ABDIAS
AIJDIAS
<lu clirislianismo, la foi nouvelle, en agitant et en régénérant les multitudes illettrées , réveillait en elles l'amour du merveilleux. Les imaginations, excitées par le récit des vrais miracles, en supposaient facilement une multitude d'autres ; cliacun racontait ses rêves, et ces récits, toujours augmentés eu passant de bouche en bouche, trouvaient enfin quelque pieux et crédule historien pour les écrire. Plusieurs de ces légendes sont des allégories et des paraboles empreintes de tout le mysticisme poétique de TOrient, et oij se trouvent parfois des calculs et des abstractions numérales empruntés aux souvenirs de l'école de Pylhagore. Ces poésies anciennes ne sont donc pas indifférentes môme pour les recherches de la science, et il appartenait à la grossière ignorance de l'école voltairiennede les tourner en dérision. La légende du combat des apôtres est une composition d'une longue étendue : elle est divisée en dix livres, et a été publiée, comuie nous l'avons dit, sous le nom d'Abdias, évèrjue soi-disant ordonné par saint Simon et .saint Jude. Le texte original paraît être p nlu, et la version latine qui nous en est parvenue porte le nom supposé ou inconnu de Jules l'Africain. Le traducteur prétend avoir travaillé d'a[irès une veision grecque de l'original hébreu, asseition dont il est f)errais de douter, si l'on s'en rapporte aux Iré'iucnls latinismes du style «t h l'insertion «ntière et littérale d'un fragin- nt de ïflistoxre ecrlésiusliquc d'Eusèbe, traduite par Hufin. L'histoire du comb.it ajiostolique a été |)ubliée po.ir la première fois dnns la collection de W. Lazius {('oUcctio rar. monum., Basileaî, L^5I, in-Jol, ; Paris, loGG, in-8°j ; elle se trouve aussi dans le second tome du Codex apocryphua da Fabricius.
AIJDL\Slo prophète. —La [)ropliétied'Ab- «iias n'a qu'un cnaj)itre de vingt et un versets : c'est le plus petit des petits prophètes, piiisqu'on l<;s a aftjielé-. ainsi à (•au>e dtj la brièveté et du petit nombre de leurs prophéties : celle (JAb lias est une espèce de c'iant national pour ranimer l'enthousiashK! d -s lijraélinvs opprimés jiar les Muméens; e'fsl h la friis u i cri de guerre et une inen.K e d'exleruiin.ilion ; le style en est véfiéluciil, rapide, éner,.;iqu.', niais simple en môme lemj»s, comme tout ce qui s'adresse T IX muliliidcs. Le début édale comme h; l»iuil de la trompetie : £/u amlinitmdrur de Oteu fifcst res|»ril profiliéliquc d'Ab lias luiiiièffic) e»l fntofjp. dur n'itunin : hirz-rous, rrncz, coalinonn-niins contre /ùlom ! Je l'ai rendu le plu» petit parmi lrtin(.tionn: In en di- (jiie de tous Ifn mf^pri» ! L'or/juiil de ton rœur lu exulté : tu deiniureH diins Irx fentes de lu //terre, ta elt-rm ton trônr sur lu motitutjne, ri tu din : Qui m'urrut heru d'ni pour vie iraiiur jUMffu'à trrr'f Eli bien! //unnd tu neruis plun tieré (pie l ai/jlf, ri fpinrid tu nuruix pose ton ind entre Irt rloilr%,je l'en urrui hrrui, dit le Sfitjnearl
LvUf iii/ir» h • impétueuse «Ju barde saeié l-iitse bi»' I loin rJcrrière elh; loule.s les colèm:s de Tyrlée; on l'entend crier aux armes!
il soulève d'un mot les multitudes, on les voit qui se rassemblent et qui s'exhortent à combattre contre Edom : Consurgamusl Voici déjà les échelles qui se dressent et l'assaut qui commence! Mais déjà Abdias est sur la brèche et il insulte l'ennemi; comme son courage, inspiré de Dieu, dédaigne ces remparts de montagnes qui protègent les Iduraéens! Quelle fui toute-puissante élève sa menace jusqu'au ciel même, que Dieu domine d'un regard ! Quand tu aurais posé ton nidr entre les astres, je t'en arracherai ! Cette menace de la part d'un homme serait ridiculo et mériterait simplement le nom de bravade, et l'on en trouve d'à peu près semblables dans la bouche des capitans-matamores de notre ancienne comédie. L'homme est toujours ridicule lorsiju'il ment pour se vanter; mais la conlianco en Dieu ne peut jamais exagérer la toute-puissance dont elledispose. On comprend maintenant pourquoi telle expression ou telle image, ridicule quand elle est fausse, devient sublime dès qu'elle est vraie.
Après ce début, le prophète entre jusque dans les conseils dos Iduméens, pour y apporter la confusion et l'épouvante : Vous êtes trahis, leur crie-t-il; les hommes de votre alliance se sont tous joués de t^ous; ceux qui mangent avec vous tendent des pièges sous vos pas ! Non, il na plus ni conseil ni prudence, ce peuple insensé! Le Seigneur na-t-il pas dit : En ce jour-là je perdrai les sages de l'Jduméc, et la prudencedeta montagne d'Esaii ! Ainsi, coui-age! guerrieis d'Israël, S(Miiblo dire le poi'lc guerrier; vous ne trouverez jias même de lésistance. Dieu leur a envoyé le vertige, il veut les perdre; il va les livrer eiitr.' vos mains I
Vie ment maintenant les reproches qui, on rappelant les crimes des Iduméens contre les Isr.K^lites, vont animer de plus en plus la colère et le courage du soldat : A cause des meurtres que tu as commis, à cause de ton injustice cnrers ton frère Jacoh, tu périras pour jamais. Lorsque tu étais debout contre vous, l'étranger prenait notre armée captive; les bnrbarrs entraient par nos portes, ils jetaient Jérusalem au sort, et toi aussi tu étais comme l'un d'entre eux! Va! tu ne na'priseras pas ])lus longtemps l'exil de ton frère, lune jouiras pas de notre perte, ton front ne s'enorgueillira pas de nos angoisses, en disant aux iduméens qui ne sont plus : Vous n'éqorgerez plus vos frères : vous ne lrio)npherez plus diH mfortunrs d'Israël! Le jour (lu Seigneur et venu, l'heure des vengeances a sonné, Jacoh sera le feu, Joseph sera la flamme, et EmuU sera la paille... .Esaiine sera plus : c'est l ■ Seigneur qui a parlé.
Ain>i, c'est un combat h mori, c'est luio lutte sans merci, c'est une giieiie d'extermi- /lalifMi fpii se préfuire... Qnelh; force, qiudlo rapidité dans le slyhî! (pjellr; puissance dans la menace! Le; l)i«Mj d'Abdias est véril/iblemeiii un Dieu (fii'il tant craindie; mais il Ablias n'était pas un pro[)lièle, ce serait luii des plus grands poètes nationaux do I antique JudéC'
AHCAR
AnONHANCE
L'arrêt d'Ksïii est proiioiicé, la place iiii'il o(MMiiiail sur la nionla,:;;no csl tioiint^o à d'autres; les o'ifaits d'Israc'! part.ij;ont travancc les di'pouillos do leurs cniitMiiis, puis dos sauv(v,irs vii'Mdront sur la nionlagnedc Sion jtu'or la uionl.ïgnc d'Esaii, et le rcV^tie sera au St'i^iieur.
Ici Abdias s'unit, vn terminant son cli.int .ïïutTricr, aux dcsirs de tous les pro|)';ôtes : Tu n'cntrernx plus par la porte de mon peuple au jour de sa ruine : tu ne le meprixrras ])lus dans ses maiLX au jour de sa désolation ; tu ne seras plus lance contre son armée au jour de sa dé faite! Tu ne te tiendras plus aux issues pour tuer ceux qui fuient, tu ne cerneras plus 1rs restes de Varmée au four de la tribiihtion !
Quelle (^numération pleine d'araertum.!!
Comme les souvenirs de vengeance sont présentés au cœur du peuple de manière à exciter sa colère 1 Les Iduméens étaient leurs frères, et les ont traités ainsi! Ah! cette pensée seule suflit pour qu'on doive les vaincre. Avec quel ach.irnement ne va-t-on |)as les combattre! On les regarde déjh comme vaincus! Pas de grâce pour eux: il semble ((ue déjà le prophète se tient debout sur les ruines de leurs villes, et qu'il contemple leurs (;l)amps tout cou verts de leurs calavres; il branlii la tète, dans la joie terrible du triomphe, et il semble qu'on le voit sourire; ilai)i)elle les sauveurs à venir, mais c'est au S:iigneur seul que le règne doit appartenir. Ainsi ce n'est |)as seulement pour la gloire d'une nation que le prophète veut armer les lidèl'.'s, son enthousiasme ne se renferme ii.is dans l'é^oïsme de la patrie, c'est pour Dit'U qu'il veut la victoire : Abrégez les temps, abattez ceux qui retardent sa venue en opprimant et en corrompant son peuple. Guerre â ht cite des méchants, pour que vienne la cité de Dieu! Mnlheur à Edoml périssent les enfants cl 1rs complices de Jiahylone ; mais triomphe r[ paix éternelle à la montagne sainte, où doit se reposer la nouvelle Jérusalem ! Voilà en quoi se résume tout l'esprit des prop ètes, et le! csl aussi le génie (jui donne tant dimpiHuosifé et de puissance à la prophétie d'Abdias.
ABEL. — La mort d'Abel, [)Oéme deGcssn -r. (Voff. (jESSNEn.)
A lui AU, — roi d'Edesse , appartient à la liîtt'rature religieuse, comme peisonna..;e d'une très-ancieime légende allirmée hisioir,' aulhenlique par Eusèbt,' d(! Césarée. Suiva il f.'Ite lé'gende, Abgar ou Abagare, roi des Arabes et souverain delà petite ville d'Edesse, ayant entendu raconter les miracles .lîj Siuveur, dont il était le conlen>porain, crut t-n lui sans l'avoir vu et lui éMiivil pour iui demander sa propre gui'-rison et luiollVir un asHc à Edessc, qutï h- roi voulait ré'der in toute souveraineté au rédempteur du monde. Notro-Seigneur aurait, toujours suivant la hgende, répon<]u de sa piopre main h cepimix monarque, et lui aurait même envoyé soa portrait pi-int ()ar lui-même.
La lettre de Notrc-Seigneur .ié««is-(^.bri.st, couservée «-iicore f»arnù Icj écrits apocryphes
du Nouveau Testament, est ainsi conçue;
« Tu es heureux, Abgar, de croire en moi sans m'avoir vu; car je suis celui dont il a été dit : Ceux qui me verront Jie croiront pa.^ m moi, afin que ceux qui ne m'auront pas ru croient en tnoi et reçoivent la vie.
« Tu me pries de venir à toi, mais il est nécessaire que j'accon)plisse ici toutes les ehoses pour lesquelles je suis envoyé; puis Je retourne h celui qui m'envoie. Et f|uan(l je serai retourné vers celui qui m'envoie, jo t'enverrai un de mes disciples pour (ju'il te guérisse de ton infirmité et qu'il donne la vie à toi et à ceux qui sont avec toi. »
On ne saurait nier cjue le style de celte lettre se rapporte parfaitement au langage du Sauveur dans les saints Evangiles , et sous ce ranport c'est un monument curieux de la littérature des premiers siècles. C'est d'ailleurs une supposition louchante que celle d'un roi qui dépose sa couronne aux pieds du divin proscrit , et l'on est attendri de voir le Sauveur refuser l'asile que lui offre la foi de ce bon princ, a[)rès avoir foulé aux pieds avec tant de dédain toutes les couronnes de la terre qui lui étaient offertes par l'esprit du mal. Proposito sibi gaudio, sustinuit crucem.
La légende ajoute qu'après la mort et la résurrection du Seigneur, saint Thomas envo^-a à Edesse le disciple Thailée, l'un des soixante-douze, qui guérit le roi Abgar en lui imposant les mains, et le convertit, ainsi que tout son peuple, aux pratiques de la foi chrétienne.
ABONDANXE. — L'abondance, en liltérature, est une qualité également opposée A la sécheresse et à la (lilfusion. Trop dire marque autant de pauvreté dans l'esprit (|uo de ne jias dire assez; l'écrivain riche d'inspiration et de pensées les revôl s.ins efforts d'une forme que la souplesse et la docilitt'. du langage rendent facilement brillante et magnifique. La vraie abondance ilill'ère si essentiellement de la prolixité et de l'enflure, (pie tous les ornements (pi'elle donne au lang.tge prennent naturellement leur place, et que l'art se cache sous un certain luxe de simplicité qui constitue le grandiose cl le sublime du beau style.
Ce genre de beauté se retrouve |)artoul dans les livres saints, ([uo les rhéteurs de la décadence trouvaient si grossièrement écrits, parce (Qu'ils n'y trouvai( ni ni anfilhès(\s puériles, ni jeux de mots, ni sophismes, ni boursouflures. (Combien so il magnifi(pics ces répétitions de mots uans le premier chapitre de la (leiièse I Par ex(nnple : Dieu dit : Que