SALVIEN
SALYIEiN
et ne treuvèrenl autre chose, sinon les lavcures (récuellos, et en beurent <\ leur soif. Le lendemain au matin, rab!)é s'enquist de ce qu'il avoit ouï toute la nuict par l'abbaïe, à quoi les moines répondirent que ils avoient cherché à boire, mais ils n'avoient pu treuver sinon les laveures d'écuelles, qu'ils avoient beu à cause de la grand soif qu'ils avoient. L'abbé dit : « Pour l'ardeur de la soif, vous avez beu de cette eau orde et sale; et si, pour l'ardeur de la chair, feriez de la vieille à votre voulenté. Dont il mit la femme dehors. »
C'est dans ce Doctrinal de sapience qu'on trouve le conte de l'ange et de l'ermite, dont Voltaire lui-même n'a pas dédaigné d'enrichir ses œuvres.
a On dist d'un ermite qu'il s'esmcrveilloit en divers et obscurs jugemens de Dieu, et, par tentation de l'ennemy , disoit en son cueur que il n'estoit juste pour Dieu de souffrir les bons avoir tribulation , et les maulvais avoir les biens; et Dieu envoya vers lui un ange en forme d'homme, lequel lui disl : « Viens avecque moi; Dieu m'a envoyé à toy pour te mener en divers lieux, ( t à lin que je te montres divers jugemens et obscurs. » Adonc le mesna premièrement en la maison d'un homme , lequel leur list bonne chdre et les tinst bien aises. Et le lendemain au malin, l'ange prinst à son hoste un hanap , lequel il aimoist merveilleusement; de quoi l'ermite fut moult courroucé, et cuidoit que l'ange n'estoit venu de la part de Dieu.
« La nuict d'après s'en fusrcnt logier chez un maulvais hoste , qui leur fit maulvaiso chère, et fQrent mal hébergiés et mal couchiez; et l'ange donna le hanap à ce maulvais hoste, qu'il avoit osté nu bon le soir de devant. Quoy voyant, l'ermite eust maulvaise suspicion sur l'ange.
" La tierce nuict, s'en fusrent logier chez un bon hoste, qui les reçeut no plus ne moins que le premier; voire leur donna son varlet pour h^jr montrer le chemin , de |)cur que ne se fourvoyassent. Mais nuand fusrent arrivés sur le pont , lequel ils dévoient passer, voil.'i l'ange jetter le varlet dans l'eau, et fut noyé, dont rcrmilc eut grande ir»;.
• El la quarto nuict, fusrent logier chez
un bon hoste et moult homme de bien , qui leur fist bonne chère et les tinst fort aises, et les couchia très-bien; mais il avait un petit fils qui ne se tinst de plourer toute la nuict, tant qu'ils ne pouvoient dormir. L'ange doncques aussitost de se lever et étouffer le petit enfant; et quand l'ermite veist cela, se prinst h croire que l'ange fust un diable, et se vouslut despartir de luy. Si qu'alors l'ango luy dist : « Amy, saches que Dieu m'a envoyé à toy pour te faire veoir et enseigner ses obscurs jugemens, et pour que tu connoisses que il est juste et ne faict rien sans cause bonne et honneste. »
« Et alors lui dist : « J'ai osté le hanap, pour ce qu'il l'aimoist trop, cary pensoit plus qu'à Dieu; et, pour ce, lui ay osté tout son bien, que j'ay donné à nostre maulvais hoste , pour qu'il ait récompense du bien qu'il a faict en ce monde et non en paradis. Et le varlet, je l'ai jette en l'eau; saches que il devoit tuer son maître; et ainsy ai délivré nostre hoste de mort, et le dict varlet d'homicide.
« Nostre quart hoste, avant qu'il eust enfant, il faisoit mieux, car ce qui lui estoit do restant oultre son vivre, le bailloit aux pauvres pour l'amour de Dieu. Mais depuis (juo son fils fust né, il a restiré sa main des œuvres de miséricorde , et gardoit tout pour son fils ; et par exprès commandement de Dieu luy ai osté matière d'avarice, et ay mis l'âme de l'enfant es paradis, qui estoit innocente. »
« Et quand l'ermite eust ouï cela, il fust éclairé do Dieu en ses obscurs jugemens, lesquels sont grand et profond abîme, comme est dist par le prophète. »
Cette légende allégorique est très-ancienne et paraît remonter aux premiers siècles de l'Eglise; Mahomet, dans son Coran, la évidemment imitée : seulement , au lieu d'un ermite, c'est Moïse lui-même qui est mis en scène, et quelques circonstances du récit sont changées. On y trouve aussi (les embcllissernenls de la façon du prc-lendu f)rophète,tel que l'histoire d'un pftisson salé qui, jiendant le sommeil de Moi.se, reprit le chemin de la mer, etc., etc. (Voy. lA-
fJKNDKS , Au.i.C.OHlEH , MlIIVEILLEUX , Voi>
sue , etc.)
SADOLET rrACQnrs],— évAque de Carpentras et cardinal en i;>.'i<j, a été h; Eénelon du XVI' siècle. Il écrivait mi latin cotrnne Cicéron, unissait la phihjsophie la plus élégante h la charité la plus lUiuvj-, et, ^i crtle lamentable é[)0<pie des guerrr-s de religion, se montra loujf»urs arm de Ihuin.inité et ennemi de la violence. Nous faisf»ris tririntion dr; lui h r:ause de ses taUrits, qui oui hoiKMé l'Kgliie, bien qu'il Us jiii qij|.|(|ii<.rois (imployés h traiter de» nuyls indilléienls ou profanes.
SALVIKN, prêtre de Marseille, a été n;.- Dir.rios^. tn Lu iP.iutliii: ciik^.t.
pelé le Jérémie du V siècle. Il s'abandonna à tout le zèl(5 d'un rélbrmab'ur, sans se laisser (itilrainer hors des limites (h- |;i foi. On nouvait sans danger h celle époipie llétrir hîS vices des mauvais « hiéliens, et mémo des (icclésiastirpjes indignes, sans s'(!Xposer ,'i voir reverser sur la religion mém<! r-l sur lo clergé tout entier le bl.lme mérité par rpielrjues individus. Les temps sont jiicu changés defiuis celte épofpie, et fpjelh; (juo soit rélo(pi(!iice saliriMue de .S.dvien, iiou.s nous absliendions de h; citer, et mèîiK! <J ; l'analy.ser, |tleiii(;iiienl cfuivaincu (pie 1(3
SANTEtF.
STYLE
porsonncs bien pensantes nous sauront gré dr rotio réserve
SANTEUL, — ch.inoine régulier de Saint- ^■i(io^ an xvii* siècle, s'est rendu célèbre pnr ses facélies, son épitaphe du trop faiiKuii Arnaud, et ses hymnes un pou Iroj) iioratiennes. Nous ne contestons h Santeul ni ses bonnes études latines, ni son esprit; mais on nous permettra de préférer les anciens chants de l'Eglise aux poésies classiques du trop joyeux chanoine de Saint- Victor. Nous trouvons beaucoup plus de jiiété et un meilleur goût chrétien dans les proses rimées du moyen Age que dans les strophes alcaiques ou sanhiques de tous les modernes, et, pour n'en donner qu'un exemple, qu'on lise attentivement la prose du jour de la Présentation, et qu'on la compare ù rhymne de Santeul. La prose commence ainsi •
Ave, plena qrat'm
Cujtis inter bracliin
Se lilal Deo Deus.
Fax me lemplum visere, Tibi (as occurrere, Amor, 0 Jesu, mens
« Salul, Vierge pleine de grâce, qxù portez dans vos bras Dieu même s'immolaul i» Dieii !
« Oli! que ne puis-je voir le temple! Que ne puisjo vous y rcnconlrer, ô Jésus! ô mou amour! »
Est in templo Dominas, Angeli slant cominus :
ÎSil in cœlis amplius.
Ilabet Deum Iwminem t'.l parentem virginem, Cœlo templum ditiits.
« Le Seigneur csi dans le icmple et les anges l'enlourenl; il n'y a rien de plus dans le ciel.
« Mais le leuiple possède auj<>urd'liui un Dieu l'ail liouime cl une mère toujours vierge : le icmolc est plus riche que le ciel! >
Dans celte poésie, c est lo cœur inspiré par la foi qui parle, et l'on y sent un véritable enthousiasme contenu par la rêvért'iicc. Il y a un incirable mélange do suavité et de grandeur. Ecoutons maintenant Saiiloul :
Slupetc, gcHlcs, fit Dcus Itoslia;
Se xponic Iciji legifer oblignl,
Orbi» rcdeinplor nnnc rfUcmplits,
Seaue piat sine lube mater!
I;i rien pour le cœur : c'est l'esprit (pii accumule des antithèses et (jui les propose tout d'abord aux nations comtnc un énigme. Slupetc, gentes, h peu près comme si le porte s'écriait : Messieurs rt dnmrs, je vais ions étonner. On dira si Ion vt.'ul, (jue ces anlilhèses sont belles, parce (pi'elles sont rigoureusement vraies dans leur forme, qui semble d'abord paradoxale. Cela peut être, et Santeul avait certainement de l'esprit, mais i»our(pioi sommes-nous forcés de penser 5 l'esprit de Sant(!ul loiscpie nous Jfvrions n'tMre occupés (jue du Sauveur cn- •;on' enfant, do sa sainte mère si modeste, et do tout" ce mystère do recueillement, do grâce et do sacrilice '' Nous scrail-il défen lu
de trouver importun celui qui vient, dans un pareil moment, nous sonner de la trom- [lette dans les oreilles pour nous faire écouter des antithèses, quelque admirables d'ailleurs qu'on puisse nien les supposer? {Yo\j. Hymnes, Liturgie, Offices, Proses.)
Nous n'avons à parler ici ni de la vie de Santeul, ni de sa mort, arrivée en 168!^, h la suite d'un grand dîner, ni d'une mauvaise plaisanterie dont le malheureux [)oëte fut la victime. Il était Agé de soixante-sept ans. SAPIENTIAUX [Voy. Livres).
SÉDULIUS. — Caïus Cœcilius Sédulius, prêtre du V siècle, s'est rendu célèbre par deux ouvrages sur la PAque, l'un en vers, l'autre en prose, intitulés, l'un Poschnie Carmen, l'autre Paschale opiis. Ses vers sont assez élégants pour le siècle où ils ont été écrits ; mais supporteraient didicilement, dans notre temps, l'examen de la critique. Il repasse dans son poëme les histoires principales de l'Ancien et du Nouveau Testament, où il trouve une ligure permanente et répétée du grand sacrilice eucharistique. Ses rapprochements sont ingénieux, mais son style manque d'enthousiasme et de hardiesse. Son nocme a été publié dans la Patrologie publiée par M. l'abbé Migne.
SOUMET {Voy. Poésie épiqle).
STYLE,— Le style c'est l'homme, a-t-on dit en jugeant chaque écrivain d'après sa manière d'écrire. Mais si le caractère de l'homme se retlète dans le style de chacun, le caractère des siècles se reproduit aussi, avec ses diverses nuances, dans chaque individualité célèbre ou counnune. L éducation modifie puissamment l'originalité do chacun, et 6te au style de tout le monde co qu'il pourrait avoir cle trop personnel et de trop singulier. Si l'on considère les particularités du style, on peut dire que le style c>t d'abord l'expression d'un siècle, puis celle d'un caractère, c'est-h-dire d'un homme. Mais si l'on prend l'idée du style pour celle des règles (pie lui impose la l)onne éducation, le style n'est autre chose (pie l'ail d'écrire, et Ion peut le définir : l*art ou la manière de formuler nettement et convenablement ses pensées dans quehpie langue que ce soit.
Les règles générales du style sont nécessaires en liltéralnre, comme les lois en politique. Les lois no font pas les hommes vertueux, et ce n'est pas le but (pi'elles se pro|)osent ; mais elles retiennent les méchants et empêchent les crimes. Un homme ne devient pas éloquent parce (pi'il a fait dt; bonnes études, mais combien (Ihommes lU! seront jamais élo»pienls, qui, sans études, n'auraient jamais su s'exprimer 1 Léhxpieneo est naturelle, elle jaillit (rdlc-mème d'un cœur vivement ému et dune intelligenr(!
bien con vaincue, et il ne faut alors au style (pi'iin peu d'exactitude grammaticale pour être bien. Mais la grammaire est de rigueui : un barbarisme ne saurait être un mot sublime, (piel que soit le beau sentiment dont on ItiTisso l'interprète.
Ou disserte beaucoup dans les livres él6'
STYLE
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uientaires sur les qualités du style : abondance, abandon, clarté, élégance, précision, simplicité, etc. On divise le style en trois genres, qu'on appelle mal à propos subliraej tempéré et simple ; comme si le subbme n'était pas toujours simple, étant l'expression vraie d'un grand sentiment ou d'une grande pensée. Mais par style sublime les rhéteurs entendent le style pompeux de l'éloquence académique, style qu'on pourrait peut-être mieux caractériser encore en le nommant ennuyeux. A notre sens, il n'y a que deux styles, le bon et le mauvais ; le bon style peut, selon les sujets qu'il interprèle, être sérieux, familier ou badin, fleuri, ordinaire ou sans aucun ornement. Il sera toujours bon, pourvu qu'il soit exact, convenable et vrai ; mais dans tous les genres, lorsqu'il traduira un grand cri de l'âme, un élan de foi ou le dernier mot d'une grande passion, alors, naturellement et sails etforts, il sera tout bonnement sublime.
Se servir des règles comme d'un lit de Procuste pour mutiler le génie, c'est otTenser les règles elles-mêmes. Les règles sont faites pour les écrivains, et les écrivains ne sont pas faits pour elles. Les rhéteurs du temps de saint Augustin trouvaient la Bible mal écrite, parce que le Saint-Esprit n'avait pas daigné suivre les préceptes de leurs écoles, et saint Augustin lui-même n'était pfts éloigné, surtout avant sa conversion, de prendre au pied do la lettre celte parole trop rnodesle ou ironique de saint Paul, lorsque le grand apôtre prétend ignorer l'art de bien dire, lui qui disait si bien sans art I Au lieu de comparer les règles de l'éloquence païenne au style de la Bible pour conclure en défaveur du livre de Dieu, les chrétiens n'ont qu'un p.irti h i)rendre, c'est de refaire les règles d'après la B b!e. Esl-ce que les hommes [)rétendraient, par hasard, apprendre h parl»-r au Verbe éternel ?
Sous déclarons nettement que nous sommes ennemis en littérature, des règles absolues, parce que l'absolutisme n'existe pas dans les choses humaines. Dieu seul est l'absolu. En [politique, les princes qui ont voulu l'absolutisme sans frein ont dû se décerner d'abord les honneurs divins et des hécatombes humaines ; en littérature, l'.ibsolutisme c'est le sacrilice du bon goût et la proscription des oeuvres du génie. Nous no répéterons «lonc f)ns ici la nomenclature < lassique des rèjiçles du stvie, telles rpje la clarté, la conf;ision, la précision, etc. : les projjhèles écrivaient fort bien, sans être toujours clair»; Hornère lui-même, s'il faut citer un grand nom prof/Kw;, n'est pas toujours très-concis. Noire-Seigneur, ipji i»arlail si souvent en j)araboh;s et erj figures, no se piquait pas ue pré(;i.sion; on j)Ourrflit en dire autant de toutes les autres (pialités ffue les rhétoriqur;s donnent [»our indisponsables h fout bon écrivain. Nous f»f»urrioris résumer en un seul mot Unjtes b;s rjualités et lf>ute» les règles du style, et ce mol serait ronrcnnnr.f.. (Jti orateur ou un écrivain doit d'abord •avoir bien la langue dans laquelle il veut
parler ou écrire ; il a dû apprendre dans la grammaire ce que c'est que propriété, netteté, clarté, précision : tout cela est le ba-bebi-bo-bu de la littérature, et il ne devrait plus en être question en rhétorique. Nous disons donc que l'orateur ou l'écrivain possédera d'abord parfaitement la langue, et pourra en employer toutes les ressources ; puis il aura à voir de quoi, à qui, dans quelles circonstances et pourquoi il faut parler.
Quis, quidi ubi, cur, quornodo, qnando.
Alors l'orateur ou l'écrivain seront concis ou abondants, clairs ou énigmatiques, élégants ou sévères, selon qu'il conviendra à leur auditoire ou à leur sujet. La convenance est la qualité et la règle universelle.
On appelle couleur dans le style l'emploi des figures et des tropes.
L'énergie du style consiste dans la hardiesse des métaphores, dans la vérité queh quefois etfrayante des expressions, dans la construction nerveuse et serrée des j)hrases.
Asswn est, versa et wanduca , disait saint Laurent à son bourreau. « C'est grillé, retourne et mange. » Voilà une i)hrase d'une énergie terrible.
La grâce dans le style dépend d'un certain abandon [Voy. Auanhon), lors(jue l'esprit semble laisser parler le cœur, ou quand le cœur et l'esprit se réunissent comme des amis intimes, et semblent s'oublier ensemble dans une causerie fraternelle.
Ce qu'il faut éviter avec le plus de soin, en écrivant comme en parlant, c'est la mono* tonie.
Un style trop égal et toujours uniforme En vain l)rille à nos yeux, il faut rjuil nous endorme. On iii pcii ces auteurs, nés pour nous ennuyer, (>ui toujours sur un ton scnitiient psalmodier.
Les prophètes ont évité la monotonie en entremêlant les f)romesses aux menaces, et les tableaux de félicité aux scènes de désastre.
Bien n'est plus ennuyeux surtout que le grand style sérieux et lleuri, qu'on est convenu d'appeler style sublime, lorsqu'il n'est pas varié par des intermèdes en style simple. Une é|iopée tragique sans épisodes gracieux serait insupf)Ortable à la leclur(! ; un prédicaleur(|ui aurait choisi f)Our sujet les peines de l'éterinté iiialheun;usc , et (pii ne l'eiait jias tliversion à son trisle suj(;t par (juehpio peinturf! touchanle de l'éternelle béatitude, rebuterait au lieu d'instruire, et fatiguerait h force dé|)ouvanler. L'esprit humain n'est pas capable d'utK! attention Iroj» |)i'oloiigée (pian i il s'agit des chost'S <pji enicjuvent lo C(j;ur ; il ne faut rien outrer, et jamais on ne doit passer une cfirtaine njesure, si l'on veut tr)ij( h(;r r-t cr)nvaificrc.
La nolilesso du style tient au choix des expressions, et l'harrrionie dépend de l'arrangemeinent des mots. Il faut éviler le choc des consonnes et le hiatus des voyelhîs, dans la f)rose même, presque av(!c aulatit de; soin fpie dans les vers. La noblesse du style ost naturelle aux Amr;s élevé(!S,et se perfe» li(uino par l'usflgo ; l'harmonie est en quelque .sorlo
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lo résultat (runc sorte de sens nr.jsioal, sens dorll sans doute était complélcmont (h'ipoiirvu lo bourgeois do Paris qui, du temjis do la Fronde, disait au cardinal de Retz, en parlant des chaînes qui servaient alors de barricades dans les rues : « Monseigneur, (lu'attend-on donc tant et que ne les tend-on? »
Mais ni la grAce, ni la noblesse, ni la variétr, ni l'iiarnionie, ne sont des qualités rigoureusement exigibles dans toute espôco d'écrit ou de discours, surtout lorsqu'il s'agit de littéiiiturf chrétienne. Cette littérature, avant pour principal but ra|K)stolat et la préaication des choses divines, peut se faire grossière, triviale, monotone , rude, s'il le faut, pour être comprise des auditeurs auxqiiels elle s'adresse, et c'est h ce point de vue qu'il faut toujours la juger. Lorsque les missionnaires parlent selon lo génie des sauvages ou des pauvres gens de la camnaf5ne, ils parlent toujours bien et sont {dus sublimes ainsi qu'eu étalant une ridicule (érudition classique devant des gens inca[)ables de les comprendre. La convenance donc, la convenance, voilà la seule qualité indispensable. Parler h son auditoire do manière h se faire écouter, écrire de façon à se faire lire, voilh ce qui est le propre d'un bon orateur chréti»>n ou d'un hagiographe qui veut ôtre utile. Nous ne parlons pas ici j our les académiciens.
E^t-ce h dire, cependant, qu'un ministre de la vérité doive sacrilier au mauvais goût de son temps les exemples des bons autours et lo goiU dos botuies études? Non, sans doute; et pouniuoi? c'est qu'il n'est jamais ncrmis do faire mal pour qu'il en arrive du bien. Or le mauvais goût d'un siècle étant presque toujours le rollet des vices ou des préjugés qui dominent h cotte époque, |)ar- 1er lo langage corromjju du monde, ce serait en fiut'hjue sorte se montrer complice de sa corrui)lion. La charité doit se faire tout h tous, mais non |)as juscju'à compromettre la saintolé de son caractère. Ainsi, par exemi»le, dans notre siècle, les réminiscences religieuses remises h .la modo par Chateaubriand ont produit, en se confondant avec les brouillards du scepticisme, nous no savons quelle vagucî et vaporeuse poésie cpii a g.Ué le goill i)ublic pendant quel([ues années , et (pi'on a a|)prlée lo romantisme. (]onvenait-d alors aux apAlres de Ja vérité de parler C(^ langage nébuleux indigne de la fermeté do la foi, et de faire ainsi des concessions au mauvais génie du doute, des passions vn,!,ues et ilu désespoir coloré do religion ? Non, sans doute, et c'est pour cela ((ne, dans les bonnes écoles ccclésiasticiues, h Saint-Sulpice, par oxi-mple, les tendances romantiques ont toujours été proscrites di; la chaire et énrrgi<pii'mont cond)allues par (If pieux («l savants professeurs.
Lo style (pii convient h la littérature religieuso en gt'-ni'ral doit OIjo simple par la forme et sublime par les pensées. Noln; éternel inodèl 1 est rkvaigile, et le Sauveur du m^tnije nous a etisoigné léloquenci» par so i «xemple. Il est noble dans ses expressions,
clair dans ses préocples, élégant dans ses comjiaraisons , lorsfju'il parle du lis des champs et des petits oiseaux du ciel, varié dans ses enseignements, plein de grAce dans ses épanchements de charité , souvent sublime, nwiis toujours simple et toujours vrai. Cependant il est obscur lorsqu'il s'adresse à des Ames indignes de lo comprendre, |)0pulairo et presque trivial lors(ju'il expli(juo l'Evangile aux pauvres, et montre la pauvre femme balayant sa maison pour retrouver la drachme qu'elle avait perdue. Ce (jui fait la perfection du stjlc des saints Evangiles c'est sa [larfaiie conveuanoc. Le Sauveur du monde est dur avec les cœurs durs, doux et tendre avec les petits et les humbles. Il n'a pas lo mémo langage (juand il maudit Coro/.ain et Bethsaidc que quand il bénit et embrasse les petits enfants. Toujours doux et grave, ou le voit cependant une fois irrité, et ses paroles , ce jour-lh, sont empreintes d'amertume : La maison de mon Pire est une maison de prières, et vous en avez fait une caverne de voleurs! ici c'est de la force et de l'énergie, {dus loin son style sera plein de mélancolie et de tendresse: Jérusalem ! Jérusalem ! combien de fois n'ai-je pas cherché à réunir autour de moi tes enfants, comme la poule rassemble ses poussins sous son aile, et tu n'as pas voulu 1 Rien de si touchant et de si pathétique, rien do si calme et do si beau (jue le style des saints Evangiles. Voilh le modèle des chrétiens, c'est là qu'ils doivent puiser leurs inspirations, et en elfet les auteurs (jui ont cherctié à reproduire dans leurs ouvrages le style typique du Verbe incarné ont écrit avec une supériorité incontestable. Nous n'en citerons pour exemple que le livre do ïlmitation de Jésus-Christ, écrit tout entier en stylo évangéli(iue, et « le ()lus beau livre qui soit sorti do la main des houunes, dit Fontenelle, puisipic l'Lvangile n'a jws eu des honnnes [)our auteurs. ><
Nous proposerons donc ici le livre divin dos Evangiles connue le plus parfait modèle de la littérature chrétienne, et nous sommes heureux de, reconnaître ipie le Verbe de vérité esl infaillible non-seulement dans lo fond, mais dans la forme mùiuc île ses révélations : lt>s travaux sur l'Ecriture sainte entière, qui forment la base d(! ce dictionnaire, noiil pas d'autre but ciue do prouver ce (jue nous avançons ici. Chaiiue Age du monde a eu ses modèles de style, et c'est toujours lo Verbe religieux ([ui a déterminé les formes de la parole. Ccda esl, parce qno Cela doit être. La lettre (jui ex})rime le Verbo appartient au Verbe, et c'est lui (pii la moditio. Les verbes faux s'écrivent avec des caractères périssables, le Veri)e de vérité détermine seul une forme et \in(> beaiité éternelle; aussi SOS caractères m; doivent-ils jamais s oii'acer. II faut remanjuer (|uo chez tous les grands |)eu|>les les moinunonts roligieux sont aussi des monuments littéraires, et (pie les livres sacrés ont forujé toutes les langues. Bdxd na élé que la confusion des cullo>: la (irèce artisli(|uo et littéraire so résume tout entière dans Homère ; la langue
TAULÈRE
TAULÈRE
et la littérature arabes ont pour origine cl pour type le Coran ; les peuples chrétiens ont la Bible, et, bon gré mnlgré, il faudra que la Bible refasse les littératures et les langues de l'Europe. Tout ce qui a été fait d'après les littératures mortes n'est plus que de l'archéologie. Ronsard, qui était poëte comme Pindare et comme Horace, a échoué parce qu'il a voulu perpétuer l'influence exclusive d'Homère sur les enfants de la Bible. Malherbe avait mieux compris le génie des langues modenies lorsqu'il écrivit sa belle ode biblique.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde.
Tout Malherbe et toute sa gloire sont dans cette ode, qu'on le sache bien. Comme tout Corneille est dans Polyeucte, tout Racine dans Athalie, tout Jean-Baptiste Rousseau dans les odes sacrées, et tout le xix*" siècle dans le génie du Christianisme de Chateaubriand. Tous ces grands hommes ont été les précurseurs de la véritable littérature des temps modernes, et celte litéiature aura I)our autorité la Bible, pour modèle l'Evangile, et j)Our style celui des grands disci|)les de l'Evangile et de la vie. Voilà la vérité aussi évidente que le soleil. Aveugle serait celui qui se refuserait à la voir I
SL'LPICE SÉVÈKE (saint;, écrivain du iv' siècle, a élé surnommé le Salluste chrétien, parce qu'il goûtait fort le style énergique et norinèt • de Salluste, et s'ellorrait de limiter. On sait que Salluste était un Romain enrichi par des exactions et livré à tous les vices do sou temps, (pji a voulu troiM[)er la postérité jjar des écrits j)leins d'une sévérité et d'un btoïciâUie aJlectés. Sulpice Sévère, riche
comme Salluste, mais réellement v^tueux,. sanctifia, en l'imitant, le style de son modèle : il est à regretter toutefois qu'un homme du talent de Sulpice ait puisé son éloquence à des sources si profanes , quand il avait à sa disposition la Bible et les saints Evangiles. On dit assez ordinairement dans les collèges que Sulpice Sévère et Lactance sont les seuls écrivains ecclésiastiques qui aient écrit en bon latin : c'est tant pis i)Our le latin, dont nous ne regrettons pas la |)uretédans les chefs-d'œuvre de saint Augustin et de saint Ambroise. Sulpice Sévère à écrit une Histoire sacrée qui est remarquable comme monument du iv siècle, et une Vio de saint Martin correctement écrite. Il y fait ressortir avec assez de bonheur le grand caractère de ce saint évoque, qui faisait ac~ ce[)tion de personnes non d'après le rang,, mais d'après le caractère et les vertus de ceux qu'il honorait. Il eut lui-même l'honneur d'être reçu par saint Martin à Tours, et de manger à *sa table, grâce que le saint évêcjue n'accordait pas aux seigneurs de la cour des empereurs. Sulpiee Sévère ayant omis beaucoup de choses importantes dans la Vie de saint Martin, y supi)léa par des dialogues où il fait raconter par (laîlus, nu des premiers disciples du saint évè(iue, ce (ju'il avait omis eu écrivant sa Vie. Ces dialogues de Sul[)ice Sévère sont i)lus otimés que la Vie même du saint, à lacjudle ils servent du supplément. On trouve dans l'histoire sacrée de Sulpice Sévère (pielques opinions erronées qui n'étaient pa» encore condamnées par l'Eglise à répO(iue où il écrivait.
TAULfclVE. — Jean Tanière, de l'ordre des Frères l'rècheurs^ vivait au coirimencelueril du xiv* siècle. C'était un prédicateur ftélèljre, un mystique |)rorond,et les auteurs de la liihliothèiine des l'èrex lui donnent le t«lre de théoloyicn Muhlime. Il a écrit la Vie de sainte Hildegardf;, celte proiiliél(;sse illettr/je dont les exhorlations et les |>rédiclions éloiinèr(;nl le xiii' siècle-, •;! n-muérent alors le monde chrétien. Taulère, dans l'i/ilroducliop de cet ouvrage, résume les piopliélies d«} la sainlf% ol y ajoute les si«Tines. Selon lui, les maux qtje l'Eglise a dèj.*! souffffls /le sont rien en comitaraison de ce ou elle doit soullrir i*i la tin des temj)s,(piand I lioruffie voudra se snbslilucr ii I>if!U «;l quand res[»ril anlichrélie'i aura séduit |ire»que toute la terre. I.a p<;r.séc,uliori doit Aire Alors d'autant plus rnortelh; rpie la foi r;t In chanté seront alJaiblies dans l)i( n d(!s
Il ri'Hle ainsi de Tanière rjes lettre» spiriluL'll(n,et c'esl dam une de ces lellres ([u'il
rapporte son célèbre dialogue avec un mendiant (J(uit les réponses sont vraiment siibliuu's. Ainsi, h celle jiarole du docteur : « Mon ami, j(! vous souhaite h; bonjour, » le pauvre répond : a Merci; mais je n'en ai jamais eu de mauvais. — Et ((jnuucnl cela? — I*arce (pje je bénis Dieu de tout ce (pii m'arrive, et je ru; veux que ce, (pi'il veut. C'(!sl pourquoi la faim, le froid, h; niépiis d(!S liouMucs, sont encore pour moi du bonheur, puisque c'est lui (jui nie les envoie. Tout ce (pi'il veut est Jticn. — Mais s'il voul.iit vous daumer? -- Oh 1 j(! l'embrasserais alors si étroilemenl, (pu; ji; l'cMitraîneiais avec moi , car il ne m'euqtêcher.iit jamais d(r l'ainu'r elde me résigner liuuddement à son vouloir, et si j'él.iis dans l'enHir av(.'(; lui, l'eni'er pour moi sérail \('. ciel.»
Au chapitre .'Il de ses Institutions, Tanière rapporte encorr; des paroles belhîs et loue ha nies, (pi i peuvenltrouver [ilace ici.Dne vierge (jui -ivail toujours men(' uik; vie Irèssainle, altendail [laisiblement la uiori, et.
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comme on lui duniaudait par quelles pratiques elle avail IAcIm^ |)en(lant toute sa vif de luari'her h la |)erfecti<)n,elle répondit: « Faire tiuijours du bien h ceux qui m'avaient fait du mal ; aimer tout le monde conmie moinu'inie, ne jamais me plaindre et donner toujours, sinon de l'ait, du moins de cœur et de volonté. »
Les livres originaux de Taulère sont écrits en allemand potliique. On n'en trouve j)ltis gu«^ro maintenant que les traductions latines. Il mourut en 1355.
TEKÏULLIKN, - né à Carthage vers l'an 160, fils d'un soldat, élevé dans la licence des camps et dans les pratiques de l'idolAtrie, à une époque de décadence, étant d'ailleurs d'un tempérament ardent et d'une imafiination violente, se livra d'abord à tous les tiéréglemcnts et h tous les vices. Le dégoût et la lassitude s'em|)arèrent de lui : il vit la constance des martyrs, il les entendit chanter au milieu des tortures, tandis que lui, il pleurait iniérieurement au milieu des lètes; il voulut être initié 5 cette doctrine, et, ayant reçu le baptême, il passa, suivant l'énergie de son caractère, d'une extrémité il l'autre, et fut excessif en vertu connue il l'avait été en débauches. On trouve toujours dans ses écrits quelque chose de violent et de dur, et les erreurs du montanisme oïl il tt)mba prouvent combien l'autorité est nécessaire à tout le monde, et aux hommes c|e génie peut-ôtre plus encore qu'aux autres.
Le plus bel ouvrage de Terlullien est son Apologétique, 6onl nous avons parlé ailleurs {yoy. Apologie ); il avait écrit aussi avec torce contre les hérétiques, lorsqu'il tomba lui-môme dans l'hérésie avec cette inconséquence dont les grands hommes eux-mêmes ont donné plus d'un exemple.
THÉRÈSE (sainte),— n'était pas seulement une grande sainte , c'était aussi une jiersonne d'esprit et de génie, dont les ouvrages attestent la supériorité. Ses traités sur la vie intérieure sont bien pensés et cJiah'Ureusement écrits; ses lettres ont toute la grAce et toute l'élégance que pourrait mettre une femme du monde dans sa correspf>ndance la [ilus soignée. Ses chansons siHrituelles et ses (•anti(pies ont un carac- Uîre d'originalité (pu U's rend extrêmement remarfjuabhs ; la poésie en est réelle et prend sa source dans une charité dont l'ardeur remplissait et dévorait l'Ame de la sainte. Toutr; soulTiantede son divin amour, mais plus diviiuMuent amoureuse encore de ses soull'rances, elle priait DicMi de redoubler ou de finir son agonie, et n'exhalait vers lui qu'une prière ou forme de plainte: « Seigneur 1 ou souffrir ou mourir I » Doviinr, (lut pnfi mit mnri !
Sainte Thérèse a cn-é un genre de poésie sacrée qui ressemble h notre ballade gauloise retournée, c'est-h-dire (pu» le (luatrain d'envoi, ipii résume ordinairement la pièce toute entière dans nos vieilles ballades, se trouve, chez sainte Thérèse, placée au con»nitncement, et sert couïme de texte h un «oiumenlaire j^x-tique qu*' la mainte appelle
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une glose. En disant qu'elle a créé ce genre, nous voulons dire seulement qu'elle y a excellé. Nous avons d'elle une glose de ce genre, dont Laraonnoye a donné une traduction un oeu trop jtaraphrasée, et que nous traduisons ici strophe pour strophe et vers pour vers, d'une manière sinon plus élégante, du moins plus exacte.
La Glose de sainte Thérèse,