R\RFJ-AIS ET RACINE
RABELAIS ET RACINE
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q(\[6c par lo iH'iiaiilisine ot pnr la boufTonroric. l'iltï ne prit do la digiiilé ([iic lors((iio M;ilhorl»c et Loriieillo eurent corrigé lo g(jùt de la nalion.
« Dès qu'ils nous curent fait connaître celte p()ni|»e cl cette harmonie ([uc Du ^ air avait h peine sou|)(,'onnées, (pie Coèireteau «vail clierclices en vain, que Lingendes n'avait pu saisir (ju'nnparfaitenient, et que Balzac sut enfin couimuniquer à la prose, l'éloquence, jusipi'alors précédée parla poésie, do son élève devint sa rivale, et, après le Cid, les lloraces cl Cinna, les Provinciales ])arurent.
« Dans ce livre, passant dos finesses d'une mordante ironie aux mouvements subits et passionnés d'une vigoureuse indignation , déjà notre prose, loin d'otro réduite à ne s'élever que par saillies, prend et soutient tous les tons divers. Bientôt, associant la sagesse classique h l'audace orientale des Ecritures, elle tonne dans la bouche de Bossuet, et, on servant d'interprète à la religion, elle devient imposante et auguste connue elle. Dès lors rien n'est plus hors do sa portée. Avec quelle abondance elle fournit à La Bruyère ces tournures originales et animées, dont l'inépuisable variété nous étonne sans cesse, et ces formes concises où la pensée semble s'étendre à mesure que l'expression se resserre 1
« Ces génies créateurs paraissent sans doute avoir emprunté assez [)0U de chose à nos poètes ; mais que ne leur doivent-ils pas, puisque sans eux ils n'auraient trouvé qu'un lang.tge inq)arfait et grossier? Que no leur doit i)as notre littérature, puistpie la prose de Massillon et colle de Fénoion se sont formées sur les vers de Racine 1 Ainsi la muse d'Homère prêtait ses charmes à la })liiloso[)hie de Platon, Qui ne prendrait Télémaque et les .IrcH/urc.s d'Aristonoùs pour les délassements de l'auteur iVEsthcr et (ÏAlhalic? A cotte élocution douce et llatteuse, h son exquise simi)licité, à son harmoiii(^ enclianterosso, comment ne [las rcconuaitrtî une imitation du plus touchant de nos poètes? Voltaiie l'a dit, et nous ne craignons pas de le répéter : ce cpje noire prose ollVo de mieux écrit doit être; en nartu' attribué aux vers de Racine, et la célébrité du xvii' siècle dépendit peut-être de Malherbe et de Corneille.
« Quand de nond)reux chefs-fl'œuvre ont développé le caractère? d'un idiome, c'est aux granunairiens à eu poser les princi[>es. Kn tout, l'js modèles doivent précéder les rèi^les : telle est la niarche constante de l'esprit InJinain. Aussi a-t-on exagéré beaucoup l'intluence de la grammaire, ([uand on a avancé (pi'clle avait débrouillé le ch os des langues : elle se propose uniquement do constater leur état et de les y manilenir. On voit par là qu'elle en (MUpèi lierait plutôt les
Iirogiès , puis(pie ce n'est (fu'en dé|)assaiit es limites de l'usage (pie l-s bons écrivaiis agrandissent l'art <le la p;irole. Où en serions-nous, si l'on avait toujours res|)ecté le Traite de lu bunnc parleurc, (jue Bruneto-
Latini écrivit dès le xui' siècle, ou seulenuînl les décisions grammaticales de Robert Kstienne?
« On ra[)porle que Charlemagnc , voulant tirer le tudesque de la barbarie, se mit à composer une grammaire. C'était renverser l'ordre des choses. S'il avait fait naître des poètes autour de lui, l'informe jargon de ses aïeux n'eût pas été bicnfùt l>anni de nos climats par les chansons de nos trouvères.
« Lorsque, au lieu de se soumettre à l'autorilé de l'usage, les grammairiens ont voulu le devancer et lui imposer des lois, il a rarement confirmé leurs arrêts. C'est en respectant ses caprices que les écrivains supérieurs parviennent à le subjuguer. La grammaire est moins tolérante : aimant à établir des règles générales, elle voit avec aversion les anomalies qui les renversent; et tandis (pi'clle réduit en principes l'observation do quelques formes fondamentales, les finesses du langage demeurent le secret du génie.
« Au génie seul appartient aussi le droit de corriger et d'étendre l'usage. Cuidé par de subtiles analogies, éclairé par un senliment ex(iuis des nuances les plus délicates, lui seul pénètre les mystères de cette logique naturelle qui préside à la formation des langues; et, sans les asservir à des méthodes arbitraires ou à des réformes systématiques, il les perfectionne et les féconde.
« Ce n'est, si l'on peut s'exprimer ainsi, que par des améliorations do détail (lu'elles s'avancent vers la perfection. Klant l'expression de tous les besoins d'un pouf)le, l'ouvragci le;it et successif de plusieurs siècles, le résultat fortuit de mille circonstances diverses, elles ne peuvent que se ressentir toujours de cette progression irrégulièro. Quand on cntre()re!id de les rcilresser par dos procédés généraux, on s'expose à leur donner ce qu'elles repoussent et à leur ùter ce (jui leur est nécessaire.
« C'est ainsi que les Patru, les d'Ablancourt, les ^'augelas et leurs [luristcs sectateurs, alin de rendre notre périotle oratoire plus imposanle, voulurent l'embarrasser do tous ces signes de liaison (jui ne conviennent qu'au grec et au latin.
« Proléger une langue contre le néologisme, lors(iu'oll(î e^t une fois consacrée par des chefs-d'ceuvre, tt 1 est l'objet spécial de la grammaire. Kncore observe-t-o:i cpie , lors(iue cet art (>st le plus cultivé, son inlluence n'est pas en tout également utile. Les idiolismes , ces locutions caraclér.sliqiies (.'l nationales, échappant h toutes les règles, et se refusant ordinairemcnl h une analyse rigoureuse, sont peu ci peu évil(''S comme dos défauts. Ln accpiéiant une correction com|)assée, les diUorenls idiomes, insensibl(>inent rappelés aux théories universelles du langage, perdent ce qui cnn>liliie leur physionomie dislimiive, en so.lo (pie s'ils pouvaient suivre jii>qu'au bout un(î telle impulsion, ils se réuniraient enfin dans un système étroit, où tout serait picvu, et où la pens(«e serait toujours jelée dans lia moule invariable et tracé «l'avaice.