TROPES
Jiio
iifl. La vcrlu.qui ininiorlalisc k's hommes, la vertu, (juc l'aïUifiiiilé si; représentait sous l'inia;^e grossière tl ir(^rculo, devait un jour tuer le vautour dévorant, et délivrer Prumétliée; alors Proniélhée détrônerait Jupiter. Telles étaient les jirédictions du génie des anciens liges ; mais l'Hcroulc vain(iueur des monstres et vaincu par la volupté devait purifier d'abord son enveloppe matérielle dans les flammes d'un saerilice volontaire, et mourir sur le sommet d'Eta pour revivre immortel. Ici s'arrôtaient les pressentiments d'Eschyle, qui semble avoir voulu donner un prologue humain h l'épopée divine du salut des hommes. Hercule était le dernier mot de la force îuimaine, c'était en quelque sorte le verbe de la chair. Aussi Hercule a-t-il posé les colonnes de l'ancien moncJe en écrivant non pour l'avenir, mais pour le passé , cette inscription qui est une digue : Ncc plus ultra. Ici la poésie attend la prophétie, et lo génie tend les bras vers le ciel dans l'attente do la révélation.
Après Eschyle, la tragédie dégénéra , et (le divine qu'elle était elle devint royale. On crut voir dans les malheurs des rois le résultat du conflit des dieux. Homère avait intéressé l'Olympe et le Ténare aux querelles d'Agaracmnon et d'Achille. L'é|)opée d'Homère, qui était, si l'on peut parler ainsi, la Bible de l'ancienne Grèce , fut mise en actions et jouée sur la scène. Ce fut alors la seconde époque de la tragédie grec(iue illustrée par Sophocle et par Euripide.
Rome ne fit que répéter la Grèce, et n'eut proprement h elle ni théAlre ni épopée. Virgile avait imité Homère avec un grand génie sans doute; mais eniin ce n'était qu'un sublime imitateur. Aussi le trouvons-nous plus grand dans son églogue h Pollion que dans toute son Enéide : \h, du moins, il n'imite personne, et il semble deviner les [)rophètes.
Le génie de Virgib? n'inspira pas de grands tragifjues, et ?ii' fui pas traduit pour la scèno avec autant de bonheur (pie celui d'Homère. La guerre de Troie fut éternellemoMl lo thème dos poètes dramali(|ues , et la source des inspiralions sur cet inlaiissal)le sujet fut toujours les poèmes d'Homère. Entiii la Houk; païenne tomba , la Uible rcnr]»laça Homère, et l'I'lvangdc devint la grande é[)0péedu nouveau monde. Le IhéAtre dut alors conuuencer une nonv(;Me eid'ance; les ronrésenlHtions dramatiques se relrem[»èrent a leur souice, c'est-h-dirt; dans les céri'monies du culte. On rejeta sur le théâtre ce (Mil seiiibl;» tr(»|t exiilx-rant pour l'autel, et le .spectacle devint, coniine d.uis la (Irece d'Eschyle, un .siip|>!<''m(>iit au saciilice. Les premiers comé'diens chrélieiis furent des moines et des prèlr»\s, et l'on joua devant h? peiqtle 1,1 grand drame <le la l'nssinn , coinme ou avait joué autrefois la fable philosophique de Proniélhée.
Le thi-àliu moderne est d«)itc. «l'origine religu'iise, et apparlient de droit h l'Eglise, ipii en a été rep.mssée par un reloiir au paj^auisiiie h l'époque de la renaissance. Les
mystères du moyen ûgc sont les véritables archives (Iramatitpies des peuples chrétiens, et nos tragédies modernes sur la famille d'Atrée , la prise de Troie et autres sujets em[)runtés h Homère, ne doivent être considérées que comme des versions grecques et latines faites avec plus ou moins de talent. Il n'est pas inutile de fhire des versions lorsqu'on veut aiiprendre les langues , et l'étude des langues est utile au progrès des sciences. Nos anciens mystères étaient informes, comme les idiomes dans lesquels ils étaient écrits; la renaissance, en exhumant les chefs-d'œuvre de l'antiquité, rendit aux langues modernes le grand service de les enrichir de toutes les conquêtes du passé, et révéla aux écrivains chrétiens le secret des belles formes et des expressions élégantes. La poésie helléhique était tout humaine sans doute , et ne pressentait Dieu qu'en devinant la lumière spirituelle à travers le voile de la beauté physique. Mais la beauté physirpie n'est qu'un signe qui doit représenter la beauté morale , et <i ce titre toutes les recherches de l'antiijuité sur la forme devaient tourner au profit de l'idée chrétienne. Corneille et Racine le com[)rirent, lorsque, suivant les règles d'Arisloto et les beaux exemples do So{)liocle et d'Euripide, ils nous donnèrent enfin le mystère du moyen Age revêtu de toutes les splendeurs de la tragédie antiiiue, et léguèrent à la littérature chrétienne ces deux chefsd'(cuvre immortels qu'on appelle Athalic et Polyeucte.
Nous ne transcrirons pas ici l'analyse de ces admirables poèmes, parce (pi'il nous semble inutile de la refaire et qu'on peut la trouver partout. Quant aux rè<<les de la tragé'die chrétienne, c'est d'après Athalie (t Pohfnicte ([\i'\l faut les faire, en attendant qu'il ait paru quehiuo chose de mieux , ce qui pourra longtemps encore se faire attendre. [Voy. Mystères.)
TROPES. — Les tropes ou conversions do mots, du grec ^ponoc, n'appartiennent pas spécialement h la littérature chrétienne, et renirent dans la généralité de l'enseignement littéraire. Il nous sullira donc d'en rappeler la nomenclature en peu de mots.
1" Prendre les êtres animés pour les êtres inaiiiiiiés, et vice vrrsn ( cataclirèse, métonymie, métaphore); 2" les bêtes pour les hommes ( méla|>h()re) ; 3" le matériel pour limmalériel, et récipro({uement ( métaphore, im'toiiymie ) ; V' le iialurel |>oiir l'arliliciel, et rire rrrm ( calachrèse, synecdoche ) ; .S" la cause pour l'effet, et rire vrrsn { métonymie ) ; G" le |>lus pour le moins ( hyperbole ), et n'ciproquement ( litote ) ; — utnimt/ne ( synocdo( lie, antonomase; 7° rant(''cé(leiil pour h» consé(pu'nt, et ncc versa ( métalepse).
Nous empruntons relie classification des lrop<>s il l'excellent précis de rhéloriipie positive publié par M. Clioppin d'Ainouville dais \'l:iiryi Inpcilir i)orlitlivr.