‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 42 sur 233 · GG · texte numérisé non relu

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L'histoire tontefois n'a pas pris le clian^e, et îi'a pas même hésité à trouver sublime cette parole d'un grand capitaine. C'est que les ouvriers de la Providence ont le vague sentiment de leur mission et ne sont forts que par la foi qui les porte à s'en montrer dignes. César avait à reconstituer la monarchie romaine, et Dieu se servait de lui pour préparer les bases de l'empire chrétien; aussi une force invincible le poussait à travers les flots du Rubicon vers cette patrie où l'attendait, en aiguisant le poignard du dernier dus Cnitus, la république vaincue et expirante. Et plus tard « Prends garde aux

Ides de Mars, » lui criaient en vain les augures. César marchait au-devant de la pourpre que lui-même il s'était préparée; il ne pouvait plus s'arrêter, et dût-il la teindre de son sang, il ne pouvait dans un moment pareil redescendre jusqu'à la crainte.

Cet étrangeinstinct d'ambition inexpliquée qui rendait César plus invincible que la mort mémo dans le désir de donner une tête unique à ce monde dont le christianisme devait plus ta d organiser et vivifier le grand corps; ce rêve que j'appellerais presque une extravagance, avait déjà, longtemps avant César, envahi l'âme d'un jeune homme, et l'univers alors, comme le dit avec sa majestueuse simplicité l'historien des Machabées, l'univers fut réduit à se taire devant Alexandre. Finissons -en avec les conquérants du nionde : Napoléon aussi était un rêveur , c'est à dire un croyant, et s'il laissa tomber un jour ce sceptre continental, sous lequel il avait fait ployer l'orgueil di; tant de rois, c'est que dans le ciel brumeux où s'ensevelissait le soleil d'Austerlilz, il cherchait en vain son étoile. Le jour où il put douter de Itjï-même il ne lut nlus qu'un homme qui, en trcfnblant, abdiquait ses droits, comme pour expier sa gloire; un jour avant, r'6;ait plus rpj'un grand peuple, c'était la t;Mc do 1 humanité triomphante marchant à Il roriqiiête de l'avenir; homme, il semblait ê!re devenu plus petit que son épée; em- (•ereur dans toute la [luissanc*; d(; sa foi et de son génie, il était grand comtue hj monde. J'ai parlé d'Alexandre et je n'ai i)as cité un Ixrau passage d(; llousscau qui revient n»crveill(Mi^em<;nt à mou sujet. Il s'agit de l'anecdote flu inérJerin l'hili|)p(', accusé d'cmpoiso inemtînl, et le ciloyeii de ilenèvo (h;- Hiaiide h ses I cteurs ftourqiioi h; jeune héros avalant le breuvage est sublime : <« Infortunés, répond-il enlin lui-même, avec cet «'doquent cliagiin rpi'on lui coiuialt; s'il faut vous le due, comment le co(n|»re;idre/.-vous? c'est qu'Alexandre croyait rt la vertu et à l'aiiitié? c'e-st qu'il y croyait sur sa vie. » Uoussoau a raison, ei c'(!sl par des traits par<ils bien plus rpie pour avoir tué be«ucou[) •I Indiens et de Perse», qu'Alexaiiflre ujérile encore que nous lui conservions le nom de grand.

Mai» encore une fois, c'est nwez parler fJen ravageurs de [«rovince, comme les nppede Bossijol, et jjous naurons pas le cou- Mge (le dire qi)",i f ,'iu;,f de sa loi «auvage in

une mission de ruines et d'épouvante, Attila aussi fut un grand homme à sa manière. Parlons des bienfaiteurs de l'humanité; j'ai déjà prononcé le nom dOrphée, le prophète de la poésie antique, et le martyr de la sainteté primitive des mœurs. Demandez à la Grèce pourquoi elle frémit encore d'un religieux enthousiasme au grand nom d'Eschyle, et pourquoi elle s'enorgueillit encore d'Homère, le père de ses arts et de ses dieux. C'est qu'Eschyle, à travers l'immense avenir, avait entrevu la délivrance de Prométhée ; c'est qu'Homère ne prêtait aux images des dieux les faiblesses des hommes que pour élever ses héros jusqu'à la sagesse des dieux. Tous les maux enfantés par la colère d'Achille et surmontés par la prudence et la persévérance d'Ulysse, voilà le sujet de ces deux grands poëmes qui résument toute la philosophie dune grande époque et qui dominent tous les âges, parce qu'élant l'expression la plus simple et la plus vraie du génie humain dans sa robuste enfance, ils seront toujours vrais tant qu'il y aura des enfants et des hommes.

Homère croyait-il à ses dieux? lisez ses hymnes et vous connaîtrez mieux les dieux d'Homère que par les malices combinées de Vénus et de Junon, et les faiblesses du Jupiter de l'Iliade. Rapprochez ces hymnes de la magni(i(iue i)rièredeCléanthe et des fragments qui nous restent dOrpliée, et vous vous inclinerez devant la foi religieuse do ces [)ères de l'hellénisme.

Mais le temps de la forme est passé : l'idée la gonfle et la brise pour éclore; la foi incarne la divinité tout entière dans un honnnc que le monde eût toujc)urs traité de fou si la contagion des grands sentiments et des grandes choses, si des bienfiils inouïs et incontestables, si des vertus (jui arrachent au\ plus hostiles des cris d'admiration et di'S larmes, si l'exemph; enlin de tout ce (pii est venu après lui de vraiment grand et do sagement fort, ne nous contraignait de l'adorer.

Ici, laissons parler une grande voix qui s'élève au milieu de l'aéropage : c'est un |)auvre juif nommé Paul, rpii vient seul, avec sa croyance, justilier Jésus [)aniii les enlaiits de ceux qui ont tué Socrale, et adjuger s.ins retfiur à la foi le Irùni! vacant d<; ia philosophie. C'est lui (pii parle, écoulons : « La foi, c'est le coi[)S de; l'espéranci;, c'est la [hcmjvh de l'invisibb;. » Quel (!St ce; langage, (;i cpiol monde nouveau s'ouvre devant nos i^sprils éperdus? Mais il conlinuc!, et raconte avee, enthousiasme les merveilles de la foi; il fait tressaillir l(!s f>sseineiils de Joseph, et arrache \m cri d'adhésion h la ceindre di; tous lej; natri.irches. Il nf)us montre Moïse dev('nu le roi de Phaiaoïi ot l'aibitii! des Ih'îaux, parce rpj'il a f;ru à cette, voix (jui lui disait de sauver son neuple : « Que vf»iis dirai-je, continue-l-il ; le temps me. mampiera jx-ndant queje vous raconterai les merveilles do «iédéon, de Harac, de Saiesrdi, de Jephié, do David, de Sarnind et fies [trophéles , (pii p.ir 1.1 |(ii oui v.iincu les rois de |/i lene, ont réa-

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