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RITUEL
RITUEL
Tremblez, humains, voici de ce Juge suprême
Le redoutable tribunal.
Ici perdent leur prix l'or et le diadème;
Ici l'homme à l'homme est égal ; Ici la Vérité tient ce livre terrible
Où sont écrits vos attentais ; Et la Religion, mère autrefois sensible. S arme d'un cœur d'airain contre ses fils ingrats.
Sortez de la nuit éternelle ;
Rassemblez-vous, âmes des morts.
Et reprenant vos mêmes corps.
Paraissez devant Dieu : c'est lui qui vous appelle.
Arrachés de leurs froids tombeaux, Les morts , du sein de l'ombre, avec terreur s'avan-
[cent, Pâles, et secouant la poudre des tombeaux.
0 Sion ! ô combien ton enceinte immortelle r^enferme en ce moment de peuples éperdus ! Le musulman, le juif, le chrétien, l'infidèle. Devant le même Dieu s'assemblent confondus, y.iel tumulte effrayant ! que de cris lamentables ! Ciel ! qui pourrait compter le nombre des coupables !
Coupables, approchez; De la chaîne des ans les jours de la clémence
Sont enfin retranchez.
lîisuUez, insultez aux pleurs de l'innocence : A l'ange de la mort Dieu vous a promis tous.
Ce Dieu dort-il ? répondez-nous.
Je vois les élus du Seigneur Marcher d'un front riant au fond du sanctuaire : Des enfanls doivent-ils connaître la terreur
Lorsqu'ils approchent de leur père?
Quoi! de tant de mortels qu'ont nourris tes bontés, Ce petit nombre, ô ciel ! plia ses volontés
Sous le jong de tes lois augustes !
Des vieillards, des enfants, qu«lqncs infortunés! A peine mon n-garl voit entre ni;lle justes
S'élever deux fronts couronnés !
Le juste enfin remporte la victoire.
Et de ses longs conihats, au sein de l'Eternel,
Il s<; repose cnvirfHiné de glf.ire; S ;s plaisirs houl au comble, et n'ont rien de mortel :
il voit, il sent, il connaît, il n-spire Le Dieu qu'il a servi, dont il aima l'empire;
Il en est plein; il chante se-, bicnlails. L'h-lernel a briw- son tonnerre inutile; Et d'ailes et de faux dépouillé désormais, 8ur les mondes détruits le Temps dort iiumobilc.
RITUEL. — Lit Rituel ost lo recuoil des
rrières soit [lUbliatK-s, soit parliciilièros de Eglise; il rè^le 1 ordre des ct'Tf'Mnonies du culte (Voy. CP-k^moniks), et contient h ce double litre les jilus toueh.intes l)eaut(''S. C'est dans le Rituel qu'il faut r';[udier le vrai g^Tiie du christi.'inisuie et tout ce que la relifçion catholique [torte dans ses entrailles maternelles de rnisj^riconle et d'aniour. F>e Rituel est le forunilain; dr; tous les retriùdes *i l'usage de l'/irue; tf>us les besoins do la nature humaine y sont r^oinpns, toutes les douleurs y ont leur «';loquf;rite itilerprélation, et l'Eglise nniltij>lie st.s j)iii';r«'s et ses jjardons h mesure (jue notre faiblesse flugnienlf; «;l rrjultijilie nos fautes. Ij; Rituel est le code de la clémence divine et le manuel do \ Km<tr;\xuAi.
Uu'il y ait dans les paroles sainti-s une vorlu r/'cMe qui agit sur lr;s esprits im[iurs, c'e»l une véni»; dont le scnliin'iil a toni'iin s
été profond parmi les hommes, et que la religion sanctionne de toute son autorité divine. Les mots, pris en eux-mêmes, ne sont rien que des assemblages de lettres; mais, considérés comme signes , ils peuvent tout représenter et exprimer tout ce que la pensée peut concevoir. Les signes sensibles dont Dieu se sert pour exprimer les effets de sa grâce dans les sacrements servent aussi à la conférer , parce que Notre-Seigneur leur a donné cette incontestable vertu, et c'est ainsi que l'Eglise , dont l'esprit est celui de Jésus-Christ lui-même , et qui a reçu de lui tout pouvoir pour lier et pour délier , attache aux paroles de son Rituel toutes les grâces spéciales que ces paroles représentent, et communique à ces remèdes, qu'elle sait appliquer à toutes les maladies de l'âme, une efficacité qui semble être l'émanation de la vertu des sacrements , et qui a fait nommer sacramentaux ces ressources maternelles de la charité ecclésiastique.
L'orgueil de la réforme et la sécheresse du jansénisme se sont scandalisés de certaines formules du Rituel, dont le myslicisme échappait déjà à la science de ces prétendus docteurs, si i)rompts à en remontrer à leur mère. Que dans le moyen Age on ait cru encore à la vertu du Tétragramme, par exemple, c'en était bien assez pour faire jeter les hauts cris aux partisans rabelaisiens du gros Luther. Ces gens là , en effet, ne comprenaient guère la Cabbale judaïque, et n'auraient pu facilement y discerner ce qui, riarmi les traditions et les explications rab- Liniques, conservait les précieuses reliques de la tradition pro[)héiique et patriarcale. Des auteurs graves et des savants consciencieux ont cru pourtant que les signes de la parole avaient pu être révélés à l'homme j)ar la Divinité elle-même , qui est le Verbe et (pii engendre le Verbe. D'autre i)irt, les plus profonds Pères de l'Eglise ont ens(;igné qu'il y a dans les nombres un symbolisme par li'(|uel sont signifiés les principaux mystères du monde surnaturel (!t du numde naturel... Mais qu'importent les mystères et le symbolisme, rju'import»; mênu! la poésie d(;s croyances qui .se rattachent à l'infini par des emolènw'S , qu'importe tout cela, disonsnous, au prétendu sens connnun de la raison individuelle révoltée contre tout ce (pti nrésente le caractère de l'antirpiité et de rautorité ? Les protestants ont donc blas- |)liémé ce (pj'ils ne pouvaient jdus comprendre; les jansénistes, cpii étaient des jtrote.stanis moins oiiverlciinent séfiarès, ont eriti- (|ué amèr(!ment ce (pi'ils com[)renaienl trop j>eut-êlre, vi ce (pii donnait tort i» leurs tendances raisonneuses et à leur' clirisliani-sinr! sans cu.'ur. L(!s gallicans , à h-ur tour, ont voulu eonleriter tout le mondr;, et des évêfjues , d'ailleurs bien inlenlirjniiés , s(! .sont laissé (Mitrailler à la ri-forme du Riliiiîl romain , introduisant ainsi des éléments de schisme 'lans le livre même qui doit êln; «!ii fjiiehpie sorte le manuel de la communion (les prières, et la preuve! ir réfiagablo de l'unité d'esprit par I iiiiilé de lituigio.
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IlITL'EI.
Mainlonaiil (me la réi'onnc a prodiiil son fruit aiiior, luainlenaiit (]u'uni' criti([iio téméraire a plongé la raison humaine dans les abîmes du sr(>plirismc sous pr('tcxle do lémanrjper; mainten.uU que, cliez les peuples sans foi, l'instinct religitnix, ne sachant oh se prendre , retourne aux amulettes de l'idolAtrie et suspend les incrédules aux lèvres des charlatans et des somnambules, les chrétiens commencent ^ coni})rendre combi(!n il était dangereux de faire dés le commencement aucune espèce de concession à l'esprit frondeur qui nie sans comprendre et qui rit sans examiner. On ne trouve plus étrange, par e\em[)le, que le Uituel de Rome |)rescriv(! la dévotion aux agmis, et conseille d'attacher, soit sur les malades, soit dans les coins des appartements que l'Eglise veut pn'server de la visite des esprits impurs, des prières écrites sur des cartes ou des parchemins. Pascal le janséniste, Pascal, (ju'on n'accusera pas d'avoir été un petit esprit, no poi tait-il pas sur lui, cousu dans ses vêlements, un parchemin sur lequel il avait tracé lui-même quelques paroles exprimant le souvenir de (juelqucs idées pieuses? Nous sommes loin maintenant de rejeter comme des superstitions et de juger même témérairement certaines pratiques que Kondamne ?»'ec tant de légèreté un auteur d'ailleurs sérieux, (pii a écrit sur la poésie des saints olTices, et que nous nous plaisons à citer pour ses éludes consciencieuses , tout en nous réservant le droit de le combattre po;ir son parti pris de gallicanisme incorrigible. Kh bien, oui, pouvons-nous lui dire, les auteurs du Uituel de Rome ont voulu com[)alir à toutes les infirmités humaines, et substituer les doux enchantements de la foi au grimoire de la magie et aux amulettes des idolAlres. Oui, le Rituel endort par do mystérieuses paroles les douleurs ({ui assiègent les deux portes de la vie; il a des prières pour le berceau comme [)Our la tombe; il appelle les enfants prêts à naître des ténèbres à la lumière , et invoque sur eux les noms inconnnunicables de l'auteur de la vie. II invo(pie h leur aide ces granis princes de l'Kpiphanie, ces rois mages qui ont été avertis do la naissance du Sauveur par une étoile. Oui , et nous allons le répéter avec vous et d'après vous, en citant vos propres [)aroles, niais sans ado|»ter vos apfirétiations peu callioli(iiM'S , oui, l'Eglise faisait alors ces bellos et simples prières pleines de In foi des premiers Ages; mais (pie faisait-elle e:i(<»re'/ .Vllons plus loin :
Le Rituel prescrivait (i'(''crire celte |)rièr(! sur une carte, et de l'atlacher au cou ou aux jainbes de la f -unne en couches. On jirononçait \v.s mêmes formules ipiand il s'agissait <le hi-nir une maison : on exorcisait les démons (piand on sou|H;oiniait (pi'(<lle en était infestée : (Jonjnrn ri r.rorcizo roa, ,</hM7m.« vnfnlssiini , jirr oiimijtntiiilis siitirlissimn tiniiiina. \\<\ I, Meloiin l . Agia t, etc., ut nh hac (hiino slnliin rrrrdnlis, fm/inlis, ri ad thuutinliinnx rrflnr Inrnin trunuratis. « Jt; vous ci»>rri»c el vous tomuiande, oprils | ervcrs,
par les saints noms du tout-pussanl Hel î, Ilelonn t, etc., de sortir sins délai de celle maison, et de retourner dans votre séjour de damnation. » l.e Rituel ajoute ([ue le prêtre aura soin de placer dans les coins de la maison , de petits sacs remplis iVagnus |)rovenant du cierge pascal, et de petits Iriangles de myrrhe , d'or, d'encens , enduits d'huile bénite. On niellait aussi de petites cartes en forme d'amulettes sur le lit conjugal, pour le préserver des tentations du démon et des désordres de la chair.
On répétait les mêmes mois dans les exorcismcs, et on y ajoutait encore ceux d'omousion, alpha, omrya, athnnatos, ischi/ros Phantheon , Eleyson , lux, sol,{los, etc. On Us écrivait sur une carte , on la pla(^ait sur lo possédé, et le prêtre, après plusn'urs oraisons, disait aux démons : « Je vous enjoins de sortir du corps de cette créature de Dieu ; je vous défends de vous loger, de vous arrêter, de vous cacher dans aucune partie do sa personne , ni dans les quatre principes : le sang, l'humeur, la lymphe , la bile ; ni dans ses chairs , ni dans ses os, ni dans sa moelle, ni dans ses nerfs , ni dans ses articulations, ni dans ses pieds, ni dans ses mollets, ni dans ses jambes, ni dans ses côtes , ni dans ses reins, ni dessous , ni dessus ; ni dans son dos, ni dans ses épaules, dans ses bras , dans ses mains, dans ses ongles , ni dans son cœur, ni dans son foie, ni dans ses poumons, ni dans les gros ni les petits intestins, ni dans son estomac, son ventre , sa poitrine, sa gorge, son cou, sa face, son menton, ses mAchoires, ses dents, ses gencives, sa langue, son palais, son nez, ses yeui,ses oreilles, son cerveau et leurs lobes, ses artères, ses cheveux , ses sourcils, ses poils , son nombril, ses parties génitales, ses sécrétions, soit en dedans, soit en deliors, enfin dans aucune des parties, dans aucun des lieux oii vous avez dessein de vous loger.
« Je vous défends aussi d'appeler h votre aide, ou de vous substituer d'autres malins esprits, et vous enjoins d'évacuer ces lieux et de fuir, sans vous le faire réj^éter, dans les lieux arides, stériles, inhabités, où vous pourrez exercer vos méchancetés. Que si vous résistez, je vous déclare (|ueje vais procéder contre vous , démons maudits , et fulminer toutes les exconnnunicalions et analhèmesqui sont (M1 mon pouvoir; a[)pe- 1er ,^ mon secours la sainl«> Trinité, le Pèie, 1(> Fils, IeSaint-Es})rit , les anges et tous les saints du paradis, pour vous l'aire sortir de ce corps, vous en chasser, depuis re\lrémil('> des cheveux jusipi'h la plaMt(^ des pieds , et Vdus précipiter, vous et vos maîtres, dans l'élang de soufre et de feu au(|uel je vous condamne, par la vertu de Dieu, pour cc'U ans complets, h commencer du jour de volro sortie de ce corps.
« Qin» si vous résistez encore, je vous adjniti par les noms .suivants : Mrssins, FmmniiHil, Sotri\ Snhnath, de |tarlir sans différer. Allons, parlez à l'instant , «luilte/. ces
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licui, et retournez à votre nier Je feu. En vertu (Je ces noms sacrés, je vous J'ordonne, je vous bannis, vous maudis , vous charge d'anathèmes. » Ite statim et recedite hinc, ite, ite, malcdicti, in ignem œternum, ite statim et recedite hinc, etc.
Vous avez tout dit, n'est-ce pas ? Et maintenant nous vous demandons ce que vous avez à critiquer dans ces énumérations naïves peut-être, mais saintes, de tous les membres de ce corps qui est le temple du Saint-Esprit, et dont l'Eglise consacre et sanctifie la merveilleuse architecture : Dei architectura estis. Mais c'est assez nous opposer à des jugements dont la réfutation est si facile. L'Eglise de Rome est la mère de toutes les Eglises; elle conserve tout ce qui est bien, elle consacre par son usage tout ce qui est salutaire, et elle a sagement fait de conserver son Rituel dans toute son intégrité. Sortons maintenant de la controverse, et reconnaissons , en citant cette fois notre auteur (M. Salguesj avec un vrai plaisir, que « le Rituel contient des prières, dont on peut dire que quelques-unes ont un caractère vraiment sublime. Telles sont surtout celles qui ont pour objet la bénédiction nuptiale, et ces secours S[»iritucl.s pleins de la plus douce charité, que l'Eglise apporte au chrétien mourant, lorsqu'elle invoque pour lui le Dieu de miséricorde, et le conjure de recevoir dans son sein le pécheur rtMientant. Que la Connolntion de Sf.-nèque est froide en comparaison! tout )■ est raisonné. Dans les {»rières de l'Eglise, tout au contraire, est plein de sentiment. La philosophie nous console par des raisonnements, la religion nous console par les promesses les i)lus touchantes. Elle nous ouvre les cieux ; elle nous montre une vie nouvelle (|ui ne s'éteindra plus ; un Dieu de miséricorde qui nous re(;oit dans son sein, qui verse sur l'homme vertueux tous ses bienfaits; elle adoiicit les dernières angoisses de la mort, I»ar les paroles les [)lus tendres et les plus douces esj)éranc(s.
« Considérons le prêtre assis auprès du lit du malaiJe ; qu'elles sont admirables, les
} trières qui sorte-il de sa bouche 1 de rpielle oi, de quelle charité elles sont animées I On ne peut les entendre sans Cire pénétré dws mêmes sentiments que lui; on croit h^s voir mont<-r vers le trùtie de rEt<;iii<;l, et recueillies dans son sein. Le prêtre comirience par invoquer pour le mourant ra[ipui de tout ce <\\i<- le ciel et la t^-rre ont de plus puissant : le Christ, la Vierge, les anges, le chfeur d(;.s justes, h.-s natciaiches, les prophètes , hîs apAlres, les évnngélistes , les martyrs, les confesseurs de la foi, les vierges, cl cellfj MaiJeleine (jui rar;|iel,i ses [léchés par son amour. Trois fois \ï a|»[»elle sur lui les miséricordes du Seigneur : « 0 Dicul jetez sur ce mourant des regar ;,s favorables ; Heigrieur, daignez lui oardonner ses pécjjés; S .'ign' lir, ay«;z («ilié de lui. »
« Il supplir; ce Dieu de boulé «pii nous a ctéû», cl &Oii lils r{ui lujiii a rachetés, et
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l'Esprit-Sainl, qui daigne nous remplir do sa vertu, il les sup[)lie d'aiiler cette génu'ssarite créature à rompre sans etfort les liens qui l'attachent à la vie : Pro/iciscere, anima christiana, de hoc mundo. « Détachez-vous de ce monde, âme chrétienne ; que votre demeure soit aujourd'hui dans la paix, et votre habitation dans la sainte Sion. » Ilodie sit in pace locus tuus, et hahitatio tua in sancta Sion !
« Il adresse ensuite les plus tendres supplications à Dieu : «Seigneur, Dieu de miséricorde, Dieu de bonté, vous à qui les larmes d'un pécheur pénitent sont si agréables, que vous lui pardonnez toutes ses fautes, quelque grandes qu'elles soient ; vous qui oubliez même que ce pécheur vous a offensé, et qui ne considérez que son repentir, jetez des yeux de miséricorde sur cette triste et souffrante créature : elle avoue ses fautes, elle vous en demande pardon de tout son rœur; exaucez-la, père de clémence.
Renouv. lez en elle ce que le commerce du monde, la fiagilité humainç et l'esprit t ntateur ont pu causer d'altération dans la i uretéde son Ame. Unissez, Seigneur, attacliez au corps de votre sainte Eglise, ce membre que vous avez racheté; voyez ses larmes, entendez scs gémissements; (ju'ils vous attendrissent. Toute sa confiance est en vous, elle n'espère qu'en votre bonté; cpie votre main daigne lui ouvrir la porte du salut; daigr.ez l'admettre h la grAce d'u-ie parfailo réconciliation. Nous vous en supplions [uir les mérites de Jésus-Chrisi voire fils. »
La fiitié', l'amour, la tendresse ont-elles jamais inspiré rien (le pli;s sublime? le C(pur humain a-t-il jamais [)arlé un pareil langage? Où trouver un modèle aussi f)arfait parmi les auteurs profanes? On admiie dans Homère; les humbles prières, les discours attendiissanls de Priam, lorscpTil vient redemander h Achille le corps de son fils. Ou est touché d(! ses larmes, on pleure avec lui : c'est le [)lus beau modèle de sensibililé fjue nous olfrc.-nt les chefs-d'ieuvre de l'antiquité. Mais comparez ces prières d'un vieillard, d'un roi i)ios[eriié aux pieds de son eniienu, comparez-les avec celles (jue le [trêlre, prostiTtié au pied du lit d'ini chrétien moufant, adresse à Dieu, (piclh; dilférenée 1 (pie la religion est adnurablel commo elle élève l'honnue au-dcsstis dr; l'honuiK', et que la pillé est d')uce quand c'est h; ciel même (pii l'inspire]
.Mais (■(! ministre d(; cliariti'; m; s'arrête point ajirès ces sidilimes invoc.itions ; il se tourne auprès du mourant, il s'elforee do. relever son Ame aballuc; par les plus douces consolai ions : o Mon frèie, mon très-cher frèrt!, lui dit-il, je vous recominan(l(! h Dieu tout-puissant r-t vous remels entre l(!s mains de celui qui vous a cn'é, afin (pie lorscpK! vous aurez pa\é par votre; morl la «lell(^ ciMiiiiHine de la nature huniaiuf;, vous re- Ifiurniez ^i voire Cri-aleur, qui vous a formi'i du limoM de l.i terre. Que la ti'OUjie glolieuse des anges vienne au-deviuil de volru
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ûmo, lorsqu'elle rom|)ra les liens corruptibles qui rattachent encore h la terre! (jue le S(^nnt des apôtres, qui doit juger, avec Dieu, tout l'univers, vous fasse un arcuiul favorable 1 que la triomphante armée des niartvrs se réjouisse à votre arrivé(! ! (juc l'éclatante compagnie des confesseurs vous environne 1 que le chœur des vierges vous conduise vers le céleste époux avec des cantiques de joie ! qu'admis dans le sein d'Abraliam, tous les patriarches vous félicitent et vous embrassent 1 que Jésus -Christ se montre à vous avec un visage plein de douceur et d'allégresse! qu'il vous place au rang de ceux qui doivent toujours ôtrc auprès de lui 1 ruissiez-vous ignorer tout ce que les ténèbres, les flammes et les tourments ont d'horrible et d'insupportable ! que le démon et ses ministres se reconnaissent vaincus, vous voyant arriver dans la compagnie des anges 1 etc. »
Quelle est la religion oui ait jamais prodigué les mêmes soins à l'homme mourant? qui l'ait soutenu dans ses derniers moments avec une charité pareille, avec un zèle aussi compatissant? qui ait élevé son ûme à de si hautes pensées ? qui l'ait trans|)orlé dans les cieux avant l'heure marquée oiî doivent se briser les liens qui l'attachent à la terre? (jui ait formé des vœux plus ardents pour sa félicité? qui ait versé dans son âme de [ilus douces consolations? Dans ce pénible moment, dans cet éternel adieu, la charité ne seml)le-t-elle pas avoir épuisé tous ses trésors? Qui pourrait entendre ces admirables prièios, assister à ce pénible spectacle, sans être pénétré des plus nobles et des plus religieux sentiments? Ohl comme les paroles du prêtre agrandissent la sphère de nos destinées 1 h quelle hauteur elles portent nos espérances ! et quand on réfléchit que c'est le i)lus souvent h un malheureux étendu sur un grabat, couvert des haillons de la misère, que ces généreux soins sont adressés, de quelle profonde vénération, do quelle immense reconnaissance ne doit-on pas ôlre pénétré pour la religion !
Cependant, toutes les ressources de la charité chrétienne ne sont point encore épuisées. Le minislro des miséricordes divines renouvelle ses instances auprès de Dieu; il lui rappelle les bienfaits dont il a comblé ses élus, il rassemble tout ce qui peut fléchir sa justice et le porter à l'oubli des fautes du pécheur.
« Seigneur, délivrez son Ame comme vous avez délivré Noé du déluge.
«Seigneur, délivrez son Ame, comme vous avez délivré Abraham de la terre des Clialdéens.
« Seigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré Job «le ses soufl'ranc rs.
« Seigneur, délivrez son Ame, connue vous avez délivré Moisc «le la persécution du roi (l'Egypte.
« Seigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré Daniel de la fureur des
llO'JS.
« Soigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré les trois jeunes hommes (le la fournaise ardente et de la main d'un roi injuste.
« Seigneur, délivrez son Ame , comme vous avez délivré David des mains de Saiil et de (îoliath.
« Seigneur, délivrez son âme, comme vous avez délivré saint Pierre et saint Paul des fers dont ils étaient chargés dans les prisons.
« Nous vous recommandons l'âme de votre créature; vous êtes descendu pour elle du ciel sur la terre ; qu'elle jouisse de ce bienfait dans toute son étendue 1 C'est de vos mains (}u'elle est sortie ; elle est votre ouvrage, et rien n'est comparable à vos œuvres. Seigneur, faites jouir cette âme de votre présence 1 ne vous souvenez pas de ses ini(iuités; elle a péché, elle l'avoue; mais elle a toujours cru en vous, adorable Trinité ; elle a conservé la foi, elle a été fidèle à vous adorer, ô Dieu qui avez fait toutes choses ! Ne vous souvenez donc plus. Seigneur, des erreurs de sa jeunesse, ne vous ressouvenez que de votre miséricorde ; que les cieux lui soient ouverts ; que les anges volent à sa rencontre, et qu'ils Tintroduisent dans la céleste Jérusalem! (jue saint Pierre, à qui Dieu a confié les clefs du ciel, lui ouvre la {)orte de cette demeure des saints l que saint Paul, ce vase d'élection, que saint Jean, ce disciple bien-aimé, à qui les secrets du ciel ont été révélés, intercèdent pour elle ; que les apôtres prient pour elle le Dieu des miséricordes 1
« Saints et saintes qui avez souffert tant do tourments sur la terre pour le nom de Jésus-Christ , soyez-lui favorables, mêlez vos |>rières aux siennes, présentez ses vœux au Dieu qui vous a choisis. »
La rhétoritiue a-t-elle jamais indiqué une j)lus éloquente énumération que celle que fait ici le prêtre de toutes les faveurs, de toutes les grâces ([ue Dieu a répandues sur l'homme? Quelle pensée plus profonde et jilus touch.uite que celle-ci : Seigneur, ne vous ressouvenez que de votre miséricorde i On a prodigué de justes louanges h Cicéron, lorsque, plaidant la cause de Ligarius, il (il tomber des mains de César l'arrêt de oroscrifttion porté contre son client. Mais l'éloquence de Cicéron est toute humaine ; il flatte j)lus qu'il ne prie ; il s'adresse h cette passion do gloire dont César est dévoré ; il présente à son ambition de nouveaux moyens de renonmiée : A'i7m7 esl tnm popu^ tare nunm bonitns, Nulla de virtulihus tuis plunmis nec admirabilior, nrc (/ratior mitcrirordia est ; homines enim nulla re ad deos propius accrdunt quam salut cm hominihus dttndo. Nihil hnhcl nec fortuna tua mnj}is,nec natura tua melius quam ut vriis conservare quam plurimos... 0 clément iam admirahilem, alqur Diiiui laudr, prœdicatioue, lillrris manumculisifue dccorandam 1 M. Cicero apud te difrndil alium in en voluntatc non fiiisse in qua se ipsuvi confilctur fuisse. « César, rien