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Ifsé la justice, c! ontforc('' raocompli.Nsrtucnl dos promesses divines en fermant la gueule des lions. Ils ont éteint la violence du feu; ils ont trompé la pointe du glaive, ils ont trouvé la force dans leur faiblesse ; et ils ont entraîné dans une merveilleuse désertion les camps armés pour les combattre. La résurrection a rendu l'époux à l'épouse; et c'est h travers les chevalets et les écbafauds qu'on s'est élancé vers la vie. Ils ont été lapidés, proscrits, errants, affaraés, poursuivis de montagne en montagne, do caverne en caverne, ces hommes dont le monde n'était pas digne... » Voilà ce que saint Paul écrivait avant de moimr sous le glaive des empereurs de Rome, et de léguer en mourant au successeur des apôtres et des martyrs Komo vaincue par ses victimes, et l'empire du mo!ule soumis aux proscrits de toute la terre.
Si l'on peut se placf r en dehors de toutes les croyances et considérer de tels faits comme des événements purement naturels, on n'en sera pas moins forcé de conclure que la foi accomplit seule les choses les plus grandes et parvient aux résultats les plus magnifiques : c'est ce que nous avons entrepris de prouver. Mais nous disons plus; nous soutenons (pie, sans une foi quelconque, il est impossible d'être un grand homme. En eiïet, pour qu'une erreur entraîne et passionne les Ames, il faut qu'elle ressemble assez à la vérité pour ôtre trouvée belle, et alors, dans les succès passagers de l'illusion, c'est toujours la foi qui triomphe ; seulement, c'est une foi qui s'est trompée d'objet. Telle est peut-être, d'ailleurs, toute la différence qui sé[)are le fan.itisme de la religion, et nous savons que le fanatisme môme a eu ses héros; quelles (pie soient les destinées probables (le l'islamisme, le nom de Mahomet restera toujours un grand nom.
Oui, pour être grand, il faut croire : les facultés de Ihorarae ne s(! rapprochent de la toute puissance (^ue lorsfprclles deviennent les instruiue Us (le Dieu. Quelle ins|)iratioii y a-t-il dans le doute? Ouelle force peut-on trouver dans le néant de l'espérance. A quoi se prendront les plus belles facultés sans objets? I.a devise de la philosophie sans Dieu ("-[. lonjours celle de Montaigne : Que sais-jr? El h celle question h; croyant [»etit répondre par celle-ci : Que peux-tu faire? Moi, je ne sais rien, maisj(! crois, et c'est une |)lus grande certitude. Je crois, parce (Mie j(^ pense; je crois surtout parce qno, ] aime. C.e cpie je crois existe certainement pour moi, et ce que jo crois pouvoir, je le puis.
Un clief-d'd'uvrc est lonjours un acte de foi ; l'homme no s'élèverait jamais au-dessus de lui-même s'il n'avdit pas la conscienco de cet idéal, qui est une réalité saisissable seulement pour la foi. On ne s'end>ar<pie pas au hasar I pour des régions dont on Ignore absolument l'existence. Avant de
1>arlir pour son onlreprise aventureuse. Cooml>. dans la prescience de sa foi, avait vu l'Amérique.
L'homme ne saurait agir sans but ; or., comme il est de la logique que les moyens .soient proportionnés h la fin, iamais un intérêt égoïste, jamais unesnéculation sordide ne feront naître ni grandes actions, ni paroles sublimes. L'hypocrisie dans les discours et dans les actes est un masque dérobé h la vertu, qui ne doit une apparence do beauté qu'à l'empreinte de son visage. Auss^i tout ce (^ui est beau a[)partienl à la foi ; mais, dans ce genre, la sincérité seule peut créer. Le mensonge est ce qu'il y a ati moral do plus négatif; or le néant ne produit rien, et l'on peut dire qu'en éloquence, comme en vertu, l'hypocrite n'est qu'un voleur.
Corneille, qui comprenait le martyre parce qu'il croyait à l'honneur, a révélé toute son Ame dans son Poh/ettrte. Racine préludait^ en écrivant Athalie, à la tendre et profonde piété de ses derniers jours, et Voltaire luimême ne s'est élevé une fois au-dessus de son merveilleux et déplorable tnlont, dans une belle scène de Zairr, qu'en se faisant le comédien de la foi, comme on a si bien dit qu'il était le singe du génie.
Nous avons cité notre auteur sans l'interrompre, mais il nous permettra de relever dans son excellent article quelques ex- [)ressions inexactes au point de vue chrétien. Par exemple, lorsqu'il parle d'Orphée cl des autres croyants profanes, nous trouvons qu'il en dit trop ou trop peu. Nous avons souligné aussi une expression qui s «mble faire entendre (lue l'incarnation ne s'est accomplie que par la foi. Nous croyons que Corneille comprenait Je martyre par nu sentiment plus chrétien que celui de l'honneur, et nous ne partageons pas l'opinion de M. Seure relativement à M. Victor Hugo. Ces réserves faites, nous achevons de cilcr en soulignant ce qui nous parait contestable ou inexact.
Quand Berryer jiarle, il est convaincu, et c'est pourquoi il entraine; quand Lamartine chanlc, il adore, et en l'écoutant on prie. C'est par celle foi ardente en l'avenir de Ihumanilé, que doivent se régénérer la liberté sage et le véritable amour; c'est en se faisant l'organe des plus j)oignantes douleurs et (les aspirations 1rs plus saiutrs vers la justice qne Victor Hugo rè'gne sur la scène. Quand Rachi;! joue Zaïre, eilc est chrétienne; et (piand il s'élevait jnsipi'à la véritable élo- (pu'iice, M.Ciuizot parlait en {)arfait honnêln homme.
Nodier a dit que le génie n'est peut-être autre chose que la vertu. Mais (pi'esl-ce que la vertu, si ce n'est la croyance en action. (iOmment voulez-vous (pi'il se fasse violence ou qu'il s'im|>o,se des sacrifuM^s, l'homme (jiii abandonne à l'artiitraire et aux préjugés (les nations la diir<'rence du bien et du mai, et ipii trouve avec le srepli(jue Montaigne (luel'insoucianceel l'incuriosité sont de doux oreillers pour une tête bien faite?
Nous pourrions donc avancer que le génie n'est autre chose (pie Dieu même se nianifestanl dans l'homme el l'élevant par la foi
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a;;-dessus de la faible nature nii, en moins de mots, le génie, c'est la foi. Mais nous ne voulons pas nous adjuger ainsi nous-mêmes gain de cause, et nous nous bornerons à dire que, sans la foi, il ne peut y avoir dans l'homme ni inspiration, ni génie, comme il n'y a nécessairement ni religion, ni vertu. Onésime Selre.
Croyances poétiques et populaires.
Dans ces derniers temps on a beaucoup abusé en littérature des croyances populaires du moyen âge : il n'est donc pas sans intérêt pour nous de les étudier, d'abord pour les bien distinguer et les séparer, en poésie comme ailleurs, des choses qui tiennent à la piété et à la foi ; secondement pour être en état de comprendre les allusions que font à ces croyances les anciens auteurs ; troisièmement, enfin, pour avoir une direction dans l'usage ou dans la censure qu'on peut en faire.
Ces croyances ont toujours été de deux sortes : premièrement celles qui tenaient aux traditions et aux habitudes idolâtriques de l'ancien monde, et l'Eglise leur a toujours fait une guerre implacable ; secondement, celles qui sont nées de la simplicité de la foi, et l'Eglise les a tolérées en s'etforçant toujours de les diriger et de les éclaiier. Aux premières se rattachent les sciences occultes, la Ihéurgie, la magie, la démonologie, les opérations sufierstilieuses, les rites non autorisés et bizarres ; aux secondes, les légendes apocryphes, les miracles supposés ou amplifiés, les imaginations pieuses et les merveilleuses histoires.
Les sciences occultes sont celles dont l'obid surf)assela portée de l'esprit de l'homme et ne saurait être atteint par le secours de Dieu fiuisqu'il se rapporte à des secrets que la Providence n'a [)as voulu révéler aux hornm»^: comme la connaissance de l'avenir, la révélation des plus secrètes pensées, la mauvaise influence sur la santé dos autres, etc. Eliessedivisent en deux branches : les sciatuAiS ou prétcndu(;s sciences divinatoires et les sortilèges ou maléfices. Nous niettr>n.s a j»ai t l'aicliimie ou science hermétiqu^j d'ifit nous nous occu[Kjris ailleuis. (yoy. Hayuom) I.ti.i.K.j
Les sciences divinatoires [irocèdcnl par insj)efiion ou par évof;ation.
(.elles qui procèdent f)ar ins|^)Cclion ont le pa/ilhéisfiie jiour b.ise et se règlent rl'nprès un* croyance aveugle ^i la f.itaiilé. A Tinspeclion elles joigrjenl l'interitrétation [)resqu«; loujrMir» arbitraire ou fondéf; .sur des rflpj»f>rls incertains el puérils entre les filets et les r^iuse» : telles «ont l'aslroloKie judiciaire avec toute» ses dèpcndancr»,, la ( hironiancie , Ia rhalKloiaancie , fa xilomancie aux'pjflles on j)eMt joindre toutes le* pratiaues sijfxTslilieuseH de.s «nriens augures. Odici qui r»rfx;èdent par évocation ont recrjurs au démon (»u du moins .'i une puis- ■aiice inrorinue i»f*ur obtenir les réponses qi»« Kïdiicile uw. inrlisciètfî curiosité. Soit qu'ofi nllcnde un'- a(i[>anti'')ri in fiiajil sa
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vue sur un vase plein d'eau, comme dans l'hydromancie ; soit qu'on attende un mouvement surnaturel d'une chose inanimée, comme dans la cleidomancie, l'axionomancie, etc. ; soit qu'on attende de l'instinct des animaux les oracles du sort, comme dans l'alectryomancie ; soit qu'on évoque les âmes des morts par la nécromancie.
Aux sciences occultes qui procèdent par évocation, il faut rapporter les mystères de la Ihéurgie et les opérations de la haute cabale.
La doctrine catholique en démontrant la fausseté des systèmes panthéistiques et en établissant la liberté de l'homme, a nécessairement frappé de mort toutes les sciences occultes spéculatives qui ont pour base l'astrologie et la fatalité ; et l'Eglise catholique, ayant reçu pour mission spéciale de combattre le* pouvoir des esprits de ténèbres, doit condamner sévèrement tout essai et même tout désir, de la part des hommes, de communiquer avec eux.
Les sciences occultes sont donc et doivent être à jamais, par la nature même des choses, réprouvées par la religion.
Notez toutefois que l'Eglise les condamne comme pratiques et connue croyances sans les admettre comme science; et en cela la saine critique el la droite. raison doivent juger exactement comme l'Eglise.
Le principe de la liberté morale de l'homme (base de toutes nos institutions politiques et légales), le rend responsable de ses croyances. Parce que ses croyances soiit l'expression de sa confiance , sa confiance révèle son amour, son amour est déterminô ]tar son choix et son choix par sa volonté. Croire à l'astrologie, au moyen âge, c'était nier le christianisme; nier le christianisme c'était altafjuer la société. Quant aux maléfices, l'intention même en était tiès-punissable : c'est ce qui (îxplique les rigueurs de l'Eglise et de l'Etat contre les gens accusés de magie.
Mais c'e.^t moins au rejiroche de cruauté (pi'à celui de crédulité (pie nous avons ici h répondre, puisipie nous avons pour but dans cet aitide de distinguer les fausses croyances et les croyances purement poéti(pi(;s de la vraie et invariable foi ; le crime de magie exislait-il ? ont dit les criticpies, et l'Egliso ne s'est-ell(! pas montré*; tiop crédule en l'admettant ? Nous avons dôih répondu h. cetl(! question en disant (jue 1 Eglise admettait (m plutAt prosciivail et ((Midamnait la magie, non coiiiiim; scic'nce, mais comme croyance et conime ])rati(]ue. Maintenant esl-il vrai (pie certaines personnes ont cru .'i la magie ol l'ont prati(piée? C(;la ne saurait faire r(jiiibr(! d'un doute. L'Eglise lésa condamnés, comme c'était son devoir el son droit : en quoi io vous prie se serait-ellu montrée troj) cr(^(lul(! ? mais des innocents, des mania(jiHrs, des é|)il(;pti(pies ont été punis comm.: sorciers. Si ces faits sont avérés, c(! sont des malheurs (pi'il faut attribuer nu leinps el ,'i la in.-igisiialure d'nloiv ; mais
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dont l'Eglise ne saurait ôlre en aucune façon ri'S|i()nsal)Ie.
M. Ferdinand Denis, dans son Trêité des Sciences occultes, expliquf^ les traditions du sabbat [)ar les derniers vestiges des traditions gauloises. L'organisation du sacerdoce druidi(]uo (^lail en elfet assez forte et avait jeté des racines assez profondes aucœurdupays, jiour que le sacerdoce pilt lutter encore en secret et pendant assez longtemps contre les institutions nouvelles. 11 est donc probable <{ue, longtemps encore après l'établissement du christianisme dans nos contrées, les successeurs mystérieux des druides assemblèrent leurs adeptes dans les forêts et se livrèrent avec eux à la pratique de leurs rites sanglants et bizarres. De là ces lueurs observées de loin, ces voix étranges entendues dans les solitudes, ces cercles immenses })iéfinés par des danses infernales, ces cendres de brasiers éteints et quelquefois ces débris d'ossements humains mêlés aux vestiges des sacrifices avec les empreintes des pieds nus des hommes, des femmes et des enfants et des ongles de boucs, multipliés autour des foyers, comme si l'on s'était livré à des festins de cannibales ou à des unions monstrueuses. La vie retirée de ces derniers adorateurs de Tentâtes ou d'Irminsul, leur société secrète, la puissance qu'ils attribuaient à des plantes coupées la nuit avec une faucille d'or, leurs prêtresses vêtues de robes blanches, noires ou écariates, selon les rites qu'elles devaient accomplir, les anciennes traditions germaines ou gauloises sur la j)uissance surnaturelle des druidesses qu'on appela depuis des elfes et des fées, leur idol.Uiie, enlîn, qui de})uis la {)romulgalion do la loi chrétienne ne pouvait plus être (jue le culte formel du démon ; tout cela est plus que suflisant pour cx|)li(pier dans toutes les contrées du Nord l'existence des sorciers, des sorcières du sabbat et de toutes les histoires où figure-it les opérations magiques.
On sait tpie les cultes idolAtritiues de la <irèce et de Kome allèrent aussi (^x[»irer dans Ji'S antres de la magie et essayèrent vainement sous Julien de populariser les sacrilèges de la Ihéurgie. Les hérésies, qui ne furent souvent (|ue des déguisements essayés par les anciennes sujx'rstitions, (nnent aussi Ifurs évocations et leurs mystères. Ainsi, tous les dogmes réprouvés ««t toutes les pratiques mauvaises allèrent aboutir deconce.'t h (Jet antichristianisnïo dont rnicrédulité . l'égoismo et la volupté sont les dogmes, et les sciences occidtes le mysticisme ; dont la révolte est le génie, lo nionsongn et les su- ])erstitions les instruments, et le but, celui des Titans et dn Lucifer, la déchéance do Dieu et la déification de l'orgueil.
D'un autre cAté, les mystères si simples et si grands de la foi nouvelle, no dtirent pas rencontrer h la naissance du christianisme des esprits exempts de préjugés et d'erreurs. Un vieux levain se mêla dans beaucoup ii'«1mes aux révélations évangéliijues, et le souvenir des anciennes superstitions défigura parfois lLsnouvcIl''> pratiques cl le nouveau
dog(ne. D'ailleuis les Ames simules sont naturellement avides de nu-rveilleux et les imaginations incultes ont une sève touio particulière pour multiplier et rendre toullu leur buisson de conjectures risquées et de conséquences hasardées.
L'incertitude où les mystères de la conscience nous laissent sur lelat des âmes après la mort, la crainte de l'enfer et des dénions et les figures horribles (jue l'imagination doit prêter naturellement aux puissances du mal enfantèrent les terreurs et les fantômes du moyen âge : les rimbres du soir se peuplèrent de spectres ; les cimetières, où la terre sainte rejetait avec horreur les cadavres des réprouvés, laissèrent errer, la nuit, les goules, les vampires, les brucolaques, les |)sylles, corps sans âmes que le démon animait et nourrissait de sa?ig humain. Les sorciers, derniers ilescendants des païens, furent condamnés aux métamorphoses iîiventées par leurs pères et coururent la nuit le garoii ou la gnnipote , transformés en loups blancs ou en chèvres noires. Les souvenirs mêmes de l'école de Platon redevinrent vivants dans cette transfiguration infernale et les esprits élémentaires dont ce philosophe composait sa grande âme du monde devinrent des lutins et des démons familiers ; les sylphes de l'air remplacèrent les classiques zéphyrs, les ondins, et leurs com|)agnes s'emparèrent de l'emjjire vacant des tritons et des nymphes ; les gnomes pullulèrent dans les ateliers abandonnés des cyclopes, et les salamandres trouvèrent leur existence dans les llannnes. .\insi l'anciemio mythologie renaissait sous des formes nouvtdles, tant est puissant sur l'imagination des honunes rem[)ire de l'habitude, et tant le merveilleux poélicjue exerce de fascination suc la raison du vulgaire I
L'allégorie, enqiloyée de tout temps pour faire accepter aux eniants et aux honuues des vérités encore au-dessus de leur portée et de leur âge, produisit une innombrable multitude de paraboles que l'ignorance po[)Ulaire confondit ensuite avec l'histoire. C'est ainsi qu'd faut distingiu'r avec grand soin l'histoire des saints de leur légende: leur histoire contient des faits réels; leur légende, des allégories. C'est du moins une distinction littérair»; (ju'on peut établir en déclarant cpie sous le nom génériipie de légende on ne rom|»rend en aucune façon les notices histori(pies du Martyrologe et du bréviaire. Ces notices appartiennent à l'histoire ecclésiasticpio et à la liturgie ; celles (lue nous désignons sous le nom de légendes apparlienm.'nt seulement aux traditions vulgaires et h la poésie religieuse.
L'enfanccî de la science dans les choses de la nature transformait alors facilenu'nt les |>hénomènes en prodi;'cs ; les barbares, en ell'içant les tr.ices de 1 ancien monde, en avaient comme anéanti lus connaissances : tout t'-tait .^ rcconunencer. Les premiers naturalisl(!squi essayèrent d'explitpier le monde visible le devinèrent d'abord ou plutôt le icvèrc;'.t. cl dunnèrenl leurs fictions |>our
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de la science. Cosinas Intlicopleustès, savant Egyptien du vi' siècle, a fait de sa Cosmographie la légende fantastique plutôt que la description du monde ; selon lui la terre est un immense parallélogramme, portant e?! longueur le double de sa largeur, et borné de tous côtés par l'Océan, qui s'est frayé lentement quatre impasses et a produit ainsi la mer Méditerranée, la mer Caspienne, le golfe d'Arabie, et le golfe Persi(]ue. L'Océan, violemment déplacé par le déluge, a séparé le monde actuellement habité d'un autre continent, patrie originelle des hommes, mais où ils ne retourneront jamais. Ce continent maintenant inconnu est le paradis terrestre ; quatre fleuves, dont les anges eux-mêmes dirigent les eaux, arrosent cette contn'e heureuse, ceinte de puissantes murailles de cristal qui s'arrondis'^ent en dôme et forment la voûte du ciel. C'est autour de cette voûte que tourne éternellement la procession des étoiles scintillantes dans la nuit comme des cierges allumés. Il est à remarquer que le <I.;rgé d'alors, loin d'accréditer de pareilles labiés, se maintenait dans une extrême réserve quant aux choses encore inexplorées de la nature, et que les traditions scientifiques dessièclescivilisésne furent conservées alors que d;ins les cloîtres. Saint Isidore de Séville, que Cuvier aj)pelle le dernier savant du monde ancien, ne se hasarda pas dans les téméraires et puériles conjectuies de Ojsmas; f)loin de cet esprit calholi(jue ennemi de toute nouveauti'; et conservateur des choses acquises, il transmit aux siècles chrétiens les lichesses des temps antiques, sans en augmenter, sans doute, mais sans en altérer la valeur.
Les dogmes fantastiques de Mahomet étaient venus à cette é{»oque du vi' siècle décourager les premiers elfurls de l'étude renaissante et fermer les sources primitives de rOrientavec lesportesde ferde la fal.dilé. On sait nue Omar, lieutenant de Mahomet, brûla la bibliothè<jue d'Alexandrie. La vraie foi d'un côté, laveugle fanatisme de l'aulre, se partagèrent alors l'empire du monde, et la science n'y trouva i>lus sa place. Les questions del'éternilé, qui agitaient le mond(; depuis .six CfuLs ans, étaient devenues si brûlante» qu'on s'inquiétait peu du temps: l'idéal était tout pour le iiioiule, et les ajiparcnces terrestres siMiiblaient déj.'i s'e-ifuir élevant les cavaliers de l'Apocalypse, l/islaiiiiswie ay\)Ui;i\ssa\l au monde occidental coriime le faucheur .'i In grande épée, que fcuivaieiil d'un pas iné-'al, la famine sur sou inaifçre chev«l noir et la mort sur son cheval |>/Jlo. A mioi bon mesiuer cette terre que Je» Jléaux allaient ravager? ,N"v aurait-il p.is toujours dans la vallée de Jrjsaphat assez, de place pour l«;ut b; monde, et Dieu n'élar- Kii«il-il pas au besoin le chanqi de la résuricclion 7
L'univers languit dans celte torpeur jusqu'au siècle <le Charlemagneeld'Alcuin, alors que la l'.ome chrétiemie devint libre et d'!vint le foyer de ririlellig(;nc<! et de la foi. Alors le monde cliréfiifi fut fondé sur sa dou-
ble base et le règne temporel du Christ commença sur la terre.
Cependant le x' siècle approchait et une tradition, universellement répandue, fixait la fin du monde à cette époque. Un texte de saint Pierre, mal entendu, h propos des millo ans qui sont devant Dieu comme un jour, les mille ans de l'Apocalypse dont on avait mal calculé le commencement et une parole attribuée au Sauveur par l'opinion du vulgaire, bien qu'elle ne se trouve dans aucun des Evangiles, faisaient croire que la fin des temps était arrivée : ce fut une épouvante générale dans le monde, et les études furent de nouveau abandonnées. Le x* siècle passa avec ses terreurs. On comprit que le règne du Sauveur n'était pas fini , et l'on se remit à enseigner avec plus d'ardeur que jamais le trivium et le quadrivium, le triangle et le carré des arts libéraux ; mais les lueurs des sciences humaines restaient encore bien ternes devant les splendeurs de la foi ; le monde a toujours eu besoin de croire bien plutôt que de savoir : les sources de la foi étaient alors ouvertes et l'humanité ne se lassait pas d'y tremper ses lèvres. L^ lumière que le christianisme avait fait apparaître dans le ciel illuminait seule la terte, et comment voir l'éclat vacillant des lampes en plein soleil ? On a reproché à saint Grégoire le Grand son mépris pour les autours profanes , et saint Grégoire n'en était [)as moins le plus grand esprit de son siècle. AL'vis les hommes que Dieu met à la tête des gouvernements du monde sentent les besoins de leur épo- ([ue ; et l'humanité alors, après avoir senti le besoin d'oublier, était tourmentée de la soif d'api)reiidre , mais d'apprendre autre chose que ce (pi'elle avait dû oublier. La vraie science, celle de ïàiuc et de ses destinées, sullisait alors pour remplir toutes les pensées, et lorsriu'il s'agissait de savoir coopéieravec Dieu h la rédemption du monde, (pi'avait-on besoin du compas de Ptoléméo ou d'Kuclide, n'avait-on pas la croix de Jésus-Christ?
L'ûme aussi est un monde et un monde bien supérieur à celui dos formes matérielles et des créatures visibles. Le monde intérieur liai ut alors aux croyants le seul monde réel, l'autre passait comme le rêve d'une ombre, pour rirons servir d'une Ixdie expression que i'Kciiture appli(pie à la vie. Aussi les premiers maides en sci(;n(es naturelles, mémo après le règne de CharlemagiK!, créèrent-ils une imag«! du mond(! réel d'après les types de leur idéal, el peuplèrent-ils l'hislfure naturelle de leurs chimères. Ce fut alors lo temps de.s animauv fabuleux, (Miiblèmes du bien ou du mal, blason vivant de l'enfer ou du ciel : les gr.iouillis, les gnivr<;s, les tarasrpies apparaissaient de tous eôlés p(jnr mriurir sous la houletli; d(;s saints past(;uis ; les chroniques de (>liarlemagrie sont étranges, el c'est h son époqiH! (pu; coiiimenco l'ère hislrtriqiie des romans. Des auteurs sérieux écrivaient encore du tempsde Louis \II (pii! Chnrlemagiie trouva des st.ilue.s pailantes au milieu de la mer; qu'un jtclil oi^uau
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