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lui piTrla (^g.ileinoul un jour pour le reu}ellr(; tians son chemin, ol (\uc des années tlt; né- »Toniant5 apparaissaient au nord armés do lances enflammées pour roml>allre les che-* valiers rhrélicis. Tout le monde connaît encore les prouesses de Roland, si célèbre p<ir Jes chants de tous nos vieux troubadours et les poétiques folies de l'Ariosle. Les enchanteurs, les hippogritles, les talismans étaient déjà des fables du temps de l'Arioste, mais pour les chroniqueurs de Charleraagne et de Uoland c'était de l'histoire ; et en elTet, conîment révo(iuer en dcmte toutes tes merveilfes des enchanteurs et de» animaux monstrueux (lu'ils façonnaient h. leur service? La natme ••Uo-mème semblait alors un enchantement < lait on TaVait déguisée avec des fables; et h-s accoojpleTnents de formes les plus bizar-' re's rêvés autrefois par le symbolisme égyptien, ou plus tard par le sombre esolérisme des druides, étaient devenus des types de races qu'on croyait existantes. Il y avait alors des hommes qui n'avaient qu'un œil au milieu du front comme les cyclopes. D'autres, plus monstrueux encore, n'avaient point de tôte et portaient la bouche près de la poitrine et les yeux entre les épaules. L'histoire natiireWe était un véritable cauchemar : la mer était peuplée de baleines de six cents pieds de long sur trois cents de large et de physetères encore plus monstrueux. Le trop fameux serpent de mer, que nos grands journaux ressuscitent encore de temps en temps lors(ju'ils éprouvent le besoin de mystifier leurs lecteurs, avait dû naître dans ce temps- 'à et se dressait quelquefois, aussi grand qu'un mt'\t de navire, pour se battre contre "ies chevaux volants dont le front était garni ♦le corn<;s comme celui du taureau. Alors on voyait ondoyer dans les airs des serpents aux écàilk's dorées et qui avaient des ailes <omme des oiseaux ; on croyait aussi, sur \a foi d'Athénée et d'Elien , h un animal domestique, am^i de l'homme beaucoup plus encore que le dauphin et le lézard : c'était le porphyrion , es[ièce de synthèse animale «apable ue voler, de courir et de na^^er. Ce porphyrion veillait h la chasteté des épouses »t mourait de douleur lorstju'elles venaient à manquer h la lidélité conjugale.
On sait que la licorne était un cheval aux |iie<ls de biclie, ayant au milieu du front une «orne torse d'une raisonnable longueur.
Les propriétés de cette corne étaient merveilleuses : ()longée dans l'eau d'une fontaine, elle en puriliait les eaux et en faisait sortir tous hïs reptiles; la licorne était un animal extrêmement farouche qui ne se laist-.iit approcher, caresser et même donipter (pie par des jeunes filles d'une pureté irréprochable. Il faut lire les récits de Petacchia et de Benjamin de Tudèle, deux voyageirrs <pii tirent le tour du monde anrès la première Ooisade, pmir ccimpremire jusipi'où ftllail la crédulité publique et l'amour du înerveilleui chez les conteurs Betijamin de Tudèle n'a vu partout que palais enchantés et murailles de lin cristal ; il a parcouru In >v)ODde en somnambule, et au li' li (les Iriiites
réalités, il ne vous raconte que dos rève<r brillants; en vain Jérusalem ne lui a montré qu'une mélancolique bourgade au milieu a'un désert de montagnes A|)res et nues ; il ne se laisse |)as fasciner ainsi par la malice d(îs enchanteurs : la véritable Jérusalem est enfouie dans des souterrains immenses dont l'entrée est le secret de fa suprême cabale ; là' des milliers de lampes (îrnées de pierre^ ries se reflètent sur les colonnes d'or massif du tombeau de David qui dort dans son manteau royal et le sceptre h. la main, immobile' et incorruptible , en attendant le signal de la résurrection. Benjamin de Tudèle n'est pas allé jus(ju'en Chine et lègue à de plus aventureux que lui une recette fort singulière pour faire ce voyage. Cela consiste à se* cacher dans des peaux d'animaux et à se faire enlever dans cet état par les roclrs, es-^ pèce d'aigles giganlesffues ou de griffons,célèbres dans les contes des Mille et une- Nuits. Les rochs, du temps de Benjamin de Tudèle, avaient leiKS nids sur les montagnes de la Chine et se répandaient de là sur les mers et dans les îles éloignées pour y chercher leur proie, qu'ils rapportaient ensuite" avec une célérité merveilleuse. Une fois arrivé dans le nid de l'oiseau gigantesque, il fallait mettre l'épée h la main ou mieux encore, allumer du feu pour fe chasser. L'ingénieux conteur ne nous dit pas comment on s'y prenait pour revenir de ce voyage.
Nous ne parlerons pas des oiseaux merveilleux ayant des ailes de saphir et des le" tes de femmes ; des palmiers qui balancent pour fruits des figures humaines et qui onl pour feuillages des ailes d'anges, pleines des images d'un monde surnaturel ; les imaginations naïves de ce teœps-lh personnifiaient elanimaienttout :renthousiasmeétaitcommo une lièvre dont le délire poéliijue changeait l'apparence des objets. Au xm' s,ècle, le maître de Dante, messer Brunello Latini, refait une encyclopédie nouvelle et commence h tirer le niondc réel du chaos des fables ; mais ce monde, il l'embellit encore de mille figures fantasti(}ues ; les animaux qu'il déciit semblent empruntés h la science hiéroglipliique plut»*»t qu'à la nature, ce sont des emblèmes plutôt iiue des réalités : le spiritualisme donnait alors un sens à toutes les lettres de la création et conformait plus volo-itiers la lettre à la pensée que la [»ensée à la lettre. Ktait-ce ignorance alfectée? Non. C'était croyance et poésie. Qui sait d'ailleurs si de nouveaux progrès de rinlelligencc humaine ne nous révéltTOiit pas les pensées que Dieu cache sous les formes variées des^ animaux? Qui sait si le moyen Age n'avait {>as raison de chercher un sens spirituel à lout(>s les formes de la nature? Dieu avait révélé aux croyants les secrets du ciel ; il avait assCT'ié les chrétiens h sa divinité en les faisant communier à lui-m^me, et leur foi s'exerçait à créer le monde. Ils construi-saienl h'ur science sur des arguments a /jriori et voulaient commencer leur édifice par le faîte : c'était trop hardi pour être logi(iue< mais c'était beau, et (J;uis tout ce qui est
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beau n'y a-t-il pas quelque chose de vrai ? N'est-ce pas une création merveilleuse que cet emblème de la plus belle des vertus, qui se consume et renaît toujours d'elle-même, îa charité représentée par le phénix lorsqu'elle étend ses ailes pour s'élever vers Dieu ? N'est-ce pas une figure touchante que celle de ce pélican qui se saigne pour ses petiis, image de la charité de Dieu pour les hommes? N'est-il pas bien ennobli cet aigle, image du génie, qui se plonge dans les feux du soleil quand il se sent vieillir, et dépose )a caducité de l'âge dans un bain de splendeurs ? Que penser aussi de ce lion qu'un coq blanc étonne, qu'un serpent arrête, qu'un petit agneau émeut de pitié, et que Dieu frappe périodiquement de fièvre et de langueur, dit maître Brunetto, de peur qu'il ne s'euorgueillisse dans sa force ? N'est-ce pas le lion hiéroglyphique, symbole de la royauté et de la force humaine, avec leurs générosités, leurs fureurs et leurs faiblesses ; et si ce n'est pas là de la poésie, qu'est-ce donc que la poésie? L'âme humaine avait tant de forces alors dans ses croyances , qu'elle s'emparait en quelque sorte de toute la nature visible et la refaisait à son image.
A côté des belles et nobles créatures dans lesquelles se personnifiaient les vertus, apparaissaient (les monstres infernaux, incarnations horribles du péché et de ses laideurs: h basilic avec sa couronne sur la lêle, alfreux serpent si gonflé de venin qu'il en reluit, dit Brunetto, et dont le regard donné la mort ; quand il lo'jche la racine des arbres, les branches de ces arbres exhalent un air mortel fiour les oiseaux, mais il meurt lui-rnôme de a morsure de la belette blanche ; le dragon oui tend des pièges à l'éléphant flont le sang étanche sa soif ; la guivre, horrible sirène, qui chante pour attirer sa (»roie, dévore le reptile qui la rend mère et perd la vie rlk-- Hiême, ijéchirée par un éf)Ouvan'nble enfantement. N'est-ce pas dans une semblable histoire naturelle que Milton a puisé ces monstrueux accou[jlcments de la mort et du i)éché qui répugnaient tant au goût anacréontique de Vollaii e ? Nous devons convenir du rrioinsquelemoyenâgcn'esl [)as moins forrnidabledans ses créationsde la l.iideurfpji'uier- ▼eilleux dans ses invenlions de la beauté, «-t que la sornbrr; énergies d<; ses peintures tl»î Fenfer fait resplendir d'un éclat d'autant plus iriiracuj'ux «es visions de la l)eauté céhîste.
Dans ré()Opée du Dante , I»; inonde spirit»i<'| , tel que l'avait [xnsé la po»'-«i<; clirétit-nne, apparaît avec tant de grandfrur et »o eonslilue avec un ensemble »i plein de force et <ï\i!\rnu)it\o,f i\\}('. sa beauté h- rendra désormais i^lpéns^abl<• dans la lilléralure, et ^i/e k) science rlle-mAttie , par ses prfigrès , n'en pourra ébranler les bases. I.e monde fKiétiquc n'esl-il [)a.s comme un prts«-/)ue entre la l»:rre et le ciel , entre la matière et l'esprit? Plus liabile (pie nous, et surtout plus heureux, le moyen Age spirilualisait la forme, tandis «pje Ions les ellV^rls de notre siftcle ten'lent à matérialiser la pensée. Mais ttleiidois ; sans doute celte seconde décu-
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dence du monde moral , cette chute des pensées humaines , ce sommeil de l'esprit, sont les avant-coureurs d'un glorieux réveil et d'une éclatante résurrection ; alors le monde fantastique du moyen âge sera retrouvé comme un recueil merveilleux de peintures qui expliqueront d'elles-mêmes leurs allégories à la science éclairée par la foi. Le monde" de l'incrédulité, ce désert où le scepticisme s'ennuie, cette machine sans but et sans moteur, est-ce donc le monde réel ? n'est-ce pas la plus mensongère de toutes les apparences ? et n'y a-t-il pas cent lois plus de vérité (îans le moindre rêve d'un croyant que dans toutes les veilles arides d'un savant ipii ne peut rien savoir parce qu'il ne croit pas? L'idéal peut suppléer à la science lorsqu'il a un point d'appui, mais la science ne saurait suppléer à l'idéal que par une réalité vraiment divine, qu'elle ne pourra jamais atteindre qu'en faisant alliance avec la foi. En attendant qu'elle y parvienne , il nous ser* permis de regretter les ingénieuses rêveries et les allégories savantes du moyen âge.
On a injustement accusé l'Eglise de s'être' opposée aux premiers progrès des sciences ,et l'on répétera encore longtemps le nom de Galilée comme un reproche contre l'autorité" ecclésiastique , sans vouloir entendre que' dans Galilée l'Eglise n'a pas condamné le $a-vant, mais le théologien téméraire qui tirait (les conséquences absurdes de ses découvertes en astronomie.
L'Eglise ne s'est jamais montrée ennemie que de cette science matérialiste qui veut éloigner Dieu des hommes et rendre sa providence inutile. Celte mère de l'humanité connaît trop ce qui convient h ses enfants [tour souffrir tranquillement qu'on vienne les dépouiller de leurs richesses spirituelles et les repousser dans leur exil en leur cachant le ciel. Le pn^mierde nos dogmes, (;'est celui de la déchéance de l'homme et du monde, et les sciences , soit anthropologiques , soil I)hysi(pies, n'ont plus (jue des ruuKîs k parcourir pour y asseoir les bases de leurs théories. L'erreur des savants a toujours été déjuger des "causes par les etrels, tandis (pie la religion nous fait juger les effets par lescauses. Dieu, nous dit-elle, a fait l'hoiiinKià son image : (pielle théorie (Ui perfe(;tions h acrpiérir I La scien(;e [diilosopliicpie, au contraire , remar(piant tout d'abord les iiiiperfeclions (|(î notr(! nature, (;esse de croire à Dieu plutôt (pi(! d'adiiKîltrc; une chute, ou se fait, à l'image d(! riioiiime, un Dieu idéal (jui s- confond bi(!nl(M avec l'hoiiirm! lui-mêino et avec l'homme dégradé.
Nous avons dit (pie l'idéal pour avoir uno bas»; certaine devait s'apfiuyer sur la foi , h'Kpielle s'ap[)uie .'i son tour sur l'autorité ^ dont il re(;oil son frein et sa règle, lui (îffet j. c'est lidéalisme ••ansfiein et .sans règle qui a enfanté toutes les monstruosités des hérés es. Marcion, Montan, Bardesanes , Basilides, Valentin , Manès , élaiiint de grand» p(M tes égarés (pii ont fait des avorlement» au lieu (le produire de belles œuvres; il faut
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liirc lie 1.1 poiVsio des i(l(«cs co qu'Horace a si b:9'i <lil Je la (>oésie des images :
llnmano capiti cervicem piclor eqiiinam JniKjere si velit, et vnrias indnceri- plumas, l nili(]Hi' colldlis iHt'inhris, ut liirjiilcr iitiuiii Desinat in pisccm ninlier formosa supenie, Spcctatum adinissi risuin tencatis, atnici.
En littérature , c'est le sens commun qui fait loi; eu religion, c'est la foi comiuuue (|ui fait règle : la littérature a ses gra'nls lionuues universellement reconnus, la religion a ses [tontii'es canonicjuomcnt institués ; (lon(; si, en littérature [)rofane , il faut s'en rap[)orter au sens commun et à la doctrine des maîtres, en religion, et par suite en littérature religieuse, puiscjue le fond doit emporter la lorme , il faut se conformer à la foi comumne et aux décisions des pasteurs. C'est ce (lue n'avaient pas rou)pris les gnostiques, lorsqu'ils donnèrent leurs ineoliérentes [)oésies pour d' s dogmes sacrés, faute d'en pouvoir faire de la littérature i)assable.
Nous aurions beaucoup de choses à dire ici sur l'orthodoxie du bon goût et de la l)eauté en littérature, mais nous les réservons nour un article spécial. Nous voulons seulement établir ici (jue l'hérésie, étant un désordre , ne peut produire que des laideurs en art comme en philosophie. Et c'est un fait bien avéré que le protestantisme, nonseulement n'a |)a.s d'art religieux, mais a posé la négation formelle do tout luxe de forme et de tonte raagnillcenee de i)oésie. Une religifui sans soumission ne pouvait être qu'une religion sans amour et sans merveilleux , c'est-à-dire une religion sans inlini ; et de quoi voulez-vous que l'art et la littérature puissent vivre v.ha/. de jiareils sectaires? les artistes protestants n'ont et ni' peuvent avoir de beau que ce qu'ils empruntent au calhoiicisme : peuvent-ils être sensibles et honorer les images de leurs parents et de leurs nmis, ceux qui ne sou(fr(Mit rien dans leurs lenq)les qui leur rappelle l'image de Dieu et celle de ses fidèles ajxjtres ! ils craigninit l'idolAtrie, disent-ils, pauvres gens, assez arriérés, assez primitifs, assez sauvages, trantlions le mot, pour croire «pi'on puisse adorer sérieusement le buis et la toile des images 1
Le protestantisme , avec son caractère étroit et frondeur, s'est rej)roduit dans le jansénisme et a laissé en brance jo ne sais (pioi de sa sécheresse et di^ sa roideur. Les jansénistes se disaient les défenseurs de la grAco théologique et se montraient les eniienus les plus acharnés de la gr.'kn» artistique et littéraire. La froide raison, chez eux, éteignait, h force de les contrôler et de les cliAticT, tous les élans s()(Mitanés du c(Ctir , jtlu'uomène qui se reproduira chez tous les liomujes qui,sé|»arés dtî l'auiorilé infiillible et réduits aux sim|)les lumières de la raison, iif voudront pas èlre entraltiés h tous lesca- |»ric('.s d'un enthonsinsme sans règle, et d'une imagination siin.s frein : ils supprimeront hvs ciiuscs dont ils auront peur d'ubuser, cl ne
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trouveront janmis ailleurs que dans la mort le remède aux élans désordonnés de la vie. Le jansénisme de l'esprit a produit en France A'oïtairo , c'est-à-dire la mort de toute croyance et de tout idéal en poésie. Après Voltaire tout était dit , et il n'y avait plus do [)Ossible en littérature (pj'une révolution. (]ette révolution fui counnencée [)ar Chateaubriand , et s'acheva par le retour de la littérature à la vie par les croyances et par l'amour. '
Les essais intermédiaires ont déjà produit quelques ébuiches auxquelles on a donné le nom de romantisme. On revint instinctivement aux croyances naïves du moyen fige , on crut retrouver la foi en exhumant les œuvres (ju'elle avait produites dans son enfance , et la poésie se lit superstitieuse de propos délibéré. Jamais on ne parla tant d'euchant(nu-s , de syl[)hes et de fées ; on tira du chrislia nisme, auialgamé avec les anciennes mylhoiogies du Nord , je ne sais quelle myiholoj,ie vaporeuse, à moitié scand nave , à moitié petile-mailresse de Paris; on inventa des petits aiiges sentimentals et des madones romanesques; les formes bibliques se mêlèrent dans le style à la modo avec Tenlluie vaporeuse des phrases vides de sens. Les nuises alors sacriliaient de nouveau sur l'autel du Dieu inconnu, et ressemblaient, dans leur ij,norance de la vérité, à ce paysan qui , allumant un cierge devant l'-iinage de saint Michel , s'avisa d'en allumer un second en l'honneur du diable. L'enfer du moyen Age ne fut pas moins ré'nabilité que son ciel; et les monstres les plus bizarres , les gnomes les plus contrefails, les wuivres les nlus monstrueuses semblèrent être descendus des voûtes et des tours de nos cathéilrales mutilées pour grouiller et fourmiller dans la prose et dans les vers de nos jeunes hommes les plus élégants. On en vint justpi'à penser que la su- [irême laideur n'était j)as moins émouvante (pic la suprême beauté , et l'école de Victor Hugo broda sur ses barniières les hures monstrueuses de Ilan d'L>landc et de Quasimodo, comme tles enseignes chinoises ; et toute ridicule qu'elle dût sembler alors et qu'elle était réellement , cette école triomplia , parce (pi'ou n'opposait plus (jne d(>s neautés mortes à ses vigoureuses ruais vivantes laidtnirs; tant il est vrai (jue le diable de la légiMide est plus réel que la Minerve du naganisme , et (pie la déesse Uaison avait dû faire regretter même les sor(n(''ros et les fées du moyen Age , même les (liées et les psylles, même les goules et les vampires, moins froids et moins insatiables de sang (pie la plate divinité dont le sa( rilicaleur s'ap|>elait Maral !
Toutefois, cette réaction ne pouvait être durable, et du culte de la laideur, a(lo|)té comme protestation contre le culte do la mort, on devait passer et l'on passera réelhnnent à celui de la véritable beauté.
Si donc dans ce Dictionnaire de lilti'raturc rrliffiriixc nous exhumonsUvs ignorantes, mais larées aspirations de la foi du uioyoa âge,
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ce n'est point pour indiquer ce musée fossile àrimilalion des étudiants en littérature, raais pour le livrer à leurs appréciations , mieux éclairées déjà que celles du siècle dernier, et leur faire retrouver dans les types de ces œuvres du passé quelques éléments des inspirations et des succès de l'avenir. Nous voulons ressaisir en même temps la chaîne delà vraie tradition poétique, unie inséparablement à la vraie tradition religieuse et diriger les recherches des amateurs vers ces monuments si riches d'imagination et de pensées dont nos cathédrales résument encore les prodigieuses magnificences. Un des premiers résultats de la révolution littéraire dont Chateaubriand a donné le. signal a été la réhabilitation de l'art gothique et la restauration des cathédrales ; on a su rendre enfin à la foi ce qui appartenait à la foi et à l'art ce qui appartenait à l'art , sans écouter les scrupules di protestantisme et du jansénisme ; c'est déjà un commencement et puisque déjà on comprend la cathédrale , puisque le génie du Dante a cessé d'être méconnu , il faut espérer que bientôt l'épopée des temps modernes se produira par une synthèse essentiellement catholique de toutes les sciences et de tous les arts.
L'Allemagne, ce beau pays des légendes et des croyances poétiques, n'a pu entièrement laisser sa fleur intellectuelle se fiétrir au soufïle glacé de Luthfr. Depuis qu'elle s'est insurgée au fatal appel de ce Ca.n , ses anciens souvenirs , ses souvenirs «l'enfance au sortir des fonts sacrés, ses calholiiiues souvenirs la poursuivent comme des fantômes ; il n'y a encore des artistes cm Alh;magne, que parce qu'il y reste des catliolifpies ; Goethe et Scniller ont emprunté à la légende catholique tout le merveilleux de leurs œuvres tilanesques, où ils déclarent la guerre 5 la société tout entière, coiruiie s'ils étriierit rendus furieux f)ar l'ennui du prêche et les vaf)eurs délétères du protestantisme. Novalis était calholirpie, Kloj stock aurait dû l'être et son f)oème n'y eût cerU;s rien perdu ; mais tel qu'il est il a scandalisé le rigorisme des protestants, et un [)asteur entreprit un jour un long voyage pfjur le «upplier d'effacer une des [dus belles pages de son reuvre. Owerbeeck, le Haphai.-I de l'Allemagne, arrirné à la vérité par l'allrait de la beauté dans les formes, est allé h Home [(Our étudier les vieux maîtres et s'est fait catholique, à leur école, non-s<ijl(!inenl comme peintre, mais erif;ore comme chrétien. l/Alb-magne protestant»! n'a sufpie détruire les merveilles du catholici-.me: ell«; ne laissera ni un tableau , ni un |)r)eme , ni ifiême une sirrqile légende «pi'elle uc doive OUI soijvfîiiirs de l'orthodoxie ancienne et aux mél.'incoli(|ues souvenirs du calliolicisme exilé.
l'eul-êlre un jour qiielfiiie tradition allemande nous «lira que Luther n'est pas mort, qu'il est ca(>tifdans quelque r:avcrno où se j>res«ient toute» les /1/nes «lui moururent ddfis sa fdU99e doctrine en lui demandant
la lumière; le malheureux moine veut (lor- 1er pour leur dire qu'il lésa trompées, et la parole est refusée à ses lèvres ; il est obligé d'entendre les discours insensés de ces malheureux, il sent toute la fausseté de leurs raisonnements; leur présence et leurs sollicitations lui font souffrir mille angoisses poignantes jusqu'à ce qu'enfin elles le quittent désespérées et s'en vont , sans conseils et sans guides, dans les ténèbres extérieures ; il pleure cependant, mais Dieu ne compte pas ses larmes ; il reviendra peutêtre au monde avant la fin des temps et oi le verra nu-pieds et la corde au cou brûl. r ses propres ouvrages sur cette place de Viltemberg où il a brûlé la bulle et les décrétales, et il ne pourra se reposer dans la tombe, que quand il aura ramené un à un , après les avoir cherchés par tout le monde, les derniers fils des protestants, pour leur faire abjurer leurs erreurs dont il fera pénitence à leur place. Tel est du moins le génie des croyances i)opulaires de l'Allemagne ; c'est ainsi que l'empereur Frédéric Barberousse subit tout vivant les peines du purgatoire dans la montagne de Kilfhauser. Dieu, pour le punir d'avoir usurpé la couronne, le garde prisonnier avec toute sa cour ; mais vers l'éi)oque du dernier jugement Frédéric sortira et ira conquérir la terre sainte. L'empereur captif se déseimuie , en attendant le jour de l'expiation , en faisant du bien aux pauvres qui lui semblent mériter sa protection, et en gratifiant ou en punissant selon leurs mérites les voyageurs qui se hasardent à traverser seuls la montagne.
On raconte à ce sujet qu'une compagnie de musiciens résolut un jour de réjouir [);\r des concerts le vieil empereur Frédéric dais sa solitude ; ils [uontèrent donc, au milieu de la nuit, sur le Kill'hausijr et ({tiand l'horloge d<^ Tilleda sonna minuit ils counuencèrenl leur sérénade. Tout à coup une vive lumière dissipe les ténèbres, et les musiciens étonnés voi'fit un cortège de seigneurs et de dames (jui viennent vers eux avec des llaudjenux ; on les invite polinu^'ut à .soui'or avt'c l'empereui', et la monlagn(! ouvre ses lianes pour htur livrer passage; ils arrivent ainsi, tout en jouant de leurs instiumiînls, jusrpieaupiès tla riMUpcreuriju'ils trouvèrent magnifique (!t gra\e, avec une barbi; lousse qui descfuidail jus(prà s(!S pic.-ds ; ils prirent leur part d'un festin magnifique; servi à la mode de l'ancien tiMups, et (piaud ils partirc'it l'empereur les salua gravement, et la lille de l'empereiu* leur remit à chacun un lameau vert. Les nnisieiens pai'tirent en se mo(piaul de celte étrange lib(';ialité «îl jelère'il leurs rameaux au pied de la monlagiU', excepté un seul qui emporta le sien chez lui et le doruia h sa lenuui!. Cell(,'-ci ri«! l'eut pus plutôt tfjuché ipie l(jutes les feuilles liu ralue/iu se détachèrent et lombèicnt avet; un bruit métallique ; les drujx épcjux regardèrent et virent avec surprise la terrrî jonchéi; de bc-lles médailles d'oi- ;i l'elligie de l'rîmper(Mir. Les autres nnisieiens, ayant upfirrs la bonne iorlunu de leur conl'rèro, rulournù-
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rent en toulc liAto h la monlagno pour topreixlro lonrs mmcaiix, mais ce fut inutilement car ils ne les rntrouvèrent plus.
En ces siècles où la foi était si vive dans tous les C(Eurs, où les fins dernières étaient toujours pn'sentes à l'esprit des hommes, on n'entendait pas gronder la foudre sans voir la main de Dieu se lever sur le monde, et le Rédempteur étendre les siennes et montrer ses plaies h son père ; on n'entrait pas dans une maison sans en saluer les anges protecteurs, et le coupable ne foulait qu'en tremblant une terre qui n'avait qu'à s'ouvrir pour le faire descendre tout vivant dans l'enfer. L'autre monde avait des portes toujours ouvertes sur celui-ci ; les volcans vomissaient des démons avec leurs flammes, et dans le fond des cavernes les plus profondes on entendait des gémissements et des bruits de chaînes. Chaque église avait sa légende, chaque image avait ses miracles, et la tradition de ces miracles et de ces légendes était j)leine de [)oésie.
Tout concourait à entretenir les peuples dans la présence de Dieu et de ses mystères, on reproduisait partout les spectacles religieux de la Bible et du légendaire ; les fêtes publiques s'ornaient d'exhibitions étranges figurant le ciel, l'enfer, le purgatoire, le calvaire et le mont Sinai. « Madame la Vierge avec son b"au petit enfatileh't qui s'esbattoit à part luy avec ung moulinet fait d'une coquille de noix, » comme dit un auteur du temps, y paraissait, aux grandes acclamations du populaire , qui applaudissait et criait Noël; on jouait en public de grandes diableries à trois ou quatre personnages dont les sujets étaient toujours les tentations et les victoires de l'Ame chrétienne. La vie humaine, avec ses fins dernières, était un mystère en quatre actes qui fut souvent représenté. {Voy. Mystères.) La terrible tragédie de la damnation de l'iiomme é()Ouvantait alors tous les cœurs et préoccupait tous les esprits, et les drames nombreux fluxcpielscette idée donna naissanceontlaissé dans notre littérature théAtrale une tradition conservée jus(|u'<\ nos jours et à laquelle l'Allomagnc doit la création de son l'nust, et l'Kspagne la légende de son don Juan. Ces spectacles , trop souvent répétt's , manquèrent parfois leur but en le dé[)assanl ; ■on h;d)ilua le [leuple h considérer l'esprit du ni.il connue un personnage bouH'on ; le déinon Alichino finit v.n Italie par se changer <'n Arle(juin, et le Faust italien dégénéra en l'olichinelle; telle fut l'origine de ladéchéaiicn du th»'!.1tre et de son exeomnninication lorsqu'il devint tout h fait profane ; mais les traditions populaires et les légendes surtout se ressenlir(Mit de cette fuiuîste influence de la boullorinerie introduite dans les mystères «•t substituée h la terreur des sup[)liccs étertjels ; le diable y est représenté souvent rf)mme un vab't fripon quj joue des tours pendables à son maître et a toujours les rit'urs dt son rôle ; c'était le rendre populaire et rien ne pouvait nuire davantage au respect des choses saint» s, mai? c'est ainsi
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que dans le monde les meilleures choses sont gâtées par l'abus qu'on en peut faire.
Les traditions gracieuses avaient peutêtre alors moins de succès que les fantaisies terribles de la légende infernale; il en est pourtant de bien touchantes, mais il faut les chercher dans les écrits des auteuis ascétiques et dans des sermonaires oubliés. Rien
e plus suave et de plus chastement merveilleux que les légendes apocryphes de nos vierges et de nos martyrs. Nous avons lu une Chronique de la Mère de Dieu , Chronicon Deiparce, où les bienfaits de la reine du ciel et les prodiges de son amour pour les pécheurs sont rapportés siècle par siècle et année par année ; rien de plus aimable et de plus riche en poésie que ces histoires filiales et maternelles.
Les miracles alors étaient nombreux parce qu'on y croyait, mais l'Eglise, toujours sage, ne donnait pas sa sanction à tous les miracles que propageait la piété populaire ; la plupartdeces chroniques merveilleuses n'ont d'autre autorité que celle de la foi simple dont elles sont les monuments et appartiennent à la poésie.
Nous n'en dirons pas autant des pratiques superstitieuses et de tous les vestiges encore existants de l'ancienne idolâtrie. Il ne nous appartient pas de trouver un intérêt même littéraire aux choses que l'Eglise réprouve. On peut, si l'on est curieux de connaître les diverses superstitions défendues à dilTérentcs époques, consulter l'ouvrage de .M. Thiers, curé de Vibraye, qui a pour titre Traité des superstitions, quatre volumes in- 12, en se défiant toutefois des appréciations de ce savant qui nous semblent parfois un peu entachées de cette roideur que nous signalions précédemment comme ayant été transmise au jansénisme par la réforme. C'est ainsi cpi'il condamne comme superstitieuse une des |>roses les plus touchantes de la Liturgie , l'hymne de la compassion , le Stabat mater ! il prétend que la douleur de la divine Mère y est |)einte sous des couleurs trop vives et que c'est lui manquer de respect que de la supposer capable d'une pareille allliction ; c'est se faire une bien étrange idée de la dignité d'une mère.
Parmi les pratiques qu'il signale, il eu est d'absurdes et de criminelles, il en est d'autres que l'Eglise elle-même a longtemps tolérées, comme l'usage du feu bénit de la Saint-Jean et le soin (pi'on prenait (i'en recueillir les charbons, l'esjK'ce de consécration ou de bn|»tême de la bùehe de Noël a|)pelée I(> iri'foir, et le soin (|u on avait d'en conserver les restes toute l'année : superstitions qui n'avaient rien de dangereux, et prenaient au contraire leur source dans des lial)itudes de piété qui en sanctifiaient la simplic'ité par la foi.
Enfin il est d'autres pieuses croyances (jui n'ont rien de superstitieux, parce que I Kglise bvs a|)prouvo ou du moins ne les blâme l»as ; celles-là, plus encore que toutes les autres, doivent être recueillies et consacrées comme traditions poétiques dans la lilléra-
CROYANCE
CROYANCE
turt chrétienne. La première et laplusaulorisée de ces pieuses croyances est celle qui est relative à 1 immaculée conception de la trèssainte Vierge ; quoique la dévotion à cette croyance puisse paraître nouvelle, la tradition en est cependant très-ancienne, et ce qu'on pourrait en appeler Ja convenance se trouve étroitement lié au\ origines mêmesdudogme. 11 existe à ce sujet, en Orient, une tradition des plus poétiques : On sait qu'il est dit dans le premier chapitre de la Genèse, au sujet de la création de l'homme. Dieu les créa homme et femme, et cela avant qu'il soit question encore de la création de la femme rapportée au livre suivant. Voici comment la tradition dont nous parlons explique cette difficulté du texte sacré :
Lorsque Dieu créa l'homme du limon de la terre et du souffle de sa bouche, il lui fit une compagne semblable à lui; mais comme il voulait faire de cette dernière créature le chef-d'œuvre de sa magnificence et de son amour, et montrer à l'homme en la lui donnant combien était grande la tendresse du Créateur pour son ouvrage, la femme que Dieu créa fut si parfait».', que les anges la saluèrent avec respect et que l'homme n'osa It'ver les yeux sur elle et se trouva en sa présence plein de confusion et de crainte. Dieu alors eut nitié de la faiblesse d'Adam, il ri'tira à lui la femme immaculée et impeccable et la conserva dans le ciel pour quelle réparât un jour les fautes que commettrait )i femme faible qu'il tira du côté d'Adam. Or Adam aima tendrement cette dernière, I»arce qu'elle était la chair de sa chair et l'os de ses os. .Mais Eve n'était pas la véritable femme typiuue ni la vraie mère du genre humain. Or, lorsrjue le fjéché d'Eve perdit la postérité d'Adam , la femme sans tache qui f'-t^iit dans le ciel f)ria pour la femme coupable et rei;ut de Dieu la première proajcsse de sa dignité a venir, Dieu l'ayant accueillie avec des paroles d'amour et l'ayant apjielée Ma mère. Aussi ce fui d'elle (ju'il fut dit à Adauj : La femme fermera In tête du serpent; f;l lorsqu'elle vint au monde elle descendit [ileirie de gr.lces du sei'i de Dit;u où elle repo.->a il depuis l'origine du mr»nde, ayant con- "viîpvé sans tache son innocence [irimitive et venant souffrir, f|iioique innocente , pour jtarliciper à la passion (Je son Fils et coopérer avec lui au salut des hommes. Les mêmes légendaires assurent que la eonci-plion de Marie dans le sr;iride sainte A nri", sa mèi"', ne >e fit pas se-lon le-s lois o dinaires de la nature. La chair immaculée de Marie, étant elle-même descendue du ci«;l et n'ayant eu -lueun contact avec la masse de corruption de la race d'Adam, elle serait née miraculeusement sans causer de «louleurs à sa mère. Les anciennes f)einlijres (\\x(iu voit encore sxir les vilraui des anciennes chapelles consacrées au culte de la sainte Vierge rajtpollent encore c< tUr lég»;nde : on y voit sainlcj Anne et saint Joachitn se rencontrant dins le temple et unissant leur consfuilenierit (>^>ur la naissanc; de .M.uie par un emhrasserriejil ch4«lc et frateriel ; {»uis on vfiil la
juiissance de Marie qui arrive pendant la nuit sans que Joachim, qui dort auprès de sa compagne, ait été éveillé par un seul cri de la mère ou de l'enfant.
Jl est d'autres pieuses croyances relatives aux âmes des morts, à la fête de la Toussaint et à k veillée de Noël. On croit encore, dai.s nos campagnes, que le soir de la Toussaint les âmes des défunts de chaque famille viennent s'asseoir autour du foyer pour solliciter des prières, et l'on a toujours regardé la nuit de Noël comme l'époque de l'année la plus féconde en révélations et en prophéties. Les apparitions de Noël sont célèbres dans la Bretagne et un littérateur anglais d'un grand talent, Charles Dickens, a publié dernièrement encore sous ce titre, les Contes de Noël, une série de petites nouvelles poétiques de la moralité la plus louchante.
Mais [larmi les pieuses croyances du premier ordre, c'est-à-dire parmi celles qui ont acquis une autorité presque égale à celle du dogme, il ne faut pas oublier la dévotion aux saints anges et la croyance aux anges gardiens, si consoîante pour les âmes isolf'es sur la terre et pour les cœurs abandonnés, amitié céleste qui ne nous trahit jamais, jiensée d'encouragement et de bon conseil dans toutes les vicissitudes de l'existence.
Terminons cet article en disant un mot des pitîusespratiquesantorisées parl'Eg'iseet qui o.t un caractère spé.:ial de grâce elde poésie. De ce nombre est la solennité annuelle du mois do Marie : touchante dédicace du 1)1 us beau mois de l'année à la plus parfaite de toutes les créatures ; chaste consécration du printemps et de la jeune-se à la plus pure des femmes et à la plus aimable des mères. C'est une pieuse et heureuse pensée (jue d'avoir tourné vers le ciel toutes les émotions nue peut faire naître dans le mois des fleurs le luxe de grâce et de beauté qui se déploie dans la nature et d'avoir mêlé le souvenir de Marie h la douceur des brises de mai et h la suavité des fleurs. C'est dans les maisons d'éducation surloiii cpi;; celte [traticpie doit sembler belh; et laisser des souvenirs qui dureront toute la vi(>. Aux analogies de la belle saison se mêlent alors les sympathies du bel âge pour un culte (pii rapiielle si sivement les joies les [lius pures de la farnillf! et les solennités du foyer. La fêle de Marie doit être douce, surtout pour les pauvres enfants qui n'ont plus «le nièro ici-b.is et fpii n'en sont (pi«! [)lus aimés de la mér«' qui est au ciel.
La réeit.ition du ehapelet, cette; (uatiquo des bornes femmes , comriK! dis(;nt les gra ids esftrits qui ne sont nas d»; b;>ns esprits, celle ir-atique si sim[)le en elle-même, reiifTine j>ourlant tous les si'crets de la prier»! el rappelle les plus touch.uils souvenirs. (Chapelet, en vieux fnirirais, signifie eouruniie : h-.s pre-niiins chapelets furent d«.s ronronnes rie v«;rro(erii'S bleues rpi'on mettait sur la têtr; des fViiimes chrétiennes pour b's exposer dans \(' cirrpie. Ces r'onro'un;s, It'intr's df leur sang, élairiiit ramassérvs dans rarnphithéâtrc [»ai les <;liréliens et gairlées
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préoieusnmonl ronime des roliijiios. On Itvs prenait eiilre ses ninins pour prier Dieu, et sur chaque perle qui av.iil tourht^ le fioit rie 1.1 sainte, la piété répandait une larme et une prière. L'usage de ct^s couronnes sanctitii'es se répandit ainsi dans IKglise et se perpétua après répoijue des persécutions ; alors on remplaça les couro'ines sanglantes par des couronnes siniplenienl bénites et l'on en partagea les grains en nombres égaux, en attachant des intentions pieuses h la signification des nond)res. Ainsi tous les suj.'ls possibles de méditation purent se rattacher au chapelet, qui devint ainsi le plus simple et le plus universel des livres de dévotmn : son cercle ne représente-t-il pas cehii de la vie ; ses dixaines, les comraaudeincnts de Dieu qui doivent sanctifier nos jours; l'ordre de ses grains, la hiérarchie; la répétition des mêmes prières, la régularité et l'héroismc de la vie cachée, où tous les jours se suivent et se ressemblent ; puis cette croix, qui est le commencement et la fin de la prière comme de l'œuvre du salut, et vers laquelle le c(!rclc du chapelet nous ramène comme celui de la vie, cette croix (}ui a ('lé imprimée sur notre froîil à notre baptême et qui reposera sur notre tombeau après la mort ; le Symbole des apôtres qu'on récite en commençant ; la prière de recommandation h celle qui nous protège contre toutes les terreurs et tous les dangers; tout cela ne nous rappelle-t-il pas le commencement et la fin de la vie cnrétienne, le baptême et ses obligations, la mort et son allernative ? Le chapelet est donc bien véritablement un livre, et rien ne i)eut être plus utile aux simples et aux ignorants que de leur en expliquer tous les usages et de leur en faire retenir toutes les significations et tous les mystères. Le scapulaire est une de ces dévolions pleines de tendresse que comprendront tous ceux qui ont un C(Bur capable de véritables atrections. Il y a des lionunes (pii garderont sur leur p(»itrine des cheveux do (pielque créature qui les tiouipe, ou le portrait d'une personne dont le souvenir devrait ^Ire pour eux ini re|>ro(Iie, et qui ne comprendront i)as (|u'un chrétien porte sur sa i>oilruie l'image d(! la Mère de Di(>u, counne un vêtement et connue une cuirass(\ Mais rien de ce qui mar([uc de la confianc(> et témoigne de l'aU'ecUion n'est |)uéril aux yeux de ceux (pii aiment, toute la (jucstion est dans le choix des ol)jets vers h^squeis on dirige son amour. Or le plus beau rêve de l'amour, quand même ce ne serait (pi'uu rêve, ne serait-ce |>as celui de l'élemitc ? lin amour filial, un amour sans ond)re et sans tache, un amour parfait, un amour éternel, voilà ce qu'il faut au pieux enfant de Marie, f't voilà ce que lui rap|)elle sans cesstï la livrée si glorieuse pour lui du saint scapiilaire. Le scapulaire est l'habit religieux d(>s personnes du monde; il oblige la conscience sans ostentation et allache h; cœur en secret. r/e«ît une picMise croyance parmi les meml>res do celte confrérie (pie personne de ceux qui uiourronl sous ce saint vêlement ne
soutTrira des peines éternelles, et que même les souffrances méritées du purgatoire seront abrégées en leur faveur. Pourquoi, en effet, ne l'espéreraient-ils pas? Ne sont-ils pas du nombre de ceux dont l'Eglise peut dire ce que Noire-Seigneur disait de la Magdeleine : Beaucoup de pc'chù lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé.
Nous ne finirons pas cet article sur les [)ieuses et poéli(iues croyances sans dire un mol de cette médaille miraculeuse, si célèbre dans nos derniers temiis, et où la Mère de miséricorde est représentée les mains étendues et faisant tomber sur la terre une rosée de lumières et de bénédictions. Celte médaille apparut, comme on sait , à une bonne religieuse de la rue du Bac pendant qu'elle méditait sur les grandeurs et les privilégesdeMarie,el il lui uildit intérieurement que ceux qui la porteraient avec confiance en ressentiraient des effets salutaires. La légende de (;ette méfiai! le est : 0 Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. Ces mots ; qui avons recours à vous ne sont pas une exclusion de ceux qui n'ont pas recours à Marie, mais une sorte d'acceptation personnelle que fait de la lég-mile celui qui porte la médaille, afin que celte légcnd- soit sur sa poitrine comme une prière l>erpétuelle signée en quelque sorte île lui et iiidi(piant formellement qu'il se confie à la médiation do la puissante .Mère de Dieu.
Sur le revers de la médaille, on voit une M surmontée d'une croix et entourée d'une couronne d'étoiles, symbole de maternité, de gloire et de douleur.
L'Eglise, tout en i)rotégeant le culte des images, est toujours attentive pour que la poésie ne dégénère pas en extiavagance, et les pieuses pratiques en superstitions. C'est ainsi rpie le dernier concile de Paris a censuré les miracles apocryphes, l'usage superstitieux des médailles et les innovations Irèsanciennemenl prohibées dans les images.
C'est par cette autorité salutaire, toiijours (îxercée dans l'I'lglise, ([ue la sy mboiiijue chrétienne est resté(» pure de toute allia ico [)rofane avec les chimères des anciens cultes et les monstruosités qui ont ridiculisé les Egvptiens. C'est une reinar(pie inq)ortanle à faire (pie le christianisme esl le seul culte «lont II s emblèmes n'allèrent pas la figure humaine par des mélange d'animaux, et c'est «^ ce signe (ju'on reconnaît d'abord les images du catholicisme. L'hellénisme, si jaloux des biMutés de la forme, admettait néanmoins ces im|)urs nuManges, caraclérislicpies de l'erreur; le christianisme a banni pour jamais du ci(>I et de la terre les hommes à têtes d'épervier ou d'ibis, les cynf>céphalos, l(;s centaures, les faunes et les satyres; il a résolu le problèmedu sphinx, et le monstre s'est pour jamaisprécif)ité dans l'abîme. Aussi l'Eglise a-l-elh; toujours combattu avec énergie contre le fauxmysticismc des gnosli(pies et de 1 eu rs successeurs, (pi i embarrassaient les dogmes si simples de la foi dans ces (piestions I inconvenantes et dans ces inutiles généalo- f Ijies, 'îont saint Paul recommandait de se
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garder. L'abus du merveilleux et les inventions de légendes ridicules étaient stigmatisés par le même Apôtre du nom d'inepties et de contes de vieilles femmes. Saint Paul faisait allusion sans doute àquelques histoires absurdes insérées dans les évangiles apocryphes, et à tous ces calculs persans ou égyptiens qui tendaient à syncrétiser d'une manière tropabsorbantepour la vraie doctrine les anciens dogmes de Zoroastre et de Thot. C'est à ces hérésies justement condamnées qu'il faut rapporter l'invention de ces pierres gravées, connues sous le nom d'Abraxas, où le nom du Christ est écrit sous des ligures qui portent les attributs d'Osiris ou du Soleil, avec des assemblages de membres hétérogènes et diflorraes. Mais le catholicisme n'a jamais autorisé et approuvé dans les images que l'harmonie, la simplicité et la beauté.
L'influence que l'autorité légitime exerce sur les images s'étend aussi sur la littérature sacrée. On a trop cherché, de nos jours, les croyances vagues et une sorte de religiosité vaporeuse, si l'on veut nous passer ce barbarisme, pour exprimer une chose assez barbare. Les vraies croyances catholiques n'ont rien de vague; elles s'arrêtent devant l'infini, et ne cherchent jamais à se perdre dans les nuages. S'il est curieux d'observer quels furent , dans les tem[>s primitifs du christianisme, les effets df ces croyances sur l'imagination et sur la poésie des peuples, il est [»arfaitemenl inutile d'imiter les ébauches qui se sont produites sous la double intlue-ice de l'ignorance et d'une religion mal éclairée. Chercher des inspirations dans les souvenirs du moyen ilge, c'est chercher •ie l'or dans la cendre, il faut bien se garder de prendre le tout pour de loi-, on se tromperait bien grossiéremeni. El c'est ce (jui «'«rrive en peinture, en sculpture et en poésie, h tous les faiseurs de pastiche, qui, au lieu de la naïveté et de la [luieté descomjjositions, ne savent co()ier que la roideur des lignes, la gaucherie des poses et les archaïsmes, soit dans le dt.'ssin, so'l dans \(' <y>Ioris. Imiter l'ignorance des siècles croyants, ce n'est certes pas avoir reconrpiis les croyances ; pour avoir dans les elfeis le secret des analogies, il faut icrnonleraiix analogies des causes.
Il faut prendre garde aussi, en voulant éviter l'ignorance eiédule des peuples du nioyen flge, de tomber dans lignoraiu;*; pré- .somplueuse du nôtre, (in fioimiie (jui /it et hausse les épauh.'sau s(!ul nom de miracles, de magie, de poss«;ssion ou d'ap|iarilion, n'est guère [)lus sage que c«'lui rjui voit d(;s inervedies («artout. Il est certain que resserrés coffiine nous sommes sur un point dans l'inlirii, pressés de toutes parts dans le temps par rélernilé qui nous précède et qui nous suit, ne sncharit pas plus les mystères de la vie r|ue ceux de la mrjrl, nous avons mauvais; gr;U;e de déterminer cl de poser irrévoc^hleinent |»;s liniil<;s du fiossible. La négali'»n «ans raison est aussi inepte, pour ne V»^ dire plu?», que In cioyanci; téméraire, *-i nou8 donneiions volontiers même la pré-
CIIIIYSOSTOME
T,dO
férence à la crédulité parce qu'elle anirn..'\. tandis que l'incrédulité nie : or, celui qui affirme peut se tromper d'objet ; mais il > a toujours dans son acte un rnouvement vers la vérité, puisque la vérité est une affirmation ; quant à la négation elle ne crée rien, elle ne cherche rien, elle ne conserve rien : c'est le doute, c'est l'inertie, ce sont les ténèbres, c'est la mort.
^ CHKYSOSTOME (saint Jean). — Saint Jean à la bouche d'or (car c'est ce que veut dire ie nom de Chrysoslome) fut un de ces hommes qui régnent "sur le monde par l'éloquence autant que par la vertu, un de ces honnnes dont le souvenir est comparable à l'image des vingt-quatre vieillards qui tiennent des harpes et des lampes, et qui déposent leur couronne d'or au pied du trône de l'Agneau. Aucune espèce de grandeur ne manqua à ce père de son siècle. Aus;ère comme les anachorètes les plus terribles , mais humain comme le Sauveur lorsqulil ne {,>ouvait voir les larmes de la pauvre veuve de Naim, il sut concilier le saciifice absolu de toutes choses avec les devoirs de la piété ffiiaL>. Comme il voulait fuir dans la solitude, Antliu>e, sa mère, le [irit par la main, le conduisit dans sa chambre, autrefois nuptiale, maintenaîit solitaire, et le faisant asseoir sur le lit où elle l'avait mis au monde, elle se jeta à ses pieds en pleurant et restant dans celte posture malgré les elforts du lils pour relever sa mère; elle le conjura au nom do tous les s(nns (lu'elle avait pris de son enfance, au nom de son amour et de ses douleurs, de ne pas la laisser seule au monde, où elle serait méprisée et oppiimée parce (|u'elle serait abandonnée et sans détense. (>e;te scène touchante (jue saint Chrysostome raconte lui-même au commencement de son livre sur le sacerdoce a un caraclèio l(ml ù fait antique : on croirait lire un des plus beaux récils d'Homère. Saint Jean |)leura avec sa mère et ne la quitta pas; mais il se lit une Th('baide dans la maison de sa famille, et sut concilier ain»i ses atliaits surnaturels avec les devoirs de la nature. A la mort de sa mèrt; il se relira au désert et vécut de la vie; des anges, perdu avec; son Dieu dans le creux des eavern s et dans la [)rofondeur des forêts. Ses aiish'rités et ses extases dévorantes avaient déliuit sa santé et presipie anéanti son coij s lorscju'il revint a Antioclu! et fut onioimé «liacic par saint .Mélèce, puis prêtre cinq ans plds tard [lar le vénérable saint l-'lavien. Chargé du minislere de la parohf, il commença a étonner, ù émouvoir et <i entraîner le monde : la fable des chaines d'or (pii sortaient de la I). Miche du Dieu del'élofpienccîsemblaiLs'êlre réalisée en lui. Jamais dos convictions plus ardentes ne s'cUaient exjirimées avec tant d'autorité (!t de force, jamais les expres- .sions ot tout le langa..;e d'un homme n'avaient pris il ce point la forme et l'empreinle de ses vertus. Il y avait alois de3 évC(|ues relAcliés qui aimaient la dominalion et le last(!. Un tel prêtre les edVaya , et ils liienl tous leurs elforts jiour l'élo.^Mcr