‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 205 sur 233 · I E[\KS · texte numérisé non relu

I E[\KS

le vrny çt souueraia espdux : ayant pour ceste cause grand garde et souci de la b'^au'é de son arae laquelle sçauoit luy estre Iresaggreabie. Mais ceuï-Ia qui tant seulement auoient esgard aux choses corporelles et à la beauté de son corps, n'estans ignorans de combien noble race elle procedoit, s'accostant de son père, la demaudoient en mariage ià aagee de dix-huit ans. Comme ice- Juy ne pouuoit honneslcment (ce luy sembloit-ii) reietter leurs requesles, vint à fiancer sa fille à que que iouuenceau, lequel excedoit tous les autres en richesses, eu gloire et en vertu : prenant par ainsi vn conseil et arrest de sa vertu tres-indigne, comme n'ayant en rien esgard h lestât de sa fille et à la" pieté qu'elle nuoit en Dieu, ni que par vraye amour et charité elle luy estoit deuenuë toute familière, et ei fin que que son intention estoit de tousiours complaire à luy seul, et luy estre à tousiours espouse tres-fidele.

« Iceluy donc, rien ou peu considérant toutes ces choses appresloit des no()ces à sa fille peu conuenablt'S. Mais le Seigneur Dieu son vray et \ nique esfioux épris dvne sainte el diuine ialr»usie la vint rauir à soy, la dostournant amoureusement de tout mariage et de tout ce (jui s'ensut, S'ion que l'oraison suiuante fera cqiparoistre : mais la fnisatit embrasser vue viti beaucoup [ilus noble, laquelle, par grande [tureté et innoccue, la venoienî à sov de bien [ires lier et vnir. Car comme son [»ere eut prins ce conseil et se fut ainsi arresté, et elle ne se trouuant asseuree ni h repos de conscience d'entrer au chemin de mariage, sans s'estre [irealable recommandée et rendue participante des saintes f»rieres du susdit ancien perc, desquelles elle en estoit le fruit, elle et son père vindrent audit jiersonnage veneralili-, pour recf'uoird'icelui sa sainte benediclio i. Ajtres rpj'»,'lle eut ouy ses pieuses deuises et veu par la itremiere fois Testât et conuersalion |)ieuse des religieux, commença h dire du profond de son co;ur : Hien-heuri ux sont V4'ayemenl ceux qui entrenrcrmcjit ceste manière de vie f»our l'amour de lesus Christ. M.ii-s iceluy, par les yeux clair-voyans de son e8[»ril, ayant ronsideré en sf)v-mf.sme ce que voiiloit dire par ces [)ro[)Os la piciis»; et neuote lillc, com(iicii<;a à cspandre deiianl Dieu prières coriuenables .*i ses [lieux désirs, disant : O Mlle, que Dieu vous vueille lîieiiueine'il eslargir ce qui est h vostrc; nme le plus salutaire et expédient, vous vueille aussi conlirnier en sa sainte crainte, et en fin iuger digne des biens h ceux-l<*i prefiarez, rpii de tout leur r^eur luy ont [ileu. A[»res luy auoir dit ces prnpfis, (;t ouanl et quant d*;- »iré(;hoHes tant bormes, il irrita au cirMir ( t en l'aine de la vierge doubles darls d'/uiiour enuers Dieu, et fort enllaniina la pieté, la- 'jiielle dé» alors esloi» en elle. Helournant loric en la maison, disoil dererli«-f : (> coinbien bien-heureux sont (eux oui enlrepreniient tell»; nianiere de vie sol.lair»; et reli- Kiense : parce qu'ils viuenl ainsi ici sur Icrrt, que p<.u ou m ii sont auv auges dil-

ferens : et après qu'ils son! passez de cesto vie, iouyssenl de la vie éternelle.

« Retournée qu'elle fut en la maison, mesprisoit tout ornement de son corps, si auaiit que ne vouloit mesme lauer sa face d'eau fresche, mais en ieusnes et en larmes esgayoit la face de son ame. Quant aux chaînes et bagues pendantes aux aureilles et au col ; quant à l'or et aux dorures, qui aux mains mondaines seruent de parure, luy seruoient de paremens pour son ame, comme estans de par elle pieusement employez pour l'aide et subside des panures souffreteux. Ne se donnoit plus de souci d'auoirdes doux et délicats vestemens : mais en ce lieu auoit grand soin de couurir sa chair de dur sac et de haires. Estant auec ses compagnes ne prenoit aucun i)laisir auec icelles, qui vainement parloient des choses plaisantes et voluptueuses de ce monde : mais bien avec celles volontiers elle conuersoil, lesquelles trouuoit auec elle touchées de pareil amour en Dieu. Ne permettoit aucunement bruire à ses oreilles les fabuleux propos des veillottes et autres vains profios de femmes, mais bien s'estudioit fort d'entrer en deuises et saints colloques des choses diuines, ta^^chant de les apprendre, estant enseignée des moines ou d autres pieux personnages, qui par conuersation familière, ou pour quelqu'autre pieuse cause sapprochoient de son père : de telles visitations prenant fiar ainsi pieusement occasion de son instruction. Peu de temps après j-om père estant etiocqué vint au monastère, où estoit ce vieillard vénérable, pour auec les moines célébrer vue ollicieuse mémoire du fondateur de leur monastère. Et comme son dit père selon la chair eut seiourné en ce monastère par l'espace de trois iours, la bonne Euphrosine vsant bien de la boime occasion ayant appelle h soy cpielque moine du monastère de Setim, lequel alors par la prouidetice diuine estoit venu en Alexandrie for cestuy-ci estoit fort grand en vertu) luy communiqua et donna à entendie tout son désir et pieuse int(MUion. Ce (ju'ayant entendu luy dit : Pourueu (iu(! selon (pie io puis voir, vous estes tres-pieuseenuers Dieu, et bien v(.'rse(! en la (ioctiine diuiiu;, vous auez aussi (;nt(!ndu ma lille, ce (jue dit nostre Seign(;ur en son Euangile, (lue (piicon- (jue honore plus son p(!r(! et sa mère (pio luy, il n'est pas digne de luy. Vsant donc ainsi bien d<! ceste doctrine, et |tar cesto sentence resueillant vosti(! esprit, prenez C(eur et courage, mettant lost en eifel ce(iue tant pieusement au<!Z proposé : et r(u;euanl en voslriî cti'ur Ui feu (1(! cesluy (pii l'est venu enuoyer en terre, gardez vous bien de l'estaindre par paresse, ou par tro|) grand delav : mais au plustosl (pie fair(! sv. pourra, aiiKMiez h bonne fin c(! (pn; de c(f'ur vous iiuiiiiie/.. Car personne nieltant la main h la (liarue (selon h; dir(! de l'est riture) et regardant en arrière, n'est propre jiour entrer au HoyaiiriK! des cieiix.

" Comi-ie elb; eut entendu ces propos du bon vieillard, subit elb; luy obeyt, et aussi

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luv requit «le pouuoir obtenir vn habit niona"sli(jiio. C*J qu'icoluy onlemlant, d'vn ciL'ur |)roiu()t et allt'^rc, tout soudain exocvita sa tleiuaiido. El losl après qu'il eut acheué les prières ordinaires, et tout ce qiii est de couslume pour ce faire, la vint à veslir d"liabit de religieux. Et après luy auoir désiré tous biens auec vne heureuse iin, retourna en son nioiiaster(>. Mais après que cest ancien père fut départi, Euphrosine pensoit en soy-mesnie, où et comment elle pourroit vtilement exposer en praii(iue le tal(;nt, lequel luy auoit esté diuinemenl donné :

comme sgachant bien que son pore luy seruiroit en cest endroit de grand empeschcnient, et tascheroit par tous moyens de rompre sa pieuse volonté. Or donc, comme elle eut reclierché quelque moyen, par lequel elle nourroit demeurer incogauë, en lin oubliant la bien veillance et amitié de son père, auec l'amour et alfection grande do son espoux, arresta se deuestir de ses propres vestemens, pour se revestir en habit d'homme. Et pource qu'elle sçauoit aue ceux là qui la poursuiuroicnt, la rechercfieroient comme femme es monastères des femmes délibéra de se ranger au nombre des moines.

« Ayant prins ce conseil, quelque nuict après "se despoiiilla de ses propres vesteni''ns, et quant et quant de son infirmité féminine : mais elle print vn habit sainct et salutaire, estant sur vn instant changée en estât d'homme et viril. En après estant ainsi incogneuë et cachée aux seruanlcs de la maison et à son pcre propre : ayant outre ce virilement mesprisé tous su[>erbes édifices, embrassant et emportant couragensement sur soy et en soy la croix d(^ lesus Christ, bien tosl se relira de la maison et se mit en chemin, se voulant rendre digne de ce (lue tant elledesiroit : et si auant elieiuina, (ju eu iin paruint au monastère, au((uel heureusement commandoit ce vieillard vinierable, des prières duquel elle esloit le fruit. Venue qu'elle fut en la ()resence de C' sluy, (pii auoit la charge et superintendance de ce inonasl(;re, elle fut eiujuiso (pii il estoit, d'où et pour cpielle cause il esloit venu se piesenler h luy. Icelle res|)ondit, (pi'il se nonnnoil Sjnaragdus, et (lu'il esloit de la cour de l'innpereur (ce que (nie disoit pour den)eurer incognuë) mais auoit lo\it laiss»; connue choses fameuses et tronipeuses, et comme estant fort desjrenx de la vie reli-

Ï;ieu.se : disoil en oulre, (ju'il s'esloit fuy de a ville loyale. connue estant pleine de mauvais bruit et de tumultes et sans aucun repos, et pourre rpi'il ne voidoit à l'ailuenir son repos eslre interrompu, ni eslre aucnjnenienl inquielé |)ar la freipnnUe visite et familière compagnie de tous S"S parons et amis : et comme il auoil aussi ressenti beaucx^iup de choses de la sainteté des religieux, pour ces causes il s'estoil \h venu |)resenler, pour sçauoir s'il seroil bien digne d'eslro cnrollé et enregistré auec eux.

« Cesl lionunc aibnirable en parole et on iiiudcsliu de luuuurs ayant entendu sj

responce, s'en est fort esiouy : Voila, dit-il, mon fds, voila le monastère, personne ne vous em|)esrhera d'y entrer ny d'estre mis au nombre des frères, si la chose vous agrée. Mais pource qu'estes encore ienne d'Age, et n'auez encores parfaite expérience de Testât monastique, vous connient eslre dessous maisfre, apprendre d'iceluy la perfection de vie, h quoy fit resi)once, disant : Cela m'est aussi tres-agriMble, et n'en désire [las vn, mais aussi plusieurs, s'ils vous plaist, qui me vinssent enseigner et dresser h la vertu. Icelle ayant preste audit ancien père l'obédience, et par ainsi ayant ietté la première pierre fondamentale tressolide de religion, fut donnée en charge h Aga|)iLis, moine tres-aduancé es choses diuines, et lequel auoit beaucoup gaigné sur ses pro|)res passions par sa grande mortification en vertu de laquelle auoit grand commandement sur elles, les assuiellissant h la raison. Et afin que ie parle comme le diuin Dauid , par lui estoit instruit et formé comme vne ouurage fait en j)lain iour, et aussi de mieux en mieux disposé à la vio pieuse et religieuse.

Toulesfois cestui qui nous a porté enuie dés le commencement , et lequel se glorifie d'apfirehender comme vn nid toute la rondeur de la terre, ne ponuoit souffrir voiant vne ftnnme suruoler ses lacs, et comme vne simple colombe se transporter tant haut : mais creuoit de despit , voyant vn conseil tant nruthînt, par lequel Eu|))irosine estoit tant bien instruite, pour se maintenir incogneuii : voyant aussi toutes ses ruses et finesses estre ainsi tant subtilement exposées en ieu et en risées par vne [personne sienne, et qui pire estoit, par une lilk'tte mesme délicate et lendreh>tle. Cerle (pH'Iquefois s'elforçoil de d«\slourner Dieti de son C(cur, avec les sollicitudes qu'elle auoit pour pieusement le seruir : et, pour ce faire commodément, luy eschauiroil l'esprit de ses parents : autresfois luv taschoil d'amolir pernicieusement son esprit par la représentation des biens et honneurs de ce monde, et de son propre espoux : et en fin f)Our tant mieux (Micore la combattre et abalre, luy rednisoit en mémoire les couslumes auec tous les comporlemens anciens, <}u'eile auail eu du passé auec ses compagnes plus familières. Mais connue de tous coslA/. l'assailloit, luy iettanl darts ardans do tentations : aussi en esloil-il nnlannnenl et couragensement reiellé, h sa grande confusion. Or, que fait-il, se trouuant ainsi en lout et par tout si honlensem(Mil débouté? Voyez sa malice perilltnise. V'oyanl (pi'il ne gaigno t rien en Euphrosine, il se vient perilhnisement iellcM' a\ix y<nix de tous les autres religieux, pour par Euphrosine mesme les surmonter : et de fait les remua de telle sorte, qu'il les naura par les darls de sa beaulé. Et comme ieeux ne pouuoient plus auant refréner ni contenir leur trop ar- «lanle conuoitise de laquelle se senloient fort «langt-reusement transporte/, après (>lle , >(,aciianl n'eslre chose asseurco de celer la

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maladie, descouurircnt le susdit mal au superintendant de la maison : et par ce moyen emportèrent la victoire de la g»,ierre suscitée contre eux par le malin Satan, Et de là ceuî-cy reçeurent allégement de leur mal : raais ceste-ci, à sçauoir Euphrosine, en print grand accroissement de perfection profitant » lar ceste occasion de plus en plus en vertu : car ce bon père, comme homme fort sage et prudent, leur ordonna des médecines du tout propres et conuenables à leurs maladies. Quant à cestui-ci (Euphrosine à sçauoir) qui ne sçauoit en rien comment les choses s'estoienl passées : le veux ( luy dit-il ) mon flls, que viuiez à part en quelque celle séquestré des autres, où que, gardant la règle, qui vous sera ordonnée, n'admettrez personne auprès devons, ni aucunement en sortirez, ni mesme ne vous présenterez à personne en deuises familières : mais Aganius seul vous fournira ce qui vous sera de besoin. Ce qu'ayant dit, tout incontinent commanda à Agapius d'auoir soin de Smaragdus tel que conuenuit, non seulement 6s choses spirituelles, mais bien aussi es corporelles : afin que, tant que faire se pourroit, ne luv manquast rien de nécessaire. Par ainsi cesle bien -heureuse, luy estant aduenu chose tant agréable, comme estant par ce moyen affranchie do beaucoup de fasfheries et incommodilez, à creu de plus en {)lus en l'amour de lesus Christ, adioutant peines sur peines , ieusnes sur ieusnes et ioignant aux veilles passées encore nouuelles veilh;s, pour par icelles tant mieux combatre le sommeil et appesantisement de sa nature : do sorte que Agafiius ce voyant, etattentinement tout considérant, en entroit en grande admiration, et le doniioit h entendre aux autres. »

Sainte Eu[)hrosinc ne fut reconnue pour une femme qu'a[)rès sa mort, comme il arriva aussi h sainte Mâtine, rjui, sous le nom de fr^re Marin, souffrit jusqu'h la n)orl une honteust,* calomnie qu'elle pouvait faire tomber d'un st;iil mot, et éleva sans ric-n dire, .'i la porte <iu monastère, l'enfant liont on l'avait accusée d'être le [lère.

Lutter contre la nature et la vaincre, afin d'assujettir pour jainais la chair à respril, les instincts à la volonté, telle était alors r<L'Uvredes belles intelligeiu;es cl des grands coîurs. Une pareille lutte, sans le secours d'une gr.V;c surnaturelle, conduirait droit à la folie; mais les Pr-res du désert triom- [)liaient de la folie elle-même, et leur lV)i soutenant leur raison la rendait toujf>iirs victorieuse des allucinalions île l'abstinence et de la solitude. Jamais guerre plus gigaritesque ne s'était livrée fiaris h; monde : les hormne<» achevai(;nl la bataille des angivs et liittaieril (or()S à corjis avec l'e-der. La 1(!Mtafion de saint Antonio est dev(;riue un ly[»e ]>opijlaire des r;ombats de la raison chrélienno contre les chimères du vice et les hulfuucn de rirnagniation déréglée. Le pagnnisme ei*jt fait d«» demi-dieux de ces ui- Irépide» lutteurs (jui révéleront ii rinunaiiilé de» forces encore irjtonnues ; le calholi-

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cisme, en les déclarant saints, ne les sépara point de la faiblesse humaine ; car c'était dans le sentiment même de leur faiblesse qu'ils avaient puisé tant d'énergie. L'homme qui s'anéantit pour ne vivre qu'en Dieu et laisser agir Dieu en lui, dispose en quelque sorte de la toute-puissance divine.

La solitude et la pénitence ne desséchaient point les cœurs des Pères du désert, et plus il combattaient les affections mêmes les plus légitimes de la nature, plus leur charité s'en augmentait. Sans doute ils affligeaient leurs parents et leurs amis par un apparent abandon ; mais ils soutfraient plus encore qu'ils ne faisaient souffrir, et ils offraient à Dieu en sacrifice, pour ceux qu'ils aimaient et qu'ils ne voyaient plus , les blessures toujours saignantes de leur propre cœur.

Saint Siméon Stylite, laissant mourir de douleur au pied de la colonne sa mère qui ne peut obtenir de lui la grAce de le voir avant d'expirer, serait un fils dénaturé et un barbare, si en môme temps il ne fondait en larmes priant pour sa mère et se refusant à lui-môme ses derniers regards, afin de la voir éternellement au ciel. C'était donc par piété filiale qu'il était si cruel , et qui osera le juger sans avoir cru et souffert comme lui? Citons cette page de sa vie, écrite par Antoine son disciple :

« Longtemps après, sa mère, ayant entendu parler de sa grande réputation, vint pour le voir; mais on ne le lui permit |)as, h cause quil n'entrait point de femmes au lieu où il était. Le bienheureux Siméon ayant entendu sa voix lui dit : Ma mère, je vous prie d'avoir encore un peu de patience, et s'il plaît h Dieu, nous nous verrons. Sur cela elle se mit h. |)leurer et h le conjurer qu'elle le pût voir; puis, toute échevelée, elle se f^cha contre lui en disant : Mon fils, pour- (|uoi me traile/.-voiis de la sorte? Pour récompense de ce (pie je vous ai poité dans mon sein, vous m'avez comblée de douleurs ; ()Our récompense du lait <pie vous avez tiré de mes mamelles , vous avez fait fondre mes yeux (;;i larmes; et [)Our récompense de tant de baisers (pie je vous ai donnés, vous avez rempli mon cdjur de tristesse et d'ainertume. Elle ajouta <'i cela tant d'autres cti(jsess(!ml»bibl(!S, (pi'elh; nous fil tous pleurer avec elle; et le bienheureux Siméon, entendant ses plaintes, couvrit son visage de ses mains, et pleurant amèrcMiuitil lui mand.i qu'il la suppliait d'avoir patience jiour un peu de temps, et ((u'ils se verrai(;nt dans le repos éternel, l-llle répondit: Je te conjure |)ar Jésus-Christ <pii t'a formé, fjue je le voie s'il est j)OSsible, cell(! consolatio'i ne m'<'tanl point arrivée depuis tant d'armées; or, si tu ne vcmix [tas me le permellr(! , (ju'au moins je t'entende jiarler : après cela je ne me sou(;ie pas de mourir h riieure mênu!, ainsi (|ue ton père est mort d'adliclion /i cause; de ton aUsenc(!. Ne veuille pas pfî.'mcîlltre, mon fils, <pie ce mémo <lépl.iisu' soit cause de ma mort.

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Ayaiil acheCe ces paroles, elle se trouva si acoahli^e do Irislesse et si lasso de piouror, (ju'ello s'endormit (car elle avait passé trois jours et trois nuits h le fain; conjurer sans rosse qu'elle le pilt voir ). Alors le hienlieureux Siméon pria Dieu pour elle, et aussitAt elle rendit l'esprit. Ceux qui se trouvèrent pr(^seuts prenant son corps le lui apporlèrcit, et lui l'ayant vu, dit en pleurant : Le Seigneur veuille, s'il lui plaît, recevoir votre Ame et la remplir de joie pour récompense i]i)S alllinions que vous avez souiïertes à cause de moi, et d(î ce qu'après m'avoir porté neuf mois dans votre sein, vous m'avez nourri du lait de vos mamelles et élevé avec beaucoup de peiiie. Durant qu'il proférait ces paroles, tout ce que nous étions présents vîmes mouvoir le copps de sa mère et son visage jeter de la sueur. Alors, en élevant les yeux au ciel, il dit : « Seigneur Dieu des vertus, qui êtes assis sur les cliérubins, et pénétrez jus{|ue dans le fond des abîmes; vous qui avez connu Adam auparavant même qu il fût créé, qui avez promis de donner h ceux qui vous aiment les richesses du royaume des cieux; qui avez parlé à Moïse dans un buisson ardent; qui avez béni notre père Abraham ; qui recevez dans votre paradis les Amesjusles, et précipitez celles des méchants dans les flammes éternelles; qui avpz fait que les lions se sont humiliés devant Daniel ; qui avez fait trouver du rafraîchissement h ces trois enfants vos lidùles serviteurs au milieu des ardeurs de la fournaise de Babylone, et qui avez employé des corbeaux pour porter à manger h Elie; reeevez dans votre bienheiMOust! paix l'Ame de ma mère, et donnez-lui plaeci [)armi vos saints puisque vous êtes tout-puissant au siècle clés siècles. »

Saint Jérôme lui-même, le rude et inflexible saint Jérôme, racontant la Vie de sainte Paule, rend justice h la tendresse de son cœur et la regrette lui-môme avec une alfection toute fraternelle.

« ('elle sainte femme, dit-il, qui était si opiniAtre et si sévère dans l'abstinence des viandes, était très-tendre en la perle de ceux qu'elle aimait, se laissant abattre M'aflliction ue la mort de ses proches, (>l particulièrement de ses enfants, comme il parut (>n celle (le son mari et de ses tilles, (jui la mirent au hasard de sa vie : car bien cju'ellc fît le signe de la croix sur sa boncln' et sur son estomac pour tAclicr (raiioueir par cette, inqiression sainte la douleur (ju'ello ressentait roiiiine femme et comuie mèr(>, son allection demeurait la maîtresse, et ses (Mitrailles étant décliirées, elles aecablaieiit la force do son esprit {»ar la violence! de leurs sentiments. Ainsi son Ame se trouvait en même temps et victorieuse par sa piété, et vaincue par rinlirmité de son cor|)S : ce cpii la faisait tomber dans une langueur qui lui durait si longtemps qu'elle nous mettait dans de trè.sgrandes inquiétudes et lui faisait courir forlune de mourir, dont die avail de la joie et disnil (juasi sans cesse : Mist'rnhir tfiirjr suis! qui wf ddivrcra du corps de celte mort? (,>ue

si le lecteurjudicieux m'accuse de la blAmer plutôt (luo do la louer, je prends h témoin Jésus-dlnisl, qu'elle a servi et que je désire de servir, que je ne déguise rien en tout ceci, mais que, parlant comme chrétien d'une chrétienne, je ne rapporte que des choses véritables, voulant écrire son histoire, et non I>as faire son panégyrique en cachant ses défauts, qui en d'autres auraient passé pour vertus; je lesapp Ile néanmoins des défauts, à cause que j'en juge par mon sentiment et par le regret qui m'est commun «vec tant de bonnes Ames de l'un et de l'autre sexe avec lesquelles je l'aimais, et avec lesquelles j(! la cherche maintenant (ju'elle est ausenle de nous par la mort.

« EUr arhrvn donc sa course : elle conserva inviolahlrment sn foi ; elle jouit à cette heure de la couronne de justice il Tim. iv) ; elle suit l'Agneau en quelque lieu qu'il aille yApoc. xiv); elle est rassasiée de la justice, parce qu'elle en a été atTamée, et elle chante avec joie : Nous voijons ce qu'on nous avait dit dans la cité du Dieu des vertus, dans la cite' de notre Dieu {Psal. xlvii). O heureux changement ! Elle a pleuré, et ses pleurs sont changés en des ris qui ne finiront jamais : Elle a méprisé des citernes entr'ouvcrtrs pour trouver la fontaine du Seigneur [Jerem.). Klle a porté le ciliée, pour porter maintenant d(;s habits blancs et pour pouvoir dire : Vous avez déchiré le sac dont j'étais couverte, et m'avez comblée de joie ( Psal. \\i\ ) ; elle mangeait de la cendre comme du pain et mêlait ses larmes arec son breuvage [l*sal. ci), en (lisaiil : nies larmes ont été le pain dont j'ai vécu jour et nuit {Psal. iv), alin d'être rassasiée éternellement du pain des anges et de chanter avec le Psalmisto : Voyez et éprouvezcotnbien leSrigneur est doux {Psal. xxxiii); j'ai proféré des paroles saintes de l'abondance de mon cœur, et je consacre ce cantique à la gloire du Roi des roi.^[Psal. xliv). Ainsi elle n vu accomplir en elle ses paroles d'Isaïe, ou pour mieux dire ces paroles que Dieu prononce parla bouche d'Isaïi) -.Ceux qui me servent seront rassasiés, et vous, au contraire, languirez de faim ; ceux qui me servent seront désaltérés, et vous, au contraire, demeurerez dans une soif perpétuelle ; ceux qui me servent seront dans la joie, et vous, au contraire, serez couverts de confusion ; ceux qui me servent seront comblés de bonheur, et vous, au contraire , vous aurez le cœur déchiré {Isai. L\\). *

L:\ vie des Pères du désert était lui enseignement en action , comme celle des ancien»; prophètes. Plusieurs d'entie eux ()drtagoaicnt leur temps entre les austérités do la solitude et la prédication. Ils excisaient rhospilalit('>. ne déilaignant personne, mais faisant égalemo'it du bien à tons. Le bon saint Kphrein. h rexenifile du Sauveur, s'intt'-ressait surtout aux Am(\s perdues, et cherchait |)endant ses voyages à convertir aussi, • piand il le pouvait, (pielipio pauvre Samaritaine. Voici ce (pi'on lit (la;is sa Vie.

(< Saint Kphrem, désirant d'all-'r à Edesse, lit cette prière h Dieu : Jésus-t^hrist, mou

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Seigneur et mon maître, ayez agréable, s'il vous plaît, qiie je voie cette ville, et qu'en y entrant celui que je rencontrerai le premier me parle de l'Ecriture sainte. Comme il entrait dans la ville, la première personne qu'il rencontra fut une courtisane : ce qu'ayant jugé à la manière dont elle était vètup, il (lit en soi-mônje avec beaucoup de (Jouleur : 11 paraît bien, mon Dieu, que vous n'avez pas exaucé la prière de votre serviteur, puisque je n'ai pas sujet d'espérer que cette femme entre en discours avec moi, sur le sujet de l'Ecriture sainte.

« La courtisane s'étant arrêtée et le regardant fixement, le saint lui dit : « Pourquoi vous arrêtez-vous, et me regardez-vous de la sorte ? — Je vous regarde, réponditelle, parce qu'étant femme j'ai été tirée de vous qui êtes homme; mais vous, au lieu de me regarder, regardez la terre dont vous avez été tiré. — Ephrem, étonné de ces paroles , loua Dieu d'avoir donné une si grande intelligence à cette femme, qu'elle 1 eût rendue capable de lui f.dre cette excellcîDte réponse, et connut par là que Dieu n'avait pas méprisé sa prière ; puis étant entré dans la ville, il y passa quelques jours.

« 11 arriva qu'une autre courtisane qui demeurait proche de son hôtellerie le regardant attentivement par la fenêtre, lui dit: Mon Père, donnez-moi votre bénédiction; à quoi ayant répondu : Je prie Dieu qu'il vous bénisse. Elle ajouta : Vous nianque-t-il (pielque chose dans cette hôtellerie? — Oui repartit le saint, il me manque trois ou fjuatre (jierres et un peu de |)lâtre [iour boucher cette fenêtre au travers do laquelle vous voyez ici. Elle repartit : Vous me traitez bien rudement pour la r)remièrefois que je vous parle; je voulais dormir avec vous, et vous ne me permettez [»as seulement de vous entretenir. — Si voulez dormir avec moi, répliqua le saint, vonc'. au li(;u que je vous dirai. — Je suis toute prêle, réponditelle. — Venez donc au milieu de la ville, dit E[<hrem. — .Mais la vue de tant de gens, lui répliqua-t-elle, ne nous ferait-elh- pas rougir? Alors ce grand serviteur de Dieu, reprenant la paroh;, lui dit : Si nous avons honte de commettre une telle action devant les hommes, no devons-nous pas beaucouf) plutôt avoir de la honte et de la crainte de la (X>mmetlre devant Dieu , qui connaît noiseulemont ce f|ui se j)asse a la vue de tout le monde, rnais aussi les pensées les plus cachées, et rjui, venant un jour juger tous les hoirimos, rendra h chacun selon ses (i;uvres (Koiii. ii; .' <^;lte femme lut si touchée de ces paroles, (pie, toute fondante «;n larmes, elle se leta à ses pieds et lui dit : Serviteur de Jésus-Christ, mettez-moi dai;s la voie du salut, alin rjue Dieu me p.iidoniie tant de crimes que j'ai commis. Le saiit vieillard l'ayant coiilirmée dans le désir de la pé/iilence par plusieurs |»assag(.'s de l'Ecriture sainte, la mil dans un monaslorc, et relira airtsi «;cltc âiiKj de la lange de ses ini- «|uité<i. •

(Ut» loïjons domées à la manière de So-

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am

crate, cette charité si i)atienle et si compatissante, ce tendre intérêt pour les êtres les plus méprisés, ont quelque chose qui touche et qui inspire du respect. Cette simplicité antique est en môme temps du goût le plus pur en littérature chrétienne, et c'est à pareille école que nous devons apprendre l'art de bien penser et de raconter avec noblesse en même temps et avec giAce ; car la grâce véritable est toujours simple et naturelle, en littérature comme en toutes choses.

Dans la Vie de saint Pacôme, écrite par un ancien auteur grec, on trouve une vision prophétique pleine de poésie, et dont le sens instructii est des plus profonds. A l'occasion de cette vision, le saint fait à ses disciples un discours de la plus grande beauté ; la lecture et la méditât on de ce passage pourraient être bien utiles à ceux qui se laissent scandaliser parles fautes des autres, et qui attribuent à la sainte Eglise les faiblesses et le relAchement où peuvent se la'sser entraîner ses ministres. Jésus- Christ lui-même vient promettre à saint Pacôme que son esprit ne changerait pas, et que le salut serait toujours facile aux hommes de bonne vo'onié, môme dans les plus mauvais jours. Voici ce ])assage remarquable:

« Les frères s'étant assemblés pour aller au réfectoire, le saint vieillaid se retira dans la cellule où il avait accoutumé de faire oraison, et ajirès avoir fermé la porte, se souvenant d une vision qu'il avait autrefois eue, il pria Dieu avec grande instance de lui faire connaître l'état de ses solitaires, et ce (jni arriverait ajirès sa mort de tout ce grand nombre. Sa prière fui si longue qu'elle dura dejiuis Noue juscju'à l'heure où le frère (jui a soin d'avertir i)Our aller aux prières de la rmit commen(;a h s'acquitter de sa charge. Enfin, vers minuit, comme il redoublait sa ferveur, il eut une vision (jui l'instiuisil [ihunemenl de ce (ju'il désirait do savoir, et lui fit voir (jue ses uionastères se multiplieraient extrêmement ; que (juehpiesuns do ces solitaires vivraient dans une grande (liélé, et cpi'il y en aurait plusieu s (jui se perdraient parleur négligence;. Il vil aussi, comme il le ra[)|)orta depuis, dans une vallée |)rofonde et ténébr«!use , uni! grande multitude de solitaires, dont les uns, voulant sortir pour monter en haut, en étaient empêchés ; d'aiilres (pii, après s'êln; ellorcés inutilement, se laissaiefit tomber de l.issitude et d<:sceiidai(;nl dans l'enler ; d'autres (lui, éleiidus par terre, pleurai(!nt et jetaient tU's cris lameniables ; et (pjehpies-uns qui, étant favoris(''s d'uiK! grande lumièr«; htr.s- «pi'ils mo!ilaienl avec un extrême liavail, rendaient grâces h Dieu de les avoir tirés du I tel péril.

Saint i'acôme connut ainsi ce qui devait arriv«'r dans la suite des t(Miips, (;l ressentit une extrême douleur de raveiiglemenl do l'esfirit, de la diirelé du co-ur et du défaiil des boiinr-s ojiivrcs fh; ceux (]ui viendiaienl .'[irés lui , mais principalemenl d(;s suj»é-

rK.RI.S

rioursqni pnr leur I.U'helt', lonr nc^gligonrc »«l leur |>tMi (II' coulianro en Dieu, sccnieMl cause tle la division dos |)ers(iniies (jui devraient <Hrc si parlailemctit unies, et ne pensant qu'à plaire à une nndlitude inconsidtVée, se eontenteraieut de porter l'iialiit de solitaire sans CM produire les actions; rar depuis ({ue li's plus uiéchants sont une fois (51êvés en autorité et (pi'ils ne eonnaissent pas seulement de nom les choses ou'd faut ob^^erver pour vivre saintement, il arrive, par une suite néc(>ssaire, ((uil se forme des jalousies et des dis|>utes, et (jue l'on cf)nteste avec aiubition h qnx sera supérieur. Ain>i les plus vertueux sont rejetés ; les mérliants sont appelés aux charges, et chacun prétend devoir ôtn; élevé au-dessus des autres, non pas par sa vertu, mais h cause de son Age et de son ancienneté. Alors hs gens de bien n'osent pas seulement ouvrir la bouche pour l'utilité commune, et soi»t contraints de demeurer dans le silence, ou sont mém»î cruelhnncnt persécidés sous prétexte de justice. Mais qu'est-il besoin d'expli(|uer ceci plus particulièrenient, et ne sutlil-il pas de dire (jue tout ce qui est établi |)ar les lois divines se change eu des relâchements humains ?

« Saint Pacôme, voyant toutes ces choses des yeux de l'es()rit, s'écria en pleurant : O Dieu tout-puissant 1 si ceci doit arriver de la sorte, pouniuoi avez-vous permis que j'aie établi tant de monastères. Si dans les derniers temps tous les supérieurs seront méchants, quels seront ceux (pii vivront sous leur conduite, puisque lorsipiun aveugle en conduit un autre, ils tombent tous deux dans la fosse'.' Hélas l j'ai donc bien travaillé inutilement 1 Souvenez-vous, s'il vous plaît, Seigneur, de mes bons desseins que vous avez fait réussir par votre assistance ; souvenez-vous de vos serviteurs qui vous servent de tout leur cœur; souvenez-vous d(! votre alliance que vous avez promis de conserver inviolable jusqu'à la consommation des siècles à ceux (pii font |)rofession de vous honorer. Vous savez, mon Dieu, que de()uis (jue j'ai pris l'habit de solitaire, je rue suis toujours humilié de tout mon pouvoir en votre présence, et que je ne me suis jamais rassasié ni de pain, ni d'eau, ni d'aucune antre nourriture.

« Comme il parlait de la sorte, il entendit iino VOIX qui lui dit : No le glonlie point, Pacôme, [)uisque tu es honnne et as besoin de miséricorde. Tout ce que j'ai créé ne sul)- .siste que par ma seule t)onté. Soudain, se

^)roslern.rit par terre, il demanda pardon à >iolre-S«Mgn( iir, en disant : O Dieu toutpuissant, ayez pitié ifi^ moi.alimpie je vive ; ne retirez pas, je vr)us supplie, votre miséricorde de dessus ce pauvre pt'cheur, puisijiie c'est d'elle et de voire vérité que j'ai toujours reçu tout mon ap[)ui <'t toute ma force : car je ^ais, Seimieur, ipjc Siuis votre protei;tion »'t voir»! si-cours, il n'y a rien qui puisse sub>i>ter diuis le monde. Ayant achevé ces [KJiides.il vil au-dessus de lui d«s anges étiuceiaiils de lumière ; et au milieu d'eux un

PEI\K3 lOOî

homme en la fleur de son Age, d'une beauté sur[)assant tout ce qui se peut imaginer, et qui, tout éclatant de splendeur, lan(;ait des rayons aussi brillants que ceux du soleil, et avait sur 5a tète untï couronne d'épines Alors ces anges, en relevant Pacôme de terre, lui dirent : Vous avez demandé au Seigneur (pi'il vous fit miséricorde ; et le voici qui vient lui-même , lui (pii est votre miséricorde. Voici le Fils uni<pie du Père éternel ; voici Jésus-Christ, le Dieu de gloire qui est descendu en ce monde, et qui, étant couronné d'épines, a été crucifié pour le salut des hommes. Pacôme, lui adressant la parole, lui dit : Seigneur, n'est-ce point moi (}ui vous ai crucifié? Jésus-Christ lui réj)ondit avec douceur : Ce n'est pas toi qui m'as crucifié, mais ce sont tes pères. Ne te troubles |)as néanmoins et prends courage, puisque lu auras des successeurs jusipa'à la tin du mond(ï, et (ju'entre ceux qui viendront après toi, tous ceux qui vivront dans la pénitence et qui auront soin de leur salut seront délivrés de cette profonde obscurité que tu as vue, pourvu que, de même que durant ta vie ta présence les retient dans le devoir, ils continuent a[)rès ta mort à suivre l'exemple de ta vertu pour être éclairés de la lumière de la grâce, et que les autres qui viendront ensuite etcjui auront demeuré quelque temps dans les ténèbres du siècle aient la prudence de savoir ce (pie l'on doit rechercher ou éviter, et (jue par une volonté libre ils renoncent aux mauvais exemples que l'on voit dans le monde, et sortent de ces épaisses ténèbres par l'exacte observation de la justice et par un ardent amour de la vie éternelle et bienheureuse. En vérité, je vous dis (jue se coniluisant de la sorte, ils jouiront du même bonheur (jue ceux (jui sont maintenant avec toi et qui exceUeiit en vertu et en sainteté. Le Seigneur remonta dans le ciel après avoir dit ces paroles, et l'air fut rempli d'une telle lumière, qu'il n'y n point de langage humain qui soit capable de l'exl)rimei'.

« Saint Pacôme, t(iut rempli d'admiration de ce qu'il avait vu, alla avec les frères aux prières (lui se font la nuit, et h; saint ollice étant achevé, et tous ces solitaires, selon la coutume, se tenant debout devant le saint vieillard pour entendre desabouche l'explication de la parole de Diini, il leur dit : \les enl'a!its, combaltez de toutes vos forces et de tout votre pouvoir pour opérer votre salut, malgré U\s elforts de cet irréi-onciliable ennemi (pii est toujours armé pour vous perdre, et n'allendez pas ce temps aïKpiel, si iKMis avons passé notre vie dans la négligence et dans la paresse, nous pleurerons et gémirons notre malheur et l'étal iniséral)le aïKpiel nous serons réduits. Ne laissons pas couler inulilement les jours et les années (pie Dieu nous doniK» par sa bonl(', mais (Mii|)loy()ns-lcs avec.joiiî pour acrpiérir le salul ; eï je suis assuré (pie si vous saviez (pielles sont les félicités (pie Dieu prépare (ians le ciel aux saints, et (piels sont les bmrmenlsrpie souH'riront ceux fpii ayaril connu

PERES

PERES

la vérité, au lieu do marcher comme ils de^ vaient dans ses voies, ont quitté le chemin de la vertu, il n'y a rien que vous ne fissiez pour éviter ces supplices éternels et vous rendre dignes de posséder l'heureux héritage que Dieu a promis à ceux qui le servent, dont le honheur est si extrême qu'il faut être absolument abandonné dans le mal jjour n'en tenir compte, et ignorer entièrement ce que l'on percl en le perdant.

« Lorsque ceux qui sont tombés dans ce malheur commencent à reconnaître leur faute, ils doivent renoncera toutes les aflfections du siècle, et pleurer de telle sorte leurs péchés que Dieu leur lasse miséricorde, et qu'ainsi, changeant de vie, ils marchent avec tant de félicité clans ses voies, qu'ils puissent, au partir de la terre, arriver heureusement au ciel, en ce temps auquel l'âme, abandonnant si demeure mortelle, entre dans la connaissance de ce qu'elle est véritablement, et que, se joignant aux chœurs des anges, elle se hâte de se présenter à ce Père des lumières.

« Pourquoi l'homme s'emporte-t il par la vaine gloire? Pourquoi, n'étant que poussière, s'élève-t-il [)arla vanité? Et pourquoi, n'étant que terre et que cendre, s'enfle-t-il d'orgueil et d'insolence? Pleurons-nous plutôt nous-mêmes, tandis qu'il est en notre puissance, afin qu'il n'arrive pas que, la course de notre vie étant achevée, nous demandions du temps pour faire pénitence lorsque nous ne serons plus dignes que Dieu nous l'accorde : car il nous est permis de pleurer nos péchés en celte vie ; mais, comme dit le prophète : Personne ne glorifiera dans renfer le nom du Seigneur iPsal. cxiii}.

« Il faudrait, rnes très-chers frères, des ruisseaux de larmes, pour pouvoir a^sez pleurer le malheur d'une âme qui, ayant une fois renoncé au siècle, s'engage de nouveau dans les occupations qui en déjtendent, et qui, s'élant délivrée ne tous ces soins inutdes, rentre dans les eogagemeals d'une si cruelle servitude; c'est pourquoi ne souffrons pae,jc' vous prie, que ce mond'-, où il n'y a rien d'assuré et (\\n [jassera bientôt, nous prive d'une vie éternelle et bienheureuse.

« Je tremble d'appréhension que nos parents selon la chair, qui, a()rès avoir usé des choses du sièfle et s'être employés jusqu'h leur mort dans lt;s 0(:(up<'»'.ions de la vie présente, croyaient que nous avirons renonr.é à toute la corru|)tiori du monde pour acquérir par \]\ la vie ét(!rne||e, ne nous condamnent au jour dujugemf;nt et ne nous disent : f'ommrnt vous étcs-vous lassés de marcher dans le chemin où vous étiez entrés (Sap. ui,7 Vos doulfMirs redoublent les nôtres, et les flainmesdans lesquelles vous brôlez augmentent celles rpii nous dévorent : car ils Vf;rronl rpie nos rainrmiix seront demeurés stériles, en in: [»roduisa'il [);is les fruits que les (hturs que non» avions f.iit paraître donnaient sujf;l d'espf-rer. Je « lanis fort aussi qu'ils n';ij'>u(r;ntee quedil Jérérnie : 6'm/ pourquoi CfUTt/uefuvaii tant aimés sont

devenus la proie de leurs ennemis, se sont ren dus abominables et ont laissé tomber ta couronne nu ils avaient sur la tête{Jcrem. xxiu) ; les villes du côté du midi ont été fermées sans que personne les puisse ouvrir : car iimpic sera exterminé, afin qu'il ne voie pas la gloire de Dieu {Isa. xxvi).

« Ayons continuellement, mes frères, ces pensées devant les yeux, pour nous obliger à combattre de toutes nos forces contre le diable, afin d'empêcher qu'il ne nous surmonte ; car puisqu'il travaille sans cesse à nous perdre, nous devons veiller avec un extrême soin pour ne nous pas laisser surprendre par ses tromperies. Pour ce sujet, nous devons à toute heure nous représenter le dernier jour de notre vie, et trembler à chaque moment à la vue des supplices éternels : car par ce moyen l'âme s'accoutume à se connaître elle-même, et mortifiant son corps par les jeûnes et par les veilles, elle demeure dans la douleur et dans l'affliction do ses péchés jusqu'à ce qu'étant enflammée par l'ardeur du Saint-Rsprit, elle se rende digne d'être favorisée de la contemplation de Dieu, et qu'en se détachant de tous les engagements delà terre, elle soit pleinement rassasiée par ses communications avec sa divine majesté.

« Celui qui s'occupe toujours dans ces méditations saintes acquiert la pureté de l'esprit, l'humilité du cœur, le mépris de la vaine gloire, et s'efforce de renoncer à toute la prudence du siècle. Ainsi, mes très-chers frères, il faut que l'âme, qui est toute spirituelle, emploie continuellement sa sagesse à combattre la masse terrestre de sa chair, et agisse si j)rudemment avec elle qu'elle l'qbhge de consentir à ce qui est de plus parfjiit. il frtut, le soir, en s'en allant coucher, au'elle dise à toutes les parties de son corj)s : Tandis ([ue nous sommes ensemble, obéissez-moi, puisque je ne vous conseille rien (pie d(; iusle, et servons le Seigneur avec joie. 11 laut (lu'elle dise à ses mabis : Il viendra un temps (pie toute votre force cessera, (jue vous ik; pourrez plus être les ministr(;s di! la colère, et ([ue, ne pouvant plus ravir le bien d'autrui, vous serez coniraintes do demeurer en repos. Il fuit (pj'(;lle diso à ses pi(.'ds : Il ariivera un jour (\no. vous ne pourrez plus marcluT dans les voies d(! l'ini- (|uilé, ni courir pour faire de mauvaises ao tions. Il faut qu elle parle de la même sorte h toutes l(;s parties de son corps en général, et leur dise : Avant (jul' la mort nous s6- [tare de cette sépar.ilion causé»; j»ar le pé( hé du [)r(;mier homme , conkbattons généreusement, demeurons fermes dans nos bons doss»;iris, et servons Jésus-t^hiist av(îc S(»in et avec courage, alin (pie, lors d»; son sec(jnd avènement, il daigm; essuyer de s(!S propres mains la sueur dont nous aurons été lr(Mnpés durant rjucUpies aimées en travaillant pour son servie»!, et Tious doniuîr la possession d'un royaume (pii ne finira jamais. Ver>ez des larmes, nuîs y(;ux, et faites coiniaîlre, ma chair, (pie si vous in'êl(!s assujettie, c'est par une noble servitude; Iraiiujlc^ avec

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ruoi dans les prirres par lesquelles je confesse mes p^^rhés en la présence de Dieu, do peur (ju'en voulant dormir et vous re|)Oser, vous ne soyez cause (pie nous t()nd)ions ensemble dans les lo irments élenuds ; eni- [doyez-vous coiUiauellemenl h de boiuies œuvres, puisqu'on vous comluisaut de la sorte vous recevrez pour récom[teiise dus biens sans nond)re. au lieu que si vous vous laissiez aller h la négligence vous seriez cli\tiée par des tourments épouvantables, et que je serais obligé de vous dire avec hurlement et avec cris: Hélas 1 que je suis malheureuse d'avoir été unie à vous, puis(jue vous êtes cause que je suis condamnée à des peines perpétuelles.

« Si nous repassons à toute heure ces choses par notre esprit, nous deviendrons véritablement le temple de Dieu; le Saint-Flsprit habitera en nous, et nous ne pourrons plus être surpris par les artifices du diable; la crainte du Seijp'neur, par le moyen de ces pensé(;s, nous instruira davantage et nous rendra plus [)ru(icnts que dix mille maîtres ne pourraient l'aire ; et le Saint-Esprit nous inspirera des senliuients auxquels l'esprit humain ne pourrait atteindre : car, comme dit l'Apùtre : Nous ignorons ce que nous devons demander ; mais le Saint-Esprit demande pour nous à Dieu par des gémissements inénarrables ce qui nous est nécessaire [Rom. viii). Je pourrais vous dire beaucoup d'autres choses sur ce sujet, mais afin de n'être nas trop long, je (inirai ce discours. Je supplie, mes frères, le Dieu de paix, et qui est la source de toutes les gniees, de vous confirmer dans vos bous desseins et de vous fortilier dans sa crainlc. Ayant achevé ces paroles, il se leva et partit aussitôt en les recommandant tous h Notre-Seigneur. »

L'esprit de prophétie et le don des miracles étaient choses comnmnes pariui les Pères du désert, et l'on voit se retracer dans leur vie les admirables tableaux de la Hible et de l'Evangile. Saint Jérôme est sublime lors- (ju'il nous représ(Mite l'humble solitaire Hilarion connnandant à la mer comme Moisc et comme Jésus-Christ lui-même.

« En ce tem|>s cet universel tremblement de terre qui arriva après la mort de Julien tit sortir les nu^rs de leurs bornes ; et comme si Dieu eôt menacé les hoiuuu's d'un second déluge, ou (pie toutes choses dussent retourner dans leur ancien chaos, les vaisseaux [)endaient sur le haut des montagnes où la tempête les avait portés. Les habitants d'Epidaure, voyant les Ilots bruire de la sorte, et ces elfroyables montagnes d'eau venir fondre sur leurs côtes; craignant, ai'isi (ju il fiait autrefois arrivé, cpie leur bourg ne fût submergé, vinrent trouver le vieillard, t't comme s'ils fussent allés au combat, le mirent h leur têt<! sur le rivage. Lt; saint ayant fait trois signes de croix sur le sable, et étendu ses mains vers ce déluge qui les menai;ail, il n'(!st |)as croyablejusqu'i'i (pielle hauteur la mer s'entla et se tint ainsi devant lui; mus après avoir grondé longtem()s, comme si elle eût porté avec impatience de

rencontrer cet obstacle, elle s abaissa peu à peu, et lit retourner ses eaux dans elle-même. E|>idaure et toute cette contrée publient encore aujourd'hui ce miracle, et les mères le content à leurs enfants, alin d'en faire passer la mémoire h toute la postérité. Ainsi il se voit (|ue ce (|ue Jésus-Christ a dit h ses apôtres : Si vous avez de la foi, vous direz à cette montagne : Jette-foi dans la mer, et elle s^ y jettera, se peut accomplir au pied d(na lettre, [pourvu que l'on ait une foi égale à celle des apôtres. »

Comment une pareille puissance sur les éléments étoniierait-ele ceux (jui voient tous les jours le sexe et l'Age le plus faible dompter toutes les répugnances et tous les élans de la nature? Les passions humaines sontel'es donc plus faciles à réfréner que la mer? Ecoutons encore saint Jérôme, «fans l'éloge de sainte Fabiole :

« Ueprésenterai-je ici sur ce sujet les divers maux qu on voit arriver aux hommes? Des nez coupés, des yeux crevés, des pieds h demi brûlés, des mains livides, des ventres enllés, des cuisses desséchées, des jambes bouffies, et des fourmilières de vers sortir d'une chair à demi mangée et toute pourrie ? Combien a-t-elle elle-même porté sur ses épaules de personnes toutes couvertes de crasse et languissantes de jaunisse I Combien de fois a-t-elle lavé des plaies qui jetaient une boue si |)uante (jue nul aulre n'eût pu seulement les regarder ! Elle donna t de ses propres mains à manger aux pauvres, et faisait prendre de petites cuillerées de nourriture h des malades prêts à expirer.

« Je sais qu'il y a plusieurs personnes riches et fort dévotes, (pii, ne pouvant voir de tels objets sans soulèvement de cœur, se contentent d'exerc( r par lo ministère d'autrui semblables actions de nii>éricorde, et qui font ainsi avec leur argent des charités (lu'elles ne peuvent faire avec leurs mains ; cerles, je ne lesblAme pas, et serais bien fâché d'interpréter à inlidélité cette délicatesse (le leur naturel; mais comme je pardonne à leur infirmité, je [)uis bien aussi par mes louanges éleverjusque dans le ciel celle ardeur et ce zèle d'une Ame parfaite, puisque c'est l'elfet d'une grande loi de surmonter toutes ces peines. Je sais de quelle sorte, [)ar un juste cliAliment, l'ôme superbe de ce riche vêtu de pourpre fut condamnée pour n'avoir [las traité le Lazare comme il devait : ce pauvre (pie nous mé[)risons, que nous ne daigiujns pas regarder, et la vue du(picl nous fait mal au cœur, est semblable h nous, et ses maux pourraient être les nôtres. Soyons donc pour lui comme nous voudrions alors (lu'on fût pour nous. »

C'est une chose admirable de voir, dans le caractère de saint Jérôme, lutter l'anliquo A[)reté romaine avec la mansuétude chrétienne. C'est un combat s[Mriluel ({ui nous rappelle la lulie de Jac<)b avec l'ange. Dans sa lettre nu diacre Sabinien, il tonne, il menace ; puis il s'arrête et dit avec un mélange damertume et le charité : « Te voil.^ mainten.uil à mes pieds, et lu me demandes grAcc

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PERES

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romine si j'étais un bourreau (veniam san- (juinif) ; je t'ai pardonné, je l'avoue ; que j)uis-je faire autre chose, moi chrétien? » Dans le passage que nous avons cité, où il excuse sainte Paule de ses tristesses excessives à l'occasion de la mort de ceux quelle aimait , il s'excuse en quelque sorte luimême d'avoir pleuré cette grande sainte, lui dont les yeux s'étaient desséchés dans la prière et dans les veilles. En écrivant la Vie de sainte Marcelle, il éprouve, oserons-nous dire en parlant d'un si grand homme, une sorte de mauvaise honte de tant parler à la louange d'un sexe si méprisé et si avili par l'ancien monde, mais que le Fils de Marie venait d'appeler à tant de gloire.

Quelque lecteur sans piété se rira peuf- (''tre, dit-il, de ce que je m'arrête si longtemps à louer des femmes ; mais s'il se souvenait de celles qui ont accompagné notre Sauveur et l'ont assisté de leur bien, s'il se souvenait de ces trois Maries qui demeurèrent deboutaupieddesa croix, et particulièrement de celle Marie-Madeleine, qui, à cause de sa vigilance et de l'ardeur de sa foi, a été nommée une tour inébranlable (1), et s'est rendue digne de voir, avant môme aucun des apôtres, Jésus-Christ ressuscité, il se condamnerait plutôt de présomption qu'il ne m'accuserait d'extravagance lorsque je juge (les vertus, non pas par le sexe, mais par les qu:ilités de l'Arne, et que j'fstime qu'il n'y on a point qui méritent tant de gloire que ceux qui, pour l'amour de Dieu, méprisent leur noblesse et leurs richesses : ce (jui fit que Jésus-Christ eut une si grande affection pour saint Jean l'Evangéliste, lequel étant si fonnu du pontife, h cause qu'il était de bon lieu, ne put néanmoins être retenu par la crainte qu'il pouvait avoir de la malice des Juifi, de f-iire entrer saint Pif-rre chez Caiphe, de demeurer seul de tous lr-sapôlr(,vs au nied de la croix, et de j)rendre f)our mère rcAhi de notre Sauveur, afin f|u'un lils vierge reçrjt une mère vierge, comme la succession de son maître vierge. »

Le récit qu'il fait de la mort de sainte Panle est admirablf, (;t respire cetlo grande mélancolie plei ne d'éteinellesfsiiéranccs, qui '•st le caractère dominant de l'éiofpienci; des Pèes et de toute la littérature chrétierme nourrie de l'Kcrilure sainte. Il cotiunence par des réflexions qui rappellent les paroles tristes de rKcclésiasle :

« Combien notre naturr; est-elle faible et fragile, puisque si la foi que nous avons en Jésus-Christ tu- nous élevait v<;rs le ciel, et s'd n'avait rendu notre âme immortelle, uo^ forps seraient de même conffitirxi rpjr; ceux des bêles? On voit mourir d'une même sorte le juste *-i Jimpif, b; vrrliietix el le vicieux, le pudifpie el j'imiiudique, celui qui offre d»s sacrifices et c»iui qui n'en olfi <; I oint, el l'homme de bien c/)fume b; mérhanl, le f>la''[)bémalf;ur comme cflui rpii <ibl»orre les sermrtnls; el les hommes conum;

(\) Il fail allusion a» mol lU: M:i(lcl«'iric (|iii en U,-. Urcti »ignili« lurrua, forlilii-r lic tours.

les botes seront tous réduits en cendre et en poussière.

« Mais pourquoi m'arrôtai-je , et fais-je ainsi durer encore davantage ma douleur en différant de la dire? Cette femme si prudente sentait bien qu*elle n'avait plus qu'un moment à vivre, et que tout le reste de son corps étant déjà saisi du froid de la mort, son âme n'était plus retenue que par un peu de chaleur qui, se retirant dans sa poitrine sacrée, faisait que son cœur palpitait encore ; et néanmoins, comme si elle eût abandonné des étrangers afin d'aller voir ses proches, elle disait ces versets entre ses dents : Seigneur, j'ai aime' la beauté de votre maison et le lieu où réside votre gloire. Dieu des vertus, que vos tabernacles sont aimables ! Mon âme les désire de telle sorte que l'ardeur quelle en a, fait qu elle se pâme en les souhaitant; et j'ai mieux aimé être la moindre de tous en la maison de Dieu, que de demeurer dans des palais avec les pécheurs. Lorsque je lui demandais pourquoi elle se taisait et ne voulait pas répon.re, et si elle sentait quelque douleur, elle me disaiten grecque nuliechose ne lui donnait peine, et qu'elle ne voyait rien que de calme et de tranquille. Elle se tut toujours depuis, et ayant fermé les yeux comme méprisant déjà' toutes les choses rnortelies, elle réj)éla jusqu'au dernier soupir les mêmes versets, mais si bas qu'à pei'ic les pouvions-nous entendre, el tenant lo doigt tout contre sa bouche, elle faisait le signe de la croix sur s, -s lèvres. Ayant perdu connaissance et étant à l'agonie, lorsque soit âme ht le dernier effurl pour se détacher de son corps, elle changea en louanges de Dieu ce bruit et ce râlemenl avec lequel les iiommes ont accoutumé de finir leur vie. Les évêques de Jérusalem et des autres villes, plusieuis |)rêtres et un noralire infini de diacic.s étaient présents, et des troupes de solitaires rt de vierges co;isacré(;s à DieU remplissaient tout son monastère. Aussitôt (jue cette sainte ànie entendit la voix de son époux qui l'apfielail et lui disait: Levez-vous, ma bien-aimér, qui êtes si belle à mes yeux ; venez, ma colombe, el hdtez-vous, car l'hiver est passé, et toutes les jftuies sont écoulées '('ant. u). Ell(! lui réj)ondil avec joie, : La campagne a été vue couverte de /leurs ; le temps lie la moinson est arrivé (Ibid.), el Je crois voir tes biens du Seigneur <lans ta terre des vivants (l'sat. xwij.

Après le ré il des funérailles de la sainte, saint J'TÔuie adress • enees lernu-s dr-sconsolalioiis à la vierge l']u.-.lo(pn(;, fille de sainte Paule:

" Ne vous mettez en peine do rien, Euslo- (plie; vous avez bérih- d'une très-grande et Irès-riche succession ; le SeigiKiur est votre partage, et ce, (jui vous doit encore combler de joie, c'est (pje voire sainte mère a été couronnée [lar un long martyre : car c(! n'rsst pas seiilemrîiit ]f s iiig (pm l'on verse pour la confession de la foi (pii fail les marlyis, mais l(!s servic,(!s d'u i amour pur el sans laciK! fpi'iiiK! âme (lévol(î rend h Dieu, passe il pour un maifyre continuel. La ( (^u-

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lonne des promiors est composf^o de roses cl do violettes, et celle des ilciniers est laite de lis : c'est poiiniuoi il est écrit dans le C.anti'pie des eanticuies ; Celui que j'aime eut hiiinc et vermeil, attribuant ainsi h ceux qui sont victorienv dans la paix les miînies rélompenses cpi'h roux ((ui le sont dans la guerre.Votre excellente mère entendit comme Abraham Dieu (pii lui disait : Sors de ton pays, quitte tes parents, et viens en la terre une je te montrerai ; elle l'entendit Ini ilire par Jérémie : fuis du milieu de liabylone et xauve ton (Ime : aussi est-elle sortie de son pays, ct.ins(prau j(uir de sa mort n'est point reiourni'C dans la Clialdée : /s7/e na point regretté les ognons ni les viandes de l'Egypte; njais étant accompagnée de plusieurs troujies de vierges, elle est devenue ciio» enne de la ville éternelle du Sauveur ; et étant passée de la petite Betliléliem dans le rovaume céleste, elle a dit à la véritable NÙémi : Ton peuple est mon peuple, et ton Dieu est mon Dieu.

n Etant louclié do la môme douleur qui vous allligc, j'ai dicté ceci en deux nuits, parce que toutes les fois que j'avais voulu travailler à cet ouvrage, comme je vous l'avais promis, mes doigts étaient demeurés iunnobiles, et la plume m'était tombée des njains, tant mon es|)rit languissantsc trouvait sans aucune forci; ; mais ce discours si mal jK»li et sans ornement de langage témoigne mieux qu'un plus éloquent quelle est mon extrême alfection.

« Adieu, grande Panle, que je révère du plus profond de mon Ame ; assistez-moi, je vous supplie, par vos prières, dans l'extrémité de ma vieillesse ; votre foi jointe h vos (euvres vous unit h Jésus-Christ, et ainsi lui étant présente il vous accordera plus tôt «e ijue vous lui demanderez. »

On ne se lasse ooint de relire et d'admirer ces pa,^«'S si [ileincs de foi , d'espéi-anciî i't de saint amour. (Juelie suavité de poésie (ia-is ces pensé(!s du ciel, où les lis, les roses et les violettes d'un éternel printemps doivent couronner les fronts si calmes et si purs des saintes vierges, des chastes épouses et des vtnives lidèles ! Quelles images .saintes, qu(>lles affections grandes et d'u-ables I (^innnent peut-o \ , avec une inlelligiMicc cl un cœur, être a^sez malheureux pour ne pas trouver vrai ce (pii (st si beau, seuleujent [)arce que c'est bi-an 1 Qui pourrait lire, sans être attendri jnsipi'aux larmes, la vie de saint Jean l'Aumônier, cet évèqiie (pii poussait la (;haril('' et la mansuétude jusqu'il des excès sublimes? Iri le narrateur n'est plus le m.Mne. La vie do saint Jean l'Aumônier est écrte par saint Léonce, évèfjue de Na[>olt en r.h\ pre ; mais l'esprit de Dieu est le même partout. Citons seulement un trait de cette vie adiniral)|e.

Saint Jean avait <h^ punir par l'excommunication lieux clercs scandaleux de son liglise; l'un d'eux se soumit, mais l'autre, qui était corronq>u au fond du cu'ur et qui ne se souciait pas de venir h l'értlise, protesta coiure rc\conmiuni.;al'on, et si» repan-

dit en invectives contre le saint évé(pie.

« On rapjiorta donc au saint que cet homme , [)ar le ressentiment de l'injure (piil croyait avoir reçue, continuait dans sa mauvaise volonté vers lui ; mais ce véritablement bon pasteur, qui avait toujours dans l'esprit cette parole de l'Apôtre : Lequel d'entre vous peut être malade sans que je le. sois aussi ? et celte autre : Vous qui êtes forts, <fles obligés de supporter les infirmités de veux qui sont faibles, voulut le faire venir et lever l'exconimunication , a[)rès lui avoir fait une remontrance telle qu'il la méritait; car il voyait bien (pie h; loup infernal voulait dévorer cette brebis ; mais il arriva, par la conduite de Dieu, que chacun ayant su (pie le patriarche ne se souvenait point du mal qui lui avail été fait, il oublia d'envoyer quérir cet homme et de l'absoudre.

« Le saint jour de dimanche étant venu, lors(pi'il était h l'autel pour olfrir le sacrifice non sanglant, et le diacre ayant quasi achevé l'oraison générale , et étant urôl ii lever le saint voile, cet ecclésiastique lui revint en l'esprit, et aussitôt se ressouvenant de ce précepte de Notre-Seigneur : Si lorsque tu es prêt à ofj'rir ton présent à l'autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton présent, et ce qui suit, il dit au diacre de recommencer l'oraison, et après l'avoir achevée, de la recommencer encore jusqu'il ce (ju'il fût de retour, feignant ({lie quel(|ue nécessité l'obligeait de (piilter I autel. Klant allé dans la grande sacristie, il envoya vingt de ceux ([ui étaient en semaine ciiercher le clerc d(; mauvaise vie, sa chaiité le poussant, comme un vrai pasteur qu'il était , de retirer celle brebis de la gueule du lio i ; et Di(;u, qui ne peut rien refuser aux désirs de ceux qui le craignent, lit (jn'on trouva cet homme ii l'instant même. Klant arrivé et reconnaissant la vérité, le (tatiiarche mit le premier les genoux en terro et lui dit: Pardonnez-moi, mon frère. Co clerc voyant ce vénérable vieillard prosterné ?i ses pieds, et redoutant la majesté épisco|)ale et la vue de tous c(>ui qui se trouvèrent (présents ; mais craig lant encore davantage le jugement de Dieu ([ui le faisait trembler de frayeur que le feu ne descendit du ciel h l'heure même pour le consmner, il mil aussi les genoux en terre, et demanda pardiui et miséricorde ; sur (pioi le [latriarche disant : Dieu nous veuille pardonner h tous ; ils se levèrent et entrèrent en réglis(>, où ce clerc, tout transporté do joie, servit au saint autel, et se tr<iuva en ('•tat de dire h Dieu avec une conscience pure: Pardonnez-nous nos fautes comme nous pardonnons â ceux qui nous ont offensi's. l'A depuis ce jour ce leetour eut un tid seiiliment de ses fautes et vécut dans une telle pureté, (ju'il mérita d'être ordonné piêlr(\ »

Le même saint Jean l'Aumônier avail été cruellement olftmsé par un sénateur. « Il en fut ( ontrislé d'abord ; mais eiilin ccl homnio si jirsie dit en lui-même : On ne doit point se inellre «m colère ni sans raibon ni avec

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raison : et sur les onze heures il envoya un archiprôtre, accompagné d'un clerc, dire de sa part au sénateur celte parole si mémorable : Le soleil est près de se coucher. Nicétas ne l'eut pas plutôt entendue, qu'il en fut si extraordinairement touché, que, comme s'il eût été embrasé du feu divin, il ne pouvait supporter l'ardeur qu'il ressentait dans son cœur, et tout fondant en larmes il alla aussitôt trouver le saint, qui lui dit : Vous, soyez le bien-venu, ô véritable enfant de l'Eglise, qui avez si promplement obéi à la voiï de votre mère. Ils se mirent ensuite à genoux l'un devant l'autre, s'entr'embrassèrent, et puis s'assirent. Alors le patriarche lui dit : Je vous assure que si je n'avais reconnu que vous étiez extrêmement en colère de cette affaire, je n'aurais eu garde de manquer à vous aller trouver, sachant que Notre-Seigneur allait lui-même par les villes, par les châteaux et par les maisons pour visiter les hommes. Tous ceux qui l'entendirent parler de la sorte furent édifiés et remplis d'admiration de son humilité, etNicétas lui réf)Ondit : Je vous proteste, mon l>ère, que je n'écouterai jamais de ma vie les discours de ceux qui me voudront engager dans des contestations et des disputes.

«f On rapporta m jour à saint Jean l'Aumônier qu'il y avait un ecclésiastique qui, conservant en son cœur une inimitié contre un certain homme, ne voulait i)as se réconcilier avec lui ; sur ([uoi s'étant enquis de son nom, et quelle dignité il avait dans l'Kglisc, il apprit le lendemain qu'il s'appehnt Diimien et qu'il était diacro. Il commanda à l'archidiacre rie le lui montrer rpiand il viendrait à l'Eglise ; fl \i; jour suivant, qui él.iit un dimanche, Daniien étant venu à la station, l'archidiacre h; montra au patriarche, qui était monté à l'autel à cause de cette seule affaire , sans avo'r dit à |»ersonne quel était son dessein. Comme Daniifn vint <'i son rang pour recevoir la s.iinle communion, le sairjt lui prit la main et lui d t : Allez auparavant vous réioncilier avec votre frère , et ajirès avoir oubli"; lanimosilé que vous avez contre lui, vrn'z [lour recevoir dignement les myslèn-s de Jésus-(;iirist, rpii so-it purs et sans aucune lach»;. D.unicn n'osant contester avec lui en présence de tant d'ecclésiastiques, et firinci{»aleiiienl en un lieu si saint et en une heure si terrible, lui [(roiiiit d'obéir, et alors il lui donna la sainte communion. Depuis ce jour, non-seulement tous les ecclésiastiques, mais aussi tous les laïque», se i^nrdaient avec soin d'avoir de la mauvaise volonté contre personne , crai- Ufiarit qu'il ne Ic-s confondit et ne les hurni- Ii/it <j)UiitKi il ovail fait ce diacre. »

Vu aubergiste d'Alexandrie nvnil offensé le neveu du saint prélat , qui n'en plaignit naièreriienl à ton orii.lo. » S.unl Jean oior-H s'éerirt : K.Hl-d possible rpi'ij y ail en fpielqu'un ni hardi que d'ouvrir la boiiilM; pour vou« offenser? Assure/.-vons, mon lils, sur U parole que vous en fJorine votre (lère, que je ferai aujourd'hui une chose qui

remplira d'étonnement toute la ville d'Alexandrie.

« Voyant que ce remède avait fait l'efifet qu'il désirait, et qu'il ne restait plus de tristesse dans l'esprit de son neveu, sur ce qu'il s'imaginait sans doute qu'il agirait contre celui qui l'avait outragé, et le ferait fouetter publiquement et traiter avec infamie , il lui dit en le baisant : Mon fils, si vous êtes véritablement mon neveu , préparez-vous plutôt à être fouetté vous-même , et à souffrir toutes sortes d'injures de qui que ce soit ; car la véritable parenté ne dépend pas de la chair et du sang, mais delà vertu qui en est Tàme.

« Il envoya quérir en même temps VoiTicier qui était établi sur tous les hôtellicrs, et lui défendit de ne plus recevoir à l'avenir de celui-ci aucun droit, tant de ceux qu'il lui devait en particulier que de ceux qu'il devait à l'Eglise, ni même le louage de son hôtellerie , qui en dépendait aussi. Chacun fut touché d'étonnement de cette action, qui témoignait que rien n'était capable déniouvoir son extrême patience ; et on comprit alors ne qu'il avait voulu dire par ces paroles : Je ferai aujourd'hui une chose qui remplira d'étonnement toute la ville d'Alexandrie, puisque non-seulement il ne chAtia point cet homme comme il le méritait, mais au lieu de le punir, il lui fit du bien, »

Dans quels historiens de l'antiquité païenne chercherions-nous des trails semblables?

Quel poète a jamais exprimé des sentiments plus élevés, un héroïsme plus sublime et avec aussi peu de faste 1 Comment la religion chrétienne , rien qu'avec de pareils exemples, n'a-l-elle [)as conquis tous les esjtiits et tous les cœurs? Quelle philanthropie pourra jamais êlre |)lus généreuse et plus tendre? Que parle-t-on de progrès?

Est-il donc un progrès possible après do pareils sentiments et de pareils actes? Hélas ! combien no, sommes-nous pas déchus, au lieu de nous élever plus haut 1 Que peut désirer l'Eglise, sinon de j)areils pasteurs? Est-ce l«i ce que les ennemis de la religion poursuivent sans cesse sous le nom de jésuitisme ? Nous n'en savons rien ; mais ce que nois savons bien, c'est rpie cet esprit des vrais chrétiens des premieis siècles est encore l'esprit des vrais catholi(jues d(5 notre lemps ; les hommes et les empires ont changé; depuis saint Jérôme et saint Jean d'Alexandrie ; mais l esprit de l'Eglise est toujoiiis le même.

Quand nous admirons la poésie do ces récits, nous ru; ((retendons en aucune manière les com[)nreraiJx lictions des f)oëles ; iifjus voulons dite simplement (pi'ici la réalilé .^'éleve jusrpi'aux liiniles possibles de ridè.il, en sorte que l'invention des plus grands po(;les ne pourrait ni surf)asser, ni iiièiiie égaler ce rpie des hommes modes;e.s racoiilent sans prélenlion aucune h l'imagination ou il la création poétique. En vie do Siunle Marie d'E;',yple , par exemple, surpasse en inléi<M les récils les plus nierveill'.'ux qu on puisse trouver dons les romans

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anciens cl modornes, ou ni(>iiic dans les contes orientaux. Cette main invisible qui repousse la courtisane lorsqu'elle veut entrer h régliso, et tant d'annces après cette rencontre dans le désert d'un cor|)s pres- (]ue spirilualisc qui fuit devant l'abbé Zozime, celte narration dans la solitude, cetto communion antuielle , cette mort miraculeuse, tout cela transporte nos esprits au delh de ce monde ; il y a dans toute cette histoire quelque chose d'étrange et do merveilleux (jui ne ressemble à aucune des inventions humaines. Cette vie angélique dans des corps mortels a été l'aspiration constante du christianisme , et plusieurs m}sti({ues l'ont réalisée sur la terre ; mais c'est aux Pères du désert que nous en devons en quelque sorte la révélation et la découverte.

Qui n'a senti dans son Ame le besoin du recueillement et de la solitude, et, en présence des grands spectacles de la nature et de l'immensité , qui n'a désiré dans son cœur d'en jouir seul à seul avec Dieu dans une extase d'adoration qui durerait autant que la vie? L'éternité est comme l'abîme qu'on regarde d'une grande hauteur ; elle a une voix intime qui nous appelle, un vertige qui nous attire. L'Ame qui se penche pour puiser à cette source inliuie est l)ientùt entraînée comme le jeune Hilas dont parle la fable, et se laisse tomber avec amour dans Je gouffre.

L'écrivain de notre temps qui sentirait le mieux toute la grandeur de cette littérature des Pères du désert, si la pédanterie de l'égoisme et le froid sensualisme de l'orgueil n'avaient faussé son esprit et son cœur, George Sand a osé dire que les histoires dont nous nous occupons ici sont des romans dangereux (jui exaltent outre mesure les forces de la volonté humaine. Quand donc les malheureux adorateurs d'eux-mêmes comprendront-ils la toute-puissance de l'abnégation ? Quand donc les profanateurs de l'intelligence divine cesseront-ils de juger ce qui doit les juger eux-mêmes un jour, et do i>lasj»hémer ce qu'ils ignorent ?

Le traducteur de ces belles légendes, dont les pensées sont plus sages et plus chrétiennes, pense au contraire (pi'on ne saurait tiop reproduire le récit de tant d'admirables exemples : « C'est ainsi, dU-il, (pi'après le VIII' Siècle, lors(pu!la langue latineconunença .V n'être plus d'un usage coiumun, les ()rèlres calholiiiues, voyant les fruits de |)iété et do grAce (jue ces admirables vies produisaient dans les esprits, les traduisirt'ul en arabe avec IKcriture sainte et les livres de la Cité (te IHfu de saint Augustin : car, comme le leu n'est jamais si nécessaire (juo dans la violence des plus rigoureux hivers, ai-isi les exemples des grandes et exiraoni inaires vt'rtus ne sont jamais plus utiles (pie lorsque tout le mor.de est nieui de grands vices. VA quoique ces exemples lu' soie:)! (tas de persotiiH's vivantes, mais moitesuepuis i.iiUdo siècles, néarimoujs, connue les reli(|ues do k.urs corps, bion quo réduits eu (cndre,onl

encore une vertu divine qui fait des miracles, et que leurs portraits mc'me servent quelquefois, par la grAce do Dieu, à la conversion des pécheurs , aussi l'histoire de leur vie sainte , qui est l'une des plus précieuses reli(iues qui nous reste d'eux, et rinçage de la beauté de leur Ame qui est immortelle , peuvent attirer les bénédictions de Dieu dans i'es()rit et dans le cœur des h>cteurs par la vertu que le Saint-Esprit a im{>rimée sur ces anciens et merveilleux ouvrages de sa grAce, et par la j)uissance de rintercessiou de ces grands samts [)Our ceux qui les invo(iuent en lisant leurs vies.

« Mais connue l'utilité de ces illustres exemples était très-grande, il a plu h Dieu, qui est le Créateur et le Rédempteur de l'un et de l'autre sexe, d'avoir autant d'égard au bien du plus faible qui a enfanté le Sauveur du monde, qu'à celui du plus fort et du plus noble, et de rendre des filles, des femmes et des veuves aussi admirables par leur vertu que les plus grands saints, en leur inspirant par le môme Saint-Esprit le même esprit do solitude, de pauvreté et de pénitence, comme saint Chrysostome, saint Jérôme, saint Augustin , et le bienheureux Théodoret l'ont remarqué particulièrement.

« Il y a lieu seulement d'adorer la providence et la conduite de Dieu, qui a voulu f;iire faire des choses si extraordinaires et si merveilleuses h ces anciens Pères des déserts dans leur vie toute pénitente et toute céleste, que les fables et les fictions de l'esprit humain n'ont pas été si loin que leurs véritables et divines actions; et qu'ainsi que l'art de la peinture n'a point de couleurs assez vives pour représenter la lumière du soleil et les beautés de tant d'autres miracles de la nature, de même l'imagination de l'homme n'a pas eu assez de force ni d'étendue pour tracer seulement une idée de ces vertus surnatiKellcs et de ces chefs-d'œuvre de Id grAce. Il a voulu que, comme le mystère de rincarnalion de son Fils n'est point entré dans l'esprit de l'homme, de même ce grand etlet de ce graml mystère, savoir ce changement ineffable d'ime vieille créature en une nouvelle, et d'hommes terrestres en honunes célestes, fiU au delà des pensées humaines; et (pi'ainsi (juc les dons de la gloire (piil a préparés pour ceux qui l'aiment sont incompréhensibles aux honunes, ainj>i les dons de la giAce (pi'il a départis à ceux qu'il a tant aimés (pie de les ravir tout viva its au monde , lequel n'en était pas digne, pour se les réserver à lui seul en les menant dans ces solitudes où lui seul parlait à leurs C(Piirs, et les reu'lait les tem(iles do son Saint-Esprit et les organes de sa puissance, surpassassent la portée et la lumière ordinairedc la raison, etcussent hesoui d'être autorisés par les écrits de tant de témoins oculaires et irr('prochables j)Our on rendre les hommes fileiuemetu jtersuadés.

« Si donc il y a (piiKpio crauite de Dieu et (piehiue disceinement dans l'esprit do ceux qui s'amusent à lire ces malheureux romans où le démon s'est elforcé de faire un

PlERRli

POKSIE

art ingénieux et honnôle de la [)a sion île toutes la plus déshonnôte et la plus brutale, ft d'empoisonner l'esprit pour corrompre ensuite la volonté, jV-spère qu'ils chercheront plutôt un divertissement agréable et sérieux dans la lecture de ces histoires également belles et ilévotes, (|ue dans ces contes pri'fanes et ces illusions toutes païennes; qu'ils aimeront mieux des beautés naturelles et vivantes que des peintures mortes et des visages fardés; qu'ils préféreront la vérité à des fables, les miracles que l'amour divin a faits à ceux que l'amour impuditjue a inventés, et les grands et solides ouvrages de la grâce toute pure aux basses et vaines productions de la raison toute corrompue. »

PIERRE (saint). — Les deux Epîtres de saint Pierre sont dignes du prince des apôtres par la dignité du style, parla gravité des sentences et par l'autorité de leur morale. On n'y reconnaît plus le pauvre pêcheur de poissons de Boihsaïde : l'esprit de Dieu a transliguré le génie de Céphas, et la pierre brute qu'on foulait aux pieds sans la voir est devenue la pierre angulaire dans un édifi.ve impérissalfle.

« Et vous, dit-il aux chrétiens, vous êtes aussi les pierres vivantes de l'Eglise de Jésus-Ch:ist : [irr-nez donc pour base le fondement inébranlable qu'il a posé lui-même, et élevez-vous vers lui unis ensemble comme une maison spirituelle; achevez l'édidce do son sacerdoce royal, et faites resjdendir l'érlat de vos vertus, vous qu'il a trouvés dans les ténèbies et qu'il a d.iigné appeler à son admirable luniiére. luiposez silence i>ar vos bonnes aclionsaux calomnies del'ignorance » (/ Pelr. iij.

« Agissez commodes hommes lil)res, dil-il encore; rfiais n'iniitez pas c^-ux qui prennent la liberté corinne un voile |»our leurs vices : la vraie hbcrté est celle des servitfu:s de Pieu. Honorez tout le monde, chérissez la fraternité, «raig'iez Dieu et rendez des honneurs au roi » ' llnil.). Telle c-st en peu de mots tonte la f)ohliqiie de saint Pierre.

D'ttis la se<;r)Mde E[»ltre, le premier dfS souverains (»orilif<"> fulnnne contre les faux j»rf>phélcs les plus terrii)lfs condamnations, et sesparoles s'élèvent dans ce passa'v; <i uri(! yérita lie élo.im iice. il faut le voir peindre à fiçrarids traits ces r-sclaves des convoitises do la chair, contempteurs «h; l'autorité, audacieux, amourr;u\ d'eux-mêmes, rpii ne craignent i»as de causer |»ar i<;urs b'as[)hèti)es' des divisiotis dans l'héritage du Seigneur : « \j'.s a'igr-s, dit-il, ne se maudissent jamais les ufis W;<* autres, et ces honnues ne craiunenl pa«4 (!«• condamner <i jamais leurs fi/Mes. Ils s'en vo'il, connue <les animaux sans raisr>ri , donner rie ia tête d-ins toutes les effibOehcs de l'ignorance et du péché; cv qu'ils ne comprennenl pas, ils PoniragiMil, el n.H veulent p<'f ir fla-is Ir-ur corruj.lion.

• Ih se l'of)l payer h; salaire de leurs injiiMticcs; ils preiMie it pour la volupté les déliie*, les souillures ei les impuretés d'un jour, »*t ne .s'nssr^rienl que pour les déb.iutJi.,s 'I . la 'obk'.

« lis ont les yeux j)leins d'adultères et d'un crime perp(?tuel... Ce sont des fontaine^ arides, des nuages tourmentés par tous les vents, et qui seront enfin repoussés dans la région des ombres éternelles.

« lis promettent la liberté h ceux qu'ils séduisent et sont eux-mêmes les esclaves de la corruption : car n'est-on pas toujours l'esclave de qui vous surmonte et do ce qui vous mène? »

Grande et magnifique parole, oue les démagogues de nos jours devraient bien |)rofondément méditer. Sublime révélation do la vraie liberté qui durera plus longtemps que tous les sophismes de l'enfer et tous les ^ugis^ements des dresseurs d'échafauds.

Dans la dernière partie do son Epître , saint Pierre décide comme jiremier pape la grande question du jugement dernier, qui agitait les esprits à cette époi^ue. On pensait que l'heure en était prochaine, parce qu'on avait mal compris Notre-Seigneur lorsqu'il avait dit, en comparant les malheurs de la destruction de Jérusalem aux angoisses (hi dernier jour : Crtte générntion ne passera point que toutes ces choses ne soient accomplies. Saint Pierre confirme les fidèles dans la foi au dernier jugement; mais il les invile h n'en pas calculer l'époque, les avertissant do ceci : Que « mille ans sont devant Dieu comme unjour,))et que «l'heure du jugement universel sonnera à l'improviste pour tous les peuples de la terre. Les cieux alors passeront avec l'impétuosité de la foudre, et le feu dévorera les autres éléments; |)uis viendront d'autres cieux et une terre nouvelle oîi habitera la justice. »

Les expressions de saint Pierre sont fortes; son style, plus simple et plus calme dans ses mouvements riue celui de saint Paul , est énergique et coloré. Ses deux l*!pîlres sont courtes, mais cf)nlief)nent d'admirables principes df)nt toute la doctrine de l'Eglise n'est cjiu; 1(! développement et le commentaire.

J'IETÉ (LiviiKS DKj. Voy. MysTigi-Ks.

POEME. — Vu poëme, en gi'néral, est uno (euvrede poésie;. Ainsi lout(; com|)()siti(tn poétiqiu; est un pO('nu3. On doiniiî cependant })lus particulièrement le nom d(; poi-mes à des ouvrages régiilieis, de longue haleine, et divisés en plusieurs chants. {Voi/. P(u':sri:.j

J*Of<;SIE. — l'oésie veut dire créaiion, el en prenant et; mot dans sa srgni(i( atioii rigoureuse, il faudrait dire qui; Dieu seul est le })Oéte de l'élernité, dont les univers sont l'épO|tée irrunense. L'homme créé à son image est appelé 'i sentir les hariiioiiies de son o;uvre. J)ieu lui a douné iim; orirbri; de sa toute-puissance dans rimrneiisilé des aspirations et des désirs ipj il pcrnic't h cette nature immortelle. (>e que l'hom-me ne sait |)as il lui est donné de le pressentir, de le désirer et mêmi! de l'iinaginer. li'imaginatiou esl comiiM! un miroir spirituel m'i se rellèlo ririlinj. (l'est en réglant l'essor de rimagitiatiiiri [lar- l'instinct sacré des destirK'Os éternelles, que l'homme peut combler en idée les abim s ipii le séparent lîi; Dieu i>ar des créations qui seirddent êl.'t' les écliefoii'; lu-

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iiintiix de rikhoUc du Jacub. Le verbe hiimnin clicrrhe ainsi h exprimer et h i)eindro Kt f('>rondit('» du Verbe divin. La voix humaine se fait lY'clio do la voix divine. La po(''sie do Dieu est écrite sur les [)agos llambovantes du ciel avec des soleils |»our majuscules et des mondes pour ponctuation. Les harmonies des sphères sont le rhythme de sa parole, et l'homme a reçu de lui un sens intôrirur pour rentcndre. Ce <iu'il entend de loin à travers l'immensité, l'homme s'etl'orco de le répéter, et il accorde sa pensée à celle de Dieu comme un élève qui chercherait à reproduire les sons de la nmsicpie d'un grand maître. L'homme devient ainsi créateur à l'image de Dieu et cherche à expliquer le spectacle de la nature. 11 idéalise les beautés qui frappent ses sens, et s'élève h l'esprit par le sentiment des formes. C'est pourquoi l'on dit que la poésie est une imitation embellie de la nature. On pourrait la détinir aussi de cette manière : La poésie est l'expression humaine de la création divine; ou : la poésie est le sentiment des harmonies \jniverselles, exprimé par un langage harmonieux et mesuré. La poésie est donc essentiellement religieuse dans son origine et dans son essence. L'hymne et la prière ont dA ^Ire ses premières formes, elle ne saurait exprimer le désordre et le mensonge sans se perdre et se dégrader.

Le sentiment |)oétique est dans l'humanité un besoin universel et insatiable. 11 varie avec les Ages et les saisons de la vie humaine, soit dans les individus, soit dans les peuples. 11 subit les moditications dt>s climats, mais il se manifeste toujours. La poésie semble ôtre une tille du soleil et se manifester comme lui de l'Orient à l'Occidunt ; aussi la Grèce avait-elle imaginé (jue Phébus était le frère et l'inspirateur des Muses. La Bible, qui est l'épopée universelle, contient le commencement et la fin de toute poésie. Entie la (lenèse et rApocaly|>se il y a un esi)ace immense, où l'ombre d;; Dieu est assise dans lo temps, touchant l'éternité des deux mains.

La poésie sanscrite n'est f[u'uti retlet do celle de la Bible sous un voile souvent bi/.nrre d'alh-gories et d'apologues plus spécialement appni|)riés au génie merveilleux d(! ^ln(l(^La (iliinc et l'i^gyple avaient fait de la langue poéticpie une algèbn^ hiéroglvphi- «iiie dont l'ésolérisine gardait la ciel. La «irèce, dont h; génie touche à celui de la Bible par les hymnes d'Orphée, oublia bientôt l'idée pour la forme, (font (>lle poussa lo culte iusqu'.i l'idolAtrie. C'est ainsi que pour «'Ile I unité divine disparut dans la confusion des imagos, et (jue lo polythéismi^ na([uit d'une poésie enivrée d'elle-nu^uu', qui s'adorait ()ar[out où elle voyait se relléler son sourire ou s(( projeter son ombro.

Homère résuma celte [»oésio excessive ol se fit le conduiteiir aveugle des Muses égarées. La civilisation latine suivit et imita la civilisation grecque. Virgile vint après Homère; puis les oracles se lurent devant l'éttruellc vérité. La vraie et éternelle poésio

sortit de la Bible, comme un fruit d'une Heur, sous la forme des saints Lvangiles. Saint Jean résuma et conqiléta tous les prophètes. Le ciel et la terre furent changés ; l'é[)ée des barbares défricha le monde pour des semaill(!S nouvelles ; Charlemagne balaya cl son tour les barbares et posa sur leur base les colonnes de la société moderne : le |)onlilicat et l'empire, ces deux pouvoirs dont l"é(piilibre devait être relui du monde. L'œuvre de Charlemagne finit où eonnuence l'épopée du Dante, celte arche colossale de la poésie chrétienne, bâtie un peu avant les cataclysmes du grand schisme et de la réforme.

La poésie a trois formes successives :

lo le, répo[)ée et le drame. Tout se rapporte h ces trois genres. L'ode est comme la syllepse poétique; l'épopée est la synthèse; le drame, c'est l'épopée en action. Entre l'ode et l'épopée il doit y avoir toute une philosophie et toute une civilisation. Lo monde hellénique marche précédé par Orphée et suivi par le vieil Homère. L'un montre le chemin et règle le pas des nations avec sa lyre; l'autre fait passer devant lui les peuples comme un grand troupeau, et se sert de son bâton d'aveugle et de mendiant comme d'une houlette de pasteur. Euripide et Sopliocle viennent ensuite et jouent en tragédie les poèmes d'Homère, dont ils ne sont que les interprètes et les commentateurs. La poésie clirétieme a pour guide Moïse au lieu d'Orphée ; pour épopée elle a la Bible, dont le Dante, le Tasse, Milton, KIopstock et Alexandre Soumet, ne sont qu« les commentateurs. La passion d'un Dieu et la résistance de l'homme qui se damne malgré la rédemption sont ses grands drames. Le mystère ue la passion et le mystère do Faust marquent deux grandes é[>0(pies dans la poésie moderne, et symbolisent tour h tour la foi du moyen Age et la philosophie des siècles d'incrédulité.

Selon queliiues moralistes plus sévères que savants, la poésie ne serait que la surabondance île l'imagination exallée et le luxe en quelijue sorte de la nature déchtu' et condamnée h mourir. Pour eux la poésie chrélienni; est impossible, car trouver de la poésie dans les mystères de la foi, c'est les profaner : les réalités terribles de l'éternilé qui nous menace doiveiit épouvant(T et décourager tous les inventeiu's de lidions; la foi n'a pas besoin ((u'on l'amuse. Tout cela est vrai en un sens. Mais si le Saint-Es|)ril n'a pas dédaigné d'orner sa parole des plus grandes beautés littéraires, nous est-il détendu de les voir? Est-il «iéfendu h la médilalion d'honorer les saintes images qui représentent les mystères, et de représenter h notre esprit les scènes touchantes de Betliléhem et du Calvaire'.' La foi n'a [)as besoin qu'on l'amuse, sans doute, mais il faut l'instruire ou proportionner renseignement h toutes les intelligences. Or combien d'hommes pour arriver <\ la foi doivent y être attirés comme les enfants par rimagination et par le cœur? Lcspcrancc d'aiilours n'a-

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t-elle pas besojn d'être encourag«'0 et comsolée imr l'image des biens qu'elle attend, et la charité ne sait -elle pas parler toutes les langues, mais la langue poétique surtout, parce que c'est la langue de l'harmonie et de l'amour? Nier la poésie chrétienne, c'est nier un fait, c'est fermer les yeux à une splendeur, c'est refuser son cœur à une beauté existante. Il n'est plus question de savoir si la poésie chrétienne peut ou ne peut pas être; elle est.

Pascal, ce penseur trop sublime, qui devint janséniste parce qu'il n'avait pas la religion du cœur, Pascal, qui calomniait l'indulgence, ne croyait pas à la poésie; il n'y voyait que des accoujjlements de grands mots vides de sens, comme : fatal laurier, bel astre, à nulle autre seconde. N'avait-il donc jamais lu de poésie que dans Chapelain ou Scudéri? Etait-il incapable de comprendre Corneilie ou Racine ? Ce serait triste à supposer.

La poésie est dans la nature, la science en a fait un art, la religion en fait un culte et un enseignement. Lait poétique s'est formé d'après les exemples des premiers maîtres, et ceux-ci n'eurent pour guides que la nature et leur pro[)re génie. Aristote chez les Grecs et Horace chez les Latins ont composé des poétiques fort connues. En France l'art poéti- (jue commença par les rapsodics des chanteurs errants, dont les règles traditionnelles formaient ce qu'on a[tpelait alors la gaie science. Sous le règne de Charles VllI, un anonyme, conini seulement sous le nom de l'infortuné, [»ublia en vers un art poétifpie intitulé : Le jardin de plaisance et Fleur de rhétorique. Il y appelle la poésie une seconde rhéloriciue :

Ensnyvi/. f.iiit s^iri «'•lo<nieiicfi

Afin i|iir; l"uis|iirïtioii ,

I>«»ii tlf s<-<iini!(; rl)<'U»riqiio ,

El la rr'-\crl»iT.ilioii

De rifilliionfo coioricqiie

Dfî sfin r<"p;iril sci<Mitilu|iic

Donne la cltMC Tision.

La poésie donc, selon l'infortuné, est une éloquence insjiirée et [ilus vivement colorée. Ses préceptes sont boDS, niais son style n'est ni harmonieux ni clair. Pierre Fabry, curé de Méroy, composa \n-\\ de teinf)S a[irès ut publia, en l'i-'JO, Le grand et rrai art de pleine rhétorique, où, après avf)ir domié les précei)tes généraux, il indique dans un second livre « comment chacun pourra cf)m- |)Osi'r toute» sortes de dfscripliofis r-n rhy- JhrnfS,comnier|iants royaulis, ballades, ftgénérnlernent toutes sortes, lailhies an manière «Je composition. »

Plus d'- dix ans après, Thomas S> billet (Miblia [tour la première foi» un Art poétique françnin. Il y riivisage son suj(;l d'un ponit do vue très élevé. La pr>ésjr;, dit-il, a une origine corrwnune avec la vertu, r;'est-;i-dir<î qu rlle f»r»;iid naissance en ce [iiolVind abimo céleste où est la Divinité. Il disliri^ut; comiuk! MO«is la poésie de l'art fioétique. L'art, selon lui, n'est qiM- « l'écorc»! de la poésie, (pji i«.e<iiivrc »a naturelle sève cl son âme nulu-

reJlement divine. » Sybillet avait lu Horace et Virgile, dont il parle avec admiration, et cherche déjà à ramener la poésie française à l'imitation des anciens. Joachim Dubellay le suivit dans cette voie et proscrivit en quelque sorte la poésie des troubadours. Il renvoie aux jeux floraux de Toulouse et au puy de Rouen « les rondeaux, ballades, virelais, chant^royaux et autres épiceries, qui corrompent le goût de notre langue, et ne servent sinon à porter témoignage de nostre ignorance, v Nous ne parlerons pas des art poétique de Claude Boissière Daulphinois et de Jacques Pelletier du Mans, si ce n'est pour citer une phrase de ce dernier : « Les poètes, dit-il, selon le divin Platon, sont interprètes des dieux, quant iz sont an leur saincte fureur : car eus raviz et abstrez des pansemans terrestres, conçoevent les secrets célestes, divins, naturez e mondains pour les manifester aux hommes. »

Ronsard, le grand restaurateur de la poésie païenne, considère la haute poésie comme une théologie allégorique, proi)re à faire entrer dans le cerveau des hommes grossiers, par le moyen des fables, les secrets qu'ils ne pourraient comprendre par le secours seul de la vérité. Cette détinition aurait dû amener Ronsard à l'étude des légendaires ; car si les traditions sont exactes, le |)Oéte vandomois, si profane dans ses vers, était dans ses convictions un rude catholique, et fit à ses frais une guerre impitoyable aux protestants. Mais il ne sullit pas d'être homme de guerre pour bien comprendre tout ce qu'il y a dans l'enseignement catholique de touchant et de maternel.

En loT'i- parut VArt poétique de La Fresnay Va\iquf'l in, composé par ordre de Henri 111, devenu très-rare par suite du soin que les héritiers du j)oete a[)[)ortèrenl à en faire dis-

ftaraître les derniers exemplaires. Vauquein n'a guère f;«it autre chose qu'une a!n[»liliration de ré[)ître d'Horace aux Pisons, et a préparé les voies à la poétique de Despréaux, le dernier ouvrage didactifiue que nous ayons sur cette matière.

Le Père Budier, l'abbé Dubos, Réraond de Saint-Marc et (|uelques autres, ont commenté Boileau et y ont ajouté quelques amplifications tirées d'Arisïote. Mais personne n'a encore eu l'idée d'écrire une poétique exclusivement chrélieiuie. Nous n'aurons [»as la téiriérilé de l'essayer : non que les convictions, h; courage (!t les matériaux nous inarirpienl, m/iis parce que nous man- (pif)ii»^ nous-même de l'autorité convenable. Toutelois nrtus (ispérons avoir fourni dans <;e dictionnaire la plupart des éléments nécessaires h la corrqiosition d»; cettf; o-uvre importante. On doit sentir (|U<! ni Aristcjleni llor.icf! ui Despréaux même, leur imitateur et hnir dis<,i[»le, ne p(!uv«!nt imposf^r à la littérature de la Bible cA des légendaires leurs règles tirées d'lloiiièr«! et de Virgile. L'épopéc! de Dantf! échappe tellement h tontes les mesures d(! l'antiquilé, qu'il faut refaire les mesures ou condamner l'ieuvre.

Aussi Boileau n'en a-t-il fait aucuufl nicn-

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