BOSSUET
DOSSIET
2Ai.
Los Elevai ions sur lis myslih-cs sont un owvraiie non moins subliino par les pensées ([lie par lo slvle, et jamais litre ne fut uneux appro[)ri('' <» un livre. Il ost dillicilc, en ollVt , de s'tMever pilus haut dans ces mystrrieuses jtrofondcurs, et de confesser plus magniliquemcnt la faihlesse des etforts dt; l'homme et l'impuissance de sa raison. Lors(iue avec saint Jean, si hion surnomma' le Fils du Tonnerre, il fait entendre sa voix im|)osanto audessus de l'origino des temps ; lorsqu'il commente celte |)arole si pleine doternitô : Au commencement était le Verbe, on ne sait plus de saint Jt-an ou de Bossuet lequel nous «'tonne davantage ; nous sommes ('"lilou's par tant de lumière. Ils nous ab:\ttent, ils nous «Hourdissent. « Au commencement était le Verbe! Au commencement et avant tout commencement : on ne le créait pas, il ne naissait pas, il ne commençait pas ; il était 1 » Dans ce passage, Bnssuet s'élève au-dessus d^' l'enthousiasme de la |)oésie lyrique , et nul elfortdu génie huinain liC saurait le surpasser dans son vol.
Si ce Dictionnaire était un recueil de citations et de morceaux choisis, nous aurions voulu le rem pli r presque exclus! vemontd'erajtrunls faits à cet admirable modèle. Ici nous nous bornerons à citer deux pages sublimes de ses Oi'aisons funèbres, l'exorde de ( elle qu'il fit à la reine d'Angleterre, et la péroraison do colle du prince de Condé ; non <pie nous jugions néi;essaire de rapporter ici des choses ((ue tout le monde sait par cœur, mais parce (lue nous éprouvons le besoin de laisser parler le grand homme lui-même, et de terminer cet article qui le concerne par les seules paioles (jui puissent être dignes de lui.
Exorde de l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre.
FA mine, reqrx, inicllicjite ; cnuliiiihii qtùju licatis
lenwn. I'sal. h.
M,iiMlpn;iril , (i rois, npprenez; iiislriiiscz- vous,
jiiyes tli! la lerrtî.
Monseigneur,
Celui qui règne dans les cieux, el de qui relèvent tous l(;s empires, h qui seul a[ipartient la gloire, la majesté et l'indépendance, ost aussi le seul (ini se glorilio de faire la loi aux rois, et do leur donner, (|uanil il lui plait, i\c grandes et terribles leeons. Soit (ju'il élève les trônes, soit (pi'd les abaisse, soit qu'il coinmuni(|uo sa puissance aux princes, soit (|u'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur |)roprc faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui : car, en leur donnant sa puissance, il leur commamle d'en user ronnneil fait lui-même [tour lo bien du monde; et il leur fait voir, vu la retirant, que toute leur majesté est empriuilée, et (jue, pour être assis sur le trône, ds n'en sont pas moins sens sa main et sous son autorité suprême. • l'est ainsi (pi'il instruit los prinees, nonsoid'-nipnt par des discours et par des |)aro- \es, tuais encore par des cllcls et par des
exem|)lcs. Et nunc, reyrs, intdliijite ; crudidimini (/ui jitdicatis terram.
Chrétiens , ([uc la mémoire d'une grande reine, tille, femme, mère de rois si puissants, et souveraine de trois royaumes, a|)pelle do tous côtés à cette triste cérémonie , ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines, la félicité sans bornes, aussi bien (pic les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de I univers; tout ce que peuvent donner de i)lus glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tète, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune ; la bonne cause d'abord suivie do bons succès, et depuis, dos retours soudains, des changements inouïs ; la rébellion longtemps retenue, à la lin tout h fait maîtresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus i l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes ; l'océan étonné do se voir traversé tant de fois en des ap|)areils si divers, et pour des causes si diirérentes ; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois : ainsi fait-il voir au monde le néant de ses ponqies et de SOS grandeurs. Si les paroles nous man- (juent, si les ex[)ressions ne ré[)ondent pas à un sujet si vasie et si relevé, les choses l)arleront assez d'elles-mêmes ; le cœur d'une grande reine, autrefois élevé par une si longue suite do prosi)éritos, et puis |)lùngé tout à coup dans un abîme d'amertumes, parlera assez haut ; et s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges, un roi me prête ses paroles [tour leur dire : Et nunc, rcges^ intelligite ; crudimini qui judicatis terram ^ Entende/., ô giands de la lerio ; instrui>ezvous, arbitres du monde.
Péroraison de roraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé.
Venez, peuj)les, venez maintenant; mais venez [ilutôt. [irincestt seigneurs, et vous (jiii jugez la terre, et vous (|ui o>ivr(>z aux liomm 'S les |>ortes du ciel, et vous, [dus (|uo tous les autres, [trimes et [trincosses, nobles rejolons de tant de rois , lumières de la France, mais aujourd'hui obsi urcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage ; venez voir le [teii (jui nous reste d'une si aigusle naissance, de tant do grandeur, do tant de gloire ; j«'tez les yeux do toutes parts; vojlà tout ce (ju'a [>u faire la magnilicenco cl la [liélé [lour hf)non?r un héros ; des titres, do.s inseri[)tions, vaines manjues de ce (jui n'est [ilus ; des ligures (jui semblent pleurer autour d'un tombeau, et de tiagiles images d'une douleur que le leiuj>î> cmjiorlo a\ec
^l^ BOSSUET
1oat le reste; des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant; et rien enfui ne manque dans tous ces honneurs que celui à qui (m les rend. Pleurez donc sur ces faibles 'restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros ; mais approchez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides ; quel autre fut plus digne de vous commander? radis dans quel autre avez-vous trouvé, le commandement plus honnête ? pleurez donc ce grand capitaine , et dites en gémissant : Voilà celui qui nous menait dans les hasards ; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines que ses exem[»les ont élevés aux premiers honneurs de la guerre ; son ombre eût pu encore gagner des batailles, et voilà que dans son silence son nom même nous anime, et ensemble il nous avertit que pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure, avec le roi de la terre il faut encore servir le roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang réj)andu, et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnésà un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez -vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis? Tous ensemble, en (pielque degré de sa conliancc «pi'il vous ait reçus, environnez ce toinb?au , versez des larmes avec des prières, et, arl mirant dans un si grand prince une amitié si commode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisse-t-il toujf)urs vous ùlvc, un cher entretien 1 ainsi j)uissiez-vous |)ronter de SCS vertus, et que si mort, que vous déplorez, vous serv(.' à la fois de consolation et d'exemple 1 Pour moi, s'il m'est permis après tous les autres do venir rendre les deinicrs devoirs à ce torrd>i;au, ô [trince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire; votre image y sera tracée, non [»oint avec celle audace qui prometiail la victoire, non, je ik; veux rien voir en \(i\is de ce fjue la mort y clf.ice ; Vous aurez dans celle image des Iraiis iinmorleh ; je vous y verrai lei <\nn vous étiez a ce dernier jour sous la main de Dieu, lor«!ijue sa gloire sr-rnbla (:oiiiiiii;nc(!r h vo is apparaître. C'est là que jr; vous verrai plus liiomohant qu'à Fribourg et à Hoeioy ; el , ravi d'un si beau triomplie, je duai en aeliou de (grâces ces belles paroles du bien-aimé disci[»le : fU h(p.r. ett vicloria (iiiir vinril mundam, fidrn nonlra : « I^i véritable victoire, celb; qui mcl sous no.s pieds le moiidc! entier, c'est notre foi. » Jouissez, prince, de relie victoire, jouisscz-eii élenielleirient par l'irrimortelle vertu (U-ra safriliee ; agréez ces dernier.s elForts d'un»! voix rpii vous fut ( oiinuc : vyu» inellrez lin a tou.-» o:h di.<i«our».
DOLI\DALOl'E
Au lieu de déplorer la mort des autres, gi'and prince , dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte ; heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole dévie, les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint.
BOURDALOUE. — Le P. Bourdaloue, de la société de Jésus, d'abord professeur d'humanités, puis prédicateur célèbre, a laissé des sermons qui l'ont placé au premier rang parmi les orateurs chrétiens. Nous n'avons pas à l'étudier ici comme prédicateur, mais simplement comme écrivain religieux, et à ce titre nous vanterons comme elle le mérite l'excellence de ses discours. Personne ne sait mieux déduire, mieux diviser et mieux établir ses preuves. Son éloquence, profondément fondée en raison et en autorité, s'appuie sur une science forte , sur une logique sévère, et procède avec un ordre admirable remplissant exactement tout le cadre qu'il s'est tracé, au moyen d'une élocution abondante mais châtiée, austère mais avec élégance. Sa manière de concevoir, de distribuer et de traiter un sujet rappelle assez ces grandes lignes, belles mais un peu monotones des monuments religieux du siècle de Louis XIV, sans avoir rien toutefois de la piété chagrine de Port-Uoyal et de la sécheresse systématique dont se sont [)lus ou moins attristés [)lusieurs moralistes célèbr(.'s de cette éjjoque. Bourdaloui^ n'a jamais rien exagéré, ni rien affecté ; sa jtarole dit tout ce (pi'il veut dire, et rien (\uo ce qu'il veut dire : éloge ([ui sullirait pour le placer au |ireinier rang parmi les écrivains sérieux de la littérature chrétienne. Ses sermons, pleins de substance, sont des traités conq)lets doit la doctrine est toujours sûre, la division toujours exacte , la distribution toujours lumineuse, et l'exécution toujours entièrement satisf.iisante. C'est par ces rares (pudilés (lue le P. Boindaloue a toujours niélilé au plus haut degré l'estiiiK! des esprits solides et la conliance des amis de hi vérité. (' L(; P. Bourd.iloue , écrivait u.i de ses iriliques, est jdiis avuc.-u (pie prédicateur, plus projxtî à coiivaiiici-e les gens d'esprit (ju'à émouvoir le |)euple. Il (^'^t admirabh! du (oté du raisonnement, mais il a peu d'onction et même (h; p.itlK-lifpie. Il a cite force (pji vient d(; la iai>on, du vrai mis dans son jour, d'un esprit solide (!t ferme; et non etdle (pii vient du sentiment des mouvements et d'irn eo;iir tendie i^t alfecliieux. On pourrait dii'(! de pliisieuis prédicateurs ipi'ils apportent des raisons phrl(''(l (pi'ils ik; raisoniK'Ul, el rju'ils apporleirt des pi-euves plutôt rpi'ils rri! prouveirt. ï.c I*. Hourdaloiri; déluoirlre, tant iiar les preuves direi t(;s les plus évidentes cl les inii'ux choisies, <pj(! par la lérulalion la plus complète et la plus (nitièio de loul ce (pi'on pouirait lui objecter avec la ludindr-i? vraisemblance. C'est sin'l(mt d;rn> ce dernier point (jnil excelh; : il rédu:l If |M;clreur au silenc««; j| nf! lui laisse m prr'texif' ni exeuse; il le fiuco à fo con-
an
nOlRDAI^OLE
DOURDALOIE
dnmnor, <\ se nu'piisor lui-mAmo, à rougir (lo dirai-jc ?) de sa sottise ot do sa folie. Kt voilh celte dialecli(]iie vicloriouse, par laquelle le P. Cenitti le raraclérisc. Lo P, IJounialoue pénètre d'autant mieux le pécheur de cette ho de salutaire, qu'en lui j)rouvant ce qu'il devrait Otre, il lui montre ce qu'il est. Le P. Hourdaloue connaissait parfaitement les hommes et le monde, le cœur et les mœurs, et il les peignait, ou, pour mieux dire, il les racontait, les exposait, les décrivait. Par là il intéressait, car rien n'intéresse jilus que la peinttire des mœurs. Mais ses descriptions, (luoicjue vives, sont sans imaj;es. C'était un homme de grand sens plutôt (ju'un homme d'esprit, ou ])lulôt qu'un homme d'imagination, à prendre ces termes dans le sens qu'on y attache d'ordinaire. Il a peu de ces traits qui peignent d'un mot, d(M>es expressions de génie qui présentent une idée commune sous une iace toute nouvelle. II n'étonne j)oint en détail, mais il attache, il retient , il fixe et contente toujours. C'est une abondance continue, mais une abondance de choses , qui remplit, qui comble. Quand il a tout dit, on est surpris qu'il ait tant dit ; et de l'étonnemcnt naît la réilexion. »
A toutes ces qualités si estimables, le P. Bourdaloucjoignait un sens parfait des convenances, et tout ce qu'il y avait à dire il savait toujours le dire bien, sans oflenser jamais ceux qu'il entreprenait de corriger.
C'est ainsi qu'ayant à parler devant la cour sur l'ambition, il prend ces précautions oratoires :
« Plus votre rang vous distingue des autres, plus vous devez vous en ai)prochcr, ]>lus vous devez, pour user de cette expression , vous humaniser; [)lus vous devez avoir de douceur, de modération, de charité. Si j'insiste sur cette morale, et si je le fais avec la sainte liberté de la chaire, vous ne pouvez la condamner. Quand je j)arle aux peuples, mon ministère m'oblige <i leur apprendre le respect et l'obéissance qu'ils vous doivent ; mais puisque j,c vous [)arle dans cette cour, puis({ue je parle à des grands, je dois leur dire ce qu'ils doivent aux peuples. »
Dans un autre sermon, traitant la rjuestion si délicatf? des attachements crimuKds ••l de la nécessité de les rompre, Ilourdalf)uc combat ainsi les prétextes qu'on pourrait lui opposer :
n Je ne puis, dites-vous. — Vous no le pouvez ? Et moi je prétends, soïdfrez celle expression, oui, je prétends rpj'en parlant de la sorte, vous mentez au Saint-Ksprit et vous faites outrage à la grAce. \'oulez-vous que je vous en convainque, mais d'une manière sensible, et h laquelle vous avouerez (pie lo libertinage n'a rien h opposer? Ce ne sera pas prmr vous confondre, mais pour vous ]n«;truire comme mes frères, et connue des hommes dont le salut doit m'èlre |)lus cher que ma vie même : \nn ut confundain vos. La disposition où je vous vois m'est fiwora- Lle pour oeia ; et l)ieu m'a inspiré d'en pro-
fiter. Elle me fournit une démonstration vive, pressante, à quoi vous ne vous attendez pas, et qui s'offrira pour votre condamnation, si vous n'en faites le motif de votre conversion... Ecoutez-moi, et jugez-vous. Il y en a parmi vous, et Dieu veuille que ce ne soit pas le plus grand nombre I qui se trouvent, au moment où je parle, dans des engagements de péché si étroits, à les en croire, et si forts, qu'ils désespèrent de pouvoir jamais briser leurs idoles. Leur demander que, pour le salut de leur Ame, ils s'éloignent (le telle personne, c'est, disent-ils, leur demander l'impossible. Mais cette séparation sera-t-clle impossible, dès qu'il faudra marcher pour le service du prince h qui nous faisons tous gloire d'obéir ? Je m'en liens à leur témoignage. Y a-t-il un d'eux qui, pour donner dos preuves de sa fidélité et de son zèle, ne soit déjà disposé à pai-tir et îi quitter ce qu'il aime? Au premier bruit de la guerre qui commence à se répandre, chacun s'engage, chacun pense à se mettre en route; point de liaison qui le retienne ; point d'absence qui lui coûte et dont il ne soit résolu de supporter tout l'ennui. Si j'en doutnis pour vous, je vous ofl'enserais; et quand je le suppose comnie indubitable, vous recevez ce que je dis connue un éloge et vous m'en savez gré. Je ne compare point ce qu'exige de vous la loi du monde et ce que la loi de Dieu vous commatido. Je sais qu'en obéissant à la loi du monde vous conserverez toujours la même passion dans le cœur, et (pi'il y faut renoncer pour Dieu; et certes, il est bien juste qu'il y ait de la différence entre l'un et l'autre, et que j'en fasse plus pour le Dieu du ciel que pour les puissances de la terre. Mais je veux seulement conclure de là que vous imposez donc à Dieu, quand vous prétendez qu'il n'est pas en votre |>ouvoir de ne plus rechercher le sujet criminel (le votre désordre, et de vous tenir au moins pour quelque temps, et pour vous éprouver vous-mêmes, loin de ses yeux et de sa nrésence; car, encore une fois, vous retientlrat-il quand l'honneur vous appellera? Avec quelle j)rom|)titude vous verra-t-ou courir et voler au premier ordre que vous recevrez, et que vous vous estimerez heureux de recevoir? Quiconque aurait un moment balancé serait-il digne de vivre? Oserail-il paraître dans le monde? N'en deviendrait-il pas la fable et le joui>t? »
On peut juger parce passage de tout l'art et de toute l'habileté de l'orateur h combattre les mauvais penchants par les bons, et à chercher ses armes dans les c(rvu's mêmes et dans les habitudes de ceux qu'il instruit. Avec qtnds ménagements il les reprend ! Avec rpielle adresse il les circonvient en quelque sorie et les met dans ses intérêts, en faisant appel à des sentiments dont ils s'honorcMit I Comme il sait en même temps cllleurer délicatement l'amour-propre le plus légitime du roi (|ui l'écoute, et lui offrir un éloge d'autant |)lus délicat qu'il est moins direct I
Avec tant do tact ot de convenance, le P-
2i9 CAMPANELLA
liourdaloue ne pouvait manquer de réussir à la cour de Louis XIV, qui aimait en même temps la piété dans les actes et la discrétion dans les manières. Bourdaloue avait cela de particulier, qu"il mettait toute la délicatesse