CYRILLE
honimos dont Cvrillo avait ^ modi'ror les vidienccs et la barharie; on ne doit donc nas s'étonner de lui voir iléployer (juelquerois le zèle d'nn (ribtin et l'énergie un peu ardente d'un elief de parti. On l'aceuse d'avoir fait empiéter l'épiscopat sur l'aiitorilé t(;m;)Orelle; mais ce n'est pas de cela que nous avons à nous occuper ici. Les œuvres de saint Cyrille d'Alexandrie doivent être recommandées au\ amis de la littérature, à cause de la science analogique et tropol<igique des saintes Ecritures dont ils sont remplis. Il a intitulé lui-même ses Commenlai res sur le Pentateuque les Glnphyres, d'un mot grec aui signifie la réunion de l'agréable et de l'utile ; un autre de ses ouvrages , où il traite de la Irés-sainte Trinité, est intitulé le Trésor , et justifie ce titre qui semblerait pcui-étre, au premier abord, un peu ambitieux. Les rai)prochements que saint Cyrille a trouvés entre l'Ancien et le Nouveau Testament sont souvent très-ingénieux, et ces rapprochements peuvent inspirer les idées les plus poétiques. Mais il ne faut pas prendre pour modèle le style de saint Cyrille d'Alexandrie : sa phrase est diflicile , son élocution dure et quelquefois embarrassée ; on dirait qu'il fiiil à l'élégance antique des écoles païennes , qu'il avait encore 5 combattre,une opposition systémati(iue et affectée. La forme du dialogue qu'il a employée dans quelijues-uns de ses traités n'en tait oublier ni la sécheresse ni la longueur; aussi faut-il le lire pour profiter et non pour se plaire à sa lecture. Il ne manque pas de force; mais son éloquence, pleine de zèle, n'étant adoucie par aucun alticisme dans les manières, dégénère pres(iue toujours en âftreté. Saint Cyrille est un grand caractère , un grand docteur en Ecriture sainte , un esprit vif dans ses conceptions, un génie absolu et sévère. Préoccupé entièrement de la grandeur des vérités chrétiennes , il a peut-être trop dédaigné les formes qui peuvent les rendre aimables; saint Cyrille les montrait plus volontiers imnosantes et terribles. Pour l'excuser de ce détaut, si c'en est un, il faut réfléchir h la vie toute militante de ce saint patriarche, et aux chagrins dont son épiscopat dut être traversé. Son zèle le faisait passer pour un caractère remuant et inquiet. Sa résistance aux donatisies , et la mesure vigoureusf (pi'il |>ril en bannissant les Juifs d'Alexanilrie, lui allirèrent l'animailversion du gouverneur Oreste. Trois cents moines de Nitrie se jelènmt dans la ville pour appuyer leur prélat; une sédition s'ensuivit. La"d(M'.te et malheureuse Hypalhie fut renconirée dans la ville, et comme elle passait |)our être hostile au patriarche, les furieux 1.1 renversèrent de sonchai', la di-pouillèrent de ses vêtements, la traînèrent dans un baptistère, où, insiillant î\ la méiiioire des martyrs par cette abominabh* viob-nco, ils lui déchirèrent le cor|>s avec des têts de pots cassés, et linirent |»ar la bn^h;r. Ce crime , que la malveillance ne manqua pas de rejeter sur le saint évêque, dut empoisonner sa vie et lui causer les regrets les plus amers.
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Venger les martyrs par do semblables représailles, c'était donner droit à leurs bourreaux et insulter à leur gloire. Nous no voyons pas que saint Cyrille ait puni les meurtriers d'Hypathie. Sans doute que son autorité é|)iscopale fut méconnue en cette circonstance, au milieu d'une ville agitée en sens contraire par tant de mouvements séditieux; les efforts qu'il tenta pour affermir et pour étendre les privilèges de la dignité patriarcale , prouvent qu'il sentait le besoin d'opposer dans Alexandrie une autorité véritable à Tinsufiisance des lois et des pouvoirs temporels qui nenchaient alors vers leur ruine. Saint Cyrille combattit vaillamment contre l'hérésie de Nestorius , et présida le fameux concile d'Ephèse, où, aux acclamations de l'Eglise et du inonde, Marie fut solennellement proclamée Mère de Dieu. ^ CROIX. — Les traditions poétiques qui se rattachent à la croix sont d'une grande beauté. On sait que dans le symbolisme de l'antique Egyf)te la croix était le signe de la félicité éternelle, et on la représentait dans la main de toutes les images divines comme l'emblème de leur béatitude et la clef du séjour céleste.
La croix est tracée aslronomiquemenl dans le ciel planétaire par les quatre points cardinaux et l'axe du monde coupé par l'écliptique forme aussi le signe de la croix.
11 existe à la bibliothèque de l'Arsenal un livre manuscrit très-ancien, qui a pour titre le Livre de la pénitence d'Adam. Nous avons retrouvé dans ce précieux légendaire une histoire de la vraie croix, qui réunit aux traditions les plus pieuses les allégories les plus touchantes, et c'est une bonne fortune nour nous que de pouvoir en donner l'ana- J lyse détaillée. L'auteur de la légende entre- I prend de raconter l'histoire du bois de la vraie croix, bois deux fois vivant, et (pii devait distillerjusqu'h U fin des temps l'huile de la miséricorde pour la guérison de toutes les infirmités du monde.
Sclh , troisième fils d'Adam , qui lui fut donné h la place d'Abel, tué par Caïn, fut juste et craignit le Seigneur. Or il pleurait lorsqu'il songeait au péché de son père, et souvent il se tournait vers le paradis terrestre, tant qu'il en retrouva de lui-même le chemin et put s'avancer jusipi'à la porte qui est gardée, comme chacun sait, |)ar un cliéiubiii armé dune épée llambovante. Le chérubin, en voyant la douleur (lu juste Setli, no lui opposa pas les éclairs de son épée; il la cacha au contraire et se détourna, car il savait bien (pie Selh n'enfreindrait pas le commandement du Seigneur : il le laissa donc arriver jus(prau seuil où Seth se prosterna en priant avec larmes. Le chérubin, pour laisser au fils d'Adam le mérite de son obéissance, s'éloigna lentement de la norte, et renl-ra dans 1 intérieur du paradis; alors Seth osa lev«.'r les yeux, et vil le jardin de délices encore aussi tleuri (ju'à sa |)remière matinée, 1 mais triste cependant et désert, parce quoi les êtres vivants ne le visitaient plus. Seth alors eut une vision : il entendit gronder
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les eaux du déluge et vit s'effacer la place du jardin; seulement l'arbre de vie et celui de la science du bien et du mal entrelacèrent leurs rameaux et ne firent plus qu'un seul arbre qai s'élevait toujours au-dessus des.eaux amoncelées. Les eaux se retirèrent enfin, puis des siècles passèrent comme des flots, et la place où l'arbre était planté s'éleva toujours comme une montagne. Autour de cette montagne s'étendit une ville qu'on appela Jérusalem. Le ciel s'assombrit, et au milieu d'un orage Seth revit encore l'arbre sur la montagne ; mais cet arbre n'avait plus que trois branches <t portait pour fruit un corps ensanglanté. Une voix alors se fit entendre, qui disait : Ce qui avait péri par le bois est sauvé par le bois.
Lorsque Seth revint à lui-même, il ne vit plus que le paradis terrestre, toujours florissant, mais désolé de l'absence de ses hôtes; et il vit l'ange qui revenait lentement vers lui le glaive abaissé vers la terre, et tenant trois grains dans sa main gauche. L'ange donna au patriarche les trois grains en lui disant : Voilà la semence de l'arbre du bien et du mal, mais aussi de l'arbre de vie; et Tarbre qui naîtra de ces grains produira l'huile de la miséricorde pour guérir toutes les infirmités du monde. Quand ton père, qui fut le premier homme, aura passé de vie à trépas selon la loi de la justice divine, lu lui fermeras les yeux, et tu déposeras dans sa bouche cette semence d'avenir et d'immortalité.
Seth reçut les trois grains et les conserva précieusement; puis, lorsque son [tère mourut, il se ressouvint de la {>arole de l'ange, et déposa religieusement les trois grains du paradis terrestre entre les lèvres pâles et refroidies d'Adam. Or Adam fut enseveli et mis dans son tombeau, et les trois grains y {^rirent racine, {)uis poussèrent au dehors trois arbustes qui entrelacèrent h-urs branches et fonnérerit un buisson mystérieux. Lorsque Moist;, plus tard, fuyait de la terre d'Kgy()te, le Seigneur lui af)[)arut sur ce buisson qui brûlait sans se consumer, et il fut dit h Moïse de couper l<;s trois branches entrelacées du buisson ardent. Telh; fut l'origine de la vf-rge miracuhiuse, qui produisit tant de merveilles, et ne cessa jamais d'être verte et vivante, bien que séparée d».ses racines. Après la mort de Moïse, la verge sacrée fut déposée dans l'arche d'alliance.
Mais Davifj, le rf>i-{)ro|ili<'-le, ayant n:i-\i en .v>nge un avertissement du Seigneur, tira la verjçe miraculeuse de l'arche sainte et la planta dans sa citerne, sur la montagne de Sion. Puis il lit faire des c(;rclfs d'argent pour protéger la croissance de l'arbre sacré. Or un arbr»! poussa qui était formé de trois tigen flistinctes et de trois espèc»!S d»; l>ois mêlés, et pour ainsi dire confr>ndus ensemble. Cet arbre donna des feuilles (;l de l'ombrage, fct il en distillait un baume nrécieux ♦;t d'une très-sijav«; odeur. H l'éleva niideMii* de la citerne au bord de laquelle David allait .s'asH«;oir pour [»ro(»hétiser et
Après la mort de David, lorsque Salomon bAtit le saint temple, il coupa l'arbre et en fit la principale colonne du sanctuaire. Or, comme on l'eut coupé, il sortit de sa racine une huile m.erveilleuse qui rendait la vue aux aveugles, le marcher aux paralytiques, et guérissait toutes les langueurs. Et, lorsque la colonne fut placée dans le temple, il s'en exhalait une vertu merveilleuse qui repoussait les faux prophètes et empêchait les prêtres indignes d'entrer dans le sanctuaire du Dieu vivant.
Or les faux prophètes et les docteurs corrompus, et ceux d'entre les lévites qui n'exerçaient pas dignement leur ministère sacré, reconnaissant qu'ils avaient à combattre une vertu cachée dans la colonne de Salomon, lui substituèrent pendant la nuit une colonne faite d'un bois commun, et jetèrent le bois de l'arbre sacré dans la piscine Probatique, en le chargeant de pierres pour qu'il restât au fond de l'eau. C'est pourquoi 1 ange du Seigneur venait tous les ans à pareille époque remuer les eaux de la piscine, en souvenir de la chute de la colonne sainte, et le premier malade qui entrait dans l'eau après le passage de l'ange était guéri.
Au temps de Jésus-Christ la piscine fut réparée et nettoyée; il fallut donc d'abord la mettre à sec, et le tronc de l'arbre d'Adam fut trouvé au fond par les Juifs qui, ne 1© connaissant pas, le rejetèrent hors de Jérusalem comme une pièce de bois inutile et qui ne [louvait leur servir à rien.
Des voyagi'urs qui le trouvèrent le jetèrent sur le torrent de Cédron, et en firent un I)ont qui conduisait de la ville au jardin des Oliviers. C'est sur ce [wnt que le Sauveur refusa de marcher lorsque les soldats de Caiphe l'entraînaient en tunnille, pendant la nuit qui précéda sa mort; c'est pourquoi ils le trainèrenl à travers l'eau du torrent. Et, prenant le pont qu'ils emportèrent sur leurs épaules, ils lui diienl : Si tu ne veux pas marcher dessus, tu marcheras dessous, et tu mourras dessus. C'est pourquoi ils h; charnentèrenl grossièrement et en tirent en toute liâte une croix, que le Sauveur porta sur ses
saintes épaules, depuis le nréloire juscju'au Calvaire, et sur laquelle il mourut rédemption du monde.
it jiour la
Cette légende est certainement apocryphe et ne soutient mérne pas l'exanum de la critique (pjanl h la vérité des faits; mais .si on la considère comme une allégorie (et ell(! ne peut guère être autre chose, dans l'intention même de ses auteurs), on sera charmé d(; ses ingénieuses figures et du sens profond qu'elle letifeniie : là, en effet, .se trouve indKpiéo la soluiion la plus belle du nliis terrible des problèmes de la philosophie, rr)rigine du mal. La semence d'imiiiortalité, rK-IKisée comme urui communion anticipée sur les lèvres mouranl(;s d'Adam, refirésento admirablement le Uédemplfiur contenu en fjuelfpie sorte dans l.i promesse en laquello prjur avoir cru, Adam devait être; sauvé. La perpétuité de ( ctle même promesse germant comme lu vie du sein de la mort, le buisson
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niilcnt, la ver^o do Moïse et l'iiibrc de David, rt'pit'so'il.i'it la duréi' et les transfonnaliniis jfiiU. du (loi^ine ancien et donnant runité pour **'»' «■ snnelion h toutes les missions divines (|ni >«fMJ^iiii> succédèrenl sons l'ancienne loi , cette 'toi%lonMe <le Salonion qui représ('nt(^ toujours ■te |)roiness(> et la vraie loi au >tes>ie tel (jvie l'attendaient les Juifs s|)irilu('ls, la colère dts Juifs cliarneU (jui substituent leurs i itérèts humains à I intérêt de Dieu même et cliauj^r'iit la colonu(^ du saâu tu.ùre : cette piscine Prohatique, où e'^l caché l'arhre du salut, devenant le symbole du baptême; enlin le bois salutaire méconnu |)ar les Juifs (pii le rejetleiil, image de l'esprit même de leur tradition et de leur loi dont ils ne se souvenaient plus; cette croix (|ue le Sauveur refuse d(> fouler aux pii'ds, devenant l'instnnnent de sa mort, et la religion présentée il nos yeux sous la ligure d'un arbre immortel dont les prcnuers fruits ont donné la moit et dont les derniers fruits donnent la vie et riuHUortalité; iV^fweuve expli({U('e ainsi par la rédemption; le mal pasndgi'r par le bien é((»rnel, et tout cela rattaché au signe vénérable de notre salut , voilà ce (ju'on trouve dans celte ancienne légende, (pje la littérature religieuse doit au moins recueillir comme un lie SCS apologues les plus ingénieux, et qu'il faut conserver comme une relique de pieuse imagination et d'ingénieuse poésie.
Cette légende et d'auires du môme genre , relatives h la coupe du saint Graal ou sang réal, ont été citées souvent par les écrivains mysti(jiies. cl on les retrouve dans les visions de la sœur Catherine Emmerich, cette religieuse extatique dont les vives méditations sur la passion du Sauveur ont été écrites jiar M. Brenlano et présentent un récit coloré des plus poétiques nuances, mais de cette poésie qui ne doit rien à l'art [>rofane, et (pii est puisée tout entière dans les traditions de la piélé catholique.
La croix est en effet , pour les poêles religieux, l'arbre éternellement vivant des inspirations les plus saintes. Du haut du ciel où elle ap[)arait pour se retléler sur le Labanim de (Constantin, elle domine de[)uis près de seize cents ans la lilléralure, la philosojihie et l'histoire. Ce signe est celui (jnt> les enfants ap|)rennent à connaître avant la uiemière leltre de leur alphabet et ([ue les nommes saluent par un dernier baiser avant de sortir de la vie. (^est ce signe (pii protège la fraïKpiillile de leur tombe et (Uii seul reste debout à leur place (piand ils sont couché's iionr toujours. Mais (pie disons-nous, toujours? ce mol même n'a|>|iarlient plus h la mort, c'est sur la croix qu il faut l'écrire : la mort passera et (inira avec le temps; mais la croix régnera et Iriomplicra pendant loute l'éternité.
Nous terminerons cet article par deux pages du même auteur, empruntées à des ouvrages à p<'U [très iui'dits, parce qu'ils ont eu peu lie publicité. Le nremier de ces ouvrages est intitulé Ln Fftc-Diru et a élé imprimé en 18».-); (piaiit h l'autre, nous l'avons retiré de la public ib' à ( anse de se»* tendances
philosophico-niysticines, et nous n'en indi- (pierons pas même le titre; les pages que nous en délach*)ns pourront servir de spécimen d'une transition (jui se fait en ce moulent de la littératirre romanli(pie à la littérature religieuse : on y trouvera l'obscurilô et peut-être l'entlure, mais aussi la hardiesse des œuvres qui caractérisent les éj)oques de transition. Voici la page empruntée au livre intitulé La Fétc-Dicu.
Le signe du salut.
Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
«Quel est le signe de l'espérance? Quel est le signe de l'avenir heureux? Quel est lo signe du salut? Pourquoi souriaient les martyrs au milieu des supplices? et dans quelle he'ureuse pensée s'endormaient les pauvres du Christ, lorsqu'ils mouraient abandonnés? C'est qu'ils croyaient à la parole de leur maître et de leur modèle. « Bienheureux les }>auvresl bienheureux ceux qui iileurentl bienli ureux ceux qui souffrent I » En quoi donc la misère affreuse est-elle un bien? Quelle douceur y a-t-il dans les larmes? Quelle volupté dans la souffrance? Ce qu'il y a an fond de tout cela? il y a la foi, 1 esnérance et la ciiarilé. Il y a le ciel, il y a l'éternité, il y a Dieu.
Est-ce que Dieu est le bourreau do ses enfants? Non, vous dis-je, il en est le père; et puisqu'il les é[)rouve par la pauvreté , c'est que dans celle pauvreté il a caché les titres de la plus splendide richesse. Puisqu'il laisse couler leurs larmes, <;'estque les anges les comptent, les recueillent, et n'en laisseront ()as une seule dans l'oubli. Puisqu'il les laisse souffrir, c'est qu'à ce prix ils achètent une félicité immense.
Pourquoi le Christ, noire maître, est-il maintenant le Dieu du monde? Parce qu'il a élé d'abord la victime du monde. Et à quel signe reconnait-on ce triomphateur pacifique? A ses stigmates et à sa croix. Il fallait (pi'il moiiri^t innocent pour avoir le droit de pardonner aux coupables. 11 fallait qu'il fût aimant et résigne juscj-u'Ji la lin, pour nous léguer la foi et son immortelle espérance. 11 fallait (pi'il fût jiauvre , allligé, calomnié, flt'tri et tué, lui (pii était Dieu, p(nu- nous donner conliance en Dieu qui saura tirer lo bien du mal.
Quel est dcjnc le signe de la divinité du Christ? La croix. Quel est le signe de sa victoire sur le mal et sur les esclaves du mal ? La croix. Quel est le signe i\u\ console les vivants et ipii adoucit les angoisses de ceux (jui meurent? La croix.
La croix a triomphé du glaive des Césars et s'est élevée glorieuse sur le faîte du Capitole; la croix a fait le tour du monde et tout s'est incliné' devant elle. L'orgueil humain s'est soulève'", et pour la précipiter du haut {\vs palais et des tcsinples, on a démoli hs temples et les nalais. Puis les démolissi'uis sont morts, les uns de fatigue et de diM oiiragement, les autres ensevelis sous les d('"i ombrt.'s; et sur cet amas de cadavres et
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de ruines , comme sur un grand tombeau , une seule chose est restée debout... la croix. Voici maintenant la citation empruntée à l'autre ouvrage :
Le sphinx et la croix.
La grande énigme des siècles anciens, le sphinx, après avoir fait le tour du monde sans trouver de repos, s'est arrêté au pied de \a croix, cette autre grande énigme ; et depuis dix-huit siècles et demi il la contemple 4il la médite. Qu'est-ce que l'homme? demande le sphinx à la croix; et la croix réj)ond au sphinx en lui demandant : Qu'est-ce que Dieu?
Déjà dix-huit fois le vieil Aaswerus a fait flussi le tour du globe ; et à la fin de tous les siècles, et au commencement de toutes les générations, il passe près de la croix muette et devant le sphinx immobile et silencieux. Quand il sera las de marcher toujours sans arriver jamais, c'est là qu'il se reposera. Et alors le sphinx et la croix parleront tour à tour pour le consoler.
Je suis le résumé de la sagesse antique, dira le sphinx; je suis la synthèse de l'homme; j'ai un front qui panse et des mamelles qui 6e gonflent d'amour ; j'ai des griffes de lion pour la lutte, des flancs de taureau pour le travail et des ailes d'aigle pour monter vers la lumière ; je n'ai été compris dans les temps anciens que par l'aveugle volontaire deThèbes, f:e grand symbole de la mystérieuse expiation qui devait initier l'humanité à l'éternelle justice : mais maintenant l'homme n'est plus l'enfant maudit qu'un crime ori-
f;inel fait exf»oser à la mort sur le Cithéron, e [jère est vf-nu expier à son tour le suj)plice de son fils, l'ombre de Laïus a gémi des tourments d'OEdipe, le ciel a ex[)liqu6 au monde mon énigme sur cette croix: c'est pourquoi je me lais en attendant qu'ellemême s'explique au monde ; repose-toi, Aaswerus, car c'est ici le terme de ton douloureux voyage.
Je suis la clef de la sagesse à venir, dira la croix ; je suis le signe glorieux du staurot que Dieu a lixé aux quatre points cardinaux (Ju ciel, pour servir de double pivot à l'uni vers.
J'ai expliqué iur la terre rénigruf du fcphinx, en «io/jnafit aux hommes la raiso-i d<' la douleur; j'ai consommé h- symbolisme religieux en réalisant le sacrifie*;; j(t suis l'é- /;helle sangL'inte par où l'Iiuirianité iiiouto vers Di'-u et par où Dieu descend vers les liommes ; je suis larbrrMJu sang, et mes r.iriij(;s h; boiv(,Mt (tar toute la terre, ;ifin qu'il ne soit pas perdu, mais qu'il fr>rm<; sur m»;s brancli»-» des fruits d»; dévfjuement et d'amour ; je Hui^le sigcie de la gloire, parec que j'ai révélé Ihonneur, et les prince» de la terr^, m'attachent sur la poitrine de» braves. Un d'entr»; eux ma df>finé uru; cirir{uième branche (lour f.iir»; de moi une étode ; mais j«m'a(>}>eile toujrnjrs h croix. Peut-être celui /|ui fut le martyr de la gloire prévoyait-l-il <H)ri «acnfice, et vonhut-il, en ajoutant une branche h la croix, fuéparer un chevfrt k si Dn.110^%, vu LmiimiBi ciiniLr.
propre tète h côté de celle du Christ. J'étends mes bras également à droite et h gauche, et j'ai répandu les bénédictions de Dieu sur Madeleine et sur Marie; j'offre le salut aux pécheurs, et aux justes la grâce nouvelle ; j'attends le repentir de Gain pour le réconcilier avec Abel. Je dois servir de point de ralliement aux peuples, et je dois présider au dernier jugement des rois. Je suis l'abrégé de la loi, car je porte écrit sur mes branches : Foi, espérance et charité. Je suis le résumé de la science, parce que j'explique la vie humaine et la pensée de Dieu : ne tremble pas, Aaswerus, et ne reJoute plus mon ombre ; le crime de ton peuple est devenu celui de l'u» nivers, car beaucoup de chrétiens aussi ont crucifié leur Sauveur: ils lont crucifié en foulant aux pieds sa doctrine , ils l'ont crucifié en la personne des pauvres ; mais l'incrédulité des hommes les enveloppe tous dans le même pardon; et toi, le Gain humanitaire ; toi, l'aîné de ceux que doit racheter la croix, viens te re,-oser sous l'un de ses bras encore teint du sang rédempteur! Là tu seras réconcilié par la bénédiction que te donnera le souverain pontife de la loi nouvelle, le successeur de Pierre; lorsque les nations l'auront [)roscrit comme toi ; lorsqu'il aura pour quatrième couronne celle du martyre, comme le juste Abel , alors viendra Marie, la femme régénérée, la Mère de Dici et des hommes ; et elle réconciliera le Juil errant avec le successeur des papes , puis elle recommencera la conquête du monde pour le rendre à ses deux enfants. L'amoiu' régénérera les sciences, la raison justifiera la foi. Alors je redeviendrai l'arbre du paradis terrestre, l'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre de la liberté humaine. Mes immenses rameaux ombrageront le monde entier, et les populations fatiguées se délasseront sous mon ombre; mes fruits seront la nourriture des forts et le lait des petits enfants ; et les oiseaux du ciel, c'est-à-dire ceux qui passent en chantant, {)ort/^s sur les ailes de l'inspiration sacrée, ceux-là se reposeront sur mes branches toujours vertes e| chargées d(! Iruils. Hepose-toi donc, Aaswerus, dans l'espérance de ce b<!l avenir ; axr c'est ici le t(;rme de ton douloureux voyage. Alors le Juif errant, stîcouant la pf)ussioro de «es ()ieds endoloris, dira au sphinx : Je to connais depuis longtemps! Kzéchiel te voyait autrefois attelé à ce chariot mystérieux qui re[)ré8ente l'univers, et dont les roues étoilées tournent Ic's unes rl.uis les autnvs; j'ai accompli une secrinde fois |(;s destinées errantes df; l'orphelin du Githéron ; comme lui, j'ai tué mon i)ère sans le coîinaJtre, lorsqu» le déi( ide s'<;st accompli, et lors(pie j'ai app(;lé sur moi la vengeance do son sang, jn me SUIS cr)ndamné moi-même h l'aveuglement et h l'exil. Je te fuyais et je to cherchais toujours; car tu étais la première cause, de mes douleurs. Mais tu vovagoai» péniblement comme, mot, et par des chemitiii différents nous devions arriver ensemble; béni Aoi'-tii, ô génie des anciens âguft, <iti m'uvoir ramené au pied de la croix.
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Puis, s'ailrossniU à la rrok ollo-iiu^nic, Aasvseriis dira, cii essuyant sa dciniùrc larmo : Depuis dix-huit siècles jo te connais: car Jl' l'ai vue portéi) par lo Cliiist qui succombai', sous ce fai-di-au. J'ai branlé la tôle et je t'ai blasfihéméc alors, parce que je n'avais pas encore été initiée la malédiction; il fallait i!ï ma religion l'anathèmo du monde, pour lui faire com[iren Ire la divinit" du maudit ; c'(\st pounpioi j'ai soufl'ert avec courage mes dix-huit siècles d'evpialion, vivant et souiïrant toujours au milieu des générations (|ui mouraient autour de moi, assistant h l'agonie des empires, et traversant toutes les ruines, en regardant toujours avec anxiété si lu n'étais |»as renversée; et après toutes les <-0'ivulsions du monde je te voyais toujours debout! mais je ne m'approchais pas de toi, parce que les grands du monde t'avaient profanée encore, et avaient fait de toi le gibet de la sainte pauvreté et des maximes évangéliques. Les saints formés à ton école étaient devenus encore une fois sur la terre le scandale et la risée du monde. Le mon. le oulragcait le Sauveur, dont il n)e reprochait la mort. Il n'avait pour moi que des menaces ; moi, je ne pouvais entendre ((ue des paroles de miséricorde et d'union ! Aussi , dès fjue ta voix est parvenue à mon oreille, j ai senti mon cœur changé , et ma conscience s'est calmée l Bénie soit l'heure salutaire qui n)'a ramené au pied do la croix 1
Alors une porte s'ouvrira dans le ciel, et la montagne du Golgotha en sera le seuil; et devant cette porte l'humanité verra avec étonnement la croix rayonnante gardée par le Juif errant, (|ui aura déposé h ses pieds son b;Uon de voyage, et par le spliinx qui étendra ses ailes et aura les yeux brillants d'espérance, comme s'il allait prendre un nouvel essor et se transfigurer.
El le s[ihinx réfiondra h la question de la croix, en disant: Dieu est cehii (]ui triomphe «lu mal par réprtnive de ses enfants; celui <jui permet la douleur ()arce qu'il en possède en lui le remède éternel; Dieu est celui qui est et devant (lui le mal cède au bien.
Kt la croix repondra h l'énigmr du sphinx : L'houuneesl le Filsde F)ieu(jui s'iuuuortalise eu mourant, (il qui s'alfranchit, [)ar un amom" intelligent et victorieux, du temps et de la mort ; l'homme est celui qui doit aimer pnur vivre, et qui ne peut aimer sans élre libre: l'homaie est le Fils (h* Dieu et de la sainte obéissance, qui est la véritable liberté 1
(^e passagf.', h part sa forme obscure et son emphase, qui lient au mauvais goiU du temps où il a été é(Tit, résume assez bien lout ce(jue nous pourrions dire sur la croix au point de vue du symbolisme, et la met en (ipi)Osition avec le s()'iinx, qui résume les allégories religieuses de l'antiquité. Nous tlemanuons humblement p.irdon pour le ton un peu proph(''tique qui règrie dans tout ce njorceau : c'est de l'exaltalioii de mauvais j;oiU qui se rachète [)eut-èlre par quehjues •s|)iraiions vraiment chrétiennes.
(.'KOYANCE. — Un do nos amis nous au-
torise h reproduire ici un excellent article, signé de lui, qui a paru dans V Intelligence^ journal d'un cercle littéraire, sur la croyance en général chez les grands hommes.
De la croyance chez les grands hommes.
Dieu, en assignant des bornes à l'intelligence humaine, n'a point fermé sans retour (levant nous les portes de l'inlini : ce que n lUS ne pouvons comprendre, il nous a permis de l'aimer, et par conséquent, de la croire, car toujours on croit ce qu'on aime. Aussi est-ce par la foi, cette sublime confiance de l'amour, (pie l'homme grandit et s'élève ; par la foi seule il communie avec la divinité elle-même en s'idcntiliant à l'objet aimé ; un sceptique sait à peine s'il est un homme; les croyants sont presque des dieux.
En agissant d'après la raison seule, on n'a jamais fait de grandes choses ; il faut au génie de l'homme la passion qui l'exalte et l'entraîne vers un but sublime, et pour se passionner il faut croire. C'est à cet entraînement d'une volonté convaincue que le mondo (U:»it ces courants de jouissance qui renouvellent sa surface; torrents dévastateurs, si la croyance était fausse ; tleuves réparateurs, si la croyance était vraie. Les mauvaises passions sont contagieuses, on le sait : l'ambition elfrénée, le despotisme brutal, ont toujours eu des séides [larmi les esprits faux et les cœurs lAches. Mais, disons-le vile h l'honneur de l'humanit'î : ce qui entraîno sans retour les populations entières, ce qui I)roduit au sein des tuasses un enthousiasme durable, ce sont les saintes et nobles aspirations vers la Divinité. Les hommes qui, par leur intelligence élevée et leur cœur pur, ont, en quelque sorte, touché Dieu , ont contracté, dans ce contact, une sorte d'aimantation qui attire après eux tout ce que lo besoin de la divinité fait languir, désirer, rêver et sonlTrir sur la terre. C'est t|uand elle p.ulait de Dieu dans la langue mystérieuse de l'harmonie que ia lyre d'Or[)hée adoucissait la férocité des lions et faisait tressaillir le C(ï3urdes chênes. Consolons enlin l'humanité (pii s'est crue trop souvent abusée : les vrais grands hommes n'ont jamais été des imposteurs. Ne croyons pas (pie Dieu laisse tomber jamais les destinées du moiuhi dans les maiiisd'un vil sycophante; la faussegloire s'('teiiil avec lescupi(lit('s qu'elle décèle : mais tout éclat durable a la vérité pour principe. Non, l'humanité ne s'est pas laissé abuser par (Il s mois sonores et vides, (piand elle a cru à l'honneur et iï la gloire; l'honneur, c'esl le martyre du (h'vouemenl; la gloire, c'est le retlel de la splendeur divine, c'est rinslinet de l'immortalité (pii les fait aimer plus (pie la vie, et les hommes (pii ont régné sur la terre au nom de l'iionneur et de la gloire, n'ont été forts (pie parce (juils étaient les rejirésenlants de Dieu.
Il taillait êlre un fanfaron stupide ou un croyant sublime pour dire h un rameur lr(nublant en présence et h la merci de la me: irritée : i Que crains-tu? tu [lortcs César!
CROYANCE
CROYANCE