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n*est plus populaire que la bonté. De toutes les vertus qui vous distinguent, il n'en est aucune de plus admirable, de plus capable de vous gagner les cœurs que votre clémence. Ce qui rapproclie davantage l'homrae de la Divinité, c'est de sauver ses semblables : voilà ce que la fortune vous a donné de plus grand, ce que la nature vous a donné de plus précieux. O clémence admirable 1 ô clémence digne de tous les éloges, digne d'être publiée partout, digne d'être transmise à la postérité par les écrits des hommes, par des monuments publics ! M. Cicéron défend Ligarius d'un crime dont il est lui-même coupable, il le défend du reproche d'avoir appartenu à un parti auquel il a appartenu lui-même. »
Que l'on compare cette éloquence avec celle du prêtre [)laidant au tribunal suprême la cause du pécheur, on verra facilement que l'un s'adresse à un homme et l'autre à un Dieu. Dieu n'a rien à faire pour accroître sa gloire, pour augmenter sa puissance ; mais comme tout en lui est infini, sa bonté, sa clémence, sa miséricorde so'U aussi infinies. C'est dans cette source inépuisable que résident res[)oir, la confiance et la consolation de l'homme.
On trouve néanmoins, dans le discours de Cicéron, un mouvement de sensibilité qui se rapproche des belles prières que nous venons de citer : c'est celui où il représente la famille de Ligarius aux pieds de César pour implorer sa clémence, où il le conjure d'avoir pitié de leurs larmes, et de ne pas frapper une famille tout entière en frappant un seul homme.
NoU, Cœfur, putare de unius capite nos ar/ere. Quid de fratrihus Ligarii dicam? movennt te horum lacri/mœ, moveat pirtag, moveal fjermanitas... Vides ne hosce oinnes équités romonos nui adsunt reste mutata, non solum notas tibi, verum eiiam prohatos. x Non, César, ce n'est j^as du sort d'une seule tête qu'il s'agit ici ; que vous dirai-je de la douleur dont les frères de Ligarius sont pénétrés ? Avez pitié de leurs larmes, soyez touché de leur piété fialernelle, de leur intérêt 1)0ur un frère chéri. Voyez-vous ces norn- >reux chevaliers romains rassemblés en habit de deuil autour île votre tribunal; ils vous sont connus, vous les avez éprouvés: serez-vous insensibles leurs <loiilr;ijrs ? »
Ce mouvotrienlesl j)lein d'éloquence'; mais celle du ministre de Dieii le surjKisse, autant que Dieu est au-dessus de (>ésar. Cependant son ministère n'est point achevé; c'est le mourant lui-même qui va maintenant parler ftar la bouefie* du prêtre : « Soi- (çneiir, j'ai mis mon espérance on vous; jo ne serai pas fonfondii h j/iinais. Secfiurezmoi, ft mon Dieul Vous m'avez tacheté fin votre sang ; daignez y-U-v des regards favorables sur votre serviteur ; éeoul(;z votre miséricorde ; recevez-moi dans votre sein. 8*;igneiir Jésus, receve-z mon es()ril. »
Le jtrêtre reprend alors; et n[»rès avoir r<'q»éte trois fois : Seiffnmr, failen-lui miséricorde, U ajoute ; « N'entrez point en juge-
ment avec lui, parce que nul homme ne sera trouvé innocent devant vous. Ecoutez ma prière, que mes cris s'élèvent jusqu'à vous; n'oubliez pas. Seigneur, les âmes de vos pauvres, etc. »
Cherchons dans tous les chefs-d'œuvre de l'esprit humain un dialogue semblable, une scène aussi attendrissante. Non, l'esprit humain ne pourrait inventer rien de pareil ; c'est du cœur seul, et d'un cœur féconde par la religion, que peuvent provenir de semblables beautés; ce langage est celui des habitants du ciel, et n'a rien d'humain : Nil tnortale sonans.
Ainsi, auprès de la couche des mourants, sur les bords du tombeau, la religion offre au cœur de l'homme tout ce que le sentiment a de plus touchant, et à son esprit tout ce que le génie a de plus admirable. Que dis-je ? le tombeau lui-même a son éloquence et ses inspirations. Un chrétien ne meurt point comme un autre ; la religion, les yeux toujours élevés vers le ciel, l'accompagne jusqu'à sa dernière demeure. La même voix qui, au milieu de ses dernières angoisses, invoquait pour lui les secours du Dieu de miséricorde, se fait entendre de nouveau sur les bords du sépulcre, et son ministère de charité ne s'arrête que quand la terre ayant enseveli, la dépouille mortelle qu'on lui confie, donne en quelque sorte le signal de ce silence qui doit régner jusqu'à la consommation.
Mais pourrais-je peindre ces augustes cérémonies avec les mêmes couleurs dont les a revêtues l'illustre auteur du Génie du christianisme? Laissons-lui décrire la fête des tombeaux. L'office des morts trouve naturellement sa {)lace à la suite des scc^nes mélancoliques que nous venons de tracer.
« Ch(.'Z les anciens, dit ChAtoaubriand, le cadavre du pauvre ou de l'esclave était abandonné pres(juo sans honneurs. Parmi nous, le ministre des autels est obligé do veiller au cercueil du villageois connue; au catafahiue du monanjue. L'indigent de l'Evangile, en exhalant son (hîmicT soupir, devient soudain (chose sublime!) un être auguste et sacré. A peiru; h; mendiant, nui languissait à nos portes, objet de nos dégoûts et de nos méj)ris, a-i-il cpiitté cette vie, que la religion nous force à nous incliner devant lui. KIN; nous rappelle! une égalité formidable, ou ]ilutAt elle nous commande do tesp(M;ter un juste racheté du sang de Jésus-(^hiist, et (pu, d'une condition obscure; et misérable, vient de nionler à un trône céb-ste. C'est ainsi q\ie le grand nom de chrétien met Iftut de nivt;au dans la mort, et l'orgueil du plus j)uis.s;int potentat no )i(;ut nrrach(;r à la r<;ligion d'autre juière (pje celJe-lii même (in'clh; oIVre pour le dernier mari.tnt de la <-ité. Lt; joni' epi'il.s ont rendu l'tîspril , ils retournent à leur t«Mro f)riginelle, et toutes leurs vaines pensées périssent.
« Mais (prr;ll(!s sont admirables ces [irières! Tanlôt ce sont des c.iis de douleur, lanlùt des cris d'i spérance. Le moil se plaint,
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se r(''j(>iiil. Ironihle, se r.issure, gémit et supplie. Krihit itpiritus cjus, clc.
a Drllctajuveututi.'imrœ, etc. O mon Dieu! ne vous soiivene/ ni des fautes de ma jeunesse ni de mes ii;norniiC(vs, »
« Les plaintes du roi-propluMe sont entrccoii[)ées par les sou|)irs du saint Arabe :
« O Dicn 1 cessez de m'allli^er, puisque mes jours ne sont que néant. Qu'est-ce que l'homme pour mériter tant d'égards et pour (pic vous y attachiez votre cœur? Lorsipic vous mo chercherez le matin, vous ne mo trouverez plus. La vie m'est ennuyeuse; je m'abandonne aux plaintes et aux regrets. Seigneur, vos jours sont-ils commi; les jours dos inorlels, et vos années éternelles commo les années passagères de l'hormuc (1)?
« Pourquoi, Seigneur, délournez-vous votre visage, et me traitez-vous comme votre etmemi ? Devez-vous déploy(;r toute votr(; puissance contre une feuille que le vent emporte, et poursuivre une feuille desséchée i2j ?
« L'homme né de la femme vit peu de temps, et il est rempli de beaucoup de misères. 11 fuit con\me une ombre (pji no demeure jamais dans un même état. Mes années coulent avec rapitlité, et je marche jiar une voie par laquelle ie ne reviendrai jamais (3).
« Mes jours sont passés; toutes mes pensées sont évanouies, toutes les espérances de mon cœur dissipées Je dis au sépulcre : Vous serez mon père, et aux vers : Vous serez ma mère et mes sœurs. »
« De temps en temps le dialogue du prêtre et du chieur interrompt la suite des canli(pies :
Le prêtre. « Mes jours se sont évanouis coumie la fumée ; mes os sont tombés en |)()udre.
Le chœur. « Mes jours ont décliné comme l'ombre.
Le prêtre. « Qu'est-ce (pie la vie ? une légère vafx'ur.
Le chœur. « Mes jours ont décliné connue l'ombre.
J^e prêtre. « Les morts sont endormis dans la poudre.
Le chœur. « Ils sc réveilleront, les uns da'is rél(Mnelle gloire, les autres dans l'opl)robre, pour y demeurer h jamais.
Le prêtre. « Us ressiiseitcront tous, niais non pas tous comme ils étaient.
Le chœur. « Us se réveilleront. »
« A la connnunion de la messe, le prêtre dit : Hinreux ceux (pii meurent dans le Seigneur. Ils se reposent dès h présent do leurs travaux, car leurs bonnes œuvres les suivent. »
« Au lever du cercueil , on entonne le l'saume des douleurs et des espérances : « S(^igneur, jo cric vers vous du fond de l'ablme ; que mes cris parviennent jusqu'à
M) Odircdcs morU, \r
H) IV' lf<;(»n.
^3) VM' leçon.
leçon.
vous. » En portant le cor|»s,on reconnueirce le dialogue Qui dormiunt, etc. « Us dorment dans la |)Oud-re; ils se réveilleront, etc. » En descendant le cercueil dans la fosse : « Nous rendons la terre h la terre, la cendre h la cendre, la poudre h la poudre. » Enlin, au moment oij l'on jette la terre sur la bière, le prêtre s'écrie dans les paroles de l'Apocalypse : Une voix d'en liant fut entendue, qui tiisait : Bienheureux sont les morts. »
« Et ce{)endant ces superbes prières ne sont pas les seules que l'Eglise offre pour les trépassés. De même ([u'elle a des voiles sans tache et des couronnes de fleurs pour le cercueil de l'enfant, de môme elle a des oraisons attachées h l'Age et au sexe de la victime. Si quatre vierg(;s vêtues de lin et parées de feuillage ap|)ortent la dépouille d'une do leurs compagnes dans une nef tendue de rideaux blancs, le prêtre récite h haute voix sur cette jeune cendre une hymne à la virginiti''. Tantôt c'est VAve maris stelln, cantique où il règne unegrande fraîcheur, et où l'heure de la mort est représentée comme l'accomplissement de l'espérance; tantôt ce sont des imag{>s tendres et ])oétiques empruntées de l'Ecriture : Elle a passé comme l'herbe des champs. Ce matin elle fleurissait dans toute sa grâce ; le soir nous l'avons vue sécher. N'estce pas là la (leur qui languit, touchée par le tranchant de la charrue ? le pavot qui penche sa tête abattue par une pluie d'orage ? Pll'Via cum fokte gravantuu.
« Et quelle oraison funèbre le pasteur prononce-t-il sur l'enfant décédé dont une mère en pleurs lui présente le petit cerceuil ? 11 entoine l'hymne que les trois enfants liébreux chantaient dans la fournaise, et ({ue l'Eglise répète le dimanche, au lever du jour : Que tout bénisse tesœurres du Seigneur. La religion bénit Dieu d'avoir couronné l'enfant [)ar la mort, d'avoir délivré ce jeune ange des chagrins de la vie. Elle invite la nature à sc r(\jouir autour du tombeau de l'innocence. Cq ne sont point des cris de douleur, ce sont des cris d'allégresse qu'elle fait entendre. C'est dans le même esprit qu'elle chante encore ]cLaudatc,pueri, Dominum^qm (init par celte strophe : Qui habitare facit stcrilcm in domo : matrem filiorum lœlanlem. n Le Seigîieur qui rtmd féconde une maison stérile, ([ui fait ipie la mère S(^ ri'jouil dans ses fils. » Quel canti(pie pour des parents • nflligés ! L'Eglise leur montre l'enfant (pi'ils vi( linent de perdre, vivant au bieidioureux si'jour , cl leur promet d'autres enfants sur la terre !
» Enfin, non satisfaite d'avoir donné cello attention h cha(|ue cercueil, la religion a roiu'onné les choses do l'autre vie par une cérémonie générale, où elle réunit la mémoire des innombrables habitants du sépnhre, vaste connunnauté dtî morts, où lo grand est couché auprès du petit; répnbliqu(! de parfaite égalité, où l'on n'entre point sans ôler son caS(|ue ou sa couronne pour passer par la porl(> abaissé»! du tombeau. Dans ce jour soleiim I, où l'on célèbie les fu
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iiéraillesde la famille entière d'Adam, l'ûme luéleses tiiljulations pour les anciens morts, aut peines qu'elle ressent pour ses amis nouvellement perdus. Le chagrin prend par cette union quelque chose de souverainement beau, comme une moderne douleur prend le caractère antique, quand celui qui l'exprime a nourri son génie des vieilles tragédies d'Homère.
« La religion seule était capable d'élargir assez le cœur de l'homme pour qu'il pût contenir des soupirs et des amours égaux en nombre à la multitude des morts qu'il avait à honorer.»
Avant que la religion chrétienne eût éclairé l'homme de ses lumières, on rendait au>si des devoirs aux morts. On offrait des sat-ritices aux dieux infernaux. Les pompes funèbres étaient des spectacles offerts au pauvre, par l'orgueil des riches. On y portait les images des ancêtres du mort, des urnes, des couronnes, des trophées ; deux chœurs précédaient le convoi, chantant sur des airs tristes et lents, les fragilités de la fortune, les misères de la vie humaine. La mort avait son luxe ; des femmes salariées, en habits de deuil, pleuraient la perte du défunt ; et quand le bûcher avait dévoré ses tristes déj[)Ouilles, ou quelles étaient ensevelif'S dans la terre, on (trononcait ces paroles, que l'on ajifielait iiltitnn verba. \'ale. No» te ordinequo nalura permiserit scrpiemur . • Adieu; quand Tordre de la nature l'ordonnera, nous te suivrons. » Il ne nous reste rien de ces chants (jui précédaient la pomi»e funèbre. Mais qiaels qu ils fussent, pensonsnous qu'il pussent égaler ceux que l'Eglise a empruntés à la har[)e de David, et aux douleurs de ce saint Arabe ( comme l'apj»elle M, de Chateaubriand;, dont le poème est non-seulement le [dus ancien monument qui nous reste de la religion des patriarches, mais de l;i foi de ces hommes élus de Dieu, que l'Ksftrit-Saint daignait inspirer.
Qui no connaît le beau poëmc où M. de Fo'ilanes a décrit, sous le nom du Jour des Morts, les saintes céréino'iies , les chants .sacré» dont l'Eglise honore les cendres froides, les dépouilles in/inimées des chrétiens; car ces dépouilles étaient la demeure d'unu âme rachetée |»ar le sang d'u'i Di(;ul De miels traits il i»eint la l«;ndre f»iélé , les douces larmes fjue répand dans ce jour d'une religieuse mélancolie l'habitant du hameau :
llonomil tK-saînin, :timari( it rfconri.ilirt; l-n j(it;rn; on le gn/,oii (jui cacli»: Inir» <l<l>riH, il noiiiim:, il croil revoir (uiiit c«ux (|u'il a chi-ri».
\.our% noiriH ri«; cli.irK'tit |>«)inl lUs iiiartires fasliiciix. l II ji^ilrc, un l;il)oiiii-ur, un firrniiKr vci-tiu-iu, Sfiii» ir% pierif* «ann arl lrani|iiillrnicnl soniincill.: : KIIps (OiivtciiI |M'iit-. nr un Tiin-iirii-, nn Corm-illir, yiii ilariK roiiiliir ,i virii lU: iiiirn<'ini- ijçnoré. KU lii> Il ! Hi d»; l.i frjiilf Hiiircroit tuparc, liliittri; >l.iiis le, ( aiiijin i>ii Hiiiilini); an llM-^lrc, H*»ii nom (Ii.iriiiail i-iiror Innivi-nk iilobln*, AiijounJ'Iini wmi <toniineil en .^.i ail il pliis doux'
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Voyez le prôtre saiiil guiJaiil la poni]>o atignsie, S'arrclaiiL loul à coup près des coiulns du juste; Là releiilit le clianl qui délivre les nioris. C'en esl lail, el trois ibis, dans ces pieux liaiisporlS, Le peuple a pareouni la pouipe sépulerale. L'Iiouinie sacré trois fois y jeta l'eau lu.strale; Et l'écho de la tombe, aux inànes satisfaits. Répète sourdement : Qu'ils reposent en paix!
C'est ainsi que sur les bords du tombeau, au-delà du tombeau, la religion, animée de l'esprit évangélique, prodigue au chrétien les secours les plus généreux; elle insfiire le prêtre, elle élève son âme, elle met dans son cœur et dans sa bouche les hymnes les plus sublimes et les plus toucha-ites prières; elle prend l'homme au berceau ; elle l'accompagne dans le cours de sa vie; elle le suit jusque dans la nouvelle demeure dont la mort vient de lui ouvrir les portes.
Pourrai-je quitter ce triste et mélancolique sujet, sans parler de ces éloges funèbres que la religion décerne aux hommes qui, dans les hautes dignités de l'Etat et de l'Eglise, ont bien mérité des peuples par les services qu'ils leur ont rendus, par les exemples et les leçons qu'ils leur ont donnés? Avant la naissance de la religion chrétienne, on décernait aussi des éloges à la mémoire de ceux (jui avaient bien mérité de la patrie. Périclès , surnommé par son éloquetico l Olympien, prononçait du haut de la tribune 1 éloge des soldats morls sur le chanq) de bataille; et chez les Romains, Pline-le-Jeune publiait également du haut de la liibune les veitus el les bieid'.iits de Trajan ; mais dans ces discours , chefs-d'œuvre de l'esiirit Inimain, tout était terrestre. L'orateur n'envisageait l'homme que sous des considérations moilelles. Dans la chaire sacrée, le pontife et hi prêtre le considèient sous ses lins divines. Les premiers parlaient en prése-nce d'une assemblée humaint!; l'oral-'ur sacré parle sous les yeux de Dieu. C'est du ciel (jue viemjcnt S( s paroles, licoutez liossuet :
« (^(dui qui règne dans les eicMix et de ipii relèvent tous Ic-s em|)ires, h (pii seul appartient la gloire , la majesté, rindépuiulanee, est aussi !e seul cjui st; glorilie do faire la loi aux rois, el de leur donner, (piand il lui plaJl, de grandes et terribles leçons. Soil(|ii'd élèv(î l(,'S lr<')nes, soit ipi'il les abaisse, soit ((u'il comnniniqiK! .sa puissatiee aux princes, soit ipj'il la reUre h liii-mêino et ne leiw laisse que leur propn^ faibless*;, il leur apprend leurs devoirs d'uni! manière souveraine et digne de lui ; cir vu leur doinianl sa jiuis'.ance, il leur corimia ided'eii user', coriniK; il fait lui-mèrue, |ioui- le bien du monde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est (!riipi'ririli''o , et que pour- èlr'o assis Kiir le trAne, il.s n'en sont pus moins sous sa main et sous son niilorilé siiprèiiK?. C'est .'iinsi (ju'il instruit les princes, iioiiseiileiiieiit par des discours et des paroles, mais encore par des elfels el partiras evoriiples : l't nunr, rr(/rs, inlcltiyila, erudimini i/m jiidiciitis Icriiiin. »
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Ej dans un nutro discours , où le nif-me orateur verso des larmes de pitié sur le cercueil d'une autre grande princesse , avec quelle éloquence il peint les misères de la vie, la vanité des grandeurs humaines I
« Tout est vain en l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux, tout est import.mt, si nous contemplons le terme où elle aboutit, et le compte qu'il en faut rendre. Méditons donc aujounl'hui, h la vue de cet autel et de ce tombeau, les paroles de l'Ecriture, qui montrent, d'une part, le néant de l'homme, et, de 1 autre, sa grandeur. Que ce tombeau nous convainque de notre néant , pourvu que cet autel où l'on offre tous les jours pour nous une victime d'un si grand prix , nous apprenne en même temps notre dignité.
« Nous mourons tous, nous allons sans cesse au tombeau ; nous ressemblons tous à des eau\ courantes; de quelque superbe distinction que se flattent les hommes , ils ont tous une môme origine, et celte origine est petite. Leurs années se poussent successivement comme des flots; ils ne cessent de s'écouler, tant qu'enfin , après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de pays les uns que les autres , ils vont tous ensemble se confondre dans un abîme où l'on ne reconnaît plus ni princes , ni rois , ni toutes autres qualités superbes qui distinguent les hommes. »
C'est ainsi que l'Eglise, soit qu'elle chante dans l'enceinte des temples les louanges du Dieu vivant , soit qu'elle élève vers lui des niains suppliantes, soit qu'en habits de deuil elle pleure sur les tonifx^aux et déplore la vanité des choses humaines, ne quitte jamais les anneaux de cette chaîne mystérieuse qui lie la terre aux cieux.
Quittons ces scènes de tristesse et de douleur; une pompe bien ditîérente nous ap- {lelle encore vers la maison du Seigneur. Jne jeune tille, le front couronné de lis, et parée des plus riches atours; un jeune IionuTie, les yeux pétillants de tendresse et de bonheur; deux familles rc'unies par le lien le plus doux ([ui unisse l(\s honnnes ensend)le, s'avanciMit vers l'autel : leur marche est grave et silencieuse»; la jeune (ille est accompagnée de son père; ses yeux sont modestement baissés v(»rs la terre. Le sanctuaire est orné de flambeaux ; deux siégt>s d'une religieuse simplicité sont dis[)osés pour les j(>uncs é|)Oux; de jeunes lévites font les préparatifs (!•> l'auguste sacrilii'e offert k Dieu pour le bonheur du coupl(> heureux (\n\ va s'unir sous ses aus[>ices. Le prêtre se revêt de son aube de lin et de l'élole ; il s'avance, le livre de prières il la main. Qu'elles sont tendres, qu'elles sont augustes ces prières! le ciel lui-même semble les avoir dictées :
« Seigneur très-saint. Père touf-puissanl, Di(Mi éternel, (jui par votre ptiissaïu^e avez créé de rien tout l'univers; (jui , dès le commencement du monde, a[)rôs avoir fait l'hounne l\ votre image, lui avez donné , pour
être son aide inséparable , la fenmie , que vous avez formée de lui-même , pour nous apprendre qu'il n'est jamais permis de séparer ce que vous avez uni; ô Dieu! qui avez consacré le mariage par un mystère si excellent, que l'alliance nuptiale est la figure de l'union sacrée de Jésus-Christ et de son Eglise; ù Diou, par qui la femme est unie à l'homme, et qui donnez ^ leur union intime une bénédiction, la seule qui n'ait point été enlevée au monde, ni par la tache du péché originel, ni par les eaux du déluge; ô Dieu , qui avez seul en votre pouvoir le cœur de l'homme , qui connaissez et gouvernez toutes choses par votre providence, en sorte que personne ne peut désunir ce que vous unissez, ni nuire à ce que vous bénissez; unissez, s'il vous plaît, les esprits de ces époux qui vous appartiennent , et versez dans leurs cœurs une sincère amitié, afin qu'ils ne soient plus qu'un en vous, comme vous êtes Un , comme vous êtes le seul et véritable Tout-Puissant.
« Regardez d'un œil favorable votre servante, qui , devant être unie h son époux, implore votre protection; faites que son joug soit un joug d'amour et de paix ; faites que, chaste et fidèle, elle se marie en Jésus-Christ, (ju'elle suive toujours l'exemple des saintes temmes ; qu'elle se rende aimable à son maii comme Rachel ; qu'elle soit sage comme Rebecca ; qu'elle jouisse d'une longue vie, et qu'elle soit fidèle comme Sara. Qu'elle demeure. Seigneur, ferme dans votre loi et dans l'observance de vos commandements, afin qu'étant uniquement attachée à son mari, elle ne souille la couche nuptiale par aucun commerce illégitime; que, pour soutenir sa faiblesse, elle s'arme de l'exactitude d'une vie réglée; qu'elle ait une [tudeur propre à s'attirer du respect; qu'elle s'instruise do ses devoirs ; qu'elle obtienne de vous une heureuse fécondité ; qu'elle mène une vie jiure et irréprochable, afin qu'elle puisse arriver au repos des saints et au royaume du ciel. Faites, Seigneur, qu'ils voi(MU tous deux les enfants de leurs enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération, et qu'ils arrivent à inie heureuse vieillesse. »
Quelle noble décence dans ces paroles, et sous quel aspect honorable l'Eglise n'envisage-t-elle pas le mariage ? De quelle pudeur religieuse n'enveloppe-l-elle pas ses leçons? Elle rassemble aussi ses fleurs pour parer la sainte cérémonie du mariage, mais ces fleurs sont pures comme le lis, modestes comnu^ l'humble violette; on les croirait cueillies dans le jardin d'Eden. De quelle douceur sont les [viroles qu'elle adresse h ri'Ui'rnel pour les jeunes éfioux, et les bénédictions qu'elh» répand sur eux !
Après ces bénédictions, le prêtre commiMice le sacrifice. Prêt à prononcer les paroles sacramentelles de la consécration, il élèvi! les mains au ciel et prononce cette préface attendrissante :
« Seigneur très-saint, Père loul-puissant. Dieu éternel, qui avez étalili le lien indissoluble de l'alliance nuptiale , afin que la