IV
RABELAIS ET RACINE
IIADELAIS ET RACINE
« Les anciens, si ingénieux et si vrais dans leurs fables, racontaient que Minerve s'étant un jour mise en colère, fit un solécisme. Ce conte serait puéril, sans doute, s'il ne renfermait une importante vérité. Il est certain que la véhémence désordonnée des passions ne s'accommode guère de la régularité grammaticale , et que si elle l'avait toujours respectée, nous ne connaîtrions pas ces fautes heureuses , ces négligences pleines de charme, et ces tours hardis qui plaisent par leur incorrection même. Nous n'aurions enfin qu'une poésie prosaïque et rampante.
« On ne doit plus s'étonner que les travaux, d'ailleurs si estimables, de l'Académie, nous aient privés de certaines libertés que nos poètes auraient peut-être dû conserver, et de beaucoup de mots précieux qu'on regrette encore. Si elle s'était moins hâtée de réformer le langage, on ne lui reprocherait pas de l'avoir appauvri. Que pouvait-elle faire avec des prosatt-urs tels que Marion, Refuge et Damtnartin, avec des poètes tels que Motin, Touiant et Montfaucon, qui dans ce temps étaient des autorités. C'est aj)rès les immortelles productions des Corneille , des Uacine et des Boileau; des Pascal, des Bossuet et des La Bruyère; c'est lorsque la langue françoise, arrivée à sa perfection, coramenf;a à pencher vers sa décadence, que l'Académie aurait dû la fixer. Alors, au lieu d'arrêter l'essor du génie, elle eût opposé une digue salutaire à d'imprudentes inoovulioris.
"Après les grands siècles littéraires, il vient une époque de satiété, où le simple et le vrai paraiss(;nl fades à des goûts émoussés. Dès-lors toutes les comjKjsitions se ressentent d'un certain ap[)rêt. Tourmentés d'une vague inquiétude, et comme détromi;és des illusions d'un monde fantastique, les esprits tendent à l'abstraction. On se tourne donc vers h,s sciences, où, sans être découragé par une r>erfection désespérante, on a toujours des découvertes à faire.
« Alors .se dissipt-nt ces croyan<:es populaires qui servent de base aux fictions des poètes; alors s'affaiblit la religion même, si riche en sublimes inspir.itions, et le merveilleux ne consiste {>liis rpj'en des systèmes de convention qui ne reposent sur aui;une opinion ref;ue. Ln contempLilion de l'univers excite moins une admiration satisfaite qu'une curiosité fpii vf:ut tout f:xpliquer.
«La langue du raisonneuM-iit doit gagner à cell'! nouvelle direction des idées; mais celle de l'irnaginatioi doit y perdre brviucoup. Telle est la dillérence «le leur objet et de leur nature, qu'ui idiome «pii serait narf/iil pour l'un , excIntTut nhsolufrieril l'autre.
« Quaufl il s'agit de reproduire \,nv la parole de,4 pa<*sion.s dont les rnjaric<'s varient '^ l'infini, el que chacun éprouve iidilférents h-^réi lexpression diit se plir-r aux be- ;;fn de récriv;iiri, fl, clnngenril fie valeur, < I -n qu'il convierii, rjcvenir le lidèlo lé- [ii'iigri.-e^e lie re (pj'il seul. Ou.ind, ;hi eoribu.f.ony. un Lirr^K^ii iif. (iiiu.i.
traire, il s'agit d'enchaîner plusieurs vérités, et d'en marquer la filiation, il impo.te que chaque terme ait [)Our tous un sens identique, et soit invariablemant circonscrit dans son extension.
« De ces deux systèmes opposés, quel est celui qui doit le plus infiuer sur le perfectionnement du langage? Ce perfectionnement n'est rapide qu'autant que le discours ordinaire s'enrichit des conquêtes du génie. Qu'on s'imagine donc un peuple encore ignorant et grossier : qui écoutera-t-il plus volontiers des poètes ou des philosophes, en admettant que ces derniers [)uissent dèslors exister?
« Toute méditation abstraite suppose unvocabulaire étendu et une syntaxe à peu près régulière. Comme le raisonnement ne procède que par l'analyse, il a besoin d'un instrument déjà perfectionné. L'imagination est moins dépendante de la parole. Loin de n'opérer que par son secours, elle la devance, réveille en nous de vives impressions, et les combine dans ses tableaux, qu'il ne faut plus que reproduire.
« A la vérité, les langues ne se prêtent pas toujours à ce genre d'imitation. Dépourvues quelquefois de mouvement et de coloris, elles n'offrent à l'écrivain que des tournures languissantes, et refusent à sa pensée les signes qu'elle réclame. Toute élévation leur est étrangère; toute profondeur leur est interdite. Elles ne suffisent encore qu'à une conception commune. Mais qu'il se rencontre une imagination forte et origin.ile, elle lutte contre cet idiome ingrat, l'asservit à ses efforts, et, en lui confiant des idées vigoureuses, elle lui impose des formes nouvelles. C'est ainsi qu'il acquiert de l'étendue de la souplesse et de l'énergie, et, ce que ij'eût jamais fait une raison froide et lente, l'enthousiasme a su raccom|)lir.
(' Enfin la langue féco-idéo a pris tous les tons, et s'est partager; en plusieurs styles différents. Flexible et variée dans ses tours, elle rend avec exactitndi; èrmtes les nuances <le la pensée. Les mots ont une signification p.'éeist;, et il n'existf! |)liis de synonymes. Alors la f)hilosoj.|iie, l'appropriant aux discussions métaphysiques, régulaiiso sa marche et met de I ordre dans ses richesses. Telle fut la principah; n'VtWnlioii que la langue fran(;aise snbit |>enilaiit lo XVIII' siècle.
• Si, dans les ouvrages de |)Oésie, elle a généralement [lerdii d(; ces agrc-ments faciles ♦•l de cetlf! pureté soutenue (pii la distinguaient naguère ; si la versification olfn; moins de; naturel, h mesure (pi'elle a plus d'éclat, les sciences exactes font des {)rogrès rapides, et le langage |>hilosophique se; perfecliotnie avec c.Wf.s.
« C»;pendanl l'art d'écrire appliqué à des genres nouveaux, enrichit notre lilléialure de productions dont il n'r'xistait pas de mod«'des. Là Montesquieu ré[)niid sur la science des lois, auparavant sècluî et r(!poussaide, tou.^ les charmes d'un style nerveux et animé, oh des Iraits ()i(pianls réveillent
nADEI>.\lS El RACINE
RACINE
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sans cesse rattenlion ; ici, J.-J. Rousseau fait passer dans la prose celle chaleur brûlante qui, jusque-Ih, n'avait appartenu qu'à nos poêles tragiques. Ce ne sotit plus ces grAces, pour ainsi dire involontaires , qui séduisent dans Fénelon; ce ne sont plus les élans soudains et inattendus de Bossuet ; c'est une diction fortement travaillée, dont les profondes combinaisons tiennent le lecteur dans une admiration continuelle.
« Notre idiome, formé au IhéAtre, excelkiit à rendre toutes les alfections du cœur. Il était touchant et pathétique; Rousseau, et surtout Bulîon, achevèrent de le rendre l)iHoresque.
Le brillant coloris de ces deux écrivains donna naissance <i la poésie descriptive. Mais c'était une époque de décadence que celle où la poésie marcliait ainsi à la suite de la prose. Aussi rien ne fut-il plus défectueux qu'un genre oii le plan général est partout sacrifié aux détails, et où des peintures détachées se succèdent sans liaison et sans unité.
« Au reste, le \\\u' siècle fut témoin de beaucoup d'autres innovations littéraires. Deux détracteurs de la poésie, Foutenelle et Lamotte, leur avaient frayé la route, en soumettant l'imagination 'v cet esprit philosophique qui lui est parfois si funeste. S'il nous était permis de l'examiner dans ses clTets sur la langue, nous le verrions en même temps lui donner plus de précision et de méthode, et la corrom[)re, en détruisant par ses sophismes ce res|!ect pour les principes qui seul peut ralentir la chute du goût. Nous le verrions môler tous les genres, et proscrire l'art divin de Corneille et de Racine , comme un jeu puéril et vide de pensées. »
Ajoutons h cette appréciation une remarque naturellement amenée par ce qui précède : c'est que la langue française, comme la monarchie, comme la religion, ont dit leur dernier mot au grand siècle de Louis XIV. Corneille et Bossuet pour l'Ame, Racine et Fénelon pour le cœur, ont posé les limites de la belle littérature, et l'on n'a fait, dans le siècle suivant, que les copier, ou dépérir en s'éloignant d'eux. Les ell'orts de la jeune liltéraluie de noire épo(|ue nous lamènent à eux, en chercha'il seulement h. opérer une synthèse de tous les grands génies du grand siècle. \'i(".lor itugo, par CKcmple, cherche la synthèse dans larl dramatiqu«! en s'tîirorçant di; réunir Molière, Corneille et Racine même, tant proscrit en 1830 par la jeune école n.nnnlifpie; mais tous ces ellorls n'aboulironl i\n'k démontrer la supériorité du génie de Racine, et la synthèse la i>lus parfail(^ de tons les genres de poésie, lorsqu'elle sera réalis('e, ne donnera rit;n de |)lus (.arfait (pie VAt/ialir de Racine. — Celte grandetragédie, en elfol, qu'on jfourrait appeler lépopée dramatique, jf»int h l'observation sévère de foulcîs les règles anli(pics les émotions les plus palpitantes du drame, la magnili(p«e mise en scène de l'opéia avec tous les prestiges du chant
et de la musique; on y trouve toutes les beautés grandioses du style de l'épopée, toutes les grAces de l'idjlle dans l'admirable dialogue entre Athalie et le ieune Joas; l'enthousiasme lyrique h sa plus haute puissance, et les plus admirables modèles du style qui convient h l'ode. Athalie est un poëme qu'il ne faut pas citer, car une page vous force toujours h lire la suivante, et l'on ne peut se détacher de cette lecture si pleine de charme. Tout le monde sait Athalie par cœur, aussi croyons-nous inutile de la reproduire ici, ce serait dépasser les bornes dans lesquelles nous sommes forcé de nous renfermer.
RACINE (Louis),— fils de l'illustre auteur li'Alhalie, élevé dans la piété et malheureusement aussi dans le jansénisme, a laissé en poésie deux monuments qui annoncent cette double impression de son enfance. Le poëme de la Religion sera toujours cher à la piété, autant que recommandable aux amis des bonnes éludes, tandis que le poëme de la Grâce sera relégué parmi les documents oubliés d'une époque de grands talents perdus et de controverses malheureuses.
•Il se trouve pourtant dansée pocmc qu'on ne lit plus quelques pages touchantes, celles par exemple (|ui sont traduites des Confessionsdo saint Augustin, et que nous citerons ici avec plaisir.
Regardons iiii morlcl que la grâce divine Fait sortir Iriompliaiit d'une guerre inleslinc, El du grand Augustin apprenons aujourd'liui Ce que rhommc est sans Dieu, ce que Dieu peut sur
[lui.
f Ma fongueuse jeunesse (I), ardente pour les tri-
[ines, < Me fit courir d'abord d'abîmes en aliiines : « Je vous fuyais, Soigneur, vous ne nu; quittiez pas, « Et In verge à la main, me suivant pas à pas, « Par d'utiles dégoûts vous me rendio/, amères « Ces mêmes voluptés h tant d'aulros si chères. i Vous tonniez sur ma tiMe ; .i vos pressants avis t Ma mère s'unissait en pleurant sur son fils. I Je n'entendais alors que le liruil de ma rbaînc, i Chaîne de passions (piun misérable triîne. « Ma mère par ses pleurs ne pouvait m'ebranler, « El vous tou;.iez, grand Dieu! sans lUC faire Ircm-
[bler.
« Enfin de mes plaisirs l'ardeur fut amortie; « Je revins à moi-même, et délestai ma vie. « Je voyais le rliemin, j'y voulais avancer; « Mais un funesle poids me faisnit balancer. I J'avais Irouvt', j'aimais celle perle si Indle, 1 Sans pouvoir me résoudre .« tout vendre pour elle « Par deux puissants rivaux lotir à lour alliié, « J'étais de leius comliats au dedans déchire. « Mon Dieu m'aimait encor, et sa !>outé suprême « A mes tristes regards (i) me présentait moi-mcmc.
(I) Ma fougueuse jeunesse. Ffl'crbui miser, scqucii» inifu'iu'.ti fliisns mei, rclicto le.... Tu scnipcr (idcras, tuisi'riioiiiilcr xivrieiis, et nuinrinximis oxpergcuxo/fensiotiihiix niiinrs illirilns juninditales mean; ul ila quœrcrcm iinc offensiouc jucunduri { S. Aug. Confess. lib. Il, 0. i, n. l.)
(i) A mes tristes reg»rds. Constituehai me nule fnciem, ut vidercm qmun Inrpis essem, quam disturtui et .Kordihus mnritlosuit et ulceronns. Kl videham et
horrrham, et qno a vie fugercm non erat tcd diisi-
mulabiim, et coniiiiebum, et obliviscebar. (Confes*. lib. Viii, 0. 7.)
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RACINE
RACINE
liôs
< Hélas î qu'en ce moment je me trouvais affreux l « Mais j'oubliais bientôt mon état malheureux :
« l'n soomieil léthargique accablait ma paupière. I M'éveillant quelquefois, je cherchais la lumière, t El dés qu'un faible jour paraissait se lever, I Je refermais les yeux de peur de le trouver. € Lne voix me criait : Sors de cette demeure!
< Et moi, je répondais : (1) Un moment, tout à
[l'heure!
i Mais ce fatal moment ne pouvait point finir, « Et cette heure toujours difierait à venir. « De mes premiersplaisirs (2) la troupe enchanteresse « Voltigeant près de moi, me répétait sans cesse : « Sous t'offrons tous nos biens, et tu vetix nous quitter. t Sans nous, sans nos douceurs, qui peut se contenter? « Le sage en nous cherchant trouve un bonheur facile; I Son corps est satisfait, et son âme est tranquille. t Mortels, virez heureux et profitez du temps : I Du torrent de la joie enivrez tous vos sens. I Fuyez de la vertu l'importune tristesse, i Couchez-vous sur les fleurs, dormez dans la mollesse. « Et loi que dès longtemps nos bienfaits ont charmé « Crois-tu donc qu'avec nous ton cœur accoutumé i Puisse ainsi s'arracher aux délices qu'il aime? i llclas! en nous perdant lu te perdras toi-même. t M;iis devant moi l'aimable (3) et douce chasteté t D UB air pur et serein, pleine de majesté, I Me montrant ses amis de tout sexe et tout âge, « Avec un ris moqueur me tenait ce langage : ( Tu m'aimes, je l'appelle, et tu n'oses venir. t Faible et lâche Augustin, qui peut le retenir? « Ce que d'autres ont fait, ne le pourras-tu faire ? f Incertain, chancelant, à toi-même contraire, t Tu veux rompre tes fers, tu veux et ne veux plus ; f .V*; fixeras-tu point tes pas irrésolus ? I Hcgurde à met côtés ces colombes fidèles : ( Pour voler jusqu'à moi Dieu leur donna des ailes, « Ce Dieu l'ouvre ton sein, jette-toi dans ses bras. « Hilas! je le savais, mais je n'y courais pas. « Lfi jour enfin, lassé de celle vive guerre, t Je pleurais, je criais, je m'agitais par terre, « Quand tout a coup, frappé d'un son venu des cieux, I Kl des mois du sainl livre où je ji-lai les yeux , « L'orage se calma, mes troubles s'apaisereiil. t Par votre main, Seigneur, mes chaînes se brisèrent : i Mon esprit ne fui plus vers la terre courl>ë ; « J« sortis de la fange où j'étais embourbé. « Ma volonté changea, (ut qui vous est contraire t Me dépiut, et j'aim;ii tout ce qui peut vous plaire.
< .Ma mcre qu'a vos pieils xous viles tant de fois « l'biirer sur un ingrat, rebelle h votre voix,
• Ma Uîudre mère enfin sortit de ses alarmes, « El retrouva vivant le fils de tant de larmes. t Je c^uiiius bien alors que \olre joug est doux :
< Non, Seigneur, il n'est rien (|ui soil sendtlable à
[nous.
I fiés ici-bas ma bourbe, miie avec bs anges, » Ne se lasM;r.i point de cb mler vr»s louanges. I Je n'iiinierai que vfnis ; vous s^trez désormais « Ma gloire, mrui saliil, mon asile, ma paix. I 0 loi Haiiil«;l f) loi chère 1 6 douceur et'riielle ! 1 lri''frabie grandeur! U;auU'; toujours nouvcll ! « Verili; qui trop lard (4) ave/ su me elrunier,
< flélas! que j ai |H;rdu de li-iups sans vous aimer!
(1) El moi je ré(>ondaiH. Modo, erre modo, sine pnululum. Sfd modo ri modo non hiibehanl moilnm, el,%\ne pnululum, in lomjum ibut. (ConfesH.,lib. viii, c. 7.)
(2) F>e me» j»remiers plaisirs. Hlinebnnl nuqir nuqtiTum, et ranitale» ranilnliim anii jiKr nmirn- wnr, ri tur(Uliihanl re%irm mrnm rarncim, il ÂubniHrmuinbanl, Ihmitit non? d a momenin i%ii) non crimns titnm m (tlrrnum, eu. fbb'm iliid. n. tU.)
I7t) M.IH (jevanl moi i aimable, (.min dignita» rnntinfnliir, itrrrri ri non dii$otulf hiliiri», honette blan dirn». iijni1i'S'.,i\ H, n. 27.)
(4j WfiJé qui Iroji tari. Sem It umnvi , pulihri-
Oîi aiiue ti enlcndt-e celle poésie de l'âiiio de saint Augustin s'exprimer dans cette langue si douce de la poésie dont Racine le père avait dû laisser tant d'échos dans les souvenirs de son fds.
On a dit du poëme de la Grâce qu'il n'y a de la grâce que dans le titre. Nous sommes heureux d'en avoir cité une page touchante pour réfuter ce sarcasme.
Le poëme de la Religion, qu'on nous a peut-être fait trop apprendre par cœur d.ins noire enfance pour que nous en sentions bien encore toutes les beautés et pour que nous lui pardonnions quelques dissertations peut-être un peu froides en poésie, est cependant l'œuvre de littérature chrétienne la plus irréprochable pour la forme que l'on ait écrite en français. La versification en est correcte, élégante et souvent aussi belle que celle des plus grands maîtres ; l'ordonnance en est méthodique, la logique parfaite. On y trouve une agréable variété de style, et des morceaux qui, dans tous les temps, pourront être proposés pour modèles.
Oui, c'estun Dieu caché que le Dieu qu'il faut croire. Mais tout cache qu'il est, pour rcvélei' sa gloire Quels témoins éclatants devant moi rassemblés ! Répondez, cieux et mers; et vous, terre, parlez. Quel bras peut vous suspendre, innombrables étoiles? Nuit brillante, dis-nous qui t'a donné les voiles? 0 cieux, que de grandeur, et quelle majesté! J'y reconnais un maître à qui rien n'a coulé. Dans vos vastes déserts il sème la lumière, Ainsi que dans nos champs il sème la poussière. Toi qu'annonce l'aurore, admirable flambeau, Astre toujours le mémo, aslre toujours nouveau. Par ipiel ordre, ô soleil ! viens-tu du sein de l'onde ^ous rendre les rayons de la clarté féconde? Tous les jours je t'attends, tu reviens tous les jours : Est-ce moi qui l'appelle, et qui règle ton cours?
El loi dont le courroux veut engloutir la terre, Mer terrible, en ton lil quelle main le rescrrc? Pour forcer la prison lu fais de vains elTorls; La rage de tes Ilots expire sur les bords. Fais sentir ta vengeance à ceux doiil l'avarice Sur Ion perfide sein va chercher son supplice, Ilelas! prêts .'ï périr, l'adressenl-ils leurs vœux? lis n^ganleiit leeiel, secours des malheureux. La nature, qui parle en ce péril exln'-nie. Leur fait lever les mains vers l'asile sii|)i-ème : Hommage (pie toujours rend un cœur effrayé Au Dieu que jusqu'aicMs il avait oublié.
La voix d(; 1 iinivrr.., à ro Dieu me rapnclle. La terre le publie. Est-ce moi, me dil-ellc, Est-ce nuti (pii produis me. ri( lies onu-iuenls? (>'esl relui dont la main posa mes fondements. Si je s'rrs les besoins, (;'^^t lui (|ui nie rordoiine : Les préïse.iits qu'il me fait, c'est à loi ipril les donne. Je nu- pare des fleurs qui toiu!ient de sa main, Il ne l.iil ipie l'ouvrir, et m'en remplit le si'in. Pour consoler l'espoir du l.ibouri;ur avidi;, (Test lui (pii dans l'Egypte, ou je. suis trop aride, \eul ipiaii iiioiiienl prescril, |i; Nil loin île ses bords Ri'(i:iiidii sur ma |)laiue y porK; nuts trésors. A de moindres objeis lu pciiv li' reconnailK' : (ioiitcmpli' seiileiiieiil l'arlire (|iie je f.iis (roilic. Mon sue dans la rarine a pi-im- ré'|iaiidu, Du Iroiie qui le reroit à la biaiielir est rendu : l,;4 b-ijili<- Il demande, e1 la l.raiii lie fidèle, Pro ligue de son birn, le pirtage avec elb;.
liidi) hi)ii ani'iqnii, et tnm ui)v:i : tcro te ainiU'i. ((ion- I s->. lil*. X, cap. '27.)
1 1 no UACINE
Dos allriUs ilo son fnill que Ion œil cndianlc Ne mt'priso jmnnis ces planifs sans lioanlo, Troiipo oltsrnio ol linùdo, Inimitié l't fai't'o vnlgairc Si lu sais tlt-convrir leur vcrlii salnlairo, Kiit's pourront sorvir à proloni^cr tes jours. Kt ne raffliije pas si les leurs sonl si courts; Toute piaule en naissant ili'jà renferme en elle, 1> enfants qui la suivront une race immortelle : r.liaoun (le ces enfants dans ma fécoiidilé, Trouve un gage nouveau de sa postérité.
Ainsi parle la terre; et charmé de l'entendre, Quand je vois par ces nœuds que je ne puis com-
[ prendre, Tant d'êtres différents l'un ^ l'autre cnrhaincs, Vers une même lin eonslammenl entraînés, A l'ordre g'-nt-ral conspirer tons ensemhlc, Je reconnais partout la main qui les rassemble, Kt d'un dessein si grand j'admire l'unité, Non moins que la sagesse et la simplicité.
Mais pour toi, que jamais ces miracles n'étonnent, Stupide spectateur des biens (pii l'environnent, 0 loi qui follement fais ton dieu du hasard. Viens me d('\elopper ce nid, (pi'avec tant d'art. Au même ordre toujours arcliitecle lidèle, A l'ai le de son bec maçonne l'hirondelle. Comment, pour élever ce harli bàlimenl, A-t-eile en le broyant arrondi son ciment ? Kt pourquoi ces oiseauv, si remplis de prudence. Ont-ils de leurs enfants su prévoir la naissance? Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus! Sur le plus tloiix colon que de lits étendus! Le père vole au loin, cherchant dans la campagne Des vivres qu'il rapporte à sa lenttre conqtagnc, Kl la trahiiiiille mère, attendant son secours, KehaiilTe dans son sein le fruit de leurs amours. Des ennemis souvent ils repoussent la rage, Kt dans de faii)lcs corps s'allume un grand courage. Si chèrenieni aimés, leurs nourrissons nu jour. Aux fils (pii naîtront d'eux rendront le même amour. Quand de nouveaux zéphyrs l'haleine fortunée Allumera pour eux le llamlieau d hyméiiée, Kidi lement unis par leurs tendres liens. Ils rempliront les airs de nouveaux citoyens; Imionibrable famille, où bientôt tant de frères Ne reconnaitronl plusieurs aieux ni leurs |)êres. Ceux qui, de nos hivers redoutant le coiirntux, Vont se réfugier dans des cliinals plus doux, Ne laisseront jamais ia saison rigoureuse Surprendre |)arini nous leur troupe |)arcsseuse. Dans un sage conseil, par les chefs assemldi', Du <l(''parl gênerai le grand jour est réi;le : Il arrive, loui part : le plus jeune peut-être hemaude, en regardant les lieux (|iii l'ont vu naître. Quand \ieiidra ce printemps par qui tant d't'xil 'S Dans les chanq»s paiernols se verront rappelés?
A nos yeux attentifs, que le speetncie change. Descendons sur la terre, «iii jus(pie dans la fange I/inseele noii^ appelle, et certain de sou prix Ose nous dem.'inder raison de nos mépris. De secrètes béantes qmM anias imiomlnalde ! IMus l'auteur s'est ca( Ik', plus il e^l admirable. Dan^ un chanq)s de blés nn'irs, tmil un i>eiq>le pru-
[denl nas>cml)le pour IKlal un trésor abondant. Kaligii)>> du butin qu'ils traiiu'ut avec peine, De faibles V(lyagenr^ arrivent sauN haleine A leuis greniers publics, immcMises souterrains, Où par eux en monceaux sonl élevés ces grains. Dont le père conunun de tons tant i|ue nous sommes Nniirril egalemi'ul les foi:rnùs cl le> hommes. Si)iitairo odieux, i|ui traînes ta piison. Notre haine, il est vrai, l'écrase avec raison; Mais qu'on doit l'ailmirer quand lu nous développes Le» étonnants ressorts de les longs télescopes. Kl qu'J» nos yeux surpris lu preM'ules les liens Qucicveni pirde^jre leurs mobiles soiilieus!
RACINE
iSOO
De l'empire de l'air cet habitant volage,
Qui |>orte à tant de fleurs son inconsianl hommage,
Kl leur ravit un suc qui n'était pas pour lui ;
Chez ses frères rampants qu'il méprise aujourd'hui,
Sur la terre autrefois traînant sa vie obscure,
S(>mblait vouloir cacher sa honteuse figure.
Mais les temps sonl changés, sa mort fut un sommeil :
On le vil plein de gloire, à son brillai\t réveil.
Laissant dans le tombeau sa dépouille grossière,
Par un sublime essor voler vers la lumière.
0 ver! .à qui je dois mes nobles vêlements.
De tes travaux si courts que les fruits sonl char-
Ini.mis!
N'est-ce donc que pour moi que tu reçois la vie? Ton ouvrage achevé, ta carrière est finie : Tu laisses de ton art des héritiers nombreux. Qui ne verront jimiis leur père malheureux. Je te plains, et j'ai dû parler de les merveilles : Mais ce n'est qu'à Virgile à chanter les abeilles.
Le roi pour qui sont faits lanl de biens précieux. L'homme élève un front noble, et regarde les cieux. Ce front, vaste théâtre où l'.àme se déploie. Ksi tantôt éclairé des rayons de la joie. Tantôt enveloppé du chagrin ti'nébreux.
L'amitié tendre el vive y fait briller ces feux, Qu'en vain veut imiter, dans son z<de perlide, La trahison, que suit l'envie an teint livide. Lu mot y fait rougir la timide piulcnr. Le mépris y réside, ainsi que la candeur. La douceur, dont l'aspect désarme la colère, La crainte et la pâleur, sa compagne ordinaire, Qui dans tous les périls funestes à nos jours, l*lus prompte que la voix appelle du secours. Quelle foule d'objels l'œil réunit ensemble ! Que de rayons cpars ce cercle étroit rassemble! Tout s'y peint tour à tour. Le mobile tableau Frappe un nerf qui l'élève, el le porte au cervea\i. D'innombrables filets, ciel! quel tissu fragile! O'pendant ma mémoire en a fait son asile, Kt tient dans un dépôt fidèle et précieux, Tout ce que m'ont appris mes oreilles, mes yeux : Klle y peut à toute heure et remettre, et reprendre : M y garder mes trésors, exacte à me les rendre. La ces esprits subtils, toujours prêts à partir. Al tendent le signal ([ui les doit avenir. Mon âme les envoie, el, ministres dociles. Je les sens répandus dans mes membres agi?es : A peine ai-je parlé qu'ils sont accourus tous. Invisibles sujets, quel chemin prenez-vous? Mais qui donne à mon sang celle ar.leur salutaire? Sans mon ordre il nourrit ma chaleur nécessaire. D im mouvement égal il agite mon cœur : Dans ce centre fécond il forme sa li(|nenr : Il vient me réchaulYer par sa rapide course Plus Iranqnille et plus froid il remonte à sa sont ce Kt loujonrs s'c-puisanl. se ranime toujours. Les portes des canaux destinés à sou cours Ouvrent â S(m eulree une libre carrière, Prêtes, s il reculait, d'opposer leur barrière. Ksl-ce moi (jui préside au maintien de ces lois? Kl pour les établir ai-je donm* ma voix? Je les connais à peine. Lue altenlive adresse M en apprenti tous les jours el l'ordre cl la sagcsse. Di> cet ordre secret reconnaissons lantenr : Lut-il jamais des lois sans un législateur?
J'entends du libertin murnmrer l'insolence. Où stMil-ilsces objets de ma reconnaissance? Ksl-ce un coteau rianl? est-ce un ridie vallon? Ilatons-nous d'admirer : le cruel acpiilon Va rasNCinbler sur nous ss)n terrible cortège, Kl la foudre el la pluie, cl la gn le cl la neige. L'homme a perdu ses biens, la terre, ses heauU^^ : Kl plus loin (|u'olTre-t'elle à nos yeux attristes? Des autres, des volcans el des mers inutiles. Des abîmes sans fin, des montagnes slcwles, Des ronces, des rochers, des sables, des déserts. Ici de t>cs poisons elle inrcctc les airs ;
RACINE
RACINE
Li\ rugit le lion, ou rampe la couleuvre.
De ce Dieu si puissant voilà donc le chef-d'œuvre.
Et lu crois, ô mortel! qu'à Ion moindre soupçon, Ans pieds du tribunal qu'érige ta raison, Ton maître obéissant doit venir te répondre? Accusateur aveugle, un mot va te confondre. Tu n'aperçois encor que le coin du tableau. Le reste t'est caché sous un épais rideau ; El tu prétends déjà juger de tout l'ouvrage. A tes besoins, ingrat, je vois une main sage Qui ramène ces maux dont tu te plains toujours. Notre art des poisons même emprunte du secours. Mais pourquoi ces rochers, ces vents et ces orages? Daigne apprendre de moi leurs secrets avan4i>ges. El lie consulte plus tes yeux souvent trompeurs.
La mer, dont le soleil attire les vapeurs, Par ces eaux qu'elle perd voit une mer nouvelle Sf former, s'élever, et s'étendre sur elle. De nuages légers cet amas précieux, Que dispersent au loin les vents oflicieux, Tanlôl, féconde pluie, arrose nos campagnes. Tantôt retomlje en neige, et blanchit nos montagnes. Sur ces rocs sourcilleux , de frimas couronnés. Réservoirs des trésors (jui nous sont destinés, I^es flots de l'Océan, apportés goutte à goulle. Réunissent leur force et s'ouvrent une roule. Jusqu'au fond de leur sein lentement répandus Dans leurs veines errants, à leurs pieJs descendus, On les en voit enfin sortir à pas timides. D'abord faibles ruisseaux, bientôt fleuves rapides. Di'S racines îles monls qu'Annibal sut franchir, Tranquille Ferrarais, le 1*6 va l'enrichir : lnip<;tueux enfant de celte longue chaîne, l>; Rhône suit vers nous le penchant qui l'enlraine : Et V)n Irere, emporU- par un contraire choix, Sorti du même sein, va cliercher d'autres lois. Mais enfin, terminant leurs courses vagal.'ondes, .cur antique S4'jour redemande leurs ondes : Ils les rendent aux mers; le soleil les reprend : Sur les monts, dans les champs l'aquilon nous les
[re,nd.
Telle est de l'univers b constante harmonie.
Los plus grandes (Jifficullés do la versification sont ici heureusement vaincues, et les raisonnements enn)rurit<js aux sciences l>hys ques n'ôtent rien h la poésie de ses cliarines. Les vers sur les oiseaux sont i)leinsdo la gr«1ce la [)lus touchante. Qur-iqucfois Louis Racine emprunte à Rossuet lui-môme sa concision im[)Osante, et fait en quelques Vf-rs l'oraison fu'ièbre des empires :
Peuples, rois, vous mourez, et vous, villes, aussi ; Là l'it Laecdéniorie, Athènes fut i(i.
Quels cad.ivres épars dans la Gnee déserte! Eli! «ne \oiv-je partout! la terre n'iîsl eouverle Que (le palais d> truils, de trônes renverses, Que de l.tiiriers (Iclris, que de sceptres brisés. (>ii V)nl, fiere Menqibis, les merveilles divines? Le lernps a dévdré juiques a tes ruines. Que de riehes tombeaux éb v/s en tous lieux! SnperUrs nionuinents, <|ni porlenl jiis(|u'aui cieiix Du nt^anl des humains l'orguiMlleux lémoignagt;!
On se sent nllendri lorsque; le fils du gra*id Racine arKumente en faveur du doî^me d*; j'immorlaiit*; de l'Ame et s'écrie :
Peut-on lui di^puli;r h.i naissance divine ? N fsUee pa» u-À esprit, plein de mm <n\\tiiu'., Qui mal^rré son fardeau, s'eU-vi-, prend res»f)r, A Vin preninT wjonr qu^-lquelois vole eneor, Et r'.vient l/,iii r li.iryé de rir|iess<"H iinnieiiHeH? PI.'iUmi, CMnliien di- lois, jusrpi^m eic| tn t'élances? U^s4'ArU'.%, qui v»utenl m y ravis av» r titi ; \'am.»\, i\tu: »ur h U'.rti: à (H:iite j*a|HT(;oi ;
Vous qui nous remplissez de vos douces manies Poêles enchanteurs, admirables génies, Virgile, qui d'Homère appris à nous charmer, Roileau, Corneille, et loi que je n'ose nommer. Vos esprits n'étaienl-ils qu'étincelles légères, Que rapides clartés, et vapeurs passagères?
La description de la naissance des arts au troisième chant contient des vers admirablement faits et pleins d'harmonie imitative.
La branche en longs éclats cède au bras qui l'arrache, Par le fer façonnée elle allonge la hache; L'homme avec son secours, non sans un long effort, Ebranle, et fait tomber l'arbre dont elle sort : Et tandis qu'au fust>au la laine obéissante Suit une main légère, une main plus pesante Frappe à coups redoublés l'enclume qui gémit. La lime mord l'acier, et l'oreille en frémit. Le voyageur qu'arrête un obstacle liquide, A l'écorce d'un bois confie un pied timide. Retenu par la peur, par lintérèt presse, H avance en tremblant; le fleuve est traversé. Rientôt ils oseront, les yeux vers les étoiles. S'abandonner aux mers sur la foi de leurs voiles. Avant que dans les pleurs ils pétrissent leur pain. Avec de longs soupirs ils ont brisé le grain. Un ruisseau par son cours, le vent par son haleine, Peut à leurs faibles bras épargner tant de priue. Mais ces heureux secours, si présents à leurs yeux. Quand ils les coiuiaitrout, le monde sera vieux.
Le début du chant quatrième est célèbre j>our sa majesté et son éclat. On dit (|u'un criti(|ue contemporain de Louis Racine disait en lisant ce magnifique passage, Gloria Putri, a Gloire au Père, » dans m pensée que le plus grand de tous les poètes français, Racine le père, [)ouvait seul être parvenu à une aussi grande perfection.
Les empires détruits, les trônes renversés.
Les champs couverts de morts, les peuples dispersés.
Et tous CCS grands revers, que notre erreur corn-
[munc Croit nommer justement les jeux de la fortune. Sont l(;s jeux de celui, qui maître de nos cdiirs A ses de.sseins seerets l'ail servir nos fureurs, El, de nos passions n'-glant la folle ivresse. De ses i)rojels par elle a(ronq)iil la sagesse. Les contpiérants n'ont fail parleur and)iliun Que hàler h's progrés de la religion : Nos haines, nos coni!)als ont allermi sa gloire : CV'st le prouver assez, que conter son liisloire.
Je sais bien ({wc féconde en agréments divers La riebf fielion esl le ( liarnn; des vers. Nous vivons du mensonge, et le fruit de nos veilles N'est que l'art d'amuser p.ir de fausses merveilles : Mais a des faits divins mou érrit (uinsaeré. Par ces v;iins ornenienls serait (b'-shonoré. Je laisse à Sannasar son audaee profaiu; : Loin de moi ces attraits (pu; mou sujet condamne : L'anie de uiou récit «!>,l la siinpli( ile : Ici tout est merveille, et tout esl vérité.
Le Dieu qui dans ses mains tient la paix et la
1 guerre.
Tranquille au haut des deux, change à sou gré la Avant (|iu' le lien de la religion |lerre.
Hoit un htrn conimnn de toute nation, Il veut (pie l'univers ne soil (pi'iin seul empire. A ce inciiK! dessein dés lon^^lcinps lUiine as|»ire; Mais un état si vaste, en jifoie aux faclions. Est le règiu; du trouble et des (livisi(Uis. Il veut que sur la U-rn' aux iiM>ini*s lois KOiimise, In paisdjie couimerce en tous lieux favoiiso
Hn5
nAciNi:
R.VCINE
1^! ses ordiTs noiwoaiix los niiiiislies divins.
Ils pourront los porter par de lil)res chemins.
Si l'univers n'a pins pour mailre q\i'un seul homme.
Il l'a voulu, ce Dieu ; la liherlé de Uome
R,inimant ses soldats par César ahatlus,
)hi dernier coup frappée, expire avec Brulus,
Dans ses hardis vaisseaux une reine ose encore
Hassemhlcr foHemonl les peuples de l'Aurore.
Klle fuit, l'insensée : avec elle lont fuit,
r,t son intligne amant honteusenuni la suit.
liisqu'à Uonic bientôt par Augusie traînées,
Tontes les nations à son char enchaînées,
L'Arabe, le Gélon, le brûlant Africain,
El l'habilant glacé du Nord le plus lointam,
Vont orner du vainiiueur la marche triomphante.
Le Parlhe s'en alarme, et d'une main tremblante
Rapporte les drapeaux à Crassus arrachés.
Dans leurs Alpes en vain les Rhèles sont caches :
La fou Irc les atteint, tout subit l'esclavage.
L'Araxe mugissant sons un pont (|ui l'outrage,
De son antique orgueil reçoit le châtiment,
Et l'Euphrate soumis coule plus mollement :
Paisible souverain des mers et de la terre,
Auguste ferme enfin le temple de la Guerre.
Il est fermé ce temple, où par cent nœuds d'airain
La Discorde attachée, et déplorant en vain
Tant de complots détruits, tant de fureurs trompées.
Frémit sur un amas de lances et d'ép<;es.
Aux champs déshonorés par de si longs combats
La main du laboureur rend leurs premiers .appas.
Le marchand, loin du port, autrefois son asile,
Fait voler ses vaisseaux sur une mer tranquille.
Les poêles surpris d'un spectacle si beau Sont saisis à l'instant d'un transport tout nouveau; Ils annoncent que Rome, apivs tant de miracles, Va voir le temps heureux prédit par ses oracles. l'n siècle, disent-ils, recommence non cours, Qui doit de rage d'or nous ramener les jours. Dtj'a descend du ciel une race nouvelle; 1.1 terre va reprendre une face plus belle ; Tout y deviendra pur, et ses premiers forfaits S'il en reste, seront effacés pour jamais.
Ce i)ompeux début annonce dignement la venue du Sauveur dans le monde, et la partie du poi'me où l'auleur traite de l'Kvangilo et de sa morale». Racine en fait ressortir le caractère (''terne], et montre, par un résumé des maximes pliilosopliiques de l'antiquité, que la révélation évangélique s'acconle en tout point avec les aspirations de la raison.
Dan.s le chant sixième, Louis Racine donne un exenifile de l'usage (lu'on peut faire de l'étude des auteurs profanes. Il applique h des sentiments d'amour divin les expressions les plus brûlantes de Tibulle, dans sa première élégie.
« La grandeur , ô mon Dieu ! n'est pas ce qui
[m'enchanle, « El jamais des trésors la soif ne me tourmente. I Ma seule ambition est d'élre tout à toi. « Mon plai^i^, nia grandeur, ma richesse est ta loi.
• Je ne soupire point après la renommée.
« Qu'incotunie aux niorlels, en loi seul renfermée,
i Ma gloire n'ait jamais que les yeux pourtémoms;
« C'est eu toi que je trouve un repos dans nwvs soins.
• Tu me liens lieu du jour dans celte nuit profonde. « An milieu d'un désert lu me rends tout le monde, « Les houunes vainement m'ulfriraienl tous leurs
[biens, « Les hommes ne pourraient me séparer îles tiens.
• 0*ie ti rrnix dans mes mains soil .à ma dernière
[heure, « El que, les yeux sur toi, )p l'cnthrasse cl je meure.
Le poème finit par un tableau du jugement dernier, oh le poëte a réuni les traits les plus forts et les coideurs les plus sombres que les Pérès aient jamais employés pour traiter un pareil sujet.
,]our de miséricorde, ainsi que de vengeance, Déjà je crois le voir, j'en frémis par avance. Déjà j'entends des mers mugir les flots troublés : Déjà je vois p;'dir les astres ébranlés : Le feu vengeur s'alhmie, et le son des tromp«»ltes Va réveiller les morts dans leurs sombres relrailcs. Ce jour est le dernier des jours de l'univers. Dieu cite devant lui tous les peuples divers, El pour en séparer les saints, son héritage, De sa religion vient consommer louvraçe. La terre, le soleil, le temps, lont va périr, El de l'éternité les portes vont s'ouvrir.
Elles s'ouvrent. Le Dieu si longtemps invisible. S'avance, précédé de sa gloire terrible : Entouré du tonnerre, au milieu des éclairs Son trône étincelant s'élève dans les airs. Le grand rideau se tire, et ce Dieu vient en maître Malheureux, qui pour lors commence à le connaître! Ses anges ont parlont fait enlemlre leur voix, Et sortant de la poudre une seconde fois , Le genre humain tremblant, sans appui, sans refuge. Ne voit plus do grandeur que celle de son juge. Ebloui des rayons dont il se sent p'Tcer, L'impie avec horreur voudrait tes repmisser : Il n'est plus temps : il voit la gloire qui l'opprime, Et tombe enseveli dans l'éternel abîme.
Lieu de larmes, de cris cl de rugissements. Dans ce séjour affreux quels seront vos tourmenls. Infidèles chrétiens, cœurs durs, âmes ingrates. Lorsque vous y voyez les Titus, les Socrates, (Hélas ! jamais du ciel ils n'ont connu les dons) ! Réunir leurs douleurs à celles des Catons? Lorsque le bonze étale en vain sa pénitence ; Quand le pâle bramine, après lanl d'abstinence Apprend que contre lui bizarrement cruel, Il ne fil qu'avancer son supplice éternel? Do sa chute surpris le musulman regrette Le paradis charmant promis par son prophète, El, loin des voluptés qu'attendait son erreur. Ne trouve devant lui que la rage ef l'horreur. Le vrai chrétien, lui seul, ne voit rien qui IV-lonne, El sur ce triitunal que la foudre environne. Il voit le même Dieu qu'il a cru sans le voir. L'objet de son an>our, la fin de son espoir. Mais il n'a plus 1 esoin de foi ni d'espérance : Un éternel amour en est la récompense.
Sainte Reli^'ion. qu'à ta grandeur offerts Jus(|u'à ce dernier jour puissent durer mes vers!
Rapprochons de ce beau morceau les (dus belles strophes de Gilbert sur le même sujet.
Quel hriiit s'est élevé? La trompette sonnante
A retenti de tous côtés.
Et sur son char de feu la foudre di'vorantc
Parcoiirl les airs épouvanlé'S.
Ces astres teints de sang, cl et tte horrible guerre
Des vents échappés de leurs fers.
Mêlas! amionrenl-iN aux enfants delà terre
Le dérider jour de l'univers?
L'océan révolté loin de son lit s'élance,
El de ses flots stMlitieux
Court en grondant battre les eieiix.
Tout prris à les couvrir de leur ruine immense. C'en est fait, rEterncl. trop longtemps méprisa,
Sort de la miit profonde Où. loin des yeux île Ihoiume. il s't'tail reposai Il a paru; c'est lui; sou pied frappe le iiioikIo,
El le monde c<l brisé.