‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 30 sur 233 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

et sosuccùJcni; et, an milieu du tout, la religion poursuit paisiblemeU ses conquùtes et accomplit ses destinées.

Ainsi Ton voit d'ui côté l'humanité qui grandit et se prépare à l'alliance d3 son Dieu, en s'instruisant à l'école du malheur des rois et de la décadence des peuples; les grandes natians s'élèvent et disparaissent, lés colosses de l'Assyrie s'engloutissent dans le sable du désert "avec les derniers débris de Babvlone et de^'inive; les Ph-araons usent leur puissance et leur orgueil à bAtir ces pyramides qui sont des tombeaux, et disparaissent dans l'ombre de la mort, sans jouir même de leurs sépulcres. La Grèce passe à son tour comme une fête profane, et laisse le monde fatigué de ses dieux tombés sous le joug des Césars. Pendant tout cela, Dieu se cache dans la Ju lée, et parle au cœur de ses prophètes à l'heure oi"! l'univers se tait devant Alexandre. Tous ces grands, tous ces conquérants, tous ces ravageurs de provinces, sont des laboureurs aveugles qu'il envoie défricher le monde, afin (jue le monde soit prêt pour la semence d i saluf. Ils labourent d'abord avecl'éjjée, jmis ils tombent, et leur cendre servira d'engrais à la terre. Enfin les confiuérants ont achevé leur ouvrage ; les prophètes se taisent, les sages attendent, une paix universelle prépare tous les peuples h des destinées nouvelles, Ifs tem|ts de l'ancienne alliance et des |iromesses sont accom[)lis : Jésus-Christ vient au monde.

A partir d'ici, une puissance nouvelle dominera l'histoire : [)uissance extraordinaire, qui s'agrandit par la pers -cution, et n'est jamais plus forte que lorsqu'elle semble .succomber sous les elforts de ses ennemis. Servie par ceux-là même qui ficnscnt la proscrire, indifférente aux injures et aux mépris aifectés de ceux f/ui emploient leur intelligence à la combatiro, et qui ne seraient lii libres ni intelligents sans elle, si elle l)0uvait éprouver une défaillance jjassagère, on verrait défaillir toute la société avec elle, et son f.iux ()as, si elle eu j-oiivait jamais faire, donnc-rait une secousse au monde. IJossuel nous fait voir, dans l'humilité même de son oiigine, loutr-s les merveilles de sa prandcur : celte puissance, fpi'(;ti appelle rKglise, semble, dans la paroh? de l'évèque de Meaux, se révéler dans toute son irrésistible magnificence, et il n'a pas besoin d'achever so!i Discoiirn nur l'histoirr iDiirersrlle autrement que i»ar ses autres ouvrages. L.'i, en effet, se résument h.-s combats et les triompfiesde TK^Iise, l'é'loquence des Pères, la science des docteurs et la pre cience des |>ro(<liètes.

Après le l)incour» mr l hinloirr Htilirmillfl, il faut placer les oraisons funèbres tpii en «ont comirie la [»érr)raison, et qui résumf.Mit tous les récits des gloires humâmes par celle ftarole d'un roi désabusé : Vanild dru nivitéf, ri loul ckt rmiilr, rrrrfttr. dr nrmr Dieu tl de f'dlluchrr à lui nml. Il «onvenail 6 Hosttwv.l d'honorer les l'uuéradlesdes roi.s et des R'iue.<i, lui «|ui coiinai^^ait »i bio i le secret

des véritables grandeurs et l'écueil de toutes les puissances.

On ne saurait assez a<lmirer comment l'auteur des Oraisons funèbres mêle l'enseignement à l'histoire, les figures les [)lus vives à la logique la plus sévère, et l'énergie des grandes leçons aux formes les plus convenables qui paissent exjirimer le respect des grandes infortunes et la soumission au pouvoir.

On a voulu voir dans Bossuet un flatteur des majestés royales, comme si jamais un flatteur eût osé parler de la mort et de l'éternité devant les roisi Pourquoi d'ailleurs eûtil été flatteur, et qu'avait-il à ambitionner de plus grand que sa renommée? Ce que Bossuet respectait dans les rois, ce n'était ni la pompe oui les environne, ni les faveurs dont ils aisposent : c'était le principe d'autorité temporelle, aussi nécessaire dans le monde que l'autorité spirituelle; ce qu'il respectait enfin, c'était Celui qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance; et il pensait que si quelque [>art au monde la nécessité se montrait impérieuse et pressante de soutenir et de relever l'aulorité légitime des puissances de la terre, c'était sur le tombeau des rois.

Les Oraisons funèbres de Bossuet se refusent h l'aiialyse, et si l'on en veut remarquer les beautés, il faut les transcrire d'un bout à l'autre. On est étonné de celle incroyabh; mngniîicence d'expressions (pii tiennent l'admiration en haleine et ne la fatiguent j.imais ; de celle [)rofondeur de sag sse et de celle hauteur de pensées (pii font la solidité et la grandeur de sa parole. Le grand siècle vit encore tout entier dans ces éloquentes funé'ra il les de ses |)rinces, et (piand Bossuet en termine le recueil par /es derniers efforts d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint, on croirait (pie le magnifique; génie se pleure lui-même et (pi'il voit sa mémoire, prêhî h lui survivre, cloi'e la série des majestés dont il déplore la pente (ni immortalisant h la fois et S(.'S larmes et son tombeau !

Dans V Histoire des variations , l'évêipie do Meaux a porté un couj» mortel au pr(jte>laiitisme, cl il a achevé son oiuvre par l'E.rposiliondes doctrines de ii'glise catholique sur les points controversés. Les errein-s dessect(,'S séparées de. runiti; sont di'jh iéfuté(!S lors(jue Bossuet les raconte, et (pielle manière de raconter ! Connue il laisse; parler les iails en s'abslenant (h; loiitt! réllexion injurieuse ! Oiielle siqtéri(jril(; dans sa modéiation, id (piell(! polémi(pie de; be>n goût I Lu vain h;s proteslanis se; setnl-ils e''e;iiés (pu; si ri'lglise tout enlièr(; avait parlé comme Itos- .suel, ils auraient éc(Milé l'I'lglise, car l'IOgli.so avoue; IJee-suet et n'a donné de démenili à aucune (h; sca parohîs. Où ét.iil d'aillenirs la force de Bejssuel et raulf)ril('; de son élej- (juence, si ce n'est d.ins la veirilé de ce (pj'il onseigr;e et d.nis l'approbation de l'Lgliso entier'' ? iMuis c'est Dieu icul fini change les cœurs.

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