‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 195 sur 233 · Î'AUL · texte numérisé non relu

Î'AUL

mes de lettres n'atteignît jamais les nobles i\;nimes qui se font ainsi les sœurs de chalilé de l'intelligence : car il est encore de nos jours des dévouements de ce genre, et de belles âmes subissent encore, pour instruire et pour consoler les autres, les privations et les ennuis d'une laborieuse solitude. La renommée répète des noms dont le scandale a fait excuser la gloire. On permet le génie à l'impiété des deux sexes, mais on n'admet guère l'alliance de la sagesseet du talent ; c'est trop d'humiliations à la fois pour le vice et pour la sottise. Les bonnes (euvres littéraires obtiennent des succès d'estime et des médailles à l'Académie Franraise, grâce aux libéralités de M. Montyon ; puis on oublie bien vite les lauréats, comme des créanciers ennuyeux qu'on s'imagine avoir payés. On dit dans les com[)tes rendus officiels : Tel ouvrage de telle dame, soit par exemple, Montjouy ou Erreur et repentir, par M"' Louise Boyeldieu d'Auvigny, a été couronné, et personne ou presque personne ne saura tout ce (ju'il y a de charme et de vraie étude artistif^ue dans ce récit qui lient de l'histoire, i;Our le naturel du roman, pour l'intérêt, et du meilleur livre de piété [tour la morale, parce que rien de tout cela ne flatte les passions humaines, arbilres ordinaires des succès de vogue et des triomphes à la mode.

Nous n'avi.ns pas nommé au hasard M"" Louise Boyeldieu d'Auvigny, car nous venons de lire d'elle quelques fragments manuscrits comnmniqués par un de ses édile urs, et qui nous ont [)<iru pleins de cliar- Mics. La disposition du livre est un peu dans le goût du nioy(;n âge, et le style nous a rappelé celui de notre (llirislint; d(! l'isan Jorsfju'elle écrit en mère de famille plulôi qu'en savante. C'est c(; qui nous fait menlionner ce livre h l'article où nous jtarlons d elle. Il est intitulé : Le bonheur dans le devoir, et aurait [)U être a|)p<'lé aussi Le calendrier des vertus morales, car il conliiiit pour chaque mois de l'année une hisloire toute sim[)le, mais touchante à tirer h-s l.irnies des }eux. Nous aimons surtout c< Ile d'un |)auvre infirme r-stropié pour sauver un enfant, h-fpjcl av.iit gr.iridi et plus tard s(; moquail du pauvre clo[»iri. Oudlc cr>rd'usion cl quel repentir [)Our l'ingt'il lorsipi'o i lui raconte le dévouement de sou bienfaiteur ! Quelle leç'Hi d'humanité douccmiMit, mais «^Mergi(pieincnt dounéi» ! Los femmes seides peuvent écrire ainsi lorsque, par la di-lica- Icssc de leurs sentiruenls et la noblessr; de leur âme, elles méciteiit vraiment ce nom de f'emrm; qu'a élevé si haut l'admirable mère de l)ieu.

Nous avons regretté, en lisa-U ce livre, qu«; l'ouvrage rl»r Herquin, V Ami dm enfants, n'ait pas été écrit par uru; fennue et |);u un»; femme pieuse : ou y trouverait moiiM de cof|uetterie srritimentale et une sensibilité |»lnsi;hrétieruie et [tins vraie ; son si) h; si:rail inoins tlr;uri, mais [ilus louchant et|ilus naïf. M— H. d'Auvigny nous p.iralt oliiir d*in» eu genre lo luodolo le [»lus parfait.

Nous désirons que le Chemin de longue étude ne soit i)as aussi aride pour b^s discij)les de Christine de Pisan (ju'il l'a été pour cette noble veuve, et qu'elles trouvent autre chose au bout du voyage que l'indifférence et l'oubli de leurs contemporains. Qu'importent les hommes, dira-!-on, loiS(]u'on no travaille que pour Dieu? Oh! sans doute. Dieu et le témoignage d'une bonne conscience suffisent pour nous consoler de toutes les ingratitudes, mais il est bien permis cependant d'être sensible à l'indllférence de ceux qu'on avait espéré, en se dévouant à les instruire, rendre meilleurs et plus heureux.

Les œuvres de Christine de Pisan sont fort volumineuses, et n'ont encore été imprimées qu'en partie; son grand poëme est encore manuscrit, tandis qu'on a réimprimé l)lusieurs fois les fabliaux de Rutebœuf et les friponneries de maître Villon. Ce poème est pourtant un de nos plus curieux monuments littéraires ; il est supérieur en conception au Roman de la Rose, et contient des pages pleines de grâce et de poésie.

PAUL (Saint). — Quand saint Paul se vantait d'ignorer l'art de bien dire, il [)rouvait par là son profond dédain pour l'enllure des mots et l'artitiee des rhéteurs; mais il n'aurait pas dû en être cru sur parole i)ar des chrétiens. Jamais, en effet, la i)ar()le humaine n'avait eu autant de force et de grandeur; jamais le style d'aucun orateur, d'aucun poète', même de ranli((uilé, n'avait approché de l'enlhousiasme, delà véhémence, de linspiratioi réelle (pii éclatent à chaque page du grand Apùlre. Son élociuence, il est vrai, déroute un peu les pédagogues et les grammairiens ; la langue qu'il parle ne s'est guère jamais accommodée aux engouements littéraires d'une époque ou d'un pays; son idiome n'est pas cicéronien; ses périodes ni'^mes ne sont pas toujours symétriques : en voilà bien assez pour le faire mépriser par les arrangeurs de mots et i)ar les |)hraseurs sans idées.

Perrault, l'auteur des Contes de ma mère VOie, a bien trouvé rpie IMndare radotait, el Lamolle Houdart a (;()rrigé Homère, ([u'il trouvait trop dilfus et tiop simple.

Si saint l*aul n'était pas un éi;rivain directement inspiri! de Ditni, nous dirions que c'est un génie du |)romier or h'C. La grand«;urfie son caractère;, réh-valioii de son ânn;, l'ardeurfii! ses convictions; lajustessede s(;s vues, sf)n activité iidaligabU;, sou asccsntlaiit irr(Vsisld)le, v.n eussent fait ini homme d'i'it.it s'il n'eiU pas été un apôtre», et l'ApAtre par excellence. On dit (pie Na|»oléon lisait c-l adiinrait saint Paul, ce ({ui n'ajoulerait ri<-n au mérite de saint l'aiil, m.iisceepii honorerait certainenuMit le jugeiiiient de Napoléon.

Les rpjator/.e F.pilres de saint Paul contiemiuirit <.-t ré-sument admirabhnuent toute la dr»ctrine chrélicruie, baséi; siu' les sept grandes verius, epii .sont la foi, rcispéraiice et la charité, accouq)agnéus des (piaîrcî vertus cardinales.

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D.ins Vr.pîtrc aux Ilrbrcur, il prouve par I;i toi dos palriiirrlies In U^^itiinili' cl lélorjiili^ «In sa('or(ioco de J(^'Stis-Clirist ; dans l'A'pdrr nn.T Romains, il r.iltacho h la foi seule lo privilé;^c de l'cdeclion; dans VFpilre aux (rnintcs, il constitue l'unitc^ en Jésus-(^.lirist seul, et tlétrit d'avnnce tous les gnrnies de divisions et de sectes; dans VEp'Urr aux Fphr'sirv.f, il constitue l'ordre hiérarchique, ou du moins en constate et eu justifie la ronstitutiou Ic^itiuie dans l'E.^lise comme dans la famille, suivant l'ordre nntiu'cl et divin; dans les l'pUrcs aux Corivthiens, W fnnde la discipline ccclésiasti([ue et la temjicre par la charité; dans les Epîtrrs aux Thrssaloniciens et aux Colossiens, il règle res|)érance chn'-tienne, et établit le dogme de la résurrection future sur des hases inébranlables ; YEpUir aux Philipnicns exprime la charité la plus dévouée et la plus pure : le saint Apôtre y donne en mémo temps les |)réce[»les et les exemples de cette vertu dont il fait un si sublime éloge au chapitre xni de la première aux Corinthiens.

Nous n'avons pas h faire ici l'analyse de la <loctrine, mais bien du génie et de l'élo- (|uence (le saint Paul, et nous n'oublions pas <pic nos appréciations doivent être purement littéraires. Nos remarques ne portent donc })a-s sur la vérité, mais seulement sur la beauté des pensées.

l'Epîtrc aux Hébreux définit le sacerdoce une assowption de la nature humaine pour la médiation entre Dieu et les hommes. Il faut, dit saint Paul, (juc le prêtre soit homme, atin qu'il sache compatir aux infirmités de l'homme ; mais qu'il soit divin par sa vocation, pour communi(pier avec J)iou. Le Sauveur du monde, divin et humain en méuKï temps par l'alliance (l(;s deux natures dans la mCnne personnalité, est donc le type suprême (bi sacerdoce ligure autrefois jiar ce Melchisédech sans }w''re, sans mère, sans généalogie, le prélr-' de l'éternité et le roi d(« la paix, i\ qui Abr.-vliam offrit la dinu;, et (pii olfrit .\ sou tour le pain et le vin, symboles du sacrifice rucharistiipie. L'Apùtre prouve que l'antienne loi tout entière n était (pu; l'ombre • les réalités de la nouvelh>, que la foi aux promesses (If)nl Jésus-Christ a seul donné a»i monde l'accomulisscnneut, ('lait toul(> la r(>ligion et loub' la forc(; des saints d(> rAncicn Tcst-unent. C'est alors que, evalté lui-nirnie par le souvenir dos miracles de la foi, il «>n fait celte récapitulation célèbre (pii est un des plus lieaux passages de l'éloquence aposlolifpic

« l,a foi, c'osl la certitude de l'espérance, «;'csl la réalité <le l'invisibhN c'est j>ar elle «pie les anciens oui coiuui la vérité. C'est par la foi (pie nous comprenons la maturité des temps pour la n'-alisatiou (h^ l'idéal divin. C'est la foi (\\i\ a rendu le sacrifice d'Abel j)ré|'éral>lo?i <olui dtîCaiu, et, par ce sacrifice, il mérita le tilre de junIc, Dieu le rerni'H iaut on (piehpie sorte (h; ses dons; et rp snrrifice toujours vivant est comme la \v\\ d'Abel qui :>ort à jamais de sa IfMube.

C'est à cause de sa foi qu'IIénoch a été transporté pour ne pas voir la mort; car Dieu même le tit passer d'un monde dans un autre, et avant ce passage il lui avait été révélé (pie ses œuvres plaisaient à Dieu , car sans la foi il est impossible de plaire h Dieu, et qui veut aller k lui doit crf)iro d'abord qu'il existe, et qu'il récompense les clforts de ceux qui le cherchent.

« C'est par la foi que Noé, étant averti des choses ([ui ne paraissaieiit pas encore, disposa, dans la crainte de l'avenir, une arche pour le salut de sa famille; précaution qui fut la condamnation du monde, et qui mérita à son auteur l'héritage de cette justice qui ne s'obtient que par la foi.

« C'est par la foi qu'Abraham, s'entendant appeler, s'exila dans ces régions (jui devaient être son héritage, et partit avec une obéissance aveugle, sans savoir même où il allait. Par la foi il demeura dans la terre de la

f)romesse comme dans une terre étrangère, labitant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de cette même promesse, jiarce qu'il attendait cette inébranlable cité dont Dieu lui-môme devait être rarchilecle cl le fondat(nir.

« Par la foi, Sara elle-même, toute stérile qu'elle était, reçut la vertu de conception même après les limites de l'ilge, parce qu'elle crut il la fidélité de celui (\u'\ le lui avait promis. Aussi de son uni(]ue enfant, et après la mort de cet enfant même, lui vint-il une postérité ()lus innombrable que les astres du ci(d et les grains de sable qui couvrent les rivag(>s de la mer.

« Tous ils sont morts dans la foi sans avoir vu s'elfecluer his promesses, mais en regardant de loin la réalisalion (ju'iîs saluaient, et confessant qu'ils n'élaieiil (pie des voyageurs et des étrangers sur la terre.

« 'i'enir ce langage, n'est-ce pas déclarer (ju'on marche vers la patrie? Ils se souvenai(Mit du départ, et ils avaient le temps devant eux pour le retour. Maintenaîit ils marchent (Micore vers une patrie meilleure, la céleste Jérusalem. Dieu ne craint pas d'être appelé leur Dicni, car il leur a préparé une pairie.

« Par la foi, Abraham, que Dieu é|)rouvaif, lui olfrit sou fils uiii<pie et l'hérilitMdes divines promesses. Il bu avait été dit poiirlani : (Vest d'Isaac (jue ta postérité sortira! Mais il pensa (]ue Dieu peut r(\ssusciler les morts, et il ac(piies(;a au mystère.

« Par la foi, et pour l'avenir, Isaac bénit tour il tour Jacob et Ksaii ; par la foi. Jacob mourant bénit dillV-remimnit les enfants d(^ Jo.s(»pli. (>t adora le bout d(> son sceptre; par la foi, Joseph, en mourant à son tour, se siiurini de lu déliiranee future, et disposa davanci? de ses os.s(nuenls; par la foi, Moise, à sa naissance, lut caché pendant trois mois par ses parents (pii virent un enfant si beau et ne craignirent pas les édits du roi; par la foi. Moïse devenu grand ne vou'ut |)as être li< lils de la fille cb; Pharaon, aimant micmx être afiligé av(»c le peu|)Icde Dieu (iiie de se livrer aux joies périssables du p(''clM'; eslinianl les opprobres du nom d'- Sauveur au-

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dessus de tous les trésors de l'Egypte; car il savait le prix des souffrances!

« Par la foi il abandonna l'Egypte, sans craindre, soit absent, soit présent", l'animosité du roi; par la foi, il célébra la Pàque et ût les marques du sang pour sauver les rejetons d'Israël delà main de celui qui ravageait les prémices. Par la foi, ils ont traversé la mer Rouge à pied sec, et les Egyptiens, qui essayèrent d'en faire autant, furent aussitôt dévorés.

« C'est la foi qui a fait crouler les murailles de Jéricho après une procession qui dura sept jours. C'est la foi qui sauva la vie à la courtisane Rahab, choisie du milieu des incrédules pour avoir humainement accueilli les espions de Josué.

« Et que dirai-je encore? le temps me manque pour raconter Gédéon, Barac, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes qui, par la foi, ont vaincu les dominations de la terre, ont réalisé la justice, ont vu l'accomplissement des promesses, ont fermé la gueule des lions, ont éteint la violence du feu, ont trompé la pointe du glaive, ont pris des forces dans linfirmité même, sont devenus invincibles à la guerre et ont rais en fuite les camps des étrangers.

« Les femmes ont attendu que la résurrection leur rendit ceux qui étaient morts avant elles; car les uns ont été écartelés pour que cette résurrection leur fût meilleure, d'autres ont supf)orlé les injures, les coups, et de plus encore les chaînes et la prison. Ils ont été l.'q)id''s, coujtés en morceaux, tentés de toutes les manières; ils sont moils dans la tuerie du glaivtj; ils ont erré<lans les solitudes couverts de peaux de bètes, alfaniés, pleins d'angoisses et d'alilictions, eux dont le monde n'était pas digne; ils se sont cachés dans les rnr)ntagnes, dans les antres, dans les cavernes de la terre.

« Et [)Ourtant tous ces martyrs de la foi n'ont pas rer;u l'accomplissement des promesses : l)\i\i a fait pour nous jilus (pi'il n'avait fyit pf>ur eux, alin qu'ils ne fussent [)as seuls dans h; chemin île la perfection.

« Ainsi donr, jiuisrpje nous voyons marcher devfinl nous celle nuée luunneuse des martyrs de l'ancienne loi, débarrassonsnous de tout c<; rpii nous |)èse; brisons h; péché qui nous atlachc, cl courf)ns par la voie des douleurs au grand cond>at ipii nous appelle! »

Où lrr*uver ailleurs de seinbLibles moflèles d'éloquence, nous (lirions prrsqiuî de poé;- »ie lyrifpie? Hossurt lui-même, avec tout son

f;énift, n'est plus ici qu'iiu eommitil/iieur, r-t e lorrenl de saint P.nil préeede de biei loin le lleuve rapide de \ Jlisloire universcllt;. Oiiclle course à travers les siècles! (Jue de choses en si peu de moisi et quelles ex- [>ressions hardies! Jfjseph mourant qui se tourienl de l'armir'.lj.s martyrs de l'Ancien Testament qui marchenl en cr>lotme lumineuse devant h s ehréliens, corrune la tniéi; de la mer Wow^c. el rlu ftiont lloieb! Puis, romriie rui sent lenlhousiasme f roltre, les plira>c» devenir phis brèves 5 mesure que

las exemples se rapprochent et sont plus nombreux! Puis cette énumération de supplices, de combats et de gloire, cette confusion de héros, cette foule d'exemples, cette nuée de témoins que l'Apôtre montre tout à coup, par un mouvement inattendu et sublime, pour amener la péroraison la plus énergique et la plus rapide ! Est-ce de l'art ? Est-ce du génie? C'est mieux que tout cela : c'est de l'inspiration divine; mais oij le génie et l'art trouveront-ils de plus beaux modèles? Après les deux cantiques de Moïse, ce passage de saint Paul est peut-être ce qu'il y a de plus grandiose, de plus rapide, de plus poétique et de plus entraînant dans les livres saints.

L'Epitre de saint Paul aux Romains a pour but de combattre le matérialisme religieux de ces juifs qui attachaient l'élection divine à la chair et au sang d'Abraham. L'âme des patriarches et des saints , c'est la foi , et ce sont les générations de l'âme qui font la vi-aie famille religieuse : les vrais enfants d'Abraham sont ceux qui croient comme Abraham, et l'élection divine s'adresse à la foi plutôt qu'à la race. Les traditions, les praliijues mêmes que saint Paul ap|ielle les œuvres de la loi , ne sont rien sans la foi qui les vivifie. C'est ainsi cjue l'élection a passé des Juifs aux gentils, et peut encore j)asser des gentils aux Israélites : car les signes de l'élection sont dans l'esprit et non ilans la cludr, et celui qui a l'esprit de Dieu, qu'il soit Juif ou qu'il soit gentil, celui-là est l'élu de Dieu. Toute celte E|)îtrc de saint Paul est pleine de glandes et fortes [)ensées sur la religion vérit.!bli',(pn se distingue de la superstition par une charité etune [tiété réelles. L'A|)ôlreycondamne formellemenl le pharisaisme et sesjugemenls tétnéiaires, et donne les [)réceptes de la morale la plus sublime, qu'il résume tout entière dans lamour fraterTiel. Quant aux observances légales, l'Apôti'e les subordonne eirtièrement à la charité et h la foi. Al/slcnrz-vons méiiic (1rs chosm permises plutôt (/ne (le sratnialisrr les faihlfs, dit-il avec nrarisuétiidc. Heureux ceu.r dont la ronseieure est liljrc ! mais (jue relui (jui se croit ohlifjd aux oliserruvers y reste fidèle, car autrement il mniit/uerail à sa conseieure, et tout ce fjui se fait contre la conscience est péché.

Le riraléiialisme religieirx des Juifs cli.-iifiels élail l'eriiremi que s;iiiil P.iul avait surtout .'i coriib.illre poirrémanciper' lescorrscierrces ( hir-lieiines des servitudes li'-g.iles. (!(> malérialisme eirgcndrait l'orgucîil de race, l'esprrl de caste, l'entêliHirent des personnalilés et des s(!cles. L(!S iroiiveairx chrétiens de la (i;i|.'ili(! s'étaient laissi'-s eirc.onveriir- p.ii' cet esprit jiidarque : saint P.iul leur' écrit aveu véhérireirce.

« Je. m'étonne, leur dit-il , de voir (pie vous abandonrrie/ sitôt la grAce de Jésus-Christ jioiir vous tourner vers un .Mulre hlvarrgile , corrrrru! s'il y (;n avait un autre ! Il n'y a p.is deux évangihîs, mais il y a de fjiiix apôti(;s qui troublent vos consciences el veulent

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retourner à contre-sens l'Evangilo de Jésus- (lirisl...

n Eh bien ! quand nu'nie l'un rie nous, ou un nnge descendu du ciel vous annoncerait jamais un autre év<in;j;de (|ue celui (|ue vous avez reçu, (ju'il soit anallièine ! » El il répète mie seconde fois cetie parole étraui^e, (lonl la hardiesse senible tenir du paradoxe, et (lui est rexpression complète de la foi catholi- «jne et de son autoritc^ divine, qui s(>rait indle si elle pouvait être jamais o[)posée au saint Evangile : s;unl Paul ne veut rien être (jiie |>ar l'Evangile et pour l'Evangile : il a on horreur l'espiit de personnalité des sectaires, et ne veut pas (jue les (lalates croient en lui au préjudice de Jésus-Christ; et par une sorliî de confession pul)li(iue, W s'accuse h eux d'avoir été un perséiniteur, et leur raeonto comniivit il est devenu a|)otre. .Mais il leur dit aussi ipf il a résisté à (iéphas , le prince des apôtres, (pii favorisait t.op les judaïsants. I*our(pioi,en ellet, retourner aux ombres el aux tigures, lorsqu'on est parvenu à la lumière et <i la n'alité? I*our(juoi regimber contre la main de Dieu qm pousse l'humanité en avant? Pourquoi finir jiar la chair, loi'squ'on a été initié aux clioses de l'esprit? Saint Paul répète' ici aux (îalates (;e (}u'il a déjà dit aux Romains sur la jusliiication par la foi et sur les iK'iitiers s|)irituels des promesses : « E'ancienne loi, ilit-il, était comme la disci[»line sévère ({ui convient h l'enfance; la loi de gr;lce est une émanci|)ation , el les Galates sont assez insensés pour vouloir retourner de la liberté h la servitude. Qu'ini- |)orte h Jésus-Christ la circoncision de la chair? Le vrai signe des élus devant lui, c'est la foi qui se prouve par les œuvres do la charité. Entre l'ancienui^ loi et la nouvelle, il y a une croix sanglante qu'il faudrait fouler aux pieds pour relourner de l'une h l'autre. Est-ce pour vous prêcher la circoiu'ision, s"écrie-t-il, que j'ai tant soiilfcrt? C'est h la liberté que, je vous iii apptîlés ; est-ce donc pour que vous retombiez dans l'ancienne servitude? Vous n'avez plus niainlcniant ([u'une loi, et elleso résunu! <ni un seul [»réc(!pte : Tu aimeras ton prnrhnin comme loi-)néine.Ov]a loi di* libcnlé et d'amour, c'est la loi de res|)rit qui nous alfranehit des gènes de la chair. La chair et res[)ril sont opposi'vs l'un à l'autre, mais il faut que la victoire nvsle à res|)ril. »

Tel est en substance h; sens de V/ipitrc an.r (lalalrs, où l'on trouve du feu, de la rapidili" et de la véht'iutnice. L'ApiMre [tarie en maître , non pas en son propre nom , mais au nom di; Jésus-Christ , ot son élo<|uence est égale à son zèle.

F.es deux Epitres aux Cnrinlhirnu sont spécialeiiunit disciplinaires. On y trouve le }>remier exemphi d'excommunication et do jii'nileiK e publique. Saint Paul y (Miseigne l'excellence do h virginité, et y prêche la rhasielé dans le mariage. Nous reviendrons sur le cha[»ilie viii de la première aux Connlhions , (pii contient un admirable élogo de la charité. Il combat chez les tidèlcs de Curinllic l'esprit de sectei|ui les portait h se

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dire les uns disciples de Paul, et les autres (r.\|»ollo, comme si Paul et Apdllo pouvaient être (pielipie chose lorsipiil s'agit d»' Jésus- (^hrist ! Le saint A|)otre, dans cette /''pitre ^ montre toute la grandeur de son Ame el toute la beauté de son caractère ; il ne veut être à charge <i personm; ; il vit de son travail et distribue gratuiteiiu-iil le v«M-be évangédique. Libre de tous par l'émancipalion de l'espiit, il s'est fait le serviteur de tous f»our gagner tout le monde h Jésus-Chrisl ; car la liberté de l'esprit se reconnaît aux œuvres de l'esprit, et c'est pour cela ({ue l'Apùtrese dévoue h la charité fraternelle, et réduit sa chair en servitude , de peur, dit-il, qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé.

11 veut aussi ([ue la liberté des forts condescende, aux servitudes des faibles. Tout m'est permis , dit-il , mais tout nest pas expciUent. Tout m'est permis , mais tout n'est pas également édifiant pour mo)i frne. Soumettons-nous donc au choix des viandes pour ne pas blesser la cotiscience de celui qui ne croit pas pouvoir manger de tout. La terre est au Seigneur, et tout ce qu'il nous donne pour notre nourriture doit être pris avec ac- . tion de grâces. Ne demandez donc pas avant de manger si ceci ou cela n'a pas été offert aux idoles; car les idoles ne sont rirn. Mais si quelqu'un vous prévient de la présence d'une viande immolée, abstenez-vous , pour ne pas offenser le scrupule de celui qui vous avertit. Saint Paul repreutl aussi les lidèles de Coriiitiie de ce que l'inégalité se faisait trop seiilir dans leurs aganes, où cliacun mangeait seulement ce (lu'il avait apporté , en sorte (lue les riches humiliaient par leur abondance la sobriété forcée des pauvres. Ce n'est plus h), s'écrie saint Paul, manger la cène du Seigneur. N'avez-vous pas vos maisons pour y manger et pour y boire f 11 donne ensuite une Itelle instruction h ceux (pii dis|)utaient de la préséance , et règle admirablement , selon les analogies mêmes de la nature, la grande société clirélienne. Touf les membres , dil-i! , appartiennent au corps, mais tous n'ont pas la même destination. Si tout était œil, cnmment pourrait - on entendre.^ Si tout était oreille, comment pourrait-on respirer? Clux- (pie mendire du corps social doit ainsi se tenir h sa place et se contenter des fondions aux(|uelles I)i(Mi la destiné. Tout ce ([ue dit le grand .\polr(> dans cell(» Epîlre si remarquable, ressemble au Fiat lux de Jéhovali dans le cliaos. On voit (jue la discipbii' n'existait pas encore alors dans l'Eglise; mais saint Paul en pose les l)ases et en jette les seiiKMices f('Mondes ; il édilie el il cultive; il met lout ?» sa place et fait apparaître l'onlre au lieu de la confusion. I)ans VFpitre nu.t Kphésirn.t, il montre la hiérarchie déjà constituée , el eu indique la laison d'être. L'Eglise t>st constituée sur le modèle do la fimille, et Tteuvre du sacerdoce c'est l'cvlucafion de l'humanité, donec occurrnmus omnes in unitatem pdei , « afin (juc nous nous rencontrions tous dans l'unité de la même foi.» Il compare l'Eglise, au corps humain , dont

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la lôte résit tous les membres ; il appelle l'unité de l'esprit le lien de la paix, et résume ainsi toute chose par cette formule catholique: Un corps et }in esprit, un seigneur, une foi et un baptême, un Dieu, père de tous, qui est au-dessus de tous, et qui est tout en tous. iésus-Chnstavdiit déjà dit : « 11 n'y aura plus qu'un troupean et qu'un pasteur, » unum ovile et unus pastor. Pour constituer universellement l'ordre hiérarchique , saint Paul prêche à tous l'obéissance , établissant l'unité dans la famille par la suprématie du père, dans lEtat par l'unité du chef, et voulant que tous les chefs sulbalternes apprennent à commander en s'exerçant à obéir. Or tel sera l'ordre éternel des choses, et l'on ne parviendra pas plus à supprimer le pouvoir dans la société nu'à faire vivre un corps sans tête. De plus , il n'y aura jamais de pouvoir stable, s'il n'est organisé selon les lois divines de la hiérarchie et résumé par l'unité. VEpître aux Epliésiens, qu'on pourrait appeler catholique [)ar excellence , est précieuse à cause de ces grands principes sur lesquels repose tout l'édifice de l'Eglise et de la société. C'est ainsi que le saint apôtre établit l'efficacité et l'organisation de la foi.

Quant à l'espérance de la résurrection future , il la défend avec énergie et enseigne flux Colossiens comment les chrétiens doivent commencer, môme ici-bas, leur vie ressuscitée. Dans les Epitres aux Thessaloniciens , il explique les mystères du dernier jug'-ment et de la transfiguration des justes.

« Frères, leur dit-il , je ne veux pas que vous soyez dans lignorance touchant ceux qui dorment, alin <pje vous ne soyez f)as centristes comme ceux qui n'ont pas d'espérance.

« Si nous croyons que Jésus est mort el ressuscité, ainsi Dieu réunira h son Fils ceux qui s'endorment en lui. Car nous vous le disons, en nous servant de la parole du Seigneur : Noi;s qui vivons et qui restons pour attr-ndre l'avéncment du Seigneur, nous n'arriverons pas avant ceux (\nï dorment. Car le Seigni;ur lui-mèm(; , 'i la vo x de l'archange et au ^()\i de la tronqielte divine, descefidra du ciel, el les morts qui reposent dans le Christ se réveilleront les premiers. Ensuite nf<usqui vivons, (pii restons sur la terre, nous serons enlevés avec eux dans 1rs nuéfis au-<ievanl de Jésus-(^lirist dnns les airs , «-t nous serons éternellement avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les antres avec ces paroles. Pour ce qui est de»tefiif)set «les moments, frères, votjs n'avez pas besoin qu'on vous rér;rive; vous savez très-bien vous-même» fpjfîlejourdu .Seigneur viendra comme un larron dans la nnit.I.orsqu'ils diront : Paix el sécurité, une lin soudaine les envahira ; ils seront pris c.funme une femme f)ar les douleurs del'rîrdantement, cl il n'y aura plus moyen (]'é«;happer. Mais vous, mes frères , vous n'èles j»as dans \<:h ténèbres, f»oiir que ce jour vo\is surjirenne (^ftnnif, un voleuj. Vous ètr-s tous les fiisfb; la lumière et les enfants dti jour. .Nous u'ii\>-

partenons plus ni 5 la nuit, ni aux ténèbres. Ne dormons donc pas comme les autres , mais veillons et soyons sobres. Ceux qui dorment sont dans la nuit, et l'ivresse est une nuit factice. Mais nous , qui voyons le jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de la charité, armés du casque de l'espérance ! »

L'Epître de saint Paul aux Philippiens , écrite |)ar lui dans les fers, est conmie le testament de ce grand homme, et découvre toute son âme. C'est le dévouement le plus entier et la charité la plus tendre exprimés avec une onction toute céleste. « Dieu m'est ténioin, dit-il au clergé et aux tidèles de Philippes, que j'ai pour vous aimer les entrailles de Jésus-Christ, et je prie pour que voti.e charité abonde toujours de plus en plus en science et en intelligence universelle. » II leur donne ensuite des nouvelles de sa captivité ; ses chaînes mêmes sont devenues éloquentes et ont prêché l'Evangile jusaue dans le prétoire ; le zèle des chrétiens s en est accru. L'on ose davantage pour la parole sainte, maintenant que le pasteur est frappé. Quelques-uns le font par un véritable zèle , d'autres par méchanceté , pour faire resserrer ses chaînes ; car alors déj?i il y avait de faux frères jusque dans l'Eglise de Rome. « Mais que m'importe, dit le grand Apôtre , pourvu qu'à tort ou à raison l'Evangile soit amioncé ? Priez pour moi et tout me tournera à bien. J'attends et j'espère ; j'ai toute cufitiance comme toujours, car Jésus-Christ sera glorifié soit par nia vie , soit par ma mort. Pour moi, la vie c'est Jésus-Christ, et mourir c'est gagner. Et pourtant j'ai à travailler encore, et je ne sais plus qu(î choisir. Mon cœur est tiré en deux sens contraires : d'un côté je voudrais être délivré pour être avec Jésus-Christ, et c'est bien ce que je ['réfère. Mais j'ai besoin de rester encore à cause devons, et je ne vcjus abandonnerai pas! 0 Que de charité et de tendresse dans ces [)arole.s ! On se ranpelli; ici ce (pu; disait Notre-Soigneur lui-même dans son discours après la cène : Je ne vous laisserai pas orphelins , je viendrai vers vous. Ce n'est plus un a|(ôtre qui jiarle, c'est une mèi»' : c'est la divine miséricorde elle-même, «;'est la charité personniliée dans un martyr l

« Si donc il y a «pielipie consolation en Jésus-Christ, s'il y a (pnlqiM! soulagement de charil»', si rpjeNjue union d'(îsprit , si quelrpies enliailies (J(; misi-iicorde, complétez ma joie, en ayant tous les mêmes senlimenls (,t la même charité, un même espiit et les mêmes p(;iisées.» Kt encore : « Héjoiiissez-vous loujoiiis dans h; Seigneur ; je vous le dis en((»re une fois, réjouis.s(!z-vous ! Que votre rrujdestie soil connue de tous les hommes, car le Seigneur est [MOche. Ne vous njetlfiz en [)eine de rien, mais (ui loules vos fifières et oraisons laites connaître à Dieu VOS demandes avec actions (h; grAces. Que In paix dr; Dieu, qui surpasse toute [lenséc, ef)iiserv(. vos ((furs et VOS intelligences en JéMis-t^hiJst.

" Au icite, mes frères, (pie tout re qui

est tout sailli, q

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