‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 23 sur 233 · BASILE · texte numérisé non relu

BASILE

prudent et judicieux avec l'anliquilé. Il o>t certain que sans littérature, saint Basile eill nu être un saint et un grand évoque , mais il n'eût [)as donné k ses vertus cet éclat de science et ce poli d'urbanité qui les rendait vénérables même aux adversaires du christianisme. Nous voyons par la correspondance de saint Basile, que le sophiste Libanius, un dos plus illustres défenseurs de lidolAtrie à cette époque, entretenait avec les Pères de l'Eglise un commerce de lettres bienveillantes et d'affectueuse politesse. Ils s'envoyaient réciproquement leurs ouvrages, espérant peut-être naturellement se conquérir , et s'ils n'eurent ni l'un ni l'autre la satisfaction de se trouver réunis dans les mômes jiensées religieuses, ils ne cessèrent du moins jamais de se rencontrer dans la fraternité du bon goût et du talent.

L'éloge des vertus de saint Basile et la {glorieuse histoire de son épiscopat n'appartiennent pas à notre sujet ; mais il est une [>age de sa vie dont la litlér.iture chrétienne s'ornera toujours ; car les [)lus belles scènes de Corneille, dans sa tragédie de Polifeucte, n'égalent nas la simplicité et la grandeur de saint Basile dans son entretien avec le préfet que Valens avait envoyé pour l'intimider «u le séduire. C'est là un de ces dialogues héroï(pies dont les exemples n'ont été donnés à rélo<|uence universelle fjue dans les actes des martyrs. Ouelle philosophie, quelle poésie môme ne doivent pas s'nicliner devant une telle grandeur! Kt l'on a osé dire que ia religion ra[)etissait h;s âmes ! Ecoutons comment parle un honnne vraiment libre.

Le préfet Modeste, favori de Valens, o été envoyé (^x[>rès pour vaincre l'évèquo de Césarée, et l'entraîner à des complaisances jiour l'hérésie de l'empereur.

Basile est en jirésencedu f)réfct. C'est un homme de grande taille, d'un visage calme, sévère avec bienveillanct!. 11 est du reste exténué déjeunes it amaigri [tar hs veilles ei les travanx de son ministère. Modeste est un de ces horrwiies qu'on a|)pelle de nos jours des hoimnes positifs , ne se demandant jamais si la vie a un autre but que les lourni»*nts rpi'ils so donnetil pour fixer la fortune qui passe, et la faveur ipii ciiange toujours. Il supnose ,*i tout le monde, cr>rnme c'est l'u- .sage <Je parr.'ils hommes, les passions dont il est animé lui-même , et clienh(; d'abord,

ttour s'en emp.-iror, ?i (jécouvrir un peu d'am- »ition r-td'orgue.ldansl'.^mr; dusainl évècpic'. Ouel dommage, lui dit-il , qu'un honnne de votre science et de votre mérite soit conlim- au fond de ce rliocèso! L'eiiqtereur n'ignore pas ce (pje vfjus vahtz , et souvent il narh; de vous avec estime et avec regret, l'ourquoi fiiul-il (j ic vous refusiez h ses volontés un peu de complaisance , quaml cola vous serait .si facile? Les plus honnêtes gei. s ont cédé, les évcques les plus leconuuandahUm éi; .sont soumis ; (tourqnoi seriez-vous neiil h résister? -- l'nrce (pi d faut , répond saint Basih; , rpie j'«diéissu d'abord .'i mon enj]>crcur qui cat uu ciel. <Jue sommci-

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noQiJ donc à vos yeux? rc[)rend Modesto avec vivacité. — Bien, (juand vous commandez l'injustice. — Comptez-vous également pour rien les dign tés et les faveurs qui vous attendent? — Je songe à l'enfer qui m'attend si je trahis mon devoir pour complaire h votre empereur. Que parlez-vous de dignités ? je n'en ai qu'une, elle m'accable, et je n'aspire qu'à m'en démettre. Que m'importe lo nombre des prévaricateurs? Vous avez cru , parce que vous êtes le puissant ministre d'un souverain, que vous triompheriez facilement d'un homme qui ne peut vous opposer que son devoir; mais sachez que mo!i devoir est plus fort que vous. J'ai mon Ame cl sauver, et je suis évùque.Qu'ai-jo h démêler avec votre politique? J'en ignore les détours et ne désire pas les connaître. Prêcher et pratiquer lEvangile, voilà toute mon ambition. — L'empereur a trop de bonté pour vous, reprend Modeste avec hauteur : mais puisque vous la rendez inutile, cette bo:ité , craignez sa colère. — Et que puis-je craindre de sa colère ? demanda Basile aveccalme. — L'exil, la confiscation, la prison, la torture r la mort. — Cherchez autre chose , si vous voulez me faire peur. Le ciel est mon uni(pio ])atrie, et pour moi l'exil est partout sur la terre; la confiscation ne saurait m'atleindre: je n'ai rien ; la prison serait pour moi un asile glorieux, où je braverais la tyrann:e et les llalteurs ; la torture n'a pas |)rise sur moi : le premier cou[) me d(jnnerait la mort, et la mort, ce serait la liberté et la victoire. — Je n'ai jamais rencontié personne (pii m'ait parlé ainsi, dit Modeste. —Vous n'avez donc jamais rencontré d'évêcjue? rt'[)rend paisiblement Basile. Excusez-nous, ministre do l'empereur; en toutes (îhoses vous trouverez en nous les plus humbles et les plus soumis des hommes, hormis en ce qui louche aux intérêts de Dieu et de la vérité; car en cela nous m; connaissons |)Our maître (pie Dieu seul. Le f(!U, les lions, les ongles (h; fer sont nos délices, 'rourmenlez tant (|ue vous voudrez, j(î vous préviens d'avance ([uo vous ne triomitherez pas.

Mrxhîste re|)artit consterné, et dit h Valens : Nous sommes vairu;us par ce chétif évê(pi«! : ni les promesses ni les meiaces ne p(Mivent rébranler. L'eiiip(!icur, tout entêté (pi'il était dans son arianismc, avait le s(;ntiiueiit des grandes choses, et il ne voulut p;is (pi'oii persécutât saint Basile; il so rendit liiimêiiM! h (>ésarée et vint à réglis(! le jour de l'Epiphanie?. I^e. saint évêqiie était h l'aul»!! ; b.'s prêtres et les ministres reiitouraient dans un bel ordre ; la majesté de l)i(!U mémo semblait leinplir le sanctuaire. Un peuple immense' était prosterné, (it, lorxpK! l'emneperenr e itia, pei-soniK; m; lit attention à lui. I.e César se s(;iitit s(;ul et sans puissance devant ( cite assembli';e (pii semblail appartenir d(!jà à une autre monde ; la peiisi;»; de la Uioit et du juge suprême le saisit sa is dout(!, car on le vil p.llii et frissonner; il fut obhg • de s'appuy;r au bdiislie du saiictuain;, ixiis d(! s'as' coir, tant il était subjugm'! |»ar l'aHccndant de la religion cl de la vertu. Plus

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