I .'.) Telii ni-ifHi»»inii ujnni (Kplien. vi, K
t"l L»* U-xU- hehreii, que la Viilgate traduit par /i i',€((l hijmiiui, pei:i v(. (Liihiirc uuMi cl pciil-' Irr
PSAUMES 1178
Le chœur des anges renvironnc ; Les étoiles font ta couronne :
Tout s'abime dans ta splendeur.
En vain, pour chanter ta puissance , Ma bouche s'ouvre : le silence Est l'hymne digne du Seigneur.
Dieu juste, écoute ma prière ; Rassure mes sens effrayés.
Mon front, caché dans la poussière S'humilie el tremble à tes pieds.
L'univers est la créature ; Ta providence est la nature.
L'ordre des destins est ta loi.
L'immensité, c'est ton empire.
Père de tout ce qui respire, Tout naît, tout vit, tout meurt en loi. ' L'impiété parcourt le monde.
Semant l'horreur el le trépas.
Sa parole en douleurs féconde A creusé l'enfer sous ses pas.
Hélas ! ou séduit, ou coupable , En brisant ton joug adorable , Ton peuple a cru trouver la paix.
Mais étends sur nous la clémence , Et couvre sous son voile immense El nos erreurs el nos forfaits.
Mais celui que ton choix délivre.
Rompant de funestes liens , Loin de nous s'envole et s'enivre A la source de tous les biens.
Admis au parvis de ton temple , 11 admire, il loue, il contemple :
-Maison céleste ! heureux séjour ! Où mille concerts d'allégresse Chantent linnuortelle sagesse , .Mère de l'immortel amour (l) !
Viens, arme loi de ta justice (2) ; Parais, rassure l'univers ; Rep(»usse le crime el le vice Au fond du gouffre des enfers.
Des humains roi, pasteur cl père , Eu loi tout ce qui vit espère Jns(|uedans l'ombre de la mort.
Le uauiounier près du naufrage Pâlit, sur lui umgit loragc ; Il t'invoque, et se trouve au port.
Grand Dieu, la gloire est la ceinture, La puissance est ton vêlement.
Muelle à les pieds, la nature Fn mil à ton cominandemenl.
Dans nos co'urs coninu; sur nos lètes Ou.'ind lu veux tonnent les tempèles , Onand lu veux h; calme renaît.
Lair sillle, la mer s'enlle et gronde, Mais, docile :> la voix, son onde Devanl toi s'abaiss<; el se lait.
Qu'ainsi le dt'-mon do la guerre Pàhsse et fuie à ton aspect.
Que tous les peiqiles de l.i terre Tremblent d'amour «'l de respect ; Qu'ils reconnaissent ta loi saiuti;; Qu'ils contemplent, saisis de crainte ,
(dus exactement par Tibi nilcuùum liijmuui. < 0 I Seigneur! le silence est voire louange. » David le ( hanlail ainsi dans ini de ses psaumes. (Kossuel , Midiliitions »nr l' UvaiKjilc , deitiirrc xemnine du Suutiiir ; fiitiiriiHle-iicuvifinc jour. Voyt'/, aussi l.i noUi de llos<.uel sur ci; lexle, toc. cit., cl le P. Rurlliier sur le (isainne i.xiv.^
(1) Sdjiinilid... (lit.il... l'.()o malcr pulrlirœ (lilertioniif (Sap. xxiv, 1, 4, li).'
(i) <;'r-si le sens du le île hébreu, (pii sembin fiirc r,ip|iorler i '-s mois in aauitalc jilutol u CJtuudi noi qu'.i tciiiphim (uuiii.
1179 rSAlMES
1/iinpir à tes picils aiKUtii.
(,)tif iDus les l»oiis se n-jouissciil , El (]iiiî tons los m('('hanls frémissciil Du iriomphc de la verl».
La terre où brillent tes rirhcsses Que. parent les plus doux attraits , S'enorgueillit de tes lar.:,'esses Kl s'enivre de les bienfaits.
Ta main aux riantes can>i).iî^nes , Aux bois, aux valions, aux montagnes Pro ligne tous les dons du ciel.
Tu biiiis les rives fleuries Et fais couler dans les prairies Des ruisseaux de lait et de miel.
,Tn couvres nos brebis de laine Pour nous défendre des frimas.
Ton regard embellit nos i)Iaines, L'abondance nait sous tes pas.
F.,c ruisseau te doit sou murmure , La verte foirl sa parure , Le doux rivage ses gazons.
Au terme de son cours l'anm-c Par les soins se voit couronnée De vendanges et de moissons.
Tu fais revivre les ruines , Ta voix anime le désert.
La rose y succède aux épines, Au noir buisson le bo-quel vert.
Une pluie licureuse l'inonde :
îl se change en plaine féconde El brille de mille couleurs.
Sur la terre fertilisée Un ciel pur en Ilots de rosée Distille le parfum des fleurs.
Ta main puissante a donné l'être
Aux nH'rvtill("s que nous voyons.
Alais l'homme, né [)Our te connailru ,
Jouit du pins beau de tes dons.
Ton nom du couchant à l'aurore
Est béni; partout on l'adore ,
On l'ain)(> ; on s'écrie en loul lien :
i Louange au maître du tonnerre ! i
La mer, les fleuves, l'air, la terre,
Le ciel , loul chante : Gloire à Dieu ! »
Ode tirée du Psaume lxxxii, Dcus, (jiiis similis crit tii)i ?
Traduit, paraphrasé cl appliqué à l.i Franco en 182,). Levez-vous, Uoi des rois; votre lente justice Excite le blasphème, encourage le vice, Consomme des pécheurs l'aveuglement fatal. D'un Dieu prouipt à |)unir cpi'ils sentent la présence ; Q.ii ne trend)lernit pas devant voire puissance,
Grand Dieu? (pii marche à votre égal?
IN vantent leurs sticcès, ils parlent d(> leur gloire, ||.|;i,l nous avons vu les fruits de leur vicloiie : Tout céda, tout Hechil sous leur coupable elTort; L<' snng coula partout sans assouvir leur rage; Leur liberté devint un horrible esclavage,
Et leur règne un règne de mort.
Leurs complots ténébreux, avant-coureurs des cri-
[nies.
Dans l'ombre du secret choisissant leurs victimes, De mille horribles vtrux épouvanlenl la nuit. Nous n'espérons qu'en vous; nos larmes vous im-
Iplorcnt, S«^ignenr; vous le savez, dans cejix qui vous adorent
G'esl vous que leur fureur poursuit. Ils ont dit : Haïssons d'une haine immortelle Ce Dieu (prin\o«pie en v.iiii son peuple trop fidèle, Que son culte et son nom soieiil proscrits en tous roniurons a l'eiivi leur ruine rommiine ; ( lieux ; El di'iniisons partout la mémoire importune Lt de re peuple ol de koii Dieu.
PSAIMES
Ainsi, Dien des vertus, du couciiant à l'aurore. Le pécheur vous maudit, le juste vous honore : On ne peut être bon. Seigneur, sans vous aimer; Contre votre saint nom tous les méchants frémis-
(seul.
Le mensonge, l'erreur, tous les crimes s'unissent. Pour vous combattre et blasphiuner.
Faites tomber sur eux votre main vengeresse. Frappez leur fol orgueil; confondez leur sagesse; Qui croit anéantir vos décrets immorlels. lis osent de vos saints envahir l'héritage. Ces lemples r.ont à nous, disent-ils : cl leur rage Profane et brise vos autels.
Fiers des progrès trompeurs d'une aveugle science, Ils verront leurs complots et leur vaine prudence Tomber, s'évanouir aux pieds du Dieu vivant ; Comme le char qu'entraîne une pente rapide, Ou comme dans les airs vole la paille aride, Jouet des caprices du vent.
Tels ont vit autrefois, jaloux de votre gloire, Des mortels au Très-Haut disputer la victoire : Mais bientôt à son souille ils disparurent tous. Qui peut impunément vous déclarer la guerre, Et qui jamais en vain du maître du tonnerre' Osa provoquer le courroux?
Comme un feu dévorant, né du sein des campagnes. Consume les lorèts, menuce les montagnes, De sa clarté funeste embrase au loin les airs M) : Que de votre courroux le tourbillon terrible (2) Enveloppe rim|)ie, et que son bruit horrible
Frappe d'efl'roi tout l'univers.
On verra leurs palais renversés, mis en poudre, Leurs fronts audacieux sillonnés par la fondre, Eux-mêmes elTacés du livre des vivants.. IMais non, Seigneur; ouvrez votre sein lutélaire. Que l'amour paternel désarme la colère;
Ces ennemis sont vos enfanls.
Lnprimez sur leurs frontsla honte et les alarmes. Soudain leurs yeux remplis de salutaires lar.r.es Tourneront vers leur Dieu leurs regards eflVayés : Le pécheur qu'égarait un sort longtemps prospère. Si le bonheur s'enfuit, se souvient de son père,
L'invoque, et se jette à ses pieds.
Ainsi, par les méchants votre gloire outragée. Aux yeux du monde entier triomphant*- et vengée. Vous fera reconnaître à de nouveaux bienfaits. En apôtre, Seigneur, vous changerez l'impie. Dans la loi qu'il bravait il trouvera la vie.
Et rougira de ses forfaits.
Oui, grand Dieu ! sous la main de votre providence. Toujours l'IuMuble vertu reçoit sa récompense, Le crime s'humilie ou tombe s<ius vos coups. Ah! contre le Très-Haut, l'auteur de la nature. En vain s'enorgueillit la vile créature : La gloire n'apparlieut (pi'à vous.
Ode tirée dit Psaume i.xxxiii, Quam dilccta.
Traduit cl p.irapliras»; en forme de prière, qu'adresse ii Dieu un jeuiierbrélien au moineiil où il vieul de faire SI première conimnuion, 2 lévrier 1832.
Qu'il est doux d'habiter dans vos saints lalH^rnacIes, Seigneur, de méditer vos consoLints oracles.
Au pied tie vos autels; De mépriser le monde cl ses brillantes chaînes, D'opposer à ses lois fugitives et vaines
Vos décrets immortels!
Combien plus belle encore est la demeure sainte Dont voire gloire emplit b hmiiiiense enceinte!
(HoMK.n. tliail. c. 11, v. i.').'>.) (i) Celle image C le '"wl même loiiibilloit sont daos riicbreu.
ilSI
rSAUMES
Ail! que fais-Je ici-bas?
Epi is de voire amour, consumé par sa flamme, Je gémis, je languis, je me meurs, el mon :\me
Sélance dans vos bras.
Quel éclat m'investit? Je Irioinphe du monle; .Mon jeune front rayonne, et l'aliégrosse inonde
Mon cœui pur el fervent.
P.ir vos tendres faveurs mes peines sont charmées, Celui que je possède est le Dieu des armées,
Il est le Dieu vivant.
Un toit hospitalier recueille rhirondelle (1); Daus son nid dort en paix la jeune tourterelle ;
Moi proscrit en tout lieu, Exilé, fugitif, errant de ville en ville. Dans mon triste abandon j"embrasse pour asile
Vos autels, ô mon Dieu !
O'i'il est heureux. Seigneur, qu'il est digne d'envie Ci'lui qu'après les maux de celte triste vie
Vous daignez consoler !
Il règne : dans le ciel son trône a sa racine. T-a révolte et l'enfer, ligués pour sa ruine
Ne sauraient l'ébranler.
Uienheurense après lui l'àme pure et fidèle Qui, trnnvaiit I;' reposa l'ombre de votre aile,
Vous OiTre ses douleurs :
S'ir la terre d'exil, colombe désolée.
Languissant loin de vous dans la sombre vallée
Que fécondent nos pleurs !
Mais celui que Dieu guide el prend sous sa (iéfenso, Dingépar sa main, marche, cou>t el s'avance
De veiliis en vertus ; Foulant aux pie Is la terre el sa gloire frivole Par ces <livins degrés il s'élève, il s'envole Au s«'jour des élus.
Tonjours dans vos décrets, législatenr suprême, De la gloire d'un Dieu (|uil adore et qu'il aime
Il vil hiire un rayon.
I*i<'nt6t loin du séjour qu'ensanglante le crime, De vos conseils secrets il sondera l'abinic
Dans la sainte Sion.
Grand Dieu! voyez mes maux, essuyer tant de lar-
[mcs Que nos cris jnsqa'à vous, que nos justes alarmes
-Ne montent pas en vain.
Si-ignenr, l)ieu des venus. Dieu qu'adoraient mes Lnleiidez les W)Upirs, c\au< ez l<*s |>rières jj» res,
D'un royal orphelin.
I.e Seigneur dans l<'s roi» honore son image. De leur ;iulorilé sa |»aro!(; e><l le gajj'f; :
Il vengera leurs droits, S )n nom esl le Tre>-haul; il lance le tonnerre. Il esl le Dieu dfs dieux au ciel, eî sur la Uric
Il est le roi des rois, S<rignenr, que yml auprès de vos chastes délices Ces triomphes d'un jour Ci), o:s grandeurs corru|>-
l triées
Dont l'homme «fst si jaloux ?
Loin de moi >\fs |»«cheurs la cou|ia!)le demeure! Lu biecU; au milieu d'eux n'égah: pas une heure
l'au<-e auprès de vous.
D'ifu «u* donne lni-«uèine à ceux dont l'àrne est pure. 1.3 \eril<; latis voile «-t l'-iniotir sans mesiir»',
T»:l «WTt ItMir honhfur.
Sa main ri-p:ind la \ir el donne la r\cU)\iv. l'ar lui nou-ï trionqiliofis, lui seul reg.ie, el la gh»iro
.N'olx^-il qu au S«ign«nir.
Dr l'irnpie orgueilleux il ahal la piiis«anre, OmiUli- «le hieiM le juslir, el de lliuuilile iiuKxemx;
(I) l.f mol iM'hreH Aiguifte liirnnilellf, el e^i rn- Iftfhi ;if(i«i pir prcvpie Iouh les liéhr;us;iii;,. (Vote/. le H, H«Tlhin, pMMiiie i,\x»iii.)
{i) |'4jjeanl '/l a d,iy, r/V;/»c, t.lcyij )
PSAUMES fl82
Est l'immortel appui.
II menace et console, il punit et pardonne. A ses soins paternels heureux qui s'abandonne,
Et n'espère qu'en lui !
Ode tirée du Psaume cxv, Credidi, olc.
Traduit, p.ira;.hrasé. et appi qui'; h la mort de Mgr Bordo-
ries, évéque de Versailles (1).
J'ai cru : ma foi tonjours animant mes paroles, J'ai combaitu le monde et ses vaincs idoles; Seigneur, votre sn.gessc inspira mes discours. Mais que mes tristes yeux ont répandu de larmesl Que d'outrages, grand Dieu! que de maux, que d'a-
' larmes Ont affligé mes derniers jours (2) !
En voyant sans pudeur trahir la foi promise. Vos bienfaits méconnus, el votre sainte église Sans défense livrée aux plus noirs attentats, Tous les crimes légner sur la terre où nous sommes, J'ai gémi dans mon cœur , et j'ai dit : « Tous les
[hommes i Sont des fourbes et des ingrats, y
Cependant, votre grâce élevant mon courage, Seigneur, sans me troubler, j'ai fait tète à l'orage : Parmi tant de douleurs vous m'avez consolé. Que faire pour le Dieu dont le bras me protège? Failjle, je ne puis rien, liéias! Que Jui rendrai-je
Pour les biens dont il m'a coud)lé?
Appuyé sur son aide et sur ma conscience. Et redoublant pour lui d amour, de conliance. Répondant à ses soins par mou tendre abandon, Des méchants conjurés déliant la malice, De la main du Seigneur je prendrai son calice,
Et j'invoquerai son saint nom.
AiTiK! de cette foi qu'un vain orgueil condamne Bravanl l'inipiété dans ce siècle profane. J'adorerai le Dieu qui seul est mon appui. Sa bonté fait briller sa sagesse profonde, El la morl de ses saints que méprise le monde
Est précieuse devant lui.
Plus je vois triompher la cauve de l'impie, Plus mon espoir en vous. Seigneur, se fortifie; Les vaincus d'aujourd'hui seront vainqueurs un
[jour (3).
Tranquille, je m'endors dans lis bras d'un bon père. Me repousseriez-vous? Votre Eglise est ma mère: Je suis rriifanl de votre amour.
Aussi, m'adoucissant le terrible passage.
Vous avez lerminc- mon long pèlerinage.
Et je v.iis, affranchi di^s terrestres liens,
Denir \otn; saint nom dans un ch(i;urde louanges;
Et, |)artageaiil l;i gloire et le séjour des anges,.
Hoire à la soun (î des vrais biens.
De^ rayons itiimortels la s^plendeur m'environne; Je recois de vos mains la («-leste couronne; El, quittant |)our jamais im monde criminel, J lialiite le palais du maître du tonnerre. Oubliant les douleurs du temps et de la terre
Au sein d'un bonheur èttM'uel.
(I) (J: psaume cxv est, dans le psautier hél)r:iï(|ue, In siiitcr el le <(impleiueiit du psaume c\iv, «pie j'ai autrefois app'iqué a la mort du saint et illustre aiehevé([Ue de IJoideauv, monseigneur d'Aviau. (Voyez mes Oi/e» nuTtics Urri'.s drs (iiiiinc psiiuincs ifrnduels, d.-. liées à rs. S. le |.ape l-eou Ml. Paris, l«-27, p. f)";.) Le p-.aume cxiv ( oniuienee par l)iU.ri {jui ainir). Le cxv commence par (.rcdidi, j'ai cth. l,es (h-ux veiK'rables pnl ils mil cru el «j;ri(*. Aujctind'hui ils ne croient plus, ils voieiil. Mais ils «it/ie/iM't «/»»ier«//< toujours. (\ole de M. de Miirceilus.)
(J) Le verbe lii breu «|ue la Vidgate rend par hu< tmlialH» vini \eiil plutôt dire ajjUilns mmi.
f») I une slibidil jimli in tiioijiKi inintunlia flt/utTluj i:<ii (fUi ne iiii'jii\lutrn:uil (Sap., v, i).
UADEUIS ET RACINE
r.ABKLAlS ET RACINE
IISV
RARFXAlSol RACINE. — Joindre ensemble les (|pii\ noms do Rnljclais ol (leRacin(>, c'est prendre h leur naissance et à lourapopt'e les gloires de la langue franraisc. Rai)elais, quoique jircMrc et religieux, n'a|)i)artient pas h la littérature chrétienne; et toutefois on doit dire, h sa louange, qu'h une (^l'oque où le venin de la réforme infectait les meilleurs esprits , il sut, malgré les écarts de la plaisanterie, rester uni au centre de l'autorité, et exerça avec une décence qu'on n'eût peut-être pas attendue d'un pareil écrivain les fonctions du saint ministère dans la cure de Meudon.
La langue française doit h. Rabelais ses premières saillies et sa première richesse, et c'est h l'école de cet écrivain que se sont formés tous les maîtres en malice naïve, tels que La Fontaine et Molière. La critique et la gaieté, dont l'Eglise ne réprouve que les excès et les abus , trouvèrent en lui leur grand docteur, et s'il ne sut pas encore se montrer poli, il fit du moins passer ses grossièretés à force de finesse. La Bi uyère, qui a jugé Rabelais avec une grande sévérité, lui accorde toutefois les qualités les l)lus éminentes. « Son livre, dit-il, est uu mélange inexplicable : c'est une chimère; c'est le visage d'une belle femme avec des pieds et une (jueue de serpent, ou de quel- ([u'autre bète jilus tlilforme ; c'est un monstruf'ux assemblage d'une morale fine et ingéni(>use et d'une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin au delh du pire : c'est le charme de la canaille. Où il est bon, il va jusqu'h l'exiiuis et à l'excellent; il peut être le mets des plus délicats. »
« Rabelais, dit un écrivain remarquable, ^L Emile Mazens, dans un travail justement apprécié où il examine le mouvement de la langue française depuis Rabelais juscpi'au win' siècle,' Ral)elais n'était pas seulement un bel-esprit; c'était ini des hommes les plus savants de son siècle. 11 possédait l'italirn, l'espagnol, l'allemand, le latin, le grec, l'hébreu et l'arabe. La grannnaire, la poésie, la philosophie, la médecine, l'astronomie, la jurisi)rudence et la théologie ne lui étaient pas étrangères. Il mit un pe\i de tout cela dans son livre, cl celle confusion ne tourna pas nu profit du bon goût.
« Tamlis (|uc le langage inégfll de Rabelais no tombait rpie lro|) souventdans le cvnismo ou dans l'obscurité, Marot mettait dans lo sien une gr.ke et une lucidité que nous admirons après trois cents atis. C'est lui qui nous apprit ce facile enchaînement du (liscours, ce tour ingénieux cl celte nelleté des conslruelions , ignorés auparavant. Chose étonnanlo ! c'est un |)0('te(pii, sacrifiant h la clarté les licences et h*s inversions si chères h son art, imposa h la pensée cet ordre méthodiipie f|u'elle ne semblait devoir emprunter qu'à un philosoplic.
« A son école se formèrent des prosateurs célèbres, et tous les écrits qui suivirent attestent rinHuence de ses vers, Marg\icrife de Valois fait passer dans ses contes l'attrayante naïveté de son badinage, et Amjot, lui dérobant sa gentillesse ingénue et ses grAces enfantines , n'a besoin que d'une abondance plus nombreuse pour donner h Plularque un digne interprète, et faire la })remière de nos traductions où l'on reconnaisse les traits de l'original.
« Nos vieux translateurs étaient restés si loin des anciens , qu'on peut douter qu'ils en sentissent la perfection. Dès que le sens est grossièrement reproduit, ils pensent avoir rempli leur tâche, et nulle part on ne les voit entreprendre une lutte supérieure i\ leurs forces. Le choix même de leurs modèles nous permet ordinairement de juger de leur goût. Il est rare qu'ils préfèrent les cliefs-il'œuvre du siècle d'Auguste à la latinité barbare du moyen Age, et souvent ils se bornent à traduire leurs devanciers.
« De quelle utilité leur travail pouvait-il être pour la langue ? n'oiïrait-il pas encore plus d'écueils que d'avantages ? Lorsqu'un idiome est fixé, l'étude assidue de l'anliiiuitô lui communique sans doute des formes [dus variées et des combinaisons plus savantes ; mais lorsque, incertain de lui-même, il s'agite et cherche son propre génie, tout commerce étranger peut lui devenir funeste et l'égarer dans sa marche.
« Au lieu donc de s'exposer aux dangers d'une imitation trop précoce, c'est dans l'usage ordinaire qu'on devait chercher cette aimable simplicité qui ne lient pas tant h l'esprit des écrivains qu'i^ celui de l'époque. Quand tout a été dit, on tourmente l'exnression pour rajeunir les idées. Dans une littérature naissante, au contraire, on vise moins h l'eUel; on ne s'efforce pas de tout faire ressortir, et le style a je ne sais quelle fleur de naturel qui ne saurait durer longtemps.
« Tandis ([ue noire langue avait tous les agréments de l'enfance, quelle tentative audacieuse vient tout-h-coup la troubler et la travestir? Un jioi'te V(>ul l'enrichir des trésors d'Homère et de Virgile, cl la couvro violenmienl de leurs dépouilles. Non content de modeler sa versilication sur la leur, il adopte encore leurs mois combinés et une })artie de leur vocabulaire. Les jargons mêmesde nos provinces ne sont poinl rejelés, et la France semble avoir rétrogradé vers la barbarie,
f< Ainsi se manifeste à cette époque l'irrés'stil>le ascendant des vers. L'enthousiasmo de I\onsard entraine ses contemporains, et la contagion s(> répand de tous côtés. Ses nombreux disciples parlant, comme lui, grec et lalirj en français, s'enorgueillissent do n'employer (pie des mots (jui (hMuandcMit un commentaire, cl, pour les entendre, i!
R A DELAIS ET RACINE
RABELAIS ET RACINE
faut souvent avoir un lexique entre les mains.
« Cet «ibus de l'érudition n'était pas fait pour déplaire aux savants d'alors. Charmés de retrouver dans notre littérature les objets de leur culte, ils applaudissaient au travers général que leur style informe et décoloré n'eût jamais produit. Les efforts de la mémoire refroidissent et éteignent l'imagination. Aussi nos érudits ne connaissaient-ils pas ces mouvements rapides, cette flamme de l'expression, qui popularisent les défauts gomme les beautés de la poésie ; et leurs compositions, pleines d'un savoir indigeste et d'un pédantisme bizarre , n'amenèrent pour l'art de la parole aucun résultat nouveau.
« D'autres écrivains se montrèrent pi s éloquents, sans opérer à cet égard de léforme importante. Toutes les lois grammaticales étaient renversées. Chacun pouvait tout oser, et l'indépendance abusive des opinions, provoquée par nos disputes religieuses, s'accommodait assez de cette anarchie.
« Un homme doué d'une grande imagination peut manier habilement un idiome imparfait, sans contribuer beaucoup à ses progrès. Au lieu de substituer à un usage ûouîeui fies règles que son génie aurait peutêtre fait respecter, il peut profiter du désordre où il trouve le langage ()0ur donner h ses idées une marche plus libre et un tour plus original. Nulle contrainte ne gène son expression. Ses pensées étincellent par la vivacité des images et par la variété des fornif'S. En le lisant on lui pardoime son audace : on sent qu'on ne [lourrait le corriger sans l'alfaiblir. .Mais, aussitôt qu'on passe à son école, on est surpris df.' ne plus trouver le même charme, et c'est alors qu'ofj est frap()é de 1 incorrection, des tournures vicieuses, des locutions triviales (ju'il a laissées après lui. On voit bien que nous parlons do Montaigne.
« Admirateur de Ronsard, Montaigne partagea plusieurs de ses erreurs littéraires, et, (pioirjue plus retenu dans ses excès , il méconnulainsi que lui lecnraclèrodr notre langue. On dirailque, [)Our n'en [iasèlrcesrlavc, il négligea de l'étud^r r. (''rst aux pnrolrs à Mcrtirel à nuivre, disait-il, cl (/ne In gascon y arrive xi le frnnçnin n'y peut aller. y\ecouliimé dès l'erif/irice à j»enser avec les aijtf.-urs de l'aiicierme Italie, il s'exprima delà rrièrnc fiKinière, et dut .i leurs écrits tous les secrets do son style. Il étonn»; par une invention continuelle; mais cf;s Inurnures hardies, ces elfels pilloresfpjes n'apparfiennfit qu 5 lui .seul, et rif; se transfii«;ll<'Ml (tas plus «jue le l,ih;nt de l'écrivain. On peut doric assurer, avec Voltaire, qu'il f;iijl n-gretter riniagination de .Mofitaigne, et non pas sf)ii langag*?. C'est un inslrijinent inq^arfait avec Icfpjel il Jîiéc'Jle un bel ouvrage, el rpiil lransiii(;t h »e% successeurs sans lavoir jierffctionné.
« Il nîiparlenail h la (loésie «l»; réparer lo in/il qu'un (»'»<fc avait fait. Klle ne ai', conlonle pai, comme l'érudition el la philoso-
phie, de l'approbation do quelques hommes : les sull'rages de la multitude lui sont nécessaires. Renonçant donc à un luxe pédantesque, elle recouvra dans Bertaud sa i)remièie simplicité. Ainsi un ruisseau dont on a troublé le cours reprend en peu d'instanis la limpidité de ses eaux. IVIais en sortant de l'aflVeux désordre oii Ronsard l'avait précipitée, devenue plus timide par ses écarts , elle se soumit à une discij)line plus sévèi-e, et, en aspirant à la clarté, elle manqua d'audace et demeura sans élévation.
« Nous possédions depuis longtemps un idiome naïf et énergique; il restait à en découvrir un autre, que Ronsard avait cherché en vain, un autre interdit au vulgaire , et que les anciens appelaient le langage des dieux. Une pareille création n'avait pas encore de modèle parmi nous, tandis que nos écrivains avaient pu imiter tout le reste.
« A mesure que les progrès de la civilisation modifient Us manières d'un peu|)le , la distance des rangs établit des dilleiences dans les procédés, et de là une multitude de nuances (|ui donnent de la délicatesse aux propos. Cependant la louange prend de la finesse, la plaisanterie acquiert de l'enjouement, et (lu désir de })laire au pouvoir ou de désarmer la beauté , naissent tous les agréments de la conversation. C'est de cette façon qu'une cour galante et polie avait pu pré])arer le charmant badinage de Maiot.
« Mais où trouver celle harmonie inqiosante, cette majesh'; soutenue, et cette grandeur idéale (jui ne fut janiaisdans les nuL'uis? Est-ce la prose ou les vers qui devaient nous y conduire? Cette question ()orle sa solution avec elle.
« Destinée à éclairer les hommes sur leurs inl(;rèts ou sur leurs devoirs , l'éloipu'nco fut d'abord obligc'e à jai 1er comme eux, sous peine de nuire à son elfet par l'apparence de la recherche. Rornée aux sentiments habituels, aux besoins el aux usages di; la vie, pour paraître naturelle il fallut (ju'e.le se rapproch.it coii.st.iiument du langage ordinaire. Elle ne pouvait donc pas s'cni détacher assez coiiipléleiiient [)our s'élever ù une dignité ineonnui;.
« La poésie surmonte ces (nitrates, et l'univers entier est son domaine. La riante; étendue des camiiagnes et la triste ;1prelé des monts, la séréniti- du ni.ilin et h; fracas d(^s t(niipéles, fixent tour à lour ses regards, et noinrisseiit ses inspirations. Franchissaiit même les bornes du possible , elle s'élance dans un monde iiii.iginaire, où elle f.iit revivre, en les miibellissant, les hjriiies de la natur(! physirpie. Les cieux et les enfers so peuplent a s;i voix d habitants dont elle racfdile les actions et dont elle ri'pète les discours. Elle no s.'iurait reproduire ces vastes images, ni proportionner se-, chants à la slaliir(!(olossale de sj;s liérf>s, sans déployer Ja richesse du coloris el la magnificence do l'élof ulion.
" Il est vrai que , longtemps (mchaînée f) r 1.1 familiarité de notii! hingiie, elle nous amusa par ses jeux, au lii u de nous trans-
RAIiF.LAlS ET RACINE
UARF.rAIS ET RACINE
porter-par ses merveilles; mais tout ^ coup relie laiir;uc s'cnhchil, son Aprelé fit place h Tino haniKiiiie ravissanle , les enjamheiiieiils, les inversions forcées, les leurs vioieu\ dis, arurcnt , el la Franco étonnée reconnut dans Malherbe le créateur de notre idiome i)oéli((ue.
« Quel spectacle inattendu présente alors notre littérature! Tout change de face. I.es émules de Malherbe s'instruisent à ses leçons, et , quand il a cessé de se faire entendre, ses élèves maintiennent prescpie l'art des vers à la hauteur oiî il l'a porté. La prose même reçoit de l'un d'eux celle noble gravité, ces périodes nondjreuses (jui conviennent h rélo(|ueucc, eldès lors la langue est pré|)arée pour les talents supérieurs qui vonl bientôt l'immortaliser.
« Voilh sous quels auspices s'annonçait le brillant siècle de Louis XIV. Tout avait semblé concourir h son illustration. De longues douleurs précédèrent l'enfantenient de sa gloire, et les esprits, relrem|)és au sein des déchireuK'nls publics, s'étaient remplis lentement de celle activité (jui résulte de l'agitation.
a On dirait que le génie des peuples ne peut se réveiller ([u'au sein d» s lemiiéles. C'est après avoir triom|)héde toutes les forces de l'Asie, (|ue la (irèce nf)us sur|)rend par l'éclat de ses chefs-d'œuvre , auia-it ([ue l)ar le prestige de ses victoire*. C'est au sein de l'anarchie et des proscriptions que Rome voit naître le siècle d'Auguste. Avant de sortir de la barbarie, l'Italie moderne est en proie aux factions des lluelfes el des (libelins. Les lettres ne fleurissent en Allemagne qu'après la guerre de trente ans, et l'Angleterre ne les cultive avec succès, sous le règne de Charles 11, (ju'après les orages qui avaient renversé l'ancienne dynastie, et préj)aré l'usurpation de Cromwell. 11 en lut do môme parmi nous. Après nos (pierelles religieuses, nos guerres civiles et les troubles de la ligue, le \\\\' siècle commence, et le grand Corneille se montre à sa tète.
« Nous ne peindrons pas ici cet homme prodigieux tiianl notre IhéAlre du chaos ; nous ne nous arrêterons m «\ la variété, ni <i la vigueur de ses concei)lions, pour n'envisager que les beautés dont son sî^lc étincelle.
« Malherbe avait indirpié l(>s chemins qr.i conduisent au sublime, |ilulùl (pi'il ne les avait fra\és. Corneille sul si bi.Mi les aplanir, (pu- SCS inégalités ne ?u;(!nt plus pardonnables h ses successeurs. H n'a pas, h la vérité, une marche constamment .«égulière; mais il s'élance cotnme |)ar bonds, et <pi.in(I l'expression se refuse à l'orgueil nwijestueux dr- ses pensées, il la dompte el l.isservit. Tout s'agrandit sous sa plume; les faiblesses ménu! de l'amour preruienl une leinb! In'Toique, et SOI génie esl ItlIenuMil au niveau des grands hommes (juil inlioduit sur la scène, q"*il semble avoir évcxpu- leurs f>mbres. S'il se laisse ([uchpiefctis enlraLner par le mauvais goût de ses contemporains,
ce n'est que lors({u'une action languissante ou les glaces de 1 Age refroidissent son ima gination. Son Ame avait b(;soin d'être émue, l'arloiit où il S(^ livre à son enthousiasme, dirigé par l'instinct le plus heureux , il devine la langue qui ne saurait vieillir. Lois môme qu'il succombe sous le poids des ans, ses productions iiortcnt encore son empreinte. Souvent il s'y montre tout entier, et, |>our parler comme un ancien, ces fruits de sa vieillesse sont les rôves de Jupiter.
« Quel pas immense il lit faire h son siècle! Jamais la muse tragique n'eut luie éloquence plus vigoureuse; jamais celte fierté des caractères, qui excite notre admiration, ne fut rendue avec une énergie plus mAle el plus altière.
n. Cependant toutes les sources du beau n'étaient point ép\iisées, et nous avions encore à faire d'immenses con(iuôlcs. Celle élégance continue (pii soutient partout l'intérêt, celle douce mélodie el celte onction délicieuse qui s'emparent de l'Ame ; ces tours audacieux et corrects , lors même ([u'ils onl secoué le joug de la grammaire; ces alliances de mots, dont la |)rudenle timérilé joint la vivacité h la justesse ; ce langage des passions, tantôt plein de mollesse et de langueur, tantôt biûlant et impétueux connue elles, n'existaient qu'imparfaitement sur la scène, jus(|u'au moment où Racine parut.
« Les chefs-d'œuvre de cet immortel écrivain et de son illustie devancier, représentés fréquemment devant une foide attentive, se gravèrent dans tous les esprits, el les sentnnents héroujues cpi'ils réveillaient au fond des cœairs furent pt>ul-êlre un levain de grandeur dans les idées nationales. 11 e>l certain du moins qu'aucun ouvrage en |>roso n'inilua autant sur le langage que les vers do Racine.
« Aussi fugitive qu'une suite de sons désordonnés, la prose ne se retient que par le secours de la pensée ; mais les vers, comme la musi<pie, r stent im[)rimés dans l'oreille, et, (juand la pensée s'efface, la mesure fixe l'exjM'ession dans la mémoire. Un penchant à l'imitation, inné dans tous les honnncs, l(>s entraîne bientôt à leur insu, et tous les trésors de la poésie passent dans Je discours ordinaire. Ainsi h's hardiesses du génie s'introduisirent insensiblement dans la conversation, et perdirent pour nous de leur nouveauté.
« Telle était néanmoins la lenteur de nos progrès el rob>lination du mauvais goôf, (pie les bons modèles n'eussent prévalu de longtemps , si Roileau n'avait contribué à mûrir la nation.
(I l*i'es(pie en sortant des ténèbres, frappée d'une éblonissa'ile lumière, elle avait besoin d'un guide, el Roileau, précurseur et riv.:l de Raniie dans l'art d'écrire, était digm> d«! la diriger.
n Non lonleiil de nous apprendre les convenances des styles par ses diverses compositions, il (reiiri(;hii notre phraséologie par une multitude de ces vers devenus
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RABELAIS ET RACINE
RAliELVIS ET RACINE
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proverbes en naissant , il décrédita le bel esprit et nous ramena h l'amour du naturel. L'ne fade galanterie, un délire romanesque emprunté à l'école italienne, avaient envahi notre littérature; la simplicité, étoulfée f»ar les pointes et les jeux de mots, avait fait place à un jargon métaphysique où régnait une obscurité précieuse et guindée.
« Pour comble de maux, des auteurs sans talent jouissaient d'une réputation usurpée qui servait à propager leurs défauts. Boileau s'arma du fouet de la satire, et aussitôt l'affectation de Cotin,]o pompeux galimatias de Scudéry , l'âpreté de Chapelain , cessèrent d'être admirés et ne tardèrent pas à devenir un objet de dérision.
« Si nous ne craignions pas de nous écarter du sujet qui nous occupe, il serait intéressant d'examiner ici comment, dans une société célèbre à cette époque, ur-e [)olitesse excessive s'annonce par un raffinement d'idf'-es qui dénature le l.mgage; et, après avoir observé dans le siècle de nos grandes créations littéraires cette subtilité qui semble n'appartenir qu'à un peuple vieilli, nous nous étonnerions davantage de voir La Fontaine retrouver cette naïveté qui charnie dans Marot, et qui, passagère comme l'aimable candeur de l'enfance, s'était évanouie parmi nous. Nous verrions aussi Molière repoussant le néologisme par la force comique de sa olaisanterie, et méritant par là l'honneur fi'avoir éfiuré notre langu*'.
« Elle reçut sans doute beaucoup d'agrément de ces deux écrivains; mais le séduisant abandon et les gnices négligées du premier, ainsi que la diction vive et piipjante du second, tout en supfiosant peut-être un génie plus rare et |)lus original, n'exigeaient pas autant d'invention que le langai'e toujours noble et toujoure élégant des héritiers de .Malherbe. D'un côié, il s'agiss.iit de manier habilement l'idiome usuel; de l'autre, il fallait s'en créer un, et faire l'expression en faisant la (lensée. Que d'obstacles ne présentait pas la haute poésie ! Soumise à une J'yritaxe inflexible , <.|le n'en réclame pas moins certaines libertés (pji plaisent à son audace. .Malgré la rlureté originclh; de notre x'ocabulaire, elle /le saurait se passer d'harmonie; quoirpif; jes termes fussent en général ignobles ou familiers, le sublime lui est nécessaire,
« Tant de difïieultés ne pouvaient être v,-ii[if;ueH que i»ar une inl.iligable industrie. Un mot esl-il trop bas? C'est en l'entourant avec adresse mi .;||». f)arvient h l'ennoblir, ou r||<; y su[)plée par des Iropes rpii fécoMdenl et varierii la langue poéliqur-.Cfjrneilh-, Racine et Roileau hn doiUMre'il tant d'étendue, fpi'après eut on put cruriposer fies prjcmes enliern .sans v rien ajouîer, et rpic la médiocrité cessa d'être ridicule j>our n'élro plus qu'insif(itJe.
• 1^ fieriséc même de» grands écrivains n[>pelle ces expressions originales et ces (ours f»illoresques qui Vothi-nl vivante à not e esprit, tandis (pje- h foule des imitateurs , se traînant sur leurs traces , odopto
certaines combinaisons de mots , certains ])rocédés de style, et emprisonne pour ainsi dire ses idées dans des formes d'emprunt. De là vient qu'il n'est donné qu'aux hommes de génie de faire passer leur Ame dans leurs ouvrages ; et voilà ce qui met une si grande distance entre cette froide régularité que la médiocrité peut atteindre, et l'inimitable perfection des modèles.
« En vain la médiocrité s'efforce d'avoir un caractère à soi. Elle affaiblit tout ce qu'elle imite; et dès que, se livrant à une imprudente audace, elle s'éloigne un instant des grands maîtres , elle n'évite la platitude que pour tomber dans la bizarrerie, comme ces physionomies qui ne doivent qu'à une extrême laideur l'avantage de n'être pas vulgaires.
a 11 est des époques où la nature se plaît à enfanter une réun'on de talents supérieurs, et où l'esprit humain, brisant tout à coup ses entraves , déploie dans tous les genres une vigueur inattendue et marche à pas de géant, {^n siècle qui avait vu naître les premiers chefs-d'œuvre de notre scène, avait reçu une impulsion trop puissante pour s'arrêter là. Aussi, pendant (jue la poésie prenait parmi nous un si grand essor, l'éloquence fondait-elle d'impérissables monuments.
« Corrompue longtemps par le mauvais gortt, et jicu secondée dans ses déveloi)pemeiits par les circonstances politi(iues, elle n'avait [)ro(lui( ((uc d'informes essais. Quancf, au milieu d'une multitude inconstante; et facile à émouvoir, l'orateur se livre aux passions fpii l'agitent, la chaleur pénétrante do ses discours fait plus d'ell'èt sur tout ce (pii l'environne tpie la logique la plus exacte. C'est par la force ou par la subtilité du raisonnement fpi'on persuade un seul homme; mais la foule ne se laisse entraîner que lorsqu'on lui fait pousser des cris ou (pi'oii lui arrache des larmes. Un gouvernement dém. cratique est donc favorable à l'élocpience par ses inconvérnents mêmes.
« Quand, au contraire, l'autorité se trouve concentrée dans les mains d'un seul, l'obéissance rend souvent la persuasion inutile : l'orateur [lubhc n'a |)lus d'autre ministère (pie de louer le souverain ou d'implorer sa clémence. Sil essaye de h; convauure, c'est par des démonstrations respectueuses cl avec des précautions ipii éteignent son enthousiasme. Exclu du domaine tlv.s affaires d'Etat, il n'ose y rentnT (pi'cn suppliant. Aussi l'art de la parole eut-d chez no is inliniment ru'iids diiiq»ortanc(! (pu; chc/. les anciens. .N'étant plus un inslriunenl di- dominatutn, il s'éloigna îles véritables beautés, pour courir apiès de taux ornements.
« La langue oraloin; dut se ressetiiir do c(;l état des choses. Au barreau, déliguréo par le démon delà cIiIc.'iikî cl par les atteintes uiorlelles (jue h; l.din lui avait (lortées en SI! retu-ant, -Ile consista dans un jargon birbarr-, ju'fpiV, ce qm- ln< Plaidntrs de îlacme eusseni facilité la réf'orm(! cotnmencéo par Patru et par Ee Mai.strc. Dans la chaiio,