‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 34 sur 233 · es (ils du ciel viemuMit me cousoltT · texte numérisé non relu

es (ils du ciel viemuMit me cousoltT

La charité, douce et conipatissaute,

l'rés du mailicur toujours aime à voler.

Sans doute, lu-las ! sa voix sainte et divine

N'a pas l'accent d<! la tendre amilit-.

Point de regrets!... pour la pauvre Lidwinc,

(.'est hii-n .isse/, d'inspirer la pilie.

Aux sentiments, doux charme de la vie,

|)rpiiis \Migl ans, u'ai-je pas dit adieu?

Kt l'auilrait-il à mon àm<; ravie

Un autre ami (pie son père et son Dieu?

r.e Dieu si bon, (piiltant son lalx-rnacle, Diigiie venir jMxir s"- donner a moi, ^iiariil de n)es maux le degoù;aiit speclacio A tout mortel inspire de leUVoi.

Viens, je tatlends, (> père que jimpiore î Viens, bàle-toi, mon divin Kc lempleur, l»ifU l»ieii-aime. du mal (|ni me dévore. Lu te voyant, j'ouhlirai la rigueur.

J'entends au loin la clochette argentine;

Jésus savanco, il arrive en ce lieu :

i.f w»n s'apirrocbe; à rhfureiise Li IwinC

I ne voix dit : Ji- suis l'agneau de Dieu !

Mailre des rois, (fui (orme Ion cort<g<' ?

D.'s gramls? Oh non ! des enfanls. des vieillards.

D'Ui pird timide ils vont loidant la neige.

Sur leur rosiirc anélaut leurs r<'gards.

A Irn aspect un ptaisir pur m'inonde; Mon cdMir bénit la lumière du jour; Ll dans ce cœur, si dédaigné du inonde, Drille mi rayon (l'espérance et d'amour. 0 doux espoir ! voilà mon juge : il m'aime t Je dois attendre un arrêt indidgent.

Pourrais-je craindre, à mou heure suprême. L'ami qui vient sous mon toit indigent?

Au mf'cbant seul, qu'elle accable d'alarmes, La mort, hc'las ! est nn affreux réveil ; Mais, pour le juFlr, elle brise ses anues Kt prend les traits d'un paisible sommeil. Rouvre les yeux, chrétien, ton Dieu t'appelle;

Knlre ses bras tu t'étais endormi

Heureux cent fois, heureux le cœur fidèle (jiii se rêve. Ile auprès de son ami !

(.\ngéliquc Gordo>.)

La misère sans Dieu est un abîme : c'est l'enfi'r, d'où peuvent sortir toutes les furies et tous les crimes. La misère que Dieu console, c'est un Calvaire d'où l'expiation et le nardon descendent encore sur lo monde avec les pleurs du pauvre raôlés au sang intarissable d'un Dieu.

Voilà des réflexions bien graves h propos de chansons; mais nous venons de faire voir que des chansons peuvent être quelquefois fort sérieuses, surfout lorsqu'elles apfiartiemienl à la catégorie des chansons morales.

La chanson a une grande importance par son influence populai^e. L'imprimerie la multiplie comme les feuilles que le vent disperse, et elle pénètre partout, mais surtout dans les ateliers et dans les chaumières, portant aux blessures du peuj)le le baume ou le poison. Les hérétiques de tous les temps ont reconnu l'cllicaciléde ce moyen de prf)pagande. Arius, ou du moins queltju'un de ses premiers disciples, avait mis son hérésie en chansons. Les albigeois et les vaudois rimaient en roman |>roveii(;al des invectives contre Home, et l'Allemagne s'est soulevée au chant du choral de Luther. La révolution de 1793 s'est résumée dans la Mnrscillaisef et l'inlluence de Béranger s'est fait sentir de 1830 h 18V8. Le socialisme a maintenant ses chansonniers, (jui veulent r/u'on boive à la ronde pour iindt'penilance du monde, ce qui j)Ouria co'isliluef dabord tant bien (]ue mal la fraternité des buveurs, mais n'avaticera guère l'indépendance du monde hors des limites du cabaret. Pourquoi la vérité calholi(pie et la vraie propagande de rKvangile ne semparent-elles pas de ce moyen si sim- |ile? Potir(iiioi n'avons-nous pas de chansonniers religieux ? Sont-ce les itispiralions ipii matKpient, ou désespértnait-oi: du succès ? Mais les socialistes ne doivent les leurs (pi'au nom de Jésus-Christ (jti'ils mvoipient. La croix est toujours populaire. (pioi(pi'oii l'ail abattue en IH30 ; c'est un arbre vivace et (jui renaît diî ses blessures. Il faudrait setilement savoir faire et oser.

On peut ranger aussi parmi h^s chansons morales celles (pii excitei.l aux sentiments honnêtes, comme l'amour de la patrie, le (|(''VOuement, le res|>ect de la famille, l'unioti entre les frères et ralfeclion muluelle des ('•poux, celles (pii célèbrent les vertus et les belles actions des héros, la justice et k

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di'sintéressement, la bravoure militaire, et L'iiliii toutes les i|ualités relatives aux diffrrcnls devoirs sociaux. L'on peut voir par Ih que la chanson n'est pas par elle-môino un genre que la littérature chrétienne puisse et doive excommunier, et qu'il serait facile à des honiDiesd'un talent spécial de composer un volumineux chansonnier oià rien ne blesserait ni la foi, ni l'honnêteté , ni les mœurs.

Les chansons purement récréatives sont celles qu'il faudrait surveiller et châtier avec le plus de soin, d'abord parce que la bonne plaisanterie est de toutes les choses de l'esprit la plus difficile et la plus rare, ensuite parce que la charité est aussi délicate qu'une sensitive, et qu'on Teftleure rarement sans la blesser. Le problème à résoudre c'est de trouver une gaieté communicat ve qui ne soit ni bouffonne, ni licencieuse, ni méchante. Donner de la force, de la vivacité et de la grâce à une innocente malice est, comme on peut bien le comprendre, un travail assez déiicat.et la réussite dans ce genre peut être appelée une trouvaille et un boniieur. Sainte Thérèse a dit : « Ne raillez jamais de quoi que ce soit, » et c'est une excel- Jeriie maxime; mais comment plaisanter sans railler? Voilà le problème h résoudre.

La peinture des ridicules en général et sans intention de personnalités marquées divertit toujours et ne blesse jamais, pane que ()ersonne ne prend i)Our soi les critiques générales ; les bons mois qui ne s'adressent pas à l'amour-firopre des auditeurs les amus.;nt ordinairement, mais il faut éviter le batelage et la boulfonni.'rie : les excessives difTicullés de ce genre expliquent |)Ourqnoi les sa^es directeurs de S<iint-Sul[)ice perrnetlent à leurs élèves de s'y exercer pendant les vacances, et encouragent même leurs tentatives en ce genre; ils n'ont |»as de meilleure occasion [)Our juger le caractère, rtsjtrit, la (inesse, la charité, Ihabihité de talent ries candidats au saint ministère. Un jrnnie homme qui saura faire une cliarison toniique sans d<;roger en rien à la gravité fcclésiasliqur*, sans blesser aucune convenance et sans offenser (pii (pie ce soit, ne .sera {(asseiilemeril un habile iirédiciteur, ce sera un bon diploma((;. Si l'on lisait rjnns que](jue ancien auteur qu'on ait mis h; cnlactère ci l'esjiril des jeunes élèves de l'Ialon ou flAristote.! un»? seuililable éprcnive, on admirerait sans doute cf; m<'dan^e de stoïcisme et d'uibanilé, car le stoicisnu! aussi e.Hl mis en jeu dans les chansons du sémiii.ure, et voici coinment :

Tout ce (pi prèle h la [ilaisanterie, soit dans |(r caiacleio personnel, soil dans les aventures et mésaventures particulières de rhrtcun, sert de HMlière à la ( lians'ui. (les ch nsfms, apr(!»avoir été prénlablcimMil sounii»«r» .^1 1;» ctjiKun- du diredcur, se cli.inlffit le soir ()ubii(|unrn»!nl dans In s.dleiics conlèr»'nces,eri (ir«;'seiir(;de toute la coMimiinauté réunie, <y(; sont d(! vèritaldes Nut'i-n d'Anslo;ihniiA,oij leSocraledoil non-seulement s(! tenir (ieboiil au iiiili(ni d(; rass(;iiililé(;, iii,-ii<i *euir eufore la clinndelle et éclairer lui-mèim;

CHANSON

5li

son poète nialicieux, qu'il pourra condamner le lendemain à un pareil office par de trop justes représailles. On comprend par là combien d'adresse et d'esprit il faut au chanteur pour ne pas changer les fonctions gracieuses de son acolyte en véritable pilori, et l»)ul ce qu'il y a d'ingénieusement habile de la [)ait lies supérieurs dans le choix d'une récréation si philosophique et si littéraire tout à la fois.

Cet usage d'ailleurs n'est pas nouveau à Saint-Sulpice, oiilon ne sait guère ce que c'est que des usages nouveaux. Les gazettes jansénistes y trouvaient, du temps môme de Louis XIV, un prétexte pour médire et jiour fronder, et l'on y appelait les soirées cliantantes d'Issy les Représentations de la troupe de M. Vahbé Couturier. M. Couturier était alors supérieur général de Saint-Sulpice ; les chansons survécurent néanmoins aux gazettes, et continuèrent, sans autre interruption que celle de la révolution française, sous'I'autoritéde M.>L Bourrachot, Legallic, Einery, Duclaux et Garnier. Ce dernier, vieillard vénérable à cheveux blancs, l'un di'S hommes les plus instruits de l'Europe, encourageait |)ar sa présence, malgré soi grand âge et s s nombreuses infirmités, ces innocents combats littéraires , où souvent vainqueurs et vaincus se réunissaient pour le fêter et le b nir. Cet usage des chansons n'cilait pas d'ailleurs du goût de tout le monde : (piel(|ues esprits chagrins y trouvaientsouvent à redire; l'un d'eux osa même, un jour, se plaindre aux supérieurs d'un usage (jue leur sagesse et leur expérience tolérai(Mit (l(;puis si longtemps ; on ne se fâcha pas de la ré, rimande de l'élève, et ou lui jiermit même de développer sa thèse en public, pourvu que la thèse fût en chansons : lejiuritain se fit jioeio alors malgré lui, pcnitêtr(! même malgré Minerve, comme dit le proveri)e lalin, et Ton s'amusa beaucoup d'un argiimeiilateur (pii se donnait tort ()our avoir raison ; ce fut alors hî (;as do reiioiiveh'r le fameux cercle vicieux : « Epiménides dit (pie les Cretois sont toujours iikmileurs ; or Epiménides est Cretois ; donc s'il ne ment pas il ment, et s'il ment il no ment f>as, etc., etc.

Mgr rarchevê(pie de Paris et plusieurs autres prélats ne dédaigiièrenl pas (pielcjucfois d'encourager, par I ur présence, les elforts novices de nos modestes cliansonnieis; on iiiifirovisait alors , h la lin d(! la chanson, (juel(pi(! couplc't do circonstance, toujours graci.-usiniKMit accu(!illi. En IH.'l.S , Mgr de Ouel(>n avait [lassé au sémiua're d'Issy touli; la journée de la Nativité de la Irès-sainto >'i(;rge, l(! 8 sepleiiibre. Le temps av.'iil été magnilique, et un grand luxe de [iréparalifs cliamjt('-lres avait élé déployi- par les élèves ; h-s giiirl, unies de feuillages et <;e (leurs, les illiiiiiiiialir>ns brillantes, h; feu d'arlilicc au cliillVe luiiiitieux d(> la IteiiKMhîs .ingrs, rien ne maiwpia a la soleMiiilé de la soin'C. Il y (Mit iiKMiie une chanson : le poet(! si; r(!|ir<is(nitail embarrassé et commi! di-steuvré an milieu de rempressemeul uiHv<jisel, loul

ys c:iANSON

le monde se disputant riionneiir do tresser I>our le bon archevôcnio des guirlandes et dos couronnes ; il ne lui restait plus rien à

glaner

Oiiand pnr pili(' l'on nu* propose i>i> pron Ire p:ni i\ 1;> moisson; ,

Je n"i»i cneilli qu'une cli;inson ; C'est lonjonrs qiii'lqno cli(»se (fris).

Mais dans celle chanson que dire?

Vieiidrai-je à vos yenx, lourdement, l>es vérins qne le monde admire Déroiderle d('nonil)remenl?

Panvres poêles ,

Les maux de lèles Suivcnl parfois notre encens ; laiions-nmis-

Sans lanl de feintes ,

Aux vérins saintes l'ncœnr l»ien noi)lt: olVic un encens plus Ion \. Dans nos liosqnels s'il se repose, Rossignols, ypna/. le clnrmer ; Nous nous horncrons à l'aimer, C'est toujours qnel(|iie chose (fris).

Ce sentiment (jtait dans tons les cœurs : aussi les couplets furent-ils applaudis avec en'housiasnie. Mgr de Qnclen, visiblement ému, répondit au jeune chanteur avec cetle grAcc et ce sourirtî dont il avait seul le secret : « Je voudrais pouvnir vous répondre en aussi jolis vers (lue les vAtres, mais je ne sais pas plus faire les chansons que vous ne prétende/, savoir bien faire les couronnes ; je me contenterai donc aussi de !a part que vous choisissez, et je vous emprunterai vofre refiain, pour dire aussi, a|)rès vous avoir assuré de toute la réciprocité de mon alTection : C'eut toujours quelque chose.

Les chansonniers du séminaire ne se piquaient pas tous de poésie : il en était dont la bonhomie et la franche gaieté faisaient tout le succès; d'autres se livraient aux écarts d'un style plus ambitieux.

L'ardeni courroux du niMUslre de Nénice

l,ani;nilel meurt d.ins ses yeux assoupis;

iMiéhus sommeille, et sa Icie enflamnic'C

Repose au sein de la Vierge aux (-pis.

L'élude aussi s'(Midorl sur une thèse ,

Kl le plaisir lui vole une saison;

Avecles ris il folâtre à son aise,

El la vertu sourit ù In chanson.

Que tour à tour la famille insjiirée De ses loisirs nous serve un nouveau fruit: La nuise ici, discrète et timorée.

Nous couvrira d'iiiu" gloire sans bruil. Sous la calotte un l.mrier poétique l'ciil Ncipeiter à l'ahri du soupçon ; L'obscurité p.Mii narguer la critique.

Et la vertu sourit a la chanson.

Ces couplets, accompagnés de [tiiisieurs aulres, servirent une année de discours d'ouverture h la petite académie chantanle : « (JiK^ vous a donc fait le monstre de ?iém^e, et que voulez-vous dire avec votre IMiébus? » demanilail-on , après la séaiue , au trop niyliiologiquo |)oèle ? — « Ji; veux liire, répondit celui-ci, que j'ai fait mes humaniti-s tl que j en suis bien aise ; car si je ne les avais pas faites, j'aurais à les f.iiri', el idlo iii'onl ennuyé l)eaucoui>. (Imitation libre d'un Cnnr.i ilr philosnpnir jirntiqiie xur les épinarUs, emprunté à H eut Mouuicr.)

CILVNSO>

5ir>

Le môme poi'te, alTligé de si bonnes études , déploya un jour toute son éloquence contre un confrère qui ne pouvait lui pardonner un jugement un peu sévère, et qui l'avait chansonné plusieurs fois. Le sujet du différend était une chanson un peu longue, qui avait été tra téede botte de paille entremêlée de fleurs : inde irœ. Le poète maltraité se plaignit de son rival (en chansons, bien entendu), et voulut le forcer à répondre. Le rival se renferma tpielque temps dans un dédain superbe, puis entin il répondit :

Qui t'a cédé n'est pas tombé sans gloire ; Je me taisais par rrainle st par respect ; Mais tu le veux, je chante ta victoire, Kl mon orgueil s'abaisse a ton aspect.

Admirateur jadis trop peu docile, J avais osé le donner des leçons; Homère ainsi fut silllé par Zoile, El je portais envie à tes chansons {bis).

Oui, sur ton front les muses et les grâces

Aux lauriers verts ont marié les Heurs.

Déjà l'envie, expirant sur tes traces,

Vient de noyer son flambeau dans ses pleurs.

De tes beaux vers de savantes abeilles

Oui préparé les divines moissons ,

En déposant sur tes lèvres vermeilles

Un miel choisi moins doux que tes chansons.

Quand tu naquis, la belle poésie

Vint le donner un maternel baiseï

Ta faim naissante eut pour mets l'amoroisic.

Kl les neuf sœurs chaulaient pour t'apaisci .

Le ciel sourit a l'astre du génie,

De fleurs la Icrre épancha des moissons,

El les oiseaux, par leur douce harmonie.

Préludaient tous à tes douces chansons.

Kn le voyant, la déesse d'Athènes Cessa d'aimer sou oiseau gracieux; Jamais aussi les nymphes des fontaines N'onl sans rougir n^fic-cbi les beaux yeux. Ainsi uin^toi, les linies sont si belles Que, pour les dire à sos chers nourrissons. Venus t'olfrit ses colombes jumelles, Sai'S obtenir une de tes chansons.

Ce couplet, qui contenait des réminiscences trop anacréontiques et des allusions assez médiocrement charitables h la figure peu avantageuse et aux yeux un peu rouges du poi'te atta(iué , fut imp'loyablemenl mais justement supprimé par la censure.

Voici les deux derniers couplets :

Nouvel Orphée, un Jour l'alTi eux Ti'nar? Sera scnsil.le à les docles accori!s.

Kl des enfers alors le gouflre avare Sera sur|)ris de la gaieté des morts.

Du viiMix nocher la barque |)ass;»gere Sendoiinira, malgi'é les avirons.

Kl pour fermer les six yeux de Cerlicre, Il ne faudra qu'une de tes chansons.

Finissons donc une indigne bataille; IMacé plus haut, tu dois mieux parilomier; Garde lis llciirs el laisse-moi la paille Dont iiioii erreur voulait le coiKuiiier. l'eut-élre un jour lu deviendras mon iiial!.'^; C est à toi seul île donner des leçons, Je les attends, el je pourrai peiilt lie Par leur secours comprendre les chansons.

Ce dernier trait était d'autant plus piquant, ipie l'adversaire^ qui s'adressait celle chanson avait |»eu de clarté dans le style,

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