‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 33 sur 233 · C.\SSI|;N. (Voij. pKni:s ou ni^:sF.RT · texte numérisé non relu

C.\SSI|;N. (Voij. pKni:s ou ni^:sF.RT

CÉSAiUL. ou ('ksariis, frère de saint <irégoire de Na/ianze, nn'dt'cin -célèbre et philosophe chrétien, eut la magnanimité de dofondro la religion conlic renq)erour Julien lui-môme, dans um; conférence |iid)li- (pie. Julien, fini, comme oi sait, se piquait de moderati(U), soit rpi'il et^t reconnu rombie'i les per'séculi'Mis avaient accru et favorisé les succès du christianisme , soil (pi'ayant re(;u lui-même une é(bicalion chié- JieiMie, il vM subi coiinno mal;^ré lui liutluciicc des doclrincs de miséricorde cl d-.'

CANTIQIE 252

douceur, Julien, vaincu par Cesarius, lui pardonna, ce qui était, pour un sophiste, le comble de la générosité, et s'(''cria en le congédiant : Heureux |)èro ! malheureux enfants ! témoignant par Ih combien il estimait Cesarius et son frère Grégoire, et combien il eût désiré les amener à lui, et les gagner à sa cause,

Cesarius a laissé plusieurs ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous; les Dialor/ues (\\i'\ lui sont attribués, dans la Bibliothèque des Pères, et qui ont été également afirilniés h saint Grégoire de Nazianze, étant d'un écrivain anonyme beaucoup plus récent.

CANTIQUE. — Le cantique, dans son origine, se confond avec l'ode, et leurs deux noms signifient la même chose. C'est l'expression d'un sentiment élevé de l'Ame, destinée à être chantée. L'ode, h son origine, était essentiellement religieuse, et il serait difficile encore de lui faire perdre ce caractère sans la priver de ce qui fait toute sa force, c'est-à-dire de l'enthousiasme. (Voy.

Poi'-SIE LYRIQUE, OuE, PSAUMES.)

Le nom de psaume se confond également avec celui d'ode et de cantique ; il n'y a entre les trois mots (pie la dilférfmce (les langues où ils prennent leurs racines, et tous trois signifient également chanter. Le non) de psaume est resté exclusivement consacré aux poésies lyrirpies et j)rophétiques de David ; le nom d'ode, consacré par la poésie grec(iue, convient mieux ordinairement aux sujets profanes, et le nom de cantique est habituellement affecté aux compositions religieuses accompagnées do chant.

Les cantiipies, chez les Hébreux, étaient consacrés à l'action de grAces. H nous eu reste deux de Moïse, (pii sont des chefsd'd'uvre, l'un improvisé après le passage do la mer Roug(s l'autre conq^osé après la promulgation (le la loi, et formant comme l'épilogue du Doutéronome. Le |)romior respire l'cithousiasme du triom[)he et l'exaltatiou de la foi ; jamais la |)oésie religieuse ne dél)loya plus de grandeur et ne s'élan(;,a avec plus de force : rins|»ir.ilioii l}ri(pie est à son comble. Quel spectacle ! en effet : la mer Uouge est couverte de débris comme après un naufrag(\ et C(> (]ui vient do périr là, c'est tout un peuple de persécuteurs jtr s dans les eaux comme dans un filet inunenso. Un seul instant a poi té les Israélil(>s do l'extrémité de la crai'itr.' à toute l'assur-anco do la victoire. L'ombre de la colonne de nuées plane encore comme un voile funèbre sur le toud)eau mouvant do l'Egypte entière. Mais le peu|)lo élu, sauvé do l'esclavage et du glaive, est environné d'niu^ lumièn> resplendissante C'est alors (pie res[»ril du Sei-

gn(Hir s'empare de la pr ophétesse Marie ; elle saisit le ti/mpanum, dont les sons précipites annoncent la joie ; elle s'apprête à accom[iagnor la voi\ do son fière. Moisc, debout sur un rocher rpii domine toute la mer, conmioiu'o alors d'une voix relenlissante, ot tout le peuple répète, à mesure rpiil les prononce, les paroles de son canti(pi(!: « Chantons au Seigneur! il a nKigniliipio-

CAMIQL'E

nient fait éclater sa gloire : il a renversé dans la mer le cheval et le cavalier.

« Ma force et ma louange, c'est le Seigneur, et il s'est fait mon salut. C'est lui qui est mon Dieu, et je le glorifierai ; c'est le I)ieu de mon père, et je l'exalterai ! »

Voilà le début et la dédicace de l'ode sacrée ; l'enthousiasme y est motivé par l'énoncé rapide du sujet. Tout plein encore de la grande action qui vient de s'accomplir, le prophète en parle avec une sorte de saisissement. Toute cette armée innombrable, toute cette bruvante cavalerie, viennent de disparaître à la f"ois comme un seul homme et un seul cheval abîmés ensemble. En présence des éléments soulevés , toute gloire humaine s'anéantit, et c'est la puissance de Dieu seul qui éclate avec magniOcence : G/oriose enim magnificatiis est.

L'âme du prophète, abaissée et comme anéantie devant tant de grandeur, se relève tout à coup pleine de confiance, et prend les ailes de la reconnaissance et de l'amour pour s'élancer vers celui qui la subjugue par ses merveilles : « Pourquoi craindrais-je de le glorifier ? N'est-il pas mon Dieu? Pourquoi ne l'exalterais-je pas? N'est-il pas le Dieu de mon (tère ? y Ainsi, dans le début, on trouve deux mouvements distincts : ladmiration et l'épouvante qui abattent ; la reconnaissance et l'entliousiasme qui relèvent. Tout le sujet et toute la forme du cantique sont annoncés et se font pressentir dans le début, et l'on peut remarquer ici les analogies des trois genres principaux de la poésie : le genre é|)ique, le genre ly rique et le genre dramatique. Peut-être faudrait-il |)lacer le g'-nre lyri(]ue le premier, comme générateur des deux autres. Quoi qu'il en soit, il faut, dans les trois genres, commencer par une fcxp«>sition du sujet (}ui contienne les éléments du poëme entier ; et les grands maîtres n'y manquent jamais.

A(>rés l'exposition et l'invocation, le récit commence dans l'épopée, et la louange dans I" cantique. Cette louange doit être tirée du fond même du snjf.'l, car l'ode ou le cantique sont ré[)0[)ée du sentiment, rpii ne doit f»as s'écarter de son objet. Le poète lyri(juo ne raconte pas les faits, il |r;.s voit et suppose que nous les voyons aussi, ou plutôt il fait passer en nous l'esprit qui h; dominr-, ' l les labb;aux rpii frafifient sa jiO'isée nous a (»na paissent reflétés par la poésie de ses f)a- ,

lOlcS.

Voici comment Moïse entre au cœur de «on sujet et nous f.iil revoir les grandes scènes du passage de la mer Koijge :

'< Le Seigneur est comme mu homme dfguerre, et U- Toul-Puissaut est son nom. Il a poussé dans la mer les char.-» d<: Pharaon et son armée, l'élite des chefs du roi d'Iigyple, a été submergée dans h mer Kouge.

• Les abîmes l»s ont couverts, ils sont dfs/^;endiis au fond comme une picire. »

Ici le sujet s'agr/mdil : c'esf, [lour ainsi dire, unr s'-roude e\[»ositiori i)lus détaillée que Ifl première, ou un prcinicr récit abrégé encore j»ar ladmiralion. On scnlquc l'esprit

CANTIQUE 2jI

s'empare de plus en plus du propiiète, d'abord essoufflé et comme anéanti par la grandeur des choses qu'il avait à dire.

Après le premier tableau qui commence le cantique, l'admiration du prophète et sa reconnaissance s'exhalent encore : « Ta droite. Seigneur, s'est montrée grande dans sa force ; ta droite a frappé l'ennemi dans la multitude de ta gloire ; tu as renversé tes adversaires, tu as envoyé ta colère qui les a dévorés comme une paille. »

Puis le récit recommence plus complet cette fois, et plus circonstancié, mais peint avec tant de vivacité qu'en quelques traits il met sous nos yeux cette scène immense et nous agite tour à tour d'espérance, de terreur, d'épouvante et de joie.

« Au souffle de ta fureur se sont rassemblées les eaux ; l'oufle fluide s'est dressée, les deux abîmes se sont resserrés au milieu de la mer.

« L'ennemi a dit : Je les poursuivrai et je les prendrai ; je partagerai les déj)Ouilles, mon âme en sera enivrée ; je tirerai mou glaive, et ma main les tuera

« Ton vent a soufflé, et la mer les a recouverts ; ils ont été submergés comme ui plomb dans les eaux imnétueuses. »

On peut remarquer la gradation de ces trois parties du tableau d'un si g'-and miracle : l'énoncé d'abord, puis le simple récit, puis la peinture détaillée; l'esquisse d'abord, jmis le dessin, nuis le tableau avec tout'js ses couleurs, et les sentiments suivant dans leur expression une gradation j)areille, et éclatant conunedes applaudissements adressés à Dieu après cha!{ue manifestation nouvelle du miracle célébré dans le cantique.

« Qui est semblable a toi |)arini les forts, Seigneur? Qui est comme toi magnili(pje en sainteté, terrible et digne de louanges, et faisant des choses admirables ?

« Tu as étendu ta main, et la teirc les a dévorés. »

La terre est prise pour le sol persoiuiilié en fjuehpie sorte, et la mer est aussi com- I)rise dans cetle dénomination générale;.

Ici finit, [»ar ce résumé grandiose et fait en deux mots, la première partie; du canlique, (pii conlicnt le récit du miracle. Dans la seconde |»artie, le projjhèle lire de (<! miracle des consé(pieiic(s poiu* l'ave-nir; il y trouve des motifs de foi et d'(!spéran((! pour le iicu[)le : le Iriomphc sur les Metabites, sur les Ldomitcs et sur les Philistins est assuré, puisque; Dieu combat avec les enfanls, d'Israël. .>Iois(; raconle d'avance leur (h'-faile;, puis il h;ur envoie l'épouvante; commej une malédiction, et prexiid aux sue;e;ès ele se)ii [teuple l'éte-rnilé de; Die'U lui-même".

« Le; Seigneur régnera élans réte;rnilé e't au delh ; » hype;ibe)l(' dans h- gi-nie-, eiiieîulal. Qu'y a-l-il au (le;|,'i (h; léternilé? l'élernilei toujexirs. Mais pour pe;inelre l'infini elc eiuréo se; sue;e;éelant sans ce;sso <i lui-mènie, il faut bien epie le pe)ëlo se serve de;s images empruntées au tenqts.

il résume cnlin le)ul sou canlieiuc en (;xplir|uiuil le sens du me)t nsvcnsor, e'iii|iloy6

CANTIQIE

CAXTIQIE

nu nroniior vorspt, par relui iVcqura, ((u'il applKIuo k Pharao'i, et il noninio ici ]i\ roi (l'Ivjiyple, pour fniro comprondre qu'il s'agissait de lui au conuucnt-fnienl de Podc, lors- (}ue Moïse disait : « Dieu a renversé dans la mer le cheval et le cavalier.

<• L'honiinc h cheval, Pharaon, est entré dans la mer avec ses chevaux et ses chars, et le Seif^neur a ramené sur cu\ les eaux (J(; la mer. Mais les (>nfants d'Israël, pendant ce temps-lh, l'ont traversée à sec en marchant au fond de l'abîme. »

Alors le chceur des jeunes filles et la prophétesse Marie reprennent au bruit des instruments :

« Chantons au Seigneur 1 il a magnifiriuemenl fait éclater sa gloire : il a renversé dans la mer le cheval et le cavalier 1 »

Tel est dans le texte, que nous traduisons littéralement , cet admirable cantique , un des chefs-d'œuvre de la littérature des livres saints. Il est dillicile de faire passer dans le génie de notre langue tout ce que renferme cet admirable chanl historique et religieux d'un jieuple et d'un temps si éloignés de nous. Il existe plusieurs traductions en vers du cantique de Moïse, et aucune ne nous a jtaru ré[)Oiidre à la grandeur de l'original ; aucune surtout ne reproduisait celte exaltation projih 'tique et cet enthousiasme d'une foi qui croira désormais tout possible. C'est ce sentiment entraînant qui fait la plus grande beauté du canti(iue ; aussi est-ce là seulement ce (jue nous avons essayé de re- ]iroduire, en nous bornant h imiter ce qui a été jusfju'à présent assez malheureusement traduit.

Cantique de Moisc après h passage de la vicr Rouge.

r.onsncrons an Soignonr los cliants do la victoire ; Il a siiporl)(MiKMit fait ('cialorsa gloire : H s'csl levé pour nous arnio coiiuiio un guerrier, Kl$ainain,coinm(Miii piogo, ouvrant la mer profonde,

Fait lrol)urliiT dans l'onde

Lhoninic avec le coursier!

r.es chars du roi d'Egyplo onl roulé dans le gonlTrc. Dieu vienl briser les iers de son peuple cpii soulïre, Il a des oppresseurs déjoué les complols : Les cliefs de Pharaon, tous ses hommes de guerre

Lanet's comme une pierre

Sont lomhcs dans les Ilots.

Pieu des (oris, gloire à toi! Ta iIroil<> est invincihle. Ta colère a passé dévorante et terrible : Ton soulHe était présent, la vagins s'arrtMa : L'altimc avait couipris l'arrêt de les vengeances;

(lomme des murs inunenses,

L'eau jusqu'au ciel monta.

Noire ennemi disait : Ma main n'a qu'à s'étendre; je les vois, je les suis, marchons, je vais les prendre ; A la pointe du glaive ils senuit tous conques! L'insolent parle encor... MiiMi srdiflle, la mer groiwle.

Kl comme un piniub dans r(Midc

Ils sont pn-cipiles.

Ah ! conduis-nous toujours, et que la terre Irendde !

S«'igneur, nous hra\erons tous les peuples ensemble.

I^s géants pâliront en nniis voyant marcher;

Kl lorsque nos rivaux reviendront «le leur crainte, Sur ta mor.lagne sainte O'i'ils viennent nous tlierclicr !

Pharaons, rois mortels, venez, roide/. eu foule : lliu! v;igue vous prend, puis avec vous s'écoidc; Mais du pruple choisi le c iel garde les jours. Votre cendre à nos pieds comme un limon s'enlassc,

Une éternité passe.

Et Dieu règne toujours!

Dans cet essai d'imitation , nous avons omis (pielques répétitions fort belk^s daits l'hébreu, et nous avons un peu changé la construction de l'ode pour satisfaire aux exigences du goût fran(;ais, (jui veut toujours qu'on garde pour la (in les images les plus saisissantes et les traits les plus forts. Nous n'avons d'ailleurs pas besoin de dire que nous ne le donnons pas comme un modèle, mais simplement comuie un exemple.

Le second cantique de Moïse est d'un mouvement bien dilférent tlu premier, et ces deux compositions peuvent servir h caractériser deux manières de traiter en poésie lyrique les sujets les plus élevés. Dans l'inio l'insiiiration aéborde comme un torrent (pii rompt ses digues, s'élance h bonds précipités et entraîne tout sur son passage ; dans l'autre, elle coule et se déploie avec la majesté et la tranquillité d'un grand lleuvc qui rétléchit à la fois dans s<jn cours la face accidentée du ciel et les passages variés de ses rives. Le cantitiue que nous venons d'analyser appartient au premier genre; nous avons à voir maintenait un modèle admirable du second, dans le second canticjue de Moïse qui se trouve vers les derniers chapitres du Deutéronomo. Ici le prophète a changé de rôle : toujours médiateur entre le ciel et la terre, ce n est plus au ciel qu'il va {)résenter les hymiies de la terre, c'est h la terre qu'il expliquera les volontés du ciel ; aussi s élève-t-il plus haut que les cieux visibles, et, connue s'il était debout au pied du trône de la vérité éternelle, il adresse ses enseignements à la création tout entière:

« Cieux, écoutez ce que je dis, que la terre entende les paroles de ma bouche.

« Que ma doctrine s'accroisse comme la pluie; que mon langage coule comme la rosée et comme les gouttes d'eau sur les gazons.

« Parce que j'invoquerai le nom du Seigneur ; donnez la magnilicencc h notre Dieu 1 »

Voilà le début, l'exposition et l'invocation. Le début vous élève au |X)int do vue du poète et vous rend raison de son enthousiasme. Il parle de la part de Dieu, el la création tout entière doit être attentive. Son apostrophe au ciel et h la terre est sublime, parce (pi'elle est sériiîuse de sa nart. ■|\)ul autre (pi'un prophète serait ridicule de priMidie un Ion si ("levé.

Que via doctrine croisse comme In pluie: ci>lte expression [loélicpie peut s'inter()rilcr de deux manières : premièrement, il ptut être (picslion de ces pluies qui ct)nimenc('iit doucement et vont en augmentant loujoiiis; secondement, ou peut alliiluier h la pluio ellc-iuème la croissance (qu'elle donne aux.

plantes, dans la sève desquelles elle passe réellement , de sorte qu'elle grandit avec leur tige et se multiplie avec leurs feuilles et leurs fleurs. Peut-être les deux sens étaient-ils dans la pensée du poète et ne servent-ils. par leur concours, qu'à rendre la comparaison plus riche et l'expression plus belle.

Après ce début, le poëte commence à raconter les bontés de Dieu et les iniquités de son peuple; il fait tonner sur Israël prévaricateur les menaces de Jéhovah ; dans ce cantique dogmatique, la prospérité est montrée comme un écueil pour la sagesse, et la douleur comme un remède à la folie du péché. Dieu punit pour guérir, et frappe parce qu'il est père ; telle est la profonde moralité qui ressort des belles images que Moïse em- ])lo!C dans ce cantique.

« Dieu s'est irrilé, parce que ses fils et ses filles l'ont provoqué, et il a dit : « Je leur cacherai mon visage, et je verrai comment ils finiront. »

Ainsi Dieu ne s'irrite qu'en raison même de son amour, et l'on se rappelle ici les belles et touchantes paroles que l'Eglise, dans son office de la semaine sainte, met dans la bouche du Sauveur se plaignant avec une amère tendresse de la trahison de Judas : Si un autre m'avait oflensé, je l'aurais supporté sans me plaindre ; mais toi dont l'âme était unie à mon âme : tu autem, homo unanimis, dux meus et notas meus! C'est ainsi que l'Iiternel est ollensé par son peuple, par si,'S enfants, filii et filiœ. El que fera-t-il pour les |)Utiir? Voyez-le : il se couvre le visage des deux mains, comme un père qui pleure; il se lait, et il les abandonne à eux-mêmes ! Les malheureux seront assez [lunis! Je cacherai mon tisarje et je len retjarderui mourir; car Dieu nous voit loiijour-, même quand il m; cache, fjuelle grandeur dans ce silence de Dieu, patient pane qu'il <:st éternel ! et comme d nous lait bien entendie quelle est la nature de sa colère ! Quand Dieu veut i)unir, il n'agit nas, il se relire. Sentir son action même lor.squ'il nous tourmente, c'est la vie ; mais ne plus le Toir, ni le connaître, ni b; sentir, c'est la mort pour ks individus connue pour les nations.

' Vous m'avez préféré ce qui n'était pas Dieu ; moi je vous faéféreiai ce qui n est jia<j un i»euple, et je vous rendrai jaloux d'une race insensée. »

Des traita sublimes apparaissent, <i lravr;rs ces menace», comme des éclairs dans les nuées du Sinai. « J ai [»arlé ; où sont-ils? n dit le Seigneur, dont la seule menace a dévoré ses ennemis ; et ailleurs il Ic-ve la main au ciel et jurr; iiar lui-même que réltruilé e»l à lui : Letaoo ad cielum manum meam, et dicam : Yito eyo in œternuml

A()rès ce canlique do;.fmatique et moral, nous placerons les chants patriotiques et sacrés de Débora et de Judith, les deux hérouies fliuquelhis il faut joindre; Jahel, cette l'-iniue dont I hospitalité lui si l' rribic. Ojinluetu^ou» donc [»ûr le cantique de Débora.

CANTIQUE 2-f6

« Vous qui, parmi les enfants d'Israël, avez volontairement exposé votre vie aux dangers, bénissez le Seigneur I Ecoutez, rois, princes, prêtez l'oreille: c'est moi, c'est moi, qui chanterai le Seigneur, qui olTiirai mes chants au Dieu d'Israël. »

Ainsi Débora s'adresse d'abord aux hommes de guerre d'Israël, puisqu'il s'agit d'une bataille gagnée par eux, puis aux rois et aux princes, parce que la chute de Sisara est pour eux un terrible exemple. Heureuse d'être, malgré l'infirmité de son sexe, admise à gouverner le peuple de Dieu et à chanter les louanges du Seigneur sur la harpe des prophètes, elle s'écrie deux fois avec admiration : Cest moi, c'est moi qui chanterai le Seigneur! Puis elle rappelle les anciennes merveilles de Dieu, et dit comment, après le miracle du Sinaï, après les triomphes de Samgar, dont elle rattache le nom à celui do Jahel, qui était probablement sa parente ou son alliée; comment, disons-nous, après ces jours, les hommes forts manquèrent en Israël.

C'est alors que se leva Débora, et le peuple de Dieu eut une mère ! Parole sublime de la part d'une femme qui gouverne! Régner, pour elle, c'est être mère ; elle comprend le pouvoir comnie Dieu exerce sa providence.

Mais Dieu réserve son peuple à de nouveaux combats : il a renversé lui-même les portes des ennemis. En avant! braves d'Israël ; prenez le bouclier et la lance I Chefs des légions du Seigneur, ne rougissez pas de combattre sous les yeux d'une fennne qui vous aime, puis^pie vous êtes ses enfants. Cor meum dHi(jit principes Israël, dit la guerrière Déboia, aiJiès s'être donné le nom de mère du peu[)le. Il y a une grande habileté dans cette (.arole. La faiblesse de la femme disparait dans l'auloiité de la mère, et cette autorité elhi ne l'exerce ([iie par une sainte ad'ection , elle ne dit pas : Je commande aux chefs de l'armée, ce'pii humilierait l'orgueil des soldais; elle dit •.J'aime les princes d'Israël, et cette alb-ction de leur mère est pour eux un encouragem( rit (;l une récompense.

Af)iès cet exorde insinuant, la prophét(!sso réj)ète comme un refrain les paroles de son flébut : « Vous (]ui vous êtes ollerts volontairement au danger, bénissez le Seigneur. »

Ici nous la laissons j»arler:

'< \'ous rpii montez les onagres h la robo brillante, qui siégez pour le jugenuMit, ou qui m.irchez dans la voie, parlez : dites oii ont été brisés l(!S ch.irs les ui.s contre les autres, el où uikî armé(! a été étoufi'éc, pour fpie nous y chantions les justices du Seigneur, et sa clériieine envers les loris d'Israël I C'est riiainlenant ipie le peii|ile du Seigneur jjcut s'ass(;oir aux p(»rtes où l'on rend la justice, car il est roi parnii h-s peuples I

<< Lev(!-toi, lèv(;-toi, Délxjia ; lève-toi, lèvetoi, et dis un cuitiiiiiel l.èvc-l.oi, Uaruc, cl j»ieiids tes caplils, lils d'Abinoi-ml

a Ij'.s restes du peuple s(jiil sauvés ; lo Seigneur a combattu avec les forts I »

Ouel enthousiasme guerrier! c[ucls chant»

t» CANTIQI'E

(le victoiroî Les cris éloquents do la po(^sie lrioin[>hniite se succèdent avec rapidité dans C(Mto ode, comme les «'-clals de la Irom pelle. La victoire est remportée, et Dt'bora, (jui est une mère, songe h ses (Mifants (jue la guerre a épargnés. Elle fait la revue de son armée triomphante, elle nomme les tribus (lui se sont distinguées h cette guerre, et llélrit ceux des enfants d'Israël qui se sont abstenus d'y prendre part.

« Les rois sont venus, dit-elle ensuite, et ils ont cond)allu ; ils ont combattu les rois de Clianaan àThanach, près des eaux de Mageddo, et toutefois ils n'ont pas emporté de butin !

« Le ciel a combittn contre eux ; les étoiles, rangées en bataille, sans sortir de leur place et sans interrompre leur course, ont lutté contre Sisara !

« Le torrent de Cisona traîné leurs cadavres dans ses eaux, et lesprit du torrent a dit : J'ai bro.vé la dépouille des forts.

« Les ongles descli(;vaux tombaient dans l'impétuosité de leur fuite, pendant que les plus puissants de l'armée ennemie roulaient dans les abîmes.

« Maudissez la terre de Méros, a dit l'ange du Seigneur; maudissez ses habitants, [)arcc qu'ils ne sont pas venus au secours du Seigneur, à raid(! de ses braves guerriers.

« Mais bénie soit entre les femmes Jahel, fennne de Haber le Cinéen, et bénie soit la lente qui lui sert d'abri I

« Elle a donné du lait h celui qui lui demandait de l'eau : elle lui a servi la crème dans la coupe des princes.

« De la main gauche elle a pris le clou, et de la droite un marteau de forgiTon, et, choisissant la place du coup sur la tète de Sisaia, elle a frap{)é et lui a troué vigoureusement la tem|)e.

'< Il a roulé entre ses pieds, il s'est aiï.ibli et il est mort, et il |)alpitail Ji ses pieds, où il gisait ex[iiranl cl misérable !

« Regardant par la fenêtre, sa mère cependant l'appelait par des cris douloureux, et du fond <le sa demeure elle disait: Ponr- (juoi son char larde-t-il donc ù revenir? Qui peut avoir ralenti la course de ses quadriges?

<f Une de ses épouses, plus sage que les autres, répondait alors à sa belle-mère: Peut-èlre qu'il partage les dépouilles, et (ju'on choisit pour lui la plus belle d'entre les captives. On donne h Sisara, pour sa part, des vêtements de diverses confeurs et des bijoux [)our orner le cou de ses fcnnnes.

« Ainsi périssent tous tes ennenus. Seigneur; mais que ceu\ qui t'aiment biillenl toujours comme le soleil h son matin! »

Nous avons cessé d'anal \ser, parce ([ue cette poésie, si magnili(piement ori(Mit;de, nous débordait et marchait |)lus vite (pie nous. C<;lle grandeur, (pii tient aux idées religieuses, .jointe h ces cris de triomphe,

r>put-èlro un peu barbares, qui sont la coueur locale de celte œuvre aniicpie; l'oftposilion entre la mort de Sisaia terrassé par une femme cl les idées de In femme môme de

Sisara, qui est déjh peut-être un peu jalouse do celte belle captive qu'elle croit destinée au vainijueur; les cris douloureux de sa mère inquiète pendant qu'on le tue, et s'inquiélant d(;jà de ne le pas voir revenir, tout cola appartient au génie de la femme auta'it qu'à celui de la prophéti>«se; mais le patriotisme ardent, la haine des étrangers et la fureur du combat la rendent insensible aux dt'licatesses de son sexe, dont elle ne veut voir que le double triomphe. Elle raconte avec complaisance l'action de Jahel et l'agonie de Sisara. Los dernières angoisses de cet homme, le sang qui coule de sa tôle traversée par un clou, ne la font point pâlir: on dirait qu'elle veut rivaliser d'énergie avec Jahel, afin de ()arlager la lin comme le commencement de la victoire.

Le cantique de Judith n'est pas d'une moins sombre énergie : il conunence aux cris d'une ville sauvée, mêlés au bruit (hvs tambours (!l des cymbales. Judith rend grAcesau Dieu qui termine les guerres comme on lue les serpents en leur écrasant la tête. Ce Dieu a établi son camp au milieu de so'i j)euple; que })Ouvail un misérable lieutenant du roi d'Assyrie? Les enfants d'Assur étaient tombés des montagnes comme les cataractes ; ils arrivaient poussés par ra(|uilon comme des nuées; leurs chevaux, en s'abreuvant, tarissaient les fontaines et dé[iouillaiont eti passant les collines de leur verdure; quand ils passaient en se serrant les uns contre les autres, les torrents étaient arrêtés par une digue humaine ; ils ap|)ortaiont la mort, l'incendic et l'esclavage. Mais voilh cpie Dieu lui-même prend le chef de cette formidable nuiltitude et le livre aux faibles mains d'une femme 1 On doutait si des géants oseraioiil l'attendre, et il est tombé sans combattre, vaincu par un regard de la lille de Moraril Parée comme aux beaux jours de son mariage, elle est allée tendre des pièges au chef superbe; elle l'a [)ris comme un oiseau dans les lilets de sa beauté, puis elle a coupé la tête h sa victime!

« .\donaï, tu es grand, malheur h qui s'élève contre lO!i peuple et contre toi: car personne ne pourra jamais se llatlcr de l'avoir vaincu.

« Tu as dit, et tout a été fait ; tu as envoyé ton esprit, et toutes choses ont été créées, et il ne-t personne rpii résiste à ta voix.

« Les ivionlagnes seroit arrachées de leurs fo'idemenis et emportées avec leurs lleuvtvs ; les rochers se liipiélieront comme la cire devant la f»ce ; mais ceux (lui tn craignent seront loujouis grands devant loi. »

Puis le canti(pie se liTinine par de nouvelles et plus terribles imprécations contre les ennemis du Seigneur et de son peuple.

S'il fallait comparer ensemble les cantiques que nous venons d'anaivser, nous dirions rpie ceux de Moïse nous paraissent les plus sublimes, celui de Déliora le plus brillant, et celui de Judith le plus patriotique el le plus lier.

Le Nouveau Testament a aussi ses cai.li-

ques, et ce sont les [)Ius admirables de toute l'Ecriture sainte. Mais deA'ant eux la littérature s'arrête, pour faire place h la piété qui s'incline. Il ne s'agit plus, en effet, de l'élégance des images, ni de la pompe des expressions : le temps des tigures est passé, et tout l'éclat du langage des hommes tombe et s'évanouit au seul murmure des lèvres du petit enfant de Bethléem. La grandeur des mystères surpasse tellement ici la puissance des termes, qu'un style simple comme la vérité et modeste comme la foi suffît aux interprètes du Verbe éternel. Nous n'analyserons donc ici ni le Benedictus, ni le Magnificat, de peur d'empiéter sur les droits des théologiens : car, pour expliquer toutes les beautés de ces cantiques, dont chaque mot exprime quelque particularité ineffable du plus profond de nos mystères, il faudrait entrer dans des explications relatives aux mystères euxmêmes, et ce serait sortir du cercle que notre sujet et notre position nous ont tracé.

La composition et le chant des cantiques étaient en usage dans la })rimiliye Eglise. Saint Paul, dans une de ses Epîtres, recommande aux fidèles de s'édifier mutuellement par des hymnes et- des cantiques. Il est h regretter qu'aucune composition de ce genre ne soit venue de ces temps de foi jusqu'à nous ; mais il est probable que l'usage des cantiques s'étant f erpétué d;uis l'Eglise, les l)reuiiers chants destinés à l'édification des catéchumènes et des fidèles ne se sont perdus qu'en subissant de sièfle en siècle des transformations successives. Ainsi le recueil de cantiques dont on se sert maintenant dans les catéchismes et les assemblées de confréries, ne remonte guère plus haut que le xvii' siècle, et aurait déjà besoin d'être profondément mo'lilié, !a plufiart des poésies dont il se compose ayant déjà vit-llli et ne supjjorlant plus l'examen de la saiii(3 critique et du bon goiU, du moins quant a la forme et h l'exftression, le fond étant lonjours assuré cf»ntre tonte erreur par l'examen de l'ordinaire et i'ap])iobation de NN, SS. les évêques.

il serait à désirer que les poètes vraiment chrétiens consacrassent leurs loisirs à la correction et au renouvellf-inent de rjos cantiques ; les plus grands tah-nts ne s<'raiet)l jtoint rapetisses j)ar ce travail, et les [dus fiabiles. lorsqu'ils s'exerceraient dans en

iuiph-, au-

labiles, lorsfju'ils s'exerceraieni ;enre si didicnle, à force d'être si

gerj

raient d»' la peine peul-êlrr; h se trouver satisfaits d'eux-mêmes. C'est que les cantiques, destinés à tous h;s Ages et à tous les états, doivent, jiour é( hap(>er à l'obscur ité, aux coritr«;-sr;ns et au ridicule, réunir loutcs les qualités f|ui Und les succès ()Opulaues et universels. Le plus l)el ornement des phrases, dans un cantique, doit êlre leur chirlé ; l'frtpression doit êlre noble sans êlie jamais recherchée ; In mêtaphorf; ne doit jamais exposer une (erisée novice à de«j erreurs ou h des contre-sens <i'inlelli(^en(;f;. l.c * poelc doit s'étiiflier à êlre [dus claii, i»lus (»réci.s que le catéchiste lui-même; car il n'a !'«*, comme ce dernier, le loisir d'expliipior

sa pensée d'abord mal comprise, et de la reproduire sous une autre forme. Quant aux mots qu'il doit employer, il n'en a pas le choix lorsqu'il s'agit de dogme, et doit s'exprimer suivant toute la rigueur de l'exactitude théologique, en évitant toutefois d'être sec, guindé, ou d'abuser des lieux com.muns. Resserré dans l'étroit espace de quelques strophes, il faut qu'il insiruise l'esprit, qu'il touche le cœur et qu'il plaise encore au bon goût. On conviendra que la tâche est excessivement diliîcile.

On a déjà senti tout ce qu'il y avait d'inconvenant à mettre les cantiques sur des airs de chansons profanes, dont les titres mêmes, indiqués en tète de chaque cantique, semblaient une épigraphe irrévérencieuse et quelquefois insultante.

Nous avons dans notre enfance entendu avec une sorte d'effroi les airs révolutionnaires de la Marseillaise et du Chant du Départ, retentir encore dans le saint lieu , comme un triste souvenir des fêtes de la Raison. On avait parodié les chants de Rouget de lisle et de Chenier, Tout le monde se souvient encore de ce refrain où l'on avait substitué le nom de chrétien à celui de Français, et le nom de la Religion à celui do la République, sans aucun égard pour lo mètre et pour la césure, en sorte que le vers était coupé par la mesure musicale au milieu d'un mot.

La religi — on vous appelle.

Des fautes aussi visibles contre les convenances et le bon goût sont ftkheuses, et nuisent au respect que l'on doit aux choses saintes.

Il serait à désirer qu'on supprimât avec soin, dans les cantiques, toutes les expressions trop communes ou incorrectes qui peuvent exciter le dégoût ou l'ennui. Pourquoi la forme des petits jioëmes (jue l'Eglise consacre à l'éducation des enfants ne seraifelle [)as aussi f)ure que leur doctrine! ? No saurait-on afijircîudre les mystêi-es à nosjeunes écoliers sans y joindn; des barbarismes? Qur;lle nécessité y a-t-il de leur faire chauler des vers avec des fautes de la nature do celle (pii déparc ceux-ci :

Quelle est crtlc aurore nouvcflo Doril I»; lever esl si poiiipeux ?

Quelle esl l.rillaiile, (lucllc csi Ijcljo [ Esl-il d'autres plus radieux ?

Sans compbn' ipiedanslc sc-cond veis if f,iut f:hoisir enin; \i\\ hialus ou une mauvaise consoruiance, et (|U(! l'adjectif pompeux esl |ires(ju(; un conlri'-sens apiiliqué à la gloire si modeste et si gracieuse de; Marie.

Dans les nouvcdhis éditions, il «ist vrai (pi'on a reiii|»lacé h; solécisme par un harbar isme , dans h; (pialrièmo vers, en disant :

Kst-il aHlre plus radieux?

1! nous s(Mid)le quf»n eût micnix fait do clunij^cr résolurnrînl les deux v(!rs, de cette irianiêre, l'nr exenqde, ou de toute autre :

2g:ï cantique

Qtiollo est cetle anroro luuivoUo Doiil l'i'clal a clianiu; nos yeux?

Qu'elle osl brillaiito, qu'elle est belle! Que son hioniphe esl nulioiix?

Dans lo troisième couplet du nnMiic canlique , il est parlé dos appas de la sainte Vi(M"p;e : appas est une expression (pii a viiMlli, mais qui a toujours eu une signiticalion profane. Ce mot vient du mot lalui n;;pclcre, convoilor, désirer ; or que peut-il y avoir de commun entre les cliastes ornements de la Reine des anges et les convoitises terrestres? Appas a été mis là sans doute pour la rime ; mais malheureusement il rime assez mal avec éclat, qui vie:it au vers croisé suivant. Pourquoi ne pas dire tout simplement :

Dn péclu' la vapeur funeste

N'a jamais fiel ri sa heant ';

jamais de ce llamhean céleste

La niorl n'a terni la clarté.

Si nous nous montrons un peu sévère pour ce cantique, c'est qu'il est d'ailleurs un des plus poétiques du recueil. H serait donc bien à désirer qu'il fiU sans tache.

Il faut éviter aussi avec le plus grand soin les vers qui ne disent rien, parce qu'ils disent trop, ou qui ne disent pas assez : ainsi, par exeuqilc, dans un cantique sur la sainte enlance de Marie :

Elle étonne cl ravil les anges l'roslernés devant son berceau, Et leurs lyres pour ses louanges N'ont plus de concert assez beau.

Quels concerts avaient donc les lyres des anges avant la naissance de Marie, s'il faut parler ce langage un peu barbare? Nous devons croire (pie les concerts dont les harpes dosanges avaient alors l'habitude célébraient la gloire de Dieu seul ; cotnment donc n'en trouvent-ils plus d'assez beaux pour M.n-ie, qui est la plus parfaite des créatures, mais qui, |)our cela même, est loin de s'égaler à Dieu? Cetle hyperbole présente doiic à l'esprit un sens faux, et le vers ne dit rien, ()0ur vouloir trop dire.

Dans le même cantique, une strophe se termine par ces vers :

[j'amour, la candeur, l'innocence Acc(Mn[».»;,'nent ses premiers |)as.

<) I lienreuse, o l'aimable onlancc !

l'ourriuns-nous ne l'imiter pas?

Il est certain que nous le pourrions, et que Dieu seul peut nous faire la grAce signalée de pouvair le contraire. Ce vers h forme inteirogalive man<iu(> donc si pleineujent sou eîl'ei, (pi'il a toute la non-valeur d'un contre-sens.

Il faut éviter aussi dans les cantiipies les e\[)ressions qtii peuvent ne pas convenir à tous les usages (pi'on [leut faire de la même composilion. Ainsi, dans un ciinlique pour la première counnunion, on trouve au re- Irnui ce vers :

Chantons sous celle vuùle antique, qui devient une absurdité, lorsque la prc-

CANTIQIE

mièrc communion se; fait dans une église neuve ou dans une chapelle particulière ayant un plafond au lieu d'une voûte.

Nous n'en Unirions pas, si nous voulions entreprendre de criticiuer, canti(]ue par canque, strophe par strophe, et vers par vers, le recueil de Sainte-Ceneviève ou celui de Saint-Sulpice, déjà tant de fois revus et corrigés. Ce n'est [)as ([u'on ne trouve dans c(>s recueils d'excellents cantiijues ; mais il faut avouer qu'ils sont en petit nombre ; nous en citerons un qui est à nos yeux le f)lus parfait modèle du genre ; c'est le cantique à la sainte Vierge, qui a pour refrain :

Vous qu'en ces lieux combla de ses bienfaits

Vne mère auguste et chérie.

Enfants de Dieu, que vos voix à jamais

Exaltent le nom de Marie.

Ce cantique est parfait sous le rapport des pensées, de la piété et de la poésie simple et tendre, qui convient si bien au sujet ; mais il pèche encore un peu contre la correction, sous le rapport des vers. Ainsi, dans le refrain, il n'aurait pas fallu faire rimer les hémistiches.

Vous qu'en ces lieux...

Enfants de Dieu...

Ainsi, au huitième couplet, on trouve un vers sans césure, (jui fait boiter la stro[)hc :

Heureux celui qui dès ses premiers ans

Se lit un l)onlicur de lui plaire !

Ileuieux ceux qu'elle adopta pour enfants!

La Heine des cicux esl leur mère.

On pourrait facilement corriger la lin de ce coui)let, en disant :

Heureux celui qui, parmi ses enfants, A la Uoine des cieux pour mère.

La sécheresse et la vulgarité sont des défauts qu'il faut d'autant plus éviter dans les canti(pies, que le style en doit être plus correct et la forme plus simple ; mais ce qu'il ne faut jamais admettre, c'est le vague des expressions à la mode , les couleurs vaporeuses de la mélancolie, et les rêveries de la sensibilité sans objet. Lo romantisme a mis à la mode les chansons n)ysli(]ues, genre parfaitement détestable, (pii ne devrait être admis mille ()att, mais (pii serait véritablement l'abominalion de la désolation dans lo lieu saint.

Les modèles qu'il faut étudier lorsqu'on veutcomposerdes canli(iues,sont les hviunes de rKglise,les traductions du bréviaire, par Jean Uacine , les pieuses as[)irations des saints qui ont donné la forme |)oétique à leurs prières, comme saint François d'Assise, saint J(\in de la Croix et sainte Thérèse. Il faut s'inspirer des choses les plus belles et les plus simples de la tradition <'atholùpie, puis écrire soi-même, comme si l'on priait avec le désir de faire entendre et répéter sa prière à des pauvres et à des enfants. Il y aurait aussi beaucoup à profiler dans l'étude des légend.iires naits du moyen Age ; on y trouverait jioul-êtrc le st ci cf de cel'.p

onction qui vient des expressions vraies et non cherchées en matière de sentiment.

Les anciens recueils de cantiques doivent aussi être recherchés et compulsés avec soin ; il en existe un très-complet, connu sous le nom de Cantiques de Marseille, qui contient un cours de doctrine chrétienne et une série des principales légendes accréditées au moyen âge. Ce recueil* dont le style et les histoires ont vieilli, est encore remarquable par la piété et la siaiplicilé d'un grand nombre de ses cantiques* dont plusieurs pourraient être facilement rajeunis sans rien perdre de leur originalité primitive.

Chateaubriand parle avec attendrissement d'un cantique de Notre-Dame de la Garde, qui faisait le plus grand effet, entonné par la voix rude des matelots à genoux, leurs chapeaux goudronnés à la main, entre le ciel et l'Océan. Ce cantique se trouve parmi ceux dont nous parlons, dans le recueil des Cantiques de Marseille, et il nous a paru toujours de la plus touchante beauté. Nous allons le transcrire ici, en y faisant seulement quelques légères corrections de style, mais avec le plus grand respect.

Cantique de Notre-Dame de In Garde, patronna des mariniers.

Vierge sainte, exaucez-nous, Noire espoir est loiil on vous :

Nolrc-Dainc de la Garde Très-digne .Mère de Dieu , Soyez noire sauvegarde Pour nous défendre en toul lieu.

Si vous dai}.'nez nous garder, Nous [Kjurrons loul liasardcr, Nous braverons la furie Du 'ÂirhAwc. el du Croissant, El loiile la barbarie, Sous voire bras loul-puissanl !

Ouvrez les yeux aux nochers , l'our voir de loin les rochers; Lorsque nous courons forliine, Au gre des vents et dr-t (lois, lirillc/ au ci(-l , belle lum;, l'our vos mariniers dévots.

Protégez à Ions momenls Tons nos paurres bâtiment',; Faites <|ue pas un n'cchone (Juand i(!S é-cucjls et les dois Konl chanceler sur la projjc Les plus hardis niaU'liils !

Quand un hniyanl lonrbillon K»l chasse par l'aquilon, Lorsque le tonnerre ^Miindr, Va qtie tout seiidde ik-i ir.

h.'itez-vouH, l'.eine (lu monile, f)e noiiH venir vrcourir !

Pour échapper aux danjfers, Kerid^/. nos \aiHs4auv bn»Ts; Mais qii.inri les vagues cbemiri^ Font bondir les b/itimenis \h'\ abluM-s iiis/pi'aux nues, (.alin«z les flots écumants !

So«ileiM!z d»! votre bran

Kt fvrs vergue-, et nos m.il" ;

DUMIOXX. KK Lu UHtll MK llinil.

CANTIQUE <m

Fortifiez le bordage, Les câbles el les haubans, Pour résister à l'orage, Malgré la fureur des vents !

Conservez-nous l'artimon , La boussole el le limon ; Soyez notre ancre niailrcsse , Aidez noire faible effort, El nous donnez quelque adresse Pour nous guider à bon port.

Ne nous permettez jamais De rompre entre nous la paix»

Chassez loin, douce Marie, De tribord el de babor.l Le irotible el la crierie , En nous tenant bien d'accord.

Chacun de nous est fà( hé D'avoir si souvent pécliéi Notre-Dame de la Ganle Faites-nous ressouvenir Que le bon Dieu nous rogar.îti Pour mieux vivre à l'avenir.

Suppliez votre cher Fils Qu'il bénisse nos profits , Ajoutez au bon voyage Un heureux et prompt letour Et recevez cet hommage De notre sincère amour!

Les amateurs de cantiques qui voudront comparer notre version avec le texte du cantique de Marseille verront que nous n'avons chanj^é en rien la i)hysionomie de ce petit chef-d'œuvre, et que toutes nos corrections se bornent à des cacophonies évitées par de simples transpositions de mots. Le cantique de Notre-Dame de la (iarde est donc ici dans toute son intéi^rité et nous semble réunir toutes les qualités qui nous paraissent désirables dans un cantique.

Dans la littérature |)Opulaire ♦ on sait que la [)lus grande beauté est dans la plus grande simplicité , et la popularité en littérature, c'est la véritable gloire. Homère et La Fontaine n'ont été si populaires qu<.' parce qu'ils sont simples. C'est ce que doit comprendre surtout un auteur de cantiques, et c'est co qu'avait compris lo bon nrètre cpii a coinno.sé ou du moins recueilli les canlioues do la collection de .Marsi.'ille : il a traduit ou jiarajdir.isé le plus naturellement possible le symbole el les principales prières iÏQ l'Kglise :

Je crois en Dieu, le Père loul-puissanl l^c Ocateiir du ciel et de la terre ; En Jésiis-tihi ist, rédempteur innocenl Notre-Seigiieiir, KiK nni(|iic du Perc.

Il fut d'abcu'd conçu du Saint-Esprit, Puis il est né rh- la Vierge Marie ; Pfiiir nous sauver sons l'ii;ile il soiifiiil l.oistpie sa chair sur la croix lut nieiii (ne.

Il expira, puis fut mis au cercueil, etc.

Il est difTicile de traduire plus littér.iienu'iit m vers. Vtjici maintenant qiie|(pi,$ ^Mssa;;es d'un cant'ipie ^i la su nie \ ieryo iinilé d'- la l'iose Ave marin slrlla :

'j(rr CANTIOVE

Asirc iloç inor^. par grâce i-chtirez-nniis, r;irnii K's Hoi> el losocmils ilii niuiije : TiMle «In ciel, nous aspirons à vous, .Mt>re lie Dieu, toujours vierge el fécontic !

l'ronez nos rœtirsel nous donnez la p.iix ; Kii recovaiil le doux salul de lanije ; llegnez sur nous, el que d'Eve ;> jamais Le nom falal en voire nom se clunge.

Nous vous prions, prosternes devant vous, De vouloir l)ien vous montrer noire niMe ; Dieu, voire Fils, daigna naître pour nous, Il recevra de vous noire prière.

Dans ces cilalions, comme dans le canliquo (le Notre-Dame de la (larde, nous avons sea- ItMuent retouché quelques passages et remplacé quelques vieux mots. Le sens do la prose est (idèlcment conservé, Texpression rst correcte et simple, ce qui sudit, à notre .ivis, au style des meilleurs cantiques; puis (tn n'y trouve pas ces rimes communes qui f;Uiguent dans beaucoup de nos canliipies \[ioûcrnes, larmes, charmes, appas, tn^pas.

J'ai mon âme

Touie de flamme, cic.

Portes ciernclles.

Portes immorielles, Km ce grand jour Ouvrer votre séjour,

le séjour des portes I etc., etc.

Le recueil des cantiques de Marseille contient un grand nombre d'histoires tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, et de légendes tirées de la vie des saints mises en cantimies, et se rapportant beaucoup plus à la ballade ou h la complainte qu'au cantique proprement dit; quelques-unes sont dialoguées, et |)euvent se réciter ou se chanter à plusieurs personnages, comme les mystères d,'S confrères de la Passio'i. Les pèlerins chantaient autrefois ces ballades en montrant des figurines de cire : ce sont les histoires touchantes d'Abraham el de son lils, de Josej)h et de ses frères , de Judith et d'HoIoplierne, do l'Enfant prodigue, du Mauvais riche, do saint Kustache, etc., etc. Le ijialogue de ces complaintes est ordinairement très-naïf et rappelle celui des anciens mystères, dont elles sont sans doute un dornif'r souvenir. Nous citerons seulement (jueliiui'S traits choisis au hasard. Dans la ballade (lu Mauvais riche, les serviteurs disent .'i leur maître :

Monseifçneur. souffre?., de grâce.

Qu'on \(>us f.tsM!

Le recil d'un pauvre gueux Qui gt-mit dans votre rue,

Tète nue, Acctblé de inaus affreux.

(> qui se perd sous l.i t:d>le

Ksi ( n|»alile De l'empèclicr de piM'ir ; M»;is vousi siipjduuis, cher inaiire,

De peruii-ltrc Que nouk l'allions secourir.

Le Mauvais riche.

N'en parle/ pas davantage, Car tua i igc

r.VNTFQlT. i'015

Fst prête de prendre feu ; Que ce vilain pauvre pleure.

Ou (pi'il meure.

Ci'la m'importe fort peu.

Pas tant de ndséricorde ;

Qu'on n'accorde Aucun liien à l'indigent!

Jr ne veux pas qu'on raisoiuie

Sur l'aumonc :

Je saig user de l'argent.

Si ce pauvre est à ma porte,

Qu'on l'enq^orle, l'.l rpi'on le jette Itieu loin :

Je défends, sur toute chose.

Qu'aucun n'ose Satisfaire i son hesoin.

Que si j'entends qu'il r<^sisle

Et persiste \ sans cesse lamenter, l'ar mes chiens faites-le mor !rc :

C'est mon ordre, Puiscpi'il vient nous infecter !

Voilà bien la dureté implarablo du mauvais riche; mais bientôt la scène change: c'est lui bientôt qui est réduit h la [dus affreuse misère au fond do l'abîme brillant où il sollicite en vain une goutto d'oaii pour rafraîchir sa langue, tandis (pio Lazare le nauvre se repose au sein d'Abraham.

Le canti(pio de saint Eustadio est d'un grand intérêt dramatique. Il commence par nne apparition du Sauveur h \in général romain nommé Placide , que Notre-Seigneur apostrophe en ces termes :

Que t'ai-je fait. Placide? n*ponds-moi.

Que t'ai-je fait, que tu me persécutes? Je suis Jésus, mon sur la croix pour loi; Je le poursuis, lùen que tu me reluîtes.

Placide demande pardon au Sauveur de l'avoir si longtomi)s méconnu, et lui demande ce qu'il faut faire. — Recevoir le baptême avec tous les tiens, lui répond Noti (^-Soigneur, et te disposer .'l soutTrir pour moi. Plaf^ide, déjh converti dans le fond d« son cœur, s'écrie :

Je suis chrélien el lotit prtU .'i sontTrir :

Oiie vous m'oliez fortune, enfants el fi-iuinc, Tous les lonrniciits (|ui se poiirriuU oiViir Pour votre amour seront doux a mou àiiie.

L'' Seigneur lui répond :

lii perdras tout, eulants, el femme, el Ition : On le dira le Job évangélique ; Si tu liens li(»n, comme fonl tous les miens , Tu montreras un courage liéioi(pie.

Telle est l'exposition du drame. La scèno change. Nous sommes au bord de la mer : Placide a été baptisé avec toute sa famille, et a reçu au baptême le nom d'Kustache; la sévérité des édits contre K^s chrétiens J'a dé- [•ouillé de tous ses biens et de sot) rang, et, forcé <le s'enfuir avec sa femme et ses doux fils encore enfants, il est réduit k solliciter la compassion d'un palron de vaisseau. Olui-ci lui prrmet de s'embarquer sur son na-

■iG'J CANTIQUE

vire, et nous apprend en même temps ses |)erverses intentions.

Einbarr|uons-nous, et traversons les mers ; Certain projet me séduit et m'enflamme : Au premier port, malgré tes pleurs amerS, Te débarquant, je veux ravir la femme.

Saint Eustache est en effet débarqué et abandonné avec ses deux enfants, non dans un port , mais sur une plage déserte, et le vaisseau part à pleines voiles, malgré les pleurs de Théopiste , épouse du saint , qui adresse à son époux les plus tendres adieux et lui promet de conserver sa pureté sans tache jusqu'à la mort. Saint Eustache, après avoir vu disparaître à l'horizon le vaisseau ravisseur, s'avance avec ses enfants à la découverte pour trouver un abri. Une rivière s'oppose a leur passage : saint Eustache la traverse à la nage avec un de ses enfants dans ses bras; il le dépose sur le rivage et retourne pour chercher l'autre. Lorsqu'il est au milieu du courant, des cris aifreux l'arrêtent : un lion emporte l'enfant qu'il vient de laisser sur la rive; il va retourner pour le secourir, lorsque des cris semblables partent du rivage opposé : un loup énorme vient de saisir son autre enfant, et le malheureux père voit ses deux fils disparaître sans pouvoir leur porter secours.

Des animaux emportent mes dfux fils, Kl je ne puis secourir l'un ni i'aulre; Je n'ai plus rien qu'un |»i;lil crurilix, F'our m'y coller comme le grand Apolrc.

S«jrli enfin de la rivière , il se présente, après avoir traversé des contrées désertes, au premier barbare qu'il rencontre. Celui-ci l'engage comme berger :

.Mon l<on ami, viens garJfcrmcs troupeaux, Je le promets le pnin bis du ménage, Le ci»;! pour toil, pour maison les coteaux, Le sol pour lit, l'eau pure pour breuvage.

L'ancien général des armées do l'cmperour accepte celte m sér-ible condilion, et remorcie Dieu de la détresse et de l'abandon où il se trouve :

Gr.'ices à l)if;ii, ],• g.-ird»; jrs moutons, Miii qu'on a vu conunandi-r une armée ; l'oar vélenutnts j'ai de p.nivres baillons, Tant il 0*1 >rai que tout n'est que fumée!

Ici se termine la première f)nrtie ou le premier acte du my«(lère de saint KuslaclK!.

La décoration change : nous sommes <*i la cour de l'empereur Trnjan ; de toutes parts on lui ;uifiorice rpjf- les ennemis menacent I emjiire; Trnjan se souvient alors avee r*- Krcls du bon général qu'il a penJu, et il dit a ses étfiissaife» :

Allrï dierclirr IMacide le guerrier ; Cli#:nli«/ le \,n:u et p;ir niertîl par'urre : Mon « li<f par lui wra nint d<- l.iiiricr, Car il vaincra ceux qui me font la guerre.

Lei envoyés parlent. Ln .«tcène change n représente le camp des Romains. Le guer-

rier Macide, maintenant Eustalldus, a été retrouvé et rétabli dans sa dignité première? deux jeunes soldats se racontent leurs aventures, et une femme voilée est cachée prè.s d'eux et les écoute. Ces deux jeunes soldats trouvent une étrange ressemblance dans leurs destinées : ni l'un ni l'autre n'a connu ses parents. Le premier a été trouvé vivant dans l'antre d'un lion; l'autre dans la retraite d'un loup. Ces circonslanccs qu'ils rapprochent réveillent en eux des souvenirs confus : ils se reconnaissent enfin pour frè'^ res, et se tendent les bras; alors la femme voilée se précipite au milieu d'eux en les appelant ses entants, car cette femme n'est autre que sainte Théopiste, épouse de saint Eustache, qui, après avoir échappé miraculeusement aux attentats du patron de navire, foudroyé au moment ou il allait se livrer aux dernières violences , parcourt le monde en cherchant son époux et ses enfants. Heureuse d'avoir enfin retrouvé ses fils , elle veut aller avec eux se jeter aux pieds de leur général, qu'elle ne cormaît pas. Le général les accueille , écoute leur histoire et reconnaît à son tour sa femme et ses enfants. Ce tableau termine le second acte.

Au troisième acte, Pl.icidj ou saint Eustache, vainqueur des ennemis de l'empire, revient en triomphe à Bome, où il refuse de sacrifier aux faux dieux; il se jette avec sa femme et ses enfants aux [)icds de l'empereur et lui raconte leur histoire surprenante. L'empereur voit le culte des dieux et la majesté de l'empire compromis si Eustache et sa famille n'abjurent pas le christianisme. Il commence F>ar les promesses les plus fiatteuses et finit par les plus terribles menaces : rien n'ébranle la constance des confesseurs; alors le prince, qui se croit dédaigné, v«iut se venger [)ar un supplice all'reux : il fait f.d)ri(iuer un monstrueux taureau d'airain, semblable h celui que Phalaris avait autrefois inventé, et y fait enfernier les quatre martyrs; puis un feu innuciise est allumé autour (Je l'instrument de suppliée : mais, au lieu do mugissements d(; douleur, t;'est line musi(pje céleste (pii sort des entrailles enllauHiiées du tacn-eau, et la bienheureuse famille, ealiiie comnm les trois enfants dans la fournaise, s'endort paisiblement au sein du Seigneur.

Tel est le mystère de saint Eustache, dont nous trouvons les d((rniers vestiges dans lo eantique de Marseille, sans disliueliou d'actes et de scènes, mais en couphîls alternatifs, avec le nom des inlerlociileurs. (Voi/. ,Mysti'Ki:s.)

(]ett(! sorte de longs cantiques sur la vin d'un saint ou sur un miracle particulier n'(!st mainlenatit plus guère d'usage, et les Anciens mrHJèles de ce ge:ire ne se retrouvent plus que dans les caniftagiu's , aux rebords de grandes images enlumiiié(;s grossièrement (pii ornent les muraillos des chaumières.

Les cantiques consacrés h célébrer la na. •

liTI CA.NriQlE

tJM.é du Sauvour forment une série particulière connue sous le nom de noëls. Cha(|ue nrovince a les siens, et il serait curieux d en lure une collection universelle. 11 y aurait aussi parmi les noels un choix et une classitication h faire : il faut en etfet distinguer les iiocls nouveaux des anciens, et les cantiques (les chansons de biTj^ers.

Le mélange de ces deux genres est essentiellement primitif dans la composition de ce qu'on appelle les bibles de noëls; car ces chants ont été destinés à rap|)eler les cantiques des anges et les chants joyeux des. pasteurs. Il faut donc distinguer deux sortes de noëls : les noëls angéliques , qui sont des cantiques, et les noëls |)astoraux, qui sont des cliaiisons. {Voy. Noki.s.)

Les cantiques de la Nativité offrent h. l'esprit et au cœur du poëte chrétien les sujets les plus gracieux, et peuvent être sans cesse renouvelés avec une fécondité inépuisable. Quoi (le plus magnilique, en effet, et de plus doux que ces mystères de la sainte famille? Quoi (Je [dus glorieux (pie ces chants du ciel <|ui annoncent la paix à la terre! Quoi de plus consolant que cette harmonie des anges (|ui veillent sur le monde endormi, et combien de pieuses larmes ne peut-on pas verser autour de cette crèche où un Dieu si giand se cache sous les formes débiles d'un doux et beau petit enfant 1

Nous citerons ici un noél inédit qui se rapporte davantage au genre des cantiques: c'est le canti(jue de l'étode qui annonce h tous les peuples du monde la naissance du Rédempteur.

Le cantique de l'étoile.

La belle étoile voya^caiU,

Avec sa roiiroiuic d argent,

yiie les (iiamaiils cnvirouuient,

l>ti monde a connuoncc le tour,

tt chante aux peuples (iiii s'éloiincnl:

U(iveillez-vous, RéveiU»iz-vous, voici le jour.

Quand de la nuit le soleil sort, Vous gui dans l'oinl)re de la mort Dorinci aux portes de l'aurore, Perses adorateurs dini feu Qui vous l.iisse glaeés encore, Kcveitle/.-vous (bis) pour le vrai IMou-

F^iifanls dé};én('rés d'Assur, Qui garde/, le marais impur Ou dort ta morte Ualiylone, Kits d hmael atiandonin', Dont un dromadaire est le Irilne, Keveillex->ous (bii), Jésus est no.

(Jrecs idolâtres, levez-vous, >e Lint;uis-.e/, pins à gi-noiix Pevaul le lomlteau d Ati'v.indre.

pour un plus lieureux eonipuT.inl Laisse/ votre monargue eu rendre itevcide/-v.»«s ibis). l)ien seul est grand!

Uomains, si puis-^aoïs autrefois, Vous (pli des faux dieux et de»; rois H<Tni-dli'7. la di|>oiiilli< iimnonde, C<'s.«rs dont la |M)urpre rn landuaiix tnsevriil rnror ti' monde, Ufvedteî-^oiis [bh), dans vos lomtitMJX.

CANTIQUE ilTi

Dlonds Germains , peuple sage et fort , Kt vous cruels enfants du Nord Qu'endurcit la Scandinavie, Kri^e/. vcss armes pour jamais:

Dieu vi(^nt à tous rendre la vie, Héveillez-vous {bis), voici la paix.

Toi que ravit le gouffre amer, AnKMicjue, sors de la mer, IJetle comme une (iancc-e; Peuples des archipels (loltanls , Jésus vous dit dans sa pensée :

Ueveillez-vous ibis), je vous attends.

Que les hes, fendant les eaux , Apportent, comme des vaisseaux , L(!urs adorateurs à la (rèche; Continents (joe Dieu va héiiir Sous celte loi qu'un enfant prêche , Itéveillez-vous (bis) pour vous unir.

Peuples des climats opposés , Princes rivaux, rois divisée , Uapprochez-vous, jetez vos armes; Du grand pardon voici le jour.

De l'enfanl-Dieu séchez les larn>es R(*vcillez-vous (bis), voici l'amour.

La !)elle étoile ainsi chantait, Kt dans les airs sa voix liiUail Comme mie cJochette argentine; Kl tonl le ciel illuminé Disait par sa splendeur divine :

Uéveillez-vons , Réveillez-vous, Jésus est nél

Un des privilèges des cantiqucsdestinés à la nuit de Noël, c'est de conqiorter un plus grand nombre de couplets que les cantiques ordinaires ; car les cantiques destinés h être chantés dans les réunions de paroisse, soit I)Our le catéchisme, soit pour des instructions particulières, doivent surtout être extrêmement courts, et c'est encore un défaut que nous signalerons dans les cantiques soit de Sainte-Geneviève, soit de Sainl-Sulj)ice, que leur excessive longueur. Il en résulte qu'on se borne ordinairement à faire chanter les deux ou trois premiers couplets, qui sont loin (|uel(piefois d'être les plus remar(juables, ou (pu ne présentent h l'esprit

au'im sens imparfait. IJn bon canti(iue ne evrait pas avoir plus de trois conplefs et dans ces trois couj)lets il faillirait resserrer la pensée des six, (les huit ou des dix (pii se trouvent souvent dans les anciens recueils. C'est une ditliculté de plus pour h» poi'le, et celle-lh est peut-être la plus grande de toutes. Mais aussi on |>ourrail dire du cantiipie parfait ce que Boileau disait du sonnet :

l n sonnet sans défaut vaut seul un long poème.

A l'œuvre donc ! poWes catholi(jues, nrofesseurs de littérature, ecclésiastiijues cnargés de la direction des catéchismes, cette tAche est digne de vous. Dans un recueil de 'antupies , l'amour-jiropre de l'auteur s'efface a>ec son nom, et il ne reste de lui que les choses vraiment utiles. Quelle plus belle destination peuvent d'ailleurs avoir des pot sies que d'être répétées dans les temples de Dieu par les voix les plus in-

«73 CEP.EMOMtS

nocentes, ci de suggérer dos pnnjles h In prière de ceux que Dieu se [)lail le plus à entendre et à exaucer!

CÉRÉMONIES DE L'ÉGLISE.— La beauté des cérémonies de l'Eglise, leur influence sur les es{)rits, et- par conséquent sur la littérature clirélienne, ne sauraient être contnstf'es par personne. On sait que l'empereur A'alons, un des plus farouches sectaires de l'arianisme, trembla de tous ses membres en entrant dans l'église au milieu de la mosse de saint Basile; tant la majesté du culte et la grandeur du spectacle qui s'offrait à ses yeux avaient terrassé son orgueil 1

Les cérémonies religieuses constituent le culte extérieur, et sont la forme extérieure de la piété. C'est une réunion de signes choisis pour exprimer l'adoration de Dieu et la croyance à ses mystères. C'est donc une représentation de la religion elle-même, et cette représentation, réglée par l'autorité infaillible d'après les lois les plus claires et les plus orthodoxes du symbolisme religieux, est arrivée à une perfection d'ensemble et de détail qui peut la faire comparer aux plus belles compositions littéraires et aux poëmes les [)lus accom[)lis.

L'usage des cérémonies religiejjses est aussi ancien que la religion elle-même, c'est-à-fJire qu'il remonte au berceau des temps. Nous lisons dans la (lenèsc que Caïn et Abel firent des offrandes au Seigneur,, sans doute suivant les instructions que leur avaient données Adam et Eve, les premiers des humains, et ces pr<jmiers sacrilices ne se firent [)as sans l'observation d'un certain rite. Enos, fils rie Sfth, est marrpié ensuite comme ayant le [»remier invoqué le noui du Seigneur, c'est-h-dire qu'il institua la prière publique, commencement de l'association dans le culte.

Noé et Abraham offrirent ensuite h Dieu des sacrifices solerun-h, et le culte traditionnel des fialriarf;hessc per|)étuajus(pi'h .Moïse, qui l«; régénéra f;t en régla les pratirpies fiar une loi constitutive af)iès le fiassage de la mer Houge f;t la réception du Décalogue parmi les tormerres du mont Siriai.

()n a dit rpic .Moïse avait emprunté beaucouf» aux P^i^ypliens, sans rélK-chir aux cni- [»runls que les Egyptiens eux-mêmes f>nt pu et ont <\ù faire à la tradition [lalri.ircah!. On ne croira sans doulr; (tas qur- le [lalri.irclie Jr»s«rph, nendant sa longue faveur qui l'élcva jusqu','i la toule-()uissance, n'ait euMcé aucune infltiencf; sur la religion et sur le culte. On voit dftns son histoire rpi'il constitua le peuple eu cfjmtriuiiaiifé dépfrndanle de l'haraon, et n'excmpla (pM* lr:.s prêtres rje |<i serrilurle. Jose[»li, h; ii<|e|f; serviteur du Dieu de Jacob, eût-il vr>Mlu favfiriser ainsi bs nrêfresdes faux dieux? H »st donc irès-probable que du temps de Joseph la vraie religion étiit f;orinue e-i F,gy[.te, et rpTelie ne dégénéra en idolAlrie, «pu; sons les Pluiraoïs jiof lêrnleijf s du (ieii|'U; (\i- |)i»'i), l'iis-

CKREMOMES

que la ciîste sacerdotale abusa de ses privilèges et employa, pour augmenter sa puissance, les prestiges des Jaunes et des Membres.

Moïse et totis les grands serviteurs de Dieu ont attaché toujours la plus grande importance aux cérémonies du culte. Ces cérémonies, en effet, sont la prière publique mise en actions, et doivent représenter aux yeux des multitudes toute la magnificence des mystères. L'esprit frondeur de nos puritains irréligieux s'est beaucoup exercé contre la richesse des ornements et des autels, et ils ont répété, après Jtidaslscariote : A quoi bon cette perte? On eût pu vendre ces ornements et ces parfums bien cher, et en donner l'argent aux pauvres. La réforme s'est signalée, en appauvrissant le sanctuaire, comme elle avait appauvri le dogme et la littérature chrétienne. Et qu'est-ce que les pauvres y ont gagné? Est-ce que la nompe des cérémonies n'est pas la gloire au pauvre comme celle du riche? Est-ce que le denier de la veuve n'y concourt pas comme la plus somptueuse offrande ? Est-ce que le jiauvre est humilié d'être servi à la table de Dieu dans des vases d'or et de vermeil? Si l'héritier de Dieu (pii se fient à la porte de l'église est couvert des baillons de l'indigence, ses médiateurs auprès de son Père, ses ambassadeurs, ses mandataires sont couverts de velours et de drap d'or ; c'est seulement dans les pompes de la religion (jue les déshérités de la terre peuvent retrouver les splendeurs de la maison paternelle ; les églises sont les j)alais de ceux qui ont h peine une demeure, et les prêtres étincelants de chapes, de chasiiblés, et de dalmaticpies précieuses, sont les ministres de cet((! cour où les malheureux sont admis. Vous parlez de dépouiller les églises pour nourrir les pauvres; mais la réforme et la révolution l'ont fait, et les paiivres ont-ils été nourris? Non 1 Les dépouilles du sanctuaire ne profileront jeûnais h personne, mais le peuple y perdra son unique richess*;, et sera exilé de ces magnilicences (jui étaient [)Our lui. Les rois de la terre ont dépensé souvent de grandes sommes pour enivrer la muililude dans les fêles publiques, et la |)liilanlliropic n'a pas luuruuné ; mais rju'on eiu|)loie à éhiver sou esprit par de nobles et pieux sp(!Clacl(;s, b^s auuiones des fidèles et les éj)aigues d(! lu itéiiiten(;e, c'est ce (ju'on ne panlonruj pas. N est-il pas conveiui il'avancf! ipie, tout argent, tout soin, tout talent, toute beauté, consacrés au culte de Dieu, soûl des soins, d(!s talents, des beautés cl de l'argent perdus?

Les cérémonies religieuses sont h la littérature des offices divins ce; (pie les couleurs sont aux tableaux, ce (pu* li; chant <!sl 'i In poésie, tv. rpie la déclamation esl ^i l'éloqijente, ce (pi(! la mis(! en s( èiie est h une composilion dramatitpie. Nous lu; devons <lr)n(; pas négliger d^Mi étudier le synd)0lisme el d'en jjien compr(;ndre l'harmonie et la maj"slé.

Les cérémonies ont loiqours éti- l'exprès-

rs

ttUEMOMES

CEREMONIES

sion du sciitiiueiU rcli'^icMix chez les pcu- |*lcs,el ont ôlé o!u;i|)|)ort avec leurs croyances. Les idt^os primitives de l'immortalitô de l'âme et de la résurrection des corps avaient donné h rEgy|)te lo culte des tomheaui.et les minutieuses cérémonies de l'embaumement des morts, en sorte que lo culte égyptien était presque tout entier dans les funérailles, ce qui expli(|uo comment les seuls souvenirs que l'Egypte nous ait laissés sont des momies et des tombeaux. La Grèce honorait ses divinités sensuelles par des fôtes et des orgies; le judaïsme, au contraire, parlait à l'âme par les mystères du Saint des saints, les trom[)etles et les chants des lévites, les abstinences de viandes impures, et les ablutions, les offrandes <le prémices et le sacrifice perpétuel. Dieu était présent dans le sanctuaire , et venait s'asseoir invisible sur la table d'or du pro- I)itialoire; le grand prêtre seul osait entrer dans cette enceinte redoutable où l'on cachait aux regards du vulgaire les tables de la loi écrites de la main de Dieu. Il n'y avait (ju'un grand prêtre et qu'un temple, pour j appeler sans cesse au peuple le dogme spécial dont Israël était le dépositaire : l'unité de Dieu ; et c'est pourquoi tant de magnilicence et de grandeur enrichissait et rehaussait ce temple unique et cette dignité suprême, afin que la vérité parlât ainsi aux yeux et à l'imagination de tous.

Le sacrifice a été de tout temps l'essence du culte divin, et une sorte d'instinct sacré le révèle partout aux hommes. Là, en eiïet, se trouve tout le secret de la religion et de la vie, la conquête do l'immortalité et de l'éternelle joie par l'acceptation momentanée et volontaire de la destruction et de la douleur. Dans tous les symbolismes religieux, !('S animaux sont des emblèmes do l'homme et de ses [tassions diverses. C'est h ce point de vue emblématique que Moise sépara les animaux en esnèces pures et impures; lesanimaux imnioniles non-seulement ne devaient jias ôlre présentés h Dieu, mais no pouvaient serviràlanourriluredes Israélites. Etencela, la vraie religion se distingue do tous les cultes idolAtriquos; ceux-ci croyaient honorer leurs divinités par les [tassions les plus grossières, et ne trouvaient même pas lo pourceau indigne do leurs sacrifices; mais l'holocauste (lu temple n'acce[)lait que les bœufs sans tache, les béliers choisis et les colombes innocentes : première révélation do ce grand mystère, que l'expiation ap|)arliont h l'innocence , et que le sacrilice n'est prolitable <|u'à la justice.

Comme la religion ne s'était [vrdue chez les Egy|)tiensquo par l'abus du symbolisme, et la matérialisation des images allégoriques, Moïse préféra les signes aux images, et prohiba dans l'exercice du culte les exhibitions de la figure humaine. Les images mêmes d'animaux étaient dangereuses [lour l(!S Juifs, qui. voyant dans le bétail la source do tout bur bien-être et do leurs richesses, étaient toujours tentés de se représenter leur Dieu

comme le rejeton du b<Euf A|)is, cette incar nation permanente de l'Osiris des Egy[)tiens.

Quand Israël voulait avoir une image do son Dieu, il ne trouvait autre chose à fairo que de se couler un veau d'or.

Il nous est dilhcile de déterminer maintenant ce que la Bible entend par les Chérubs, dont les figures étaient mêlées à des représentations de [lalmes, de fruits et de fleurs, sur les ta[)isseries du tabernacle et du templf». Etaienl-ce des têtes d'anges à six ailes? Étaient-ce des figures ailées à tête de taureau ? Le mot Chérub signifie également les doux choses, et l'on trouverait peut-être, dans cette analogie de nom , un nouveau sens allégori(]ue et mystique do l'immolation [)erpétuelle des taureaux et des bœufs sur l'autel de ce Dieu suprême en présence du(]uel brûlent éternellement les ardents esprits des chérubins.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayant réalisé en lui-même et aboli pour toujoiirs tous les sacrifices sanglants, éleva l'oirrande eucharisiique ou l'oblation du pain et du vin, qui se faisaient pour l'action de grâces dans l'ancien temple, h la dignité de sacrifice, et rendit ce sacrifice non-seulement perpétuel , mais universel, en faisant répandre partout, avec la prédication de son saint évangile, la foi en la présence réelle do son corps, de son sang, de son âme et de sa divinité sous les espèces du [tain et du vin.

Ici commence un nouveau culte, tout spirituel, où la mort no sera [tlus rappelée aux adorateurs de Dieu qu'avec des idées de ré^ surrection, d'immortalité et de gloire. La hiérarchie commence «h ces paroles de Jésus-Christ : Celui d'entre vous qui voudra être le premier de tous sera le serviteur de tous. — Tu es Pierre, et sttr cette pierre je l/dtirai mon lùjlise. — Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Puis mes brebis. Pierre, m'aitncs-tu? Pais mes nqneaux. — Le serviteur n'est pas plus grand que le maitre. — Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour sev" vir. — Si quelqu'un ne vous écoute pas, difrs- Ic à l'Eglise: et s'il n'e'cnute pas l' î.glise, qu'il soit comme un paien et un publicain.

Avec la hiérarchie commencèrent la litur-

f;ieet les offices. Notre-Seigneur Jésus-Christ ui-même n'avait ftas institué la divine eucharistie et célébré la dernière cène avec ses a[iêtres , sans un certain cérémonial ; nous voyons qu'il fit |)ré[)arer dabctrd uno grande salle ta|)isséo de tentures (Cœnaculum grande, stralum); des lumières furent dls[toséosdans ce cénacle: il commença par purifier ses disci[)les [lar une ablution ou lavement des [tieds semblablo à ce que [tratiquaient les [irêfres dans le tem|)le avant de vaquer h la [irièro (tu aux sacrifices. Pour procéder h celte ablution, il quitte une partie de ses vêlements, attache sa robo autour de SOS reins avec un linge, et [turifie alternativement ses disci[tles, aux<|uels il recommande do prati(juer à l'avenir, les uns envers les autres, Ihumililé et la charité dont il nent de leur donner rcxciuple;

CEREMONIES

CEREMONIES

puis, lorsqu'ils sont à table et qu'ils ont soupe, nous le voyons prendre alternativement le pain et le vin ; il las bénit, il les consacre ; il rompt le pain et fait circuler le vin à tous ses apôtres. Cette cérémonie est précédée et suivie d'exhortations et de prières ; enfui la sainte assemblée chante une hymne et se lève pour se rendre avec le Sauveur au jardin des Oliviers.

Indépendamment du sacrifice eucharistique que les apôtres ne manquèrent pas d'offiir tous les jours après la mort de Noire- Seigneur, selon l'exemple et le précepte que leur en avait laissés le Maître, ils consacraient certaines heures du jour à la prière publique et leurs soirées aux pieuses exhortations ou aux lectures édifiantes. Les premiers chrétiens s'assemblaient au temple dans le portique de Salomon, et nous voyons (pie saint Pierre et saint Jean se rendaient à la prière vers l'heure de None. Cette pi ière consistait sans doute, comme celle des autres Israélites, dans la récitation des psaumes, et telles sont les origines de nos olfices et de la liturgie apostolique perpétuée presque sans changements jusqu'à nos jours.

Au chaj)itre vi des Actes des apôtres, on voit l'Eglise instituer des diacres pour distribuer la communion : Non est œquum nos derelinquere verbum Dei et ministrure mentis Septem viros constituamus super hoc

opxis; nos vero oralioni et ministerio vcrbi instantes erimus.

Au chapitre xx, il est question du saint sacrifice célébré avant !e défjai t de saint Paul dans un local où ilyavait beaucoupdelampes allumées, et d'un discours du saint apôtre qui se prolongea jusque bien avant dans la nuit.

« Quand nous recevons avec actions de gnlces, » dit le même saint Paul dans la première Epltre aux Corinthiens, " quand nous recevons avec actions de grAces le calice qijc Jé*»us-(^lirist a béni et (jue nous bénissons a|»rès lui, n'est-ce f»as \r sang «le Jésus-Christ que nous rewivoris? El quand nous rompons le pain, ne mangeons-nous pas le corps du Seigneur? Car, mangeant d'un même pain et buvant d'un même (Milice, nous témoignons que nous ne faisons tous qu'un seul et mémo corps. »

« Nous avons un autel, dit-il encore dans SOB Effître aux Hébrfiix; cfiriciin récite les p.saumi;s, écoute la btfluic et en n;çf>it l'exjilication. » Telles sont b-s indications qu(! nous fr>urnit le Nouveau Testament sur b-s térémoni»"S primitives de la messe et des saints oflices.

Si l'on «consulte Ie5 antiquités ecclésiastiques, voici h rpioi se rérjuiseiit , quant au saint sacrili*;*' de la messf;, les scul«'s notions pOMilives f^ii'il soit possible d'v trouver. On commenf;ait les j)riéresp.'ir lech.uit des psaumes ; micbpjcfois on yajrjutnit iiru; hymn»! lire»' o«; \i\ sainte Ecriture ou rf)riiposéf; p;ir quelque lidele;cnr l'inspiration était fré- «pjerile dans ce temps-là, et chacun ap|)ortait .t la liliirgi« naissante le tribut de sa (ticié. On faisait ensuito en comnnjn la lecture des

livres saints; l'évèque adressait des exhortations au peuple, expliquait le catéchisme et indiquait le vrai sens du dogme. Puis on recueillait les otîrandes volontaires de chacun pour les malades, pour les vieillards, pour les veuves et les orphelins qui étaient à la charge de l'église. « L'évèque, dit l'abbé Fleury, ne manquait jamais de présider aux prières publiques, d'expliquer les saintes Ecritures, d'offrir le sacrifice tous les dimanches. Lui et ses prêtres étaient continuellenienl occupés à instruire les catéchumènes, à consoler les malades, exhorter les pénitents, réconcilier les ennemis. » Mais il n'j avait pas d'ennemis dans les assemblées chrétiennes, chacun se ressouvenant de Ki parole de Jésus-Christ : Si tu viens pour offrir ton présent, et que tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre loi, laisse ton présent devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis tu viendras achever ton offrande.

Unis tous dans le même esprit nar une concorde vraiment fraternelle, les cnrétiens priaient ensemble à des places qui leur étaient assignées, les femmes d'un côté, soigneusernent voilées et recueillies, les hommes do l'autre, la tête découverte, et attentifs seulement à la prière. L'olfiandc se faisait pour l'église et même j)our les inlidèles ; avant de s'approcher de la communion, les fidèles se donnaient mutuellement la paix par uu saint baiser fraternel en signe de charité et de réconciliation.

Après le baiser de paix commençait réi Ilement le saint sacrifice; la consécration était précédée de la préface et du canon, et suivie de la communion du prêtre, du clergé et des tidèles ; on congédiait ensuite l'assemblée par ces paroles : Jtr, missa est, h moins que les prières ne dussent encore se prolonger après la messe, et alors on substituait à Vite, missa est, h; liencdicamus Domino. Avant la consécration , les diacres avaient soin de faire retirer les inlidèles et les catéchumènes. Le sa(TifK e était ordinairement suivi d'un repas fraternel aftpelé uyape ou charité.

Les chrétiens se réunissaient encore soit dans l'église, soit en famille, pour chanter les psaumes aux diiréreiites heures du jour ; de là sont venues les heures canoniales, «lislribuées encore suivant le partage du temps usité chez les anciens. A cett(;épO(|Me, la liturgie et le saint sacrilico (;om|)Osaient h peu |)rè.s tout le culte. ()bligé(! de fuir et do se cacher dans les cryptes et les catacombes, la religion ne |)Ou va il déployer d'au' ressphindeiirs que celles d(î ses vertus, et les (;liefs de la liiéijircliie sacerdoiab; n'avaiiiiit «l'autre f»f>ii rpierj lie celle «(Il 'ilsleignai «'lit eux-mêmes de leur sang sur les chevalets etdans les nmphitlié;Ur«'s; les croix étaient de liois, dit un ancir^n, mais les prêtres étaient d'or; l'égliso élait pauvre, et ses faibIc'S ressources suOisaient à p(;ine [loiir r<:iitrelien de ses veuves et de ses oriilielins, U* S(»ulagem(;nt de ses uiuladc'S et la subsisluiice de bva vieilluids.

ci:ki:momi;s

CEREMONIES

On sait la niasnnnimo réponse de saint Lauronl. (liaiTo, j» un pri^fct qui le sommait de lui livrer toutes les richesses de l'i'glise : le saint diacre ra.^seiuble ses inlirnies et ses pauvres, et conduit le niaj^istrat au mili(>u d'eux, en lui disant : « Voilh le trésor de l'église; c'est ici qu'elle ni(ît toutes les aumônes de ses fidèles; c'est ici qu'elle cache son or et son argent ; voici ses vases les plus riches et ses ornements les i>lus précieux. »

Plus tard, lorsque la doctrine du Dieu pauvre eut enfin conquis l'empire des Césars, un saint amour de la pauvreté se répandit dans louti'S les classes de la société : l'or que les riches donnaient aux pauvres retournait 5 l'Kgllse, qui était la nourrice et la niére des [>auvres ; on pensa que les pierreries , les étoires précieuses et toutes les magnificences royales apparten.iionlde droit i\ celui qui , étant Dieu , s'est fait pauvre pour instruire les peuples et les rois. A quoi pouvait servir l'or chez des peuples voués h. la pauvreté, sinon à parer les autels? Les biens de la terre étaient alors donnés par surcroît h ceux qui avaient conquis le ciel, et les dépouilles de la Rome ])ersécutrice s'amoncelaient sur les tombeaux <les martyrs. Un nouvel essor fut donné aux arts par ce luxe des majestés nouvelles ; il fallut des orfèvres pour ciseler des cliAsses précieuses , des jicinires et des statuaires î)Our orner les l)asili(iucs; les églises devinrent des merveilles (|u'on venait voir de loin, et tout le monde, même les [)lus pauvres, avaient leur part au tiiom[)h(> du patron ou de la (talromie, de la Mère de Dieu ou du bon Sauveur. On était lier de son église, comme on peut ^O^tre maintenant de sa patrie; et dans ces siècles où le vieux monde se déchirait entant de lambeaux, l'Kglise ii'étail-elle |)as la seule patrie durable des chrétiens? Les autres ciiangeaient de noms et de tyrans au gré des (lo:s cl des tempêtes delà guerre et de ^i^va^ion; (Mdle-h'ï, du moins, ayant jeté ses racines dans les cu'urs, ne tenait |)as au sol plus que les institutions et les honnnes; elle surnageait toujours et s'élevait en même lem[)s (pie les eaux du déluge, arche nouvcdle, non plus seulement d'une famill(> juste, mais drs élus do toute Ihumanité, dont un lien céleste et surhumain ne faisait plus (pi'une famille.

A mesure donc (pio les empires chancol-iU'Hl et (pie h's fortunes du mon le ('-laient plus incerlai'ies, la gloire temporelle de TKglise s'augmentait : car les richesses venaient, h l'funbre des autels, chercher un asile comme les .•^mes. On vouait souvent h Dieu des biens (pi'on n'espi-rait i»lus conserver, et l'Kgliso, à son tour, tMuployait ses richesses h la conv(;rsio:i de ces mêmes barbares qui mena(;aient et faisaient trembler l'ancien monde.

Do nouveaux et sauvages enfants nccnurnienten foule se soumettre h une reinespirituellnijiii devenait leurmère ; il l'allail bien les captiver par les yeux, m mt>me temps (pjo de merveilleuses cl douccb i'isliuclions en-

chantaient leurs oreilles. 11 fallait re[)résen' ter h. l'imagination de ces barbares toutes les richesses de la grAce divine, toutes les splendeurs de l'adoption nouvelle, toutes les pompes enfin de la royauté de Jésus- Christ : alors la liturgie prit des formes plus solennelles ; les évô<pies et les prêtres se décorèrent d'ornements plus riches ; la beauté des offices divins fra[)|)a les yeu\ d'une s[)lendeur inaccoutumée ; les églises rivali>^ôrent entre elles de magnificences et de pieuses séductions ; la poésie du culte, enfin, se déploya dans tout son luxe ; ou unit les chants les [tlus capables d'émouvoir les cœurs à des cérémonies qui en imposaient aux regards. Saintes séductions maternelles, spectacles touchants et sublimes offerts à des enfants pour obtenir le salut de leur îlme ; richesses iné[)uisables do la divine charité 1

Jus(^ue-lh les prêtres ne se distinguaient des simples fidèles que par la modestie et la simplicité des vêlements : les premiers habits sacerdotaux n'étaient que des costumes romains, et l'on reconnaît encore la toge dans la forme des anciennes chasubles. Quand l'invasion des barbares changea les modes de l'empire et substitua la tuniquo courte à la robe longue, le clergé ne changea pas comme le siècle, et conserva l'ancienne forme dans ses vêtements. A l'épo- 3ue où l'Eglise crut devoir frapper les yeux u peu[)le par la pompe de ses cérémonies, elle enrichit de broderies, d'or et de pierres précieuses les vêtements qu'on devait mettre pour aller à l'autel. L'iniroduclion des élotfes de drap d'or, de drap d'argeit et de brocard dans les vêlements ecclésiasiitpies, dut nécessairement en modifier la forme. C'est ainsi qu'on échancra iics deux côtés la chasuble, pour laisser aux bras le libre usage de leurs mouvements, lorsipie les étoffes dont elles étaient faites furent tro|) loiiides et trop roides pour se relover facilement sur les bras à grands plis connue les anciennes tc^es romaines ; c'est pour la même raison qu'on supprima ram[)leur de l'étole, pour n'en laisser subsister que la bordure, sur laqu(>lle on brodait ordinairement le signe de la croix ; leschapi^s, qui étaient pii' mitivemenl des manteaux d'hiver garnis de capuchons pour préserver la tête du froid et des intempéries de l'air pendant les processions, devinrent un ornement qui eut l»esoin lui-mêm»> d'être nrc'servi' de la pluie. Uien n'c'gala bienltM la richesse des cliastibles, (hvs chapes et des dalniali(|ues, et les ministres de Dieu les plus pauvres et les plus Innnbles témoignèrent toujours le |)lus grand zèh^ pour la beaut»' des ornements et les magnificences d'un culte (pii consacrait ainsi à la gloire de Dieu toutes les richesses de la terre.

L'Kglise eut encore un autre motif pour eira("er par l'éclat de son culte toutes les pompes de la terre ; la doctrine de Jésus- Christ avait fait cesser, en \va proscrivant, les jeui cruels mais sjdeiidides de l'ampht'

ÎS1

CEREMONIES

CEREMONIES

Ihéâtre et les rites dissolus des fêles de Flore. Partout avaient cessé les sacrifices et les solennités en l'honneur des dieux ; la multitude, pleine encore des souvenirs de la Rome païenne, sentait un vide qu'il fallait combler. Le peuple a besoin de représentations et de fêtes : il faut parler aux sens des enfants pour être entendu de leur cœur, et l'Eglise a toutes les condescendances d'une mère. C'est surtout à l'époque si poétique du moven âge que l'année ecclésiastique déroula avec plus de profusion que jamais le cycle resplendissant et étoile de ses fêtes et de ses offices. On sait qu'en ce temps la sève de poésie religieuse fut si forte qu'elle déborda en quelques rameaux inutiles au feuillage surabondant et parasite. L'imagination populaire, réagissant sur le clergé, mêla aux fêtes de la liturgie des représentations par trop théâtrales ; les mystères de l'Ancien et du Nouveau Testament furent figurés dans les églises par des personnages vivants ; on entendit parler l'ânesse de Balaam, et l'on vit l'étoile des trois rois resplendir et marcher sous les voûtes sombres des églises ; enfin aux pieuses représentations on mêla d'ignobles parodies dont le récit soulève de nos jours le murmure et l'incrédulité. Nous avons peine à com[)rendre maintenant que des évoques et leurs chapitres aient toléré dans les métropoles caiholiques la célébration de la fête des Fous et de celle des Anes. L'histoire cependant atteste, la piété se contente de gémir ; la littérature seule peut, croyons-nous, hasarder (pielques exfilications à ce sujet.

Mais avant de rien expliquer, ram)elons en peu de mots ces solennités scanu.ileuses et bizarres. La fête des P'ous se célébrait dans les derniers jours de se[»tembre, h l'occasion de la commémoration des sninl< Innocents ; ce jour-lii l'olhce divin ressend>lait à une parodie, et des boulfonneries indignes de la sainteté dr-s autels déshonoraient le sanctuaire ; trius les truands de la ville où se célébrait la fête choisissaient un évèque ou un p;qte des fous; c'était ordinairement quelque idiot, queUpii; im[»r)ltiit f)U quelque ivjogne ; on le faisait monter «ur une estrade élevée dans la nef de la ca- Ihédrale, et a(»rés l'avoir «•ntièremeiil dé- [)Ouillé de ses vêleirjents, on lui jetait dr; tous côtés ries sceaux d'eau pour le hiver, et »i l'on réilérhil que celte indigne faice se jouait en hivr-r, ou aura rpielipie pilié du fiii.«»éral)lo qui servait ainsi de plasiton <Ha foule; on h; revêtait ensirile d'habits IKinliiicaux destinés à ce seul us.igr;, el qui etcil/iionl le rire pard»-s forrrres exa^érée^ et étranges ; ainsi velu, l'évèquc des fous él;rit mené processif>nnellemenl dans la vrile, prns on le ramenait a l'eghs*-, oi'i il ofliciail gravement, enlorrnanl les anlieri'ies à rcborirs elexcilanl fiar s<'s bévues d'frllroynblfs charivaris. Ln buffet ét-'iil dressé darrs lecho-ur, OÙ l'on brjvait et mangeart pendant les ohice» ; on bn^larl dans les (!ncensoirs du euir «le »if:illeH chaussures au lieu d'etieens. Après l'olUco les jeunes dures se répan-

daient dans la ville, et couraient quelquefois de maisons en maisons dans un état presque complet de nudité, puis ne rentraient guère, le soir, que dans un état complet d'ivresse.

Ces saturnales augmentaient leur licence d'année en année sans qu'il fût possible aux hommes graves de ce temps-là de s'opposer au torrent de l'usage. Au commencement du XIII' siècle, Pierre de Corbueil, archevêque de Sens, homme d'une naissance illustre et qui passait pour un des plus savants théologiens de son temps, voulut du moins introduire un peu d'ordre dans la célébration de la fête des Fous, et en composa un office. Après le Deus, inadjutorium, on y chante un Alléluia coupé en manière de tmèse : Aile resonent ecclesùe, dulci mclo symphonies Fitium Mariœ genitricis piœ, ut nos septiformis gratiœ repleal donis etgloriœ, unde Deo dicamus luia.

Quatre chantres placés derrière l'autel chantaient ensuite en faux-bourdon •

Hœc est clara dies, clararum dura dierum; Hœc est festa dies festarum (esta dientm.

Le reste était à l'avenant. Pierre de Corbueil avait su|)primé seulement tout ce qui sentait l'indécence et le blasphème ; quant aux absurdités grammaticales, aux non-sens et aux caco|)honies de langage, il avait dû les resj)ecter, comme étant de l'essence même de la fête.

La fête de VAne n'était ni moins grotesque ni moins indigne de la majesté des saints ofiict.'S. On la célébrait en l'honneur des voyages de Notre-Seigneur, soit pendant la fuite; en Egvftte, voit lors de son entrée triomphale dans J(''i usalem, où il se rendit, connue on sait, monté surune Ancssealter riativement et sur le poulain de l'ânesse. Un âne richement c;i|»ararO!iné était iirti-oduit ci; jour"-Ià dans l'église; on le couvrait d'une chape connue les chantres, et on h; conduisait au lutrin, en l'invitant h braire par des hymnes el dr.'S proses <pie l'on ihanlail en son honneur.

On conserve encore dans la bibliothèque do Sens un manuscrit en vélin relié en ivoii'*;, lichemenl orrré de liguriinss en relief, (pri < ontieril l'ollice des Foirs et <(;lui <l(! l'Aire ; la prose (h; l'Ane est errtreiirèlée de latin el de frairrais.

Oririilh piirlihii^ Adiriiliiril (Uiiiiiit l'iilrlicr et fiirlissiiiins, Snrcinin uptitsifiins.

Kli ! iiicssirc :'in(!, Iii' !

hcllr l)(»iirln' , rcrlii^'iic/. ; Vuii<> aiii'iv. lin loin ;i>»i-/. , Kr (Ir r.ivoiiie ii pl.iiilr/. !

Aiirnm tlf Arahin , 'l lin» i-t mijrrlKim ilc SiiLit Tiilil in nilrma Virlii» (iniiiuria.

VA) ' incssirc Àw , Ui\\ U*;lle buuclic, rctliij{ii«;x ;

2f.5 U:UKMOMES

V(xis mirez du fuin assez Et do l'avoine à plantez!

Outre In f(-Mo des Fous et colle dos Anes, il V avait dans diverses localités des cérémonies î\ peu près du même genre, à pro()OS de différentes dévotions spéciales et de quelques fêtes particulières. C'est ainsi (lue tous les ans h Louvain on faisait entrer dans la ville nvec grand bruit et grandes acclamations une machine de bois représentant Notre-Seigneur monté sur une finesse : la foule se disputait l'honneur de le traîner, et l'excès du zèle à cette occasion dégénérait souvent en rixes et en batailles.

A Sens on célébrait la fête des apôtres par une représentation (pii dégénérait également presque toujours en débauches et en scandale. l)()uze ouvriers représentant les douze apôtres, choisissaient une jeune fille qui devait représenter la sainte Vierge, puis tous ensemble revelus des costumes allégoriques de leur emploi, ils se promenaient en grande cérémonie dans la ville et visitaient les principales églises ; la procession se terminait par un festin où l'on trouva que les représentants des apôtres n'honoraient pas toujours assez par leur sobriété et leur modeslie les saints dont ils avaient pris les costumes et les noms.

Les conciles et les souverains pontifes ne parvinrent qu'avec la [)lus grande peine à supprimercesorgies ;les ordonnances mômes elles plaintesdes évoques restèrent longtemps sans résultat, et l'on voit que ces cérémonies burlesques étaient encore en usage à ïroyes au commencement du xvr siècle. Voici comment Jean l'Kguise , évoque de Troyes, s'en plaignait à son métropolitain Tristan de Saiazar :

« Très-révérend Père en Dieu, et mon trèshonoré seigneur,

« Après toute humble recommandacion, vous plaise savoir que celle présente année, aucuns gens d'Kglise de ceste ville, soubs timbre de leur feste aux fols, ont fait plusieurs grandes moijueries, dérisions et folies contre l'onneur et révérence d(; Dieu, et au grand conlemjjt et vitupère des gens d'Kglise et de tout Testai ec.clésiasti([ue, et ont plus excessivement fait la dite feste qu(^ au lems passé n'avoient accoustumé, et sy n'ont pas été contents de la fair»; ungjour ou deux» mais l'on t la icte (pin tre jours en tiers, et ont tant fait d'esclandre (pie raconter ne les saroie, et |)Our ce que, selond la |>ragm.ili(pic sanction ot les anciens droits, les dits fols ne doibvent faire aucuns evesipies ne arcevesques des fols qui portent en l'église mitre, croix, crosse et autres ornemonts ponliticaux, j.i iiièca je recpiish ceux dr vos églises de saincl l*ère et jainct Ksiienne do ceste ville, (pie en observant la dille pragmat que sanclion voulsissent cesser de t'ain; en leur église, h la dilie feste des fols, evt'S(pies et arcevesques, ainsy que ancieiineme-it avoient accoutumé de faire. A quoy |»ar especiale n'ont voulu obtempérer cuulx de la dillo ccjjlisf de

CtUKMOMlS

!Si

s^oncl EstieniKî, et ancor ceste présente année ont eleu et fait ung arccvesque des fols vicaire d'icelle ecglise, lequel la veille et le jour d'icelle circoncision de nostre Seigneur, fist le service en laditte église, vêtu i« pontifîcrtlihuit en baillant la bénédiction soleiiinelle au jjcuple, et avec le dict arcevesque en allant parmy la ville, faisoit |)orter la croix devant ly et bailloil la bénédiction en alant en grant dérision et vitupère de la dignité archiépiscopal. Et quand on leur a dict (jue c'estait mal faict, ont respondu que ainsy le faict-on à Sens et que vous mesmo aviez commandé et ordonné la ditte feste , combien que soie informé du contraire. Et

3ui pis esl, le dimanche avant Noél, aucuns es dits fols tirent un jeu de [icrsonnage, que ils npp(!lent le jeu du sacre de leur arccvesque, et à la (in du dict jeu, de quelque vile et orde matière fut faict le dict satire en soy moquant, et au très grant vitupère du sainct mystère de consécration et pource qu'à ces choses je ne puis de inoi-mesmiî pourvoir,, pource qu'ils sont exei»{>ts de ma jurisdiction, et que les dittes églises sont à vous subjectes, je vous su[)plie (|ue pour la révérence de nostre Créateur et l'onneur des gens d'église, il vous plaise de pourvoir aux dicis excès et abuts, atin (juc touts maux et esclandres qui pourroient venir doresnavanl à l'occasion de la ditte feste, cessent de tout noinct. très révérend Père en Dieu et très honoré seigneur , se aucune chose vous nlaist à me commander, je l'accomplirai de Lon cd'ur, priant nostre Seigneur qui vous doint bonne vie et longue. Escript h Troyes, le x\in' jour de janvier.

« Le tousl vostrc liumbîa serviteur et subject,

« L'évesque de Troyes. »

A Vienne l'archevêcpie était tributaire de révê(iue des fous, et devait lui donner chaque année trois tlorins, une mesure de vin et deux l'ois autant de bois que pouvait en porter un Ane ; chaiiue ( hanoine devait donner également une charge de bois. Le jour de la Saint-Laurent, on promenait dans la ville un homme étendu sur nu gril, et son> lequel on agitait et faisait étinceler cpiel- (pies charbons ardents. Le premier jour de mai, (juatre hommes, entièrement nus et barboiiilh's de noir, sorlaieiit du palais archiépiscopal et parcouraient les ruesjiisqu'è midi. Ils rentra eut alors dins le palais, où se trouvaient réunis les meuniers et les bouchers de la ville, bien vêtus. bi(>n montés et bien armés; rar( lievèipic^ leur nommait un roi dont les ipialre noirs venaient baiser les > pieds : puis le roi montait ,^ cliev.il, suivi do toute la cavalcade, les quatre barbouillés en avant, et ils sen>ndaient à l'Hôlel-Dicu (pion a[»pelail l'hôpital Saint-Paul : o'i demandait saint l'anl. et un homme se itréseiitait velu en ermite, portant (>n bandoulière un jambon, un pain, un |)etit baril de vin et ihk^ terrine rimiplie de cendie, (pi'il jetait par poignées h la ligure des passants. Dt; l'Hôtcl- Dicu ou allait à l'abbaye do^ dames Saïul-

ÏJio

CEREMONIES

CEREMONIES

André, où l'abbesse nommait une reine qu'on faisait monter h cheval à côté du roi; puis le cortège faisait le tour de la ville à la grande joie et aux nombreuses acclamations de la menue populace.

Toutes ces fêtes, môme les plus indécentes et les plus grossières, avaient leur raison d'être dans des habitudes anciennes et dans le caractère encore demi-barbare dus peuples que la religion civilisait avec une prudente lenteur. On sait qu'à Rome, au renouvellement de l'année, on célébrait les fêtes de l'âge d'or sous le nom de Saturnales : c'était un hommage rendu par les maîtres aux droits primitifs des esclaves. Alors tout le monde était libre, chacun se livrait à la joie, comme si tous les rangs eussent été égaux; les serviteurs pouvaient s'asseoir à la place des maîtres et se faire servir à leur tour : souvenir de la fraternité des hommes conservé malgré l'orgueil des castes, et qui dut sembler consacré par le christianisme lui-même, lorsque l'Evangile vint abolir l'esclavage et apprendre au monde que les premiers devaient être les derniers et que les derniers seraient les premiers dans le nouveau royaume. La fête de Noël était donc surtout pour les peuides barbares que Ron)e avait destinés à l'esclavage, la fêle de l'éinancipation universelle. Celte émancipation, ils la comprenaif-nt à la manière des enfants, et en exprimaient leur joie à la mode (les peuf)les grossiers p ir des extravagances dont l'intention était loin d'être impie.

D'ailleurs la fête dt-s Fous était la traduction et la mise en scène de cette parole de 1 Ecriture : Dieu a choisi la folie pour confondre l'orgueil (Je la snijexxe; il se servira de ce f/ui egl fuihle pour confondre ce nui esl fort, et de ce qui e»t méprisé pour ahntlre ce que l'on ettnne. C'était aussi un souvenir de ce banquet du [)ére de famille dont il est parlé dans une [)aral>ole de l'Evangile, banquet dont seront exclus par leur faute ceux qui avaient été invités, mais auquel sont admis |)êle-môle les passants, les pauvres, les iniirrnes et les estroftiés ramassés sur tous les chemins. Cette pantofnirne de la fr)lie, cette alFeclation nllégr)rifju*; de la sottise élait un dé(i porté à la [ilnlosopliit; \ntv |;i naïveté dune foi plus ardente quér:lair<'e. Cet homme abject, choisi |»our évè(|ue d»; ces nouvelles saturnales et pr>rté en triofii[)lie, représentait toutes h-s misères <le l'humanité que la cliar ilé honore et rpu; l'Eva-i^ile a rendues resprctaliles en leur olfranl le «alut él'-rnej. Sans df^ute qu'il élait fort inutile et fort condamnabh; de représenter, en les imilanl, toutes les fr)lies du péché que lE^lise app<;lle h la giiéri-.on et re»;oil h la |iénit»:nce; mais les peuples barbares sont comédien» outre mesure, et, semblables en c«'a aux enfaiils, ils sont toujours |»rêls, si on no les surveille, h d«';pas.ser <ians leurs jeux loute rè;^le et toute raison.

Iji fêle (U; l'Ane venait p(Mjt-êlro d'un f>ririei(»e (ilus d-uigeuMit , et l'on ne peut «'♦•mjiAclierd'y reconnaître h; génie satirique qui i»rési Je aujt fabliaux des trf/uvères cl

même aux ornements artistiques de nos anciennes cathédrales. Souvent, dans la sculpture gothique, on remarque des ânes habillés en clercs, prêchant, se prélassant, faisant mine de chanter au lutrin. C'est un sarcasme multiplié contre l'ignorance, sarcasme qui sans doute ne tombait [)as sur les membres du clergé, qui l'ont toléré les premiers, et qui ne saurait atteindre le plus grand nombre de leurs successeurs.

C'est à la cour du bon roi René de Provence que le goût des brillantes allégories et des processions symboliques se manifesta avec le plus de luxe et de poésie. On se souvient du roi René comme d'un patriarche de l'âge d'or. Excellent prince, chrétien fervent et ingénieux troubadour, il cultivait et protégeait les beaux-arts, tout en rendant paternellement la justice à ses peuples, et il contribuait à leur bonheur par ses fêles et ses spectacles , puisque les représentations, la poésie et toutes les choses émouvantes et magnitiqucs seront toujours du goût des populations ardentes du Midi.

11 institua h Aix, au x\' siècle, une grande procession allégorique à l'occasion de lafôlo du Saint-Sacrement, et tout le Midi fut en émoi des choses merveilleuses qu'y fit paraître le roi des troubadours. Cette procession était un véritable poëme en action, et se déroulait comme l'épopi-e de la religion tout entière. Les dieux de l'ancienne mythologie y paraissaient d'abord comme des démons déguisés et parés de toutes sortes de séductions, tendant des pièges à la verlu des saints et des saintes de l'.VncieM Tes'ament. Jupiter, armé d'un toniierre de clin- (piaiit et [)aré d'un diadème en carton doré, élait à tr)iit niomenl désarmé et découronné I)ar la baguette de .Moïse. Samson s'y laissait prendre aux [)iéges d(! Dalila et de Vénus, puis Unissait toujours par rompre ses chaînes. La ville entière [)renait part h ces représentations somptueuses ; l'ordre et la marche en étaient réglés d'avance ; on élisait à la majorité des sulfrages, un président de la fête, qu'on nommait hî prince d'amour, [)uis un duc et une duchesse d'IIrbin , ainsi nf)njniés du irK)t latin urhs, (pii sigiiilie ville, j»arc(; (pi'ils étaient charges de représenter Ja ville d'Aix ; puis, lorsque le rang de <;liaciin élait assigné, et la police des jeux proclamée , la [)rocession commen(;ail. La Renommée, avec sa trompette, ouvrait la marche ; [Miis venaient les dieux df la fable faisant caracoler leurs chevaux et faisant mine d'attendre oi de harceler, pour les atta(pjer, les personnages de l Ancien Teslament, qui marr;hait nt en bon ordre, repoussant les divinités [(rofanes ; mais les faux (li(!ux et les démons élairMit mieux accueillis par la cohorte des Juifs, qui venaient derrière Moise, adorant le venu d'(;r , rpi'ils jxirtaienl au bout «l'ufi bâton, h peu [irès comme h;;; enseignes romaines du temps d(; la Louvo. l]\\ jeu auquel se livraient lesTiux dieux v.l les idolâtif's divfntissail b-aucoiip la foule; on l'appelait Ion jué doon col, le jeu du chai : j| coniislait à jeter en l'air un chat vivaud

ÎS7

CKKKMOMKS

(KIIKMONHIS

(ju'il fallait recevoir dans ses mains pour le n-nvovcrh d'antres, en évitant «l'tHre é^^rali- ^né ; celni qui n'élail pas assez ksle h la riposte, ou aux vètenienls du(|nel le inallienreux animal se cram|)onnail, gardait le chat cl devait l'emporter pour son souper, disaient les enfants.

Ensuite venaient lesactoui^ chargés d'exécuter le petit et le grand jeu des diahlcs. Le petit jeu figurait les eomhats de l'Ame contre les dénions ; l'àme était représentée par une jeune tille velue de blanc ; le grand jeu figurait l'ûme d'Hérode livrée aux furies ; les dieux à cheval qui ouvraient la procession, après avoir été vaincus et chassés par les patriarches et les pro[)hètes, leur cédaient enfin le pas, et revenaient se ranger à la suite de la grande et de la pelito diablerie ; \h ils prenaient définitivement leur rang et ralliaient autour d'eux leurs cortèges de faunes, de satyres, de ris, de jeux, de nymphes et de tritois, troupe brillante, bruyante, riante, lestonnée à plaisir, et mignardemenl crejielée en tout artifice de chevelure, dit un auteur du temps. Après le jeu des diables et le cortège des dieux, paraissait le char de la Mort, tout composé d'ossements, sur lequel un squelette hideux se tenait debout, faisant craquer ses os, et brandissant une faux terrible. Autour d'elle se jouaient des enfants couronnés de fleurs qui faisaient mille espiègleries et se moquaient des cou|)S inutiles du fantôme : idée brillante de poésie, qui fait rêver à l'immortalité en op()Osant les joies et les espérances do l'enfance aux terreurs et aux tristesses de la mort.

Après cetledanse macabre venait le clergé, la croix et la bannière en lèle ; puis le saint sacrement suivi des autorités de la ville et de la plus grande partie du peuple. Nous nous ferions dillicilcment une idée de la magnificence el de la grandeur de ce s[)ectacle, tout bizarre (jii'il ail |)u paraître dans (juclqucs-uns de ses détails. 11 tenait lieu à la inuilitude de lecture et de iiK'ditation et suggérait à la mémoire de tous un abrégé et un ensemble de toutes h's instructions religieuses. On a dit ((ue la cathédrale golhi{iue, avec ses scnlplures allégoricjues, ses figures innombrables, sos ang(>s et ses démons, était réj)0(»ée vi-rilable tlu moyen Age. Eh bien ! la procession du roi Ueiié c'était la calhédrale animée, vivante et menant le cortège de ses palriarches, (h; ses siints, de ses anges, de ses démons, de ses réprouvés, de ses taras([ues et de ses guivres au- levant du Sauveur du monde. \a' saint sacrement résumait et expliiiuait tout ce mystère, donnait un sens |)rofon<lènirnt sérieux h ces j(nix emblématiques de la vie et do la mort. Dieu alors doiiiinail et remplissait tellemciil le («réscnt ft l'avenir des piMqtles, (jue h' sacré eiupn'-tail sur le profane, el (jue rèciproqiieiuenl le prof"an»> était dèptnidanl et Iribulairo du sacré. Cet ensemble «le cris, de rires, do chants , de prières, de larmes ; ces boulloniUTies à cùlé de celle piété sincère ; celle bii^arrurc de costumes, ce mélange de

tous les Ages, ce pandémonium, cet o'yinpe, ce paradis et cet enfer, c'était la réunion (h; toutes les idées, h> sommaire de Imite la science, le compendinin de la foi. If résumé de toutes les espérances. Puis c'étaient le culte et le spectacle, la réjouissance et la pi-ière, choses disparates, s'il en fut jamais, et que conciliaient une inmiense foi et une simplicité plus grande encore. Mais la civilisation, en s'avaiiçant, devait effacer tontes ces grandeurs enfantines, el l'imprimerie, en ouvrant une porte plus large auxconceplions de l'esprit et aux fictions de Ta poésie, devait détruire les magnificences extérieures des cathédrales el le luxe poétique des processions du roi René.

Toutefois, la force de l'habitude prolongea ces trop poétiques usages jusque dans le xvir siècle, où ils étaient déjà plus que déplacés. Une lettre écrite à Gassendi par un savant nommé Nevré, contient des plaintes amères rédigées en latin médiocre, rfr pnrum christianis provincinlium suornm ritihus in crlebritnte Corporis Christi. Les détails de la procession d'Aix y sont à peu près semblables à ceux que nous avons rapportés. On y voyait, dit-il, Adam et Eve causant ensemble, absolument nus ; Caïn nvenaçantson frère Abel avec une mAchoire d'Ane : nn chérubin environné de flammes défendant l'entrée du paradis terrestre ; Abraham prôt à immoler son fils ; le roi Pharaon entouré de magiciens, une troupe de démons nus, la peau revêtue d'une couche de poix noire ; une lamie ou sorcière d'un visage hideux, eoilTée de serpents, armée de cornes, tenant h la main une torche ardente qu'elle agitait avec fureur. Nevré donne d'autres détails, ({ue nous aimons h croire exagérés, sur les momeries de ceux qui représentaient les incrédules, les débauches et les pécheurs. Il en est (ju'on traduirait diHicilement, el qu'il serait même peu séant de citer ici textuellement en latin.

Il resti^ h [>eine maintenant quelque veslig(Mleces anciens usages si longtemps chers aux populations et |)articulièrement aux enfants de la Provence. A peine peut-on trouver un souvenir de la fête de l'Ane dans la bèni'Mliction des bêtes de service qui se fait à Home, le jeudi-saint, dans une église particulière. Et (pwnl h la fête des Saints-Innocents, elle est célébrée maintenant non plus par des fous, mais |)ar les enfants de cImihh;, ?» qui ce jour-l.^ les chantres el les assistants du célébrant cèdent les honneuis Je l'oflice. Le pain br-nit est olferl pour eux. el ils vont le distribuer dans la paroisse, sons préb'xte de bonne a niée et d'étrennes. pendant foivte la (piinzaine (]ui sut la fêle des Sainl^-Innoceiils : dernier reste d'iui ancien abus, tant il est diflicile de déraciner cnlièrement les vieilles coutumes 1

Mais laissons les abus et occupons-nous des usages. Le culte, à mesure que l'esprit humain s'est dégagé des ombres de la barbarie, est revenu h sa sim|»licité première, el n'y a rien perdu en majesté ni en grandeur. 11 a conservé seulement, dans ses vô-

CEREMONÎES

tements sacerdotaiiï , dans l'ornement de ses temples, dans son luminaire et dans ses chants, quelque chose qui rappelle encore les magnificences byzantines. Nous disons qui rappelle, car nous ne voyons déjà plus ces chandeliers d'or massif, ces lampes ornées de diamants, ces chapes ruisselantes de pierreries qui embellissaient les solennités du moyen âge et du Bas-Empire. Les hommes ont voulu s'enrichir en appauvrissant les autels, comme si la richesse des autels avait jamais appauvri les hommes I Mais du moins nos céréaionies n'ont rien perdu de leur gravité et de leur haute signification religieuse, signification qu'il importe de bien comprendre, si l'on veut sentir toute la portée des poésies liturgiques, et si l'on veut entrer dans l'esprit de l'Eglise pour l'intelligence de la symbolique chrétienne.

Commençons par les vêtements des prêtres. Leur mbe de dessous est en laine noire, et les canons ecclésiastiques défendent expressément l'usage de la soie. Vestes déférant talares laneas, dit saintCharles,m quitus non faslus nec mentis levitas. Ce vêtement long, qu'on appelle soutane, n'a pas toujours été rigoureusement noir, mais il a toujours été d'une couleur sombre, et a ressemblé longtemps, par sa forme, sa couleur et sa capuce, aux robes que portent encore les Franciscains. Sur la soutane ils portent la ceinture, également noire, symbole de force, d'activité et de continence. La couleur noire représente le deuil du vieil homme, et la mort de l'ecclésiastique aux choses vaines de ce monde. Le rabat n'a aucun*; signifiration symbolique, et ne représente ni la barbe, ni les deux tables de la loi, comme le disent quelquefois les personnes qui aiment à interpréter toutes sortes de choses h h-ur façon. Le rabat représente tout simplement le col de la chemise, que l'on rabattait autrefois sur le collet de la soutane f)ar mesure de propreté et pour éviter rpie le bord du collet ne soit graissé par la sueur et par le contact de la [leau. La calotte a été inventée pour f»roléger la tête du froid à la i)lace de la tonsure. La tonsure ou couronne, est une marque de la royauté Sfiiriluclle du sacerdof:»;, régale tarj-rdntium. Le ictranchcnH-nl des cheveux a d'ailb-urs été regardé de tout lemf)S dans l'Eglise comim; un «îignc cxléri»'ur d*; rfnorir<;m''nt au ruonde «-t d'auslérilé. Les ecclésiastiques d'une légulanté sévère, h l'excrtiplr; des religieux et des moine», ont toujours porté les cheveux but courts.

Cet us/ige introduisit dans l'Eglise celui de l'ariiict, du camail et d's nutn-s voib-s dont or« se servait |»oijr défendre h lêle df;s impressions du froid itendant les otiices do l'hiver et de la rniit.

Au commi-nceifient du v* siècle, c'est-?!dire en 428, le i)ape Célostin I" é<;rivnit aux érA«ije«» des Oaules : « Ce n'est pas par nialiil, mais (lar la doctrine et (»ar les mreiirs qu'il convientde nous distinguer du peuple. Nous ne devorr> point chen fier \\ en in p)-

CERE.MOiMES 290

scr aux yeux des simples par un extérieur singulier. » Cette recommandation s'adressait aux fantaisistes qui eussent voulu innover dans le costume ecclésiastique, et montre que dès lors l'Eglise faisait de l'extérieur de ses clercs un objet tout particulier de sa sollicitude et de ses soins.

« La chasuble, dit l'abbé Fleury, était un habit vulgaire du temps de saint Augustin. La dalmatique était en usage dès le temps de l'empereur Yalérien. L'étole était un manteau commun, même aux femmes ; et nous l'avons confondu avec Vorarium, qui était une bande de linge dont se servaient les hommes propres, pour arrêter la sueur autour du cou et du visage. Enfin le manipule, en latin mappula, néiait qu'une serviette sur le bras, pour servir à la sainte table et s'essuyer au besoin. L'aube môme, c'est-àdire la robe blanche de laine ou de lin, n'était pas dans l'origine un habit particulier aux clercs, puisque l'empereur Auréhen fit au peuple romain des largesses de ces sortes de tuniques, aussi bien que de ces grands linges de cou qu'on appelait oraria. »

N'en déplaise au savant abbé Fleury, nous croyons que la stola ou élole ne doit pas être confondue avec Vorarium, et n'a pu en prendre le nom que par la confusion des deux sens du moi orarium, qui signifie également linge destiné au visage et vôlemlnt réservé pour la prière. Ce dernier usage [«araît avoir été de tout temps celui de l'étole. Dans les peintures anticpics des Catacombes, nous voyons toujours les images des piêins ou les figures allégoricjues de l'Eglise revêtues d'une robe très-ample, que distingue des autres vêtements une bande large de quehjues doigts qui passe derrière le cou exactement commf! notre élole moderne, et se |)rolongejus(ju'aux nieds .sur le devant du vêtement, (/est cette bande seule qui a élé conservée pour alléger h; prêlre du poids d'un trop grand nombre de vêtements superposés, nuisqiie In soutane, l'auhe, l'étole et la chasuble étaient alors des vêlemcnls complets.

Les peintres se méprennent souvent et tombent dans des anaclironismes plus ou nioMis grossiers, lorsipTils ont à reftrésenlerl(!.M;o.slume.s ecelésiastupies di-sdifierenls siècles. Nousavoiis vu souvent saint Nieol.is, évè(pje de Myre, vêtu d'une soutane violette, et des (trèlres du moycMi àgt; ;iy,uit des cols drtuts et (bs rabats. Le labal tel (pi'on lo porte inaintfMiant ne rcunontr! guère; plus haut nue le règnt; de Louis XV. Sous Louis XIV, ils étaient tout blancs el bi'aiicouj) plus larges ; sous Louis XIII , ils avauuit aussi IxNiueoiip d'ampleur, mais i ne forme dillérfiil*! ; avant, ils ne dilléraieiil en rien d'un sirii|ile col de ehcmise raballu, mais au inoyctn Age la clnniise ne par.iissjiil ji.is ; les soutanes avai(!iit ordinaireiiuMU un eapuehon en plae»; de collet, (!l le <'ou d(!S ecclésiastiques, coiiiine celui des moines, él.iit pres()ue eiilièreuieiit di'-gagé.

La rol»t; des évêques, dans les | icniici»

SSI

cinr.MOMKS

ŒUF.MOMES

si(Vlesde l'Eglise, <^tail dune couleur bruno coniinocello 3e«simples pnMres, et lorsqu'ils commoncèrent h se distinguer par \<i couleur du v(^tement, ils n'ado|)lèreiit i)as d'abord le violet, mais le vert, et il reste encore (|uelques traces de cette coutume dans les franges et les cordons verts et or dont se servent les évoques nommés avant leur consécration.

Les anachronismes qu'on peut reprocher aux peintres sont également à éviter en littérature, et ne seraient pas moins ridicules dans une description, dans un discours ou dans un poëme que dans un tableau. Nous ne pouvons toutefois ici indiquer que superficiellement quelques notions imparfaites. Ceux qui voudront étudier plus à fond ces matières, peuvent consulter les ouvrages spéciaux, et en particulier, celui de dom Claude de Vert, avec la réfutation qu'en a faite M. Languet, archevêque de Sens.

Les cérémonies peuvent être partagées en deux classes : celles des olfices et celles des sacrements. Dans les cérémonies des ofTices, on comprend les processions des Rogations et de la Fête-Dieu, la consécration des églises et la bénédiction des cloches : les cérémonies (les sacrements sont publiques ou particulières. Les cérémonies des ollkes sont remarquables, surtout pendant la semaine sainte : nous n'avons jamais vu sans un grand saisissement de cœur ces cierges inégaux allumés dans le sanctuaire et (jui s'éte gnent l'un après l'autre pendant l'ofiice des Ténèbres; il semble que les lumières des siècles passés s'éclipsent encore une fois ; on voit mourir successivement toutes les 'lumières du vieux monde, et cependânl l'humanité prie, pleure et espère toujours. On entend retentir seulement dans cette nuit, (jui devient de plus en («lus sombre, les soupirs de David et les sanglots de Jérémie. Enfui une seule lunuère est restée, et Cflle-lh ne s'éteindra pas, mais voilà qu'elle est enlevée de sa place et emportée derrière l'autel, où des voix d'enfants chantent le cantique de la naissance du Précurseur; puis un profond silence se fait et à un signal du célébrant, ({ne tout le clergé ré[)ète en frappant sur les livres, l'asseniblée se sé- |)ar«i et les prières continuent dans le recueillenuMit et dans l'ombri!.

L'absoute du jeudi saint, les prières pour le monde entier, même |>our les inlidèles, même pour les juifs déicides, pré|)arent dignement l'esprit et le ((eur h la commémoration du grand mystère de l'amour et de la paix lUMverselle. Les céiémoniesdu lavement des pieds et du lavement des autels, rap|>ellenl et mellei.t sous les yeux du peuple les toiichants préparatifs de la dernière cène du Sauvt-ur ; mais rien ne saisit plus imissammeiil l'imagination des lidèles que ce tombeau triste tout h la fuis et glorieux, préparé dans une cr>'[)te ou dans une chapelle dont on intercepte le jour. Là, le silence et le léger frémissement d une mullilude prosternée qu'on voit à peine, la lueur p'de des cierges sur les tentures rouges et l)lnnciies; l'iKlciir de l'encens et des feuillages

qui rappellent l'embiumement des morts, la présence réelle dans ce tombeau du Dieu caché sous les espèces eucharisti(}ues, ces souvenirs de sang et d'amour, cette croix couverte d'un linceul, tout contribue à briser le cœur et à faire monter aux yeux les larmes les plus amères daiis leur source et les plus douces à répandre. Tous ceux qui ont [)leuréun objet tendrement chéri, trouvent au tombeau de Jésus-Christ un renouvellement de leur douleur, et des consolations au fond de cette douleur même, telles qu'ils n'en avaient jamais ressenti. Quelle mère n'a pas compati aux angoisses inexprimab'es de Marie, et n'a pas senti son cœur se déchirer, et ses yeux se noyer de larmes, lorsqu'elle a entendu chanter dans la crypte de la sépulture les strophes du Stabat malrr dolorosa? Qui de nous n'a aimé et pleuré Jésus comme on pleure un père, une mère, un époux, un enfant uniquement aimé I

O tendre agneau de Bethléhem! vous, notre enfant, notre es[)oir et notre espérance à tous, que nous adorions avec tant tle joie dans la crèche, et qui, en étendant vos petites mains vers nous, saviez déjà si doucement nous sourire, ô notre unique ami dans nos |)eines, consolateur des pauvres, uni((ue br)nlé et suprême beauté du monde, vous nous êtes donc ravi ! Vous êtes mort pour moi, et vos yeux si doux et si purs se sont éteints dans les larmes et dans le sang I Ils vous

ont tué parce que je méritais la mort !

Mais il faut renoncer à en écrire davantage, une demi-heure passée dans la chapelle du tombeau, le soir dujeudi saint, en dira mille fois |)lus que tous les efforts de notre pauvre éloquence. A quoi bon parler et écrire? il vaut mieux prier en silence et pleurer!

Le chant de la Passion à la messe du vendredi saint, puis l'adoration de la croix ont quelque chose de si dramatique et de si pénétrant, (jue souvent nous nous sommes cru transporté au milieu de ces anges que les statuaires re[)résentent en f)leurs autour de la céleste mère pendant qu'elle accomplit les derniers devoirs de la piété envers son Fils. Ces lévites vêtus de blanc qui soutiennent la croix sur hnirs bras entrelacés, co chant de la passion qui ressemble à la mélopée des tragédies anti(iues, le prêtre à l'autel remplissant réellement et en vérité le persoiuiage de Jésus-Christ, cette histoire à la fin de laipielle on se prosterne pour baigner de ses pleurs le pavé du temple , (piels sujets d'émotion profonile pour un chrétien et pour un liltérattnir ! (jin-lles inimitables beautés 1 Quel disciple de Voltaire pourra les compiendre une fois et ne pas tomber anéanti en se, couvrant le visage de ses ihnix mains? Ils riaient ; ils riaient ( es homiues, s'écrie le l*. Lacordaire, ils riaient du Christ 1... O mon Dieul...

Pendant toute la journée du vcudredi saint les cIocIkvs se taisent et l'on n'entend dan> l'église (pie le bruit lugubre et discordant de la ciécelle.Les autels sont dépouillés, les tabernacles sont vides ; toutes les richesses de l'égliso sont à la chapelle du tombeau ;

2S3 CEREMONIES

toute }a chrétienté jeûne et s'afflige ; un silence solennel règne dans les communautés; la chaire retentit des souffrances de l'Homme-Dieu, et nous avons vu souvent ces jours-là le soleil se voiler de nuages vers les trois heures et le ciel s'attrister comme Je monde catholique. Quelque chose d'ineffable et d'infini pèse sur les âmes et les tourmente ; on ressent quelque chose des bouleversements de la nature quand le Fils de Dieu expira; il semble que la terre tremble et se dérobe sous nos pieds ; on ne pleure plus mais on frissonne : la mort d'un Dieu saisit et glace toutes les âmes, on se sent à peine le courage d'espérer encore et de prier.

Mais à l'ofUce du samedi saint , comme l'âme brisée se relève ! Quelle lumière brille tout à coup dans la nuit universelle ! le cierge pascal s'allume; on vient de bénir le feu nouveau, et les étoiles qui annoncent le jour de la résurrection apparaissent déjà dans le ciel : l'hymne des anges, Gloria in excelsïs Deo retentit sous les voûtes des temples et les fait tressaillir d'allégresse ; toutes les voix éclatent, les cloches sonnent: elles sont revenues de Rome, disent les nourrices aux petits enfants, où elle» étaient allées chercher les bénédictions du saintpère et les étrennes de Pâques. Voici Pâques qui apftroche ! Pâques, c'est bientôt, c'est demain I on vient de chanter Alléluia ! à ce ce soir les premières vêpres 1 Les croix, les chandeliers, les tableaux, les statues sortent déjà du linceul; Jésus-Christ va ressusciter avec toute la r»ompe de ses fêtes les plus solennelles. 0 filii et filiœ ! rex cœlestis, rex (jlorice, morte surrexit hodie. Alléluia !

>ous fjassons sous silence le luminaire brillant de la Chandeleur, les fialnifs et les buis bénits du jour des Hameaux , les aubes éblouis.santes de Pâques, les mystères de la nuit de Noël ; mais ne sont-ce pas là des souvenirs qui vivent à jamais dans tous les cœurs chrétiens, des époques inhérentes à notre vie, des imf)rcssions qui ne s'ftfacent jamais I Suivons à travers les camf»agfies la proeession des Rogations, écoutons ce chant des litanies qui s'élernl sur les sillons comme un soupir de la terre qui crie vers Dir-u j)Our être lécondée. La piiere de l'Kglise appelle les morts au secours des vivants et invite les Ames glorieuses (jui se reposent h seconder h'S efforts du jiauvre laboureurqui travaille; la (;ommuriif>n rJu ciel est invoquée jiour le hitu-.f.s de ces IVitigues qui feront [troduire aux sillons et aux coteaux le pain et le vin pour la communion iJ<; la terre.

Mais Dieu a écoulé ses ministres, les beaux jours sont venus jdeins de fécondité : le soleil mûrit lesrnois^ori'» et la terre est couverte de verdure et de fleurs.

Mainletiant, que le If-mjile de Dieu ouvre toutes ses i»ortes ! fpie la cité de Dieu orne »e« maisons de tentures et di; feudlages ! (pie \t'.% mini'*tres du roi de f^loire x: rev/';tent de leurs véleme'il» les |»lus sf»lennels I voici la grande f<^te de l'humanité tout eMlièr«, l'anniversaire »le la paix uruv<-rse||e, le Iriomphi» <le la » h.'inlé, lij lète de la eoffuiiunion,

CEREMONIES

la fête du divin amour I la grande fête do Dieu ! Que les cloches jettent aux nuages du matin leurs volées joyeuses et triomphales I que les enfants en s'éveillant demandent la bénédiction de leur mère! que les rues se ionchent de fleurs, car le Dieu fait homme va passer.

Déjà toutes les familles chrétiennes ont entendu le signal de la prière , les mères achèvent de parer leurs enfants, les jeunes fdies voilées et vêtues de blanc se réunissent autour du sanctuaire. La joie et la piété sont dans tous les regards; celui qui aimait les enfants va revenir au milieu d'eux et se promener dans les rues en les bénissant comme autrefois. Les roses effeuillées remplissent des corbeilles; Jes encensoirs fument et font monter jusqu'à la voûte les vapeurs odorantes de l'encens mêlé à la senteur des roses.

Un prêtre vénérable vient d'achever le sacrifice pour les vivants et pour les morts; l'Eglise du ciel se réjouit et semble être descendue tout entière sur la terre pour escorter le roi des trois Eglises; la longue file des prêtres en chasubles et des clercs en chapes ou en dalmatiques, ressemble à cette cour splendide des élus que sut peindre si rayonnante et si belle fra Angelico de Fiesole.

L'Eglise souffrante interrompt sans doute ce jour-là ses larmes et ses gémissements, et le sang du divin calice , épanché sur les flammes du purgatoire comme une douce et fraîche rosée, en tem])ère la dévorante ardeur.

L'Eglise militante goûte d'avance les joies de la victoire et marche avec des chants do triomphe sous les bannières du conquérant pacifique.

Les chants sacrés s'élèvent dans les rues, les bruits de la place publicjue ont cessé: on n'ent(;nd (pie les voix alternativement graves et mélodieus'S des hommes, des femmes et dt;s petits enfants (pii disent les louanges do Dieu, puis le bruit cadencé des encensoirs, et i)ar intervalles le roulement lointain des tambours.

L'hostie pacin(iue a[)paraît dans son ostensoir d'or [»orlé \u\r un vénérable prêtre. La foule se firesse en silence et s'incline; les mères s'em[)ressent comme autrefois à l'apjirochedu Sauveur, pour lui faire bénir leurs petits enfants. Oh! c'est luil c'est lui toujours : on le reconnaît à la paisible sérénité de ses fêles; on h; reconnait à la confiance des mères (;l(l(;s pauvr(!s;on \r reconnaît .lux larmes (|ui, à son approche, vic-nneiit mouiller les paupières d(! ceux (jui ont un cd'url Voilà le bon pasteur qui vient visiter son tr(ju()eau, voilà le vairupieiir pacilifpie (pii prirdoiHK; à ses ennemis. ..OÙ sont-ils ? Peutil av(»ir(f(s ennemis encore, lui (pii est louto indulgence et tout amour!

L(!S grands du monde, humbles et la têlo découveiUï, iiiarclient à sa suite, confondu?; avec la fouh; du peufile, et si les rois se r( ncontreiit sur son passage, ils sv. prosternent et ils r.'iiloieiit. Oui, prosterne/.-vousdevanI

ÏIKJ CF.REMOMES

lo jymbolo vivant de, rmiion universelle, pasteurs tiespeuples dont les lroiii)eaux, réunis dans la môme foi , dans la mt^me espérance et le môme amour , ne doivent plus former qu'un seul troupeau; c'est à lui que vous devez comj)te des brebis (ju'il vous a confiées : pasteurs des lionnnes adorez votre bon pasteur !

Que toutes les inimitiés cessent à l'approche de ce Dieu de paix : ennemis, tendezvous la main; frères, pardonnez à vos frères; chrétiens qui avez le bonheur de croire, priez pour ceux qui sont faibles dans la foi ; chrétiens séparés de l'unité, souvenez-vous des saints des premiers siècles et de leur foi ardente au doux sacrement de l'amour, et ne protestez plus contre l'immense et incompréhensible charité d'un Dieul

Le jour de la Fête-Dieu doit être le jour de la réconciliation universelle, et la prière des cœurs unis par une sainte fi'aternité est le plus agréable encens qui puisse s'élever devant son aulel,

A genoux donc, h genoux tous ensemble, car voilà le Sauveur ()ui vient h nous plein de mansuétude ; un nuage de tlcurs et d'encens le précède et l'annonce : c'est le roi de l'éternité quivient nous visiter etnous consoler dans le tem|)s; il a pour favoris des petits enfantsetdespauvres,etses rainistreslesplus chers sont d'humbles et paisibles vieillards.

Le jour de la Fèle-Dieu les villes entières deviennent des temples, et l'idéal de la nouvelle Jérusalem dont parle saint Jean se trouve ainsi réalisé.

Les cérémonies des sacrements sont d'une beauté qui correspond i)affait(ment h celle des ofïices. Le baplème, qui est l'initiation à la vie spirituelle, est accomj)agné d'exorcismes et d'interrogatoires (jui transportent les assistants dans le monde surnaturel, et leur font apprécier toutes les grandeurs de la dignité chrétienne. Satan, le prince du vieux inonde, s'arrête h la porte de l'église, et l'enfant, (pli était né sous son empire, lui écha[>pe pour passer sous le joug aimable do ri*>angile. On consacre le nouveau chrétien aux v(;rtus austères et h la douleur qui sauve les Ames, (>n lui déposaMi sur les lèvres le sel, emblème do la sa.^esse ; |)uis son parrain j)iononce |)our lui la profession de foi et les |)romesses, et h; sacrement est enlin adminislré avec l'eau sainte, le signe de la croix et l'invocation des trcds personnes divines.

L'absoute du jeudi saint est le seul vestige (jui nous reste des anciennes cérémonies de la |)énitence nublicpie et de la réconciliation sohmnelle, des j)écheurs. On sait que dans la primitive Kglise les cxjjiations étaient longues et dilliciles. Certains pécheurs n'étaient re(;us h la communion «pi'?» la mort, d'autres devaient passer un grand nombre d'années parmi les consislnnls , les plcuranls ou les prosternés. On sait (pie les empereurs in(>mes ne pouvaient se soustraire alors à la juste sévérité de l'Eglise, et (pi'on vit l'empereur Théodose, revêtu du cilice des péniletits. pleurer h la porte de l'église sous lo ponliticat de saint Ambroisc.

CEREMONIES 290

Mais celle de toutes nos céréinonies ecclésiastiques modernes qui est le plus profondément enracinée dans tons les cœurs, la plus populaire, la plus touchante des solennités, c'est sans contredit la première communion des enfants. L'Eglise a senti combien d'importance avait pour le reste de la vie celle {)remière impression religieuse faite sur de jeunes Ames, et elle emploie tout ce qu'elle a d'énergie et de douceur , tout eo qu'elle a de magnificences modestes et de pieux entraînements pour rendre cett*.- impiession à jamais durable dans les cœurs. Avec quel soin maternel, en effet, n'instruitelle pas les enfants dans les catéchismes; combien de formes prend la doctrine et— leste pour pénétrer dans ces intelligenc^'s inattentives : distinction^ flatteuses, réconn penses , encouragements , tout est mis en usage pour exciter l'émulation, fixer l'esprit et exercer la mémoire : puis il faut subir des examens, satisfaire à diverses épreuves, passer une retraite sévère , où les instructions les plus pathétiques , les exhortations les {dus pressantes, les plus tendres sollici" tations soU tour à tour mis en usage. Enfin le grand jour arrive, tous les cœurs palpitent, les enfants ont à peine dormi tant ils sont préoccupés de leur bonheur; on l(\s revêt de Têtements nouveaux, les jeunes files sont toutes blanches comme un troupeau de pures et candides brebis ; k-s enfants sont rangés dans la nef et tiennent h la main des cierges allumés dont les feux scintillent audessus de leurs têtes comme des étoiles ; les cœurs des parents sont émus et attentifs ; les mères essuient leurs larmes; la messe commence ; le chant des cantiques se fait entendre par intervalles; plus le moment apf)roche, plus l'émotion redouble. Plusieurs enfants (et ce ne sont pas les Ames les moins pures) tremblent et croient ne pas être assez bien [)réparés, leurs directeurs spirituels les rassurent et les consolent ; enfin la sainte table est prête ; on amène sur deux rangs les jeunes communiants , profondément recueillis... Oh! malheur h (jui n'a pas senti alors bien plus profondément et plus irrésistiblement (pie s'il la voyait , la présence réelle du Sauveur sous les espèces eucharistiques ; appelons-en au cœur des pères et des mères ; (pii donc voudrait alors (jue son enfant n'eût pas la foi ? et quel impie oserait donner un démiMiti h la foi si naïve et si {(ure de son enfant 1 On rapporte qu'un jour quehju'un vint en toute liAte prévenir le roi saint Louis (pi'un miracle s'accomplissait dans sa chapelle, et (pie la forme visible de Notre -Seigneur Jésus-Christ était apparue sur une hostie. On invitait le saint roi à venir s'en assurer par ses propres ^eux. « Pour- (pioi irais-je, dit-il, si je l'avais vu ^e ne le croirais plus. » C'est (jue saint Louis comprenait la foi, c'est y\\ui nos philosophes en disant (pi'ils veulent voir pour croire, disent tout siiiiplement une absurdité, piiistpie le bonheur de la foi est dans le sentiment de la confiance et de l'amour. Ouaiid Dieu a parlé, il faut |>laiiu1re celui (pii demande des pieu-

297 CEREMONIES

ves; comment peut-on hypothéquer sur des sens grossiers et périssables les dettes que l'éternité veut bien contracter envers nous?

Le soir de la première communion, on fait dans l'église le renouvellement des vœux du baptême et la consécration des enfants à la sainte Vierge : deux engagements sacrés pour l'avenir, deux promesses qui obligent l'existence entière à la fidélité et aux plus douces vertus. Qui de nous, en ce moment, n'aurait voulu mourir pour éviter d'olfenscr Dieu ? Dans quel autre moment de la vie a-t-on retrouvé un enthousiasme aussi pur, aussi paisible, aussi doux que ceiui-là? et quelle grandeur nouvelle le plus humble enfant ne sent-il pas se développer dans son âme? On parle d'institutions libérales, d'égalité et de fraternité , beaux mots dont o'\ abuse pour déguiser les passions les plus égoïstes et les plus brutales ; mais quel philanthrope eût imaginé cette égalité et cette fraternité des enfants à la table de Dieu ? La fille du riche communie au|)rès de la tille du pauvre, toutes deux sont simplement vêtues de blanc et voilées comme des sœurs d'une même communauté ; rien ne les distingue aux yeux des hommes, et Dieu qui juge les cœurs donne le premier rang à celle qui sait le mieux prier et qui veut aimer davantage : Quoniam dilexit multum.

Le sacrement de l'ordre est celui de tous dont les cérémonies sont le plus compliquées, if. f»lus savantes et le plus [)rolongées. 11 est lx)n .:;u'un littérateur religieux en élu- «jie l'espr.t ec la forme, s'il ne veut pas s'exposer à des péripéties dramatiques aussi fausses que celles du Jocelyn de .M. de Laijjarline, qui reçoit malgré lui, dans un rnoniefit de trouble, les sept ordr- s, ou du moins les trois ordres sacrés, sans avoir eu le tenjps de se reconnaître. Il esi tombé à genoux atterré par les menaces d un évôipie dont nous n'avi>ns pas ici à examiner le rôle, et Toici en quels termes il raconte sa triple ordination :

Un rli3ii(;(;ment soudain se fil dans tout mon être : (jiMMiJ y: me rdcvai de Icrre, j'élais prêtre.

Celte ordination forcée, faite [>ar un évêrjut; qui veut se confesser avant d'aller au martyre, et rpji comm<;l nour cela le plus grand [)eiJt-<*;lre de tous l<vs péchés, cette; ordination faite dans un in.slant et sans que l'ordinand ail eu le temps de se rer:ririnaitre, tout cela est ab>urde en théorie c<jmme en jjralique , et aecuse ehez l'illustre po<!le l'ii^'ioranre la plus affectée ou l'oubli le plus «oiMpIel des doctrines et des [iraliques dt; l'H^fise ; et ce n'est (>as le seul passage de ee roman en vers qui pèche contre le bon sens et Mintre l'orthoiJoxie, iVoy. Lamahtmk.)

Iji c^insécralion, ou, comme on dit vuljçairerfient, le ha|)tênje descloehes, est nn<) (i«:s cérémofues les plus poétiques du culte. Il fteMiible que la bénédiction de l'églse (Jo'ine une ame a cet aiiain rpji est la voix du U;mple. Kl qui n a senti nulle Uns on dt«*l que les cloches ont comme di; l'/nnedans

Diciios^. m: \.nfii\M\uv mih^t.

CKIlEMONlES 2!)8

leurs réjouissances ou dans leurs plaintes ? Comme elles pleurent tristement sur les morts dont elles sonnent le glas funèbre l comme elles atmoncei.t joyeusement l'entrée d. s Vivants dans l'Église universelle! comme elles savent distinguer, par leur double ou triple carillon, les différentes solennités des fêtes 1 Ce sont véritablement des voix humaines qui parlent à l'âme. Dans quelle douce mélancolie vous plonge le tintement de VAnnelus, entendu au loin dans la campagne 1 0"e de souvenirs touchants rappelle au chrétien le son des cloches : promesses du baptême, solennités de l'enlance, joies ineffables de la première communion, regrets de ceux que nous avons aimés; le son des cloches est comme un écho de la vie tout entière ; c'est conimo une promesse persévérante d'une vie moins agitée et plus heureuse, c'est la voix de Dieu même qui rappelle ses enfants à lui. Le son des cloches a toujours exercé un merveilleux empire sur les imaginations poétiques et sur les cœurs tendres, et il a suffi quelquefois pour les détourner du crime ou les préserver du désespoir. Un gra'id poëte de l'Allemagne, Goethe, qu'on ne soupçonnera pas de dévotion ou de partialité en faveur du catholicisme, a fait du son des cloches le moyen dramatique de la plus belle scène de son drame de Faust, et Lamartine, dans son poëme de Jocelyn, a imité le principal passage de cette scène.

Faust est seul dans son laboratoire. H rêve h tout ce qu'il a voulu ap|)rendrt', à tout ce qu'il sait, à tout ce qu'il ignore, et il est profondément triste : nulle part il n'a ti<juvé dans la science l'explication du grand mystère de la vie, le pourt/uoi suprême au- (lUfl seul h; catéchisme peut répondre ; mais le malheur de Faust est d'être savant et de ne plus s.ivoir écouter les réponses du (•at(''cliisme ; aussi combien ses plaintes sont ainères.

'l'rouverai-je jamais ici de (|U(ji combler h; vide de mon esf)iit cl de mon c(iiur? dit-il en gémissant. Faudra-t-il recommencer encore la lecture de ces milliiîrs do volumes pour y trouver toujours la même chose et savoir que la multitude dos hommes s'est tourmentée inutilement, et (pie çà et là nn heureux s'est rencontré, par hasard, sur ia terre?

Il rcganle une tête de mort et la iircml dans sa main.

Pauvre crâne vide, pouniuoi ris-tu de frs dents noir(;s et déchaussées ? Kst-ce pour me dirt; que lu as pensé comme moi, (pic lu as chf!rché comme moi, (pie tu as soiillc.t cfjiiime moi ?...

Il le laisse relomb.T sur la tabh; (il icgarde autour de lui.

Tous CCS iiisli iiiiienls tic. la sci(!rico ou plutôt di- l'ig'ioratice soiiiblent iik! narguer avec leurs roues, leurs dents, leurs anse.s (;l l«;uis r.y||iidi-i;s : ciels liieiileusc.s (pjj m'avez, hiissé h la porte! eri(Mirs, f/iti;,^iifs, déceptions et ri<ni ! non pouranêlei mis regviidh.,. lien que «o ll.jc(jn pour me pio-

ÎW

r.EREMOMIS

CEUEMONIES

motlre pnrorc... j)Our me permettre une rspéranoc I cl cette espérance, c'est la mort ! « Je le salue, liolo solitaire, que je saisis avec un nienx respect 1 En loi j'honore losprit (le rhoMUue et son industrie : remplie (l'un extrait des sucs les plus doux, favorol)le au sommeil, tu (-ontiens aussi toutes les lorcfS qui donnent la mort ; accorde tes faveurs h celui qui te possède 1 Je te vois et ma douleur s'apaise, je te saisis et mon agilalion diminue, et la tem[)ùte de mon es()rit se calme peu ù peu 1 Je me sens entraîné dans le vaste océan, le miroir des eaux maliiies se déroule silencieusement à mes pieds, un nouveau jour me luit sur des plages inconnues.

« Sors mainlimant, coupe d'un pur cristal, sors de ton vieil étui, où je t'oubliai peid.uit (le si longues années. Tu brillais jadis au\ festins de mes pères, tu déridais les plus sérieux convives, qui te passaient do main en main : chacun se faisait un devoir, lorsque venait son tour, de célébrer en vers la beauté de tes ciselures et de te vider d'un seul trait ; tu me rappelles les nuits de ma jeunesse ; je ne t'otfrirai plus h aucun voisin, je ne célébrerai plus tes ornements précieux. Voici une liqueur que je dois boire avec soin, elle te remplit de ses tlots noirAtres; je l'ai préparée, je l'ai choisie, elle sera ma boisson dernière et je la consacre avec toute mon âme, comme une libation religieuse, h l'aurore d'un jour plus beau... » I! va porter la coupe h ses lèvres ; on entend les cloches qui annoncent les matines de P.uiues, et dans le son des cloches, Faust croit entendre les voix des anges.

Le Christ est ressuscité, disent ces voix, joie au mortel qui languissait ici-bas dans les liens de l'iniquité 1 — Ah 1 s'écrie Faust, (juels murmures sourds, (|uels sons éclatants arrachent invinciblement la coupe à mes lèvres altérées? Le bourdonnement des clo-hes annonce-t-il d(\jà la fête do PAqucs? i'àquas, la lèto de la résurrection et de la vie ! Piques, le jour de la joie et de l'espérance I... et c'est aujourd'hui (juj dans mon désespoir j'allais mourir ?

Kl cependant les cloches conlinue'it à chanter et les voix des lidèhs (|ui s'élèvent e'i choîur dans l'église voisine s'unissent aux carillons joyeux de rollicc du jour :

0 fi m cl filiir!

ilcx cceieslis, re.i (jlor'nc Morte suriTxit liodie.

Alléluia !

l'A Marin MikjiIuIi'HC, l.l Jiicubi et Salomc, \ cncrunt corfim nmifiie.

Alleiuia !

c( l'uur(iuoi, chants du ciel, s'écrie Faust attendri, chants puissants (<l doux, pour- (pioi me chercho/.-vous dans la poussière? ictenli>.s»u |)our ceux (pi(! vous toiu'hez encore. J'écoute bien la nouvelle que vous apportez , mais la foi me mainpie pour y croire : ui miracle est 1 enfant le plus chéri de la foi.

Pour moi, je n'ose as|)irer à celle sphère où retentit l'annorn e de la bonne nouvelle, et cependant j)ar ces chants do'it mon enfance fut bercée, je me si ns rappelé dans la vie 1 Autrefois les caresses de l'amour divin descendaient sur moi po idant le silence solennel du dimanche. Alors le son grave des cloches me remplissait des plus doux- pressentiments et la prière était la plus vive jouiss.uice de mon cœur; des dési:s inelfables et purs m'entraînaient vers ces lleuves sacrés, vers ces régions inaltérables et pures, (tù l'infini se révèle à travers des larmes... Ce souvenir plein de toutes les tendresses et de» toutes les joies de mon plus bel Age m'ai-rète lois(|u'un dernier pas allait me préci|)iter dans l'abîme... Oh ! retentissez encore, cloches bénies ; canti(iues du ciel, vous ave/ pénétré mon Ame... Mes larmevs coulent en abondance ; je suis vaincu, et la terre m'a recon(iuis. »

Ce charme indéfinissable qui s'attache aux souvenirs de l'enfance, quand l'enfance a été pieuse, est un hommage rendu à la vérité de la foi. L'enfance est heureuse [)aree qu'elle croit, pirce qu'elle espère, parce qu'elle aime. Parlez h un enfant de vos doutes sur le but de la vie, sur l'origine du mal, sur l'absolu, il ne comprendra pas, ou il croira que vous voulez vous mo(}uer de lui. Lorcju'on lui dit au catéchisn\e (jne Dieu nous a créés [)Our le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyen mériter la vie éternelle, il trouve celle raison parfaitement sullisante : le but de l'existence est clairement défini à ses yeux. Pourquoi voulezvous qu'il doute? Après qu'il aura douté pendant soixante ans, saura-t-il mieux ou davantage. Le doute est une maladie de l'esprit, c'est une hébétude du jugement ; l'état normal do l'intelligence et du cœur, l'élat naturel, l'état raisonnable, c'est la foi forte, simi)le, naive ; la foi ineurieuse et insoucieuse, comme dis ut Montaigne; la foi du charbonnier, comm;> dit le proverbe; la foi des petits e;d'anls, comme disent Noire- Seigneur Jésus-Chrisl et son adorable Evau-

Bil<'.

Uemarquons que la foi seule vivifie et anime d'une poes e admirable les cérémonies religieuses. La raison humaine, abandonnée à ses propres forces, se couvriia toujours de ridicule lors([u'ell(! voudra inventer et établir des cultes ollieiels ; on aura beau compulser La Uéveillère-Lépeaux et Pierre Leroux, (h-lerrer les momies d'Egjple, o ganiser des fiMes grec(pies, romaines, indoues, taitaros, ihibétames ou molabares, on attirera cerlainement la foule, mais elle ne [«rendra pas le change ; elle s'annisera, elle rira au nez des masciues, et vous serez tout étonnés d'avoir organisé un carnaval en noyani fonder un(! religion. Il est possible dèlre plqs amusant (jue Je citoyen Kobes,'ierre. plus détent (pie le dieu Chaumiite, plus gai tpie les Ihéophilanlhiopes, plus moral peut-îiire(pie Icssaint-simoinens; mais faire <pielipie ( hose de |>lus dural)le, c'est ce (pii sera lotijours impossible.

CEREMONIES

CEREMONIES

Qu'est-ce, en effet, que clés symboles sans aatorité et des cérémonies arb traiios, sinon des parades et des grimaces ; et quel respect voulez-vous qu'on ait pour des hommes qui seraient habillés eu prêtres, comme les marchands de vulnéraire suisse sont habillés en généraux? Les protestants l'ont bien senti, et c'est moins par système que par impuissance de faire autrement qu'ils ont déshabillé leur culte et dénudé leurs temples, et c'est par là que les sectaires présents et à venir sont frappés de stérilité. Nous avons eu tout dernièrement des templiers et des prétendus chrétiens primitifs, qui officiaient en robes et en manteaux blancs avec des croix rouges : on est allé voir cette parade et l'on a haussé les épaules. Qui empêche en etfet tout le monde de s'habiller en templier ou en mamamouchi ? Ce qui a surtout déconsidéré l'abbé Ghâtel aux yeux mêmes des personnes sans religion, c'était l'abus de confiance dont il se rendait coup.ible envers les ignorants, en imitant les cérémonies du culte catholique, lors même que tous ses elforts ne tendaient qu'à détruire le catholicisme. Soyez déistes si c'est votre malheur ou votre opinion, pouvait-on lui dire, mais ne trompez pas par les a[»f arcmces de la religion ceux qui se laiss(;nt euiore prendre à voire ancien titre de [trètre. Les cérémonies sont des signes hypocrites, si vous ne croyez plus aux choses signifiées. Pourquoi vous [trosternez-vous à l'élévation de votre messe sacrilège, si vous ne croyez plus à la présence rr-elle? Vous êtes tout simplement des incrédules qui j<jue/ à la religion ; vous répétez <;t vous organisez, dans un but de captation, l(;s farces de Chaumette«;t des •Spoliateurs <le SMinl-Germain-l'Auxerrois ; vous êtes des charlatans et des faussaires.

La philosophie ici doit se trouver fod mal à son aise. Nous savons Ijien quelle a la prétention de remf)la(;er le c.uholicisfne romme elle avait la prétention de icMuplacer riieiléuisiiie et le jud.iisme, car elh; se f;iit le croque-inorl de toutt.-s les formes religieuses, dans l'espérance d'hériter, f;t elle ne r'iufilace jauiais rim ni ne peut hériter dr; rien. Tout dans le monde i-eligieux S(; fait sîins elle «.-t se fera toujfxirs ainsi, [»arce (juo Il philosophie joue forcémetit le n>h; du niais dans le drame ne l'humanilé, si elle n'usurpe pas celui du traître. Qinrlles vérités [)Osséde-t-elle.en propre au ilelà des axiomes de M. de l;i Palisse ou des roueries 'je .Machiavel? Inventer qiir; deux et drux fonl iiiiatre, ou faire arcnure ;iux honiines que deu\ et dr;u\ font six, voila toute sou allernalive en fait de génie, elle qui se mo- «jue (les croyaiues, et dont trtut le savoii , si elle veut être lo^irpie et sirieêre, se résuiiiei.i to .jours d.iMs le Qur. miK-je. de Montaigne, et le J'euf-élre de l'iouiflogan.

O qui distingue ess«Milie||(!iiieiil les eérémonies den moineries et Ir, eosliime olliciel de la mascarade, ce sont les idées el les rroy/»nce'» qui sont rej»réseiilées par les si- K»»** extérieurs el ar reptées par le conseutirmenl universel. Mais les cérémouies reli-

gieuses ont cela de particulier, qu'elles doivent être sanctionnées |)ar la Divinité ellem«^me. Ce ne sont pas les lois humaines qui font les religions; mais ce sont les religions qui sanctiou'.ient les lois humaines. Vouloir qu'à jour et à heure fixe les citoyens d'un Etat viennent de par le gouvernement adorer la Divinité suivant le i)rogrammo de la police, c'est vouloir que le bon sens soit de l'opposition pour dépopulariser l'exactitude religieuse. Que Dieu fasse savoir aux hommes comment il veut être adoré, rien do mieux, rien de plus juste; nous obéirons sans examen et sans murmure, parce que Dieu seul, en [).u'eille matière, peut prescrire quel((ue chose sans être téméraire ni ridicule. Nous disons ceci à propos de Rousseau, dont les déplorables idées à ce sujet sont répétées par Pierre Leroux, qu'il faut une religion publique réglée par le prince selon les intérêts de sa })olitique, et une religion par iculière, suivant laquelle chaque individu pourra contrôler les dogmes de la religion f)ublique. Oh I les beaux faiseurs de l)rogrès, qui, pour faire avancer la voiture, attèïent en sens op[>osé des chevaux devant et derrière'! Le catholicisme ou la mort! voilà ce (pie dit l'avenir au monde.

Notre intention, dans cotte petite digression, est de bien faire comprendre à tous ceux qui aiment et recherchent le symbolisme des cérémonies et des pratiques religieuses, pour en faire ressortir les beautés l»oétiques et littéraires, qu'il n'y a ni vérité ni beauté dans le symbolisme en dehors de rorlhodr)\ie ; et nous revenons à la charge contre celte religiosité bAtarde et niaise qui s'introduit depuis quelque temps dans la littérature. No is ne ciaignons pas de comparer de pareilles rêveries myslico-romantiques aux paiwdes des t(!inpliers, des saintsimoniens ou même du triste abbé Châlel : c'est de la licence déguisée sous des vêtements sacerdotaux de fant;iisie, c'est l'incrédulité iuas(piée «Ml dévole, mascarade (pii ne [)eut inspirer (pie la pilié et le dégoilt.

l/auloiilé, voilà la grande loi du vrai el la règle du beau ; et c'esl aussi l'autorité ipii .1 dégfigé des superstitions cl des excès <i(! verve enfantine du mo)eii Age, ce (mile si bi-au et si gijiiid (pio l'cWude S(nih! d(! ses cérémonies sulliia:l pour réghn- le goi")l d'un [>oet(! ou, (;(• ((ui est [dus diflicile encore, d'un pros.itciir, et lui faire comprendre (piels soiil hîs iuouv(niients nobles, (pielhis sont les ligures snbliiiKis, (pj<dl(!S sont l(!s symboles réguliers'dans l,i littéral lire cliiétienne, el coiiiuMUit Dieu doit èlre loué |iar l.i parole soit écrile, soit paih-e. Nous ne croyons rien avancer d'éli ange, el nous soiiiiik.'s à couveit de toul s(jup(;oii d'exagération, (|uand nous tlablissoiis une soiUî (le parallèl(! eiiln; la iiiéliiodt! de louer l)i(Mi acceplé(i par l'ICglisc dans ses odices et !• s r(~'gl(!s de I arl d'éciini ipj(! doit obsfnver un auteur religiinix. Dans les céiénionies, en elfel, domine toujours riinité de [tian dans la div(!r>it(' o action; Il hiérarchie s'y fait toiijo ii -. r((cotiiwiilre dans un ensciiiDli! harmonieux; lo pontife

503 CEREMOMKS

est servi par los prf'lres, les prc'^lres par les tiiinistrcs, Irs niinislres par les jeunes clercs, et les jeunes clercs par les enfants : or, tout se fait sans confusion, chacun ayant sa |)lace assignée, son costume spécial et ses fonctions particulières. Or, établir le môme ordre entre les dilférentes parties d'un livre ou d'une reuvre littéraire uuelconque, ne serait-ce point la |)erferlion littéraire et religieuse tout h la fois? Un livre, un discoiirs, un [loënie h la i^lMire de Dieu, c'est en qiiel(pie sorte un oflice dont il faut s'acquitter, un sacrifice d(ï louange qu'il faut offrir. Or, la pensée doininanle, la pensée mère de l'ouvrage doit être connue le pontife, qui est servi h l'autel dans un ordre hiérarchique et admirahlt! par tout le clergé inférieur ; aucune des idf-es principales ne do t être omise ; la i)]ace de chacune doit être conservée, toutes tloivcnt apparaître avec leurs vêtements parlic\iliers et spéciaux.; tout doit se faire ainsi hiérarchiquement et solennellement dans le recueillemiMil universel de toutes les puissances de l'Ame; et h cette solennité de la pensée, à cet ollice du tjénie, doit |>résider, non pas le caprice de i'honune, mais la règle, mais l'autorité, mais le bon goût, qui en est l'expression catholi- (|UP, c'est-à-dire universelle, conune aux céiémoniesdel'Kglisc j)résiderautorilé apostolique universelle et traditionnelle des usages déterminés par les légitimes pasteurs.

Mieux (pie toute autre, la littérature religieuse est en mesure dtî donner des lois au inonde intellectuel , parce qu'elle peut et doit recevoir les siennes d'une autorité infaillible. Ce (ju'on appelle ins|)iration, dans les littératures profanes, n'est souvent (pie le jeu des passions ou l'enlhousiasme factice d'une imagination (jui s'échaulfe h la poursuite des fantômes. Le beau est co:iveiition- Tiel chez les poètes profanes, parce que le vrai peut être toujours contestable. Les j)laisirs des sens ne sauraient même être une règle sûre; (juoi, en elfet, de plus changeant, de plus inégal, de plus incertain, de plus capricieux que les sens ? Mais le sens intime de la vérité, con(;u nar l'Ame et sanctionné l)ar une autorité iniaillible, nous donne le type véiilabhî du beau en philosophie, en llllérature, et même dans les arts plasti(pies. Ou a comparé la littérature <i un sacerdoce, et elle peut en elVet s'en rapprocher par des caractères communs; mais h; premier de ces caractères, c'est de recevoir ses inspirations de Dieu seul, et de suivre un ordre liiérarchi(iue dans la (lis|»osition des idées; c'e>t d'élablii-, pour coordonner entre elles, toutes les |)arties diverses d'une même (cuvre, un plan (lue d tiiiine toujours la majestueuse unité; l'unité dans la diveisit»'', r(H-dre dans la distrilmtion et l'harmonie d.ins h'S rapports, voilh les lois régiilatri( es du vrai et du beau dans tous les ouvrages des Iumuiiies. Or, c'est c • (pii se trouve dune m iiiière suréminent!' dans le. cérémonial de I Kgli^c; pounpioi donc n'admellrait-on pas ipiu l'ensemble des (•('•r(''monies religieuses tf>l ui gland poème en action, <t (pi'un vrai

CHANSON

poëme religieux d(>vrait être conçu, oisposé orné et exécuté comme une solennité écrite? On en est venu maintenant h ne plus Fien négliger des richesses de la religion, et pour venger le bon sens des dégoAts alfeclés do Voltaire, les hommes d'un goiU véritable savent oiî ils doivent chercher désormais les incontestables beautés; mais l'étude de la liturgie, à hupielle nous consacrons dans ce Dictionnaire un long article distinct de celuici (Koy. Litlrgik), et celle des cérémonies religieuses ne sont peut-être pas encore assez consciencieuses classez suivies : nous avons une ignorance profonde h combattre et des nuages épais à dissiper ; car la littérature nébuleuse du commencement de ce siècle, combinée avec les vapeurs méphiti- (jues du siècle deinier, a bien obscurci, je ne dirai [)as l'or pur et incornqitil»le du sanctuaire, mais les yeux des faibles chrétiens, (pii cherchent niaintenant l'entrée de l'église h tAtons. Tendons-leur la chaîne de la tradition universelle ; faisons-leur toucher au doigt ces vérités (jui se tiennent si étroitement, qu'on ne peut en détacher une sans que toutes les autres soient i)eidu('s; reconstruisons {lièce h pièce Je sanctuaire de Dieu, comme faisaient les Israélites au retour do la captivité; tenons, comme eux, d'une m.iiu ré[)ée pour nous défendre; de l'autre la truelle pour rebâtir, et ne craignons pas de proclamer hautement ({ue non-seulement tout est vrai, mais (jue tout est beau dans le culte catholiipie, apostolique et romain ; (pie là est la sanction ae toute morale, de toute science et même de toute poésie. Puis fai- S'»ns appel à tous les talents, ouvrons une lice artistique, [iroposons des tournois à l'élo(Iuence, à la science, aux belles-lettres; nous niarc'ierons au combat armés de Tautorilé éternelle ; les fantaisistes et les incrédules viendront avec leur armure brillante et légère, et l'oi verra bien (jui le premier sera désarçonné, et (jui le dernier tiendra la lic(;.

CHANSON. — On ne s'étonnera pas do trouver, dans un Dictionnaire de littérature reliyieuse, un article sur la chanson, lors- (pi'on saura (]ue ce g nre éminennuenl français est cultivé avec succès au séminaire de Saint-Sulpice, pendant les vacances, dans les pi(Mi.ses solituties d'issy, et (pie les plus l'ervenis parmi les élèves s'y montrent (piehpiefois les plus francs et le» j»lus joyeux chansonniers.

La religion, en etfel, ne proscrit aucun genre de litléivituie honnête, et c'est un devoir pour ses enfants do lui consacrer s[>écialeuKMit les talents dont on a le jilus abusé. La chanson, destuiée à exprimer la joie, à n'-créer l'esprit, à toucher le c(eur par de l^racieuses images, s'est trop souvent inspirée de s(Mivenirs dangereux et d'images licenei«Hises. Pounpioi ne serait-elle |)as aussi bi(ni consacrée aux souvenirs de l'innocence, aux saintes joies de la vertu, aux allégresses dune bonne conscience?

Saint Jean de la Cr.iix, sainte Thérèse, sanit Fr.uieois d'.V-sise et nlusieuis autres

CHANSON

saints personnages ont fait des chansons spirituelles. La plupart des vieux noëls ne sont autre chose que des chansons villageoises où se trouvent quelquefois, sans offense de Dieu, les plus franches joyeusetés. Un assez grand nombre de pièces contenues dans le recueil des cantiques de Saint-Sulpice sont de véritables chansons, comme, par exemple, celui-ci, qui n'est évidemment pas fait pour être chant<î en chœur dans une église, mais solitairement parmi la paix et les beautés de la campagne.

Bénissez le Seigneur suprême, Pelils oiseaux, dans vos forêts.

Dites sous ces ombrages frais :

Dieu mérite qu'on l'aime !

Dans ces l>eaux lieux tout est fertile ; J'y vois des fruits, j'y vois des fleurs , Et je dis en versant des pleurs ■ Je suis l'arbre stérile !

Le pieux archevêque de Cambrai, Fénelon, composait aussi, dans ses moments de loisirs, des chansons sur des sujets de piété. 11 nous en reste une de lui où l'on trouve ce cûu])let :

Jeune, j étais trop sage, El voulais tout savoir ; Je n'ai plus en partage

Que badinage.

Et toucbe au dernier fige,

Sans rien prévoir.

Fénelon explique dans les autres couplets cette sorte d'indifférence pour le savoir et les jirévoyances humaines, par un abandon complet h la sainte volonté de Dieu.

Ce qui distingue la chanson s[)irituelle du canti(}ue, c'est un ton moins grave, une mesure plus vive, une versification plus légère. Le cantique, d(!Stiné h être chanté dans l'église, (J<ut être toujours grave et sérieux.

On peut distinguf-r, dans la chanson rapportée <i la littérature religieuse, trois genres spéciaux : la chanson spiritii(;lle, la cnanson morale, et la chanson récréative. La chansrjD S|)irituellf; doit, jifiur Ifs chrétiens, re'iqdacer h-.s f;fiansoris «l'amour profane : elle doit r-xprimer les joies, h's espérances et les tristesses du saint amour, s'élever .'i Di«'ij p.ir le spectacle de la nature, faire jiarler les objets inanimés; j)h;urer, sourire, méditer, se pl.iiridrf; doiicj-riient, rapp(;l(;r de louchants souvenirs, etc. La chansr»n morale doit exprimer l'adiinralion de ce qui est bien, le IjMiiie de cerjiii est mal: elh; p»;ul contenir des préce[)tes plus édili'inls que ceux des chansons épicurieruies ; elle doit surtout fuésenler h; c<ilé aimalde r;i gracuMix de la vertu ; elle |)eul rire des travers d»; l'incrédulité r-l du vice, exprimer une fi U! et sjtiriliiellr; satire, mais toujours, cep(;;i(|,Hil, avec les égards de la charilé et les ménagerm nls de la discrétion chrétienii". Lnlin, hi « hari- .so'i récréative est réservée aux ieux irinf»f-eiils fie l'esfjrit, 'i d«;s ré«:ils d'.ivenlijre» plaisjuiles, .'i des caricatures ingénieuses. Voici quel'iuet exemples de ce» dlirérenles »orl»'S de rfi.insori-» :

CHANSON soa

Léylise de campagne.

Air : Comt>ien j'ai douce souveQ;tuce.

Solitude auguste et profonde, Uii Dieu de. sa gloire t'inonde ; H est ici, non pour les grands

Du monde, Mais pour les liumbles habitants

Des cfiamps.

Dans la retraite et le silence Mon âme vers Jésus s'élance ; Au temps où je bravais ses lois

Je pense, Et j'embrasse en pleurant sa croix

Cent fois.

Mon cœur s'unit à la victime

Qui vient s'immoler pour mon crime :

A sa vue un céleste feu

M'anime ; Avec transport j'aime en ce lieu

Mon Dieu.

Plaisirs, bouneurs que l'on envie,

A Jésus je vous sacrifie ;

Je veux lui donner chaque jour

Ma vie, El pour lui mourir à mon tour

D'amour !

La solitude.

Amis, grandeurs, plaisirs, fortune et gloire Camps orageux, intrigues de la cour, Trop vains objets, fuyez de ma mémoire, Je vous oublie en cet heureux séjour.

D'aimables soins ma vie est occupée ; L'oisiveté m'était un lourd fardeau :

Qu'avec plaisir j'échangeai mon épée Contre la bêche et le simple râteau !

Jeunes l>eautcs, sirènes inlidèb^s.

De vos liens j'ai su nje dégager:

Ici les fleui-s autant (pie vous sont belles,

.Mais une rose cuivre sans danger.

FJs éclatant ! qnollf magni(ic(Mice !

liC Créateur t'a vi-tii (Minme un roi ; Le soiivc^rain qui règne sur la Krance .\vec sa gloire est moins brillant (|iie lui.

Aimables (leurs que vit naîlic l'aurore, Avant le soir vous allr/. vous llcirir : Orne/, l'aulfl du mailie que j ailore, A bon service il e.>>l d(tii\ de mourir.

Celte chansrui pieuse, ainsi <pie la [)récéd(!'ite, est de mademoisidh! Angélitpie (ior-don , et a naru dans le recueil intitulé: l'iléijirn cfirrlirnurs, drMixième édition di's linsiiis podlii/urs (V nue jfiini' solilairr.

Nous ne donnons pas ici la tr-adirction di\s chansons s|)irituelles de .sainte 'l'hiirèse , saint J«'nn de la Croix et saint François d'Assise, parcf* qu'on h-s Irniiviîra h hniiplaci! dansée l)iclir)riiiaire. {Vo!/. siiiiit Fiian- (;ofs, saint Jkan dk i.a Choix et sainte 'l'iii;-

lU'iSK.)

La chanson spirituelle! se confond peutêtre un peu trop avec le cantique : il faudrait établir, pour les distinguer, (pie les vérités sacré(vs du dogme soiil rés(;rvé(^s nu caritiipu!, tandis (pie les allertlioiis et h-s considérations pi(nises, «'xprimées avec givice et poésie, "eraienl du domainede la chaiisoii.

iJi chanson morale est eiseiliellemenl

CHANSON

jiliilosnphitjiio, cJ nous oiUeiidoiis ce mol iri dans un sens clirt'-l en. Il cxislo plusieurs chansons morales sur ro\istence de Dieu, sur rinnnort,ilit6 (ie r.lino, etc., qui se distniuiuonl dos odes el lrnil(''s poéli(|ues sur le uiùnie sujet par la légèreté de li nianièie el la délicatesse de la louclie. Oi ne raisonne pas en chanson, mais on ()eul faire sentir le résultat du raiso: ncnienl. Ce (]ui «aractérise la chanso-i, c'est le Irait : du moment que le trait porte, la clianson est bonne; ni;^is le trait doit (Hi-(> toujours léger el frapper Iticn droit h son hut.

Voici quelques chansons morales :

Dieu.

Il est im Dion, nic<lis;nl la naliiro, Qii;iiiil le soleil, lui rc ulanl ses couleurs, Diin fcii propice ei d'iiiie rl;ul(> pure IU'j<)(iis>>ail les sillons el nos euMir^.

— Oui, sur les mers, an ciel, sur la verdure. Je vois partout rompreirile de ses pas ;

Il est lin Dieu, disais je à la iiaUin', El les ineclianls ne le déuuironl pas.

Il est lin Dieu, mais ce Dieu me resseinlile. Dit le méclianl pour lroni|)er ses remords ; Quand les lomhcanx, sous son troue (jni trein-

Ihle, Prêts .'i s'ouvrir, font tressaillir les morts. Dans les enfers la révolle esl punie : Baissez la tète cl gémissez plus has.

— Il esl un Dieu, dis-je a la tyrannie. Kl les mcclianis ne le délrtiirout pas.

Il est un Dieu ! — Non, nuirinurc un alliée l,e liasartl seul comuiande à l'avenir, Kl la nature, iiidiisnieiix Panlliée, Itenaîl sans cesse el change sans Unir.

— Lors une mère à nous sesl presenlee, De son enfant guidant les pivmieis pas. Il osi lin Dieu, rcpondis-je à lalliee,

Kl les méclianls ne le déliuironl pas.

Il esl un Dieu, dit le pauvre ipii pliuic. Kl erpendanl lt;s ukm liants sont hi-ureux ; 1. 1 faim cruelle ignore leur demeure.

Kl les liixers n'ont que des lleiiis |»oiireux.

— Mais des vertus conuaissenl-ils les chaiines ? I.iii dis-je alors, en lui lendanl les luas,

Il esl un Dieu qui voit couler les larmes Kl les nici liants ne le dciruiro.it pis.

Le bon Dieu du petit enfant.

S.iis tu celui (pii dans la plaine

Nourrit le pelii lapin lilaiic ?

Qui f.iil une robe de laine

Au Ikmii |ielit agneau Iremlilanl ?

♦ ".elui (pli de pliimo légères

ll.dulle l'oiseau ipii grandit,

l.l lui donne de> pelils frères

i'iHir ipi'il n'ait pas froid dans son nid «'

Sais-tii relui qui sur la terre Kail venir di* si helles (leurs.

Kl qui leur donne sa lumière Avec iW- si vive.s couleurs ?

<^el:ii qui suspend à la luaiirhe l.c Iniit, oWjel de Ion drsir, Kljiis<|u'a les lé\res le penclic l'our l inviter a le choisir ?

S lis-tu celui que les étoiles (•eg.«rd*'nl pend ml Ion sommeil?

Qui du malin lil.uicliil les voilcÀ l'our le IvMir du Ijcau soleil?

CHANSON 508

Celui par qui le jianvre espère, Celui qu'on doit aimer toujours.

Kl qui lait, ar.\ soi s de Ion pèie, Trouver le pain de tous les jours?

Knfaiil, si lu veux le connaître.

Sois sage el liien oliéissant ; (^ar à la fois il est ton maître Kl Ion ami compatissant.

Tu sais déjà comme on le prie.

Ta voix s'essaye à le nommer ; •Mais de la inere si chérie L'amour seul l'apprend à l'aimer.

lléranger, celui ae tous les poi'les français qui a porté la chanson h sa plus haute expression poétiiiue, n'en a malheureusement [las bien compris la portée morale, et s'est d'ailleurs fait trop souvent l'écho des préjugés irréligieux du xviii' sièch', pour que nous ayons à le citer beaucoup ici ; mais nous détaclierons avec d'autant [ilus de {ilaisir de son volumineux recueil une chanson tout enlière et quehiues couplets glanés çà et là.

La chanson que nous revendiquons comme religieuse et morale esl intitulée : Le voyageur. C'est un dialogue entre un homme iatigué dos déceptions de la vie, qui blasphème la Providence, et un vieillnrd (pii le réfute en lui faisant du bien, et lui [irouve Dieu par toutes les consolations (lue l'hospitalité, l'amitié et la [ aix de la famille peuvent apporter h une Ame longtenqis blessée. 11 y a dans cette réfutation muette des bl.isphèmes d'un insensi' par des biiMifaits , quelque chose de délicat et de touchant. Lu vieillaKi sent qu'il faut soigner le pauvre voyageur comme un malade, et non le confondre comme un raisonneur, et il se trompe d'autant moins en cela ipie le malheureux déraisonne; mais il déraisonne connue le siècle, et celte chanson n'est rien moins

3u'une réfutation des poésies sataniqucs e 1 école byronienne. Cette chanson est d'autant jilus remarquable , qu'on peut y trouver le sujil d'une idylle dans le genrf de (lesner et de Berquin, d'une conqiosition dramatiipie et d'un petit roman moral, ou tout au moins d'une nouvelle. Voici celte chanson :

f.e vot/ngrur.

Air : riii« ("Il est de fous, |.|...s un r I.

/-(• vieillard.

Voyageur, dont Page inleressr.

Qnil chagrin llèlril les beaux jours ?

/,(■ vntiiiffcnr.

l'.un \ieillird. itlaigne/. ma jeunesse Km Imite aux orages des cours.

Ia" ricillnnl.

Le sort est injuste, sans doute.

Mais n'esl pas toujours rigoureux ; Dieu, qui m'a plicè sur ta roule; Dieu l'olTre i;n ami [his), sois lieureiiv.

Le l'Otjagrur.

Mes maux sont de tristes exemples Du pi>ii\oir des dieux d'ici lias ; llunloi le crime aura des tempL-i Dc9 p.dais il doit cire las !

â©9 CHANSON

Le vieillard.

Prends mon bras, car un long voyaj^c Endolorit les pieds poudreux; Comme toi j'errais a Ion âge.

Dieu l'offre un ami {bis), sois heureux.

Le voyageur.

Quand finvoquars, d ms la tempête.

Ce Dieu quon dit si consolant, Des poignards, levés sur ma têie, Portaient gravé son nom sanglant.

Le vieillaitl.

Nous voici dans mon ermitage.

Versons-nous d'un ^in généreux; Hélas ! mon fils aurait ton âge !

Dieu l'offre un ami (6i-s), sois heurenic.

Le voyageur.

Non, il n'est point d'être suprême Qui, seul, peuple Fimmensiié; Et cet univers n'esi liii-même Qu'une grande inutilité.

Le vieillard.

Vois ma fille, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux ; Elle a consolé ma vieillesse.

Weu l'offre un ami {bis), sois heureux.

Le voyageur.

Dans celte nuit profonde et triste.

Ce Dieu vient-il guider nos pas?

Eh î qu'importe enfin qu'il existe.

Si pour lui nous n'existons pas?

Le vieillard.

Voici Ui couche et ta demeure; Chasse les rêves lénéhreux; Tiens-moi lieu du fils que je pleure : Ui€U l'offre un ami (bis), sois heureux.

I/élranger reste, il plaît, il aime, Et hienUil, de (leurs couronné, KfMux et pt-re, il va lui-mènw; Dire à plus d'un infortuné :

Le sort est injusie sans l'oiile, .Mais n'fsl pas toujours rigoureux :

Dieu, qui m'a plact; sur la roule, Dieu toffre uu ami (bis), sois iieureux.

11 est im[)f)ssihle fJ'irn.'igincr une réponse j)|ijs spirituf'lle f;l plus chiuilahlo h la fo s ii toutes les diva„'alioris (liribolifjues du doute, de ratli(;isrrie et du désespoir. F,(î fameux mot : Va le courhrr, liu.iilr, tu sens la fièvre, est ici paif-'iileiii''rit ;i|t|ilifpir''. Kn elful, k quoi bon p' rdie .^on zèl(! et ses armjinents c/jntre des ^ens f|ui ne savent jdiis ce «pi'ils disent? Il hiut leur l;llei- le pouls ou hien leur i»arler d'aulre eliose; car induliil.ihleincnl ils sont malades ou timbrés.

l,'n chrétien sévère eensurerait i)eut-étre dans la chauson que nous venons de citer, ce ver-», qui semble un |>eu païen :

1/6 aorl cftl injiiHU- sanfc doute ;

mai» il faut remarquer (\\i'h l'iniustjce flu sort cl pour la corriger, le vir-illard oppose la providence «le Dieu; il réfute donc celui rpiil console, tout en paraissant lui faire une »'Sp/}ce, rjf; concessifjn.

l/illuslre chan»r)ruiier n'a pas été; souvent ainsi heureux è notre [»oint «le vue, «a |,i ch.msrin «pie nous veruuis «lo <;iler est la s«*ule peut-ôlre de tout son recueil «pie nous n\on^ pti h;!!!* Mi''»nv<'"ii«'nl Iratihcrire i' i

CHANSON

tout entière. 11 faut le louer encore cependant du tendre intérôl qu'il témoig'ie souvent aux pauvres, cette famille souiïrante du Sauveur. Doux do ses chansons, LeviciLT vagabond et Jacques, sont des tableaux dramatiques et navrants de la mort dans la nui et dans la chaumière. C'est le mendiant qui expire dans un fossé, abandonné de toul !e monde, et se consolant de passer pour éiro ivre, parce quil échappera ainsi aux dernières insultes d'une froide pitié.

Dans ce fossé cessons de vivre; Je finis vieux, infirme et las ; Les passants vont dire : Il est ivre ; Tant mieux ! Us ne me jdaindroul pas.

Quoi de plus triste et en môme temps <lc plus touchant que les paroles suivantes :

Oui, je meurs ici de vieillesse,

Parce qu'on ne meurt pas de faim ;

J'espérais voir de ma détresse

L'hôpiial adoucir la fin;

Mais tout est plein dans chaque hospice,

Tant le peuple est infortuné !

La rue, hélas ! fut ma nounice ; Vieux vagaîond, je meurs où je suis né.

Aux artisans, dans mou jeune âge.

J'ai dit : Qu'on m'enseigne un métier.

Va, nous n'avons pas trop d'ouvrage,

H pondaient ils, va mendier.

Riches, qui me disiez : Travaille,

Jeus hien des os de vos repas;

J'ai hien dormi sur votre paille.

Vieux vagahond, je ne vous maudis pas.

J'aurais pu voler, moi, pauvre homme;

Mais non, mieux vaut tendre la main.

Ces sentiments de pardon et de probité «pie la dégradation de la misère n'a pu encore ellacer sont d'un grand effet dans cette chanso'i, ou plulrtl dans celte sombre élégie : car Déranger a fait entrer dans la chanson tous les genres do ))oésie.

La scène dram..ti(pte inlilulée Jacques n'est pas moins saisissmte. Une pauvre femme de village en end l'huissier (jui va de ciiaumièrc en chaumière exiger l'impôt; elle appelle son mari avec désesi)oir :

Pauvres gens ! l'impôl nous dépouille ! Nous n'avons, accuhli-s de maux, Pour lions, Ion |ti-ii! ri six nianiinls, Uien que ta Ixclie (;l ma (pienouille.

Leve-loi, Jari|m's, li-ve-toi, Voici venir l'huissier du roi.

Il entre, 6 ciel ! «pie dois-je craindre ? Tu ne «lis mol; «im-ilir italcnr !

ilii>r, lu l'es pl.iinl de ta douliMir, Toi «|ui souffres tant sans le plaindre. Lrve-loi, J.ici|iies, Irvc-loi, Voici iiKinsiiMir l'huissier du roi.

Elle, appelle en vain, il rend l'amc.

Pour ipii s'rpuise a Ir.ivailh'r, l„i mort esl Uii dotiv «»rriller.

KoniM-H gens (trie/. |>onr ha feinmel LfVf-loi, J.icipus, levctoi.

Voici monsieur l'huis.^ier du roi.

Ce «pii rend |)lus épouvantables «es labbiauK de la supr«>mo misère, c'est i|ii«! l'idée de raulrt; Vie, l'imai^o du Dieu cl do non

?fl

CHANSON

r.HANSOP»

Christ tif vionnrnt pas les adoucir, c'fsl (jtif la cliiuih' («si absontt\ ot en t'HVt qui (.lotie ira inaiutiMiant, h la plare de saint Vinront «lo Paul, relever le pauvre qui aj^onise dans la rue? Qui consolera, dans une froide et rt'"pu};naiile masure, les derniers monienis ilun misérable dont Todeur et la vue soulèv(Mit le cœur? Sera-ce les enfants de Voltaire? les amis du bon vin et de Lisette? Teux qui branlent la lôte en passant devant la croix, et qui disent encore : Il venait no'ir sauver les outres, et il n'a pu se sauver lui-même?

Comparons à ces deux tableaux une autre pi^ce de poésie du môme genre, mais conçue dans un esprit bien différent; on pourra voir ce que l'incrédulité du siècle a ôté de consolations aux douleurs humaines, et combien sont cruels envers le pauvre, l'inlirine et le cœur isolé, ceux qui mettent t(ml )»' prix (Je l'existence dans le bicn-cMre de la terre.

La pauvre LUhcinr,

La neige an loin, lnillanl malgré les oml)res, C.liarge le loil de mon liislc nîdiiil. Kl l;i(iiiiloii, sidlaiil ('ans les tlt-combrcs, Vieiil ajouier aiiy lioneiirs de la nuit. Sur mon gralial, ircmlilantc et demi-nue, P;Ue victime éeliappco à la mort, De mes douleurs je ne suis poiul émue; Won cœur est calme, et je bénis mon sort.

Depuis vingt an'*, sous mon toil solitaire, N'a point paru la tVoide Immanilé; Oiijel d'Iiorieiir aux enfants de la terre, D.ius mon réduit nul ne s'est arrêté.

A murmurer (|ni pourrait me coniraiudre? Depuis vingt ans, mes maux sont de mon choix; D'ui Unig martyre, eh ! saurais-je me plaindre, l'iilc d'un Dieu mort pour moi sur la croix?

Si ma douleur émeut ItMir hienfaisauce.

Si j'alleuilris des c(eurs si dédaigneux.

Leurs dons l'gers, ah ! (pii nu' les dispense?

Des serviteurs froi 's et tJislraits comme eux.

Mais en secret, à l'aube renaissante,

Page 1