‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 50 sur 233 · DAMEL · texte numérisé non relu

DAMEL

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heureux d'avoir lullé el d'avoir été vaincu par Dieu seul !

Ou ne rosjiirc pas au milieu de rr^s falileaux si grands, si terribles et si sublimes, qui se succèdent avec rapidité dans la jiropliétie de Daniel ! Voyez-vous ces autels, ces tables, ce palais resplendissant de lumières? Entendez-vous ces cris, ces chants, ces rires ? Voyez-vous étincelcr ces vases d'or entre les mains des princes et des femn^.es perdues! Sacrilège ! Ce sont les vases du temple df Dieu, et cette orgie, c'est le festin de Balihasar ! Chose terrible ! Devant les yeux fixes de tous ces gens ivres, il y a une main qui écrit sur le mur, Mané, Tlieccl, Phares ! Les lam[ies s'éteignent et l'inscri;;t on seule resplendit en caractères de sang et de feu. Au milieu de l'épouvante universelle et du désordre de la cour, nous voyons rej)aiaitre Daniel... ])uis tout s'etface comme sous un tourbillon terrible. A la nuit du f'-stin ne succédera jamais l'aurore pour les )'àles convives du roi de Babylone : l'emj»ire des Assyriens s'est éteint comme les lampes de l'orgie. Demain, les Mèdcs et Darius dicte.''ont de nouvel'cs lois au monde!

C'est sous le règn^; de Darius le Mède que Daniel est jeté deux fois dans la fosse aux lions et en sort viva it, tandis qjie ses accuvaleurs sont dévorés.

Le chapitre septième de Daniel contient une secondfi vision qu'on pourrait appeh^r universelle comnui celh; du la siatue r-t de la montagne. Des (lots d'une mer agitée le prophète voit sortir successivement (les animaux monstrueux qui rejjrr-senlent les grands empires, cl qui s'cntre-dévorent.

.Mais au-<Jessus des (lots du temps el des multitudes, au-dessus de la s{)hère dos pouvoirs humains et de la poussière que font en s'agitant les majestés dr- la terre, des ti ùrios sont i)osés da is le ciel. Lh s'esl as^is l'ancien nés jours, et devant lui se lient del.oul le Fils de I Honnue, f(iii attend son heure, el f,ui doit ajtparaltre pour fonder, après les d'-rnie/s coMd>ats de la force brulale, lo ri%;jn: éternel de l'ititelligence el de fainour. Ici (inil la \)!\r<jK', ajoute le rirofihèle. Comme s'il disait : Ici s'arrête I letivro d i \'erbe ! explication anticipée du Con- Muininfitum est (jue le .Sauveur devait prononcer en expirant.

k ce lable.ni rpii end) asse le lenqis et léteniilé, succèdent hienlôl d'autres iulage^. Mais ici nous laissons la parrde .'i un plus éloquent inlerprèie :

Dieu nous a révéler rpu; lui seul fait h-s conquérants, et (pje seul il les lait servir .'i S'f.s desseins. Ouel autre a fait un Cyrus, si ce ne5l Dieu «pii l'avait nonnrié deux cenls an» ararit sa naissance dans les oracles d'I- <»aie? '« Tu n en pas enrore, lui disait-il, liais je te vois, et jo l'ai nommé par Ion f.oin : lu l'ajtpellera» Cyrus. Je mari lierai devant loi dans les cfimnals ; h Ion ajfpror.tie,je riielir/u les rois en fuite; je briser.ij 1^» portes d'anvijn. ("est moi qui étends les t'unit, qui soiilien» la terre, qui nouiine ce

qui n est pas comme ce qui est (1] » ; c'esth-dire c'est moi qui fais tout et moi qui vois, dès l'élernité, tout ce que je fiiis. Quel autre a pu former un Alexandre, si ce n'est C8 môme Dieu qui en a fait voir de si loin et par des (igures si vives l'ardeur indomptable à son prophète Daniel ? « Le voyez-vous, « dit-il, ce conquérant ; avec quelle rapidité « il s'élève de l'occident comme par bonds, et « ne touche pas à terre ? (2) » Semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarrhe, à ces animaux vigoureux et'bondissanls, il ne s'avance que j)ar vives et impétueuses saillies, et n'est arrêté ni par montagnes ni par précipices. Déjà le roi de Perse est entre ses mains; « à sa vue il s'est animé : cfj'eratus est in eum, dit le Prophète ; il l'abat, il le foule aux pieds : nul ne le peut défendre des coups qu'il lui porte ou lui arracher sa [iroie. » Est-ce Bossuet que nous entendons, ou Daniel lui-même? Daniel, accablé par des pensées trop grandes pour l'esprit humain, nous dit qu'il est tombé malade, et Bossuet parle pour lui ; car l'évoque de Meaux a seul une voix assez forte et niu» [;oitrine assez puissante pour transineltre au monde et pour maitristn- en lui-même le ^énie surhumain, le souille tout-puissant de l'Esprit qui a ins[)iré Daniel !

Au chapitre neuvième, nous trouvons la célèbre proidiétie des soixante et dix semaines. Cette prophétie est précédée d'une huile et touchante prière. Le messager de la proiuesse est l'ange Gabr el qui vole vers le prophète à l'heure du sacrifice du soir; il lui ancionce la venue cl la nu)rt du Christ en lui j.récisant les époques ; il prédit la réprobaaon du peuple juif et la ruine du \vu\- I)!e qui ne sera jamais relevé. Daniel pleure et s'aJllige de l'allliction prochaine de son peuple; mais le Verbe éternel lui apparaît sous cette même li^!;ure (jui devait ouvrir plus tard l'Aiiocalynse de saint Jean. C'e.vt u"\ homme vêtu d'une lo! e blanche, dont la face est resphnidissante vl dont les yeux lancent des écliirs: ses jiieds ressendilenl h du bronze en fusion, et sa voix est grande connue la voix des eaux ou le bruissemtnil des multitudes. Daiid tombe comiiu' mort devant cette ligure céleste; mais rhomme divin le louch..', le relève, et lui dit qui; la lutt(!des géiiiis touclie à >a (in, el (|iie les anges des nations élraiigè.es ne résisteionl plus désormais au vaiiupi-ur des anges rel)elh;s, ;i l'archange .Michel, le cliel'de la miiir(! cc'lesle el lo protecteur du peuph; do Dieu. Puis les (irédictirjiis du Verbe divin sur les révolutions prochaines, sur les couh

(I) U.t'c (liri; Clnislo inco (iyro, cnjns .ipitrclieinlf (icvlcraiii... l,}{o;.i(l(; le il»() : «-l ^lonnsos Icn.i! imiiiili:il><i : portas :i'r<-as coiilnam, et vcc les Icikm»*

rniiriiiiKaiii i;i s(ias(|nia c^o lloiiiiniis (|ni v()( o

iioiiirii liimii.... Voiiivi le iiorninr- iiio \((imii i(>,

cl non (((({noNisli iiic... K-o Itoiiiiniis, cl non e:.t :ill T, foriiians liiri;rii, cl cicans Icnchras, laciciis n;»tr.in, cl crcaiis inahini : ry, i Doniiniis, facifiis Oliiiijjl li;cc, clc.. \hk\. c. i.'i, V. I, *2, ."», 4, 7.

(1) VcnieiKU .il) occiilcrnic siijtcr f'acicni |oli:i, lciT.,e «l non lan({cl)al Iciram. l)\y. v. H, y. '.,.

HANTK

OANTE

li.Tls i\ ].•> .Ii'l.iitos d(vs rois, di'piiis Ali'X.in- (Irc li^ (irand jiis(]u"j\ Aiitiocijus !•> Supcrl)»*, romplissonl It* on/ii'-mr ('lia|iilrc ot iKMivpiit ('•-rileim'iil s"jipplii|iier h l'histoiro dos ciiipiros(]iji suivront \i\ cliuto fr.\nliorlius ; car on (Ipliors (lu priicipc do vii' et de [trogiès dans lo l)i(Mi ({iii seia Jrsus-Christ, les homnios rolonil)cront dans les mômos crrcnionls ot rcronnnonreronl jusqu'à la \v^ des temps la niènie lamentable histoire. Antiorhus est J'imav:" d'un autre roi ipii doit venir à la iin des temps, et qui unira les viohvif-es du pouvoir aux si'duetions de la parole. Puis, quand ro[)pr(>ssion sera venue h son comble, Michel, le chef du peuple, se lèvera, et les morts ressusciteront; alors les lumières de l'intelligence resplendiront, et les sages des temps passés hiillmunt dans le ciel comme des étoiles. « Va donc, Daniel, ajoute le S igneur, et repose-toi dans la londj" ; ton sort est fixé, et tu retrouveras ton héritage à la fin des jours ! » Tu autcm vadc nd prnpnitum et ref/nicsccii cl slahis in sorte tua ad fiiirm dirriim. \'u\i?\ se termine le douzième et dernier chapitre de la {)rophétie de Daniel.

L'histoire de Susanne, également écrite par le prophète, ne se trouve |)as dans l'hébreu et a été empruntée i)ar les traducteurs de la Vulgate à la version grec(j ;e de Théodotion. Nous n'analyserons pas citte louchante histoire cpii connnence la vie et la gloire pro[)h 'tiipie de Daniel; mais nous ferons remarcjucr combien elle pourrait fournir un beau sujet de drame et môme de poème. L'illustre et malheureux André Chéuier avait en effet conçu le dessein d'un pf»ème de Susanne dont il avait même dt'-jà ébaurhé (juchpies j)aities, lorsque la révolution, (jui récom[)ensait de la même sorte tous les talents et toutes les vertus, le lit nasser sous le niveau (}ui égalisait alors les Iiommes h la manière de Taniuin.

DANTE. — Après ceux des prophètes et des l'ères, il n'y a p<is dans la littérature rhr(''tuMnie un plus grand nom (|ue celui de Dante. F,e poinue di; Dante Alighieri n'est pas seuhniKmt une épopée dont l'action s\niiumainc end)rass(; les destinées d(î l'hutnanilétout (nilière,et son ascinision vers Dieu par une échelle de douleurs, d'ond)re, de clarté et de gloire ; c'est rencyclo|)édie des siècles catholi(iues, coordonnée et disposiM' j'ti une admirable synthèse; c'est \,'\ soiinnr p«>élique c|ij moyen Âge, c'est le magniti(pie lésiwné du symbolisme de tous les ICiUMs, de toutes les allégories, de toutes les it'-geiides, de tout ce (|ui a é'Ié foruudé enliu en hiéroglyphes, en allégories, en peinliues dorées ei en S(Mili>luresmystérieu-'es, autour des anciennes cathédrales. L'a/tion de l'épopé •, c'e>l le voyage de l'humanité h travers l'inlini,?» la recherche du boulituir éternel. L'humanité est ligurée par l'ituie du poète, conduite alternativement par lonibre sage et undiidicusc de Virgile et par la céleste Uéalrix, la fiancée de l'esprit chrélicn, l'épouse du Cantique des Cantiques, la

beauté sans ombre et sans déclin, la vérité toujours jeune et tou>>urs vierge.

Pour bien comprtnidre le personnage de Réatrix et l'action de la Divine Comédie, il faut avoir lu et bien Cf)mpris la Vir nouvelle^ petit po('me de la jeunesse de Dante. Là nous voyons qiiépris de la beauté d'une l)ersonne chaste et vertueuse, nommée Béatrix, qui fut enlevée par la mort h sa respectueuse affection, il s'éleva, par le souvenir de cette grAce trop tôt flétrie, h la contemplation de la beauté et de l'amour, qui ne saïu-aientjamais mourir. L'idéal de la perfection put donc dans son souvenir la resseml)lance de la personne qu'il avait aimée, et il donna le nom de Béatrix à l'image fugitive du bf)nheur qu'il ne pouvait plus désormais [)oursuivre sur la terre, mais qu'il espérait voir un jour se réaliser dans le ciel.

Dante vivait à une époque orageuse et profondément troublée. Les haim s infernales de la guerrt; civile, les fureurs des (iuelfes et des (iibelins dérhiiaient alors l'Italie et épouvantaient le monde. Dante, emporté par le tourbillon , dut traverser d'étranges nuits morales et plonger dans bien des al)imes de douleur et de haine. Puis, calmé par l'adversité et puni par l'exil, il parcourut le purgatoire de l'expiation et des souvenirs. Kniin, loi'S(iue des jours plus calmes lui firent espérer de revoir bientôt sa chère Florence, la pensée de la patrie se nièla dans son c(Rur aux ()lus touchants souvenirs de son enfance, et il crut voir la main céleste de Béatrix lui montrer la porte du ciel. Voici donc une première explication du poème dantesmie ; ce poème est l'épopée de son Ame, riiistoire de ses tourments, de ses crimes peut-être, i)uis de son rt>pentir, de ses expiations et de son retour vers Dieu, I>a Poésie, soris la figure de Virgile, l'a toujours consolé ot sout(nui jusipi'au fond même de l'enfer. La Ueligion, dont Béatrix est pour lui l'image, le rect^vra à la porte du ciel et le conduira juscpi'au centre de la gloire incréée au pied (lu trône invisible de Dieu. L'Inspiration anti(pie et la nouvelh^ Poésie se transmettent ainsi cette Ame, comme des anges de (hmx ordres différents cpji doivent aider un mortel h gravir les degrés de l'échelle de Jacob. Les souvenirs rie l'Ancienne mythologi(> sont encore vivants dans l'enfer, dont les ombres se dissipent encore à la clarté du poi'te deMantoue. Lh nous retrouverons (Micore Caron avec sa bar(pie fatale, Minos avee ses |>Ales assesseurs; là palo|ipent encore des Centaures aux ongles retentissants ; là volent sous \\u ciel de fuinéo «les (îérions aux corps (biformes; mais tous ces fantômes de l'Ame épouvantée et ujalade, n'ont d'autre réalité que le caprice ilvs démons. Dans le |>nrgatMire, la poésie s'é|iuro de toutes ces réminiscences profanes, et elle va se lran*;lignnn- tout à fait dans la rayonnante claité du ciel. Ai"si voici une seconde explication de l'onivre de Dante. C'est l'é'popée de la poésie et l'histoire du progrès de la littérature: l'histoire qui ne s'arrête ({u'on

DANTE

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