BALLADE V.OO
Los onfanis.
Si laveiigle soupire,
Giroflée-giroHa,
Si l'aveugle soupire....
Dieu nous bénira.
La petite fille.
J'irai pour le conduire, Giroflée-girofla, J'irai pour le conduire.
Dieu nous bénira.
Les enfanls.
Si la vieille l'appelle,
Cironce-girofla,
Si la vieille l appelle....
Dicu nous bénira.
La petite fille.
J'aurai du pain pour elle, Giroflée-girofla, J'aurai du pain pour elle.
Dieu nous bénira.
Par de semblables changcraents, qui ne nuisent en rien à la gaieté de la ronde, la petite ballade devient chrétienne, et n'y perd sous aucun rapport.
Mais il est des ballades d'un genre plus sérieux, et toutes les poésies de ce genre no sont pas destinées à égayer les danses des petits enfants. Nous nous garderons bien de faire ici l'apologie de ces sombres ballades du Nord, où le mauvais esprit et les fantômes sont si souvent en jeu. On nous dira peutôtre que les contes à faire peur ne sont bons ([uh faire des chansons; nous demanderrms à notre tour ;\ quoi de pareilles chansons peuvent ôtre bonnes, sinon h remplir J'imagination de terreurs vaines et de chimères.
D'ailleurs, nous sommes loin de partager les doctrines de cette école moderne, qui Liit consister la beauté littéraire dansla peinture fidèle de tfiutes les laideurs. La laideur est à nos yeux un désordre dont il est f.klienx et triste de multiplier les enipreinles. Leuaal (ju'on ne jieut i)as détruire, il liiudrait au moins le «acher.
(le serait ilonc l'ieuvred'un poète chrétici (pie de faire sortir la ballade du cycle des lég(!ndes siiperslilieiises, pour la fixer dans h; domaine de la vérité. La religion ne manque ni de merveilles ni de giAces, ni même d'é|iouv;uile.s, pour inspiicr les génies l(!s plus aimaliles <iu les plus sombres. L'éteinité et sa terrible allernative, les saints et leurs combats, les ehev.iliers rhiéliens et leurs [iroiiesses, les «Imes pures (;t leurs sacrilici s, les myslèn.'s du dés(!rt, les soupirs <lu cloître, l(;s aspirations au ciel, les di'goills de la lerre, les jiiéges du teiitatcMir et le triomplif! des bons anges, combien dcstjjcts potir la ballade eliiétieniie 1 <
Tellrs sont, n'(;ii doutons pas, les tendances littéraii(!s d(! notre époque: un luisoiii immense de vérités, do consolations et do uoyiiwivs liavaille lu monde et se révèle dans j.'t poésie, comme partout nilliMirs le roiiianlisiiie, sorti de l'école de (Chateaubriand, tout nifinslrueux et tout absurde
iJVM.AnF:
qu'il ail rlf. «'lait le ranchciniinh'S ronscienrcs tiMiniir'Ui'f.s par raiiiour du Uieu. Sou a|)|)arition n'a été ([u'un pliC'uouir'nc passapM\ ot il ressemblait à ces cliauipignous vôuéueux qui se IkUouI de paraître à la surface d'une terre fécondée par des pluies d'orai^'o. , .
La po(^.sie vraimcit chrétienne, la poosm irréprnclial)lcmcnt catlioli(iiio surtout, est encore assez rare dans les langues modernes pour que les Ames pieuses se détournent en général de toute espèce de poésie. Ou regrette de trouver eiicore un pou d'atrectation dans les formes de ceux de nos jeunes poètes qui ont do nié h la religion le plus d'espérance : il est rare surtout de trouver des ballades qui ne soient i)as entachées d'un peu de romantisme. Aussi est-ce avec bonheur (pie nous nous emprt^ssons d'en transcrire une ici, dont le charme nous parait tenir autant à la sainteté du sujet quh la manière dont en sujet est traité. Cette ballade est tirée d'un petit recueil qui a naru en 1825, sous le titre d'Essais poétiques a une jeune solitaire.
Derniers adieux de sainte Srholastique à saint licnoU son frère.
I/or.Tge, en s'ôloii^nant, menace cl gronde encore;
Le lorri'iU délionlé s'ccoiilc avec fracas :
Ln vain lu veux partir, il arrête les pas.
Mon frère. Mil près de moi reste jnsipi'à l'anrorc!
Dans ces lionx désorniais je ne reviendrai plus.
L'nc secrète voix loni bas dit » mon ànte :
« Laisse enlin la prison, Ion éponx le réclame,
El pour loi va soiivrir le palais des élus. >
0 régions si lielles!
Séjour délicieux !
Ail 1 que n"ai-j(! des ailes
l*our m'en voler aux cieux? .
Dans Torobrc de la nuit la ville ensevelie (Offre l'aspect d'un lac surchargé de vapeurs; L'a'il ne peut dislinguer les siles enclianteurs Ll 1<"S rides moissons de la bel!.' Italie. Mais le brillant Vesper illumine un ciel pur. Kh ! connnent vers la terre abaisser sa pensée ? La mienne, d'ici-bas tout à coup élancée, Tarcourl avec transport cette plaine d'azur.
0 n'f;ions si belles !
Si'jinir (b'Iicicux !
Ali! que n"ai-je des ailes
l*our m'envoler aux cieux ?
A la fleur de mes jours, j'ai mc'prisi» h terre. Kiclii'sse, lioiineurs, pl.ii>irs, j'ai to il sacrifié , Tout a fui de mon cœar, bois la leiidn* aiiiilié y,ii dès mes jeunes ans nriiiiissait à mon frère. Au moment de briser des liens si chéris, La iialure s'éineul, inalgni moi je soupire ; l'.l piîir me consoler j'ai besoin de me dire : W viendra nie rejoindre aux célestes parvis.
0 régions si belles'.
S<'jour délicieux !
Ah ! que n"ai-jc des ailes
pour m'envoItT aux cieux ?
Oui, sumionlanl bientôt un in-lanl de faiblesse, Ji-louffe des saiiglols échappes à demi : Dans h« sein de nniii Dii'ii je verrai mon ami! Mon frère, de Ion cœur, ah ! bannis la tristeSje ! L"esp«r.'»nrr et l.» foi doiv«Mil nous ranimer; La mort ilis^ml en vain une argile grossière ; Lorsque le coips glacé rentrr dans l.i |M)ii>,siere, 1/espnl emporte au ciel le doux besoin d'aimer.
nAr.LETTE 203
O régions si belles !
S('jour dé'licieux !
Ah ! que n'ai-je des ailes j
Pour m'envoler aux cieux?
Mais l'horizon au loin faiblement se cofore ; La cloche du vallon tinte pour les nioun'nts ; ("/est l'appel du Seigneur : à sa voix je me rends. Toi seul en ces bas lieux me retenais encore. Mon frère ! Offre pour moi les mystères s;icres ; Kt (|uand l'astre du jour, s'elançanl à la iiue. Pour la troisième fois réjouira Li vue. Elève les regards vers les champs étliércs.
0 régions si belles!
Si jour délicieux !
Ah ! q'ie n'ai-je des ailes
Pour m'envoler aux cieux?
Deux soleils ont brillé : la diligente aurore Eclaire de nouveau les sommets du Cassin. Tout à coup un oiseau, des airs fendant le sein, Api»aialt couronné d'un ardent météoi'e.
C'est elle !.. dit Henoil. C'est toi, c'est toi, ma .sœur ! Telle on voit du raniitT la fidèle compagne D'un vol paisible et doux ellleurer la montagne Pour rejoindre le nid où l'attend le bonheur.
0 régions si belles !
Séjour d('licieux !
Ah ! que n'ai-je des ailes
Pour m'envoler aux cieux ?
Nous citerions aussi volontiers, si nous no craignions de trop mulliplier nos citations, une cliarmante ballade de M. Boucher de Perlhes, adressée h. un jeune prince au berceau, avec le refrain : 0 pauvre enfant, tu seras roi!
D.'jà je vois à la lumière, Cher petit, les yeux s'entr'ouvrir !
Ueferine un instant ta p;,iipière, Le jour est si long pour soulTrif!
Tu naquis pour la paix du monde.
Et celle paix n'est plus pour loi :
Oue de mes larmes je l'inonde; 0 pauvre enfant, tu seras roi !
Ce coujilet siifTira jiour donner une idée do la i)iè(e entière.
Parmi nos anciens Noëls, il en est un grand nombre qui, par la naïveté de la forine, la bonhomii' ilu rcirain e( le merveilleux du sujet, sont de véritables ballades.
Itcsuuions en peu de mots ce que nous avons dit de ce genre de poésie. La ballade est une légende ou une scène emprunléc à une légende, ou du moins une situation saisissrnie et dramatiiiue mise en vers par cou[)lets égaux avec rt-frain, et tie manière à pouvoir être mis en musique et citantes. L i ballade pro|irem(Mit dite est une ronde destinée'h être cliantée en dansant; mais on donne aussi h- nom de ballades h tous les petits poèmes du genre de ceux dont nous avons donné des descriptions et des exemples.
HAULKTTKou KAni.i:TTA (C.abriel), prédicateur Ci'lèbre du \vi' siècle, dont les sin-mons servent maintenant de lyjie au ridicule et au mauvais goi'it. C'était, dit-on, un liomiiM; plein de /.èle, qui mnit devoir sacrilicr au goiM di' son temps pour se faire écouter et obliMiir quehjues succès dans ce siècie dont les ficé'tics de llabeliu^ et do .Maiot nous révè!enl assez l'esprit et les modes littéraires.
Î09 BARUGII
li semblait que le monde, las des choses sérieuses, se laissait aller de propos délibéré à une sorte d"ivresse, et au milieu des fureurs qu'enfantaient les guerres de religion, s'abandonnait à toute la licence du rire. C'était le carnaval de la raison, et les débauches de l'esprit ne respectaient môme pas le sanctuaire. Les princes, qui se disaient alors les protecteurs de l'Eglise, scandalisaient souvent le monde lui-même par la licence de leurs cours ; on sait quelles étaient les mœurs de la cour de François 1" : on sait que ce prince fit exécuter,* pour une dame de ce temps-là, un livre d'heures dont toutes les pages étaient ornées de grotesques et de miniatures licencieuses; quelques prédicateurs du tem; s purent supposer qu'ils auraient peu d'auditeurs, à cette époque de folie, s'ils annonçaient la pa:o!e de Dieu de la manière digne et sévère qui lui convient : quelques-uns, et le P. Borlette parait avoir été du nombre, pensèrent qu'on pouvait sarriliur la forme au fond, et pécher contre le goût pour mieux accoai[)lir les devoirs du zèle. C'est ainsi que le 1*. Barletle a pu dire que le Saint-Esprit, vemnt après Notre-Seigneur, avait choisi la forme du vent et celle du feu, pour échapper ainsi h la méclianceté des hommes cjui avaient crucififî le Fils de Dieu fait homme. Les traits de ce genre sont assez fréquents dans les sermons cpii ont été publiés sous le nom de ce Père, Venise, 157i, 2 vol. in-8'. Lt'andre Alberli prétend que ces sermi >ns sont apocryphes et ont été attribués à liarlette par un i,.^rior6nt que luirrièuie a connu. Mais le P. Altamura, dans sa Jlihiiolhcque des Jacobins, admet l'autlH-nlicilé des sermons du P. Barletle, et en relève seulement «jueifpjcs j)assages qui ont été signalés par Henri K.^lienne.
BAHL'CH. — La ])i-o[)liélie de Baruch semb'e être un écho s.vmp.ilhifiue et fraternel des lamentations de Jérémie. Klle se compose d'une admirable prière des Juifs dans leur caijtivilé, et d'une Ijclle et toucliMiilf! prosopopée de Jérusab-m elle-même, pleinviril connue Rachel, et ne voulant (jas être consolée (>arce rpie ses enfants ne sont jilus; |»uis la jtarole de Dieu fait descendre i'c spérance comuio un baume sur tant de blessures ; un avenir consoI.itfMjr est pronn's à Jérusalem, une voix lui dildi; se lever cl de se dénouiller de ses babils de deuil, pane qu'elle est appelée <*i une nouvelle alli.mee avec son Dieu.
Le si} le de Barucli est plein dediarmes; sa tristesse a de la grandeur, et h; senliment, dans Iesf»ensées qn'il exprime, l'emjtorte sur 1.) douleur, en sorte nu'on se seul, eu le lis.'uil, |»lus allendri qu alllig»'-. L(!S senlimeuls rie ferveur résignée rju il prêle aux r.qiiifs de B;ibyIo[ie nouvenl servir de mr)de|e , itar la l>eauté de leur f xpression, aux plus ardentes prières de la [téniUirice chréliernie, et l.i [nosopopée de Jérusalem esl de la plus bauti; hoéîue. On raconte (pie Lafontairie , h; f.jbuliste, dans celle pretnièie épf>que do sa vi(; où il se rnonlrail assez iiégligefil d(; ses de- ▼oir» de chrétien , entra un jour dans une
BAUUCII 210
église avec quelqu'un de ses amis, et qu'ayant ouvert une Bible qui lui fut présentée, il tomba sur la prière clés Juifs dans Baruch; il la lut d'abord avec distraction, puis la relut avec étonnemenf, et lut aussi tous les autres chapitres du même prophète. Au sortir de l'église, une seule idée le préoccupait : la beauté du génie de Baruch ; et il allait disant h tous ceux qu'il rencontrait : « Avez-vous lu Baruch ? c'est un bien beau génie. »
On a ri de la distraction de Lafontaine et de sa singulière exclamation, [)arce qu'il attribuait au génie de Baruch cette élévation de pensée , cet infini dans les aspirations , et cette tendresse ineffable que l'amour de Dieu seul peut donner aux soupirs de l'homme. Sans doute qu'il faut rapporter au Saint- Esprit seul l'inspiration de ces pages inimitables, mais il nous est permis de penser cependant que Baruch était en effet un beau génie. Sa naissance distinguée et l'éducation qu'il avait sans doute reçue en faisaient un homme éminent .parmi les Juifs ; mais ce qui l'nonore davantage, c'est qu'il s'attacha au prophète Jérémie en qualité de scribe >ou de secrétaire, et partagea volontairement les persécutions et l'exil qui marquèrent toute la vie de ce grand serviteur de Dieu.
Après la mort de Jérémie, selon l'opinion de quelques commentateurs, Baruch alla rejoindre les captifs Israélites à Babylone, et c'est Ih que fut composée cette prophétie. Baruch, comme il le raconte lui-inème, en tète de son premier chapitre, lut ce livre îï Jéchonias, fils de Joachim , roi de Juda, en présence de tout le peujjle qui s'était assemblé pour j'enteiiflre, depuis le plus granol jusipi'au plus petit, f)rès des lleuves de Baliylone. Et en l écoutant ils priaient, jeûnaient et |)leuraient en iircsencedu Seigneur. Puis une coll M-le fut laite, et l'arginil fut envoyé à Jérusalem, avec une cojjie du livre et qurlques-uns des vases sacrés (jui avaient été enlevés du teiii|)le ])ar Nabuchodonosor. il fut mandé aux prêtres (jui élaient restés à J'''rus;dem (pi'ds euss(MU à ollVir un sacnilice pour leurs frères captifs. Le prcMiiier eha- Jtitre tout entier semble être la letln; d'envoi, dont la lédaclion fut confiée <\ Baruch, et (pli sert comme d'inlrodurlion ou de préface; au reste de la proplK-lie.
La prière des Juifs reiii|ilil les deux chajtitres suivants, et, s'il nous fallait en f.iire ressortir toutes les b(.'autés, il nous sulliiail jiour cela de la copier toute entière ; mais il ne nous serait pas permis d'(!n omettre un S(!ul mol ; il^ règ'K! parloul c(!lle mélancolie du fond (le 1 .hnerjui rend les (;\ilés malades du souvenir de leur patrie;; b? retour vers Dieu , (pi'ejn y trouve exprimé avec tant d'onclion et (h; douceur, (;st plein de leii- (lr.'ss(; el de larmes: ce sont d(\|à les r(;gnts de l'enfanl prodigue songeant nux délices do la maison de son père; ce; sont pr(!S(pic les saintes douleurs d'une iliiu! clu('lieiiii(; ; le seiitimenl derimmorlalit(- de r,hu(; s'y trouve; exprimé ti ês-clairemenl, en dépil de c(;ux (lui, de iKts jours encoie, pr(''li;n(lenl (|U(; ai dogme universol fut inconnu dey anciens
«Il
BARUCn
HASILE
Hébreux , et qu'il ne s'en trouve aucune trare dans les livres de l'Ancien Testament.
Dieu d'Israël, s'értie le proplicte , au eha- ]>itre m, vers. '♦, entends In prière des morts d'Israël et de leurs fils (/ni ont péché devant toi! Ai'isi l'Ame de ceux (jui ont péri s'unit h la prii-rc des vivants dans la [lensée du prophète, et l'on pressent déjh ici cette admirable c>mmunion des vivants et des moits (pii étend jusqu'au delà du monde visible les bornes de l'Eglise universelle.
La prosopopée de Jérusalem sous les traits d'une mère alfligée qui repousse les consolations des enf.'nts qui lui restent, parce qu'elle ne peut plus rien faire pour eux , ni les arracher de la main de l'étranger , ni les abriter dans son sein, cette tigure, disonsnous, est tout h la fois grandiose et attendrissante. Allez, mes fils, allez, dit-elle, éloignez-vous de moi ; car je suis vouée à l'abandon et à la solitude. Puis elle exhorte srs enfants à espérer dans le Seigneur ; elle se résigne, et la consolation suprême ne tarde l)as h arriver : Jérusalem , dépouille-toi de ta rohede deuil et d'af(liction;revéts-toi debeautc cl d'honneur, car ton Dieu veut te parer d'une gloire éternelle : Dieu veut faire éclater en toi sa splendeur devant tout ce qui est sous le ciel.
Le prophète console ainsi de la part de Dieu la cité sainte; il lui montre ses fils réunis de l'Orient et de l'Occident ; ils sont l)artis à pied comme des esclaves, ils reviennent dans des chars, honorés comme des lils de rois.
C'est h ces promesses de la miséricorde de Dieu et de la gloire d'Israël que ^e termine la projihélie de Baruch, avec lo chapitre v. Le chapitre suivant contient une lettre de Jérémie contre les idoles, oii le saint proithète tâche de détourner ses concitoyens do l'adoration des sinuilacres matériels , et s'elforce de les préserver de la contagion des fêtes de Babylone. On pourrait s'étonner maintenant de la stu!)idité dun peuple aucpiel il est nécessaire de tenir un pareil langage, si les hommes de nos jours n adoraient encore, l'or et l'argent sous d'autnvs formes, et si les pièges de Babylone ne se trouvaient encore dans nos grandes villes. On ne rencontre encore (pie trop d'Iionnnes anxipiels on peut dire de nos jours: Vos dieux ne sauraient vous délivrer de la mort ; 1/5 ne délivrent pas Ir faillie de la main du puissant. Ils ne rendront pas la vue à l'aveKijle, »'/.< ne sauveront personne de la misère. Ils n'ont pas pitié de la veuve, ils ne protègent pas l'orphelin, ('e sont des dieu.r semhlahlrs au.r rochers de la montagne; ils sont drl)ois,de pierre, d'or et d'argent : ceu.r gui les adorenf seront confondus. Comment donc pourriezvoHs penser il dire que ce sont des dieu.T !
Jérémie répète |>lusu'urs fois la même pensée sous diverses formes, et ave(' les exprr'ssions les plus étiergiques qu'il peut trouver, pf)ur |)eindrc l'impuissance des i loles, tant il sent (jue les honnnes ont de penrhani naturel pour la superslilion cl le culte de la mulière. Baruch liait di^jne de servir d interprèle
à Jérémie , et tous deux sont animés d'une inspiration vraiment fraternelle. Il serait didicile de décider, au point de vne seulement du mérite littéraire, lequel est le disci[)le ; car les quelques pages de Hariich sont de niain de maître, et révèlent même un grand maître. Peut-être la manière de Baruch est-elle plus oratoire. Jérémie est, pour les Lamentations, un poète qu'on ne peul coin|iarer qu'h Joh.
BASILE (saint). — Le nom de saint Basilclc-(jrand, évêque de Césarée, sous l'empereur Valens , est un des plus beaux noms que puissent invoquer la philosophie et la littérature chrétiennes.
Pendant que les successeurs de Constantin se dis|)utaient un empire déjh menacé par les barbares, l'école d'Athènes, (jui brillait alors de son dernieréclat, comptait parmi ses élèves deux jeunes hommes dont elle était lière. Le premier avait déjà toute la gravité des anciens, le second semblait devoir hériter de la lyre des poètes antiques, et la dill'érencc même de leurs caractères était un lien de plus pour les unir. Jamais amitié plus étroite et plus belle n'avait rapproché l'une de l'autre la poésie et la sagesse. Ces deux jeunes gens se complétaient l'un par l'autre : Grégoire pensait comme Basile; Basile, de son coté , semblait avoir confié son cœur à celui de drégoire. Toujours on les voyait ensemble, aux études comme h la prière. L'école les couronnait ensemble, et Dieu les bénissait toujours réunis; car ils ne savaient que deux chemins dans cette caoitale encore brillante de la civilisation anti(jue : celui de régli>e et celui de l'école; pour les chemins (jui conduisaient aux promenades, aux fêles et aux spectacles, ils les ignoraienl absolument. Ces deux Aines pures trouvaie it dans leur intimité un |)rin(i(ic loijours plus puissant d'émulation iî la scienct; et h la vertu. Les l^arents de Basile le destinaient au barreau; mais déjà l'Ame du jeune philosophe s'était élevée au-dessus de celte atmosphère mondaine où brilleni les feuK follels de la gloire. Son cœur était devenu trop !.;rau(l pour battre h l'aise dans la foule : il lui fallait Dieu et lo désert. Toujours sérieux, et [tréoccupé de pensées profondes, on ne le désignait ((ue sous le nom du jeuMi; vieillard. Déih tout ce (pie l'école d'.\thèn(>s |>ouvait lui lournir de science était dévoré; sa soif de belles choses avait é[»uisé les sources de l'aiihipie élo- (pience et de la poésie des enfanls dHomèie, et ces aliments vides de substance, ({ui ne nourrissent les Ames que comme dans un rêve, ne lui avaitnit donné qu'une plus grande soif et une faim plus insaiiabh; de la vérité ('tiMiielle. l'n instant il déplora ces études (pii lui semblai(Mit vaines : « l!n(> seule chose »st nécessaire, s'éeriaii-il, et je me suis laissé distraire du soin de mon salut par milh; occupations [irofanes ! » Plus lard, ccpendani , il n>coiinut l'utiliti'^ des bonnes éludes, loi s- (pi'on en cousaeic les fruits au service de Dieii, et coiiseill.i à la jeunesse chrétienne l'étude des belles-lettres cl un commerce