‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 209 sur 233 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Clianlnus Clolaire, roi des Francs , qui alla combaUrc la nation saxonne. De miellés rigueurs les Saxons élaicnl menacés , sans l'appui de lillusUc Karon.de naliou bourguignone !

^Juand les envoyés saxons furent arrivés dans le pays des Francs, où Faron étail prir)re. l'inspiration divine les fil passer par la ville de Mcaux, pour les soustraire au supplice que leur réservait le roi des Francs.

On voit pnr ce morceau que, dès la première race, les Francs avaient des chansons de geste rimées en latin, si toutefois on peut nommer ainsi ce jargon barbare. Mais les anciennes chansons ludes(iues n'étaient pas perdues; on ne les avait pas encore oubliées dans le viii' siècle. Eginhart dit que Charlemagne les recueillit et les apprit par cœur : Barbara et anliquissima carmina quibus veterum regnmaetus et beltacanebantur, scripsit m^moriceqnc manda vit.

Les cantiipies de celte époque eurent le n)ème but (jue les chants nationaux des bardes : ils servaient h l'instruction du peuple illettré; ils furent composés en latin, puisque le latin étail la langue de l'Kglise, et contribuèrent h rendre alors le latin plus universellenjent populaire (pic les anciens idiomes tudesipies ou celtitpies; les plus belles c<»m|)Ositions de ce genre furent annexées h l'odico divin, et c'est ainsi (juc nous avons d'anciennes proses un peu barbares de forme, mais toutes remanpiables par la .simplicité de l'expressàpn et la naïveté du sentiment.

Les ré(ornialeurs modernes du Rréviaire et dii Mi>scl n'ont |»cul-étre pas toujours assez «onipris la valeur littéraire d(^ ces monuments du passé, riusicurs de leurs correclions ressemblent assez à ces couches do badigeon «pu ont elTacé , dans plusieurs é;;li»cs, les traces des plus admirables peinturcN. On est revenu, du reste, h un goiU incillcur, et tout fait espérer que les belles

antiquités littéraires des premiers siècles seront désormais conservées, respectées et même restaurées dans nos ollices, comme on restaure partout dans les églises gothiques les travaux artistiques du moyen dge.

Parmi toutes les proses, nous choisirons les deux plus belles, pour les analyser et en faire ressortir les beaulés terribles, s'iblimes et tendres : car tout ce qui peut exalter l'imagination, étonner l'esprit, et toucher lo cœur, se trouve mêlé dans ces étranges poésies. Les deux jirosos que nous choisissons, comme los plus populaires et les plus belles, tout le monde les a déjà nommées : c'est la prose des morts, Dies irœ, et la prose de la Compassion Stabat mater.

On attribue le Dies irœ au cardinal Malabranca, neveu du pape Innocent III, et l'on raconte que, renfermé dans un cachot où il attendait la mort, il composa pour lui-mémo ce chant funèbre. Jamais le grand tableau du dernier jugement ne fut tracé avec unu plus ell'rayante énergie. Chanter cette prose et la bien comprendre, co n'est pas dire do la poésie, c'est avoir une vision. Des poètes modernes ont cherché h peindre cette effra.yanle scène de la vallée de Josa|)hat cpii dénouera le drame de la vie humaine ; aucun, dans ses descri|)tions, n'a su égaler los grands traits de cette esquisse de maitru qu'on nomme le Dies irœ.

Citons d'abord quelques fragments de [loôsie moderne :

Homme, empire , tout meurt : où retrouver encor Baliylone, Corinthe, et la cité dlleclor? Kilos ont disparu. Reine pâle et terrihle ,

0 Mort ! ouvre à mes yeux la profond«'ur liorrihlo I>u gouiïre où, dans la nuit, floUent tes étendards. Que de glaives rompus ! que de sceptres épars ! Mon souflle seul, perdu dans cet espace immense. D'un éelio de la mort réveille le silence ;

Kl le ver du sépulcre, eiïrayé par ma voix , Konge plus sourdement la dépouille des rois.

Qu'est ce monde lui-même? un tonilieau sans

[mesure.

La terre des vivants , reltelle à la culture , Ingrate cl s'endormant dans son oisiveté , A la destruction doit la fécondité.

La substance des morts dans ses veines rermenlc. Quelle poussière, ô ciel! n'a pas été vivante ? La hèclie et la cliarrue, eu nos jardins llenris , De nos aïeux eu poudre exliiiniciit les débris. Avec l'or des moissons ils lloltent cl s'unissent .\ii p.iiu rcjtarateur dont leurs (ils se nourrissent. Quand Linic, rappelée au irône de sou l>ieu. Monte cl vole vers lui sur des ailes de feu , Le soleil de nos corps boit la flannne ctlierée, La terre en ressaisit la dcpoiiille allcrce, Kt Ions les élemenls se dispnlenl cnUciix D'un souverain dclniil les restes malhcunMix.

0 moil ! si l'univers est ton vaste domaine. Au grc de ton C(»nrron\ «pic la faux s'y promène ; KiTai c sons les pas les empires fameux ; .Xrrat'lie le s<deil de son cliar lumineux ; Que sa flamme s'éteigne au fond îles noirs abimes. Kl »pic ta faux terrible ('pouvante les crimes !

Que le sage est beureux! Sur île vivre loujonr.> , Je renlends s'écrier : « Tàlis. llandteaii des jours !

1 Levc/.-vous, ouragans, et soulHc/ la tempête !

< Asires, éleigne/-vons! Cieux.eioub-i sur ma tcle' « Mon ame invulnérable, à travers vos débris , I .M'Uiie, comme la flamme, aux «clcslcs iaiiiL'rt!» i

IUd

« Mon àmc du Très-Haut est l'imaj^e vivante :

f La foudre, à son aspect, recule d ëpouvanle ;

I Et les traits de la mort sur les mondes lancés

« S'égarent autour d'elle , et tombent émoussés.

I J'habiterai bientôt ma nouvelle patrie.

i Toi t|ue je pleure encor, mon épouse chérie !

« Que depuis si longtemps je brûle de revoir ,

I Sous les parvis du ciel, oh ! viens me recevoir ;

« Oh 1 viens, brillante ericor d'éternelle jeunesse ,

« Conduire le vieillard au banquet d'allégresse ;

« Et, dans ces beaux palais, de feux élincelanls ,

f Des roses de l'Edeu couvrir mes cheveux blancs. >

Où seront, répondez, vos plaisirs chimériques . Vos stériles grandeurs et vos jeux fantastiques ? Hommes toujours bercés par des songes trompeurs, D'un coupable sommeil dissipez les vapeurs ! Pouvez-vous oublier qu'un Dieu, dans sa puissance , Pour l'immortalité vous donna la naissance ? Quoi ! les yeux éblouis par un frivole éclat , Vous prenez des hochets dans un jour de cond)at ! Eh bien 1 que ferez-vous, quand la pâle agonie , Appelant de ses maux la foule réunie , Epanchera sur vous le vase de douleurs; l-orsqu'en vos yeux brûlants s'amasseront les pleurs; I^ors<4ue tous les objets de vos fougueux hommages S'éloigïieront de vous, ainsi que les rivages , Les cités et leurs tours qui menacent les airs , S'éloignent de l'escjuif fendant les flots amers ? Jeune voluptueux , qui, dans la fleur de l'àgc , Ecoutes en pitié ce sévère langage , Eh quoi ! rien ne pourra t'effrayer sur ton sort ! L'airain autour de toi fait retentir la mort ; Le temps fuit à grands pis; l'élerniui menace ; Vers le terme commun tout se presse et s'entasse ; Tout t'avertit de l'heure où lu dois succomber ; Siiutenu par un (il, toujours prêt à tonil>er D^Ils le goufl're où des rois s'engloutit la puissance , Quand tout tremble et frémit , tu dors en assurance ! L'orage univers<;l gronde, éclate, et tu dors ! Malheureux ! foule au pieds les sceptres, les trésors, El, déMjrmais vainqueur de ta propre faililesse , Hegrette un seul instant perdu pour la sagesse. Homme, lève les yeux! regarde autour de loi Ot immense univers où tu marches en roi ; 0)nlemple Cftis vieux monts aux giganles(pies cimes, Os astres, o-s roflieis pendants sur les abîmes, i'ie% dé-serls à ta voix transformés en gni'-rets , (>8 siiperbfrs remparts , ces antiques forêts, (/es hardis monuments, ces floltes souveraines \'»gnant, avec orgueil, sur les humides plaines , Ces fertiles valbins, ces prés silencieux ; Vois, «uit/*nqile surloiit la niajesU; des <m\x ; O soleil qui, jMirU: sur un char rie lumière; , Poursuit, d'un pas égal, sa brillante carrière , De v»s \»<iU:<i rayons divise les faisceaux , Se brise en gerlx-s d'or sur le erilal d<;s eaux , Kl, disjM-nsanl au biin ha chaleur foi lunée , Est le myer du monde et le roi de Tannée. C«»rripl<^ Uius les tlamlH aux de la voùU; d a/.ur : lu lirilleiit d'im é( lat inalu Table et pur ; Eh bien! ils s ét*i(iilioiil dans une miil |iroi<iiide. In jour doit m: l);ver, b; dernier jour du monde.

0 jour de (olere !

Terribles moments î

0 jour de mis re ,

l)e pleurs, de Uiurments!

Vengeur d<: nos crimes.

Ou fuir ? où ca< lier

f^'s tristes vi*:liines

Qu'au fond des abluiex

Ta ni;iiii \a cbert lier !

Quel deuil , quelle e|KMivanle eslrcine , Qu.iiid sur un nuage e< lalaiit , Dieu, (|;«iis sa majesté suprême , Viendra j'iff' ' '* ■> ''''^ d'Adam '

La trompette animant leur cendre Dans les régions du tombeau , Forcera les morts à se rendre Au pied du trône du Très-Haut.

La nature avec épouvante , La moit, immobile d'efl'roi , Verront dans une morne attente Les nations devant leur Roi.

Nous entrons ici tians la traduction de cette prose inimitable, à laquelle les beaux vers d'Young, de Baour-Lorinian et do Le Franc de Pompignan, n'ont pu servir que d'introduction et de préface. Voici le texte de la prose :

Dies irœ, dies illa Solvet seclum in favUln , Teste David cum Sibylla.

Quantus tremor est futurus Qtiando Judex est venturus Cuncia stricte discussurtis !

Tuba mirtim spargens sonum Per sepulcra rcgionum Coget omnes ante thromim.

Mors stupebit et natura , Cm m resurget créât ura Judicanti responsura.

Voici comment M. Antony Dcscbaraps a essayé de traduire littéralement les premières strophes : nous ignorons pourquoi il a laissé en latin le quatrième vers de la première.

Jour de colère : ce jour-là Sur l'univers il doit descendre , El réduire le ciel en cendre , Teste David cum Sibylla.

Tout lunivws devra frémir Lorsque, porté sur les nuages.

Au sein des leux el des orages Il verra le juge venir.

La trompette el sa grainb; voix Ke^tand une terreur profonde Parmi les sépulcres du inonde Qui s'ouvriront tous à la fois.

La mort sera dans la stupeur En voyant toute créature Se lever de sa sépulture Pour rép<uidre à s«ui Créateur.

L^ie ancienne traduction, [»ul)liéedu lem|)s (le Louis XIV, dans un recueil de j»oésies chrétieruies, rend ce (iébiit avec |)lu.s do poiiijx' et en se rap|)roclianl davantaf^e do la sombre harmonie (mjs rimes répétées :

Ojoiir du Dieu vengeur, où, pour punir les crimes, Lu déluge biùlant soilira des abiuies , Où le ciel s'armera île fouilres el d'éclairs ! Quel trouble en Uius lescd'iiis, «piaiid ce juge sévère, Laiie iiit de louli's parts les feux de sa colère , Sur un tiontr e< lataiit paraîtra dans les airs ! Aux antres les plus sourds la trompette «Mileiidue Réveillant la poussière, eu cent lieux répandue , Tous les morts sortinuil de la nuit des loinbeaux. El dans rinimeiise eD'nd de toute la nature , Aux pieds du Oealeur, la pâle <T<-alure Atteiidia pour jamais ou les biens ou les maux.

Oucl tablewu! le monde (|ui s'engloutit diins la cendre comme un vaisseau «pti somlire dans la mer; celle Iroiiipelle à la voix siirpreii;iiite, dont le ( ri d'airain parcourt au m<"'me iiist.iiil Iniiles les ré>^ioii.s de la iiioil, Mis.semble les tioupeaux de la IomiIjo et les

PROSKS

l!ift

l>ou.sse, encore tout pAles et tout poudreux', ilevatit le trône de leur juj^e; In mort et la nature (|ui regardent avec stupeur ee boulevcrsriuent «le leurs lois, et la eréation tout etili(''re }>alpilante îv la lois devant sou auteur! Le livre des consciences est ouvert. Ahl niisérahle, (pie diiai-jc? A (piel défenseur aurai-jiî recours en cet instant ([ui fera trembler riunnuic même le plus juste?

Liber scripliia profercttir In qno (otum coïilinetur Vnde mnmlux judicclur.

Quid siim, viiscr, tune dicinrus ?

Qiirtn pntroiiiim roçintnrus, QnuiH vix justus sit sernrus ?

A ce dernier trait, qui peint une suprômc aMxiélé, 1(» [)eintre s'arnMe éperdu, le poêle fond en laruu's, et le chrétien suppliant se j)i()sterne en levant vers son Sauveur des mains trend)lantes. La première jiartie de la jtrosc était le tableau du ju;.;en)ent dernier, la lin est une fervente invocation inspirée par l'elfroi (|ue cette [)einture terrible a fait naître dans toutes les Ames.

lii'.x trenit'iidu' imijcslnlis.

Qui S'ilviiiidos siilvits gratis, Salva tue, fous pielalis.

Ilecordnre, Jean pie , Qiiod siiin ciinsu linr viœ :

iV'c me perdus il lu die.

Qitdreiia me, xedisti l/issns ; ftedemisii rrurein passus :

Tiintiis Inbor non sit cassus.

Juste Judex ullionis , Donum fiic remissionis Anie dicm ruiianis.

lu'ji'misro tanqu im reus, l'.ulpii ruhrt viillus meus :

Supplieanli parce, Deus.

l'erralr.cem ubsolvisli , J'j lalronem exat'd'tsti , Milii iiuoqne spem dedisli.

l'reres mea' non suut diijna', Sed In bonus fac bénigne, Ac perenni ereiner igné.

Inler oves locum pnvsla.

Kl ab inrdis me séquestra , Staluens in parte dextrn.

(lonfulalis maledietis , l'ianimis neribns addielis :

Voca me cum benedirlis.

Oro supplex et nrrlinis , Cor ronlrilitm quasi einis , (•cre furam milii finis.

Lacrgmosa dies illa , (Jua resurqel ex favilht Juilirandus liomo reus , lluic ergo parce, Deus.

Ri)i iloiiija niajosU- «Ni lorrilil-, i|iii ,s;iu\c/. ^laliiiliMiiciil ceux (|iic vous \oiilf/. ,s;iiivcr. saiivivinoi. vous iloiit la iiiisri ironie r>l iiiépiiis:ili|<>.

Soinn c/.-voiis, »"> Jt-Mis |ilfin «le hoiilé, (|iie j'.ii (<U< ta caiiM- i\r V(»ln> péiiiliU; v(»>age ; ne me |UTtli«ï pas 011 iiii si'iil jour !

Kn nio cliei (liant, vons vous é\es assis falignc ; ^ollH m'avf/. i.m lifU> p.ir les «loiiirnrs (\e. la croix : ♦pinn si granit laliriir ne ilevinine pas iniilile !

Nous axv. .ihsons Mailclcinc , \oiis ave/, exauce un l.iinm. rt vous m'avez permis lï'spér.ancc ! Mes

prières sonl iri(lij,'ni's, mais vous èhs bon , je rougis connne un coupable el je baisse la Icle ; mou cœur esl broy«; comme de la cendre : iiyei soin de ma dernière heure !

Essayons de traduire, en conservant la même mesure que l'original et en triplant aussi les rimes :

Le grand jour, le jour de la foudre Viendra uoiis perdre ou nous absoudre, El réduira le monde eu poudre. Quelle terreur pour les pervers Otiand le juge de l'univers Au crime ouvrira les eulers !

f,a irompitle se f;iil entendre , Et des morts soulevant la cendre, Devant Dieu leiu- dit de se rendre.

La nature alors frémira El le tombeau s'étoimera Quand la mort se reveilltra.

In grand livre à tous se révèle, De lame juste ou criminelle Portant la sentence éternelle.

Que dirai-je alors, moi, pt-cbeur ?

Où Irouverai-je nu défenseur Parmi les saints pâles d'horreur ?

Dieu, dont la majesté m'oppresse, Vous faites grâce à la faiblesse ; Sauveî-uu)i , source de sagesse.

Souviens-loi, Ji-sus plein d'amour , D'avoir souflért pour mon retour ; ^e me perds pas an dernier jour !

Quand lu tomitas, las de me suivre , Sur la croix lu cessas de vivre :

Que la mort au moins nie délivre !

Dieu toujours juste, l>ieu vengeur , Accordez la giàce au pécheur Avant le jour de la teneur !

De mes reumrds le cri m'accable , Et je rougis connue un coupable.

Pardonne/ à ce misérable.

.Marie (1) a cessé de pleurer, Au ciel un larron put entrer, El vous m'aviez dit d espérer.

Mes pleurs n'ont ri(>n q.:i vous liée bisse, Mais par votre boiUi" propice Arrachez-moi du précipice?

Séparez-moi tîes boucs maudits , Kl parmi vos saintes brebis Cachez-moi dans le paradis!

Je vois les âmes criuéinelles En proie aux llauunes éiernelles ! Dieu ! ne me traitez pas connue elles! r.e cœur <pii vons a uu'prisé...

Comme la cendre il esl brisé !...

Par ma mort soyez apaise '

0 jour de terreur, jour ile larmes , Où les coupables, piiMus d'alarmes , CmUre eux vous fourniront des armes !... Avant l'élernilé du feu , Pardomuv. , pardonnez, grand Dieu !

S«^nl juge du siècle tpii londie , Accordez la paix à la loinb(>.

Délivrez-nous de nos renutnls , M'Mi Dieu, donnez la paix aux morts!

A CCS cris déchirants, h ces prières subli-mes inspirées par la plus grande et la plus

(1) Il y a ilans l'ancien lexlc : Qui Mariam nbsolviiti.

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juste de toutes les craintes, opposons maintenant un chant de tristesse inspiré tout entier par la compassion et le saint amour. Tous les âges chrétiens se sont attendris des douleurs de Marie au pied de la croix; tous k'S saints et les saintes ont pleuré avec elle. L'Eglise aussi est une mère qui soutire d'ineffables angoisses lorsqu'elle voit les douleurs de ses enfants. La prose Stabat mater est l'expression de toutes les angoisses de sa charité, de toute sa tendresse pour Marie, de tout son amour compati^^sant pour les douleurs de l'Homme-Dieu.

M. Thiers, curé de Vibraie , dans son Traité des superstitions, range le Stabat mater parmi les prières superstitieuses, et en donne pour raison qu'il trouve indignes de la majesté de Marie ces tremblements, ces soupirs, ces larmes qui, dans la prose, la font paraître trop humaine; mais que voudrait-il donc qu'elle fût? La Reine des anges, la mère de Dieu était-elle autre chose iju'une femme?L'hérélique Vigilance trouvait également indignes de la majesté du Verbe les langes et le berceau de l'Homme-Dieu.

Quoi ! la mère eût dédaigné de verser des larmes, quand le (ils versait tout son sang? Elle n'eût pas frémi quand les frissons de l'agonie parcouraient le corps de son fils? Elle n'eût pas tremblé, quand le Sauveur s'écriait d'une voix ét<.'irite : Mon Dieu ! mon Dieu, pourquoi m'avez-tous abandonné? Jésus avait défailli lui-môme et sué du sang au jardin des (Jlivicrs, et vous exigez de sa mère une impassibililé stoïque ! Oli! ne craignez pas de la d(''slionorer en avouant les douleurs qui ont fiil s;i gloire. Pour apprendre à compatir à nos fjiiblesses, elle que Dieu avait créée imjjeccabli', ne fallait-il j)as au moins qu'elle succombAt aux angoisses de son maternel amour?

La prose Stabat est restée m.ilgré M.

Thiers, et restera malgré In froi<le crilifiiie de resjM-il janséniste ou ullra-gallica'i.

fclle élail (kboiU, la iw.rc. (loii!oiir«!iisc, iiiiprcs de la froiJL, loulc «n l;irni«;s, lor^quo W)ii (ils «-Lill «:ni(ril< ment su»p<*iiilu, «;l son ;i(ii<;, |Çt;iiii>,«î;iiiU', ronU islie cl navrée (k iJoiilt:iir, éUiil iravi-iMM; par un gl/ivt;.

Oh 1 anu\t\i:ii lii->U; «-t allligéc fui ccll; nicn; liénio (l'un fils nniqii»; «:nln; les lionirucs !

Kllf; <';lail IrisU-, fl elle soniriair, cl <ll<' IrrrriliLiit en voyant les [ifiru-s <lf; sou (,'loriciix cnlant.

QiikI hofnnie aurait pu sms (diMircr \(ni la nicn? (lu (Jiri-»l livrée à un panil Mipjilice ?

Oui (Kiurrait n'être pas contrisl*; en «onleinpianl nlU: pieufte mère qm souffre ave*; son liis ?

l'on r les (K-cliés de kon |KU|)le,elle a vu Jésus dans les Ufurrnenls el endiain'i m>us les ver^'es. Klle a vu htm doux entant hien-airrif- mourir aiiaiidonné de tout le inonde a son dernier vmpir.

Ilelas ! 6 niere (pii et<'S la sourre d'amour, (ailrsinoi s^-ntir toute la profondeur de votre alllirijon , afin «pie je pleure avec vous !

Fail'-s (|ue tout mon e'imr s'ennamme pour aimer mon (.hrist et mon I)ieu, el ipie je parvn-nne a lui I l.iirr-.

S;iinU; frw'rre, failevmoi irlli'. ((ràee de (graver les \> Ati-n du Oufifié prorondemenl dans mon < ii-iir !

l,aisvr/.-moi par».i((er au moins les MiiiiïraneeH ''< >i>lre enfant Idis'é, (luis/pi'; e'esl pour moi »|u'il a dai^;né Prtitïm.

Stabat Mater dolorosa Juxta crucem lacrymosa , Dura pendebat Fitius.

Cujns animnm gcmenlem , Contristuntem et doletitem , Pertransivit (jtadms.

0 quam trisiis et afjlicla Fuit illa benedicta.

Mater Vnigeniti !

Quœ mœrebat et dolebat , Et Iremebat cum videbat Nati pœnas inclijti !

Quis est homo qui non (leret CItristi Matrem si videret In tanto supplicio ?

Quis posset non ccntrislnri Piam Matrem contcmplari Dolentem cum Filio '.'

Pro pecca is suœ gentis Vidit Jesum in tormenlis , Ft flagellis subditum.

Yidit suuni dutcem ISaium , Morientem, desotalum, Dnm emisil spirilum.

Fia ! Mater, fons amans , Me sentire vint doloris Fac, ut lecum lugeam.

Fac ut ardeat cor nieum In amundo Christum Deum, it sibi complaceam.

Saiictn Mater, istud agas , (^rucifixi fige plagiis Cordi meo valide.

Tui A'«M' ruluerati , Jam dignati pro me pâli , Panas mecttm divide.

Laissez-moi mêler aux vôlns «le vraies larmes et coinpaiir au pauvre Crucifié aussi longtemps «pie je vivrai.

Etre aiiprt's «le vous au pied de la «-roix, et confon- «In; ma plainte à la voire , c'est tout ee «juc je dcsiri".

Vier|,'e glorieuse enlre It^s vierges, ne me soyez pas ;:iiier«- ; f.ilcs «pie je pleiin' avec vous.

FaiUrs «pii' j(! «•oiii|ireime la iiioil «lu Sauv«'ur, la «li'sliii«;e «le sa douleur et le «iilliî d<' ses ld«'ssures.

RIessez-moi de «es plai«'s , enivrez iimi de eello croix pour l'amour «le votre fils.

Ouï je laisse tirùler mon ««eiir, el «puî vous seule, «'» Vii-r^f! preniez ma «léfense au jour du «lernit'r ju- (,'«-mi-iit.

Kaili's do la croix ma Kardieiiiu-. , «le ia mort du Cliri^l II- liaiiiie de moii âme , de la grâce l'uiiiiiuo «lial(;iir d<; ma vie.

El «piand inun < orps mourra, faites «pie mon àmo obtienne l«; «l«)n di; la i^Uiire «lu <:iel.

Fac me vere tecum (1ère , (Iruri/ixo coudolere Duncc ego visera.

Juxta crucem trcum stare 'I r. lihr'ilcr siiciare In planctu denidcrii.

Virgo Virgiiiumjiruclaru , Milii jam non ma amaru Fac me lecum plangoc.

Fac ut porlini (.hrinti morieni, l'annioni» eju» xiirtem Fl piugan rccoirre.

Fnr me plagin vnincrari i'.rut • hac imbriari fib umorrm Fitii.

InflammatHs et accensus , Prr le, Yirgn, xim drfrnsus In dir jttdicii.

Fac me crucc cusiodiri , Morte Chriuli privuiiniiri , C.oitfnveri (jralia.

Quando corpus moiictnr , h'ac ut animœ donetur Paradixi gloria.

Amen.

De pareilles beautés se refusent 5 l'analyse. Celui qui ne les sent pas tout d'abord ne les comprendra jamais : il ne faut (jue lire, comprendre, nu''diler et i)leurer. Nous n'osons pas pour cette fois essayer de traduire en vers : de semblables paroles ne se traduisent bien qu'avec des larmes. Peu de poêles ont essayé de traduire I(î Stabnt ; la musique seule pouvait en exi)rimer toutes les beaut('s : le Dics irœ, au contraire, a eu un grand nombre de traducteurs, h commencer par Jean de la Fontaine, dont la j)araphrase n'est pas un chef-d'œuvre. Nous donnerons plus bas la traduction de M. de Marcellus , (pii nous paraît su|)érieure à toutes celles (jue nous connaissons, et nous rejoindrons deux autres prises traduites par e même auteur, celle de PAques et celle du Saint-Sacrement.

Nous préférons de beaucoup les pros(!S anciennes aux nouvelles composiliotis du même genre dont les bréviaires de plusieurs diocèses ont voulu s'enrichir. Nous ne comprenons pas, par exemple, le désir d'innovation (jui a lait substituer, au Mans, d'autres paroles au chant catholique du grand Alléluia du P<\t(ues. L'O filii et filiœ valait bien, même au point de vue littéraire, les strojthes (}ue nous allons citer :

0 sanrta (jens ftdelium !

licfittle snrcrdotinm , Unte Dca pra'coiiiiim. Alleliiln.

Alléluia , alléluia, alléluia. (Ter.)

Soluto mnriis viiiculo ,

Krumpit (Hiristlus tuuiulo ;

Ciialu plaudainus œniulo. Alléluia, clc.

Aniorc Jesu saucinm ,

Ad mou unie II lu m pra-einin ;

Lati se<iuumur Maijdiilam. Alléluia, olc.

Aj]i.\i (.hriati tjruihus

t ossox pedis lidelibux

leueamus aiiiple.vUnts. .[Ileluia, clC.

(}u(V tua, Jesu, gloria !

Morlein, dum radis liostia ,

Al'sorbes in vietoria. Alléluia, clc.

(ti'HH* qui noslrum perdiilil,

Sif dirus auguis orcidil.

Sic lex peecali concidtl. Alléluia, elc.

{Ai n'est pas que nous poussions l'amour des choses gothi((ues ju'^cpi'à refuser toute espèce do mérite aux inspirations d'un»* piélé plus moderne ; niais nous croyons qu'il eu est de la poésie comme de la peinlur«', et ipie c'est toujours chez les artistes du moyen .'^go (pi'd faut étudier les formes simples , les expressions pieuses et tf)ule • elt). beauté chaste et naïve qui doit être lo caractère le plus essentiel de l'art chrélieti.

PIIOSES

Les proses anciennes paraissonl maintenant peu intelligibles (]uelquefois , parce qu'elles sont écrdes dans la langue des saints, dont les expressions mystiques ont cessé de nous être familières, ])ar suite de l'atlaiblissement de la foi. Un auteur souvent judicieux, et dont les recherches nous ont été utiles, criti(pie amèrement la belle [)rose d'Hermann Contractus, »rji, mncfe Spiritus, (pii a été aussi attribuée au roi Robert. Voici en quels termes il s'ex[)rime : « Il paraît que le Veni sancte Spiritus est d'un religieux du monastère de Uichenon , en Souabe, nommé Ilermanus, et |)ar surnom, Contractus, parce (lue, dOs son enfance, ses membres s'éiaii nt horriblement retirés. C'était un des savants du xr siècle; nous lui devons une chroni(pie que l'on consulte encore de nos jours. On le croit aussi auteur des deux chants en l'honneur de |a sainte Vierge, le Salve Ref/ina et V.ilma Redemptoris mater. Quoi qu'il en soit, le Veni sanclc Spiritus est loin de répondre à l'idée (ju'on aurait d'un grand poêle. C'est une production qui se ressent du lem[)s où elle a été écrite; les dernières stro[)hes surtout n'ont rieii de celte élévation, de ct'lte noblesse de pensées qui convenait à une si grande fête.

Lava quod est sordidum , lUga quod est aridum , Sana quod est saucium.

Flecte quod est rigidum , Fove quod est f rigidum , Ilege quod est devium.

[)a tuis (idelihus In te confidentibus Siicrum soplciiariuin.

« Il faut être bien versé dans le style <le l'école pour deviner que ce dernier mot signitie les sept dons du Saint-Ks[)ril. »

Nous j)Ourrions répondre (pi'il faut être bien étranger à la langue des mystiques et aux ex[>ressions scientiticpies du symbolisnu\ pour ignorer ce (jue c'est que le septénaire sacré.

\.G même auteur criticpie avec la même amertume et la même injustice la prose du jour de r.Vssomption. Nous citons encore :

« Le goût et l'intérêt de l'Kglise demanderaient aussi ([u'on réform.U la prose de l'Assomption,([uoi(piemoins ancienne <iue celles de PA(pit\s et de la Pentecôte ; elle porte connue elles des marcpies de notre ancieinio barbarie. Qui pourrait approuver des strophes telles (pie celles-ci :

Il in suant requiem , Infert ca'lo Inciem .\rca viva Ilomini.

C.liristum, cum liuc vcncral (Juo mater susccpernt Mon est venter purior.

(Jua' le, C.lirisle, genuit , (Juiv laclenlem alnit, .Vh;ic bealam dicimus.

lino quod creiliderit (Jiiod sibi vilucrit lime bealam dicimus.

0 prœ mulieribus Quin et prœ cœleslibus Benedicta filia !

Nous demandons à notre tour qui pourrait blâmer cette poi^sîe si évangéiique et si simple?

Elle s'en va vers le séjour de son repos ; elle a lourné son visage vers le ciel , l'arche vivante du Seigneur !

U n'y a point de sein plus pur que le sien : car elle y a reçu maternellement le Christ pendant les jours de son voyage parmi nous.

0 Christ , celle qui t'a fait naître, celle qui l'a nourri de son lait, nous l'appelons maintenant bienheureuse.

Oh ; par dessus toutes les femmes , par dessus même tous les esprits célestes , fille de la terre , soyez bénie !....

Il n'y a rien là, il est vrai, qu'on puisse comparer aux odes d'Horace comme dans les hymnes de Santeul ou de ColTin. Uesle à savoir si les odes d'Horace sont le mo lèle le |)lus parfait qu'on puisse choisir pour faire de la vraie poésie chrétienne.

L'auteur que nous citons et que nous réfutons ici a été plus heureux dans l'appréciation qu'il a faite de la [»rose de l'.Xnnonciation, et c'est avec jilaisir, cette fois, que nous le citerons encore : « La prose de l'Annonciation est, parmi les productions de ce genre, une des plus belles dont le .Missel de Paris se soit enrichi. C'est l'ouvrage d'un esprit également élevé et religieux. L'homme n'a plus à soupirer: exilé de sa patrie céleste, il était errant et malheureux ; il gémissait sous le poids du fiéché dont .\dnm avait accablé sa postérité; il invo(iuail en vain la miséricorde de Dieu, ses soupirs ne montaient point jusqu'au trône de l'Kternel; mais le jour lixé (tar le Très-Haut pour sa «iélivrance est enfin arrivé; un messager céleste en apportf; la nouvelle; la plus pure des vierges d'Israr-l est élue pom- laccomplissoment de ce grand desseii. Sot sein, son chaste sein, renfermera ui Dieu qui, [tour sauver les hommes, se fait fiorrnne luimême. Les palais éternels s'ouvrent, il en desce/id (lOur nous guider dans les voii-s du salut, et nous rendre à nos heureux destins. Toutes ces idées sont eiprimées avec autant de facilité que d'élégance :

llumniii fjeneris Cfstent tunpiria :

lieutn mntrit Afferl hic nunlia hiKH muTliilibut.

Lniin uelere (.iinrli conndimui lMphO% eriijere , \ enil /Mlitiimut

he cœli nedibu».

lie.leclœ rirgini, Qutr he.um pnritit Anpelu» iJornini Siifutit niiHlinl SoUrœ nnjMeriurn.

• L'auteur s'interrompt ici, et, rempli d'iino saifilo allégresse, il s'écrie : » () Vierge • rnillc fois heureuse, recevez dans voire

« chaste sein le Fils de Dieu, Dieu luimôme. »

0 beatissima

Prœ mulieribus!

Virgo castissima

Deum visceribus

Suscipe Filium.

« Ses vœux sont accomplis. Du souffle de rEsj)rit-Saint naît une chair céleste, exempte de toute tache, et destinée à servir de victime pour le salut de l'homme, à lui offrir une divine nourriture.

Virtute Spiritus

In sinu V irginis

Jnnocens penitus

A labe criminis

Caro compingitur.

Per hanc infantibut

Lactescit teneris

nie qui, mentibus *

Patiis a superis

In cœlis edilur.

Corpus hoc offeret

In sacrificium ;

Servos ut liberet

Totum in preiium

Effundel sanguinein.

« Frappé d'admiration pour un si grand sacrifice, il ajoute : « Je m'égarais loin des « routes de ma patrie ; j'étais sans boussole « et sans guide. Le Fils de l'Eternel vient « partager mon exil, m'ouvrir la route doiit « il est lui-même le terme sacré; je me hûlo « de suivre ce guide divin. »

Errabam devius Kxsul a ptilrid Semilœ nescius Ad vera gtiudia l'er quam regrediur.

In mca Dnminus

\ enit exsUia

Viœque terminus Ip$e fit et via :

1 utus hac gradiar.

« Celte belle prose est terminée par une invocation pleine de grâce à la mère du Sauveur :

El tu, pro mise ris Supplica nuniini Ifnœ te diim asseris Ancitlam Domini, Fis mundi Domina.

« Frappé des beautés de (•etl(! brillante production, un |)oele fran(;ais (1), dont le talent égale la modestie, a (essayé île la faire (tasser ^'.n v(!rs dans noire; langue. S'il n'est pas toujours égal ,'i son modèle, il a lo mérite ineont' stable d'en approcher souvent.

Il luitenrin, «e jour (|ui oimhir- nos ilcsirs , Jour hfMireux, si lon((l<'lllp^ l'oliji'l de nos soupirs; (Jn Dieu \iciil n-li-vt^r son im;t(;c snliliine , Que \v pri-ini«;r niorlcl ilc^'rada jmi 1»; <rim« ; El di-j.i I ange instruit des volonlos du Ciel

(I) M. Tnrourt , ancic^n consul du roi dans le l.ev.iMl. Nous lui devons nn recueil di^tie d"elof(«s , sous \r. litre d«; Poésies sacrées, suivie^ de ninexioii.s historiques cl niuralca.

TROSF.S

«.«•lie Viorpo, l;i gloiiv et Ihonncnr d'Isra»"'!.

Ki'Voi>-l<', Vit»r|:;e sainte, accin'illr son lioniinagc ;

|)n salnl des luiniains il rst lo premier pa^c.

Le lils «le rKicrncI, dans Ion an}];iisl*< soin,

Init riioninic à jamais à son clro dis in.

<'e Dion, iiiaiiro absolu de lonto la nainre ,

Des osprils i)ioidionrenx c«'loslo nonnilnro.

Sera liicnlol la notre, ol désormais m Ini

Los fra<;iles moiiels tronveront leur a|)|)\ii.

Inimnai)le, ("lomol, aussi saint qno lo Tore ,

Il renonce à la {gloire, il descend snr la terre.

Kl do riionime ('OMpaide ell;»»;anl les forfaits ,

Il le rend a la vie, ol Ini donne la paix.

Mais qnel nonvean piodi;;e ! el qnelle esl celte lioslie

(^110 lo ("jel , en conrroiix , vent qu'on Ini sacrifie?

C/esl Ion lils. Vierge sainle, oui, c'est ce fils divin ,

Ce fils que le Très-liant a forint; dans Ion sein.

Voilà donc la victime el le seul sacrifice

Que réclame, 6 mou Dieu ! ta sévère justice !

Ilèlas ! dans cet exil , crraiil, abandonné,

Kl partout, de périls, de maux environné ,

le passais dans les pleurs ma malbeureiise vie ,

Privé du doux espoir de revoir ma patrie :

Quel morlel aurait pu nren ouvrir le cliemin 1

Je le cherchais , hélas! el le cherchais en vain.

On peut reiunrijucr combien In mesure des grands vers est [)cu favorable pour rendre le niouveiiieiil d'un chant sacré dont la légèreté du rli} tluiio doit aider la ntarciie. Le poëto que nous veiiOMs de citer, d'a|)rès notre auteur, a lait d'une prose une éléjjie rien qu'en changeant la tnesur«; des vers.

La prose de roiricc du Sacré-Cœur est celle de toutes les proses modernes (pii se rapproche le plus du génie; ancien pour i'ex- |)ressio 1 des sentiments de piété. La poésie en est grai ieusc lleuric même peut-être jusipi'à l'excès.

Hic florct innocentia , llk infîammalur cliariins , Uir leis daiur venin , //((• xanalur in/inuilas.

Ilir rasln xjiiinnt lilin Quibiix iiiU'sciiiil virgiiirx; Hic unçinnliiy ad pr,iliii Mo.t cotoniindi pugiles.

Les anciennes proses des saints sont des légendes rimées ipii rappellent particulièrement les chants hislorifpies des bariles. Nous en citerons pour exemple la prose remar- (juable de l'oHice de saint Denis, dont h^ caractère gothique et f)rimilif n'a pasoncoie été altéré par «i inhal)iles corrections.

('•(illonim fifuixliilu.% Vcucriil Liilrliiiin , Qiiain Iciirluil snl'doliix lloslin irliil yropriam.

Hic coii.stiiidi) C.liriali liuipln , Vcrho docct ri creniplo , C.orrHscal wirncitlis.

Turbn crrdil, cnnr rcdil , l'iilcs crcscii ; cl cliiiacil MomcH latili ;i»«r«ij/is.

///« nu'lilis fil iiisnniix Inipcnilor iiilinmaiiiis, ^lillilijiie Sisiniiiinn.

Qui i'n$lorciH nnininruiii , l'idc, vilii %iqiiis clurimt Triilmt ad inip;iliciii})i.

liiflignnSiir .icni pcrtin' , flagrn, carccr, et caUiur .

Invicln serf conslanlia 1 orme ut a vincil omntn.

flrcordntiis emctnorum Forlis ullilcla Inhoniiu , l'cr nova gaudcns privlia, Aùernn gud'ril prmuia.

Immolali vir bcutus /If/wi carne saginaliis :

hl prn'senli rnlwralus Ad certameu niiwinc.

Qiiam sermonc prœdicavit, Mille signis gnani probavil , liane siguare (eslinavit t uso /idem sanguine.

Vrodil marlijr cnn/licliirus :

Siib secnri slnl necttrus :

Feril liclor , Sicijiie viclor Consiimnialur gludio.

Adniinisiri qui sncrorum Consorles finnl laborum, Consecranlur , Coronaninr Uno 1res marlyrio.

Tarn prirclara Passw Fiepleat nos gaudio.

Amen.

Voici maintenant les traductions de M. lo coiute de Mnrcelliis, (jue nous avons promises à nos lecteurs :

Traduction de la prose des morls

DIKS in.t.

Ojour! terrible jour d'horreur et de misère (I) ! La croix, signe d'elVroi, brillera dans les airs : Kl d'un maitre irrité la justice sévère

Jugera l'univers.

Du Saint roi de Jii la les célestes cantiques , (Jianis de joie el de deuil, de colère et d'amour, Kt (les Icmps fabuleux les oracles antiques

Ont prédit ce grand jour.

Quel spectacle, grand Dieu ! des tourbillons de flaui-

[ mes Accompliront du ciel les rigoureux décrets : Kt lo Dieu qui voit tout dt'vod ra des Ames

Les coupables secrets.

I.n terre se dissoul ; la n)er fuit el s'écoule. I.'asire du jour s'e;cint, lo ciel perd ses fiamlieanx. I.a trompette soudain sonne: les morls en foule

Selanconl des tombeaux. F>a mort pale esl vaincue et friMiiit : la Nature, Connue elle, est dans le trouble et dans l'ctonnemenL, Voyant la tombe vide, ol toute créalnro

Su'i)ir son jugement.

Là s'ouvriront eu ciel les archive» sublimes Kl ce livre où d'un Dieu la redoutable main (ira\o en traits immorlels les vertus el les crime»

De toiil le genre humain.

ISulle injure en ce jour ne sera sans vengeance ; Uien no luira col iiil qu'on ne s.iurail tromper. La force ni l.i fraude à sa juste sentence No p;)urront échapper.

Comment fléchir. Ik-Lis ! ce Irihunni auguste? Dévoré de rentords , honteux, humilié , Que «le\iondrai-je, o ciel ! quand à peine le juste Sera ju^tilie ?

(I) Dics ira-, dics illn C.alamilatit cl miscritr.

(Soph.i, i:.).

jis:

PROSFS

rtoi doiit la majc-lé fail fiissonncr riiiipio , Dont la grâce à reiifer an acIiO un réprouvé , lésiis, souveiiez-voTis qu'au prix île voire vie

Voire amour m'a sauvé.

l'ai vu par vos douleurs ma cluile réparée , N'auriez-vous emJuré qu'un slérile travail ? i'ar vous, combien de fois la brebis égarée

Esl renlréc au bercail !

Vous avez des bourreaux épuisé la malice. La crois a vu pour n)oi répandre un sang divin. Acbevez votre ouvrage : un si grand sacrilice

Hélas! serail-il vain ?

Seigneur, n'allendez pis le jour de la vengeance. Que dès cet inslanl même , 6 mon juge ! ô mon roi ! La justice se taise , et céiie à 1 indulgence :

Jésus, pard<;n:iez-moi.

Coupable, je gémis ; d'abîmes en abîmes Egaré lo n de vous, mille erreurs m'ont conduit. Je vous ofl're aujourdbui, pour expier mes crimes ,

Le remords qui les suit.

Madeleine, à vos pieds, beureuse pénitente , En pleurant ses pécliés en oblinl le pardon , El l'oji vit sur la croix votre grâce i^^uissanle

Faire un saint d'un larron.

J'ai transgressé vos lois; mais mon juge est mon père. Vous me tendez vos bras , et j'ainie a m'y jeier. Malgré lous mes forfaits vous voulez que j'espère ;

Que puis-je redouter?

Seigneur, qu'auprès de vous ma prière fervente , Toul in ligne quelle est, trouve un facile accè>». Préservez-moi du feu dont l'ardeur dévorante

Ne s'éteindra jamais.

Do vos préceptes saints gardant la voie étroite , Que loin des boucs impurs soii placé voire fils ; tju'aupres du bon parleur il suive a votre droite

Les (i I' b"S brebis.

F.ivrez, 6 \)m\ terrible ! à ! i flamme éternelle i.CAW que vous niaudiss<'Z, qui ne vous verront pluh; Mais daignez m'inviter d'une voix paternelle

Au bonheur des élus.

Prf*»tcrné devant vous, je tremble et vous confie I)e mon fleniilé l'avenir iii«erlain.

Prenez soin de mon àme, et que ma triste vie

Ail une beureuse fin.

0 jour ! lerrible jour de pleurs et de colère ! Ou le péclieur, conbis, interdit, consti-rné , Treiidilani, se li.vera du sem de la poussière Pour se voir condanni);!

Pardonnez-bii, Seigneur, il en esl temps encore; El qu'arrivant sans crainte à ce jour solennel , 11 \uihsi: voiin iH-nir et voir luire laurorc Du repos clcrnel !

Tradnrlion (la la prose de Pdfjues ,

VK.TIM/»; l'AS^.MAM I.AIHF.S (1 ).

A la P.'iqiie nouvelle, au (Ilirist, au roi di- gloire , Victime qui pour nous s iuimrde en ce granri jour , Que l'univers ( brrlien, en ebanlanl sa victoire ,

Offre un sacrilite d amour.

L homrne-I)ieu par si niorl rendit la vie au monde. Il lr;iver»e in vainqueiir les boireiirs du toiiil)eau. Ll rinnoceni agneau dont le sang nous inonde,

iSacliele un eoupaUe troupeau.

L'eufer frémit, il lutte, il défend si coiK|iièl4: ("Ij. Uienl6l il s'humilie, et tretsaille tlelTroi.

I\) On ne ronnail point l'aiileur de celle prose , qui esl (revaneienne. (Voyez lUrlionrunre de Tliéofof)ie de iJerj^ier publié p:ir M. l'abl-é Migne.i

i'i) kloTtun iHui fTO, iiifunif (Ové.- XIII, H). (Je- Auinj ffufm heu» m$citaitl, noluli» dolonhu» iiifi-rin (Aa. tf, ii).

Lu mo.t, pâle, confuse, avouant sa d<Taite ,

Irendde el tombe aux p eds de son roi. Vous qui, fondant en pleurs, de l'auteur de la vie Sur la croix expirant avez reçu l'adieu , Dites, à son tombeau qu'avez-vous vu, Marie?

— J'ai vu la victoire d'un Dieu.

J'ai vu briller l'éclair, précurseur du tonnerre ; J'ai vu paraître un mort du tombeau triomphant ; J ai vu le ciel s'ouvrir, j'ai vu trembler la terre ;

J'ai vu le Christ, le Dieu vivant.

J'ai vu rév( iiement prédit par tant d'oracles. Chef-d'œuvre du Très-Haut, préparé par ses soins , Salut du monde entier. Du plus grand des miracles

J'ai vu les célestes témoins.

J'ai vu la tombe vir!e el ses dépouilles vaines. J'ai vu ce Dieu captif, dès que le jour a lui , Secouer du trépas les impuissantes chaînes.

11 vit; nous n'espérons qu'eu lui.

Il vit; son peuple heureux pourra bientôt l'entendre. Ses disciples chéris contempleront ses traits , Dans ces lieux où ses mains se plaisaient à répandre

Les merveilles et les bienfaits.

Des maux du genre humain vousqui fermant l'abîme Ouvrez à vos élus la lerre des vivants, lloi vainqueur de h\ mort, triomphante victime, Ayez pitié de vos enfants.

Traduction de la prose

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