surpi liC, et varier avec soin bcs couleurs,

()iiii;i;s

car inie imnaliou osl un tableau parlant. (Toj/. Him.K. KvA'«(;ii.F., Lkgkm)k.s, etc.)

NATAI.IIU S ( PiERUK i>e). — Un des auteurs de la L(^^ende dorée. (Voy. Légendes.) NOELS. — Les Nools sont des canli(jues naïfs et popidaircvs destinés h clianuer la longue veillée de la nuit de Noél en attendant la messe de minuit lorscpie la grosse liOelie flambe dans la cliennnéejel (juon n'interrompt les chants joyeux (jue pour raconter d'étonnantes et de miraculeuses histoires. L'origine (\('s Noéls remonte sans doute aux premiers siècles du chrisliiaiusme , et l'usage s'en est perpétué dans nos campagnes. Le recueil des vieux Noëls s'appelle la grande Bible des Noëls, mot (jui est évidemment employé pour livre, cl cpii donne à ce recueil traditionnel une origine; grecque. La littérature des Noi'ls est une branche encore trop peu cultivée de la |)oésie chrétienne ; il faudrait étudier avec soin toutes les vieilles chansons, en conserver la naïveté et la grAce, mais en retrancher les choses grotesques ou grossières. Saint François de Sales, dans ses lettres si)irituelles , a sur le niystère de la Nativité des inspirations charmantes , qui pourraient fournir des motifs aux Noéls les plus gracieux. Les anciens recueils en contiennent ([uel(iues-inis (jui peuvent être conservés prestpie daiis leur entier, celui par exemple où les bergers s'entreticinienl des merveillesde l'élable. L'und'eux dit qu'après avoir aJoré l'Lnfant Dieu, il faudra se retirer.

Nous lui (IdiuKTnns le bonsoir,

£ii lui r:iisuit le révérence.

Aiiicii , [)()ii|toii,

Adioii, iHtiipoii, jus(|ii'au revoir.

Ce 5 quoi un autre berger répond :

Coinntenl! Gnillot, que dis-ln là?

Il no faut pas faire rela Jaiuinais mieux |t(;r(lro la vio :

Hosloiis plnhU ilans ce saint lieu.

Tenons-lui toujours compagnie

Kl no (lisons, Et no (lisons jamais adieu.

Un troisième reprend alors :

Moi, jo serais plnl(\l d'avis De transporlor co polit (ils Do If-tidiio .^ ma maisoitootlo , On j'ai pnparo sur doux l>an(s Un lit ou foiiuo i\r ('o(i( liotlo

Avoo des draps , Avec des draps, qui S'uit tout ldanc^.

Voilh de la naïveté ipii n'a rien de trivial et ((ui n'est pas sans grAce dans sa bonlioinie.

Daulrc.s Noéls sur le mèiue air ont (quelques couplets fort jolis :

ORAISON Î^â4

AlirouM- do luit rt do miol , IJoro(i par la roiuo du oiol , Je vois donuir l'Aguc.in sans ta( lirt Sous son voilo ol pros do son (itur ; En formant los youx il se ( aclie

Connue im IxxUon , Connue «m bouton , sous une fleur.

Les soupirs qu'il fait on dormant Vont ol vioniioul si donoomont Autour de ses lt<vres voruioijlos, yuo los anjços pour l'omitrasscr Volligonl oomme des »l>eilies ,

Mais n'osent pas.

Mais n'osent pas , le caresser.

Croisant ses deux petites mains , Il rêve au saint dos bumains.

Et son sonnnoil a tant do cbarnie, Qu'ai lontive à le surveiller, La Vierge relient une larme,

Tanl elle a peur, Tant elle a peur, de l'éveiller.

Ces trois coiqilets forme- t tin véritable petit tableau et expriment des choses qu'il serait difficde de bien rendre par la peinture.

Quelques Noëls sont distribués par personnages et peuvent ôtre joués comme des mystères. Tel est celui où l'on voit Joseph et Marie cherchant un asile da'is Bethléem, et ne trouvant partout que des refus; un Imtelier leur répond :

Pour des gens de mérite J'ai des apparleuieiUs ; l'oint de oliambie petite Pour vous , mes bonnes gens.

Une fennnc s'annise un insta-it h la porte do chez elle h j)lain(lre la sainle \'ierge avec une compassion toute banale, mais le mari de cette femme lui crie du foui de son lit :

Vionilia<-lu . babillarde?

As-tu Uni Ion bruit?

EaïU-il to mettre en garde A la porte à minuit !

LA Fr.MMF.. 1

C'est mon mari i(ni crie.

Il faut nous séparer :

Adieu , j'en suis marrie, Je ne puis vous loger.

Nous avons des Noi'ls dans toutes les langues et dans tous les patois. Les Noéls bourguignons de Lamonnoyi» (gni Barozai) ont ac(piis une assez grande" célébrité pour (pic les éditeurs delà bibIiolhè(pie (".hai[)eillier les aient publi'-s ilans leur collect-ion. Nous n'en citerons rien parce (pie les poésies patoises perdent toujours toute leur grAce .^ la traJuclion. (Koy. Cantkjuks.)

ODK. (Voy. Poésie i.vnivi e.) OFFICES. (Pour los ollices eu général, Voy. CÉHÉMOMES, Messe, Mvmxls, Pkoses,

Ps4i MES. Pour les oniccs particulier», Voy.

PnOPRE nu TEMPS.)

OUAISON. [Voy. Mïstiqlls.)

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