DÔ
PASCAL
PASCAL
feudre sages les fous, mais elle les rend contents ; à l'envi de la raison, qui ne peut rendre ses amis que misérables, l'une les comble de gloire, l'autre les couvre de honte.
« Qui dispense la réputation, qui dôme le respect et la vénératioa aux personnes, aux ouvrages, aux grands, sinon l'ojiinion ? Combien toutes les richesses de la ti^rre sont-elles insuffisantes sans son consentement ?
« L'opinion dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice, et le bonheur, qui est le tout du monde. Je voudrais de bon cœur voirie livre italien, dont je ne connais que ce titre, qui vaut lui seul bien des livres : DeLla Opinione regina del mundo. »
Il y a dans ces pensées de Pascal un peu de cetto'â|)reté misantiiropique etde cette verve paradoxale qui ont fait plus tard la bonne fortune littéraire de Jean-Jacques Rousseau et qui ont préparé la chute di; l'abbé de Lamennais. 11 est faux que l'opinion seule fasse la justice et la beauté, et Jean-Jacques lui-môme a réfuté victorieusement à ce sujet l'assertion de Montaigne et de Pascal, En aucun temps et nulle part la trahison par exemple n'a été honorée. Tous les hommes ont l'idée de la distinction du bien et du ma), et leurs erreurs môme à ce sujet rendent hommage à la vérité. Pascal n'avait pas besoin d'exagérer les défaillances de la nature et de la raison pour prouver la nécessité où nous sommes de recourir h la révélaliou et à la foi ; il aurait sufli de prouver que la révélation complète et sanctionne les bonnes tendances de la nature, et que la fui donn.i une bas.; inébranlable et une direction cerlainii aux elforts de notre raison.
Les grands hommes ont souvent le malheur de raisonner f<jrt mal, tout en raisonnant [jIus juste que les autres, parce (pi'ils prennent la mesure des hommes sur euxmôuies et font h-s règles générales d'après les exceolious. Puis il y a dans leur lo.^ioue quelque cijose de tro() rigoureux <!t (J'excessif, j»arce que le gi-nie n'est |)eulèlre que It; |)ressentiment de l'absolu. Cela fait qu'd.s se lro(fip(!nt adiuirableuje it, et prernii'it eux-mêmes leur sublime folie
1»ourune grande et incontestable raison. Si *ascal avait eu cette pensée parmi h-s siennes il ne fi'Jl sans doute jatuais devenu janséniste et aurait laissé \i la littéralur»; fran- «;;ii.se un autr<i momjminl rpje les Protincinlm.
Comme a|tologiste de la religion, Pascal (iS{ M»uv(rnl t:0|» philosophe, lui qui a écrit que se mo pujr d;; la philosophie, c'est philosopher. Il ua retours \\ la foi (jue par suite du dt-sesiMur de sa raison, et ne se décide i»oiir raf.iriiialifi i eu faveur du christianisme que par maiiq k; d'une autUnt-A; kuflisante pour jouer lélrnili' a pur ou tion. Il est donc religi*;ut( pari:e qu'il a p(;ur que la religion ne soit vraie. Voila bien iJU'tAme de janséniste ! Kcoulons ses raisoniierncnls :
lilCriOlX. Uf. LlIlKHAIIIIK. Mlillhr
« Que ceux qui combattent la religion apprennent au moins (luelle elle est, avant que de la combattre. Si celte religion se vantait d'avoir une vue claire de Dieu, et de le posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde ({ui le montre avec cette évidence. Mais, puisqu'elle dit au contraire
aie les hommes sont dans les ténèbres et ans l'élûignement de Dieu , qu'il s'est caché à leur connaissance, et que c'est même le nom qu'il se donne dans les Ecritures , Deus absconditus ; et enlin, si elle travaille également à étab ir ces deux choses, que Dieu a mis des marques sensibles dans l'Eglise pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement ; et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte, qu'il ne sera af)erçu que de ceux qui le diercheîit de tout leur cœur ; quel avantage peuventils tirer, lorsque, dans la négligence où ils font profession d'être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre ; puisque cette obscurité où ils sont et (fli'ils objectent à l'Eglise ne fait qu'établir une des choses qu'elle soutient sans toucher h l'autre, et confirme sa doctrine, bien loin de la ruiner ?
« Il faudrait, pour la combattre, qu'ils criassent qu'ils ont fait des elTorts pour la chercher partout, et môme dons ce que l'Eglise propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parlaient de la sorte, ils combattraient, à la vérité, une do Ses prétentions. Mais j'espère montrer ici (|u'il n'y a point de personne raisonnable (lui puisse parler de la sorte, et j'ose môme dire que jamais personne ne l'a fiiit. On sait assez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir fait de grands elforts pour s'instruire, lorsqu'ils ont employé ({uelfiues heures h la lecture de rKcriture, et (lu'ils ont intenogé (juehjue ei-clésiastique sur les vérités delà foi. Après cela, ils se vantent d'avoir cherché sans succès dans les livres et parmi les hommes. Mais, en vérité, je ne |)uis m'empôcher do leur dire ce que j'ai dit souvent, ipio cette négligence n'est pas supportable ; il ne s'agit pas ici de l'intérêt léger de quelque personne étrangère, il s'agit do nous-mômes et de noire tout.
« L'immortalité de l'Aiiio est une chose rpii nous iiiipr)rle si fort et tpii nous toiicln^ si prorondéinent, (pi'il faut avnir perdu tout seiilimenit |»our ètrt- dans rindilff'-rence ^U' savf)ir ce (pji en est. 'J'oiiles nos actions et toutes lifts pr.Misi'es doivent prinidre des routes si dillV'ieiites, selon (pi'il y aura des bienv éternels a espérer ou non, qu'il est inipossii)l(! de faire une déiiiaiclie av(!C s<;ris et jugement <pr«Mi la réglant par la vue do ce point, (pii doit être notre (l«;rnier objet.
'< Ainsi notre pieiiinn- intérêt et noire; premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dé|)end tout»; notre ( onduile ; cl c'est pourquoi, parmi ceux (pii n'eu sfuit pas persuadé', je fais um'exlrênie dillinence entre reuv qui travaillent de toutes leurs im-
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rAsr.Ai,
ces ;i sVii instiuiro et ceux qui vivent sans s'on mettre en peine et sans y penser.
K Je ne puis avoir que de la compassion j)Our ceux qui gt-missenl sincèrement dans ce doute, (pii le regardent comme le dernier lies malhevns, et qui, n'é|)argnant rien pour <Mi sortir, font de cette rechcrclic l(>ur prinripale et leur plus sc'Heuse occupation. Mais, pour ceux (pli pass(Mit leur vie sans penser à cette dernicre tin de la vie, et qui, par cette ^eule raison qu'ils ne trouvent pas en euxmômes des lumières (jUi les persuadent, né- }i;lijîent d'en chercher ailleurs, et d'examiner h fond si celte ojtinion est de celles que le fieuplc reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, (juoi([uc obscures d'elles-mêmes, ont néanmoins un fondement trèssolide, je les considère d'une manière tonte diirérente. Cette négligence en une affaire où il s'agit d'eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'at- Icndrit; elle m'étonne et m'épouvante; c'est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zèle ])ieux d'une dévotion spirituelle; je prétends, au contraire, (|uc l'amour-propre, que l'intérêt humain, que la plus simple lumière de la raison nous doit donner ces sentiments. 11 ne faut voir pour cela que ce que voient les personnes les moins éclairées.
« Il ne faut pas avoir l'Ame fort élevée }>onr comprendre (pi'il n'y a point ici de satisfaction véritable et solide; que tous nos pJaisirs ne s(»nt (pie vanité; (iu(.' nos maux srtnt inlinis, et ({u'enrni la mort, (pii nous menace h cli.Kpie instant, nous doit mettre «lans |)eu d'années, et peut-être en peu de jours, dans un élat éternel de bonheur, ou d(! malheur, ou d'anéantissoment. Entre nous le ciel et l'enfer, ou le néant, il n'y a donc que la vie, nui est la (•hos(^ du monde la i)ius fragile, et h; ciel n'étant pas certainement pour ceux (jui doutent si leur Ame est immortelle, ils n'ont à atlomlre (jue l'enfer ou le néant.
« Il n'y a rien de |>Ius réel (jue cela, ni de I»lus terrible. Faisons tant (pie nous vouilrons les braves, voilà la lin ([ui attend la plus belle vk; du monde.
« C'est en vaiii ([u'ils (h'-tourneiit leur pensée (le cette éUiinité (jui les attend, comme s'ils la pi>uvaiei)t anéantir en n'y pensant point. Elle subsiste malgré eux, elle s'avance; et la mort, qui la doit ouviir, les nu'ttra infailliblement dans peu de temps dans l'horrible néeessilé d'étic* éler:ied(Muent ou anéantis ou malheureux.
'< Voilà un dout(! d'uiHi terrible consi'- (picnce, et c'est dc'jà assinéimnit un trèsgrand mal (pie d'êtn^ dans ce doute; mais c'est au moins un devoir indispensable (h; chercher quand on y est. .Ainsi celui ipii doute et (jui ne cherche pas est tout ensemble el b en injuste et bien m.ilheiireux. Qm; s'il est avec cela traïKpiille et satisfait, qu'il en fasse prolession, et enlin ((uil en tasse vanité, el «jue ce soit d(» ciU état inème((u'il Ifisso le sujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai |Hiint de termes pour qiialilier une si exliavagante créature.
« Oii poul-on prendre ces senliments?(juel sujet de joie trouve-t-on h n'attendre plu» (pie des misères sans ressource? (piel sujet de vanité de se voir d.uis des obscurités iinpénélrahles? quelle consolation de n'atlen (Ire jamais de consolateur?
« Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, el dont il faut faire sentir l'extravagance el la slu[)idité à ceux qui y passent leur vie, en leur repiTsentant ce (pii se passe en eux-mêmes, pour les confondre |)ar la vue de leur folie. Car voici connnent raisonnent les hommes (juand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont, el sans en rechercherd'édaircissement.
« Je^ ne sais (|ui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni (pie moi-même. Je suis dans une ignorance terrible do toutes choses. Je ne sais ce (pie c'est que mon corps, (juc mes sens, (jue mon Ame ; et celle partie même de moi (pii pense ce que je dis, el qui fait réilexion sur tout et sur ellemême, ne se connaît non [)lus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l'univer-s qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue sans savoir pounpioi je suis plut(M placé on ce lieu ([u'en un autre, ni |)Ourquoi ce peu de tenq)s (jui m'est donné h vivre m'est assigné à ce point plul()t qu'cà un autre de toute l'éternilé (|ui m'a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes paris (pii m'engloutissent comme un atome el comme une omhre (|ui ne dure (jii'un inst.iiit sans retour. Tout ce (pie je connais, c'est (pie je dois bient(M mourir; mais cequo j'ignore le plus, c'est cette mort mètiie que Je ne saurais éviter.
« Comme je ne sais d'où je viens, aussi no sais-je où je vais ; et je sais seulement (pi'en sorlanl de ce monde, je tombe p(nir jamais, ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, s.iiis savoir h Lupielle de ces deux conditions je dois être élernellemenl en partage.
« Voilà mon état plein de misère, de fiiblesse, (i'obscnrilé. Kl il(> tout ci la je ( oiiclus (pie je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à ce (pii me doit arriver, et (]ueje n'ai ((u'à suivr(? mes inclinations sans réilexion et sans in([iiiéln(le, en faisant tout C(i (pi'ii faut pour tomber dans le malheur éternel, au cas (pie ce qu'on en dit soit vérilabh>. Peut-ê.re (pie je pourrais trouver (piel([ue éi laircisseiiienî d.uis mes doutes; m.iis j(! n'en vinix pas prendre la peim», ni faire un pas pour le cliercher; et, en traitant avec mé|Mis ceux (pii s.! travailleraient de ce soin je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenlm- un si grand événemenl,et me laisser molhnmMt conduiie à la mo t dans !'inc(n litude de {'('(ernilé de ma condition ttitiire.
n llien n'est si important à l'homme (pie son état; rien ne lui est si redoul;tble (pie rélernilé. Kl ainsi, (pi'il s(! trouve des \nm\u»es inditlVn"(nits à la peife de leur être et au pi'iil d'une élernité de misère, • ela n'e.Nt [>a>
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n.nturoi. Ils sonl tout autres .\ Tégard de toutes les antres chuses : ils craignent jusqu'aux }ilus petites, ils les prévoient, ils les sentent; et ce même homme qui passe les jours et les nuits d;wis la rage et le désespoir pour la perle d'une charge , ou pour quelijue offense imaginaire à son honneur, est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, et qui denn-ure néanmoins sans inquiétude, sans trouble et sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles dans un cceur si sensible aux plus légères est une chose monstrueuse ; c'est un enchantement incompréhensijjle et un assoupissen)ent surnaturel.
« L'n homme, dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant jilus qu'une heure jx)ur l'apprendre, et cette heure suftisant, s'il sait qu'il est donné, i)Our le faire révoquer, il est contre la nature qu'il emploie cette heure-là, non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer et à se divertir. C est l'état où se trouvent ces personnes, avfKî cette dilîérence, que les maux dont ils s<jnt menacés sont bien autres que la perte simple de la vie, et un supplice passager que ce prisonnier appréhenderait. Cependant ils courent sans souci dans le précipice, après avoir mis quelque chose devant leurs yeux |»our s'empêcher de le voir, et ils se moquent de ceux qui les en avertissent.
« Ainsi, non-seulement le zèle de ceuxqti. cherchent Dieu prouve la véritable religion, mais aussi l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent f>as et qui vivent dans celte horrible négligence. Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homme \K)nr vivre dans cet étal, et encore plus [)0ur en faire vanité. Car, quand ils auraient une certitude; enlière qu'ils n'auraient rien à craindre après la jnort que de tomber dans le néant, ne serait-ce pas un sujet de déscsj>^iir ttliitôt fpif! de variilé? N'esi-cc donc j)as une lolir,' inconteslabb-, n'en étant pas assurés, de faire gloire dèlre dans ce doute? I"t néanmoins il est certain que l'honun.' est si dénaturé, qu'il y a dans son ovnv une seîuence de joie en cela. Ce repos Ijrutal, entre la ( rainle de l'enfer et du néant, semble si bi'.'iii, que no'i-seulement ceux qui sont véritablenie'it dans ce doute maltieureus s'«;n glorilieiil, mais rpie «eux mêuies qui n'y Miiil p;is c.vnicul qu'il leur est j;lorieux de feindre d'y r-lre. (,;ir lexpérienc.; nous f;«it voir qu<; la iilujiarl df ceux ipii s'(;n mêb'Ui sont «le ce rjernier geriic, (pie ce sonl de"* fçfîns rpii se contrefont, cl qui ne sonl |KH tels <pi ils veiib'iil |»araltre. Ce sont des \>*;rH(tTmi-s (pii ont oui dire que les belles ifianièrcH du monde (onsisUnl à faire ainsi l'emiiorté. (/t;>t ce rju'ils appellent avoir s<;coue le joug, et la [ilupart ne le font que \nntr ifiiiler les autres,
• Mais, s'iJ-» o it encore tant srut jteij de >Cii.H commun, il n'esl pas dillicib: di; leur faire entendre combi«!ii ils s'.'rl>ijsent en < tierchant par \h fJe l'estime. C»; n'est pas le moyen d'en acquérir, je dis rnème parmi les p'T'jonHc» du mond« 'jui jugent Minftmeiit
des choses, et qui savent que la seule voie (l'y réussir c'est de paraître honnête, fidèle, judicieux, et capable de servir utilement ses amis, parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut être utile. Or, (|uel avantage y a-t-il pour nous à ouir dire à un homme qui a secoué le joug qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions, qu'il se considère comme seul maître de sa conduite, qu'il ne pense à en rendre compte qu'à soi-même? Pense-t-il nous avoir portés par là à avoir désormais bien de la contiance en lui, et à en attendre des consolations, des conseils et des secours dans tous les besoins de la vie? Pense-t-il nous avoir bien réjouis de nous dire qu'il doute si notre Ame e^t autre chose qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content? Est-cd donc une chose à dire gaiement? et n'est-ce })as une chose à dire, au contraire, tristement , comme la chose du monde la plus triste ?
« S'ils y pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à l'honnôtcté, et si éloigné en toute manière de ce bon air qu'ils cherchent, que rien n'est plus capable de leur attirer le mépris et l'aversion des hommes, et de les faire passer pour des personnes sans esprit et sans jugement. Et en effet, si on leur fait rendre compte de leurs senlim(3nts et des raisons qu'ils ont de douter de la religion, ils diront dos choses si faibles et si basses, qu'ils i)orsuadero'it plutôt du contraire. C'était ce que leur disait un jour fort à pro[»os une [lersonne. Si vous continuez à discourirde la sorte, leur disait-elle, en vérité, vous me convertirez. Et elle avait raison; car qui n'aurail lutrreur de se voir dans des sentiments où l'on a nour com[)agnons des personnes si méprisal)lcs?
« Ainsi, ceux qui ne font que feindre ces sentiments sont bien malheureux de contraindre leur naturel ()our se rendre les plus impertinents des hommes. S'ils sont f.lchés, dans le fond de leur comr, de n'avoir pas pliis de lumières, (ju'ils ne le (lissimulent l>oint , celle déclarali(»n ne simvj i)as hoiil(Mise. Il n'y a d(! honte qu'à n en point avftir : rir-n ne découvre davantage une fUiange faiblesse d'esprit ipn; dt! ne pas cormailre (piel est le malheur d'un homme sans Dieu. Hien ne maniue davantage uik; extiènn; bassesse rb; cuMir (jue de m; pas st^yiliailer la vérité des promesses étc-rnelles. Hien n'esl plus lâche (pie de; faire le brave roiitre Dieu. (Qu'ils laissent donc ces impiétés h ceux qui sont assez mal nés pour en être vérilablemenl capanlos; qu'ils soient du moins lionnêtes gens (Ij, s'ils ne peuvtMit
(1)1! s'agit ici tic gavojr <i l'opinion tU'. l'iinniort.ilili* (l<- I'^iik; fbl vraiir, cl non |);is si t Ile annonce |tlns iWupril, u««? àme pin» élnu'i- ii>n- l'(i|iini(Mi conlr.»irr ; m < ll«r tsl nliih y««<', on de mrilleur tiir. Il l'aiit rroin' ifMf nniiuU- vcriw, paiM! (|n>l|tr rst |n'oijV(-c, «•I. non pjfi «t qinr crWr ri()y;iiM •• «•»( ilna 1rs ;(iilr<'i jionini)-, .1 ,ivi)ir v.n nous |)Iiir dn (ontianro. (if.lii; nianitrc <!i- raisoniiiT iif srruil iiropiT rjM'u faiic tiv»
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C-iro fiuoro clirétKMis; et i(u'ils ro.^onnaissonl ciiliii tni'il n'y a (\\\q deux soties de
1)prsoiines qii'oii puisse nnjud r raisonna- >los : ou ceux (jui stM-vcnl Dieu dt* tout leur <'(rur, pane iju'ils le coiinaisseil, ou ceux qui le chcrclient de tout leur c(cur, parce qu'ils ne le con'iaisseiit pas encore.
rt C'est donc pour les [)ersonnes qui cherchent Dieu sincèrement, et ([ui, reconnaissant leur misère, désirent véritablement d'en sortir, (pi'il est juste de travailler,, afin de leur aider à trouver la lumière qu'ils n'ont '. pas.
« Mais, pour ceux qui vivent sans le connaître et sans h- chercher, ils S(î jugent euxmêmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres; et il faut ^ivo r toute la chaiité de la religion (ju'ils mé-
rtrisent pour ne les [toint mépriser jus(ju'à es abandonner dans leur folie. Mais, parce que cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu'ils seront en cette vie, comme capables de la grAce ([ui peut les «éclairer, et de croire qu'ils peuvent èt:c dans peu de tenqis [)lus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons, au contraire, tomber dans l'aveuglement où ils sont; il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fît pour nous si nous étions en leur [)lace, et les api)cJer h avoir pitié d'eux-mêmes, et à faire au moins quchiues
f>as pour tenter s'ils ne trouveront point de umière. Qu'ils donnent à la lecture de cet ouvrage quelques-unes de ces heures qu'ils emploient si inutilement ailleurs, peut-être y rencontreront-ils ([uelqiie chose, ou du moins ils n'y perdront pas beaucoup. Mais, pour ceux ({ui y a|)|)orteront une sincérité parfaite el un véritable désir tle connaître la vérité, j'espère qu'ils y auront satisfaction, et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine que l'on y a ramassées.
« C'est une chose horrible de sentir continuellement s'écouler tout ce qu'on [)ossède, et qu'on s'y puisse attacher sans avoir envie de chercher s'il n'y a point (iueli[ue ch'ose de permanent.
« Nous connaissons (ju'il y a un inlini et ijjnoro'is sa nature, connue par exemjjle nous savons qu'il est faux (|ue les nond)res soifïut linis. Donc il est vrai (pi'il y a un infini en nombre; mais nous ne savons ce ([uil
bjrpocril<'s. D'ailleurs, il mo s<Mnl»lc que r'csl nioins d ;ipn''s ios opinions (l'un lioinin<\ sur la nii>U)|iliysi-
aiii' ou la nioiMlc, (jn'il laiil s* conlitT rn lui imi simi i'(icr. quo d'après ^ou caiaclciT, ri, s'il r^l prnuis ilf s'ctpiinipr ainsi . d'après sa conslilunon morale, l/experienee parai! ronlirnier ro que javaiieo ici. M «.oiislanlm, m Theoilose , ni Malioniel , ni Innocent m, ni Marie d'Aiij;lelerre. ni l'hihppe II, ni Anrengy.el», ni Jacques Cleuieni, ni K ivaillae , ni Halla/.ar «.erard. ni li-s hrij^ainls qui deNasl.renl lAnierique, n'onl jamais e|e\e le ino.ndrr donle sur l'iinniorlaliU; de l'aine. Ku g nc-ral miMue. ro sont les liomines fadiles, igiioianls ri passionnés, qui cnmmenenl des «rimes. (M res mêmes hommes sont n.ilnrelletn«>nl |>)iles a la >U|H'ràUlioii.
est. Il est faux qu'il soit |iair, il est faux (ju'il soit impair ; car en ajoutait l'unité il ne change point de nature. Ainsi on p, ut bien connulre qu'il y a un Dieu .'-ans .savoir ce qu'il est : et vous ne devez [)as conclure qu'il n'y a point de Dieu, de ce (|ue nous ne connaissons pas paiiailemenl sa nature.
« Je ne me servirai pas, poiir vous convaincre de son existence, (h; la foi par la- (juellc nous le connaissons cerlainemcnl, ni (le tout{>s les autres })reuves que nous (mi avons, |)uisque vous ne les voulez pas recevoir. Je ne veux agir avec vous que par vos principes mêmes ; et je prétends vous faire voir par la manière dont vous raisonnez tous les jours sur les choses de la moindre conséquence, de quelle sorte vous devez raisonner en celle-ci, et quel |iar. i vous devez prendre dans la décision de cette importante question de l'existence de Dieu. Vous dites donc qu(; nous sommes incapables de connaître s'il y a un Dieu ; ceperidant il est certain (jue Dieu est, ou (ju'il n'est pas : il n'y a point de milieu. Mais de (piel côté pencherons-nous? la raison, dites-vous, n'y j)eut rien déterminer. Il y a un chaos inlini ({ui nous sépare. 11 se joue un jeu à cette distance intinic où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous'.' Par raison vous ne pouvez assurer ni l'un ni l'autre ; par raison vous ne pouvez nier aucun des deux.
« Ne blilmez donc pas de fausseté ceux qui ont fait un choix ; car vous ne savez pas s'ils ont tort et s'ils ont mal choisi. Non, direz-vous ; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix ; et celui «pii prend croix el celui qui prend pile ont tous ueux tort : le juste esi de ne poinl parier.
«Oui, mais il faut paricn- ; cela n'est pas volontaire ; vous êtes embarqué, et ne jiarier point que Dieu est, c'est parier qu'il n'est point. Leifuel prendrez-vous donc^/ Pesons le gain et la |>er;e en prenant le parti de croire que Dieu est. Si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous ptndez, vous no perdez rien. Pariez donc qu'il est sans hésiter. Oui, il faut gager; mais je gage peut-être ftop. >'oyons : puisqu'il y a pareil hasard de gain el de pei le, (piand vous n'auriez ((uc deux vies à gagner pour une, vous pourr ez encore gager; et, s'il y en avait dix à gagner, vous seriez im[)ru(rent de ne pas hasarder voire vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perle el de gain. Mais il y a ici une induite de vies inliinmenl heureuses h g;igner av»'o pareil hasard de perte eldegani; et ce (pie vous jou(>z est si peu de chose et de si peu de durée, (pi il y .1 de la folie à le mé .ager en cette occasion.
« (^ir il ne serl de rien de dire, qu'il est incerlain si on gagnera, et ipi'd est certain (|u'on hasarde; et (|ue linlinie distance (^li est (Mitre la cerlilude de ce (ju'on expose et l'uicerlilude de ce (pi'on gagnera, égale le biiMi tini (pi'on expose cei laiiièment, à l'intiiii qui est incerlain. Cela n'cM pas ainsi; tout joueur hasar(l(> avec c(>!iiiule pour gagner
PASCAL
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avec i'iccrtiliiili', et néa'imoins il hasarde certainoQient le fini pour gagner incertainenient le fini, sans pécher contre la raison. Il nV a [)as infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on expose et l'incertitude du gain : cela est faux. Il y a, à la vérité, infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre ; mais l'incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde, selon la proportion des hasards de gain et de perte ; et de là vient que, s'il y a autant de hasards d'un côté que de l'autre, le parti est à jouer égal contre égal, et alors la certitude de ce qu'on expose est égale à l'incertitude du gain, tant s'en faut qu'elle en soit infiniment distante; et ainsi noire [)roposition est dans une force infinie, quand il n'y a que le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain et de perte, et rinfini à gagner. Cela est démonstratif, et si les hommes sont capables de quelques vérités, ils le doivent être de celle-là.
« De se tromper en croyant vraie la religion chrétienne, il n'y a pas grand'chose à perdre ; mais quel malheur de se trnnii)er en la croyant faus-e ! »
Ces pensées de calcul ont quelque chose qui serre le cœur et qui satisfait mal la générosité de la foi : un chrétien s'en contenterait mal. Mais on peut nous répondre qu'il ne s'agit pas de convertir ceux qui croient, et qu'il faut bien attin.T par la crainte ou ])(\r l'intérêt ceux qu'on ne saurait encore gagner par l'amour du vrai et du bien.
N'il doute que si Pascal eût vécu, il eût gradué et coordonné les diirérenls systèmes de preuves qui devaient soumettre la raison à la foi et captiver la philosophie sous le joug aimable de l'Kvangile. Toutefois nous f)ensons qu'il eût toujours marirpié quehjueohose à son argumentation, et que les [)reuves de sentiment eussent été chez lui les plus faibles. Pascal, qui ne com[)renail rien à la f)oésie, devait être peu accessible à la religion du cœur : la f)ensée chez lui envahissait tout; aussi sentait-il dans son organisme moral quelque chose de monstrueux, et éproiivaii-il sanscesse unr i(nf)ression indéfiiiissabledevide. Il lui semblait toujoursqu'un abîme était auprès de lui, et il portait sous s/iS vêtements, a la place du co;ur, un parchemin roulé, afin de se souvenir toujours qu'un instant, pendant une lujit [tasser; en (irière, il avait éprouvé un sentiment fugitif et phénoménal d'amour divin. I.e floulf; était l'étemel tourment de ce malheureux [lenseur. A son jugement, la religion n'était pas certaine, et il (lartait de là pour prouver qu'il faut y croire. Voici les fiagr-s auxrpielles nous faisons allusion ici.
« De la naturriliK prnn m ilu du isliavisinr. " I. .S'il n ! fallait ij^ti Ijiin- fpjc |if)iii le certani, on ne devrait rien faire pour la religion, car elle n'ist pas cerlaiiu-. Mais combien de ehosos fail-on pour lincerlain ? b-s voynges sur m«-r, b-s balaillfs. h- dis donc qu'il ne f.nirlrait riijii faire du tout, enr rien ii'csl certain ; «•( il v ;i plus d" ( «rtiliid*! à la
religion qu'à l'espérance que nous voyions le jour de (lemain ; car il n'est pas certain quu nous voyions demain ; mas il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est pas certain qu'elle soit; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas ? Or, quand on travaille pour demain et pour l'incertain, on agit avec raison.
« II. Les prophéties, les miracles mômes, et les autres preuves de notre religion ne sont pas de telle sorte qu'on puisse dire qu'elles sont géométriquement convaincantes. Mais il me suffit présentement que vous m'accordiez que ce n'est pas pécher contre la raison que de les croire. Elles ont de la clarté et de l'obscurité pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais la clarté est telle, qu'elle surpasse ou égale pour le moins ce qu'il y a de plus clair au contraire. De sorte que ce n'est pas la raison qui puisso déterminer à ne la pas suivre, et ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Ainsi il y a assez de clarté pour condamner ceux qui refusent de croire, et non assez pour les gagner; afin qu'il paraisse (lu'eii ceux qui la suivent c'est la grâce et non la raison qui la fait suivre, et qu'en ceux qui la fuient c'est la concupiscence et non la raison qui la fait fuir.
a III. Qui blâmera les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui ()rofessent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? Ils déclarent, et l'exposent aupeuple, que c'est une sottise, stultitiam, et puis vous vous plaignez de ce (|u'ils ne la f)rouvent pas : s'ils la prouvaient, ils ne tiendraient point parole ; c'est en manquant de [)reuves qu'ils ne mantpient pas de sens.
« IV. Commencez [lar nlaindre les incrédules; ils sont assez malheureux par leur condition : il ne les faudrait injurier qu'eu cas que cela servît ; mais cela leur nuit.
« V. A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commencer par leur montrer (ju'tdie n'est |>as contraire à la raison, ensuite (ju'elle est vénérable, et en doniKîr du r(;sp(;(t, après la rendre aimable et faire souhaiter cju'elle fût vraie : et puis nionlicr, par des preuves incontestables, fpi'clleesl vraie; faire voir son antiipiilé et sa sainteté par sa grandeur et son élévation; et enlin qu'tdie est aimable, [)arco qu'elle jjromct le vrai bien.
<' W. \/i\ raison aj^it avec lenteur, et avec; tant de vues et de [trincipcs dillérents, (pi'ello doit avoir toujours priisents (pi'à toute heure r-lh; s'assoupit ou elle .s'égaie; faute (h) les voir tout à la fois. Il n'en est pas ainsi du s(;nliiiieiit ; il agit (;ii un instant, cl toujours est firct à agir. Il l'aul donc, après avoir connu la vérité par la laison, tâ(;h(!r (h; la sentir et (h; iiictlic noire foi dans le scntiriKiiit du iri;iif; auli(;iii(Mit elle sera toujours inc(;rtaine et chancelante.
u \ il. Il ne faut pas s(; niéconnattrc,nou8 soiiiiiics (;r»ips autant (prespiil : et de là vient que rinstruiiK-nl par h;(iucl In persun- Mon se fut n'est nas la seule déiiKtiistralion.
PASCAL
PASCAL
Combien y a-t-il (>cu de clvoscs démontrées? Les preuves ne conviiin(|nent que l'esprit. Iji rouliiiue fait nos preuves les plus fortes. V.IIe incline les sens, qui entr.iînenl l'esi»nl *nns (pi'il y pense. Qui a dénionln'; (pi'il sera einain jour, et que nous mourrons, et rju'y n-t-il de [)lus universellement cru? C'est iloiic la coutume qui nous en persuade, cY'st elle qui fait tant de turcs et de païens, c'est elle(|ui fait les métiers, les soldais, etc. 11 est Trai (piil ne f.nit pas commencer par elle pour trouver la vérité ; mais il faut avoir recuurs à elle, quand une fois l'esprit a vu où est la vérité, atin <le nous abreuver et de nous teindre de celtecréan(;e qui nous éclia|)|)e à toute heure; car, d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaires. 11 faut ac((uérir une créance plus facile, qui est celle de l'haliitude, qui, sans violence, s.ms art, sans ar,!;;nment, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances h celte créance, en sorte (juc notre âme y tombe naturellement. Ce n'est pas assez de ne croire (jue par la force de la conviction, si les sens nous portent à croire le contraire. Il faut donc faire marcher nos deux pièces ensemble : l'esprit, par les raisons (ju'il sutlit d'avoir vues une fois en sa vie, et les sens par la coutume, et en ne leur permellanl pas de s'incliner au contraire.
Des preiires morales du christianisme.
« Vlll. Toute la conduite des choses doit avoir pour objet l'établissement et la grandeur de la religion : les huunues doivent avoir en eux-niômes des sentiments conformes h ce qu'elle nous enseigne : et entin elle doit C'fre tellement l'objet et le centre où toutes choses tendent, que qui en saura les principes puisse rendre raison de toute la natur(i (le l'homme en particulier, cl de toute la conduite du monde en général.
« IX. Si l'on ne se coimaît plein d'orgueil, d'ambition, de concupiscence, do faiblesse, de misère et d'injustice, on est bien aveugle. JEt si en le connaissant on ne désire d'en ÔIro délivré, aue peut-on dire d'un lioiiune si peu raisonnaule ? Que; peut-on donc avoir (pie de rcstin)e pour une religion (pii cotuiait si bien les défauts de l'homme, et que du désir pOtiT-ln vérité d'une religion (pii y promet des remèdes si souhaitables?
« X. La vraie religion doit avoir pour marque (robinier h aimer Dieu, (-ela est bien jtrste; et cependant aucune autre que la nAtrc ne l'a ordonré. Klle doit encore avoir connu la concupiscence de l'hounne, ot l'imiiuissanrîe*)^ il est par lui-même d'ac(piérjr la vertu. Klle doit y avo r apporté les remèdes dont la prière est In [»rin('ipal. Notre re- )ii4ion a lait lout cela ; et nulle autio n'a jamais demandé à Dieu de l'aimer et de le suivre.
« XI. 11 faut |>our faire (ju'une religion soit vraio qu'clln ait connu noire nature; car la vraie nature de l'honnne, nou vrai biçn, la vraie vertu et la vraie religion sont choses dont la connaissance est insé|tarflble. Klle Unit avoir (oinui la granib-ui- ei li bassesse
de riiomftie, et la raison d<' l'un et de l'autre. Quelle autre religion (pie la chrétienne a connu tontes ces choses?
n XII. Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires; car elles consistent tiiutes en extérieur ; mais elles ne sont |)as pour les gens habiles. Une religion purement intcllccluelle siuait plus proportionnéc aux babiles ; mais elle ne servirait pas au peuple. La seub^ religion chrétienne est [iroporlionnée h tous, étant mêlée d'extérieur et d'intérieur. Klle élève le peuple à l'intéiieur, et abaisse les superbes à l'extérieur, et n'est pas parfiite sans les deux ; car il faut (pie le [)euplc entende l'esprit d(i la lettre, que les habiles soumettent leur esprit i» la lettre, eu pratiquant ce qu'il y a d'extérieur.
« Xlll. Nulle autre religion que la chrétienne n'a connu (pie l'homme est la plus excellente créature et en même ten»ps la plus misérable. Les uns, qui ont bien connu la r('alité de son excellence, ont |)ris pour lâcheté et pour ingratitude les sentiments bas (pie les lionnnes ont naturellement d'euxmêmes. Et les autres, qui ont bien connu combien cette bassesse est ellective, ont traité d'une superbe ridicule ces sentiments de grandeur qui sont aussi naturels à l'homme.
« XIV. Dieu étant caché, toute religion (pii ne dit pas «jue Dieu est caché n'est pas véritable; et toute religion (jui n'en rend pas la raison n'est i)as instruisante. La mMrefail tout cela.
« XV. Les grandeurs et les misères de l'homme sont tellement visibles, qu'il faut nécessairement (jue la véritable religion nous enseigne (jud y a on lui quel(]ue grand principe de grandeur, et en même temps (jueUpie grand |)rincipe de misère; car il faut (fue la véritable religion connaisse h fond notre nature, c'est-à-dire (prelle connaisse tout ce (pi'elle a de grand, et lout ce (pi'elli^ a de misérable, et la raison de l'un et (h? l'autre. 1! faut encore (pi'elle nous rende raison d s ét(nmant(\s contrariéîés (pii s'y renconirent. S'il y a un seul principe de tout, il faut (ine Ta vraie religion nous enseigne à n'a(lorer (pie lui et jV n'aimtn" (jne lui. Mais, connue nous nous trouvons dans rimpuissance d'adorer ce (pic nous ne connaissons |)as, et d'aimer autre chose (pie nous, il faut (|Uo la religion instruise aussi de cette impuissance, et (}u'ello nous aj)prenne les remèdes.
" Il faut, pour lendre l'homme heureux, ([n'elle lui montre (pi'il y a un Dieu, (pi'on est obligé de l'aimer, (pie notn; véritable félicité est d'èlre h lui, et notre uni(pie mal d'être séparé de lui ; (pi'elle rions apprenne que nous sommes pleins de ténèbres (jni nous «Miipêcheiit d(^ le connaître et <\i\ laiiiier, et (pi'ainsi, nos devoirs nous obligeant d'aimer Dieu, et notre concupiscence nous en di'loin-nant, nous sommes [ileins d'injustice. 11 faut qu'elhî nous rende raison do l'opposition que nous avons à Dieu et à notre proine bien. Il faut (pi'elle nous cnsei-
PASCAL
PASCAL
gne les romôdes et les moyens d'obtenir ces remèdes. Qu'on examine sur cela toutes les religions du monde, et qu'on voie s'il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse. Sera-ce celle qu'enseignèrent les philosophes, qui nous proposent pour tout bien un bien qui est en nous? Est-ce là le vrai bien? ont-ils trouvé le remède à nos maux ? Est-ce avoir guéri la présomption de l'homme que de l'avoir égalé à Dieu? Est-ce ceux qui nous ont égalés aux bêtes, et qui Dous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien? Ont-ils apporté le remèile à nos concupiscences ? Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns; voyez celui auquel vous ressemblez, et qui vous a faits pour l'adorer. Vous pouvez vous rendre semblables à lui ; la sagesse vous y égalera, si vous voulez la suivre. Et les autres (lisent : Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bètes dont vous êtes le compagnon.
a Que deviendra donc l'homme? sera-t-il égal à Dieu ou aux l)ètes ? quelle effrovable distance! Que serons-nous donc? quelle religion nous enseignera notre bien, nos dovoiis, les faiblesses (|ui nous en détournent, les remèdes f[iti les peuvent guérir, et le moyen d'obtenir ces remèdes? Voyons ce que nous dit sur tout cela la sagesse de Dieu, qui nous [«rie dans la religion chrétienne.
« C'est en vain, ô liommes! que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères: toutes vos lumières ne peuventarriver qu'à connaître que ce n'est point en vous (}ue vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philosophes vous l'ont f)romis; ils n'ont pu le faire. Ils ne savent ni quel est votre véritable bien, ni qu'l est votre véritable état. Conunent auraient-ils dornié des remèdes à vos maux, puistpi'ils ne les ont pas seulement connus? Vos maladies f)rincq)al<.'S sont l'orgueil, qui vous soustrait à Dieu, et la <;oncu|»iscence, qui vous attacht; à la terre ; et ils n'ont fait autre chose qu'entretenir au moins une de ces maladies. S'ils vous ont donné Dieu [>our objet, ce n'a été que pour exercer votre orgueil. Ils vous ont fait pen- .ser que vous lui êtes semblables par votre nature. Et ceux qui ont vu la vanité de cette f>rét»;nlion vous ont jetés dans l'autre préei- I)icc, en vous faisant entendre fjiie votre* nature était f)areil!e à celle des bêtes', f;t vous ont jKjrtés à chercher votre bien dans les concufiiscences, tpii sont le partage des animaux. O; n'est pas le moye-n rjc vous instruire de vos iniusticr-s. N'attendez dfinc ni vérité ni consf>lation des houwnes. J(; suis celb; qui vr>ijs ai formé, et qui puis simjNî vous n[»pn;ndre qui vous êtes. M.iis vfius n'êtes plus iti.iMilonanl ru l'état où je- vous fli formés. J'ai créé l'ti(Miutie. saint, innocent, parfait. Jir l'ai rempli de lumières et d'inlelligerM<r. Je lui ai ronmninirpié ma gloire et mrs merveilles. L'(/;il de l'honime voyait alors la inajesté de Dieu. Il n'iUait pas il/uis I»:h lénêbres qui l'avfmglent , m djuis la î«orlal»t<i cl b'!> misères qui l'allligent ; miis
il n'u |)u soutenir tant de gloire sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-môme, et indépendant démon secours. Les sens indépendants de la raison, et souvent mnitres de la raison, l'ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les '> créatures ou l'aflligent ou le tentent, en dominant sur lui, ou en le soumettant par la force, ou le charmant par leurs douceurs,, ce qui est encore une domination plus terrible et plus impérieuse.
Des preuves historiques de la religion.
« XVL En voyant l'aveuglement et la misère de l'homme, et ces contrariétés étonnantes qui se découvrent dans sa nature, et regardant tout l'univers muet, et l'homme sans lumières, abandonné à lui-môme, et comme égaré dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, l'entre en effroi, comme un homme qu'on aurait porté dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveillerait sans connaître où il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et sur ce!a j'admire comment on n'entre pas en désespoir d'un si miséral>le état. Je vois d'autres personnes auprès de moi de semblable nature. Je leur demande s'ils sont mieux instruits que moi, et ils me disent ({ue non. Et sur cela ces misérables égarés, ayant regardé autour d'eux, et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont donnés et ^'y sont attachés. Pour moi, je n'ai pu m'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces personnes semblables à moi, misérables comme moi, impuissantes comme moi.
Je vois qu'ils ne m'aideront pas à mourir : je mourrai seul ; il faut donc faire commo si j'étais seul. Or , si j'étais seul, je ne bâtirais pas des maisons, je ne m'embarrasserais point dans les occupations tumultuaires, je ne chercherais l'estime do personne; mais je tacherais seulement à découvrir la vérité.
« Ainsi, considérant combien il y a d'apparence ([u'il y a autr(! chose que ce que je vois, j'ai recherché si ce Dieu, dont tout le monde parl(% n'aurait [loint laissé (luebiues mar(pies de lui. Je regarde de toutes jiarts, et ne vois jtartout (pi'obscurité. La nature ne m'olfre rien rpji ne sf)it matière de doute ol d'iiKpiiéiude. Si i(! n'y voyais rien qui maripi.'U une divinité, je me détermimuais à n'(în rien croire. Si je voyais partout les marques du (Iré.iteur, je reposerais (sn paix dans la foi; mais, voyant trop pour nier, et trop |)eu pour m'assurei', y suis dans un étal à plaindre, et (jù i'ai souhaité cent fois (pje, SI Dieu soulieiil l;i ii.iture, elle le mar- (pjiU sans é<njivo(pie, et rpir;, si les mar(|U(;s (pi'elb! en (loiine sont tromi»euses, elle les suj»pririi;U lout-à-fait ; (pretie dit tout ou rien, alin que je visse (pK-l p;uli je; dois suivre. Au lieu qu'on l'étal où je suis, ignoraM ce rpie. je .suis, et vm que je dois l'aire, je ne eoiiiiais ni ma condititui ni mon «Icvoir. .Mou cœur tend tout entier à connaître où
r.VfCAL
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«st le vroi bien pour le suivre Rien ne me serait trop cher jHxir rrla.
« Je vois des nuillitiidos do religions en
f»liisicurs endroits du nioide et dans tous PS (oiiips; mais elles n'ont ni morale (|iii me puisse plaire, ni preuves rapab'es de (u'ai rester. Et ainsi jaur.iis égali-nuMit refusé la religion de Mahomet, el eelle de la (^hine, et celle des anciens Romains, et celle des Kg\ pliens, par celte seule raison f(ue, l'une n'ayant pas plus de manjues de vérité que J'autre, ni rien rpii détermine, la raison ne peut pencher {)lutôt vers l'une (jue vers l'autre.
« Mais, en considérait ainsi cette inconstante et bizarre variété de nncurs et de créances dans les divers temps, je trouve en une petite partie du monde un peuple particulier sé[)aré de tous les autres fietiples de la terre, et dont les histoires précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous avons. Je Irovive donc ce peu|)le grand et nombreux, ',ui adore un seul Dieu, et qui se Conduit par une loi ((u'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls Hu monde an\(iuels Dieu a révélé ses mystères, que tous les honuues sont corrom})us et dans la disgr^ice de Dieu; qu'ils sentions abandonnés à leurs sens et à leur pr(»pre esj»rit; et que de \h viennei.t les étranges égarcme-its et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de religion et do coutume; au lieu (ju'eux demeurent inébrardabhîs dans leur conduite; mais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres ; qu'il viendra un libérateur pour tous; (pi'ils so'it au nmnde pour l'aïuioncer , qu'ils sont formés ex|)rès pour être les héros de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples h s'unir 'i eux dans l'attente de ce libérateur
« La rencontre de ce peuple m'étonne et me seu)ble digue d'une cxlrèjne attention, l>ar quantité de choses admirables cl singulières ((ui y paraissent.
« C'est un peuple tout composé de frères; et, au lieu que tous les autres sont formés do rassemblage d'inie inlinité de familles, Celui-ci, quoique si étrangement abondant, est tout sorti d'un seul honnne ; et, étant ainsi une même ch.nr, et membres les uns de» autres, ils ( onqio^-eiit une puissance extrême d'une seule famille, t^ela est unique !
« Ce peuple est h; |)lus ancien ([iii soit d.Mis la connaissance des houunes; (e qui me semble lui devoir allirer une vénérati(»n particulière, et principalement dans la rerhercho (pie nous faisceis, puiscpie, si Dieu s'est d(! tout temps connnuniqué aux Immnu'S, c'est h ceux-ci (pi'il faut recourir pour en savoir la tradition.
« Ce peu|)l(> n'est pas seulement considérable par sou antiquité, m.iis il est encore singulier en sa durée, ipii a toujours cruitinué depuis son origine jiis(pi;\ maintenant; • ar, au lieu que les peuples do (lièce, d'Italie, do LacédémoTie, d'Allièiios, de Rome, et les autres pii sont venus si longtemps ajtiès ont lini il y a lon:^lemps, ceux-ci sub-
sistent toujours; et, malgré les entreprises de tant de puissants rois, ijui ont cent fois essayé de les faire périr, comme les historiens le témoignenl, el comme il est aisé de le juger |)ar l'ordre naturel des choses fendant un si long espace d'années, ils se sont toujours conservés, et, s'étendant depuis le? l)remiors temps jusqu'aux derniers, leurhi-stoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires
« La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du momie, la plus i)arfaile, et la seule qui ait toujours été gardée sans inlerrujition dans un Etat. C'est ce quePhilon, Juif, montre en divers lieux, el Josèphe admirableine;it contre Ap|)ion, o»'i il fait voir qu'elhr est si ancienne (jue le nom môme de loi un él(' connu des puis anciens <|ue plus do mille ans après; en sorte qu'Homère, qui a jtarlé de tint de |)ouples, ne s'en est jamais servi. Et il est aisé déjuger de la perfectioîi d(^ cett(! loi par sa sim|)le lecture, où l'on voit (pi'on y a pourvu à tontes choses avec l^nt (le sagesse, tant d'é(iuité, tant de jugement, (pie les [lins anciens législateurs grecs et romains, en ayant cpielque lumière, en ont emprunté leurs principales lois; ce tfui parait par celles qu'ils ap[)ellent des douze tables, et par les autres preuves (jue Josèphe en donne.
« Mais celte loi est en nn'^me temps la plus sévère et la ]ilus rigoureuse de toutes, obligeant ce iieuple, pour le tenir dans son devoir, <i mille observations parliculièr(\s et pénibles sur p(Mne do la vie. Do sorte que c'est une chose étonnante qu'elle se soit toujours conservée, durant tant de siècles, parmi un i)euplo rebelle el impatient comme celuici; pendant que tous les autres Etals ont changé do lem[)s en tem[»s leurs lois, quoi • que tout autrement faciles à observer
« \\\\. Ce peuple est encore admirable en sincérité. Ils gardent avec amour et fidélité le livie où Moise déclare (ju'ils ont toujours été ingrats envers Dieu, et qu'il sait (piils le seront encore plus ajirès sa mori ; mais (ju'il ap[)ell(> le ciel et la terre h témoin contre eux, (pi'il le leur a assez dit : (pi'enlin, Dieu s'irrilanl contre eux, les dispersera par Ions les peuples de la terre ; (jue, comme ils l'ont irrité en ad'trant des dieux qui n'élaient |)(»inl leur Dieu, il les irritera en appelant un [>euple (pii n'était point son peuple. Cependant cv. livre (jui les déshonore en tant de fa(;o:is. ils le conservent aux dépens de leur vie. C'est une sincéiit(5 (pii n'a |)oinl d'e\cmplo dans le monde, ni sa racine dans la nalure.
« XVIII. F/éiat ou l'on voit les Juifs est encore une grande preuve de la religion. Car c'est une chos(> étonnante de voir ce peuple siibsi.ster depuis tant d'années, et de le voir toujours misérable, étant nécessaire pour la preuve de Jésus-Christ qu'ils .subsistent pour le prouviu-, et qu'ils soient misérables puis(prils r(mt cruciiié. El, ipioiqu'il soit contraire d être misérable et do
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subsister, il subsiste néanmoins toujours, malgré sa misère.
n XIX. La création du monde commençant à s'éloigner. Dieu a pourvu d'un historien contemporain, et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre, afin que cette histoire fût la plus authentique du monde, et que tous les hommes pussent apprendre une chose si nécessaire à savoir, et qu'on ne pût savoir que par là.
« XX. Moïse était nabile homme; cela est clair. Donc, s'il eût eu dessein de tromper, il l'eût fait en sorte qu'on ne l'eût pu convaincre de tromperie. Il a fait tout le contraire; car, s'il eût débité des fables, il n'y eût point eu de Juif qui n'en eût pu reconnaître l'imposture.
« Pourquoi, par exemple, a-t-il fait la vie des premiers hommes si longue, et si peu de générations? Il eût pu se cacher dans une multitude de générations : mais il ne pouvait en si peu; car ce n'est pas le nouibre des années, mais la multitude des générations, qui rend les choses obscures.
« La vérité ne s'altère que par le changement (les hommes; et cependant il met deux chos€s les plus n.émorables (jui se soie-it jamais imaginées, savoir, la création et le déluge, si proche qu'on y touche, par le peu qu'il fait de générations. De sorte qu'au temps où il écrivait ces choses, la mémoire en devait encore être toute récente dans J'espril de tous les Juifs.
« XXI. La longueur de la vie des patriarches, au lieu de faire que les histoires passées se perdissent, servait, au contraire, à les conserver. Car ce qui fait que Ion n'est pas quelquefois ass'Z instruit dans l'histoire de ses aiicéires,c'<st quon n'a jamais guère vécu avec eux, et rpi ils sont morts souvent devant rpie Ion eût atteint l'Age de raison. Mais lorsfpie les hoiimies vivaient si longtemps, les enfants vivaient W>ngtcnips ave; leurs [»ères , et ainsi ils les entretenaient longtemps. ()r, de (pioi les eussent-ils entr»;tenus, sinon de l'histoire de leurs ai)cèli«'s, jmisfpje toute l'iiistoiic était réduite en celle-là, et fpi'ils n'avaient ni les sciences, ni b'S arts, «pji occupent une grande paili<; des discours de la viu? Aussi Ion voit (jn'cn ce lemps-la les |»eu[»l('s avaient un soin |»articulier de conserver leurs généalogies.
« XXII. Lorsrpiej'fii coiisMh'jé d'où vient qu'on ajoute tant de foi a l;uit diiiijiosteiir.s, qui «lisent qu ils ont des remèdes, rpià mettre sf»nvent sa vie entre leurs mains, il m'a |»aru que- 1 1 véritable cause «si (piil y a de vrais remèdes; car il ne serait pas possible (pj'il y (;fi eût tai t de faux, et qu'on y doniiAt larit de créance s'il n'y en avait de vérilaliles. Si jamais il n'y en avait eu, et que tous les m.iiix eussent été incurable ^, il cM ini|K>»s:bl(; que les hommes se lussent imaginé rpiils eu |)Ourraieiil doufier, et ciifjna j)lus rpie laiil «J'aulres euss(;nt doiué créance à ceux qui se lussent vantés d'eu avoir. De rnènie que, si un hfuuiue se v.uit/iit d'empêcher de mourir, personne ne \i' cioirail, |Miie qu il n'y a aiicu'i exemple d<
cela. Mais comme il y a eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables, par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s'est pliée par là, parce que la chose ne pouvait être niée en général, puistju'il y a des effets particuliers qui sont véritables : le peuple, qui ne peut jjas discerner lesquels d'entre ces etfets particuliers sont véritables, les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de faux etfets de la lune, c'est qu'il y en a de vrais, comme le tlux de la mer.
« Ainsi il me [laraît aussi évidemment qu'il n'y a tant de faux miracles, de fausses re.élations, de sortilèges, etc., que parce qu'il y en a de vrais; ni de fausses religions, que parce qu'il y en a une véritable. Car s'il n'y avait jamais rien eu de tout cela , il est comme imj.ossible que les hommes se le fussent imaginé , et encore plus que tant d'autres l'eussent cru. Mais comme il y a eu de très-gia ides choses véritables, et qu'ainsi elles ont été crues par de grands hommes, cette impression a été cause que presque tout le monde s'est rendu capable de croire aussi les fausses. Et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles, puiscju'il y en a de faux, il faut dire, au contraire, «pi'il y a de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux; qu'il n'y en a de mux que {)ar cette raison f[u'il y en a de vrais, et (|u'il n'y a de même de fausses religions que |)arce qu'il y en a une véritable. r<<'la vient de ce (pie 1 esprit de l'hoinuK!, S' trouvant plié de (e côté-là par la véfité, d«'vient susceptible; par là de toutes les faussetés.
'< XXIII. i*our ne pas croire les a|)ùlres, il faut dire (pi'ils ont été trompés ou troml)eurs. L'un et l'autre est difiicilc : car, pour le premier, il n'est pas possible do s'abuser à prendre un homme pour être ressuscité; et, pour l'auli-e, l'hypothèsf! (pi'ils aient été fourbes <'st étrangement absurde. Qii'on la suive tout au long; qu'on s'imagine ces douze hommes assemblés après la mort de Jésus-Christ, faisant le complot de dire qu'il est ressuscité. Ils allaipieiit {>ar là toutes les puissances. Lo c(i;ur des iMunmes est élrangeiiMMit pencliant à la légèreté, au changement, aux jiromesses , aux bicMis. Si |>eu (piuii d'eux se fût démenti |>ar tous ces attraits, et, (pli |»lus est, |iar les tortures et par la mort, ils étaient perdus.
" XXIV. Je crois vohmtiers les histoires (hi'il les témoins se sont fait ('îgorgcT.
• XXV. Il est impossible d'envisager toutes les preuves de la rdij^^ion clirétieii m* ramii.ss(''(;s ensemble, sans cfi ressentir la force, il la(piell(; nul liomim* raisonnable ne p(iut résister.
Il (^in; Ion considère son établiss(Mii«!iit : qu'une religion, SI contr<iire à la nature, soit «;t iblie par elle-même, si doiiceiiKifit, «ans .lUcuiK! lorc(! ni c(uitraint(! , et si forl(!menl néanmoins (piaucuns touriiuMits n'ont pu empe(:li(;r Ics martyrs de la confesser; «,'t ipn; loiil cela s(! soit fait, iion-stnilemenl s.uis l'assislaii c d'aucun piiiice, m. us mal-
PASCAI-
l'ASCAL
grt" li>i;s les iniiMcs de la terre qui runl coinballuc.
<* (Jiie l'on ronsidèro h snintct<^ , In hniitour rt riiiimniiitt' d'urio Aino clirtMioiin»'. Les |)liiloso|iiies |iai(Mis se sont (jU('l(|ue!'ois reh'vés nu-(li>ssu.s du reste des lioiniiies jmr une manière dt> vivre plus ré^'ée et |)ar des sentiments ([ui avaient (|uel(jue conformité avee reu\ du christianisme; mais ils n'ont jamais reronnii pour vertu ce one IiiS ciirétiens a[)pcllen( luiinililé, et ils l'auraicit même eine incompalihle avec les autres dont i's faisaicnl prnfcssion. Il n'y n tiue la reli^io'i chrétienne (pii ait su joindre ensend)le des choses (pii avaient paru jus(iuelà si opposées, et ((ui ait appris au\ hommes fpie, hicfi lr)iii (|ue l'humilité soit iueompatihlc avec l.-s autres vertus, sans elle toutes les autres veitus ne sont (jue des vires et des di-lauts.
" Que l'on considère les merveilles do l'Kcrilure s.uiile, cpii sont infinies, la g ai- <leur, la sid)limité plus qu'htnnainiî des choses (nrelle contient, et la simplicité admiral)le (le son style, (pii n'a rien d'allecté, rien de recherché, et (jni porte un caractère de vérité (ju'on ne saurait désavouer.
« Que l'on considère la [tersoime de Jésus- Christ en particulier. Quelcjuc senlime 't (pi'on ail de lui, on ne peut pas disconvenir fju'il n'eut U'i esprit lrès-;^rand et très relevé, dont il avait dcuuié des marques, dès son enfance, devant les docteurs de la loi ; e-t cependant, au li(>u de s'applifjuer h culiiver .ses talents [lar l'étude et la fré(|ue!ilation des savants, il passe trente ans de sa vie dans le travail d(!s mains et daiis une retraite entière du momie ; et cependant les trois années de sa prc-dicalion il a|)pelle à sa conqiaynii' et choisit pour ses apôtres «les gens sans science, sans étude, sans crédit, et il s'attir • pour ennemis <;eux (jui pas- .««aient |)Our les plus savants et h\s plus sages de son temps. C'est une étrange conduite, pour un homme (pii a (hîssein d'établir une nouvelh^ religion.
<« Que l'on considère en particulier ces apôtres choisis par Jésus-Christ, ces gcis sans lettres, sans élude, et qui se trouvent loul d'un coui) assez, sav.uits pour confondre Jes plus habiles philosophes, et assez forts jtour résister aux rois «!t aux Iviatis qui s'opposaient h rétablissement de la religion chrétienne, (pi'ds amioneaienl.
« QxiQ l'on considère celle suite merveilleuse de prophètes, (pii se sont succédi" les uns atix autres pendant deux nulle ans, el nui ont |r)ns pn-dit, en tant de manières diflé'rentes, jusqu'aux mouidres circonstances <le la vie de J('sus-Chrisf, de sa mort, de sa résurrection, de la mission des apôtres, de la prédication de IKvangile, de la conv(Tsi(m des nations, et de plusieurs autres choses qui concernent l'elnblisseuMMil de la religion thrélit'nru' et l'abolitmn du judaïsme.
1 (^uo l'on considère l'acconuilissemont ndmirabln de ces |)ro|ihé-t)es, (pu ronvienti'Mil «i parfaitement h la personne de Jé-sus- <..hrist. (^u'.d Cil inii<oisible de ne le pas rc-
connaîlrc, à moins de se \cmloir aveugler soi-même.
« Qiu' l'on considère l'élal du peuple juif, et devant et après la veniu' de Jésus-Christ, son état llorissant avant la veime du Sauveur, e^ son élat plein de misères depuis qu'ils l'ont rejeté; car ils sont encore aujourd'hui sans aucune nianpie de religion, sans lenq>l(;, sans sacrilices, dispersés par toute la terre, le mépris el le rebut de toutes les nations.
« Que l'on considère la per|»éluilé do la religion chrélienne, (jui a toujours subsisté depuis le cou)mencemenl du monde, soit dans les saints de l'.Vncien-Teslament, qui ont vécu dans l'attente de Jésus-Christ avant sa venue, so t dans ceux (jui l'ont reçu et (pii ont cru en lui depiiis sa venue, au* lieu (pie null(! auire religion n'a la perpétuité, (jui est la (irincipale marque de la véiilable.
« Kntin, que l'on considère la sainteté de cette religion, sa doctrine, ([ui rend raison, jus(ju'anx conlrariétés (fui se rencontr«'nt dans l'homme, et toutes les autres choses .singulières, surnaturelles el divines qui y éclatent de toutes [)arls; et (ju'on juge, apr('s tout cela, s'il est possible de (huiler (jne la religion chrétienne ne soit la seule véritable, et si jamais aucune auli'e a lieii eu (|ui (U ;q)prochàt. »
Comme tons les grands penseurs, Pascal était triste. C'est lors(ju'il faut [>eindre les misères de l'Ame cu'il est véritablement éloquent. Alors il entre dans la voie véritable (les preuves de la religion (jui conviennent <^ des (;hrétiens, et qui consistent en ces deux propositions: 1" L'Ame humaine a soif de Dieu : Fecisli nos ad tr, Drus, ri hif/niclnm est cor nostrum douve rrquicscnt in te, dit saint Augustin. 2' La religion cl. retienne et calholi(pie peut seule satisfaire pleinement à ce besoin de notre nature.
Pascal prouve admirablement la première de ces deux j)ropositions, et p(Mnl avec, une énergie el une mélancolie tlignes de Salomon toute la vanité des agitations humaines.
« Kien n'est plus capable de nous faire entriM- dans la coiuiaissance de la misère des hommes (pie de considérer la cause véritable de l'agitation perpétuelle dans la(juelle ils |)ass(Mil toute hnir vie.
<< L'Ame esi jetée dans le corps pour y faire un s(''jour de peu de dur(''e. Klle sait (pie ce n'esl qu'un passage .^ un voyage ('•ternel, et qu'elle n'a que le peu de leuq)s (pie dure la vie pour s'y préparer. Les nécessiti'sde la nature lui (Mi ravissent une trèsgrande partie. Il ne lui eu reste que trèspeu dont elle puisse disposer. ^Liis ce peu qui lui reste l'incommode si fort et l'embarrasse si étrangement, (pi'elle ne songe (pi'à le [)(n'dr(\ Cv. lui est une peine insupportable d'être obligée de vivre avec soi et de penser à soi. .V'iisi tout son soin est de s'oublier soi-même, et de laisser s'écouler ce temps si court et si précieux sans réilexion, en s'occupant des choses (pii remp(iclieiil d'y |»(niser.
" C'est l'origine de toutes les occnpalioîis
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tumultuaires des hommes et do tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n'a en elfet pour but que d'y laisser passer le temps sans le sentir, ou plutôt sans le sentir soi-même, et d'éviter, en perdant cotte partie de la vie, l'amertume et le dégoût intérieur qui accompagneraient nécessairement l'attention que l'on ferait sur soi-même durant ce temns-là. L'âme ne trouve rien en elle qui la contente. Elle n'y voit rien qui ne l'afllige quand elle y pense. C'est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher dans rap{)lication aux choses extérieures à perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli, et il suffit, pour la rendre misérable, de l'obliger de se voir et d'être avec soi.
« On charge les hommes dès l'enfance du soin de leur honneur et de leurs biens, et même du bien et de l'honneur de leurs parents et de leurs amis. Ou les accable de l'étude des langues, des sciences, des exercices et des arts. On les charge d'alfaires; on leur fait entcn(Jre qu'ils nt; sauraient être heureux s'ils ne font en sorte, par leur industrie et par leur soin, que leur fortune, leur honneur, et même la fortune el l'honneur de leurs amis, soient en bon étal, et qu'une seule de ces choses (]ui mainjuc les rend malheu eux. Ainsi on leur donne des charges et des alfrures qui les font tracasser dès la [)oinl(' du jour. Voilii, direz-vous, une étrauge manièi e de h s rendre lieureuv. Que ])Ourrail-on faire de mieux [)Our les rendre inallieureux ? Demandez-vous ce qu'on |»ourrait faire? 11 ne faudrait (pu* leur ôter Ions ces soins : car alors ils se voiraient et ils
f)enseraient à eux-mêrnes, el c'est ce qui eur est insu[)poriable. Aussi, après s'être chargés de tant d'alfaires, s'ils ont quehpie temns de relâche, ils tâclu^nt encore de le perure à quelque divertissenu-nt qui les occupe tout entiers et les dérobe à eux-mêmes.
«C'est pourquoi, quand je me suis mis ,'i considérer les diverses agitations rh'S hommes, les périls et les jK-ines où ils s'expftsent à la cour, à la guerre, d.ins la poursuite de leurs prétentions aml)ili»Mises, d'où naissent tant de (jnerelles, de passions et d'enliej'rises |»érilleijses et funestes, j'ai souvent dit q e tout le malheur des lionnnes vient de ne savoir pas se lr;nir en re{)Os dati.s line chambre. Un homme qui a assr.'Z de bien pour vivr(;, s'il savait denieurer chrz soi, n'en sortirait pas pour aller sur la m(!r ou au siégf; dUrie place; et, si fui ru,* cherchait simplement rpj'a vivre, on aurait peu besoin de ces occufiations si dangereuses.
« .Mais, «piaiid j'y ai regardé i\c [dus j»rès, j'ai trouvé que cet éhugtiement rpir- les hommes ont du rej»o.s el de deriieurr-r avec, euxmêmes vienhJ une rause bien «Ifcclive, c'està-dire du malheur naturel «le no(re fonditiOfi faible et mortelle, et si misérable, rjue rien ne nous peut consoler iorsrpie rien ne nous empêche d'y p<-nMer el que nous ne voyons que nous.
• Mais, pour <eux riui n'agisKenl tpje par It» Diouvc-menls qu'ils trf»uvcrjl eu eux et
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dans leur nature, il est im(»ossibIe (pi'ils subsistent dans ce repos qui leur donne lieu de se considérer et de se voir sans être incontinent attaqués de chagrin et de tristesse. L'homme qui n'aime que soi no liait rien tant que d'être seul avec soi. Il ne clierche rien que pour soi, et ne fuit rien tant que soi, parce nue, quand il se voit, il ne se voit pas tel qu'il se désire, et qu'il trouve en soimême un amas de misères inévitables et un vide de biens réels et solides qu'il est incapable de remplir.
« Qu'on choisisse telle condition qu'on voudra, et qu'on y assemble tous les biens et toutes les satisfactions qui semblent pouvoir contenter un homme ; si c lui (pi'ori aura mis en cet état est sans occupation et sans divertissement, el qu'on le laisse fa're réflexion sur ce (}u'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra pas. 11 tombera par nécessité dans des vues aftligeantcs de l'avenir ; et, si on ne l'occupe hors de lui, le voilà nécessairement malheureux.
« La dignité royale n'est -elle pas assez grande d'elle-même pour rendre celui qui la possède heureux par la seule vue de ce qu'il est"? faudra-t-il encore le divertir de celte pensée comme les gens du commun'? Je vois bien (jue c'est rendre un homme heureux que de le détourner de la vue de ses misères domestifjues pour renijilir toute sa pensée du soin de bien danser. Mais en sera-t-il de même d'un roi ? et sera-t-il plus heureux en s'attachant à ces vains amusements (pi'à la vue de sa grandeur ? Quel objet plus satisfaisant pourrai t-on donner à son esprit? Ne seraii-(;(! pas faire tort «^ sa joie d'occu|»er son âme à penser, à ajuster ses pas h la cadence d'un air, ou à placer adroitement une balle, au lieu de le laisser jouir en repos de la contenq)lalion de la gloire majestueuse ipii l'environne? Qu'on en lasso l'i-preuve : ipi'on laisse un roi tout seul, sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l'esprit, sans compagnie, [)enser h soi tout h loisir, el l'on verra ([u'un roi (\ni se voit est un homme (ilein de misères et (pii les ressent conun<! un autre. Aussi on évite cela soigneusenuMil, et il ne man- (jue jamais d'y avoir auprès des j)ersonnes «les rois un grand nombr(; d • gens (pii veillent .'i faire; suc<:éder h; diverlisseiuint aux affaires, (;t qui observent tout h; temps do leur loisir pour leur fournir des plaisns el dfvsjeux, en soile ipi'il n'y ait point d«î vide. C'est-à-dire (pi'ils sont (Mivironnés de porsonncvs (jui ont un soin ineiv(îilleu\ d«! prendre gard»! (pie le roi ne soil scîuI (-1 en étal de penser à soi, sachant (pi'il s(;ra malheureux, tout roi qu'if est, s'il y pense.
" Au'-si la principale chose (pii soutient les honnues dans les grandes charges, d'aillmirs si péif.bles, c'<!sl qu'ils sr)nt sans c(;sso détournés (h; pen.sor h eux.
" l*renez-y garde. Qu'est-ciî aiilrr; chose :rêlre surint<;ndant, chancriier, prcnnier pr('fiident, rpie d'avoir un grand nOiubre <1(; gens rpji viennent <le tous côtiVs ))our ne leur laisst T [».is une heure en la journé-o où ils puis-
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sont p(Mi<tM •^ ou\-inrmos? ICI (Hi-iiid ils sont (I.T1S la (lismAce, ot (ju'oii los ronvoio à lours mnisons de cnmpdi^iie, on ils no manquent ni (]»' biens ni do doniostiquos pour les assister on lours l)osoins, ils uo Inissont jins d'oiro misôrahlos, parce que porsoinio no les onipôciio plus do songera ou\.
n Do ]l\ vient que tant do personnes se jil.iisenl au jeu, h la cliasso ot aux autres divertissemonts(iui orcupent toute leur ihue. r,t? n'est pas (pi'il y ait on olfot du bonheur dans ce que l'on peut acquérir par le moyen de ces jeux, ni qu'on s'imaj^ino que la vraie béaiilude soit dans l'argent qu'on poui gagiKT au jeu, ou dans le lièvre (pie l'on coiirt. On n'en voudrait pas s'il était oll'ert. Ca n'est pas cet usage mou et |)aisible et qui nous laisse penser à notre malli ureus(> co'dilion (ju'on reclierclio, mais c'est le tracas (pii nous détourne d'y penser.
« De \h vient «pie les hommes aiment tant le bruit et le tumulte du monde, (pic la |)rison est un supplice si horrible, et (ju'il y a si pou de personnes qui soient capables de soull'rir la solitude.
« VoWh tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui s'amusent simph'ment h montrer la vanité ot la bassesse des divertissements des hommes connaissent bien, h la vérité, une part'o de lours misères; car c'en est une bien grande que de pouvoir |)ron(lro plaisir h des choses si basses et si méprisables : mais ils n'en connaissent pas le fond , (pii leur rond ces misères nu'mos nécessaires, tant qu'ils ne sont pas guéris do celte misère intérieure et naturelle (jui consiste à ni! pouvoir soutlrir la vue de soi-même, ('e lièvre «pi'ils aiuaionl acheté n(> los garantirait pas (le cette vue, mais la chas e les en garantit. Ainsi, (piand on leur reproche (juc ce (pi'ils cherchont avec tant d'ardeur ne saurait les satisfaire, (pi'il n'y a rien de plus bas et de plus vain, s'ils répondaient comme ils devraient le faire, s'ils y pensaient bien, ds en demeureraient d'accord; mais ils diraient en même temps (pi'ils ne cherchent en cola qu'une occupation violente et impétueuse qui los détourne do la vue d'eux-mêmes, et que c'est pdur cela (pi'ils se pioposont un objet attirant (pii los charme et (jui les ocru|)e tout entiers. Mais ils ne ié|)onde il [las cela, parce (pi'ils no se connaisscnil paseuxinêmos. l'n g(Mililliomme croit sincèrement qu'il y a (pit Iquo chose (b; grand et lU) m»ble h la chasse : il dira (pio c'est un plaisir royal. Il on est do même des autres «hoses dont la plu[)art dos hommes s'occupent. Un s'imagine (pi'il y a (pielque chose de réel et de solide dans les o|ij(>ls mêmes. On se persuade (pie, si l'on avait oblonu celle char'ge, on se reposerait ensuiti^ avec pl.iisir, et l'on ne sent pas la nature insatiable de sa cupidité. On croit choicher sincèr(Mnent le repos , cl l'on ne cherche en ellel (pie l'agilation.
« Les hommes ont un instinct secret (jui les I oile îi chercher le divertissement ot Puccupaiiin au dehors (jui vient du rossen-
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timont de leur misère coiiliiuell(\ VA ils ont un autre instinct secret (pii reste de la grandeur de leur pr(Mnière nature, qui leur l'ait connaître cpie le bonheur n'est en elfet que dans le repos. Kt oe ces d(nix instincts contraires, il se forme ru eux un projet confus (|ui se cache à leur vue dans le fond de leur Ame, qui les porte .^ tendre au repos par l'agitation, ot à se figurer toujours que la satisfaction (pi'ils n'ont pornt leur arrivera, si, en surmontant (pn^Npies difficultés qu'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la porte au repos.
« .\insi s'écoule toute la vie. On chercluî le repos en combattant quelques obstacles; et, si on les a sur-montés, le repos devient insupportable ; car, ou l'on pense aux misères (ju'on a, ou à celles dont on est menac(''. VA, (pjand on se verrait même assez h l'abri de toutes parts, l'ennui, de son autorité |)rivoe, ne laisserait jias de sortir du fond du cœur, oij il a dos racines naturelles, et de rem[)lir l'esprit de son venin.
« C'est pour(pi()i, lorS(]ue Cinéas disait h Pyrrhus, (^ui se proposait d' jouir du re|)OS avec SCS amis anrès avoir con(piis une grande j)arlie du monde, (pi'il ferait mieux (l'avancer lui-même son l)Oidieur on jouissant dès lors de ce repos, sans l'aller chercher par tant de fatigues, il lui donnait un conseil qui soull'rail de grandes dillicultés et (pii n'était guère plus raisonnable (pie le dessein de ce jouii(> ambitieux. L'un et l'autre supposaient que rhomme se peut contenter de soi-même et de ses biens présents sans remplir le vide de son cœur d'espérances imaginaires; ce (pii est faux. Pyrrhus ne pouvait être heur-eux ni devant ni a|)rès avoir conquis le monde. Et peut-être que la vie inolle que lui conseillait son ministre était encore moins capable de le satisf.iiro ipie l'agitation do tant do guerres et de tant de voyages (pi'il médilait.
« On doit donc reconnaître que l'homiiK} est si malheureux, (ju'il s'eniuiiorait même sans au(nino cause étrarigèro (r(Mn>ui, |)ar le pro[)re état de sa condition naturelle; et il est avec cela si vain et si léger, qu'étant nloin de mille causes essonliolles (ronnui, ta moindre bagatelle sullit pour le divertir. De sorte (pi'à le considérer sérieusement il osl encore plus A plaindre de ce ([d'il s(! peut divertir <t (Jos choses si frivolt>s ol si basses, (pu; de ce (]u'il s'afllrgodo ses misères oil'ecliv.'s et de ses diverlissenuMils, (pii sont inliniment moins r-aisonnables ([ue son ennui.
.< OuoI pensez-vous (pi»> soit l'objet de ce-s g(nis (pii jouiMil à la paunu^ avec tant d'af)plicatioii d'(^spr;t ol d'agitation do corps? Celui de se vanter le lendemain, avec leurs amis, (pi'ils ont mi(>ux joué (pi'un autre: voilà la s(Mirc(» d(> leur atlachornenl. Ainsi los autres suonl dans leurs cabinets pour montrt'r aux s.ivants iju'ils oui résolu une (piostion d'algèbre qui ne l'avait pu être jus- (fu'ici. Et tant d'antres s'exposent aux r>lus grands périls pour se vanter ensuite d uno place (ju'ils auraitnit prise aussi sottement, à mon gré. El eiilin les autres si^ tuent pour
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remarquer toutes ces rhoses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement nour montrer qu'ils en connaissent la vanité; et ceux-là sont les [ilus sots de la bande, puisqu'ils le sont avec connaissance, au lieu qu'on peut penser des autres qu'ils ne le seraient pas s'ils avaient c-'tte connaissance.
« Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose, qu'on rendrait mallieureux en lui donnant tous ics matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à condition de ne point jouer. On diia peut-fUre que c'est l'amusement du jeu qu'il cherche, et non j'as le gain; m.iis qu'on lo fasse jouer pour rien, il ne s'y échautrera pas «-t s'y ennuiera. Ce n'est donc pas l'amusement seul qu'il cherche; un amusement languissant et sans passion l'ennuiera. Il faut donc qu'il s'y échaulfe et qu'il se pique luimc'me, en s'imaginant qu'il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donnât à condition de ne p.);nt jouer, et qu'il se forme un objet de passion qui excite son désir, sa colère, sa crainte, son espérance.
* Ainsi les divertissements, qui font le bonheur des liommes, ne sont pas seulement bas, ils sont encore faux et trompeurs, c'est-à-dire qu'ils ont pour objet des fantômes et des illusions qui seraient incapalik-s d'occufier l'esju-it de l'homme, s'il n'avait perdu le sentiment et le goût du vrai bi»ni, et s'il n'était rempli de bassesse, de vanité, de légèreté, d'orgueil et d'une infinité d'autres vices : et ils ne nous soulagent dans nos misères qu'en nous causant une misère plus réelle et phjs ellective ; car c'est ce qui nous empêche pririci[»al(.'ment de son.çer à nous et qui nous fait i)erdre insensiblement le temps. Sans cela nous serions dans l'emiui, cl cet ennui nous |»orlerait à chercher (juelnue moyen plus solide d'eu sortir. Mais le uiv(;riissemcnt nous trompe, nous amuse, et nou> f.iit arriver ins nsiblemc it à la mort.
« Les homm s n'ayant pu guéiir de; la mort, de la misèrt-, de l'ignora icc;, se sont avisés, pour se n-ndrc hcuri.ux, de n'y point I enser : c'est tout f:e qu'ils ont |)U inventer pour .•*<! consoler de tant de maux. Mais c'est nna consolation bien misérable, puisqu'(dle va, non pas à guérir le mal, mais à le cacher simiilernent [K>ur un p<Mi (Je tfMups, et que, en le cachant, eMe fait qu'fMi ne pense pas à leguérirvéïilablermvit. Ainsi, par un étrange renversement de la nature de l'hoiniiH;, il se trouve que l'ennui, qui est so i m.d le plus .scnjiibh-, est en quelque sorte son plus grand bien. pari;r' rpj'ii peut contribuer plu.s que .outfs (;hf<ses 'i lin l'.uie < hercher sa véiit.ible guérisoi, et que le divcrlissr.nnent, rpiil reg/irde coinrmr -.iri plus grand bien, e^l en elfel son plus gr.ind mal, p.iice rju'il l'éloigné plus (pjc toutes choses de chercher le remède à ses maux ; et l'un et l'autre soni une f»reijve admirable de la misère et de, hi C'»rruj»lion de l'hounne, et en uiôme lem|is de Hi\ grandeur, j»uiMjue l'hofii ne ne s'ennuie de tout et ne clHTche celte multitude d'orcupations rpie parce ()u'il a l'idée du Ixi'iheur qii d a perdu, hvjiir-l ne troiiv.ini
pas en soi. il le cherche inutilement dans les choses extérieures, sans se |)Ouvoir jamais contenter, parce qu'il n'est ni dans nous ni dans les créatures, mais en Dieu seul. »
Tout le génie de Pascal est i ans ces belles pages, qui rappellent si bien la maji-slueusc tiistesse de l'Eccléjiasle. C'est le même dégoût de toutes les choses de ce monde, la même lassitude de toutes les agitations vaines, la même soif de l'inlini.Dùl le spectre de Boileau sortir de sa tombe pour nous gourmmder, nous ne craindrons pas de dire que nous trouvons infiniment plus de mérite dans ce fragment que dans toutes les Pro • rinciales ; mais les Provinciales ont été prônées par un parti dont la cabale était puissante et dure encore sous une autre form •. Il est donc toujours convenu que ce livie n'a point d'égal dans la littérature fiançaise.
Quoi qu'il en soit, ce livre donne do la vertu, selon Pascal et selon ses amis les jansénistes, une idée bien triste et bien maussade. Voici à quels traits il déclare reconnaître le [)Ortrait d'un véritable chrétien :
« Il est sans yeux pour les beautés de l'art et de la nature. Il cioirait sêlre chargé d'un fardeau incommode, s'il avait [)ris (pi(d(|ue matière de pi dsir pour soi. Les jom-s de fête, il se letire parmi les morts. Il s'aime mieux dans un tronc d'arbre (pie sur u i Irùne.... une belle [lersotr^c lui est un speelre, etc. »
Pasc.d rt'proclie amèrement au V. Lcmriiiie d'avoir fait ce portrait d'un fou sombr.' et mélan(;oli(iue, et soutient (jue c'est celui d'un hommi! (jui vit co nlbiinément au vi-ritable es[)ril de l'Kv.ingile. Quoi 1 l'Kvangih; veutfpi'on soit sans yeux pour les beauti''< de l'art /Quels chrétiens c'étaient donc que les Vandales ? L'Kvangile veut encore (pion soil sans yeux |)Our les beautés de la nature? •N .us n(; pourrons donc plus chanter ce psaume du Hoi-Pro[)hèt(; : Cœli enarrant qIon un Ihi rt opéra )H(ntHuin rjiis aunnnlidi f\riiiiiiiifiiliim? A ce titre, ceux (pii s'élèvent à Dieu à la vue de ses ouvrages, ceux (pii admirent les ni(MV(nlles de la création soiudes impies. Quoi ! le vrai chrétien doit se refuser toute espèce de plaisir, mêiiK! c(dui d(i l'ail (; le bien? .Mais alors à (|uoi donc pensait saint l'aul, lors(pi'il écrivait : Scmprr f/au- (letfi, oulorsipiil disait à ceux de IMiilippes : (Juœrutu/ur antdhtiin, luir rof/itdlr '{ Saint P.iul aussi (''lail donc un Père Jé^ult(! ? Quoil tout bon janséniste, pardon, ce n'est pas ce '|U(! vous dites, mais tout bon chri'-lien, doit passer s(;s j(jurs de fèt(! parmi les morts? .M lis l'Lvaiigibj dit pourtant (pie l)i(Mi n'(!-l |ias le J)i(ni d(!s morts, mais le Dieu des vivants, et le Psalmiste dit : AV>» morUa lauilitltniil (r, Doiniuv. Jésus-Chiisl a dit encori; : l.rtissi'z h s mort» inserclir inirn morts Il suit rz-moi. Qu'un vrai clui''li(ni s'aime mieux dans un tronc d'arbre (pie sur un trône, c<!l<i peut être, et ( ela s'est vu même ( li(!/, des princes du sa ig royal ; cepcnidaiit Ch.iilemauie et saint Louis onthonoiele liorie par leurs vejl.is, il s', soiii niontiés
PASSIONS
PASSIONS
|)our lo moins aussi cImHions qu'ils nur;\iont pu le faire dans le tronc d'arbre où mirait voulu les relémier M. Pascal. Nous fonipronons oncoro qu'un chn'lion no refiardc lUM» belle personne qu'avec modestie ol cirronspcclion, mais il y a loin de là à la regarder comme un spectre. >'oilà |)ourlant ce q\u' dé>irait l'auteur dc^ Provinciales ; et ce qui est le plus étonnant, c'est que, chcrfhant à faire rire, il ait eu les rieurs de son
L'immense el incontestable avantage littéraire (pie Pascal a eu sur ses adversaires et sur (fuelcpies-uns mêmes des écrivains de la société de Jésus, c'est le ton pai-faitemenl mesuré de sa polémique. Si sa critique n'est pas toujours judicieuse, elle est du moins toujours convenablement exprimée. On regictle qu'il ne dise pas la vérité, car il la (lirait parfaitement bien. Voilà la plus belle [)art fpion puisse faire à l'écrivain des Lettres prnrincinles.
PASSIONS. — Pour savoir de quel usage peuvent être les passions dans la littérature chrétienne, il faut chercher d'abord quelle est l'action de la religion sur ces puissances occultes de l'Ame. Le chrislianisine a-t-il proscrit cl condamné à mort toutes les i)assions, les a-t-il seulement réglées el soumises? C'est ce qu'il faut sommairement examiner.
Il faut d'abord bien s'entendre sur lésons qu'on attache an mot. Si par passions on entend les attraits légitimes de l'Ame, la (|uestion est di'jà résolue, et l'on sait que la religion ne veut (|U(; les atlranchir et les diriger. Si l'on entend au contraire l'abus et la dépravation île ces nu^mos altiaits, on doit comprendre (pie la religion est l'inlraitalde ennemie de toutes les dépravations et de tous les abus.
Le mol passion, par sa composition grammaticale, semble exprimer un élat où rAmo est purement passive. Or cet élat constitue la servitude morale dont le Sauveur est venu nous allranchir. Les Pères du désert, qui s'exer(;aient à résister à tous les attraits nv^me légitimes, étaient comme ces guerri(TS (pli s'exercent au combat p(>n(lai)l la paix ; el lorsipi'ils mouraient à la peine, oi jMMivail les re.^arder comme des martyrs de \n liberté morale.
Nés pour être les héritiers de Dieu, nous (Ipvuns nsinn'C ^^l UllC grandeur ])res(pie intinie. Voilà l'atlrait h'gilJmc ; mais (piecett(? aspirati<Mi nous porte h mépriser et à écraser nos fr(''res, V(»ilà l'abus, et (;'esl ici (pie commence la mauvaise passion (pi'on appelle l'orgueil.
L'orgueil sera toujours pour l'homme une grande douleur, narce (jue l'homme ne sot jmiiais mieux sa oasstvsse (jue I()rs(|u'il cherrlie à s'élever. L'orgueil esl à la fois la jilus noble et la plus vile des passions, parce (pi'il emploie pour se hausser à la grandeur le mensonge (pii esl une bassesse. L'orgueil se ment à lui-nu^me et se rend ingénieux h se tromper pour mieux Iromper les autres.
C'est une esp(''cc de folie; c'est une rapine
et une injustice ; c'est la première racine de l'égoïsme et la source de tous nos maux et de toutes nos erreurs. Kl cependant celte passion funeste est elle-m(''m(! le jilus généreux ins'iinct de notre Ame. C'est la preuve de. notre origine plus (lue royale et de notre destinée immortelle ; c esl un magnili(pie attrait vers la plénitude de l'iMre, c'est une espérance infinie (piand ce n'est pas un im- ])lacable désespoir.
Qu'est-ce que ce désir de la gloire, qui a souvent enfanté tant de prodiges chez les j)aiens, sinon le fanatisme de l'orgueil 1 mais cet orgueil esl ennobli ou flétri par la direction (pi'on lui donne; celui (pji se sacrifie h un orgueil égoïste et qui meurt inutile au inonde, ressemblée Eresichton (|ui se dévorait les entrailles. Celui qui trouve sa gloire dans le dévouement n'est peut-être (pi'un égoïste mieux inspiré, mais on le juge par les (Euvres et la postérité l'admire. Kroslratc et Samson ont renversé chacun un temple. Curtius et le cyni(iue Pérégrin se sont donné la mort publiquement. Les actions en elles-, mêmes sont j>eu de chose, si une grande inspiration de dévouement ne leur donno leur prix. Mourir pour soi-même, c'est ridicule : mourir pour l'humanité, pour sa patrie, ou même [)oursonami, c'est beau.
Kemetfez l'orgueil dans le chemin du ciel en lui faisant sentir quelle esl la véritable grandeur et combien il esl beau d'être le soutien des faibles et l'appui de nos inférieurs, si nous croyons en avoir. Sanctifié par 1(! dévouement, le sentiment de la supériorité peut être encore une erreur, mais il ne sera jamais un vice ; car je ne parle pas do cet orgueil des petites Ames qui en s'aigrissantse tourne en incurable envie : ceux qui s en laissent posséder sont d(vs méchants. Je ru; dis rien non plusde la vanité (jui est l'orgueil des enfants et des sols. Je ne suppose pas non plus ([ue l'homme veuille usurper les droits de Dieu et marcher son rival, à moins (ju'il ne soit attcMiit d'aliénation mentale. Le véritable orgueil, c'est au fond l'eslime de soi-même, et si celte estime a pour cause de belles facultés dont la gloire revient à Dieu seul, c'est peut-êtrt; Dieu eiuîore (pi'o'i estime dans son ouvrage, (>l je ne vois pas pouniuoi chaque soldat n'estimerait |)as ex- ( cllenles les armes (jue son général lui a données. Je vois là dedans de la confiance en la prévoyance du chef suprênn*, el cette foi dans les moyens de la Providence en iu>us (pii esl le gage de la victoire sur les dillicullés de la vie. Je ne voudras jamais rabaisser un enfant à ses propres yeux ; ce serait lui (Mer toute émulation el tout courage. Dites-lui au contraire (pie Dieu rai>pelle à une véritable grandeur, mais faiteslui sentir en même tenqts (pi'il ne peut être grand (pi'en se livrant toui entier à l'action divine. Séparés de Dieu nous ne sommes (pie néant el turpitude; vola ce (pie riiuiuilit('' nous enseigne. IIumili(ms di»nc c i nous la partie brutale, et tout c<? (pie la partie spirituelle p< ut subir de dégradation par son union avec la chair. .\baisson*< k\ chair pour