ROMAN
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chaste fécondité du mariage que contractent vos fidèles servît à la multiplication des enfants de la sainte adoption; c'est par un elfet admirable de votre grâce et de votre providence, Seigneur, que , comme la génération temporelle contribue à l'ornement du monde, la génération spirituelle sert à l'augmentation de votre Eglise; c'est pourquoi nous nous unissons aux anges et aux archanges, aux trônes et aux dominations, et à toute la sainte milice de l'armée céleste , pour chanter sans cesse votre gloire , etc. »
En parcourant toutes les beautés dont la religion enveloppe ses cérémonies divines et ses paroles sacrées, combien de fois ne se sent-on pas pénétré des plus tendres sentiments I C'est sur l'âme surtout qu'elles agissent, sur cette partie morale de nous-mêmes qui nous mène à la vertu; elles nous y attachent et nous y font trouver un charme secret ; elles nous font goûter des plaisirs purs et cette satisfaction intérieure que nous ne trouvons pas dans les fêtes du monde et les voluptés des sens. « Chose admirable! a dit Montesquieu, la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »
ROMAN. — Le roman est une fiction poétique écrite ordinairerncnl en prose, et qui a pour objet de peindre les passions humaines.
On peut peindre les passions de manière à ]es rendre aimables ou de manièie h les faire craindre; on peut donc faire des romans religieux et moraux aussi bien que des romans immoraux.
Les symitalhies plus nombreuses rpje rencontre un écrivain en flattant les passions ont séduit la [)liif),'irt des romanciers, et ils ont acheté par de mauvais livres une réputation péri.ssable.
Le mot roman ne signifiait autre chose, 5 son origine, qii'iin livre écrit en langue romane. Le roman de la Hose ci celui du Renard, qui sont les [»remiers monuments de notre littérature, étaient deux longues allégories, dont la première était volujtlueuse ou mystique, au gré des lecteurs, et l'autre une satire contre les intrigants en général et les mauvais (trètres en particulier.
On appela ôussi romans des légcrKhis brodée» sur le texte de l'Iii-toire. Charlema- Hne et son neveu Kol.ind dr;vinrrrit les héros de niille ré<;ils f.djuleux , et les chroniqueurs eu\-mèmf:s confondirent la tradilio/i historique avec celle des romanciers. Alors commencèrent les romans de chevalerie, dont Arioste a fait l'épopée et Cervantes la parodie. Aux romans de chevalerie, loml>és nous la lance de don Quicliotle, succédèrent les fadaises pastorales de l'Astiée et les caricatures soi-<iisant grecrpies e-l rom.iines de la Calprenède et dt: Scudéri; puis vint le rornan licencieux, enfant delà regftnce et de la philosophie volbiirienne; (mis le roman roi,„'if,(ique , diabolupie cl byronicn , /m-
dessous duquel il n'y a plus de degré d'immoralité possible.
^ C'est ainsi que le roman est tombé, pour s'être écarté de la route tracée par les anciens légendaires. Le roman, destiné à peindre l'idéal de la vie, n'aurait dû emprunter ses inspirations qu'aux types de l'éternelle beauté : le roman ainsi compris n'est qu'une sorte d'allégorie en action ; c'est la morale mise en drame, c'est la lutte de la chair contre l'esprit et le triomphe de l'esprit sur toutes les rébellions de la chair ; c'est le combat de Jacob avec l'ange; ce sont les innombrables commentaires du poëme de Job ou de la légende de Faust. C'est Eudore sanctifiant par le martyre son affection pour Cymodocée ; c'est le vice mis en opposition avec la vertu et foudroyé de son éclat. Car il faut toujours qu'une action, vraie ou supposée, révèle une pensée vraie ou fausse : si la pensée est vraie, qu'importent les noms et les aventures des héros ? Ce ne sont que des signes hiéroglyphiques d'une écriture pittoresque ; si la pensée est fausse , le roman devient un mensonge ou une monstruosité. Un roman sans but et sans pensée serait tout simplement un conte de vieille femme et un insipide rabâchage.
Les romans sont un puissant moyen do propagande, et répandent partout la contagion des idées subversives, aussi bien qu'ils pcTteraient en tout lieu le germe de la régénération chrétienne.
Los feuilletons ont f.iit plus de mal, depuis dix ans, à la société et h la famille, que toutes les utopies socialistes, |)arce qu(3 l'exemple des persoimages qui nous sont dépeints comme vivants a toute la contagion d'une société dangereuse ; l'intérêt du récit amène naturellement soit la moiale, soit la mauvaise maxime, et la grave dans la mémoire. M. Cannis, évêque do Belliij, avait donc une bonne et apostoli(|ue pensée, lorsqu'il imagina de faire de bons romans pour combattre rinlliiencedes mauvais. C'«'st d'ailleurs une intention ([u'on peut faeilement avoir; mais bien la remj)lir est une chose moins aisée et pour K'Kpielle un grand talent et un tah'iit tout spécial est absolument nécessaire.
Le romancier doit ètn- né poi'te, et trouver facilcmcTit d'agréables (!t iiigéiii(Mis(!S histoires. Il doit, de plus, être gr.iiid observateur, afin d'être («jujoiiis vrai dans ses peintunîs et cx;ict dans ses caractères. Un tableau , mêiiK; (h; fantaisie, iw, nous |)hiit qije par la véiilé des expnjssions et des détails , la vraisciiiblanc*! (il l'exactitude sont dans Ir; /Oman ce (pj(! le devsin (il la couleur sont dans un tableau, c'esl-ii-dire hîs auxiliaires iiidis(teiisiij)les (h; la j)cnsé(;. La com- |iositi«»n intime du roman ress(!mbl(' r)eauconp h celle du dnime , et l'on y doit , autant (pi«! possible, observer l'unité d'actictn, pour (<>ii(:(!iilr(;r linléiêt el la puissance du récit sur un seul point, ( l ne pas annider, on réparpillant, l'ellel d(! l'ouvrage.
I.e roman chréliriu maïKpwi encore h notre lillérature, comme laiit d'aiitics «pii restent
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eiiroro i> cn^cr, et i]ui sortiront du cliaos soci.il où la rév(»lutinii no\i,s n plont^rs. Quelques essais, sinon ehrétiens, du moins vertueux et honnôtes, ce qui ne peut Hro sans une mianrc queleonque de elirislianisnio, ont (Hédéj^ tentés en Angleterre par Charles Diekens et quehpies autres. M. le comte do Mo'italembi-rt, dans la Vie de sainte Elisnbelh de Itniujrie, a ouvert encore une fois, en les a,-;randissant et en les épurant, les sources anciennes do la légende cpii doit servir de modèle au romancier chrétien. Nous ne parlerons ici ni des Fiancés de M<uizoiii, ni du Comte de Valmont , par l'abhé (iirard, deux romans chrétiens, dnnt le premier manque de réserve et le second d'intérêt, et nous ferons des vœux pour l'apparilion prodiaine et heureuse du premier bon roman chrétien.
Nous avons déjh dit notre pensée h propos des créations ruînanesques et poétiques de Cliàteaubriand. Son livre intitulé les Martyrs est un roman chrétien, sans doute, mais c'est aussi un roman païen, et le paganisme y triomphe par le charme tout particulier que l'auteur attache aux passions tumultueuses et coupables.
Tons les écrivains de l'école de Chateaubriand, sans en exceiiter MM. Alexandre Ciuiraud, Lamartine et Soumet, sont tombés dans la mémo faute. Tous ces grands hommes ont le toit de tro[) comprendre le christianisme h la manière de Uonsseau , ce (jui é(juivaut peut-être à ne le point comprendre du tout.
L'auteur de la Profession de foi du Vicaire snvoijard était spii ilualiste; mais si l'on en ju,..;e {)ar l'ensemble, et non par telle ou telle
Iiartie de ses ouvrages , le spiritua.isme de lousseau est celui-l<\ mémo (pie nous retrouvons chez les romanciers et les réformateurs socialistes, (jui se piquent de suivre les traditions chrétiennes. C'est une sorte do spiritualisme sensuel, |)our ainsi dire, (|ui mêle partout les alleclions des sens aux affections de l'Ame, le langage de la icligion à celui de l'amour, (pii prend la jouissance pour tin et le dévouement pour prin(i[>e.
A la religion , 5 la philosonhic de Rousseau, il man((ue cet esprit d'humilité et de charité, esprit d'obéissance et d'abnégation, qui font du christianisme une religion éminemment sociali!.
« L'orgueil sépare ce que la charité rapproche, et l'orgueil est la muse (pii a le plus souvent inspire Uousseau et ses imitateurs. Ce (pi'iis ont charité , caressé, déilié sous tontes les formes, c'est le »;ior, ce moi que baissait Pascal, ce moi que le chrislianisnu! poursuit dans ses derniers retranchenu'nts, (•t)mme le f»lus antisocial de tous les vices, connue le plus hostile h la loi ([ui nous ortlonrif d(> nous aimer cl de nous servir lc« uns les autres. »
Ces paroles, scvrres mais jiislrs, sont empruntées au Journal des Drhatu d'un des |iremuT.-> jours de janvier 1831, et prouvent CnmbuMi le louri.alisme a fait de progrès ddu> les icicos cuntre-révoluliunn.ures et
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anti|)hilosophiques depuis deux ou trois ans.
UOYE [Ctvi dk), — archevêque de Sens, a conq)Osé en 1388 un livre intitulé : Doctrinale snpienliœ, qu'un religieux de Cluny traduisit en français sous ce titre : Li; Doctiu- NAL DE Sapiknck, à Vusafje des prêtres rt autres simples fidi-lrs qui n entendent ni le latin ni les saintes Ecritures.
C'est une espèce de catéchisme sur les principales vérités de la religion chrétienne, où les préce()tes sont toujours a^ipuyés par des exemi)les, comme dans le Caterhismus historialis, !e Spéculum exemplorum , le Flores exemplorum , et d'autres ouvrages du même genre et de la même é|)oque. Les j)euples alors avaient besoin d'être instruits à la manière des eifanls, dont on captive l'attention par dos contes et des histoires. Le Doctrinal de Sa[)ience contient non-seulement des légendes et des traits choisis de la vie des saints, mais aussi des anecdotes et des contes pour rire. L'auteur se met parfaitement à l'aise, comme un père de famille au milieu de ses petits enfants, et s'elforco, suivant le précepte que Boileau devait donner plus tard, de
Mêler le grave au doux, le plaisant au sévère.
Quelques citations suffiront pour fîiire apprécier sa manière. Veut-il, par exemple, faire comprendre combien la vanité peut nous rendre souvent ridicules, il raconte l'anecdote suivante :
« On lit d'une femme qui souvent alloit au mousticr (monastère) : Le prêtre avoit très-mauvaise voix, et si pourtant cr'tyoit l'avoir belle; et toutes les fois (pi'il chantoit, cette fenune plouroit. Le prêtre la vit, et cuidoit qu'elle plourast pour son beau chanter. Si s'en ellbrçoit plus fort; et comme plus fort chantoit ,' la fennnt> plus fort plouroit. Le [M'être ne se put plus tenir, mais lui alla demaïuJer ()our(iuoi elle plouroit t.mt dans l'église. « Hélas! sire, dit-elle, je dois bien plourer , car je avois un asne (pii me faisoit moult de bien, et l'ai perdu; et me send)le cpiand ji' vous ov chanter ([ue ce soit lui. » Le prêtre, ({ni cuuloit avoir loueuge, s'en alla tout confus et mo(jué. »
Cette historiette a été mise en vers par Sainl-Ciélais et La Momioie.
N'eut-il faire comprendre h des religieux les dangers qu'ds courent en recevant chez eux des femnu's , même vieilles et laides, voici ce ([u'il raconte :
« Advinst (pi'en une abbaïc, l'abbi» étant absent, les moines |)rinrcnt une vieille femme, non pour |)é( lier , ains pour laver les écuelles; et l'abbé étant de retour, en parla aux moines, lesquels dirent que la dite fonnne n'éloil point susnicieuse, étant orde (sale) et vieille, .\donc 1 abbé commanda au cuisinier cpu^ il salast moult fort le souper, et après le souper il ferniast bien tout, si (piaulcun ne pust trouver h boire, sinon la laveure des écuelles. Or il advinst que les moines estant conciliés, ils eurent grand soif, et plusieurs se relevèrent pour boire.