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gnorancc, qui ne se quilteiit jamais, enfantent la peur, la plus féroce de toutes les passions, car c'est elle ((iii dans nos révolutions a produit tant de cruautés. Laissons toutefois la peur aux méchants et aux lâches : elle est le commenconicat de leur punition ; mais tâchons de guérir d'une crainte excessive les âmes faibles et timorées.
La crainte est une avant-courricre de la mort, dont elle commence l'ouvrage. C'est une défaillance de la vie, aussi elle atteint principalement ceux qui ne vivent pas beaucoup encore et ceux qui ne vivent déjà presque plus : les enfants et h s vieillards, ou ceux en qui la raison ne sait pas dominer les facultés imaginatives, et qui ne sentent en eux d'autre force contre le mal, que celle de se l'augmenter et de le rendre insupportable, en lui prêtant d'avance des proportions chimériques et colossales. 11 faut donc éclairer la raison et raffermir le cœur de ceux qui tremblent ; il faut dire à leur cœur que Dipu est souverainement bon, et à leur esprit qu'il peut tout, puis leur faire comprendre combien il est dangereux et insensé de ne se pas abandonner entièrement à lui.
Si quelque chose peut offenser Dieu, c'est la crainte, j'entends la crainte peureuse et scrviie. Quelle bonne mère serait flattée de faire peur à son enfant, et d'ailleurs quel mépris do sa bonté, quelle ignorance de son ftouvoir et de tout son être ! Quel reproche insolent adressé à sa sagesse et à son amour! Quoi ! vous avez eu un»; mère, vous avez <onnu l'amour divin, d'abord dans son premier sourire, puis dans les soins inlinis dont ede a entouré votre première erdance, et vous avez [)eur! Vous voyez, la marche splendidc et régulière des astres, vous avez assisté au réveil du f)rintemps, vous avez vu renaître toute la nature, et vous avez i)f'ur ! Votre cœur a senti le bfsoin d'aimer celui qui vous avait donné la vie, alors le ciel vf>us a montré un nf»m écrit en caractères de s{tlendenr. I^ terre en exhalant le parfum de ses fleurs, les eaux brillantes de soleil ou endormies dans la fraichcur du soir avec leurs murmures et leurs brises, les fruits en se donnant eux-mêmes h vrjtre désir, de beaux enfants en vfiu> regardant avec joie, de jeunes filles en tournant vers vous leur reganl plein d'irnioccnce, et les anges mêmes en berf;ant votre sommeil de songes heurrrux, vousfuit répété le même nom que les /•toiles écrivent dans le ciel. Kt vou'î ave/ peur I
Ksl-ce de Dieu que vous ave/ peur? Mais que j»;nseiiez-vous fjun enfant rpji aurait fieur de sa mère? Il doit la craindre hirs- Mu'il fait mal ; mais dans cette crainte mémo il trouve sa sécurité, puisrpie sa mère le protège contre le mal en .se faisant craindre.
De quoi auriez vous peur encore? de la douleur.' Mais la rlouleur n'est-ello pas ei|»|if|née par la croix, et ne devez-vous pas l'iniier eornine la <-.ause drj votre salul?
Li douleur est rorrurte un sel (pji pré- »e»ve l'âme do la coirui'lion de la choir.
C'est un aveilissomcnt de la mort (pii nous empêche d'user insolemment de la vie, et d'ailleurs elle n'est vraiment un mal que lorsqu'on la craint. La force de la volonté en triom})hait dans les martyrs, et changeait en délices les tortures les plus cruelles. Sous le paganisme il y eut des stoïciens et des cyniques, dont les uns plaçaient leur vertu et leur gloire dans le méjjris des douleurs, les autres dans le mépris de la réputation et des richesses. Le christianisme a eu ses anachorèies et ses mcniiiants volontaires. Saint François était amoureux de la pauvreté, des abjections et de la croix. L'isolement, la faim, la soif, la nudité, la prison, ont eu leurs partisans et leurs séides : ces maux ne sont donc pas insupportables, et si l'enthousiasme de l'héroïsme, ou le fanatisme des opinions religieuses a pu les faire aimer à des hommes au-dessous quelquefois du médiocre quant à rintelligencf?, et à des femmes de la condition la plus infime, comment la raison et la foi en un Dieu infiniment bon et sage, ne nous les feraient-elles pas au moins supporter avec patience ?
11 est dur sans doute de passer dans le monde , seul et accablé sous le faix des travaux, sans que personne vous tende la main; il est dur de perdre, comme Job, tout ce qu'on a possédé et tout ce qu'on a aimé sur la terre; il est dur d'être pauvre, déshonoré, méprisé, d'avoir faim, d'avoir froid et de ne savoir, comme le Christ, où reposer sa tête; il est dur d'êlre malade et de comjiter les minutes brûlantes d'une nuit qui semble éternelle; il est dur d'être privé de sa liberté et d'initrevoir h |)eine, <» travers les barreaux d'une prison, le ciel dont la lumière est si douce i\ nos yeux, et l'air si nécessaire à notre poitrine. Mais tout cela n'est pas éternel, (!t l'instant (pil vient après la douhnir est toujours un instant de plaisir. Dieu mesure h tous la consolation dans la mesure; de; la |)eiiie, et ce sont L'S ingrats qui nr; sentent (pie la douleur.
Que ponvoiis-nous craindre encore? d'être séparés pour un tem|>s de ceux que nous aimons? mais cpioi ! Nous voulons jouir de ce'piine nous est donn^îque pour l'usage, nous voulons pfjssédcr éternellement ce (pii nous est seulement prêlé,et nous nous indignons de ce que Dieu et la nature ne nous oliéissent [)as, comme les (mfants mal élevés fpii se courroucetit et tré[)ignenl en pleurant de no [)Ouvoir [)r(M)dre la luru; ou jf)uer avec les étoiles; nous avons des parents, des amis el ils meurent : nous voil.'l désolés connue si nous ne savions pas qu'ils étaient moiteis. Souimes-nous donc jaloux de les voir arriver avant nous au lieu de leur repos? el partie que nos yeux ne voient plus leur forme malériollo, notre Ame [tour cfîla est-elle séparée do leur flmo ? (j'esl rjue nous les aimions mal, et (;'est li nous que s'adressent h'.s leçons sur le fol amour. Que faire ^i cela? N'otie idole est renversée , noire château de cartes est tombé, le petit bonheur éphéincic, dan.s lequel noui vou-
TASSION
PISAN