PI\0P1\E
PROPRE
qu'il croira l le plus |)ro|>ro h enrichir la litiiriiie <lc Home. Aussi la liturgie roniniin; est-elle nnpel/'O i\ réunir toutes les E;^lises cl à constituer l'utiitt' parfaite dans le culte, coninie le saiiit-sié;^e romain a toujours coiistilui' l'unité |>arf.iile dans la doctrine.
I.e culte, au moyen âye, subit quelques alléralioiis, et dut au génie enfantin des peupl(vs encore barbares desl-ndances |)lus pitloresipjes et pres(ju(^ tbéAtrales. Nous en iivons déj;\ parlé h 1 article Cérémonies, et d l'article Mystkrks , et nous avons montré comment le théAtre servit alors de supplément h la liturgie. Sans doute que la mode des représentations était poussée à l'excès en ce tenq)s-li>; mais s'il faut la juger par les eirets (ju'elle produisait, on devrait hésiter h la condamner. Ces cérémonies naïves, ces récils en drame, exécutés gravement et pieusement avec toute la pompe; des saints offices, étaient pour les simples un enseignement qui forçait l'attention, aidait l'esprit, se gravait dans la mémoire et rendait en quelque sorte toujours présents et acccssibies à tous les miracles et les mystères. Cette illustrntiov vivante; de la IJible était la plus émouvante série d'images ((u'ou pût otfrir aux yeux émerveillés du peiq>le. 11 voyait toujours présents devant lui les objets de sa foi, et se trans[)orlait au siècle des patriarchi.'s et des |)rophètes. 11 les voyait , il les corriaissait , il les entendait jiarler. Ils revivaient tous en la personne des prêtres de son Kglise, dont le sacenloce semblait remonter ainsi juseiu'au berceau des siècles. Ainsi, l'ar exemple, le jour de Noël, avant la messe, tons les chanoines de la ( athédralc de Uout'H sortaient en procession de leur cloître, et se rendaient dans la nef. Là, deux groupes r»'[)résentai(,'nl les Juifs et les gentils ; et deux jeunes clercs, revêtus de chapes , leur adressaient la paroh; et les exhortaient h reoruiaitre le mystère de l'incarnation. Les deux grou[)es d'incrédules faisaient des objections et refusaient de se convertir: alors les deux jeunes clercs ap|)elaient successivement les prophètes (pii avaient prédit la veinie de Jésus-Christ. Moise paraissait l(^ premier, en aube et en clisoe, avec une longue barbe et des cornes, tenant en main b-s tables de la loi, et de l'auire sa baguelle. Il chaulait : Vir pnst me renict. Venaient ensuit»; Aaron, Isaie, Amos, Jérénne et tous les [irophètes de l'-Vucien-Teslameiit , ([ui r('cilaie it des passa,j;es relatifs à la venue du .Messi(>. Deux ambassadeurs «le n,dac, roi des Moabites, appelaient llalaain : celui-ci, monté s\ir son .Inesse, lui ;etirnil la bride et la [ire>sail de léperou. Un jeune clerc, vêtu en ange, armé d'un glaive, s'opposait h son passage; un autre clerc, ca.hé sous l'Anessr, disait : l'nunjiini ntr frappes- tn? {Qni<l me pervulis 7 ) Que l'ai-je fait 'f i Qnid frvi (ihi / )
L'ange evh'irlait IJalaam h nvsister aux onlres du roi Balac, et les chanires linvilaicnt h prr)phéiis'r ; alors il disait : Oririur strlln e.r Jnrnh, rottsurfiel riri/n e.r Inrarl, etc.
Vc!.»aienl <;ll^uite i>avid , Zacliario , père
de sanil Jean - F.aplislc , sainte Elisabeth, saint Jean - Baptiste , Virgile, tenant en main son églogue Sicelidcs Mitsœ, h Sibylle avec son rameau d'or et ses trois volumes où était annoncée, dit-on, la naissance du giand monanpie pacili({ue. Chacu!i de ces personnages chantait un verset caractéristi(pie, j)nis la procession rentrait dans le cliienr, elle clergé entom-iit d'une voix éclatante : Parvidus natus est nobis.
C'est par ces figures bibliques qu'on résumait dans l'esprit du peuple les méditations (jue l'Kglisc lui avait suggérées pendant Pavent ; car tout le monde sait (pie li's quatre! semaines de l'avent représentent les cpiatre mille ans epje le monde a passés dans l'expectative du Rédempteur. C'était alors un temps de pénitence aussi sévère que le carême, el l'Eglise unissait ses laruics et ses soupirs h ceux des patriarches cl d<>s proj)hètes. Les grandes antiennes qu'on chante encore aujourd'hui pendant l'avent , et (lui expriment les désirs des justes, n'ont comm(;ncé h être en usage (pi'an moyen Age. (]es prières quoi appelle lesO, parce (Qu'elles commmencent tontes par un soupir 0 Adonm, 0 clnvis David , etc., se chanlaienl alors dans t')utes les églises avec une grande solennité , cl personne ne se dispensait facilement d'y assister el de chanter avecles autres.
On vO'it, dans jdusieurs bréviaires romains, qu'elles commençaient h la fêle do saint Nicolas, et duraient jusqu'à Noël. Le nombre en a varié de[)uis sept jusipi'à douze. Alcuin répétait souvent VO clavift David, auqiief il trouvait un charme particulier : il redisait encore cette prière trois jours avant sa mort. Rome avait autrefois nuit antie'uies (h; ce genre; le pape Pie V retrancha 0 Viryo virginum, dont la composilion lui seiiil»lait peu digne des autres.
Avant que les 0 se chanlassenl dans l'Eglise, les chanoines et les moines les récitaient da<is leur réfectoire. A CliAlou-sur- Sa(jne, l'évêque el le chapitre s'y rendaient en procession, chantaient l'antienne, et s«; metiaient à table : celle cérémonie fut supprimée en i(»2V. A Paris, les O se chanl.iieiu (ians la salle du cliajulre : on y joi- }~na.ii trois répons. l':n clerc versait ensuite du vin dans mu.* vaste» coU|>e de vermeil, cl les chanoines s'v riifraîcliissaient successive" ment. En loV.'i, celte distribulion de vin fui traiisforiiK e en rctiibulion d'argent.
Dans des temps on la pieté n'i'-tail jias toujours accompagnée du bon goiU, un vertueux ec( lésia>tique publia uu petit coiniiien'aire sur ces anliennes. el l'intilula la Moelle savoureuse des 0 de l'Aveul.
On a aussi, sur le même sujet, un ouvrag(» d'un vicaire de Saint-MiMlard nommé Tuei. et fier»; de ctîliii à epii nous devons les savantes Matinées sénnuaises.
A Rouen, Tours, Reims et quelques autres églises, on ci-lébrait. après les matines lie No.'l, la fête des pasteurs. On drossait dernèie l'autel u le cniche ; le clergé s'y rendait en l'roccssion, et amenait au célébrant
PROPRK
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déjeunes clercs déguisés en borjers. Il s'établissait alors un dialogue entre eux et le célébrant : Quid vidistis, pastores ? Ils répondaient : Infantein vidimus quem genuil puerpera, etc.
On voyait couché dans la crèche un joli petit poupon de cire, auquel les bonnes gens du peuple venaient apporter leurs ollrandes à l'imitation des pasteurs de Bethléhcm. Des enfants de chœur chantaient le cantique des anges, et les orgues faisaient retentir sous les voûtes de l'Eglise l'air du Gloria in excelsis.
L'époque où la solennité de Noël a commencé à être universelle dans l'Eglise est encore incertaine. Saint Augustin, dans une de ses lettres, parlant des lètes qui étaient célébrées par l'Eglise universelle, ne cite que la Passion, la Résurrection, l'Ascension de Notre- Seigneur et la descente du Saint- Esprit sur les apôtres ; il ne regarde la Nativité que comme une fête d'un ordre inférieur. Saint Jean Chrysostome la représente comme une très-ancienne institution. Quelques écrivains l'attribuent au pape Jules l", qui occupait le siège de Rome en 336, et que 1 Eglise a mis au nombre de ses saints. Il en fixa l'office au 25 décembre, pour l'oj)poser à la fête que célébraient les païens à l'occasion de la renaissance des jours. Les discours que l'on prononf;ait à cette fête avaient pour objet d'honorer no'i le retour des saisons, mais le Dieu tout-puissant, qui règle et gouverne l'univers. Oi était d'ailleurs persuadé que Jésus-Christ était né le 8 des calendes de janvier, époque où les jours commencent à croître, comme saint Jean-Baptiste état né le 8 des calendes de juillet, éfjoque où ils décroissent.
Pendant longtem[)S on avait été incertain sur ce fait. Saint (JléuK'nt d'Alexandrie lilait la naissance de Jésus-Chiist au l.'i mai, saint Epiphane au G de janvier. Saint Chrysostome, dans un discours au ()eu|)le d'Antioche, ra|)porte que ce n'était que depuis douze ans que l'Eglise d'Onent avait transie, é la fête de Noël au 2o décembre. 11 est lâiuiile d entrer à ce sujet dans des recherches étrangères h notre sujet.
Dès le.* temps les f)lus éloignés, cette fêle se célfbrait avec l/i i)lus grande [jonqte. A Homo, on chantait doubles matines ; les |)remières dans la cliajiclle ponlilicale : elles étaient suivies de la me->se, et le pape assistait à cet office avec ses élèves. Les secondes matines étaient i>oiir le peuple , et se célébraient dans léglise de Saint-Pierre. On changeait à chaque nocturne la décoration des aul' Is. Au premier, elle était 'in.re, pour indiq ler la loi de Moise ; au second, blaiiche, pour annoncer la révélatioi ; au Iroisiètne, rr>ugff, sigrjo de la ferveur des lideles et de la g oire de I Eglise.
L jnviliiloire était dans toutes les égli>e^: (lirinluH nalu.% ml. Les psiiuim-s de . haqiie nocturnr- répondaiefii tous a I objet de ceii ■ ($ra ide soleniiité ; c'était le (>ape lui-meinu qui lisait II der'iière le(;ori.
(^iielfjiies empereurs, t( |h que (Charles IV, au IreUM lue M^rlr, cl Frédéric III, au qua-
torzième, s'étant trouvés h Rome aux fêtes de Noël, réclamèrent l'honneur de lire la septième leçon, où l'on rappelle qu'il intervint un édit de César-Auguste. On les revêtit d'un surplis et d'une chape, et ils lurent la leçon, l'épée nue à la main. Sigisinond obtint le même honneur au concile de Constance, mais on le revêtit de la dalmatiquo de diacre.
Du temps de saint Augustin, les églises d'Afrique ajoutaient à l'oftice des hymnes composées par saint Ambroise. Quand l'usage des proses fut introduit, on chantait dans les églises des Gaules une prose ou une hymne après chaque nocturne. C'était ordinairement l'hymne A salis ortu, qu'on coupait en trois parties, une pour chaque nocturne. Dans quelques églises, on lisait quatre évangiles ; dans d'autres trois, mais particulièrement ceux de la généalogie.
A Paris, on chantait encore des vers attribués à la sibylle. A Narbonne, le diacre lisait la généalogie, la mitre en tête. A Laiigres, on la chantait en chœur, le diacie faisant une partie, le clergé l'autre. L'usage de dire trois messes vient de Home ; à chaque messe l'évêque prononçait un discours surlafête. On donnait pour motif de cet usage le désir que {)erso'ine ne manqu;"it de messe; car tous les iidèles étant obligés d'assister ce jour-là à l'office de la cathédrale, il se faisait un concours immense de toutes les paroisses et de leurs f)asteurs.
Dans les Gaules et en Espagne, les prêtres ne disaient qu'une seule messe; mais l'usage de Rome j)révaLut, quand les rois eurent im[)Osé à ces Eglises la liturgie romaine.
La |)reinière messe se disait h minuit , in fjnlli cuntu ; on y chantait le Glorin in excelsis en grande musique, et dans quebjues églises on la disait en grec, au son de toutes les cloches.
La seconde messe s'appelait du point du jour, et ne devait commencer (pj'au hîver du soleil, à cause de ces paroles de l'hymne; Lux fulijebil, etc.
La troisième messe était proprement la messe du jour, et se célébrait avec i)lus do pompe nue les autres. A Home, tous les cardinaux-diacres et tous les officiers du pape devaient y communier. Dans l(;s plus anciens rituels on ne trouve point la prose Lwldliundu», parce qu'on l'attribue à sai. t KiM'iianl.
L'olu( (; de la nuit de No.l est composé des pages les plus consolantes des profthètis et (Jes psauiiMîS rpii c< lèbrent avec le plus lie [)om()(; les magnifie (;rices du Vr'rbeetson Iriomidie sur hts nations révoltées, la misériconle de Di(!U et ses promesses accomplies. L'hymne (;sl d'iinc! belle poésie.
'I Que nos soupirs cessent, le l'iès-lïaut nous a entendus ; l(!s cieux s'ouvrent, voi(;i ve iir la p nx promise aux niortids.
u Le clueur céle>te éclate tout à couji en co «ceils dans le silence de la nuit.
M Les pasteurs éveillés couicnl h la grotte de la nalivilé ; allons y-avec eux, et portons
ItfS PROPRE
au chaste berceau tous nos respectueux baisers.
« Quoi sppclarlo s'oiïro h nos premiers regards : une croche, de la paille, dos 1<uh ges, une pauvre ni^re, un faible enfant !
« Esl-ce donc vous, ô Christ, nui ôles la
splendour éternelle du Père ? Celui que je
vois est-il donc le Dieu dont la main soutient
l'univers sanslléchir et conmie en se jouant?
« C'est lui ! la foi dissipe les nuagos qui
le cachent. Je reconnais celui que les anges
prosternés regardent en tremblant et adorent.
« Vous nous enseignez par votre silence,
6 divin Maître, et cette crèche vous sert de
chaîne pour nous apprendre à éviter ce qui
plaità nos sens, h souffrir ce qui les effraie.
« Pour nourrir les chastes affections ,
pour guérir l'enflure de nos âmes, daignez
aussi, divin Enfant, naître en ce moment
dans nos cœurs ! »
Jani dcsinnnt siispiria , Audivit e\ alto Dcus :
Cfi'li palcscuiil : en adcst Promissa pax luorlalibiis.
Profiinda noclis olia Cœleslis abniiiipil chorus :
Naluinqiic fosio canniiie AiinuiUiat terris Dcuin.
Spcoiim sacratam porviç;it Duin tiirha pasloniiii siii)il Kaiiuis, et castis pia Cuuis IVramus oscula.
At quale nobis paiulilur Iiitranliixis spcctaciiiiiiii !
Pr.xsepe, fciiiim, fasci;» , Païens iiiops, infaiis pner !
Tune illc, t^briste, (iiins Va splemlor a^lerni Patrie?
lilnnine ccrno qui Icvi Orbeni piigillo suslincl ?
Sic est ; vcrcnda quels laies Fides pénétrai nubila :
Agnosro (pieni proni vident, Treinnnl, adorant Ai.gcli.
Agis Magistrum vol lacens,
Ex iiac rathcdra nos dores
Viiare quod carni placl ,
Car») (|tiod borret |)erpeli.
Castos ainores niilriens ,
Sanans tiinicntes spiriins ,
Divine, nostris, 6 pner,
Pfiecordiis innasrere. Amen.
Eos trois messes (pii s(>nil)h:nt réunir dan. une mémo solennité tous les Ages du monde, et qui renouvellent trois fois le mémo mystère en l'honneur de la Trinité divine, les trois messes sont acrnmpagnées [)ar la harpe (h'S prophètes; les apotresy assistent et rendent témoig'iage au Sauveur ; les Pères do l'E^lisn explicpiont le texte des apùtres ; les lrf)is Eglises, (pii non font (pi'u'U", semblent se réunir aiiloiir de la crèche ; le ciel chante, la tnre |>ne; le séjour des expiations interrompt ses pleurs, et es|ière; toute l'humainlé répètf de siècle en siècle : « l'n petit enfant nous e>l né : Pnmilus natus est nobis; on rappellera Vadmirahlr , \'au(/e du cnnsril, le Pirii fi>rt,\v. Pèrr dusiirlr futur, le urinrr de la paix ; H cette nouvelle réjouit a la fois les virants et les morts. La prose est
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pleine des sentiments les plus tendres ; la vue de ce divin enfant émeut tous les cœurs. Dieu e«t un Père : il s'est laissé fléchir ; sa tète s'incline vers nous ; il consente notre bonheur. Le Ciel a laissé descendre le juste comme une pluie (pi'attendait la terre; une mère sans tache vientde mettre le Sauveurau monde ; le Dieu fait homme vient de naître 1
Votis Pater anniiit
Jiistnm pinnnl sidern
Salvalorem genuil
Intacta pucrpera ,
Homo Deus nascitur !
L'Eglise entend les concerts des anges qui célèbrent ce grand mystère ; elle voit les bergers accourir au lieu oii repose l'Enfant divin ; et dans le transport qui l'anime, elle s'écrie : Allons nous mêler à leur troupe ; niions visiter le berceau do l'Enfant-Dieu 1 Snperum concentibus Pandilnr myslerinm, Nos mixli pastoribns Cingamns prîcsepiiim L'bi Cliristus slernitur.
Cette expression sternitur est choisie avec goi!it. L'auleur pouvait dire nasrilur, la rime eût été satisfaite; mais l'oftposilioi entre l'idée du Christ, fils de l'Eternel, Etoriiel lui-même, htiniblcment étendu sur un peu de paille, cette belle et touchante opposition eût élé perdue.
L'auteur considère ensuite la grandeur de l'enlant que le Ciel envoie à la terre. Il est la lumière du monde, lumière sublime, lumière émanét; avant la naissance du soleil : orti du sein de Dieu, il est Dieu lui-même; .e Fils est égal à son Père.
Vous êtes la lumière de la lumière, et votre splendeur a précédé le soleil ; votis êtes Dieu de Dieu, et dans l'élernité vous êtes engendré égal à votre Pèrel
Et vous qui èt(>s si grand, du haut de votre trône céleste ((luelfe est donc la charité qui vous entraîne !), vous vous laissez tomber sur la terre, et pour que notre intirmilé se relève...
Infirmns hnnii jares.
Celte dernière parole est trop belle et trop attendrissante en latin oour aue nous osions la traduire.
Ici le poi'te, on le sent, laisse parler l'altendrissemenl i\>' son c(eur, et les strouhes suivantes sont pleines de larmes.
Ce que je devais, moi coupable, c'est vous, innocent, (pii l'accomplissez.
Q\y.v nocens drhneram
Iinio(t'ns exeqiieris.
Tn I(>gi qnani sprrM'rani
Legifer snlijieeris.
Sic dores jiistiliani.
Co'lnm cni regia
St:il)n!nni non rtspuis ;
Qui donas iniperia.
Servi fonnani indnis.
Sic teris snpeiltiani !
Les stro[ihes suivantes ne sont que le développement des niêtnes idées. L'auteur, etilialoé par la chaleur du sentiment et la beauté de son sujet, ne neut se résoudre à l'abandonner :
iiio
PROPRK
IMlorUE
ll2f.
Nobis uliro siinileiii Te pnebes in omnibus, Debilil)us debilem, Moilalem niorialibiis, Uis tradis nos vinculis.
Cum îegiis confunderis Morbi labes nescicas, Pro peccalo paieris IVccaUim non faciens.
Hoc uiio dissiniilis.
Le chant d'allégresse Adeste, fidèles n'a pas moins de grâce et de poésie :
« Accourez, tidèles, et joyeux, triomphants, venez, venez à Bi-thiéhem, vous y verrez naissant le Roi des anges. Les bergers abandonnent leur troupeau , courons avec eux : nous verrons la splendeur éternelle du Père cachée sous un voile de chair. Pauvre pour nous et couché sur la paille, réchautfons-le par de pieux embrasseiuents. Qui n'aimerait à son tour un Dieu qui nous aime à ce uoint? Venez, adorons le Seigneur! »
Adeste, fidèles, la;li, liiiimphanlcs Venile, venile in Beililecm :
>iatum videle regom angelonim ; Venile adoreintis, vcnilc adoremus , Venile adoreinns Doni.nuin.
Natuni videlo, clc.
En grege reliclo liiimiles ad cunas Vocali pastort'S appropt'ranl ; El nos ovanli gra<iii feslinenius Venile, elc. El nos, elc.
JEUtrax pârenlis splendorcm selernum , Veialuin siil) cime \i lebiinus , Deuin infant*'!!) pannis involtiluiii ; VeniU;, et/:. D.;iiin, etc.
Pro nobis e^'cnnm et feno (•ul»a!itein Piis fovcaimis aiiiplcvibiis ; Sic nos ainaiileni rpii^ no.i i'eda!narel ! Venile, el<:. Sic nos, etc.
La f(*;le d' rLpi[)harii'', ou Théo[)lianie , «•si la i'C'.ii', de ritilciligence divine coinrnuiii- (jué<; aux hornincs : (•/••st aussi la fête des rois, fjarce qu.; cest l'inauguraliori d'une royauté nouvelle. Au moyen Age les rois des nations chrétiennes se laisair;nl honneur d'a[i(iorler h l'autel et de [)résent(;r c'« genoux l'or, (encens et la myrrhe, en souvenir dt-s rnagfs ; une étf>ile brillait à la voûte de l'égli>e, et le soir on revoy.iit cette étoile se promener dans h-s mes de la ville où se faisait la solennité. L'esprit de symbolisme avait fait d"'S trois rois riinges les rf.'prése >tatUs des trois fiartifs du inoiide a'ors connu, et c'est pourquoi, d.iiis les tableaux (|ui représentent le mystère de rKpipli.mie, on remarque Ifju/iurs un roi noir, (pii «;st le représcnianl de l'Ahique. L'Iivangile ne donne pas aux mages le liti ode rois; mais, en pi-enant tes hommes sag!--. pour I -s repu; .eut mis du mond*.' nouve.iu, l,i lr;id lion chrétienne les a couifuiriés, jionr e\pii(iM?r (pie dans le royaume de Dieu la couronne est au (ilus iJigne et la royauté au [ilus sage, I/ndoplio i de .Notre-Snigneur Jésus-Ohnst ,'iyanl l'ail l'jijs k'H chrétiens prêtres et rois, comiiU! il €••«1 dit dans l'Apoc.dypsf;, le jour des rois devi'il pour les l.imilles du monde clirélic 1 l'oei-nsion d'uiu! ngapf; fralernelh.', oi'i l'on tirait le roi ou sort : u<a;$e renourelâ
des Romains, mais sanctifié par une intention de réjouissance pieuse ot do fraternité chrétienne.
L'Kpiphanie a toujours été regardée comme une des grandes solennités de l'Eglise. Amraien Marcellin rapporte que l'empereur Julien ne quitta Paris pour se rendre à Vienne, qu'après avoir assisté à l'olfice de l'Epiphanie. Mais alors les Eglises n'étaient pas d'accord sur l'objet de cette solennité. Dans les unes, c'était l'adoration des mages que l'on célébrait ; dans les autres, le baptême de Jésus-Christ ; dans quelques-unes, son premier miracle aux noces de Cana. Les Eglises s'entendirent ensuite, et réunissant ces trois objets, les comprirent tous sous la dénomination d'^/j/p/ià/u'e, parce que Jésus- Christ s'était en quelque sorte triplement manifesté par son baptême, le miracle de Cana, et les présents que les mages étaient venus lui olfrir.
Le 6 de janvier était une fêle chez les Romains : ils célébraient le jour mémorable où l'empereur Auguste, ayant pacifié l'univers, ferma les }>ortes du temple de Janus. Les chrétiens, pour détourner les néophytes do cette fête profane, choisiront aussi ce jour pour célébrer la gloire de Jésus-Christ. Lo concours des fidèles aux premières vêpres el aux matines était autreto:s si grand, (]ue l'on réduisit h un seul nocturne l'olUce de la nuit. On attribue h Scdulius, prêtre et poëte du y siècle, l'hymne : Iloslis Hero des impie, que le bréviaire romain a conservée. On y trouve les trois objets de la fête indiqués ila is trois strophes dilférentes.
Ainsi l'Epiphanie est la fête de la manifestation ; et s'il est vrai, comme nous n'o!i doutons pas, (pie le nmndo fatigué du néant d'une vaine pliiloso[)hie doive revenir un jour (ileurer aux pieds du Père de famille les égarements (h; l'enfant prodigue, ce sera uik; manifestation nouvelle ou semblable à l'éclair. La lumière du N'eibe se répandra (ni même temps à rOii(nitet h rOc(ndeiit ; alors on renouvellera la mémoire des manifestations aiici(nines, et la fête de rEpi[)hanie sm-a plus (pie jamais glorieuse.
La pénitence, la foi, l'es|)éi-an(e et la charité, t(!lles sont les vertus (pii, dans l'annéo ecclésiasti(iue, représenteni les (juatre sai- .sons, et il (;xisle (uitre les saisons et c(!s vertus des analogies frappantes. L'anné(! commence en hiver : alors tout semble mort, mais tout s(! ftiépan; à i(niaitr(!. Le vent baiay(; les diTiiières feuUhîS desséchées, la neig(; couve h-s germes de la tcnre, i!t la vit; do la nature S(.' iépar(! sous une appartnice de mort. 0'^"' ''<^ phis sombr»! et de plus .luslère (|ue l'hiver? Le ciel est voilé Uo nuées grises.
(>)mme la cendre, la t(îrre est dépouillée de tout (jrn(nii(!nt, la cam|»agn(! est moriu!, les arbres sont nus, le v(nit s(!mble gémir ; ut (piand la rigu(Mjr du froid s(nnl)l(! s'atlinidnr un instant, les nuag<;s s(> fondent (;l le ciel pleure; c'est alors (pu; rEgiis(! s(! r»!vêt des sombres c«>iil(;urs de rav(nit ; ell<5 appelle le Sauveur comme Ij nature attrist(^o scmbl'e
ni?
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rflppolor le soleil. Noël arrive vers l'énoque du solstice d'hiver, et a!ors coinmfMice \n saison (le la foi, répoijiie où les germes Iravaillenl et où l'on peut d«''j;i roniplcr les fruits dans les fleurs. I.a foi eoricsi oud ou printemps ; la légende fleurit alors ronune les parterres ; c'est le temps des allét^orics et des symboles, c'est l'enfance avec toute sa grAce. Mais à l'enfance il faut une disci- })line sévère ; le cart^me nous conduit h Pà- (]ues, où commencent la saison de l'espérance et la partie du printemps (jui se rapproche de l'été. La Pentecôte entin vient marquer la saison où les promesses de l'année s'accomplissent. C'est le tcmf)s de la charité avec sa fécondité maiernclle ; c'est le temps des fruits, et hieiitùt va venir celui des vendanges; c'est l'abondance des productions d(; la terre, emblèmes des richesses du ciel. Ainsi chaque année retrace l'œuvre entière de Dieu, et l'Eglise dans les (juatre saisons jmrlage les solennités de son culte comme les pages d'une magni[i(|ue épopée ; ainsi l'Ancien et le Nouveau Testament nous rei)résentent tous les ans leurs grandes époques ; et Ihistoiie du [)rogrcs spirituel, raconté d'année en année par le retour des mêmes fètf'S, sert d'inslruciion aux chrétiens en perpétuant ses merveilles. Aux approches de PA({ues on célèbre le grand mvsière de la passion, dont l'otlice de la semaine sainte consacre et renouvelle tons les ans le drame immense. Cet oflicc de ténèbres, ces cierges qu'on éteint, cette croix qu'on porte en marchaiil nu-pieds, ce tombeau où l'Kglise semble enfouir toutes ses richesses ; qui a pu voir tout cela sans être ému, (pji a pu le comprendre sans avoir le cœur serré d'une tristesse pres(pie infinie ?
Le dimanche des Hameaux est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, comme le premier acte du grand mystère, au milieu de la comrnémoralion du tiiomidie |)assager de Jésus- Christ, au nnlieii d'une église magniliquement parée; et tandis que tous les lidèles ont encore en main des rameaux et des palmes, on chante la passion comme en mémoire de celte parole du Malfie : Voilà (/ne nous allons à Jnnsdlnn où le Fils de l' llotmnr sera lit ré rnlrr les ttuiins (1rs (jrnlils f/iii le crncifirront. Les pressentimenls de tristesse viennent se mêler à la joie de l'Kglise ; la procession, (jni est rentrée dans le sanctuaire a|)rès èlie sortie de l'église, et qui s'e>t l'ail ouvrir d'jintorité les |)ortesdu saint lit ii, était une marche triom[)liale en même lem[)s et douloureuse ; le clergé n'est r.'iilré (pie |ioiir entendre le li islrri'cil des .soufl'rn nées d(! son mai- Ire, comme aulrel'oisleSauvcur sembla n'èlro entré dans Jérusalem (pu; pour y mourir.
AiiireCois les rameaux élaiiMit bi-nits hors de la ville, et la procession n'y i-entiait (ju'après la dislrd)iition. C'était aux portes de la ville, M Paris, au grand chàlelel, cpie le (éh-brant venait Irapper avec sa croix. Pendanl la semaine <pii suivait, on se lenai' dans le rf'CueiUemenl, et |)endaiit les deux demies jours, le jeune était rigoureux el la prière continue. Peu de temps après, la feiveurde^
fidèles y ajouta h? jeudi, puis le mercredi, cl enfin la sejnaine entière fut réputée sainte . on la désigna souvent sous le nom de grande semaine, hehdomadn major. On la passait en |)rières, en actes de charité, en auiiKjnes, On fermait les tribunaux, afin d(^ laisser aux juges le tenifts d'assister aux offices. Les empereurs accordaient la grAce des condamnés, el faisaient ouvrir les prisons. Les personnes les plus pieuses ne vivaient (jue de p.iin et de fruits secs, ne buvaient (pie de l'eau : quelques-unes passaient la semaine entière sans prendre aucune nourriture.
Cette semaine est surtout remarquable par les offices qu'on désigne sous le nom de ténèbres, et par ceux des trois derniers jours. L(»s ténèbres ne sont, sous un autre nom, que l'ancien office de la nuit. Pendant cet oflice, on place devant l'autel un cindélabre triangulaire chargé de quinze cierges, qu'on éteint snccessivement après chaque psaume : c'é'' lait l'usage de l'Eglise primitive. On ne plaçait point de candélabres sur l'autel ; on se servait de lampes suspendues h des cordes, ou do cierges portés sur des solives. Comme l'officcî se prolongeait jusqu'au delà de la naissance du jour, on éteignait (pielques cierges h m-sure que la lumière paiaissait. En Iransféranl l'oflico au soir, on a conservé l'usage d'éteindre, de sorte qu'h la fin de l'office, on se trouve dans une obscurité complète,cequi probablement a faildonner le nom de ténèbres à cet office. Le jeudi, les cloches cessent de sonner en signe de recueillement,
C'est surtout dans la semaine sainte (pie le chant d'église devient une musique vraiment sublime. Tous les fidèh>s alors semblent soutfrir avec l'Homme-Dieu ; les psaumes sont ein|)reints d'une tristesse profonde, et les lainenlalions de Jérémie, chantées jiar des voix d'enfants, ressemblent h des sanglots d'orphelins qui a;»pellcnl leur père. Le chant traduit et accompagne merveilleusement ces paroles si difticiles h rendre même en poésie latine, dont nous citerons ici un fragment mis en vers par un habile professeur.
Ergnno qnrc riinclas inler capul allins urbcs Aliollcbal ov;uis iiiipor, nnmili(|iio stiperl)i» KwiNiis gravitia , cl toliim, n';;in:i , pcr orlicm Siih pt^lilxis populos v(^rli rogiiiiio vulrltal Eifîonc scr\ili ruine (œi\o oppirss.i liil>iilo Assyii;»' H(MUi>» fasiiis cl licrilia j'iss.i lloii ! paliliir, raplis(]ii<< scdcl viiinala cnlnnis ! Nc((]ni(l(iiiaiu lioriemlas iiilor m'alerta ruinas Siilcal m cxliauslis pcr noricin flrlili'is ora, Nnllns adfsl parva inimmsi solalia lia ins {)\\\ f. rai cl hianiltns lanyinas dclcrpal ainicis. yniii cliain j(incl;v sociali ficdcrc pciilcs In'dcra mine rnpcrc. Jo( is hnsiililms arain ÎSiinconuicsonciaiil, i ladcinci (ci a vnliicra .ircrbaiil. 0 Sioii ! o Solyma ! o iiiipcr, doinns :vinnla r«rli ! Non cril ni po>lliac fcslis »lo niorc (licltns hi^'cnlr^ni aspicias in sacri-. aMlilni» nndam Fcrvcnltin adoianliiin cl solcninia doua rcronliini. En solid.c Inri'cs, en poiiarnin .cnca < lanslia Prix nhiicrc : ^'cinil piillalo s(|nalida ainiclil Tiiriia saccrdolnin, ilctcslalanwpio pncll.i: I,nccM\ avcr>ianlc><, foiinn;r nota piloris Ornanicnla suis ni.inibns crinosipic rc\clliint. Hoi ror nl)ii|tic ing iis cl ainara sd.'nlia rc.unanl. En illa ini^chiiniiiis lonii;'o.s nccqnirfinuni iiliilaliis.
PROPIIE
PROPRE
iir>o
PaUiilaqiic allollens modo qii;n crlivoral ora : ()! iler, exclamai, carpis qui iiinqne viator, Sisie giadum doiiec, meliliis vulnera, dioas Hiiiic ne meiim possit (iolor ex;ï;niare dolorom ! Non sic pinpmeas popiilatiir vinitor iivas. L't me jiista Dei populala esl vindicis ira.
Puisque nous citons des vers latins h propos du chant des lamentations de Jéréniie, quelques-uns de nos lecteurs nous sauront gré peut-être de rappeler ici une pièce latine de Santoul sur les règles du chant eoclésiaslique, et den citer les passages les plus remarquables:
Hic tibi servandas qiias scripsimiis accipe leges : Qui foiinavit habel quibus audiat et Deus aures. Maxima debelur sacris reverenlia lemplis. H:ec habitat Deus et prœsenti numine replet. Iii loto sedeat depicia modestia vullu; Il qui le videat propiori numine tactus, Sentiat esse Deum pr.csenlem et pronus adorel. Ne nimium céleri confundas onmia cantn.
Sed paveas ad verba ipso dictala Tonanle. Plena Deo sunt verba. Moras servare mémento. (ianUuili prosunl, seu pectora fessa siibinde Respirent, seu mens quod profert liiigua rcvolvat , Ad numéros hilarem ne lenlus protrahe c^ntiim Ne te adeo recreet vocis sonus : intima rerum Scnjtare et sensus tecum mediUire profundos. Non incompositis hcdas clamoribiis aures , Nec leviore sono molles imitabere oaiilus. Indecorcm caplans plausnm ; nam talva teiuiut Vota precesque Deus. Puri suspiria cordis. Rt tacitos gemitus attentis auribus audit At neque cantanli rictus distorqneat ora Vaslior et rupto se vox de gnllure jaclans , Neve soient resonare immaiii lempla bealu. .Non clamore Deus placalur. L't audiat alto
E sfjlio, nil vocis eget
<>»n«)rdes animr^s monstret concordia vocum , Par studium. Varia pro condilionc locorum Rite observentur qu:i! snnt prescripta quoUinnis. Absinl bella ; prr>cul sacris discordia templis, Ancipiti in rilu si quid peccaïur, in ipsr) Subsiituens melius momcnto corriiçe, dum res El templis lulerit, sf'd si qui forlc resisUuit Ne valcas solus le conli.i oppoticrt; turbin. Nu tibi longa nimis subcaiil tiislidia caiitus. Te sufH;r astra feras : propriis mens libéra vinclis Aiid'-al iiiterdiMii M'des perciirrere !saiiclas, (iœleste»<pie inlr.ire donios. Te jiii'.i! supei'nis Obvias a^miiiibus, superisqiie admixliis, adora Quem codi prona aiil.i canil, queiii Icnpie i.eatiim , Ici-que r:;inil s:iiicluiii, sic tu, noviis albcris bospcs, l.aiidare incipics qiiem inox laudabis in a^viim.
Revenons h l'ollice de la scrnainf sainte. Le jeudi saint, rE.^lise cèlè.ore J'iîistilu:iori de i'adorahie sacr«!rnent de l'amour. Klle semhle s'ifiterrorn[»re au milieu de ses iariiu's. [lOiir r'dfîver vers le ciel des reg.wds fdeiris de reconnaissancf. I.e ^agf; fie la vir; »'st donn/; au monde clirt'îticri la veille de ce jour l.:rrihle où la mort d'un Dieu va mcna- « er la nature d'uiK; di'daillance iiriivr-rselUf. I)an<4 cette joiirm're eucharistique nounu^'i- le jeiini s.urit, l'K^lise r<''surrie d;ins son odice tout le îestarrient de son divin Maître. Kl!e absout les ()6cheiirs, r(';conc.ilie les pt'îriiterils, lave les nieds des pauvres et lr;sserl à lahle. Klle r<;lèf>re avec oompe une riiesseJi laquelle .son d<rsir serait de voir <:orrimuTiier tous l<-s fi(l^.'lc*i. C'est commr; une iMqne antirip^M;. f'^eUe .sainte solennité; au milieu de tait de • ri»te»Sf;, r^lte union fraternelle la veille du
I)lMIOX>. 1)1. I.lIIf HAtr ne CIIB^.T.
grand jour de pénitence, rappelle le repas libre des martyrs la veille de leur supplice.
Pour le charït de ténèbres, le jeudi saint ne diffère pas des autres jours. L'ollice est aujourd'hui tel qu'il était il y a douze cents ans. Au premier nocturne, la leçon est tirée des lamentations de Jérémie. On la chante sur des airs composés avec soin et d'une mélodie touchante. Dans quelques églises, et dans les derniers temps, on en avait fait l'objet d'un luxe pieux ; on recherchait, surtout dans les monastères de femmes, les voix les plus pures et les plus touchantes , et personne n'ignore que les promenades, si connues à Paris sous le nom de Lonfjchamps^ remontent à l'usage où Ton était d'aller entendre les lamentations de Jérémie à l'abbaye de ce nom.
Le jeudi saint est désigné dans plusieurs sacramentaires sous le nom de dics in Cœna Bomini fjour de la Cène) , parce que ce jour est celui où Jésus-Christ institua le mystère de l'Eucharistie. On célébrait autrefois, dans cette sainte journée, trois messes différentes: une pour la réconciliation des pénitents, une pour la consécration des saintes huiles, et la troisième comme office du jour.
Presque tous les tidèles recevaient la communion à cette messe. Les prêtres euxmêmes y participaient, revêtus de leur étole. A Paris, deux archidiacres officiaient concurremment avec l'évoque. A Chartres, les six archidiacres chantaient la préface et le
r)nter avec l 'évoque, et se tournaient avec ui vers le peupJe, [)0ur lui adresser, suivant l'ancien usage, la formule Dotninus vobiscum. Ils coimimniaienl tous ensemble sous les deux espèces.
Après la messe du jeudi on emporte le saint sacrement dans le tondjeau. On dé- [louille les autels de leurs nappes et de leurs ornf'inents, et les tabernacles restent vides. Autrefois, presque toutes les églises avaient des cryptes comme on en voit encore h Paris dans les églises de Saint-Sulpicuî , di; Saint- Leu, Saint-(iilles et (|uel(|ues autres, (rétait dans ces cryptes (pi'oii établissait la re(»réseiitalion du tombeau. Les tentures en sont blanclKîs et rouges, les couleuis (](! la foi et de la charité , les emblèmes du Verlx; éternel , qui esl la lumièr(; du monde, et du sang répandu pour nous sauver. Rie i daiisc(î reposoir ne respin; le deuil , mais tout invite au recueilhîinent et ?i une salutaire tristesse. I>a croix, recouv(;rl(t d'un suaire, rajipelle le sup[)lice d(> riloiiiiiie-Dieii , et la matinée du yerulredi saint trouve les (idèles déjà (-n prières h la tf)mb(Mle hîiir Sauveur. On a|)pelait autrefois h; vendredi s.iinl dics in Parasrevp. , du mot grec nue.wj/fjn , j)r(^i>(iration, parce qu'on se pré|)arail au ^land événement fie la Rédemplif)n. C'était, coiiirm; aujourtriiui , flans U)\iU' l'Kglise, un jour de fleiiil; point de clf»fh«;s, lf!S autels sans or nfîiruMil ; j)fnnt de coiisécratif»ri à la messe. Le prêtre s'y communiait fJf; l'Iifislic; (pi'oi avait réservée la veillf!. L'évêfpie ru; portail fiu'une simplfr mitre f;n s/de, et uru; chasiibl ; ne pareille étoffe. A Home, l'ollif^c se faisait
rir.i
PROPRE
PROPRE
ilT.
à r^'i^lso (le Saiii(o-('ioix; le pjipe s'y roniJaU nvcc son rlori;»^ , |>it>(ls mus. Ou priait pour les Juifs. La croix , plan'e sur 1rs dc;gr(^s du sanctuaire, était oxposéo h la v^ucration des luh^los, et l'on venait l'adorer |>ieds nus. Dans les éj,lises des (l'iulrs, excepté Civile de Marseiî.f, depuis le i\' siècle, nul au're que le prt'^tre ne communiait le vendredi saint, l/adoration de la croix se rapportait no'i à la simple ima.^e de Jésus- Christ crucillé , mais à Jésus-Christ luimême. Le Popnle meus , et V Agios o Thcos, que l'on chante h rollicc de ce jour, sont de la plus haute anli(piité; l'office était autrefois tel qu'il est aujourd'hui ; le profond respect de l'Ki^lise pour cette journée sainte ne lui a pas permis d'y introduire le moindre changement.
Tous les fidèles assistaient h l'office pieds nus, et ne prenaient d'autre nourriture que du pain et de l'eau. Dans quelques églises, on exposait aux hommaj;es du [)euple des morceaux de la vraie croix, et des fioles où Ton croyait être renfermé du sang de Jésus-Chrisl; maintenant la sainte Eucharistie supplée [)ar sa réalité h toutes les reliques douteuses que la piété éclairée des évoques a fait successivement dispaïaître. Le chant de la passion , la prédication du même mystère, des prières pour le monde entier, mémo pour les hérétiques , môme pour les Juifs, l'adoration de la croix, composent tout loftice du matin. Un silence profond est gardé toute la journée dans les communautés religieuses, les cloches se taisent, et dans les séminaires, ce jour-là, les sujjérieurs servent les élèves h table. A trois heures les fidèles viennent au tombeau pour méditer en silence h l'heure où hî Sauveur du monde ex()ira. Le soir on chante l'olfice de ténèbres, et l'ICglise a gardé pour ce jour- \h les plus touchantes lamentations de Jérérnie. Il semble qu'on cntfuid se i)lain(li-e la voix (les pères dans les liud)es , et que l'Eglise tout entière sou[)iro vers Dieu du fond (les abîmes du tombeau. Elle est comme morte avec Jésus-Christ, et elle phiure encor); avec Marie. Il y a dans ce moment une coMununiou de foi résigné(>, d'espéraïuie et de douleurs. Le samedi saint, on sent f|ue l'heure de la résurrection appioiho : l'esixV raTice du Icndemaui sèche les larmes de la vcilh-; on prépare la maison pour h; retour du Maître; on bénit l'eau et \o. feu. (îes coulunies sont très-anciennes dans l'Eglise, et Ton en voit des traces dans les autmirs des .Iges les plus r(!culés. Dès les premiers siècles on l)6nissait le jour du sanu'di saint l'eau renouvelée du baptistère.
Avant la bi''nédi<;tion de l'eau, on i)rocédait au renouvellement du feu. Dans pUisieurs églises, on le tirait <run caillou; dans d'autrt s on se servait d'un verre ardent. Le feu nouveau servait h allumer le cierge [lascal. Cette cérénmnie est ancieiuie, quoKpi'il soit diniciled'en assigner l'origine. l'Ile prit uaistancc en Espagne, passa ensuite dans les Ciaules, cl de \h h Home. Le concile de Tolède, au V siècle, la recommanda aux fidèles.
C'est une pieuse allégorie. Les chrétiens ont toujours r(!gardé l'ieuvre île la Rédemption comuH! ré|)0([ue d'une nouvelle vie pour le genr(î humain, d'une iionvelh.* lumière venue du ciel pour éclairer la terre.
Celte cérémonie, et la bénédiction du feu nouveau, se faisaient avec un grand appareil. On se procurait un cierge d'une grandeur colossale et d'un poids considérable; on exigeait quelciuefois (lu'il pesAt trentetrois livres, en mémoire îles trente-trois ans de la vie di; Notre-Seigneur.
Dans (piehpies églises, on en faisaU une espèce de colonne de cire, sur laquelle on gravait l'ordre des oflTices et des fêtes [tour toute l'année , h commencer depuis PAques de rannéc présente, jusqu'à la fôte de PAques suivante. Par la suite, on en diminua les dimensions, et l'on attacha au cierge une feuille sur laijuelle ces instructions étaient inscrites.
La longue préface que chante le diacre pour la bénédiction du feu, du cierge pascal et de l'encens, est une page de poésie admirable où l'on trouve tout l'enthousiasme lvri(}ue des propliètes. C'est une ode en prose Joiit le début élève l'Ame jusqu'au ciel el transjiorle la pensée paiini les clioMirs de la milice céleste. « ExuUrt jom angrlica turba cœlorum ! Que la miillilude des anges se réjouisse dans le ciel ! Que la joie éclate à travers l'ombre des divins mystères! et pour la victoire d'un si grand monar(jue, sonnez, trom|)ettes du salut! Que la terre aussi se réjouisse illuminée de telles splendeurs et toute brillante de l'éilat du Roi éternel! Qu'elle sente (jue les ténèbres universelles se sont dissipées !
«Qu'elle soit joyeuse aussi, la Mère Eglise, parée des rellets de cette lumière immense, et (juc la grande voix des peuples reteulisso dans cette cour! »
Après ce début véritalilement lyrique , le diacri; demande le concours des [uières des assistants pour l'œuvre de bénédiction h laipielle l'appelle son ministère; bientôt il reprend la harpe des prophètes cl continuo son chant inspiré:
« L'ancien pacte vient d'être effacé par le sang, voici la solennité pascale! C'est cette nuit (pii sauve Israël de ri''gy|ite et ipii fait passer les vrais croyants des ténèbres h la lumière! C'est cette nuit, (ju'aprèsavoirbrisé les chaînes d(> la mort, Jésus-Christ est remonté victorieux des enfers! Notre naissance n'est un bien (pi';\ cause de la rédinuplion, el nous ne sommes venus au monde quo pour y être rachetés. O admirable condescendance de l'amour d'un Ditnilù inestimable mystère dt; sa charité! pour racheter votre esclave, vous avez livié voire Fils! o certainement nécessaire était le néclM" d'Adam (pii a été ell'acé par la mort du Christ! ù heureu>e faute (jui a mérité d'avoir un pareil RédiMiipteur !.... »
Jamais l'enthousiasme d<; la [loésie ne s'est élevé à une plus grande hardiesse. Le péché nécessaire! une faute (pii mérite! quelles allianco de mots, mais quilles profoudes
H35 PROPRE
pensées I On se rappelle alors ces paroles de .saint Paul : « Conclusil Deus omnia sub peccaCo, ut omnium misereretur. Dieu a tout enferiné dans le péché pour envelopper tout dans la miséricorde; » et encore : La grâce surabonde où abondait l'iniquité.
Enfin voici Pâques I Pâques la grande solennité, la fête de la vie et de l'immortalité, la fête du ciel et de la terre, la fête de la joie, la fête du triomphe. Les cloches sonnent à toute volée, les églises étalent toute leur parure, le clergé quille ses vêtements d'hiver et se revêt d'aubes et de surplis blancs. Le chant de V Alléluia se fait entendre. Le temps de la pénitence et des larmes est passé. Dès les premières heures du jour le signal de l'angélus annonce le Regina cœli; on se lève, et l'on prie debout , parce que le Sauveur vient de se lever de sa tombe, puis on se prépare à l'office du matin.
Autrefois, en entrant dans l'église, les fidèles s'embrassaient en se disant : Surrexit Dominus. Alléluia : le Seigneur est ressuscité. Alléluia. Ce cri de joie letenlissait partout; il terminait tous les psaumes. L'église était l)arée d'ornements blancs. Dans quelques diocèses , les choristes étaient vêtus d'une simple aube et d'une ceinture blanche h franges d'argent.
L'office commençait h la naissance du jour; et comme les fidèles et ha clergé avaient passé la semaine sainte en prières, les matines n'étaient cyjmposées que d'un seul nocturne L'antienne était Surrexit Dominus. Alléluia ; on la ré[»était a(irès l'hymne, qu'on terminait par des alléluia réitérés trois fois: tous les versets, tous les répons étaient suivis d'un trifile alléluia.
Dans plusieurs églises, on se rendait h la chapelle du sépulcre, ou, s'il n'en existait [tas, on en dressait un , et l'on y céléljrait une espèce de di.dogue entre h-s ai»olres ot les saintes fennnes : iJic nobis, Mann, guid vidiili in via, «;t .Marie répondait : Sepulcrum Ç'firiiiti rivenlis , etc. Dans d'autres , trois jeunes clercs se tenaient derrière le <>i'(»ulcre, vêtus de blanc, et la tête ••nvclopiiée d'un grand voile, pour représenter h-s trois .Maries. Après le dialogue, le clergé S(.' retirait en clianlanl : .Scimus Christum surrexisge. Mais le déi'aiit de gravit»; do eett(! cérémonie la fit su|»(irimer : elle était en usage h Kouf-ri, h Nar bonne, à Sens, a .Soissons, à Laori, à Paris, à Btauvais, .'i (Ih/do/is. l)ans cJMlaines églises aussi, nendant les siè- <I«'S naïfs du moyen ;lge, de jeunes garr;ons '•t de jeunes filles, velus de blanc et couronnés de Heurs, se livraient h des rond(;s enfantines, (;l dansaient jteniJant le ch;uit(le la prose O filii et filiœ , en ré{>élant ^i la fin de chaque terrel le refrain de \ Atleluin.
La fêle de l'Ascension est comm»; le complément de la fftle de P;1ques. Le Sauveur ressuscité remonte nu ciel en roiiduisanl la
^ROPRË
captivité caolive. L'Kglise lac» fimnagne d(r m;s cliinfs (le triom/ihe et dornn; h ses en-
ils l'espérance dr; le suivre ij i jf)ijr dans
ciel.
I/A^cen^ior), comme on soil, se célèbre
quarante jours après PAques. Elle a toujours été regardée comme une dos plus grandes solennités do l'Eglise. A Rome, le pape assistait aux premières vêpres avec les cardinaux. On se levait au milieu de la nuit pour chanter les nocturnes. Si les grandes solennités avaient une octave, on pouvait dire que l'Ascension avait une décade, car elle se prolongeait jusqu'à la Pentecôte. L'oflTice de l'Ascension est aujourd'hui à peu près tel qu'il était dansle moyen âge. L'hymne des premières vêpres : Jesu nostra redemptio, conservée dons le bréviaire romain, est de saint Bernard. L'hymne : Alterne rex altissime est d'Ennodius, savant évêque de Pavie , au v° siècle. Pie V ordonna que Ton éteignît le cierge pascal le jour de l'Ascension. Dans jilusieurs églises on faisait une procession solennelle où l'on portait toutes les reliques, pour indiquer le retour des saints au ciel, comme celui de Jésus- Chnst à son Père. Le dimanche après l'octave de l'Ascension s'appelait à Rome le dimanche des roses,, parce que c'est à cette époqu..' qu'elles fleurissent, et qu'on les répandait avec profusion dans les églises.
La mauvaise humeur du protestantisme et du jansénisme a fait disparaître toutes ces coutumes si gracieuses. Il faut h la froide et orgueilleuse raison de ces gens-là des temples sans croix et sans fleurs, et ils foulent aux pieds également la couronne d'é[)ines de Jésus et la couronne de roses blanches de la divine Mère de Dieu. Ils croiraient la liberté de conscience moitollement menacée, si l'on revoyait passer dans la belle saison, par nos rues tendiies de linges blancs et de feuillage, de petits enfants elfeuillant et semant des roses !
•Mais avant de laisser aller notre cœur aux touchantssouvenirsde la Fêle-Dieu, revenons à l'Ascension qui nous conduitàla Pentecôte.
Quels nouveaux sujets de reconnaissance cl d'allégresse I l'Eglise reprend sa harpe, ses temples retentissent de nouveaux canti-* ques :
Opiis pcre^isli liiuiii :
Te, (jluihic, vicloreiri nccis A\W\i\:\ (|ii:iiii n'li(|ii(!ras Ou'lo rrposeil ^litria.
Elle voit son bbérateiir porté sur des nuag(!s éclatants, nu milieu d'un c()rtég(ï ravi de sa délivrance, les célestes hiérarchies frappées d'admiration, le Père partageant son Irône avec son Fils immoitel, <!t c(; Eds immorird prêtre, [loiitifi!, saciiliealeur, olfrant encore son sang jiour le salut des hommes:
J:im niihn v«Tiris (iilgiila 'Ifii.is j;i(ciil(;s (Icspicis ; liilinl;! hnif^'o (jiK en; |{'';,'ein s<;(|iiiiriliir axmin.'i.
.Mii'.iiile liitlt.'i ('(riiliirii l*:iiiiliiiiliir icin n.i; foies ()v:iiis(|ii(: siihliiiii'in |';i(i js Hoiiii) D.iiH sc.iihlis llinmiim.
Illir p.'iiroiiiis, ponhfix , l'juis sr-(|iirsUT fjii(;iri liia S»rmp| profil lit rliariUis Odci Tc pcigib saiigiiiiicm.
ii5r>
pRornE
PROPRE
lt5l]
Nous avons dit tlniis notre arli» le sur les hymnes en j^f^nt^al [Voif. HvwNKsjee que nous pensons des poésies sacrées de (!of)in cl do Sanlenl. Klles sonl belles sans doute, mais lein- correction trof) froide et leur élégance trop classique nous laissent toujours regretter les hymnes du bréviaire romain.
Jcsii.iiostrn rnlcinplio,
Amor cl (losidoriiim ,
Devis crealor omnium ,
Homo in linc lomponini ,
Tu cslo noslriiiii gaiuliuin
Qui es fiilurus pra;miuin ;
Sil nostra in le gloria
Per cuncla scmper sjccnla.
Nous no pouvons cependant refuser un juste tribut d'éloges à la belle hymne do iloliin (pie nous chantons à laudes le saint jour de la Pentecôte.
Le poëte peint sous une brillante allégorie le prodige éclatant de la descente de TEsprit- Saint ; le ciel est en feu, l'éclair étincelle dans les nues, l'air est agité, la terre tremble. Est-ce Dieu donnant des lois sur le mont Sinai?
Iiilcr sulpliurei fulgiira tiiriiinis Flaiiiinnrumqiie globos cl sonilum tultx Aiiliquam veteri moule Sina super Legem das populo, Deus.
n Oui, c'est ainsi, c'est au milieu des foudres et des éclairs que son doigt a tracé sur la pierre les lois qui doivent régir son peuple, peuple ingrat, pcu[)lo inlidèle, qui, taïKlis ((uo la foudre brille sur le sommet de In montagne, trahit son Dieu : »
En fumanlis ailliiic monlis ad infiina Plelts ol)lila dalain continno fidein Hriilam perfuia piilis elfigieni colil, Vttri nuniinis in locum.
Le j)eu[)lechréti(;n sera-t-il aussi coupable ? L(; pot'to reconnaît (pic, sans le secours du Ciel, le coeur de l'homme ne peut rien; il conjure le Très-Haut d'y ré|)andre sa lumière, d'en amollir 1(^ marbre, dt>, le rendre docile à sa voix. Ces idées sonl ex[)rimées en vers d'une rare beauté :
lieu ! mens noslra, Dous, le sine nil polost : l.nrem pio i.e animis, cordis ahencani Molli (liiriliem. Kedde, pôles, Dcus , Voci nos dociles lux.
On attribue le Veni Creator h saint Ambroise; uiais quehpies criti({ues exercés dans l'étude des matières ecclésiasli<pics, croient n'y pas retrouver le style de ce grand «t célèbre évé(jue ; ses hymnes ont plus de force, mais moins d'onction, moins de ces sentiments doux et alfectueux cpii distinguent (0 ( anticpie célèbre. C'est une suitiî tic tendres invocations h IKsprit saint, Ji cet Kspril créateur (pii rem[)lil le cu3ur do l'homme de ses divines inspirations, qui anime sa [lensée cl ses paroles. Pleitu! de conli.ince dans son appui, l'Kglise le supplie de répandre ses grAces sur elle, do l'enrichir de ses dons, de l'éclairer do ses lumières, de fortitier sa faiblesse :
Arrende lumen sensihiis , liirimde amorem rordihus , Innrma no^lri rorpoiis Virliilc (irmaiis prrpeli.
Elle invoque son secours contre ses ennemis, h; conjure de lui assurer la paix, d'éloigner d'elle tout ce qui pourrait on troubler la durée, d'alTermir entln sa foi dans la tri{)le unité qui règne dans les cieux :
Iloslem repellas longius Paeemque dones prolimis Durtore sic le pnevio Vilemus omnc noxiiim.
Voici comment Lefranc de Pompignan et Pierre Corneille ont l'un imité, l'autre traduit cette belle invocation à la Iroisièmo personne de la très-sainte Trinité.
Voici d'abord Lefranc de Pompignan :
Viens, descends, Espril créaleur, Espril-Sainl, source de lumière ; Descends, divin coiisolaleur ; Des cieux viens ouvrir la barrière.
L'univers, dont lu fais l'espoir, Cel univers qui va renailre , Arrosé du sang de son mailrc , Esl digne de le recevoir.
Hélas ! nous le pLourons sans cesse , Ce mailrc rempli de bonté :
Du Seigneur, aux cieux remonlé.
Acquitte aujourd'hui la promesse.
Fais luire aux yeux des nations Ce irésor de lois, de mystères , El ce jour brillant dont nos \Hircs N'ont vu que de faibles rayons.
Voici maintenant Pierre Corneille :
Viens, Espril créateur qui nous as donne l'être ; Descends du liant du ciel dans les esprits des tien* •
Et ccHiime tu les as fait iiaiire,
Uemplis-les du plus grand des biens.
Illumine nos sens par les saintes largesses ; Verse un ardent amour dans le cœur abattu;
Rends des forées à nos faiblesses
Par une immuable vertu.
Mets de notre ennemi toute l'audace en fuite ; D'une sincère paix assure-nous le fruit ;
Fais enlin que, sous la conduite ,
L'âme évite ce qui lui nuit.
L'Eglise cl(')t le cycle de ses solennités en célébrant la fête do Dieu mémo, (pi'elle honore dans hî^iel le jour de la Sainte-Trinité cl sur la terre le jour do la fêle du Saint- Sacreiuent (\\i\ esl la F6lo-Di(>u par excellence.
Telle esl la bible des oflices, si nous pouvons parler ainsi : car la série complète des ollices divins résume et fait com(irendre aux fidèles toute la grande épopéedivine du livre, sacré. La liturgie est la révélation traduite en solennités , et l'esprit de l'Eglise so montre partout le digne interprète de l'esprit de Dieu, ce qui ne(loit pas sur[»rendr(î ceux <|ui savent que c'est un seul et même esprit.
L'l''glise complète son commentaire du livre divin nar les fêtes de son Martyrologe, ipii sont l'illustration d«! la belle poésie des légendaires. Elle s'incline conuiK; une mère vers tous les besoins do l'humanité, et tout en excitant ses enfants h n'aspirer (ju'au ciel, elle demand(i à Dieu pour eux le pain ([iiolidion dans ses prières de chavpie jour, cl implore, à l'entrée d(! chaque saison, la faveur du ciel pour les biens de la terre. La procession des Rogations a été décrite
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avec assez de bonheur par un estimable poëte, trop peu estimé de nos jours, peutôtre parce qu'on nous l'a trop vanté dans nos classes : nous voulons parler de Jacques Delille. Ce passage est extrait de son poëmc des Jardins :
Enfin on la revoit dans la saison nouvelle , Cette solennité si joyeuse, si belle , Où la reliïion, par un culte pieux , Seconde des hameaux les soins laborieux ; Et dès (jiie mai sourit, les agrestes peuplades Reprennent dans les champs leurs longues prome-
[nailes.
A peine du clocher le nistique métal De celle grande fêle a donné le signal , Kcmines, enfants, vieillards, rustique caravane , Eu foule oui déserté le château , la cabane. A la porte du temple, avec ordre rangé , Kn deux files déjà le peuple est partagé. ISieniol parait du lieu le curé respectable , El du troupeau cliéri le pasteur charitable. I^ni-mème il a réglé Tordre de ce beau jour , I.a route, les repos, le départ, le retour. ILs partent; des zéphyrs Ihaleine priulanièrc Souffle, et vient se Jouer dans leur riche bannière; l'uis \ient la croix d'argent et leur plus cher trésor, Leur patron, enfermé dans sa chapi-lle d'or , Jadis martyr, apôtre, ou pontife des Gaules ; Sous ce poids précieux fléchissent leurs épaules. De la religion l'imposant appareil Vient s'endiellir encore aux rayons du soleil. I.e chef de la prière et lànie de la fête , l.e |K>ntife sacré marche et brille à leur tête , Murmure son bréviaire, ou, renforçant les son> , Enionne, avec éclat, des hymnes , des répons. (Chacun cliiirrae à son gré le saint itinéraire. I);ms ses dévotes mains l'un a pris son rosaire Du chapelet pendant l'autre parcourt les grains. Un autre, lour à tour invorpiant tous les saints , Pour obtenir des cieux une faveur plus grande , Epuise tous les noms de l'antique légende. E autre, dans la ferveur de m;s pieux accès, Du propheU; royal entonne les versets.
I>cu rs prières, leurs vo;ux, leurs hymnes s<! confondent. l^e ciel en retentit, les coteaux leur ré|Mind<'nt ; Et du <:reMx d(;s rochers, des vallons et des Ixiis , E'cclio sonore écouU; et rr';[M;le l(rurs voix ; 1.4'ur» chaut.', moulent enseiidtle à la ciîlesle voûte. Ils manhenl; l'aubip ne a parfumé leur route ; On iÂ)loi<i en chantant le (leuve, le ruisseau ; \.n nuage de neur> pifut de ch:i(|ue arbrisseau ; Et leurs pieds, <'ngli»sanl sur la terre arrosée , En liquidi-s rubis dispersent la rosée.
Ou franchit les forets, les Uiillis, les buissons , Et la t«-n'lre pelouse et les verU-s moissons ; On parvient au sommet d'une haut(t cnllinc, <^ui sur les champs voisins av«-c orgiu-il domine. Ehonncie du ci«-l < U^nd vs vi-n<-ralilcs mains ; Pour la gia|)pr naissante et pnur les jeunt-s giains Il inv(M|ue le (,it;l. (iomrne la fraîche (uidi-e l<;iigne, en lonibanl dis cicu\ , l:i terre lècondée , S)ir l<s fruits ei les blés nouvellement éclos, l.rs Ix-nédielions des<:end«-nt a graruls (lois. I^'S coli-aux, les valhuis, les • liamps se njouissenl , \à'. feuillage verdit, les Ihrurs s èp;inouissrut ; Devant eux, autour d'eux , tout M:mble prospérer; E'eftpoir guide leur» pa» : prier, c'est e»|H;n;r.
La fifoccssion des Rotations nvail lieu autrelois dans les villes coriiriie dans les cainl»agncs ; elle durait trois jours. A Paris, la (iremicro f)ror.(;ssion .ivnil lieu au Vonl-ini- (^hange, et s'arrAtait devant l'iinn^i! de la nfunlH Vi»:rj<e, pbicée sur une des maisons de ce |Kjrit. L'n jtrôlrt eiiliait dans celto mai-
son avec le bénitier, et, du haut d'une fent^tre, bénissait la rivière ; de là on se rendait au cimetière des Saints-Innocents, où l'on récitait des prières pour les morts; du cimetière au Saint-Sépulcre; du Saint-Sépulcre à l'église de Montmartre, où était indiquée la station ; de Montmartre on descendait a Saint-Lazare; de Saint-Lazare à Saint-Laurent , puis à Saint-Martin, et eniin à Saint- Médéric.
Le lendemain, la procession allait au Petit- Pont, et s'arrêtait devant l'image de la Vierge, placée sur la porte de l'hôpital du Petit- Pont ; de là elle se rendait à l'église de Saint- Benoît; de Saint-Benoît à Saint-Eliennc-des- Grés; puis à l'église Notre-Damc-des-Cham[)s; et en revenant, à celle de Saint-Côme.
Le troisième jour, la procession visitait l'église de Saint-Victor, et celles de Saint- Marcel et de Sainte-Geneviève ; le clergé et les fidèles étaient nu-[)ieds.
A Rome, le pape et les cardinaux assistaient à la procession. On leur préparait des sièges à la porte des églises , quand ils ne devaient pas y entrer. On réi)était cent fois le Kyrie eleison, sans nommer aucun saint. Lorsque Chariemagne assistait à ces processions, il imitait la piété publique, et marchait aussi pieds nus. La reine de Hongrie, sainte Elisabeth, se signalait par la même marque de dévotion. Comme on parcourait des lieux fort éloignés les uns des autres, on permettait aux vieillards, aux personnes faibles et aux femmes de s'appuyer sur des cannes. On faisjut abstinence de viande, mais on ne jeûnait i)oint ; le caractère môme de ces fêtes s'y opfiosait.
Enfin, chaque; jour de l'année chrétienne a sa fête particulière. Tous les états, tous les ûges, toutes les conditions de la vie, ont leurs représentants dans le ciel, et trouvent dans le calendrier catholique leurs patrons et leurs annivfTsaires, depuis les glorieux apôtres et les rois civilisateurs jusqu'aux simples enfants in.utyrs, (jui jouent avec leurs palmes et leurs couronnes. Chaque fête a sa physionomie et sa grAce particulière. T.a ReiiK! di;s anges et des saii.ts préside à toute cette famille céleste. Elle a aussi le cycle liéni de s<'S mystères et dis solennités pleines do grAce maternelle;. Nous en avons indi(|ué r«;sprit dans des étud(!S spéciales {Voy. Mvs- Tp.HKsj; nous ne ré|)éteroiis pas dans cet article ce que nf)us en avons di-jà dit. Nous avons aussi analysé ("t traduit (pichpies hymnes (pio l'Eglise (;hanl(! en son lioniMîur. {Voy. IIymnks); mais combien ne nous reste-t-il |».is encore dans se's odices de chcfses gra(i(!uses àadmiicr? la ])v<\s{) Inviolnld, |)(ir t;xempl(;, la prière; S(dre /tryina, et lout(;s ces allégories (hichaslelé, de saint amour et de maj(;sté paisible, eni|)runtées au (îantique des cantiques, nux prophèt<;s de; l'AucitTi Testament el aux plus ludhîS |)ag('s do i'Apocaly[)S(;. Marie;, la mère unive;rse;lle;, résume e;n e;lle seule; loute's lets veirtus, le)Ute-s le;s m(;rve!il!e'K, te(Ute;s le-.s f^iAee.s, loute;s le!S poésie" elo la légeîiide; : aussi, élans teiutes les fêles des saints ou l'ail mémoire d'elle;
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on lui consacre le plus beau mois de l'anniie , lo (Icrnicr jour do chaiiue semaino, el trois f(us par jour on la saUie au son di' la cloche, en répélant les douces paroles de VAncielus. F,n IVHe de la Toussaint, qui ri.'^sume toutes les iV'tes de l'année, est aussi toute spécialement consacrée à Marie, et un ancien légendaire nous la représente obtenant ce jour-là que les portes du puri^atoire soient ouvertes, et que toutes les Ames des (rois Ki^lises, réunies, puissent participer k la même solcnlulé et à la mC'me joie. Elle en porte la nouvelle aux pauvres Ames soulfrantcs, et, leur ten.lant les bras h l'entrée du ciel, elle les endirasse lour à tour, essuie leurs larmes et leur distribue de belles aubes toutes blanches. Cette fôto est véritablement celle do l'Eglise, et, par conséipient aussi, doit être considérée comme la l'ète de l'humanité régénérée et glorieuse. La prose de la Toussaint l'ait rénumération de toute la milice céleste, et nous montre, comme dans une l)rocession, tour à lo:ir h la tûte Marie qui conduit cette armée de triomphateurs, les anges commnmlés par saint Michel, les patriarches et les prophètes présidés i)ar saint Jean-Uaptiste ; i)uis les martyrs consacrés rois par l'injustice des tyrans, el dont le sang a teint la pourpre; les vierges qui tiennent des brandies (le lis el des roses, et qui suivent partout leur divin Fiancé ; tous ne sont plus occupés que de la gloire de leur Dieu, el chantent éternellement les louanges du trois fuis saint.
Sponsa ('hristi, qnv \)cr orbcm Militas, ICcch'sia , Pronic cdulHs, et sacrntos Die triiiiuplios cœliluin.
Ilwc dii's cunctis dicala, Mixla cœli guudiis , La'ta currcit, et soicmiii Personet melodia.
Laun'iitnm durit afjmcn Jnncta mntrr l'ilio , Snla quœ pnrtn piidorcin Virgo nnnquam pcrdidit.
Moi acifuuntHr aniidorinn Admimatri spirilus , Sidi'riinuiuc cotiditoii Mille linidi's coiitiiiKiil,
Ilia JiKinnrs vnle titiijof , Prtvco CJiristi prnviiis , l'atritirrliir ciim pinphclin Arrinitiit dulci melo.
Principes snai scnntiis , Orhis (ilmi ju lires .
Sedihiis relsis siihliines , i'acta pendunl oniniinn.
I*rndi(ii riliv, riiiore l'uipnrnti marlifres , Anspicati tnorte vitnm , l'are tjanilcnt perpcii.
Tiirhii sacra coiifilentnni , C.um Lrrilis, pra suies , Siiculi huit rejeclo, Pcifntitntnr gloria.
Pompa nuptial is, Aipw (.onsecrntir viiffines, unis rnsisqite Spnnsiiin i'mu'an'nr ptosrqai.
Omnibus sors liœc beala (•loriam I)eo dare , F.t potcntem confilen , Terqne sanctum dicere.
(Avlites 0 vos beati, Qnos Deus félicitât, Supplicuni votis adeste , Et (avete singuli.
Ilansta fonte liberali , Dona terris fundite , l'are noslris in diebus Obtinctc perfrui.
il Deo cum sanctilale Serviamus subdili , Gloria' postliac fittnri Quani tenetis compotes.
Amen.
La pensée qui se présentait le plus naturellement, après colle d'honorer tous les saints dans une méine fête, était de consacrer une prière générale h tous les morts, dans un même office : ce fut celle de saint Odilon, abbé de Chmy, au commencement du xr siècle. Depuis l'origine du christianisme ri^glise n'avait cessé de prier jiour les morts; les morts étaient recommandés tous les jours dans le sacrifice de la messe; mais leur consacrer un odice particulier, était une pensée digne de la charilé chrétienne. Cet oflice rappelle dans le cu^ur de l'homme les plus doux sentiments : l'aujour conjugal dans celui des époux, l'amour lilial dans celui des eiifnnts, et les plus tendres souvenirs dans celui des amis. C'était bien h l'éporpio où la nature se dépouille de ses fleurs et de ses feuilles, (lu'il convenait de nous rappeler la fragilité des choses humaines. L'oflice des Morts est un des {)lus touchants que l'Hglise ail institués. Le choix des |)saumes, celui des leçons et dos prières, produit dans l'Ame les impressions les plus profondes : ChAteaubriand, dans le Génie du christianisme, en fait ressortir les beautés sombres et l'attendrissante poésie. L'Ame y [)leure sa jeimossc flétrie, et demande à Dieu une existence nouvelle. Les gémissements de Job s'élèvent du s(!in do la terre : il semble (pi'on entend .ve plaindre; les ossements eu travail de leur procliîuue résurrection : « O mon Dieu! donnez-leur le repos éternel, et faites luire sur eux lA lumière qui n'aura jamais de déclin ! » Urqniem œtcrndin flonn vis. Domine, et lux perpétua luvcal ei.s. Kn attendant, qu'ils renosent en |»aix et que la tombe leur soit légère 1
Il est bien malheureux pour les chrétiens de nos jours qu'une fAcheuse routine ferme leurs yeux et hnir coMir h tant do beautés (]ui sont maintenant counne cachées dans toutes les parties de l'ofliice divin. Combien y a-t-il delitlèlos, même parnn les gens instruits, cpd pensent chanter h vêpres, le diman(-lie, des odes sublimes? Combien de personnes assistent tous les dimanches au saint sacrifice de la messe, et n'en comprennent ni les cérémonies, tu les prières! Qu'on ne dise pas (pie la célébration des ollices en langue làtin(! est une des causes principales de cet oubli, puisipie, dans tous les livres d'I''glise,on trfiuvedes traductions en langue
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vulgaire, lanl de l'ordinaire delà messe que do tous les offices. Il serait à désirer seulement que ces traductions fussent faites avec plus de soin, et rendissent mieux les beautés littéraires du texte, qui ne sont certainement pas inutiles à la piété.
« On reproche au culte catholique, dit Chateaubriand, d'employer dans ses chants et dans ses prières une langue étrangère au j^euple, comme si l'on prêchait en latin, et rjue l'office ne fût pas traduit dans tous les livres d'église. Nous croyons qu'une langue antique et mystérieuse, une langue qui ne varie pas avec les siècles, convenait assez bien au culte de l'Etre éternel, incompréhensible, iuimuable. Et puisque le sentiment «le nos maux nous force d'élever vers le Roi (les rois une voix supjiliante, n'est-il i)as naturel qu'on lui parle dans le plus bel idiome de la terre, et dans celui-là môme dont se servaient les nations prosternées pour adresser leurs itrières aux Césars? »
J)'ailleurs, l'unité de langage dans la prière est le signe de cette communion universelle qui doit faire de tous les peu|iles un seul peu [lie de frères, et de tous les homjnes les membres d'une même famille. Les ehréliens n'ont tous qu'une patrie , dont l«ome est la capitale ; or le laMn est la langue de Rome; c'est la langue-rnère d.; la civilisation moderne, el lV»ti ne |)arviendra pas à faire de la nouvelle Jérusalem une Rabel religieuse, en y introduisant la diversité des idiomes et la confusion des langues.
C'est à l'affaiblissement de l'esftrit de foi «pTil faut attribuer surtout le peu d'intelligence que les chrétiens ont maintenant de. leur pronre liturgie. Ils ont besoin d'être réveillés de leur assou[)issement nar le zèle éclairé de leurs pasteurs; ils ont besoin qu'on l<;ur disf;, comme saint Jean d(; Jérusalem disait aux fidèles de son l -mps : « O hommes 1 fpje faites-vous lors(jue le prêtre a dit : Elevez vos esprits elvoscœurs'f Ne promettez-vous pas de hj faire, en répondant : Nous les avons élevas vers le Sei(/neur7 Cepf.'ddant, vous n'avez {loint de honte de inanfjner h voire jtarole, et vous n'eji rougissez point 1 Cet autel est couvert de
HJ stères; l'agneau de Dieu y est inunolé pour vous; les chérubins assistenit .'i ce grand s^icrilice, les séra[)hins s'y réunissent et rn-
tcrcèdenl pour vous avec le prêtre Vrjili),
dans le ca(ic<',le sang même qui a été tiié du pur et divin côté de Jésus-Christ, alin de
vous iHjriticr Re|)réscnt"Z-vous ce sang
si .salutaire comme f:oulant en<:ore du côte do Jésus-Christ, et recevez-h; avec uiu; bou- » hr- triute (lurf;. Je vous conjure donc de ne point vous aljsenler «le j'églisf;, «le iif; point v«MJs y occuper do «Jiscours frivoles; s«i>«)iis-y «Jans lo Ircinbloruenl el le re.sp(!cl, les y<'ux baissés, l'iinu: élevée, gémissant, mais «;n sihni:», el ehniilaril, mais seulement dans h; fond du crwur. »
ijtiiuilh a-tn rpij s'arrêtent aux «éiéiridnios exK^'ri'.nir h sans on mê«liier l'jîsprit, il f'iiit kur rappeler que les signes no »f>nt «pj'uiie lolln; irifjrlo s'il» ne sont viviliés j.ar
rmlelligcnce des vérités qu'ils expriment et la foi aux mystères qu'ils re[)réscntent, et on pourra leur donner à méditer ces paroles remarquables de saint Cyrille de Jérusalem : « Quand l'évoque et les prêtres lavent leurs mains, pensez-vous que ce soit pour les purifier? non; c'est un symbole qui nous annonce que nous devons être purs do tout péché. Quand le prêtre invite les fidèles à élever leur cœur à Dieu, il leur annonce que, dans ce moment redoutable, nos pensées no peuvent plus s'abaisser aux choses du monde; qu'elles doivent monter jusqu'au ciel, en présence de ce Dieu qui a témoigné aux hommes un si grand amour. Nous récitons ensuite cette hymne sacrée que les sérapliins chantent dans le ciel, en l'honneur des trois personnes divines, afin de communiquer, }>ar cette psalmodie céleste, avec la sublime milce des anges. Quand les paroles de la consécration ont achevé le saint sacrifice, que les prières pour les vivants et les morts sont finies, que l'heure de la communion est arrivée, alors vous entendez une musique divine qui, ])our vous inviter h participer au saint mystère, chante ces paroles sacrées : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ! Mais ce n'est pas au sens du goût qu'elles s'adressent : c'est h la foi dont vous devez être pénétrés ; c'est à ce sens intellectuel qui vous révèle, dans les espèces du pain et du vin, le corps et le sang du Sauveur des honuues. Vous terminez cette participation au sacrifice de la croix par des actions de grAces : quand furent-elles plus justes et plus méritées ? »
Ce fjue saint Cyrille disait des cérémonies (h; la mef^se, il faut h; «lire de tous les offices de l'Eglise, (pii sont pleins de symbolisme et «le poésie. A l'aide de ce symbolisme l'Eglise a créé un nouveau moiuie inlellectuel et moral, et c'est aux inspirations «le sa liturgie «pi'on «loit la renaissance des ai'ts «'t l'c-pérancc «j'iinf; grande et suj)rême régénéralii»n nom- la littérature «^t les arts.
PROMIS. — On a|»p«'lle proses d'ancieiuies hymnes latitu-s en pr«)S(' rnnée, (jui se chaut«'nt «(ruinainnuent à la ines.se et au salut des grandes fêlt'S.
A mesure fpi«^ la langue laline se «orrornpit, on eu peniit la V(>rilable |)rotion<-iali(in , el la prosodie des an«nens n'étant plusgiM'rii ef)mpri.se, on lui substitua une v«nsilicali«)n plus sinqtle, «pii «fjnsislait sinileiiunit dans l(! nfind)re «l«!S syllabes et surtout «laus hî rf;lour régulier (l«;s mêmes s«»ns «pr«)u appelait l«; rliythme, el «lepuis la rim«î.
On n(! saurait st; dissinuiltn- «pie la rime e>l «l'origine baibar««, v\ s«! relro\ive «lans pi'es'pu! tous les «;ssais poéli(pies des pinipl«'s sauvages : la r«!ss«!mblanc,«; «les s«)ns sfMiiblc êln;, pour les peuph's «mlants, la pf<nuière initiation h riiaini«)ni«; «l«'s paroles et di's |»«nisées. F>es chants «les an«;iens bai des et des s«'al«les étaiinit pioliabhniMiUt limés, et K urs imitateurs «•onlinuènnit le iiiêiius système (h- poésie l(»rs(puî h'S idi«uiies germaitts, Indesipu" , «'ellifiues «'t gaulois s«! p«'rdirerii dans une laiiuite «:«tn<unpu(;.
TROSES
rUOSES
On sait (jne los bardes et les scaldes anini.iienl les guerriers au combat par des fli.uils que toute la nalioti, soit gauloise, soit germaine, apprenait pareteur et transmettait h la posl(^rité de père en fils : ces peuples uaviiienl pas d'autres annales. Telle fut aussi la fonction des méncslricrs chez les Francs. Lorsqu'un guerrier avait succombé dans la bataille, om l'enterrait avec ses armes, et les méni striers cbanlaient son éloge sur sa tombe. Ces sortes de poésies s'appelaient chansons de geste, parce qu'eHes célébraient les faits et gestes des béros. Celle de Clolaire II, iiuo Sidonius Appollinaris nous a transmise, prouve que l'orgueil national contribuait beaucoup plus h leur durée que le mérite de leur exécution. Nous en transcrivons ici le couuDi'iicemenl :
De Clotnrio est canote, rege Fraiicorum , Qui ivit pngnnre ciini (jenle Saronum ; Qiinm qraviler proiriiisscl tnissix Saxoiinm , Si lion l'nissct inchjlus l-'nro de gentc Uuigundionum ! Qnando venissenl in lerrnm Francorum , Fnro ubi eriit princeps , missi Saxontim , InstiuitH Dci , trunseiinl , pcr urbem Meldorum , ^'c intei/ieiiinlur a rege t'runcorum.