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POESIE

héros ; et Virgile le comprit si bien, que, dans son enthousiasme pour le génie d'Auguste, il voulut sacrifier le fils de Vénus et d'Anchise au héros de Varius. Mais le génie du poète de Mantoue l'emporta sur l'étoile d'Octave ; d'ailleurs, n'éiait-ce pas Auguste que Virgde avait chanté sous le personnage allégorique d'Enée ? C'est ainsi que dans les tragédies de Racine, le Virgile de la France, on retrouve toujours Louis XIV sous le casc[ue d'Achille, sous la tiare d'Assuérus et sous le turban de Bajazet.

A partir de la promulgation de l'Evangile, l'épopée ne peut plus avoir pour héros un homme, car le monde a connu un Homme- Dieu ; elle doit passer, comme saint Christophe dans sa légende, de la cour du plus grand roi qui soit au monde au service du Roi des rois, en passant peut-être par l'esclavage du génie du mal. L'Antéchrist aura peut-être son épopée en résumant toutes les tendances de la littérature moderne, mais le Sauveur du monde aura la sienne tôt ou tard. La Divine Come'die de Dante, le Paradis peî'du de Milton, n'en seront que des épisodes. Cette énopée, un poète allemand l'a rêvée, car l'Allemagne devance toutes les réalités par la hardiesse de ses rêves. Klopstock a es(iuissé le poème de la ré(iem[)tion sur des [tiopoitions gigantesques, l'avenir le fera i)lus simple et plus complet. Alexandre Soumet, plus audacieux que tous les autres, a dépassé l'immensité du dogme catholique, et, dans une fiction dont il abandonne dailleuis l'audace à toute la sévérité des jugements ecclésiastiques, il a osé combler les gouffres de l'enfei', en y précipitant le Calvaire... : idée titani(pie d'orgueil , si elle n'était («as peut-être sublime de génie et de charité, du moins dans l'immense désir de [lardon (ju'elle révèle, et dans ses efforts malheureux pour exagérer le caractère miséricordieux de ce Sauveur (pie la pensée humaine, abandonnée à tous ses excès, suit dans le bien, soit dans le mal, ne |)Ourra jamais égaler ni décourager dans son amour.

J>anle a fait une somme de poésie plul(')t (pi'une vériiabb; épopée. Son livie est une sMilhèse plut(H divine qu'humaine; c'est le ciianlre de l'idéal.

Le Tasse et l'Arioste sont plutcjt d'ingénieux romanciers-poètes (pie des créatiMirs épi(pies. Milton est un vrai poi'le épirpie, parce (pi'il a p(.'rsoiinilié la révolution dont il était l'aveugle aixMre sous la ligure de Satan, et son poème du Paradis perdu a magnilifpiemeiil résumé l'éjKxpie pi'oleslante et (évoluti(Kinaire dans hwpielh.' nous nous déhaltoirs encore. KIojistock a prédit le it;l'mr de la laison révoltée et ses j)leurs au med de la croix, et a personnifié hj génie liiimain re|)entant dans cet ange dé(;hu (pii jileure sur le Calvaire, et (pie J)ieu doit régénérer au dernier jour, Abdiel Abaddonn, ce démon (pii aime Dieu sans ('spérai.ce, et (pji seul parmi l<!s esclav«î.s des enfers oso résister l\ Salaii. SouiiKît détrAne Satan luimême "t fait usurp(!r sou «lupiro par \\\\ homme (pu est rincarnalion du mal; mais

Il IN r.lOPUK

zeX Ar)lochi i-^l se l'nil ainsi l'antogonlsle du Sauveur nu poiul do [irovoquor un duel entre les deux incarnatiDiis opposi-es, <l dans ce (iuel le ninl est vaincu par lo bien : le (ilirist est crucilié une seronde fois dans les i-nfers et triomphe de l'Antochrist dans l'éiLTuilé, comme il av.iit triomphé dans le iL'inps de l'esprit du mal et de la mort.

Cette li( tion téméraire en théojoj^ie nous jetterait dans l'origériisme et dans le i)anthéisme de Zoro.istre, si le poète lui-môme n'avait d(Miiandé pardon pour les beautés li.'térodoies de son œuvre, et n'avait condamné d'avance tous les abus qu'on pourrait faire de ses gigantesijues inve itions.

-Milton a connnenté la (ienèse, Klopstock l'Kvangile, et Soumet l'Apocalypse : or ce soîU bien là les trois chants princi[)aux de la grande époi)ée biblique. Vienne un Homère chrétien cpii résume Milton, Klopsto(;k et Sotimet d.ms un poi-me de la rédeLuption, divisé en trois parties, comme la trilogie du Danle, et que dans son invocation d s'adresse au génie infaillible de la sainte Eglise universelle, dont le dogme seul S'To le guide et le frein de ses élans, alors les livres d'Homère et de Virgile ne seront plus (pie de beaux contes d'enfants, et le véritable poème épique des temps modernes se révélera [)ar une synthèse universelle !

Les légendes du moyen dge doivent être pour la poésie chrétienne ce que les rapso- (lies de la Grèce primitive oni été à la poésie d'Homère, et les chansons des {bardes aux romans chevaleresques du temps des croisades : les [)assions humaines soumises par la loi, ou même rebelles et cliAtiées ()ar la justice divine, |. cuvent en fournir l'élérncut dratnatiquc. La religion, comme son adorable fondateur, étant divine et humaine tout à la fois, sait allier aux plus inflexibles rigueurs les plus inellables tendresses. De là peuvent naître dans les caractères les contrastes les plus sublimes. Ne voir dans la religion, comme Despréaux, (luc l'enfer et la pénitence, c'est pousser le jansénisme j»resque jusiiu'à l'impiété, c'est séparer l'espérance et la charité de la foi. Lorscju'on dii, comme Hoileau, avec toute l'expression du dégoût et de l'ennui :

Ktquc! objol eiiliii .î présonirr aux vniv

yiie If (lial)io loiiJDiirs hiirlaiil toiiiie les ci<nn !

on est bien près de dire avec le persifTIage >ollairien de Marie-J()s(q)h Chénier :

Ah : vous parle/, «lu <li.il)lc ; il cal bien poéliiiiif !

J'aime ceux rpii craignent Dieu, disait .«i.iinte Thfrèse, mais je (trains ceux nui ont peur du oiable. el s.nnif Thérèse avait bien raison. (Voy. .Mkrviimi i x. Fiction, Ali.ÊfiOKiK. et, pour la poésie dramatiiiue, les articles MYST#:nK. et TnAGèoïK.)

PUOPUK D\j TEMPS (Saintsomces).- «Los nbsurdo.s rigoristes en religion, dit un des plulosophes du siè( le dernirr. ne connaissent pas IVffct des cérémonies extérieures sur le

nvofUL:

tii()

peuple : ils n'ont jamais vu noire a«ioratioi\ d(! la croix, le vendredi -saint ; l'enthousiasme de la mullitude à la procession de la Eète-Dieu, enthousi^isme (pii me gagne moimême quehiuefois. Je n ai jamais vu cette longue tile de prêtres en babils sacerdotaux, ces jeunes acolytes vêtus de leurs aubes blanches, ceinis de leurs larges ceintiircs bleues, et jetant des fleurs devant le Saint- Sacrement ; cette fouie qui les précède et (|ui les suit dans un sdencn religieux ; tant (î'iiommes le front prosterné contre la terre ; je n'ai jamais entendu ce chant grave el pathéliipie, entonné par les p êtres, et réfiondu atrectueusement par une infinité do voix d'hommes, de femmes , de jeunes tilles et d'enfants, sanscjue mes entrailles ne s'ea soient émues, n'en aient tressailli, et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. Il y a là-dedans je ne sais quoi de sombre, de mélancoli(iue. J'ai connu un peintre protestant (pli avait fait un long séjour à Rome, et qui convenait qu'il n'avait jamais vu lo souverain {»onlife ollicier dans Saint-Pierre, au milieu des cardinaux et de toute la prélature romaine, sans devenir catholique. »

Cet hommage rendu au culte catholique n'est pas suspect dans la bouche de Diderot, ()ui se faisait quelquefois l'enfant terrible desencycloi)édistes. ^Liis si la seule majestt'î des cérémonigs pouvait en imi)oser ainsi à son orgueilleuse raison, qu'aurait-il dit, (piels cris d'admiration n'eiU-il pas laissé échapper, s'il en avait pénétré le sens, et s'il avait médité la théologie profonde el la poésie sublime qui se révèlent et se développent si harmonieusement dans le cycle des saints olFices?

Nous avons dit (lue, au i)oinlde vue littéraire, la Bible est le grand poëme de Ditu, ayant pour sujet Dieu lui-même manifesté dans ses œuvres , el divisé en trois chants sublimes, (jui sont les trois grands mystères du christianisme. L'Eglise, dépositaire de ce livre divin, l'explique à ses enfants, et le dramatise en quehpie sorte dans un cycle annuel de solennités. Le culte chrétien, c'est le livre sacré mis en action; les otïices n'en sont (pie la distribution et le commentaire. Ce (pie Dicii a dit dans sa révélation tout entière, l'Eglise le répète, le chante et le représente dans la série complète des solennités (jui composent son année sainte.

Les premicMs chrétiens s'assemblaient dans la galerie de Salomon. «Saint Pi» rre et saint Jean, dit le savant abbe l'Ieiiry , allàuMit prier au temple à Ihi-ure do none. (]et exemple fait cnure (pi'ils obseivaitnit dès lors l(!s inêiues lunires ipie I Eglise a toujours gardées depuis. »

I^a division (\ns heures de la prière remonte donc h la plus haute ant^piité , et nous rappelle l'ancienne division du jour établie par les H(uuains. Ou ne célébrait pf)int les saints mystères dans le temple, uurt'v fjue l'on n'y aurait pas joui d'assez de liberté : on se retirait dans dos maisonr. particulières ; on y priait de iiou\eau ; on

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V rompait le pain, suivnnl rexjiress'on de l'Ecrilure; ou le distribuait aux Ikiùles ; et cette réunion fraternelle était habituellement suivie d'un repas, d )nt l'usage a fontinné longtemps sous le nom d'agapr, mot grec qui signifie charité.

Bans ces repas fraternels on faisait mémoire du Sauveur; et lorsque les persécutions eurent commencé, on y fit également mémoire des martyrs, spécialement le jour de leur anniversaire. L'usage dos anniversaires, déjà familier aux Romains bien avant le christianisme, amena la célébration d'agapes particulières eu l'honneur des princiDaux mystères de la Vie de Notre-Seigneur. L'autorité intervint et donna des règles universelles aux usages particuliers. Ces règles déterminèrent le choix des prières et des lectures à faire dans les assemblées chrétiennes, et on les appela liturgie.

Nous avons un autel, dit saint Paul dans son épître aux Hébreux ; chacun récite le psaume, écoute la lecture et V explication. Telles sont les lumières que nous fournissent les livres du Nouveau Testament sur les formes les plus antiques de l'office divin

On a attribué aux apôtres plusieurs liturf/ies : on cite crlles de saint Pierre, de saint Matthieu, de saint M;irc et de saint Jacques, dont nous avons déjà fiarlé. En 1589, un évêque de Gand , nommé Lindanus , ayant trouvé dans la bibliothèque du cardinal Sillet une liturgie manuscrite en grec et en latin, qui [laraissait fort ancienne, la lit imprimer à Anvers, avec des notes, et prétendit qu'elle était de saint Pierre. Il avouait cependant qu'on y avait fait iUts additions, mais il assurait qu'elles ne louchaient en rien aux parties essentielles de cette [lièce précieuse, et qu'elle était encore aujc/urd'hui telle que saint Pierre l'avait com[)Osée.

Mais il est facile de reconnaître nue cet ouvrage n'est qu'un mélange de la liturgie grecque et de la liturgie romaine; que le commencement en est tiré do la messe de faint Basile ; la f)réface et le canon, de la liturgie romaine. Il y est fait mention de f>ûinls qui ont vécu bien a(»iès saint Pierre, tr;ls que saint Corneille, le ftremifr des gentils qui reçut la foi, et saint T^yprien. Si saint Pierre a laissé une liturgie à ses successeurs, c'est un monument que les temps nous ont ravi.

Il en est fie môme de la liturgie attribuée ft saint Miitthieu ; elle [lorte des marques de <»upfK>sition trf»[» visibles pour qu'on puisse s'y ftrrf'.Ws : on y parb; «les trois juemiers conciles généraux ; on y cite le symbole du concile de Nicée.

Celle fpi on attribue h saint Marc ne mente gu^MC plus de confiance; cirlle fjui [lorte le nom de s^iiiit Jacques n'est pas sans quelque fliitorilé; elle est évidermneiit d'un aiitpnrtrés-anciefi.qiii (laile, cornine ayant cf>imu r»«T«or»fielleifieiil Notre - Seigneur. Proclus la leri/iit pour autlientirpie, malgré les mois do^uiatiquc.H d'iwovT»; et d': Oioti «f, qui ont

évidemment été ajoutés après les conciles do Nicée et d'Ephèse.

Ces liturgies primitives ne règlent que la célébration de la sainte messe, et ne parlent pas des saints oflices.

A niesure que le nombre des fidèles s'augmentait, ils se partageaient en Eglises, qui avaient chacune son évoque, ses prêtres, ses diacres ; elles communiquaient entre elles pour entretenir l'unité de la foi : les Eglises deRome, d'An tioche, d'Alexandrie, de Constantinople, devinrent les plus célèbres ; celle de Rome surtout, à cause de la primauté de saint Pierre.

On rendait un honneur particulier aux martyrs ; on les enterrait religieusement ; on élevait des autels sur leur tombeau , et l'on ajoutait aux prières de l'office divin leur éloge, ou le récit de leur vie ; on invoquait leur intercession auprès du suprême médiateur. De là sont venues les légendes que Ion a insérées dans les offices, et l'usage de ne consacrer aucun autel sans y déposer des reliques.

La multiplicité des Eglises, en introduisant quelques différences dans l'ordre , la forme et le nombre des cérémonies et des prières , donna lieu à diverses liturgies. Ainsi, l'on eut la liturgie de saint Basile, la liturgie grecque, la liturgie romaine, la liturgie gallicane, mozarabique; mais ces différences ne portaient que sur des pratiques et des rites indifférents; la forme essentielle était toujours et [)artout la même, à cause de cette tendance admirable h l'unité qui a toujours été et sera toujours le caractère le plus divin de la leliicion et de l'Eglise catlK)lirpie.

La bturgie de saint Basile s'est conservée dans l'Eglise grec(iue. Il y eut encore la liturgie romaine, celle de saint Ambroise, celle d<; l'Eglise gallicane et celle d'Espagfie, qu'on a nonnnée mozarabicpie, du temps do linvasion de l'Espagne par les Arabes ou les Maures.

1^1 liturgi»! romaine était In plus simple de toutf'S, mais (.-Ile élail aussi la filus a[)ostolique ; OU offrait h; sacrifice delà niess<î sur les tombeaux de saint Pierre cl de saint Paul ; on lï'y lisait (pi'une épître et un évangile ; le chant et les hymnes étaient sans ornements, les j)riéies mêmes paiticipaienl à celle simplicité ; la chaiité évangélifpio en faisait h; [»iinci()al caractère. « Nous adressons nos V(/'u\ à Dieu, » disait le pape Céleslin , « |)Our qu'il daigm- donner la foi aux infidèles, retir-er les idoMtJes de leur impiété, lever h; voile qui couvre les yeux des Juifs, ramener les hérétifpies, rendre à l'Eglise b;S scllismati<pl(^s , pardonner aux pénitents, ouvrir les portes du tiel aux caléciiumenes. »

(><! fut saint Jérôme (|ui introduisit h la lin des psaumes ïallcluiu , (pu; les Grecs avaient ado|>té (|e(»iiis longtemps. Le pap«! Damast;, voulant donner plus de (lompe aux odices (brins, consulta ce célèbre docteur, et le pria de lui envoyer la liturgie grecque pour en iuiilcr le chant cl en cxliuirc te

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