ATHANASE
des (K''f(Miscurs do la vérité que lo souvenir de ces ^Piindours de la vertu.
Considéré seulement comme écrivain , saint Atliauase justifie parfaitenient lt>s éloges de l'abbé la HIelteric. Nulle part en elTet on ne saurait trouver une parole plus douce, ])his insinuante et en même Icrups f)lus souveraine. « ()o|)iez les écrits de saint Atlianase, disait un ancien vh un saint abbé, copiez-les (piand vous les trouverez, et si le pajiier vous manque, écrivez sur vos vêtements. » Son discours contre les païens , qu'il composa étant figé h peine (le vingt ans, pouvait faire présager tout ce qu'il serait lin jour. Cet ouvrage se compose de deux jiarlies et peut se ranger dans la classe des apologies. ( Voy. Apologie. ) La première partie est consacrée à la réfutation des erreurs du paganisme, dont il démontre l'origiiie supersiitieuse, puis il commente magnifiquement ce qu'ont écrit les prophètes sur la vanité des idoles qui ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient {loint, des mains et ne peuvent rien toucher. Il fait honte à la raison humaine de s'être si longtemps avilie et courbée devant ces ridicules simulacres de la souveraine puissaice. Dans la seconde partie, le saint établit l'existence du vrai Dieu, par les preuves toujours invincibles que nous retrouvons ciu:ore dans les apologistes modernes ; car saint Atlianase est un de ces riches en rai- .^on et en éloquence auxquels on peut toujours emprunter sans jamais les appauvrir. Le discours contre les païens n'est lui-même que la première partie d'un Traité de la vraie r;-ligion , dont le livre de l'Incarnation est le complément et la (in. Le saint docteur y expose en termes dignes de la grandeur du sujet, toute l'étonomiedu salut. Il y montre, se déroulant dans toute sa majesté, la série de nos saints mystères, et nous la fait envisager surtout comme une révélation des grandeurs et de la divinité du Verbe. On sent (pie Dieu avait choisi ce grand homme j)ourêtre le défenseur de sa parole éternelle et pour confondre ces ignorants sophistes (jui cherchaient ci rabaisser lo Verbe divin pour (li''[iouilIer l'Homme-Dieu de ses prérogjilives et anéantir ainsi le christianisme, dont leur hérésie ruinait les bases. On s'est étotmé dans les temps modernes, en méditant sur les troubles de l'arianisiiK», de voir le inonde en feu pour une (li[)hlhongue, comme si toutes les révolutions du mondt! n(^ se résumaiiMit pas toujours par deux mois ou même deux couleurs opposées.
JUcn, loi, roi, ne sont pas des mots bien longs ni bien compliqués, et depuis bicnt(it six mille ans ils agitent h» inonde.
La plupart des écrits de saint Alhanase eiilrent dans un ensemble de puissante polémiijue contre les ariens. Partout il poursuit et confond le dangereux malentendu do ces sectaires envahisseurs. I>es principiuix sont : la circulaire aux évê(pies do t'tiiii' l'K^lise ; rA|)ologic contr(> les ariens; un gr.TiKl nombre de lettres sur les affaires de j'ii^lise; une autre Apolo;5ie adressée 5
ATIIENACORE igS
l'empereur Constance ; l'Histoire de l'arianismo, adressée aux solitaires; le désert alors avait de l'influence sur le monde par la piété de ses solitaires, et l'hérésie tentait surtout la simplicité de ces anachorètes devant lesquels se prosternaient si volontiers les personnages les plus marquants de la société officielle.
Saint Athanase a laissé encore un Traité de la sainte Trinité et du Saint-Esprit ; un récit des persécutions que lui-même a endurées sous Julien; deux livres contre les erreurs d'Apollinaire, et un grand nombre de discours qui sont malheureusement perdus. Dans tous ceux de ces ouvrages qui nous restent on retrouve la même puissance de raison, la même énergie de conviction, la même ardeur de piété et la même facilité de style : sa manière est majestueuse et simple, et il semble tirer sa principale autorité de sa modération même et de sa modestie. Nul n'a su mieux que lui accommoder son langage aux temps et aux personnes, sans déroger jamais ni delà dignité du docteur, ni de l'autorité d'une saine littérature. Ce qui donne à ses écrits une beauté durable, c'est (ju'ils ne doivent rien aux ornemenis dont le goût peut changer. La clarté, la simplicité, la noblesse de l'expression, la bienveillance des intentions, sont des qualités immortelles, et saint Athanase les possède au plus haut degré. Acerbe lorsqu'il confond les hommes de mauvaise foi , il est plein d'indulgence pour les faibles, et sa polémique est un véritable modèle du ton qui convient à un écrivain religieux : il a d'ailleurs excellé dans tous les genres; ses écrits historiques ne fatiguent jamais par des digressions et des longueurs, et tout dans ses œuvres est si bien lié, qu'on j)eut difficilement s'arrêter lorsqu'on y cherche des citations. La page sur laquelle on s'arrête vous invite toujours à lire la précédente d'abord, puis la suivante, et l'on ne s'arrête volontiers qu'h la fin du livre. Sans doute que maintenant, et gnke aux etforls victorieux du saint docteur, les discussions sur l'arianisme ont perdu beaucoup de leur intérêt ; mais les armes qu'ont employées contre cette hydre toujours renaissante alors et maintenant h jamais abattue, les grands écrivains ûq celte époque , n'en sont pas moins pour l'Kgliso des monuments histo ri(pies et de glorieux trophées, et sur ces armes victorieuses doit être gravé comme un éternel souvenir le beau nom de saint Athanase.
A THÉN-XCiORE, — un des premiers apologistes de la religi(U) chréti(Muie. Il était d'Athènes et cullivait la philosophie lorsqu'il se convertit ii la foi du christianisme ; il adressa son Apologie à l'euqx'reur Marc- Aurèle, vers l'an 177. {Voy. Apoi.ogib.I
AIhénagorc a aussi écrit un Trait(^ de la Résurrection des morts, où l'on trouve une connaissance approfondie des mystères, une lo^icpie exacte et un style élégant. Les ouvrages d'.Vlhénagore 0!it élé imprimés h Oxlord, en 1G82, i>ar les soins de M. ^'el^,
ALGUSTiN
AUGUSTIN
évêque de cette ville, et à Leipsick» en 168V, sous la direction d'Adam Rechemberg. Ces éditions, enrichies de notes, contiennent une traduction latine mise en regard du texte grec, comme on en trouve dans la plupart des éditions des Pères de TEglise orientale.
AUGUSTIN (saint). — Saint Augustin est en même temps une des plus grandes et des plus poétiques figures de l'iiistoire ecclésiastique et un Père de la littérature chrétienne non moins que de la théologie. Son histoire joint à l'intérêt du roman toutes les grâces de la légende ; ses écrits respirent l'éloquence autant que la piété. Né avec les passions les plus ardentes, il a su les dompter sans les détruire, les transformer sans les éteindre, et il reporte au service de Dieu un cœur dont les créatures ont dégoûté mais non épuisé l'énergie. 11 entre dans notre plan d'étudier ce beau caractère avant d'entrer dans l'analyse littéraire de ses œuvres.
Publius Aurelius Augustinus naquit à Tagaste, ville de Numidie, en Afrique, le 13 de novembre de l'an 35'i-. Son père, nommé Patrice, était un homme assez vulgaire ; sa mère Monique était un grand cœur, et qui plus est une sainte. L'insouciance paternelle, d'accord avec la légèreté du premier âge, le perdit d'abord ; il était réservé à sa mère de Je sauver lorsqu'il serait digne de la comprendre. Une âme ardente, un cœur trop aimant et trop facile <'i s'éprendre, un esprit pénétrant el curieux, joints à dos qualités physiques qui exprimaient parfaitement l'iniage de ses qualités morales, faisaient du jeune Augustin un sujet également désirable f)Our le vice et pour la vertu, également caj»able de l'un et de l'autre: mais entraîné vers le premier [lar la pente naturelle des (Ils d'Adam et par un sang africain, il désira tomber, comme il le dit lui-même, et il tomba. Los déceptions du fol amour régnèrent sur son co;ur en même teiri|)S que les r^iimères de l'hérésie ca[)livèrent son intelligence. Son âme entière ainsi fut livrée h rinfiijélilé, et [)Ourlant qurifjue chose en lui resta toujours [lur : c'était un généreux (leste (lit la vérité, rpii ne devait pas le laisser en pait dans les égarements du inonsonge. Les rêveries du manifhéisme avaient d'abord séduit sr)n imagination fii llatlanl sa fturiosité naturelle; mais lorsque pour adopter le dogme nouveau de ses doeteurs, >l f:h«;n:ha une base Sfdide où ce dogme |»rétendu [)rtt s'assef)ir, il ne trouva fpi'un abîme de doutps et d'inconséfpjcricfs ; il devint rêveur ft trisfe : pendant ce leirifts sainte •Moriifpie firiait [tour son fils, et i»lcurait. C/cKl alors rjij'iirif; voix du firl se lit enlf-ndrf à l'âme agitée d'Augustin : Prenais el lis, disait cpllo voix ; il écoulf, il rélléchif, il est fra[»|)<4. (:«;ite voix ressemblait h cellfd un e'ifant ; le co;ur du rliét'ur suf)erb<î en ♦•st aiiendri. (Jn livre e»l .sous sa fnain, il l'ouvre; ce sont h;s Kfdtres de saint Paul : il en a lu qu^lqur-s lignes f;t devient ini hr)riirrifj nouveau. La (ueuHf; .Mornque est deux ff)is Uii:r<i. Le voila donc cliréUeri, cet liomuif né
pour être le premier de son siècle, et il va entraîner vers le Sauveur du monde bien d'autres siècles après lui, car sa parole, unie désormais au Verbe de vérité, doit rester à jamais vivante. Il prêche la parole sainte, il commente les Ecritures, il écrit la Cité de Dieu ; régénéré par le baptême, il a été entraîné par la pieuse violence de l'évêquc Valérius sur les hauteurs du sacerdoce : la lumière brille sur le chandelier, et l'humble chrétien qui éclaire le monde pleure encore son indignité et ne fait que grandir en s'abaissant. Devenu évêque d'Hippone, il se sacrifie tout entier à son peuple ; une prélature pour lui c'est un calvaire, et il s'attache volontairement à cette croix du haut de laquelle son agonie instruira le monde.
Voici le saint et le grand homme ; d'autres apprécieront le théologien et le docteur; il nous reste à étudier l'écrivain.
Les œuvres de saint Augustin sont un monument complet de la littérature de son siècle. On y trouve les derniers reflets du soleil d'Auguste mêlés aux ombres du couchant , et les jeunes splendeurs du christianisme h son matin ; la joie des espérances éternelles se fait jour dans son style à travers la mélancolie du passé ; et les élans du divin amour font déborder l'éloquence du cœur et la vie de l'Ame à travers les phrases arrangées de l'ancien rhéteur. Les antithèses qu'il prodigue sont pnrfoisid'un eiïet sublime, parce (jucles mystères du christianisme leur donnent un sens [)rûfond et une admirable justesse. C'est le poëtc de la raison et le j)hilosophe de la foi : ses arguments en faveur de la vérité révélée sont pleins de celle chaleur que donne la prière, et ses élans vers Dieu jettent des éclairs d'intelligence h. éblouir et h soumettre la |>Ius opiniâtre raison. «C'est un homme, dit Fénelon, dans ses Dialogues sur l'éloiiuence, (pii raisonne avec une force singulière, qui est plein d'idées nobles ; ipii (connaît h foîid le cieur fie l'homme; qui est poli et attentif à garder dans tous ses discours la plus e\actc bienséancf; ; (pii s'exprime enfin jiresque toujours d'une manière tendre, alfectueuse, insinuante... Je n'ai jamais trouvé (pi'en lui seul une chose qu(! je vais vous dire ; c'est (|u'il est louchant lors même ([u'il fait des pointes... Il corrige les jeux d'esprit autant (pi'il est possible, par la naïviîti' de ses mouvements et de ses affections : tous ses ouvrages [tortent le caractère d(! l'amour d<! Dii-u ; non-sr;ulement il le sentait, mais il savait merveilleusement ex[)rim(!r les senlinuuits qu'il en avait : voilà la tendresse (pii l'ail j)artie de l'élorniencf!. «
Il serait dillicile de compl(!r les éditions particulières des (i;uvres de ce grand docleiir, f,a ('itd de Pieu parut |)r(!S(pie aussitôt après rinvf;ntiori d(! l'imprimerie. (>etl(! prernièrf! édili(Mi est di; IVIO, et im; porle aucun nom, soit de ville, soit d'imprimeur, pouvant servira indiipier coiiimenl et par (pu^ls soins (•]](•. fut faitfî. Au commencemeiit du xvr siècle parut la grande édition générale d'Aiiicrbaeli , que celle d'Iirasuic surpassa
l'JI
AIGLSTIN
AUGUSTIN
en cïaclilude : puis dos réimprosMons en furiMit faites ^ \'enise, h Lyon et h Paris. Les Ihéologieiis de Louvaiti se livrèrent l\ un nouveau travail qui eut pour résultat un<; édition plus conijtlète et plus correcte (]ue tout ce (|ui nvait paru : ce fut l'édition d'Anvers, 1G77, dix volumes in-folio, souvent réimprimée depuis. L'édition la plus estimée est celle des Bénédictins de la congrégation de Saint- Maur, augmentée et corrigée par AI. Mignc. 11 n'entre pas dans notre plan d'analyser tous les ouvrages du plus éloquent et, si l'on peut parler ainsi» du |)lus poétique de tous les Pères de l'Kglise. Peu de ses écrits ap[)artiennent exclusivement h la littérature sacrée. Mais quel poète ne serait pas attendri en lisant le livre des Confessions? Quel philosophe l'ouvrira sans devenir pensif et sans douter enfin de sa pro[)re sagesse? Comme le saint docteur ouvre profondément le cœur humain nouryfaire pénétrer la grAcedivine, de quellelumière surnaturelle il en éclaire les abîmes ! Quelle poésie élégiaque serait égale à ce long soupir d'une ûme toujours si tendre, qui repasse avec tant de regrets les beaux jours perdusde sa vie? Beaux jours perdus, parce qu'ils n'ont pas été consacrés au service de Dieu. Lh les premières joies de l'enfance, les fougues de la première jeunesse, l'ardeur pour b's études profanes et toutes les vanités de l'espérance humaine reviennent, tristes comme des enfants prodigues, s'agenouiller en silence autour de la pénitence qui pleure ; et dans ce grand désilliisionnemcnl on ne trouve cependant ni découragement ni désespoir : c'est que la vérité dans ce cœur a pris la place des choses vaincs, c'est (juo l'éternel amour a succédé aux alfections passagères, et si Augustin s'atlligc d'avoir aimé follement, c'est qu'il est épris à jamais de rélornelle sagesse, f{ui est divinement jalouse. On ne trouve que dans ce livre ce qu'on pourrait appel(>r la passion chrétienne , si des mots [)rofanes pouvaient jamais être admis à exprimer les choses les [)lus saintes ; mais il y a dans la charité brûlante du saint évèque d'Hippone une telle véhémence d'aspirations, une telle poésie de regrets, une profondeur d'expressions si émouvante, (fu'on ne sait romment (pialiticr les élans d'un si saint amour. Mais h l'exemple du Sauveur (pi'il adore, saint Augustin, tout en devenant le plus divin des docteurs, reste h; plus humain des hommes. Qui mieux que lui a su ressentir les alTections que Dieu permet <^ ses enfants? Kcoutcz-le regretter son ami Nébridius : « Tout ce (pie je voyais, dit-il, me semblait la mort; je haïssais toutes ces choses qui de son vivant nïe disaient: Il va venir, et (pii désormais ne me le disaient plus; je ne savais où poser mon .1mc et je ne trouvais |)lus nulle jtart le repos et la joie. « Puis il se demande, dans un cha[»itr(! plein d'atliMidrissemont et do charmes, poinquoi les larmes sont si douces aux malheureux, et l'on sent (pj'apr^s bien des années écoulées depuis la mort d(^ son ami il aime h le pleurer encore : il aime h p!eurer,parce qu'if espère. «Nébridius, se dit-
il bientôt, Nébridius est maintenant heureux pour toujours, il se désaltère h la source vivante et boit h longs traits la sagesse; mais je ne puis l'en croire assez enivré pour qu'il m'oublie quand le Dieu dont il s'abreuve se souvient de moi ! »
Ici la pensée se confond au sentiment, et le sentiment lui-môme est tout entier dans une grande pensée. Le mot de poésie serait faible pour exprimer toutes les richesses d'un pareil style, et nous pouvons remarquer ici que le docteur africain, si souvent accusé d'avoir sacrifié au goût de son siècle pour les jeux de mots et les antithèses, fait naître souvent les i)lus grandes beautés do ce qu'on veut bien appeler les fautes de style. L'antithèse a toujours été familière aux écrivains mystiques, et ils trouvaient cette figure sans la chercher dans la méditation même de nos mystères. L'Horame-Dieu n'est-il pas dans la révélation une antithèse si hardie (jue personne sur la terre n'eût jamais osé l'inventer?
La lecture des Confessions de saint Augustin donne soif de Dieu, si l'on veut nous passer celle expression ([ue nous empruntons à notre sujet même. On ressent avec lui les vagues inquiétudes qui précédèrent sa conversion ; on se fatigue avec lui des chimères du manichéisme et de la faconde de Fauslus ; on s'ennuie des choses du monde; on se dégoûte de ses vanités et de sa fausse gloire ; on soutire comme lui en fuyant devant lt> Dieu qui nous poursuit ; et lorsqu'enfin, haletant, épuisé de forces, il tombe vaincu au pied du figuier qu'il arroso de ses larmes, on est tenté de pousser un cri de joie qui se termine par un sanglot de repentir. Jamais on ne lit ce passage sans se sentir h la place même d'Ah pins ; on tend invo'onlairement les bras h cet ami (]ui nous revient tout en pleurs, on sent (pi'il faut pleurer avec lui (*l (ju'il n'y a plus rien à lui dire, car Dieu vient de lui parier, et désormais ce sera lui cpii nous instruira.
Quelle belle et touchante figure de mère chrétienne (pie celle de cette sainte Moni- (]ue, devenue si gronde par la piété, (pu* son fils lui-même ne croit |)as devoir cacher les faiblesses (ju'il a sues de l'enfance mêmt^ de sa mère, faiblesses toutes puériles d'ailleurs, et qui servirent d'occasion à une gramle Ame pour nuriifestcr ses preuiières vertus !
('onibi(Mi cette mère chrétienne est toucfiante dans ses larmes, lorsque ses prières font violence au ciel et en arrachent pour ain<;i dire la grAcc (|ui doit convertir Augustin ! Mais (juelle joie aussi succède à S(»s douleurs. C'est h elle, surtout en celle circonstance, qu'il faut appli(pu>r ces paroles de riîvangile : (JiKind une fnimc cnf(tnl<\ clic adr la tristcssr, parce que son heure est vinae, niais lorsqu'elle est (lelirrde, elle ne se souvient plus de son angoisse, parce quelle a mis un homme au momie. Plus douloureuse et plus heureuse en même temps (]ue les autres mères, MoMi(]ue avait deux fois souffert lo travail et ressenti les joies de l'enfuii-
AUGUSTIN
AUGUSTIN
teraent pour un seul et même fils ; la première fois elle avait donné un homme au monde, la seconde fois elle rendit un chrétien au ciel.
Signalons ici, pour sa grande beauté, un passage que nous résisterons à l'envie de transcrire, afin que nos lecteurs Taillent chercher dans le livre même : c'est le tableau de cette soirée où. sainte Monique et saint Augustin, réunis près d'une fenêtre d'où leurs regards plongent dans l'immensité du ciel, s'entretiennent de l'autre vie ; là le vrai génie du christianisme se manifeste tout entier. Un de nos plus grands peintres, M. Ary Schcffer, s'est inspiré de cette scène et l'a traduite avec bonheur. Cette pureté du ciel qui s'assombrit, cette quiétude des deux personnages, qui, assis l'un près de l'autre, semblent oublier la terre et laissent leurs âmes avec leurs regards se perdre dans l'immensité, la lumière intérieure qui semhle illuminer la sainte et rendre diaphane cette enveloppe mortelle que l'esprit aspire à briser, l'aspiration plus ardente de la mère qui semhle triompher encore de la conquête de son fils, et la docilité de ce fils maintenant digne de sa mère, tout cela réuni fait un véritable chef-d'œuvre de ce petit tableau qui ne contient que deux figures et qu'au premier aspect on pourrait prendre pour une étude.
La mort ne tarda pas à combler les vœux les plus ardents de la sainte femme, et c'est ici encore que saint Augustin nous révèle toutes les grandeurs de la religion. Sainte Monique mourante entend quelqu'un s'allliger de ce qu'elle ne meure pas dans sa patrie, et elle ne peut s'empêcher de sourire : « Entends-tu ce qu'il dit ? » s'écrie-t-elle en se tournant vers saint Augustin ; puis elle leur demande si d'un point de la terre i)Iutôt f{u»î d'un autre, le chemin est plus court pour aller au ciel, (^elte pensée est do la [)lus grande beauté et on fteut en ranger rex|)ression parmi les exem[)les du vrai sublime. Victor Hugo, dans sa jtréface de Oomwell, cite avec admiration ce vers de Théophile exilé :
Le ci<-l n est pas plus loin d'ici que do Paris ,
on peut voir que ce vers n'est que l'irailation et presque la traduction du beau mot de sainlf; Monique.
C'est flans les ouvrages de saint Augustin et [irincifwlement d.ins le livre de ses (Jouffition» qu'il f;iul chercher ces paroles qui touchent .'lu fond même de l'/irne (;t (jui sont (Ws révéh'ilions ()Our le co;ur : i'cr.isti non ad If. et inf/uiflum est cor noxlrum tJonec refjiiieicftl in te. IJi resj)irent toutes les sainlés tristesses du diviu amour, et ce qu'on jKiUrrait npf)eh:r la vn'.liinrolie chrétieinu!, «i ce mol de mélancolit; n'avait prêté dans les littératures romanesque et romanliqiio à (Je %\ étriinges abus.
La philosophie devait envier h la religion cet épanch'-ment intime d'une /Ime qui s»; tévèle il Dieu tout cfiliêre |>our la «onsolation des hommes, et la do'trine du dix-
huitième siècle a eu aussi ses confessions. Pour avoir une idée de l'abîme qui sépare ces deux livres, dont le titre est le môme, il suflTit d'en lire et d'en comparer ensemble les deux premières pages. Saint Augustin commence par le néant de l'homme et ne s'enhardit à rompre le silence de ce néant que par lo désir de louer Dieu, dont il exaltera la grandeur en confessant devant lui sa bassesse. Jean-Jacques embouche la trompette par ces paroles pleines d'enflure : « Je forme une entreprise qui n'a jamais eu d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateurs; » puis il défie Dieu et les hommes en ajoutant « que la trompette du dernier jugement sonne maintenant quand elle voudra... et que quelqu'un dise s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là. » Eu vérité jamais la folie ne parodia la sagesse par des antithèses aussi choquantes, mais la Providence devait permettre de pareilles oppositions ; l'ombre n'est-elle pas nécessaire pour faire ressortir les formes que dessine la lumière, et les petitesses de l'orgueil ne font-elles pas mieux comprendre les grandeurs de l'humilité.
L'ouvrage le plus littéraire de saint Augustin après les Confessions est son grand livre de la Cité de Dieu . dans ce livre, la majesté du Père de l'Eglise éclate et se révèle tout entière. La vieille Rome se sentait mourir, et elle accusait le christianisme do l'avoir empoisonnée : les Césars s'en allaient avec les dieux et ne voulaient pas voir que l'impuissance de ces dieux mêmes faisait la force de celui qui venait les chasser. Déjà l'on ne ciiait plus : Les chrétiens aux lions ; tous les lions de Rome avaient été dom[)tés par les martyrs ; mais les rhéteurs se lamentaient dans leurs écoles souvent désertes, et les prêtres de Jupiter à leur table, forcément frugale, feignaient de regretter les dieux d'Homère et voulaient voir dans les jtrogrès de la décadence les preuves du courroux des immortels : pauvres immortels, que la poésie seule pouvait regretter encore, et cpi'on s'étonnait d'avoir vus sitôt mourir! L'ancien rhéteur de Tagaste se souvient alors d'avoir aussi trop aimé ces fables qui font place à la vérité éternelle, et plein de l'esprit qui a inspiré l'AffOcalypse au jdus aimé des apôtres, il voit les grands combats (pii se livrent dans le ciel, il entend les tiomp(!ttes (pii arinon- .' cent la ruine; dr; la cité des méehanls, et, . debout parmi les débris d'un monde (pii ^ s'étToule, il s,'du(! avec .imour la venue nro- û chaine do la célesle Jérus.-dem. Toulei'ois, ' il contient les élans de son esprit et l'enthousiasme de son coMir ; c'est av(;c hmrs I»roj)res armes qu'il veut vaincre les aveugles délerisrîiirs du jiassé, car il craint de Irirjmpher (Veux sans les convaincre : il est moins jairmx de les abattre (|ue de les g.igner. Alors, tempérant l'autorité de la foi par le Ion d(; la discussion, il rél'ulc' hss uns après les autn's tous his argumiails des vaincus ; sa dialeclirpie se. fait ixilili! et patiente jOur eux, il les attend, il les écoule ;
AUTORITE
AUTORITE
il d(^m«tnto pii'ro îi piiVe leurs idolos, il ne los luise pas. I,cs dix proinicrs livres tle la Cite de Dieu ap|tartiei)nent h la poléiniiiuc et Ton y trouve toute la force de Tertullicii et de sàitit Jérôme, sans leur amertume. Dans les douze derniers livres, le saint évùque d'Hippone fait la comparaison des deux cités : celle des pécheurs, où le vieux monde est condamné à périr, et celle de Dieu qui doit descendre du ciel sur la lerre, selon la vision de saint Jean. Le dogme catholique est le type architectural de celte cité divine : saint Augustin le déroule comme un |)lan magnihque et en démontre victorieusement la raison, la force et la grandeur. La Cité de Dieu est un monument littéraire qui résume toute une époijue ; il faut en étudier le plan, en admirer l'ensemble, puis en examiner avec soin toutes les parties : sa lecture convient surtout h notre éi)oque, où les faux dieux, galvanisés par la Renaissance, s'en vont une seconde fois ; l'agonie du monde romain a plus d'une analogie avec le malaise de nos sociétés révolutionnaires, et maintenant comme au siècle de saint Augustin, les deux cités, celle de Dieu et celle des hommes, ne pouvant subsister ensemble, paraissent pressées d'en linir et de terminer leur anticjue antagonisme par le dernier et le plus mémorable de tous leurs combats.
Après la Cité de Dieu, nous cilerons avec admiration les Lettres de saint Augustin parmi les plus beaux monuments de la littérature chrétienne. Ces lettres, si importantes pour la théologie, puisque la doctrine du grand docteur s'y trouve ex[)rimée tout entière, ne sont (>as moins remarquables par leur style que par la science qii'elles coDlie'uient. On y retrouve partout la grande Ame et Thonnue de cœur qui dans la Cité de Dieu nous étonne el nous subjugue, mais qui dans \cs Confessions nous intéresse et nous attache. L'onclion de son langage fait oublier la séc.'heresse de ses démonstrations ; et lors même qu'il discute, on sent qu'il enseigne toujours avec la mansuétude (J lui père.
Los œuvres complètes de saint Augustin sont peut-ùlre h la lilti-rature chrélienne co ((ue les ouvrages dHomère sont h la poésie liiofanc. Il ot le premier parmi les Pères <|in ait complété une sorle dencvcktpédie et connue une épopée de théologie, de science et de raison. Aussi l'Kglise le rcgarJe-t-elhî comme une de ses gloires les l>lus brillantes et les plus pures. La langue dans la(juelle il a écrit e^t un latin déjà assez barbare et (jui se ressent parfois un peu tro|) des idiomes |iarticuliers h l'Afrique ; toutefois il sait rendre à cette langue dt'chue une élégance sinon cicéronienne, du moins augustinienne, car pounpioi ne «lirait-on pas la langue de saint Augustin ('unnie on dit la langur de Cicéron ?
AUrORM'fv — Ivi littérature comme» en toute (hose, on peut délinir ainsi l'anlorilé: (■.(•si la puissance qui fait el lonserve la loi. Or la loi étant la règle du bien et rubslacle au
mal, il s'ensuit que l'exercice de l'autorité est une coopération h l'œuvre de Dieu même. Les lecteurs auxquels nous nous adressons spécialement ne trouveront pas étrange que nous fassions intervenir la Divinité dans les règles de la littérature comme dans le gou* vernement des empires. Qu'est-ce en effet que le beau, sinon la forme du vrai ; et quel est le suprême arbitre et l'éternel régulateur de la vérité et de la beauté dans la nature, dont l'art en général et la littérature en particulier sont une imitation ? Pour bien imiter l'œuvre d'un si grand maître ne faut-il devenir entièrement son disciple ? n'est-ce pas à son école qu'on peut devenir maître h son tour? et l'autorité dans les beaux-arts ne se forme-t-ello pas d'une aptitude spéciale h comprendre et <i reproduire les œuvres de Dieu, aidée d'une étude consciencieuse el approfondie"?
Maintenant, qu'est-ce à proprement parler que l'autorité en littérature? Est-elle nécessjiire? en exisle-t-il une qui soit invariable? les autorités qui régissent la littérature profane doivent-elles être invoquées par les littérateurs chrétiens? existe-t-il une autorité spéciale pour la littérature sacrée ? Nous allons essayer de répondre à ces diverses questions.
Et d'abord qu'est-ce, à proprement parler, que l'autorité en littérature?
Nous avons défini l'aulorilé, eu général, la puissance qui fait et conserve la loi : or la loi en littérature, ce sont les règles du bon goiit ; quelle est donc la puissance qui a fait les règles de la saine litlérature? d'où vient cette puissance? de Dieu ou des hommes ? A quels signes infaillibles peut-on la reconnaître? La puissance qui mit la loi en littérature, c'est le gé'nie servi par le talent et sanctionné par l'approbation des hommes ; or le génie vient de Dieu, mais le talent s'ac(piiert par l'élude et doit beaucou[) à la société; puis, comme ce n'est pas assez du génie uni au talent pour faire autorité en littérature, et (lu'il faut aussi les succès do la ])ublicité, on peut en conclure que l'au-' torité en littérature est tout à la fois divine et humaine. ALiinlenant, h quels signes infaillibles peut-on la reconnaître? Des hommes sans génie et sans talent n'ont-ils pasdil souvent h des cabales de coterie un su<'cès dont le mauvais goilt de leur siècle a i)rolongé le scandale? Ronsard (>t Dubartas, ([u'on apjielait de leur temps les princes de la poésie française, n'avaient-ils pas alors une autorité ([ui n'a point vécu autant que leurs noms ? Sans doute. Mais ces imitateurs maladroils des anciens, bien (pi'ils ne fussent point dépourvus d'un ceriain talent, iiiaïKpicMieiit de ces dons du génie qui font les poêles créateurs. Comment une é(;olo aurait-elle pu, ])ar exemple, prendre Ronsard pour maître, lors(pie Ronsard ne marcliaiL (piap[)uyé sur Puidare, Horace, Virgde et Anacréon?(",e qui appartenait en propre il ce poi'te gaulois, c'était sa tentative do gréciser el de latiniser la langue fram aise ; mais cette Icnlativc n'eut pas même de son
AUTORITÉ
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temps un succès incontesté, et bien avant q^ue Mallierbe n'en fît justice, Rabelais l'avait ridiculisée dans le jargon du Limousin de Pantagruel. Ronsard ne pouvait être une autorité que pour les hommes de son parti : or il ne nous semble pas sage de prendre pour maîtres en littérature les novateurs dont la valeur est contestée, et c'est surtout en matière de goût que le pouvoir est électif au gré du suffrage universel; mais ce n'est pas tout encore, et il lui faut la sanction du temps. En effet, les beautés réelles sont durables et ne doivent rien à la mode ou au caprice d'un siècle ou d'un peuple. Le beau n'est que la forme du vrai ; or le vrai ne se transforme jamais en mensonge. Ce qui fait que les anciens sont encore nos maîtres, c'est leur étude consciencieuse de la nature et la simplicité de leur expression. Voilà donc à quels signes on reconnaîtra l'autorité véritable en littérature : d'abord ce sera celle que tout le monde accepte, puis ensuite celle que notre propre jugement nous montrera appuyée sur des titres semblables à ceux des anciens, l'exactitude des pensées, la vérité des images, la pureté et la simplicité de l'expression; car notez bien que cela seul, chez les maîtres dans l'art de bien sentir et de bien dire, conserve une autorité iramortelle. On trouvera peut-être bientôt des archaïsmes dans Racine, aux endroits où le maître du théâtre fait imiter à ses héros le beau parler de la cour de Versailles ; mais l'admirable dialogue d'Athalie et do Joas, la prophétie de Joad et les chœurs d'Esther et d'Athalie ne vieilliront jamais, paice (pi'il y a là des beautés qui tiennent au fond de la nature humaine et de la pensée divine. A quel signe donc pouvons-nous reconnaître mainten;jnt l'.iutorité de Racine en poésie ? A l'éternelle jeunesse de ses pensées et de sa langue dans les beaux passages d'irit nous [>arIoris, à l'impossibilité où est notre siècle de mieux faire, tout en critiquant ce grand homme : or c'est ainsi <pie l'autorité en littérature s'inifjose d'e-lle-rnéme ; malgié Jes efforts de la cabale, elle biille comme le soleil, dont Lefrancde l'om[)ignan a dit dans sa [dus belle o<le :
I/î Nil n VII sur ses rivages Dfi noirs liahiLirits «les (K-scrls Instiller prir leurs eris sauvages L'astre rrlatanl rie l'univers.
Ois inipui'^sanîs! fureurs bi/.arres!
Tandis que ees iiioiislres liariiares l'oiissaient d'insoU^iiUis elanieiirs, Lv. I)i»;ii, p<>uriui\;inl si carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses otiscurs blasphéma teurs.
L'autorité est-elle nécessaire en littérature? Nous u.serons ici de la forme savante de sa in t Thomas, dans. sa Somirie<|(; théologie, fcl nous répondions en exposant d'abord les olijeclions »ie nos adversaires : Vidctur (/iiod non, il nous semble rpic non. Kn cllct, dit l'école des fantaisistes, h rpioi bon une autorité où les lois sont inutiles 7 Or, en litléraliire, les regl.-s sont [>arfaitemeiit inii- 4ile9, si elles ne nom pa<» nuisibles, (^iii a
fait les règles? Les grands hommes, dircz^ vous? Non pas; mais des commentateurs et des pédants, qui ont cherché dans l'œuvro des génies passés de quoi entraver l'essor des génies à venir. En faveur de qui sont faites les règles ? le vrai talent n'en a pas besoin , puisqu'on les invente d'après ses œuvres : les règles ne servent donc que de lisières à la faiblesse ou d'échasses à la médiocrité. Homère a bien su se passer d'Aristote : pourquoi M. Victor Hugo, par exemple, devrait-il quelque chose à Boileau ? La vraie autorité en littérature, c'est le feu sacré ; celui qui le sent brûler dans son cœur marche seul et n'a pas besoin de béquilles : pour le servile troupeau des imitateurs, qu'a-t-on besoin de les aider à être médiocres? Sans vos règles ils auraient peut-être une certaine originalité, ne fut-ce que dans le ridicule; ils seraient plaisants peut-être, et vous les rendez insipides. Concluons que les règles sont plus nuisibles qu'utiles à ceux-là mêmes qui en ont le plus besoin, et qu'elles ne peuvent que gêner, ralentir, entraver les autres. Donc elles ne peuvent servir à personne, donc elles sont complètement inutiles, sinon nuisibles ; donc l'autorité est une chose impossible en littérature, parce que c'est une chose inutile et fâcheuse. Voilà certes les opinions de l'anarchie littéraire bien caractérisées, et nous n'avons rien dissimulé de ce qui peut faire leur force ; vov ons maintenant si les raisons qu'elle ap[)Orte sont bien fondées.
Et d'abord, ce sont les règles qui font les grands hommes, et les grands hommes no font (lue manifester, sanctionner et justifier les règles. En elfet, nous n'entendons pas par autorité une obséquiosité passive pour toutes les paroles du maître, et, en littérature surtout, le Magistcr dixit ne nous satisfait point. Le maître l'a dit, c'est fort bien ; mais comment et pouniuoi Ta-t-il dit ? 11 l'a dit, [tarce que c'est vrai, doit répondre mon sens intime, et je dois chercher à m'en bien convaincre. La prophétie de Joad ne doit pas nous i)araîlre belle seulement parce que Racim; en est l'auteur, car n'est-c(! |)as à leurs chefs-d'oMJvrc que les grands liomiiuîs dniveiit d'abord leur réjmlalion, et ensuite leur autorité : celte autorité est done celh; (|(. la société tout entière, (lui a reconnu l'existence du génie et (jui a admis les preuves du talent. La paiohMlu maître est doue pour nous ajipuy^e sur raulf)rilé d'un ou de plusieurs siècles, (!t n'en est pas moins oll'erlo à notre jugement et à notre ap|)ré(iation per- .sonnelle, sans (jiie la sanction d'un succès durable puisse être autre chose à nos yeux qu'un |)uissant préjugi; en faveur de la vérité (m de la beauté (pie nous clierclions.
On oeut distinguer en liltéialur(! d(;ux sortes (l'autorité : l'autorité d'exemph; et l'aut(^ité (le |iré(;(!|)le ; l'aiilorilé d'cîxemph.' est celle des maîtres (piiont enseigné l'art (h; bien écrire en écrivain bien, (!t l'aulorilé de r)réc(!plc est celli! des savants (pii, ayani analysé les exemples des maîtres, ont formulé les lois de l'ait «Je bien (liio. V'oiuère el Vir^/ile n'ont
AtTORlTE
ALTORITE
J.iissii qiio (l'^s oxomplcs <lc bollc poésie ; Aristott' n'a doniK' (pic des préceptes ; lîornro ol Boilcnti ont su rriinir livs pri'coptcs nu\ «exemples, et c'est d'après les grands lépi.slateurs que la littérature profane, régie par leurs décisions, s'est constituée en littérature classique : or nous savons que Boileau lui-niénic était peu favorable h l'emploi du merveilleux chrétien et ne reconnaissait pas de littérature sacrée proprement dite ; c'est pourquoi noiis qualifions ici de profane la littérature classique, sans prétendre pour cela jeter de défaveur sur elle. L'autorité n'existe donc pas sous la forme du précepte dans la littérature sacrée, et ne s'est encore imposée que par de grands et magnifiques exemples. La raison de cette lacune est peutêtre qu'il serait difTicile de trouver un Aristote ou un Boileau pour la jioésie des prophètes ; et, d'ailleurs, n'y aurait-il pas une grande témérité, de vouloir régler en quelque sorte l'inspiration divine par les lois d'une poétique toute humaine ? C'est du moins ce que pensent quelques adeptes de cette littérature mystique, introduite au commencement do cesiècle par les trop jeunes admirateurs du génie de ChAteaubriand. Mais des essais de cette école h la liltératuro sacrée, telle que l'ont comprise Bossuet et Racine, il y a loin, et c'est encore h ccux-l.\ que nous devons remonter si nous voulons trouver nos maîtres. Il faut que leurs exemples nous servent de leçons dans l'art de lire, d'étudier et même d'imiter les prophètes ; et les façons de dire de ces graîuls maîtres doivent agrandir nos idées en nous fournissant des apiilicalions imprévues, des règles du bon goiU déterminées, mais non rigoureusement terminées par les docteurs de l'art profane; car l'autorité étant indispensable en toutes choses, comme l'ont sural)on(lamment prouvé les essais de révolte et d'anarchie en tout genre, nous n'en croyons pas moins les lois susceptibles de perfectionnement, surtout dans les choses (jue la révélation a successivementdéveloppées etagrandies ; etdans cette espèce nous comptons, au premier rang, tout ce qui tienlMa manifestation de la vérité par le A'erbe ou (h; la pensée par la parole. Nous pensons donc cju'il faut respecter h'S vieilles règles, sans proscrire pour cela les nouvelles IxNTulés. Les règles doivent servir de lisières et non de lieis ?i ceux qui apprennent à niarcher dans la voicî du progrès littéraire, et nous aurons toujours le (Iroit de préférer l'autorité du bon sens à celle d'Aristole, comme (>n philoso()hie la véritédoit nou*>èlreplus <hèreque notre ami IMal«»n •.Atniriis Pldto, srd t)Ki(/is (nuira rrrilds. Les règles générales du bon goilt établies par les anciens ne sauraient être abrogées j>nr des idées nouvelles; ce n'est qu'en les i)ornant et en les restreignant h des applications spéciales (pi'ils peuviMtt avoir «Tré par ignorance involotilaire. Boileau, tro|^ plein d'Horace, ne rend |)as justic(» à l'auteur «le la Jérusalem délivrée, et iu> saurait comprendre Millon. C'est ce qui nous autorise h récuser la compétence d«i jugement do Boi-
leau en matière de poésie chrétienne, d'autant plus (pie lejansénisle. auteur de l'épîtro sur rAinour de Dieu, a véritablement calomnié la religion, en lui refusant les grâces et les couleurs de la poésie. Selon lui :
L'Evanftilc à nos yoiix n'oiïro de Ions rôles Que pciiilcncc à faire et lourmcnts mcrilés.
Et il n'a lu sans doute ni la touchante parabole do l'Enfant prodigue, ni l'histoire de la femme adultère, ni les paroles du bon Sauveur bénissant les petits enfants. Le bon pasteur cherchant et ramenant , ou plutôt rapportant au bercail la brebis égarée , lui paraît sans doute un sujet d'idylle moins touchant que les niaises disputes de Corvdon et de Tircis. En cela Boileau n'a été que le précurseur de Voltaire , ce malheureux homme de goût ciui trouvait le christianisme ridicule; et 1 un comme l'autre no peuvent faire autorité en ceci que pour montrer les écueils snrlesnuels se brise la froide raison , lorsqu'elle reluse de se laisser guider par la lumière que Dieu fait briller dans nos cœurs. Toujours est-il (ju'il nous manque une poétique chrétienne comme une rhétorique spéciale h l'usage des écoles ecclésiastiques , et que ce vide ne saurait être trop tôt comblé. Le mouvement ^e réaction de l'esi)rit humain en faveur du christianisme, commencé par ChAteaubriand , doit s'achever par le triomphe complet de l'inspiration chrétienne sur toutes les rêveries profanes, même dans le domaine en quelque sorte neutre de la littérature et du bon goût. C'est la destinée de l'Evangile de créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, c'est-hdire de régénérer entièrement les idées et les mœurs , en substituant un monde nouveau aux ruines poudreuses du vieux monde. Les fantômes de lidolAtrie antique ne doivent plus être les dieux de notre poésie , et l'indignation du Sauveur balayant les vendeurs du temple doit fournir à notre éloquence des mouvements plus beaux que ceux de Cicéron tomianl contre Verres.
Quelle poésie légère égalera jamais les grâces do la sainte enfance? quels canti(pies seront assez suaves et assez beaux pour exprimer la pureté de ^^arie et sa miséricorde envers les pécheurs ? Mais c'est assez répondre h une erreur de jugement que tant de cliefs-d'(ruvre ont réfiitc'e : Boileau rt\stera notre maître tant qu'il s'agira de la sévérité (h; la langue française; mais nous sonnnes loin de ses opinions lorsqu'il s'agit de poési(> chrétienne.
lui bien des choses déjà le goût a changé depuis Boileau : les tristes plaisanteries de ^■oltaire ont préparc'' le retour des honnêtes gens aux beautés des livres saints; les angoisses révolutionnaires ont expliqué h bien des Ames les sanglots de Job et de Jêrémie ; mais si nous nous elforcons do les traduire, ce ne saurait être dans une langue plus épurée (pie celle de Pascal et de Racine : Bossuet et Fénelon seront toujours nos maîtres dans l'ail de bien dire les choses saintes; leur autorité n'a fait que grandir h l'éprenvo
AUTORITE
AUTORITE
(Ju temps, et leur exemple peut suffire pour répondre à cette question : Existe-t-il en littérature une autorit(^ infaillible? Bossuet et Fénelon sont des maîtres aussi incontestables qu'Homère et que Virgile; le temps a passé et ils restent toujours aussi grands. La vraie autorité en matière littéraire, comme en matière dogmatique , se prouve surtout par l'argument de prescription.
Cette prescriptio'i a été acceptée , môme par les pères de la littérature chrétienne , à l'égard des plus grands maîtres de l'antiquité [•aïenne. Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze étaient jjleiis des souvenirs d'Homère , et nous voyons dans leur correspondance revivre avec une grâce nouvelle l'atticisme du siècle de Périclès. Saint Augustin avait été idolâtre des lettres profanes avant d'écrire les belles pages de la Cité de Dieu, et ce n'est pas h son étude des anc'e'is modèles, mais à l'enllure et au mauvais goût dti siècle où il vivait, qu'il faut attribuer les difiieultés qu'il éprouva pour habituer son esprit à la simplicité grandiose des Evangiles. La belle antiquité était toujours simj»le, et les personnages d'Homère semblent quel piofois parler la langue des apôtres. Ces ivi ports, qui existent entre les beautés des poêles [irimitifs et cell-s de nos livres saints , ont insjdré à Cliâteaubiiand {)lus d'une belle page, et l'on ne saurait lii-e sans attendrissement ces ()assagt,'S des Martyrs où Cymodoeée, la i)rètressc des Muses, dcvei.ue fhrétifime , prie enr;orc dans le doux langage d'Homère un Dieu incon-ni aux disci- |)les du sublime aveugle. L'antiquité |>aienne, ne voyant dans la n ituie rim; des fornies extéiicures , et s'éprenant (Je la beauté des créatures sans remonter jasrju';ui C.réateur, s'est adonnée au [lerfcctionnemcnt matéi ici de tous les arts rriniitation tpie le christianisme devait jilus taid redresser, inspirer et spiritualiscr. L'ail en général, et, sous cette dénomination un [leii v.igue , nous entendons la littérature f:omme la [«'i'ilure, etc., l'art fut fa(;oiMié riar les Crées et les I.alins comme cette argile de Proméihée, à laquell.j mantpiait toujours wnc ârne, t.mt que le feu du ciel i)c fut pas encore descendu : mais celte image sans \'u'. était far;onnée avi-e soin, et nous rrr-n contestons | funl la beauté; aussi dans cette reuvre des hommes respectons-nous les desseins de la Providence , rpii fait servir à notre instruction l<s erreuis mèin s des peuples qu'elle a laissés d;in.s l'ignorance de sou éternelle vérité. Les aveugles imitateurs rJe la nature jious mit ajij ris à étudier r»/;iivre d»- Dir.-u , el les bf;aulés evtérieures rpTils o it admirées sont mille fois plus admirables pour nr>ii.s, qui les re^ (fortoiis i\ leur source et pouvons reconnaître en r-lles les [rianifesl/itions dr; la sages>e inljfiie. Lrs anciens i»r-uveiitdoiic et doive/ii encore élrf; nos maîtres selon la lellie;mais l'esprit qui vivilie nous ayant été donné , nfMjs flVon« rie bien (dus jiÇrnndes ( bf)He« ^i e%j»niner dan» le be/m bmgflge, qu'ils nous ont appris, cl leur autorité s'ariAle où corii-
I»icn<»Nt f<f. LiTTÉ:n\T(nE i.Mwi.r.
mence celle des saintes et infaillibles Ecritures.
Invoquer en matière littéraire l'irifaillibilité des saintes Ecritures, c'est peut-être une hardiesse; mais on comprendra que ce n'est nas une témérité si l'on considère combien !es ai)ôtres eux-mêmes, qui se disaient ignorants en l'art de bien dire, ont ouvert do nouvelles voies à l'éloquence c t à la poésie. Sans doute que le texte sacré, tel qu'il nous est parvenu, mélangé de locutions appartenant à toutes les langues qu'il a traversées, ne saurait être un modèle de pureté ou de construction grammaticale; mais la sublime simplicité des narration-s , mais la majesté des images , mais l'inattendu et la grandeur des mouvements, voilà ce qui doit être pou." nous un intarissable sujet d'études; c'est là en effet que tons les Pères, depuis Tertullien jusqu'à Bossuet , ont puisé la force de leuis pensées et la pompe sévère de leur style : ni Tertullien ni Bossuet d'ailleurs n'étaient étrangers aux chefs-d'œuvre de la littérature profane : Homère et Virgile leur avaient appris à bien lire la Bible; Juvénal , Démosthènes et Cicéron leur montraient Part de \x bien tiaduire et de l'employer à propos; ils sont devenus maîtres en suivant la tradition des maîtres, et c'est par leur respect pour l'antorilé qu'ils sont devenus eux-mêmes des autorités pour nous.
Résumons-nous : l'autorité en littérature c'est la puissance qui fait la loi ; |>uissance acquise par la science et sanctionnée par le talent â l'épreuve du temps, et universellement n'cfiiinu.
(^.'tte autorité indispensable s'appuie éternellement sur les lois divines du vrai et du beau, qui en est la (onséquence et la forme. Les anciens sont des autorités pour nous tant qu'ils ont été dans le vrai, parce (|u'alors h'urs anivres ont reproduit la véritable beauté qui ne change pas , étant le reUet de Dieu même et J'expn.'ssio i de sa pensée; nous devons donc resj ccter les formes (pio ranli(piilé a données .•lu langage, mais nous devons chercher ailleurs nos inspirations et nos images. La foi, loin d'éteindre la scienc(î dans les aris, a pour mission de J'utiJiser (.'t de l'agrandir : les arts d'ailleurs ne sont plus pour nous \m moyen de plaire aux homrmvs, mais de les instruire et de les élever à Dieu. La poésie n'est plus un rêve de l'iiiiagin ition , c'est une pi ière un neur : l'éloquence s'élève pour nous à la hauteur d'une saifite prédication; les formes i\es. anciens elh-s-mêmes ne sont plus sullisantes .'i de si grandes choses; h» vêl(!iiient de la muse d'Homère serait étroit et immod(!slo porté m<iiiitenanl |„ir l'angf! d(; la poésie clii(Uir"iiie, cl Ravig'ian serait ridicule sous le manteau dr; Cicéi/jii. Ce (pie nous devons recevoir des anciens , c'est la m.uiiière de créer la l'orme el non la fornu! toute faiti;, car la forme qu'ils ont doniiéf! h leurs pensées ne snurail exprimer les ii(Mres ; faisons comme eux en faisant autr«! chose (pu; co qu'ils oui fuit; soyons leurs disciples el non
l'.Al.IADr,
leurs st'ivilcs imilalcurs.l/autoiiléilnil nous miidcr el non nous ncnlialisor, nous conlcnir l't non nous (Muliaint-r. On priiU-n dit*' on un mol cf que noire Sauveur lui-uiùnic disait
UM.I.NOF.
delà loi posiliv«>; Mlle (">r laito [toiir l'iioinnifs et riioininc n'esl pas fail pour elle. l'JltMloit lonjoiirs servir au tiioniplio du gi^nie el iio poul jamais l'asservir.
BAM.ADr:. — Il ne s'agit pas ici de celle ballade donl Des|>r(''aux a dil :
l.a l»all;t(lo, fidrlc à ses vieilles maximes,
l>oii souvent loiil son liislie an caprice des rimes.
Cotte vieille ballade, qui emprunte tonte sa grAco à son archaïsme el h ses rimes diditib'S ou bizarres, n'entre point dans notre sujet. Rarement elle a servi de cadre h(les sujets pioux, et sa forme s'y prôlerail d'ailleurs dilHiilement, bien (pi'il soit arriv(''unc lois h Clément Marot d'en fairiî uni; fort rdilianie, rpie, |>our la rareté du fail, nous allons relater ici :
Le chant de mai et de vertu.
Ballade.
Volontiers en ce mois icy La terre nine el renouvelle :
Maints amoureux en font ainsy, Sujets à faire amour nouvelle.
Par légièrelé de cervelle.
On pour ène ailleurs plus eonlenls :
Ma façon d'aymer n'est point telle; Mes amours durent de tous temps.
N'y .T si belle datne aussy De qui la heanté ne chancelle; Par temps, maladie ou soncy, Laideur les lire en sa nacelle ; Mais rien ne peut enlaidir celli; Ou'à servir sans (in je prélends ; ¥.1 pour ce qu'elle est toujours belle. Mes amours durent de tous temps.
Celle donl je dy tout cecy.
C'est vertu la iiymplic élernelle, Qui an mont d'IicHuieur éclain y.
Tous ses vrais amoureux appelle :
Veiic7, à moy, venez, dit-elle.
Venez vile, je vous al tends :
Venez, ce dil la jouvencelle, Mes amours durent de tous temps.
Envoi.
Prince, fais amie immortelle, Kl il la bien servir entends; Lors pourras dire sans caiitele :
Mes ainoiirs durent de tons tein|)s.
Ce unno de b.iUado se. coiirond maintenant aver Ta chanson, donl elle n'i-lail on olïri qu'une variété plus capricieuse el |tius dillicile h bien faire.
La ballade, telle qu'on l'entend dans la itoésio moderne, est [dus ancienne i[\\r la ballido maroti(pie. Son nom "^ignilic chaiixtn h danser, du vieux mot hullrr, el i e n'esl antre chose qu'une légende mis(! en chansmi. 'loiiles les lra<lilions populaires, tous h s ((•nies merveilleux sont des sujets pour la ballade. Les rondes des petits enfants soiil les ballades du j»remier «Ij^e dont elles ont
la naïveté, et les vieilles romances de nos pères ressemblent souvisnl, pour le fond el pour la forme, aux ballades de l'école allemande, natuialisées en France par plusieurs de nos poêles les plus illustres.
Le merveilleux est l'âme de la ballade, et c'est par là qu'elle peut se rattacher el s»î rattaclie en elVel h la poésiiï reli^^ieuse. La ballade doit être naïve dans sa forme : elle aime les répétitions el les refrains si chers aux rondes des petites filles sous les marronniers. Nous citerons ici pour exemjjle une ancienne ballade enfantine, nui nous parait réunir tous les caractères du genre, mais dont, m dgré toutes nos recherches, nous n'avons pi connaître l'auteur.
L'enfant qui dort et ronge qui veille.
D.iHade.
L'enfant dormait doux et beau :
lin ange autour du In^rceaii Ktendait ses ailes blancbes, An petit enf.ini cliarmant Souriant tout doucemenl.
Le vent cueille les fleurs en agitant les brandie*.
Souriant tout doucement L'enfant croisait en dormant Ses deux petites mains blanches :
Le bon an},'e l'admirait El tout en riant pleurait.
Le vent cueille les fleurs en ngilunt les branches.
El tout en riant pleurait, Car l'innocent gramliiail :
Pauvre tige aux roses hianches Qirécra>eiail en marchant Le \ienx monde si méchant.
Le vent cueille les fleurs en agitant les branches.
Le vieux monde si méchant L'écraserait en inar* liant, Disail l'ange aux ailes blanches:
Mon Dieu, gardez son réveil.
Ou prolongez son sommeil !
Le vent cueille les Heurs en agitant les branches.
Ou prolongez son sommeil, Et montrez à son icveil Des frères en robes hianches.
I>cpuis renfant toujuiirs doit.
Le monde croil qu'il «>>! mort.
Le vent cueille les fleurs en agitant les branches.
Le monde croit qu'il est morl ; Mais quand sa mère s'endort, Elle ^oil des roses Idanches, Kl renfaiit cher à ses pleurs S,' jouant parmi les fleurs.
Le vent cueille les fleurs eu agitant les branches.
Que de grâces l,i religion ne peul-elln pas prêter h ces rhansons de mères et de nourrices dont on berce le (ireinier .Ige ! Quelles charmantes berceuses, quelles ballades pures