‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 51 sur 233 · DAME · texte numérisé non relu

DAME

[)résonce Je l'cior lilé, poifoclioii toujoins croissante et limitée seulement par riîilini.

Dante possédait parlaitemeut cette science orientale des analogies, qui est la clef de l'écriture hiéroglyphique et des allégories de l'Apocalypse et des prophètes. Les nombres qu'il emploie, les formes qu'il donne à ses pensées, n'ont rien d'arbitraire et ont nne signiilra;ion rigoureusement exacte et conforme aux traditions de la théologie mystiqtie et du symbjlisme religieux. Il senible avoir deviné les mystères que la science n'avait pas encore révélés à son siècle; il compren J la force qui attire tous les corps au centre de la terre ; il voit les quatre étoiiCS'd- lac.'oix du sud, découvertes plus tard avec étonnement [ ar les hardis navigateurs qui s'avancèrent les premiers vers les régions équinoxiales. A ces connûssances j»rodigieuses pour son temps, il rattache toutes les traditions de l'histoire naturelle, qui était, comme on sait, au moyen Agf, une sorte de légen le dorée. Il parle du pliénix, qui ne so nourrit que de baume et d'encens ; de l'héliotrope, espèce d'agate verte, cendrée de rouge, au moyen de laquelle on f>eut se rendre invisible; eutin il cite les grands hommes de tous les tem|)s, et évoque, avec les souvenirs de l'histoire contemporaine, tous les plus grands noms de l'histoire universelle. Il se fait le juge sujirème du fiasse, du présent d de l'avenir, en classant toutes les gloires et toutes les renommées du nionde dans ses inexorables c ilégories, l'enfer, le purgatoire et le ciel. Satirique hardi quelquefois jusqu'à l'excès, il ose [ilunger dans l'enfer des personnages encore vivants, et n'est pas même arrêté |»ar le res(iccl de la tiare. Toutefois, il est sincèrement catholique; catholique comme l^rs saints de la légf-ndf, et romain comrrnî l'asquin et M;irforio, aliri (pje le génie du moyen Ag/i vive en lui tout entier, et fju'on trouve la foi vive d'un enfant de l'Italie pour servir de palli.ilif ou d'eicuse aux rancunes du vieux Gibelin.

Le |)0éme de Dante est d'un bout à l'autre allégorifjue et mystique, h l'excejition des épisodes qu'il a r-mpruntés à l'histoire. Il se compose de trois parties parfiilement en rapport les unes avec les autres, dont la f»remière est l'enfer, la seconde le jmrgaloire, et la troisième le fiaradis. L'enfer et >o jMjrgatoire se ressemblent, mais en sens inverse. Lr; purgatoire est une montagne que gravissent péni.nlejneii les /Imes; j'eii- It r est un gouH're où eles s'enfoneent. L'enfer et le piirgaloire .«»; (■onij>fjS''il de (;ercles ftupcr()0*.''s au nomlue «le .sej»t principaux, aveedcs subdivisions, reIntiJs ,!ux .sept |)éctiés ca(»ilau% rpii -rMit punis da".s l'enfer et expiés dans le pnrgn|r»ire, i( i par des peines MliJlnires, l.'i f>ar des supplic<'s mérités. L'analome la plus ingénieuse et rimagin.ilion la plus puissante ont (»résidé au choix rie r.*'% neines et de ces suj^plices. Les cercles d'j l'e ifer se rélréeisM; il h mesure qu'on ftpf»roelie du ff»nd de l'abbne, et ceux du pur'^aloire à mesure (pion approcfie du

sommet. Le dernier cercle du pur.;atou-e est un cercle de flammes; le dernier cercle de l'enfer est un étang glacé : singulier contraste, mais qui n'est pas sans raison dans la science du symbolisme, où le feu est l'emblème de la vie et de l'amour. On sait que l'extrême froid brûle comme l'extrême chaleur, mais par une action toute contraire biini qu'identique dans ses effets. C'est un feu négatif, si nous pouvons parler auisi ; et c'est un trait de génie de la part du poêle et du penseur d'avoir opposé au feu positif du purgatoire, qui n'est autre que l'amour divin, le feu négatif de l'enfer qui est la haine. La haine! cette horrible mort vivante qui glace et q â brûle le cceur!

Les preuiiers cercles de l'enfer sont les plus larges et les moins féconds en horreurs : ils sont destinés aux âmes faibles, qui n'ont eu ni vices ni vertus, à ceux qui ont p.é. hé par faiblesse et qui sont morts sans re{)eiitir. Le cercle où s'agitent sans fin ceux ipii se sont abindonnés aux délices des folles amours est rempli d'une tempête éternelle qui tournoie en emportant ]cs Ames corn me des tourbillons de cendre : c'est là <jue le poète voit passer devant lui la belle et cou- I)able Fra.ieoise de Uimini, baignant encore de son sang et de ses larmes la blessure de Paolo. Ele s'arrête pour raconter son crime et son supi)lice avec tant de pleurs sans espérance, que l'àme du poi-ie qui l'écoute en est navrée ; il se sent défaillir, épuisé par la sympathie ou |)hitùt par l'impuissaidi; jiitié que lui arrachent laiil de douleurs, et il tombe comme mort, pendant que la tourmente infernnh! mugit et emporte d'abimes en abîmes les sanglots éternels et les ombics toujours unies de Francesca et de Paolo.

Dante, toujours conduit et protégé par le génie d(; Virgile, d«;sceiid de cinrle en cercle ; et à mesur(! <|u'il s'enfonce, il voit se resserrer les cercles, les péchés revêtir des fornuîs plus horribles, <-i p-s lonrmenis devenir plus épouv.inlables. Les héréti(pies qui ont divisé le corps mystirpic de Jésns- Lhrist sont bhïssés eux-mèm«!s des coups qu'ils ont portés à l'unité de l'Lgiise, et cherchent vainement à réunir les membres saignants de leurs propres corps. Les suicidés, éternellement chargés de la forme hidniise de leur cadavn; tel (pu; l'a f.nl leur attentat, soit enfermés d-'ins des .ubres noirs et liorribh.vs, (pii cmnposent une forêt sans autre fenill.ige (jne des cadavres pendus a des branches : ces braiu;lies plie it et soi;/"frent en portant ces dépouilhîs alIVeuses ; mais loisqu'elles se rmripcnil. l'arbrf! saigné (.'t gémit. l,es hypocrites, rcîvêtiis de <;hapes de |ilomb brûlant aii-de.s.sous, dorées /pidelior'^, fofil autour d'une croix renversée un(! procession lente, chanccdante, silencieusf! et éternelle ; sur celle croix est cloué pour l'élernilé l(! souverain prêtre (laiphe soulfranl la p(;ine du talion pour lu suppliée de son Dieu rpjil a méioniiu. Ia\h Ames /.uupanles, (nivieusfîs et peilides, su tordent au iiiiliini d(!s serpents et se mê- IlmiI ave'j eux j)arde> Ira.nslormaiions mous-

IVNNTK

DANTE

Iriiovisps. Il \ a un tablonii ilim huinnio et îl'u'i sorpoiit (jui S!', ooiifondeiil l'un avoc l'autre ol rhnn^'O'il do forint, ci snrlO(|ue le cerpent devient lioinnie et (|iie lliomnie devient serpent ; cl dans ce tal)l(>au le poëte snniMe avoir ^''puisi^ tout ci' que l'horrible |!eiil avoir de sond)rc,s beautés sous un pinleau aussi hardi et au.->si rréaleur ([uc le sii'U. Nous ne parlerons pas du lac de j)o'x bouillante, où sont pIongik>s des Ames qui viennent ([uelquefois pour r.spirer à la surface où elles soU saisies pai- des démons volants (pii les enlèvent et les déchirent. Ici CMUime dans les peintures et les sculptures du moyen Age le grolescjue se mêle au sublime ; "mais dans ce grotesque rnôme il y a de la verve et surtout de la terreur. D'ailleurs, le grofesf|ue et l'immonde étant <les caraclùres du vice, no sauraie:it être déplacés dans la peinture de l'enfer pourvu (pi'onles y place dans l'ombre et seulement eoriune accessoires au terrible qui doit dominer.

C'est dans le marais f;laré du dernier cercle destiné aux traîtres et aux hommes imidacables dans leur haine qu'.i[)parail au poêle le con|)le monstrueux u'Ugolin et de Jluggieri, unis ensemble par l'acliarnement d'une bouche airanuîc sur une |)laie toujours l)éa-ite. Ugolin, ([ue Iluggieri a fait mom-ir «le faim dans une tour où il vit expirer su(^cessivemcnt sous ses yeux ses enfants dont il d'vora ensuite les cadavres, ronge éteriielleiui nt le crâne de son bourreau, et ne s'essuie un instant la bouclu; après ses che- V(!ux que })()ur raconter à Dante cette histoire qui alimente sa rage, et ((u'il termine {)(»ur enfoncer avec unt; frénésie nouvelle ses dents vivantes et intelligentes de vengeance dans le crAne de sa victime. Knlin au- (l(»ssousdc tous les cercles, portant l'enfer enliersursa poitrine a|iparaît sous la foruuMruu monstre h trois gueules et à queue de serpent, la gigantesque ligure de Sa'an. Dans ses trois gueules il broi(! éternellement les trois Ames les plus coupables (Je la géhenne; ce sont celles de Hrulus, de (bassins et de Judas Israriol(! : tiilogie où s(> révèle le (lilx'hn ipii voit l'image do la divinité dais (',('sar. César (ni ell'et est la personnilication morale <le l'Kuqiire, comme l'ierre est le fondement spirituel de l'Kglise. Le monde api)arlienl h Dieu et h l'ieri'e, disaient les (luellVs. — Non, fépondaient les (iibelins, il est h Dieu et à <^ésarl Hypocrisie du géui(» «le la révolte (pji lie délivrait Ci-sar de la tutelle de Pierre que pour délivrer ensuite le uïonde de la tutelle de (^ésar, v\ s'alfranchir successivement des lieux grands [xiuvoirs en les brisant l'un <:orUre l'antre! Toutefois les (libelins de ce ItMups-lh n'»''laieiit pas des républicains, et ne servaient [tas ou du moins ne voulaient

IMS servir I.» cause des peuj)les. Conqiarer {rutus el iiassiiis à Judas Iscariole, et réunir dans l'égalité du même supplice ces trois traîtres à l'aunlié, les uns d'un empereur, l'autre do Dieu, ce n'était guère vouloir l'honneur des idole** do la n'publicjue cl du tîoirisiuc assassin.

Dans h'siheniins de l'enfer jamais on tie retoui-iie (Ml arrière, el la |)ort(îde l'abimenes'ouvre jamais deux fois pour le luème voyageur, n Laissez toute espérance, vousffui entrez ! » telle est l'iuscriplioii bn-rible (pu? le poète a lue avant de iiénéirer dans la cité des larim^s. Quel chemin lui f(;ra donc suivre son guide pour le ramener h la lumière? lorsqu'on ne peut ail; r en arrière il faut aller en avant. Les deux poètes se i)longent dans le goulfre même où est enfoncé le corps do Salan (pii traverse la terre jus(pi"au coîu", comme un ver traverse le fruit qu'd a moidn.

Dante descend le long des poils de ce ver maudit jusipi'au centre du globe, où il se retourne metiant ses pieds à la place de ses m;iins et ses mains où étaient ses pieds. Alors il voit avec étonnement une ouverture qui se prolonge au-dessus de sa tète, et h unie d'être descendu il finit par remonter. Avec (pielle joie il revoit la lumière du jour! comme il res[)ire h longs traits l'air pur de la viol Ici se termine son premier voyage el la première partie do son poème. RienliM une barque mystérieuse, conduite par un ange, va le conduire vers des régions nou- V(dles. La ci'oix (|ui biille vers le piMe sud va le diriger sur l'Océ.in, cl bientôt il ,Tbordera au pied de ce pic à étages superposés connue ceux de la tour de Babel, el qui noilo à son sonmiet l'ancien paradis de délices dont la faute de notre premier pèie nous a pour jamais exilés. Virgile peut l'accompagner cniore jus(|u'à ce paradis d(\s fidèles de la loi de nature; mais il ne sauiait monter plirs haut, el c'est alors que pour em[)orter Danle jusipi'au ciel de la révélation chrétienne, il faudra le char volai t d'Klie conduit par la main pure de IJéalriv qui rejirésentera alors la science qui Cioit et (jui voit.

Le purgatoire se compose, comme nous l'.ivons (h'jà remarqué, d'autant do cercles (juo l'enfer, cl les mêmes péchés y sont punis, mas dans une mesure diirér(Mile.

Ici la peine est une cx|)iation salutaire. L'Ame y perd hs habitudes funestes du péché, soit [lar I exercice des verlus contraires, soit par l'ennui des peines inln''rcnles au pécin'' même. Là les orgueilleux marchenl courbés sous des fardeaux (pii leur rappellent leur faiblesse el leur misère; les [laresseux sans cesse aigudloiuK'-s se livienl h des courses incessantes el salutaires; et ainsi des autres imptnfeclions cpie 1,'S sept péchés (\ipilaux oui laissées dans les Ames justes. Les gourmands souirnnl li fdm el s'exercent <\ l'abstinenee et h la patience des appélits, au pit>d de beaux arb es (•liarg('s de fruits ([ui ne tombent jamais cl vers les(piels il leur est défendu de monter ('/est dans la flamme du dernier cercle qu», se puriruMit les alfeclions, et que l'amou.' doii être éprouvé comme l'or. Danle, a|)rès avoir traversé celte fournaise divine, arrive sous les ombiages du par.idis terrestre, au sommet de la montagne saiiitt^les épreuves; 1,1. > irj:ile pieikl congé do lui, el Itiatrix,

DANTE

DAISTE

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invoquée par le poêle , diigne descendre vers lui et lui apparaître voilée encore, mais toute transparente de sa gloire intérieure, et respirant la lumière à travers son voile. Elle emporte le poëte d'abord à travers les cercles du monde ])Ianétaire, et nous retrouvons encore le septénaire mystérieux présidant aux différents orbes des^sept planètes, toutes peu|)lées d"es;)rits bienheureux d'un ordre correspondant toujours au nom et au caractère de la planète qu'ils habitent. èans la lune, par exemple, sont renfermées comme dans un globe de cristal les âmes qui, s'étant consacr'-es à Dieu par des vœux perpétuels , se sont laissé entraîner à changer de peisée et se sont fait absoudre iiar l'Eglise. Là ils ne jouissent que d'une lumière emprunî.ée et habitent un astre changeant. Le soleil est le séjour des âmes g'orieuses q;ii pendant leur vie ont été la lumière du monde; mais ce paradis planét dre n'est encore li. bité que par des vertus naturelles et humaines, et n'est en communion avec le ciel su «éricur qu • par IfS visites d 'S saints et des aig -s qui viennent comme de bons pasteurs réjouir de leur présence et e icmirager tour à tour tDutes les ég'ises du ciel. Au- icssus d s divers mobiles s'étendont les cham|)S irdinis de i'einpyrée, camp:igries u'.izur emaillées d'étoiles dont les chemins sont sablés de nébuleuses : par ces clie;iiins éthérés, comme j)ar l'antique éche'lc de J'ico!», montent et descen lent d..s milliers d'âmes radi^'uses et dans l'espace resplen'Jit le divin Slauros, Tiinmense constellation de la croix à laqielle semble éternellemeul altai;liée l'image glorieuse du Kédem,»leur, toujours vivant et toujours mourant pour le salul des hoMuncs. Au seuil de l'enqtyréc tnds apôtres, ceux qui f)résidenl à la f<d, à l'csfjérance et 5 la charité. Sai'it Pierrf; iaiiôtre (;1 le (irotecteur de la foi, saint Jacqui-s ra;.ôlre de leî- [)«^rafice,<< saint Jean l'.ipôlredu saint amour, viennent interroger Da-iie et lui font fisire des act'-s de cfs trois v(;rlns qui sont la clef du ciel sunéricur. Le [lOi-te, assisté de I5éatrix <À conuuit [»ar les saints aj)ôtres, monte <J.; ciel en ciel et di- s|ilendein' en Sj)lr;ndeiir. Il voit d'abord les cercles <les ?(Mius théologîdes, puis Cf'XU: rose mystique dont les ]>/:t.iji.'s sf*fit des âiiifs, dont les [trières sont le parfnm, et an sein d.; laquelle, semblable à n/i fuiel pr/îieux, repose l'Ame glorieuse de Marie toujours vif.-rge et pleine de grâces. Au-d(;ssus de cf-tle rose d'amour, comme une couronne de be.nilé , s'étendent tr lis crrcles d»; Jniniere rpii semblent sfMlis les uns fies autres cnimiie la sith-ndeiir srjrt de la llamme rt la liiiniere (i- h splendeur. Au cenlrr- de ce triple rercle divin Dante éhlf<in fie voit idusrienipi-; l'appareniie d'une ligure humaine; il sui;r:oriibe i\ une vision (|ui est près (le l'Ané.iniir ; et lorsfpi'il ix;vienlalui il s€ reJroure sur la (erre.

L'espar*; nous eCil rri'inqué pour indiquer Jteiilemciil l'jijs le* épisodes, truites les lé-

Sr.ruifs, toute» leH jirieies, tous les cantiques ont il n r;iirichi le f^inlde son voyage nu ciel. Du riir^t. m Liri7R4nitt i uit^T.

Tous les grands saints du martyro!G,-;e lui apparaissent tour à tour, les docteurs l'instruisent, les rois l'accueillent, les saintes daignent (ni sourire, et Béatrix, à mesure qu'elle monte vers le sanctuaire de Dieu, laisse échapper des splendeurs toujours plus éblouissantes, en sorte que le poëte ose h peine arrêter les yeux sur sa rayonnante compagne. Dante parcourt ainsi successivement trois paradis : le paradis terrestre, le paradis snirituci ou planétaire, et le paradis divin qui est au-dessus de l'empyrée, séjours progressifs de la foi, de resi)érance et de l'amour. .Mais dans chaque citd se trouvent des reflets des (rois vertus qui sont comme les trois couleurs mères du prisme divin dont les nuances composent le septénaire lumineux qui complète les rayons émanés du ciel» Une chose bien dign-3 de remarque, c'est que la su[)rème félicité est figurée dans le poëme du Dante, sous la forme d'une rose comme dans le fameux roman de Jean do Meung et de Guillaume de Lorris, qui est le plus ancien monument de notre littérature française : tant il est vrai que Daiite résume, agrandit, exj)lique tout ce que la moycni Age avait pu [iroduire de traditions poéti<}iies, de gracieuses allégories et d'ingénieuses fictions. Il n'eut qu'un tort, celui d'ôtre trop gibelin, et ce tort il l'expia p :r son exil. Il fai.t attribuer uniquement à l'homme de parti les (|uclques paroles amères qui peuvent d.'p.irer son ouvi-age ; mais s;i gloire est toute catlioli(|ue et doit réunir dans la même admiration les descendants malheureux dos (iuelfes et les enfants dét-abusés dis (j:bi.'lin>".

Quant au style de Dante, il est dans la pr>ésie ce nu;; la manière (le Michel -Ange, est dans la peinture; aussi Micliel-Aiigu dans la grande fresque du Jtu/rmrnl dernier a-t-il [tour ainsi dire traduit cl résumé toute lépopéii du Dante. Mais il a été [lossible à Sigalon de donner <» la France une copie exacte du Jugement dernier de Miehel-Angi; et D.uit»! niiciid toujours ufi traducteur. Peut-jlre les dillicultés sont-elles insuimont:djle.s, ei le traducteur rencon re t-il les di.li. ultés dont ji nie h; (loete [lour expr mer dans une autre langue ce que Dante trouvait si pénible h dire oans la sienne.

S" i' avfssi ti* riiiM* c Msprn c cliiorfc, (i tiiii; si roiivcrrltUc si nislo liiiro, Sovr:i 1 (|ii.il, |t(iiiliM liiiu- r ;iilrc niccc

r pri;ii«i'.('i ili iiiid ciiiiirUo il siiro Pin piiriiaiiicii'.f : iii:i |M-ri'ir i' ii(»m I' .'ililtO (^lii- non ( ' iiiij)ri-;4 du (t f;li;iri; :i ^:i1)1m> lli-scrii-rr taiiiio :i inllo 1 iiiiivcrso

Ni; (la liii^ii» , (-lu; clii.iini iii:iiiiiii:i , o l)u!il>n.

Tout en coiisidt'ranl la naliin; e i poi-le, dit le savant M. Libri, DanW; l'observait e i pliil(jsoph(;, et son e.s(iril [ténctrant a vu cl deviné des choses (|ui n'ont été reproduites (|ue longleui|is a|«rès [tar des savants Miéciaiix. il faudi.ul transcrire son [loènu; si l'on veillait inlei tous i(;s [tassages (|ui renfrriiienl des observations (riiist(»ii<! nalul'clie ; mai -> il en est de si remai'(|uables (|u'il csl impossible d(j ne |»as les '.ignaler. Ainsi

Dhl i.MilONS

DK.NVS

(l,in«; iino coniji.iraison des plus graciousos. D.nite (l^'cril lo sominoil des plniitcs. Dos natiirnlistos ont assuré que h; poolo llorcntin avait connu les plantes cry|)lo^'aiMes et avait in(li(iué en môme tcm|)S ({u'on les semait sans en voir les graines. Il a connu laclio!! (le la lumière solaire sur la maturation (les fruits ; TtUiolement et les circoMSlances cpii influent sur la couleur des feuilles ne lui ont nas (^cha[tpé, et il parait avoir eu queli[ue i(l(^e de cette esp('>ce Je circulation qui se fait dans les vCo'étaux. Ses connaissances botaniques, que nous pouvons h peine indiquer, ont été exposées par des naturalistes distingués.

Les observations pliysi(|ues sont encore plus intéressantes : il on fait sur le vol des oiseaux, sur la scintillation des étoiles, sur l'arc-en-ciel, sur les vapeurs qui se foiinenl dans la combustion; il a parlé de l'aii^u.lle aimantée comme d'une chose assez générabnnent connue pour qu'on pût remployer dansdes comparaisons [)oéli(pies. Cependant des commentateurs delà diiinacomincdia ont [)rouvé, à propos de ce passage, qu'il iio connaissait pas les forces directiices de l'aimant. Au reste, Dante ne faisait [)as seulement des observations, il faisait aussi (ce ({ui est bien extraordinaire j our son siôcU') des o\[)ér;ences; il en recommande l'emploi et il s'en sert dans les d-'monslrations.

Dante se plaisait à montrer ses connaissances aslronomi(|ues : il a suivi le systtnne jilanélaire de Ptolémée; mais on voit qu'il a profité aussi des travaux des Arabes. L'iui des passages les plus (;ontroversés de la dirina commedia est celui où il est question de la constellation du crociero, ou de ces quatre étoilessituéesprèsdupùleantarctique(iueles Kuropéens furent tout étonnés de voir, lorsque longtemps apr(;s ils avancèrent vers les régions é|uinoxiales. Cette espèce de divination a donné lieu à bien des connnentaires. On a commencé d'abord par dire que ces quatre étoiles n'étaient (pie les quatre vertus cardinales, et colle oiiinion s appuyait surtout sur rimpos-ii)ililé où élait lo puelo do connaître uîie con^ellation que ni lui , ni aucun Kuropéen n'avaimit jamais ()u voir. .Mais Francastoro assura plus tard, et c(;la est prouvé maintenanl, <pie Dante devait avoir eu connaissance de ces (piatre étoiles par le moyen di s .\rabes, ([ui, ayant formé des établissements sur toute la c(M<« orientale de l'Afriiiue, avaioui dû observer l"s étoiles australes et les faire connaître aux Vlm-opéofis. Les Arabes, cpii avaient fait (onn.nMre àSanutola vraie forme de rAfri(iuo, avaient pu indiipier aussi aux Italie is (juol- (pies-unos dos constellations de l'Iiémisplière au>lral. Dant • fait souv(Mit allusion aux antipodes; il im parle claircmont là où, après èire descendu justpi'au centre de la terre, il se roloiu-ne (lour nnn mtc'rde l'autre c('ité, ol il délinit le ctmlre de la terre le point où .se dirigent de tous cùlés les corps }»c-

SllllS.

DAVID (Le roi . Voi/. Psvdmi.s.

Di-l'lMTln.N. Voij. Srvi.i;.

DENYS iL'Aréopagite). — Il ne s'au;it plus maintenant de savoir si saint DcnysVAréopagite, converti par la prédication de saint Paul, est identiquemont lo même que le saint Denys , apôtre dos (laules, (pii soull'rit le martyre avec les saints diacres Ilusti(jue et Kbnitlière : ce point de critique est décidé depuis longtemps. On a également reconnu que los livres (|ui nous restent sous lo nom de saint Denys l'Aréopagile sont entièrement apocryphes, et no p(nivent guère avoir été composés avant le V siècle, que par (piel- ([ue Crée imbu dos traditions de l'école d'Alexandrie. Ils sont donc déchus de l'autorité qu'ils avaient autrefois dans la littérature sacrée, et c'est un malheur pour la littérature , car, de saint Denys lAréopagite ou d'un autre, ces livres sont de beaux et savants ouvrages.

Le livre Des Noms divins est un admirable traité de l'unité de Dieu. L'auteur ayant à tiaitor des pcrfoc'ions divines, commence par établir qu'il n'y a de ditférences entre les perfections de Dieu (|ue pour notre intelligence imparfaite, qui doit distinguer sous des noms divers les opérations dilférentosde la perfection unique, indivisible et infinie qui est Dieu. Traiter des diverses perfections divines, c'est donc uniquement énuraérer les noms qu'il est permis de donner à l'unité absolument parfaite, en déduisant et en subdivisant toutes les pro[)riétés grammaticales et les applications philoso- [)hi(|ucs de ces noms. Il est impossible do partir d'une idée plus vraie, plus élevée cl plus féconde, pour analyser Dieu sans le détruire en lo décomposant. C'est ainsi que dans la sylle[)sc il iiulique déjh la synthèse, et (pi'en faisant passer au prisme de la science les rayons du soleil divin, il ne los détache jamais de hnir foyer éternel , et ramène toujours V(MS l'unité infinie los pensées et les yeux qu'il exerce h distinguer les couleurs et les nombres do la lumière parfaite et de l'unité indivisilth».

Lo livre Delà Ilicntrchie célcsle n'csi pas moins admirable, et se lie intimement au traité des noms divins. Exprimé |)ar les images de fou, de lumière et de chaleur. Dieu est Père, FilsetSaint-Ks|iril : le fini engendre la lumière, et de la lumière et dn l'eu procède la chaleur vitale. Or, ce (pie Dimi crée, il le fait à son image, d'abord dans le monde des intelligences , puis dans le monde matériel , qui n'est autre chose (pie la tonne sensible, et comme lovètenunit du |>r(Mnier. L'ordre tern lire j>ri'side donc à la création et à l'harmonie hiérarchi([U(.' dos esi)rits Ci'lesles, et chaqvio [lersonne divine se reflète dans un ordre d'anges ; mais comme c!ia(pie personne divine |)0rt(; (Mi elle rossonce de la Trinité tout entière , chacpie (udre de la hiérarchie céleste peut se diviser, comme le rayon solaire, on trois dillérontos couleurs , ou en ( Ikpuis distincts et siibordoimés los uns aux autres. La grande loi dos esprits est l'amour: aussi lour vie éternelle est-(;llo loule d'obéissance, et c'est dans cette obéissance (ju'ils trouvent leur pai faite liberté. Dans la hié-

iîlî

DE.NVS

d:dy.me

rarchie céleste, les premiers sont les derniers, selon l'ordre de la révélation divine ; en sorte que si Ton compare le ciel des es-

f>rits à une roue, les esprits du Père en sont a circonférence, les esprits du Fils les rayons, et les envovés du Saint-Esprit représenteraient le ra'oyeu. Les es|)rits du Père présidei.t à la foi , ceux du Fils à l'espérance, ceux du Saint-Es|)rit à la charité. On peut aussi se représenter la hiérarchie céleste comme une tiare dont chaque couronne a trois fleurons. Dans le premier ordre des anges , en descendant , qui est le durnii^r en montant, les Séraphins, anges du pur amour, tiennent le rang le plus élevé , et sont assistés par les Chérubins, anges de l'intelligence, et les Trônes, anges do la souveraine puissance; dans le second ordre président les Vertu3 , anges de la charité active et militante, et ils sont assistés par les Puissances et les Dominations, anges préposés à la force morale des saints et auv destinées des empires ; enlin le tro sième ordre , qui est le dernier en descendant et le premier en montant, se compose des Principautés servies jiar les .Vrchanges et h'S Anges ; ceux-là sont employés au gouvernement des choses visibles." Les Anges sont les gardiens des hommes, les Archanges sont les gardiens des peuples, et les Princi(>autés sont les gardiens du pouvoir. La sainte milice obéit à trois chefs de hiérarchie subordonnés les uns aux «Tu'res, et qui se communiquent les volontés de Dieu par l'entremise de (juatre lieutenants. Ces sept princes du ciel sont les -Vichanges par excellence. Lechcf suprême du jiremier ordre et de toutes les hiérarchies tsl Michel , qui combat pour la gloire du Père; le chel du second ordic est (inbriel , qui annonce la venue du Fils; et le chef du troisième ordre est K.i|)hael, l'an-hange delà miséricorde, de la charil»- l'.l de la [tineté da-is l'union conjugale, le guide du jeune Tub'e et le vainqueur du démon Asinolée (pii obsédait la jeune Sara. Les noms des (paatre Autres gran Is aichanges ne se trouvent pas dans rkcriture , et ne nous ont été conservés que [)ar une tradition incei laine : ce sont L'riel, Sealtiel, Jéliudiel et B.irachiel.

IjC troisièuic livre attribué i\ saint Denys J'Aréopagite est celui De la liiérurrhie cvcUniattUiup. : il est la conséqur nce et l'apidication des deux premiers. De luiMuf; fjue h; ciel «angélique reflète Dieu , l.i terre ecclésiastique doit refléter le ciel. F-e go ivernoment de TKglise est donc organisé -•omme la hiérarchie (h") anges; il y a «ioïc les évé- (jues, les (»rAtri-s et les miin-.tres qui reftrésentent les irois ordres : parmi les évérpies il y n \f-% [trimais , les archevêques et les .•tiin[)les évéque.s; parmi b> prêtres, les nrrhiprélrf!», les pasteurs et les vicaires; parmi I»^ ministres, l. -s diacres, les sous-diacres et le» minorés; puis k toute \,\ hiérarchie pré- «liile le pajte , repréwml/int le suj^réme ar- « h.inge , el I emplissant bs fonctious de; saint .Michel.

l/iMJvre de l'anleiir luron m est <lonc une trilogie : 1)1» ii, le ciel el la b-rre ; Dieu en

trois personnes, le ciel avec ses trois ordres d'esprits bienheureux, la terre avec ses trois classes de ministi-es sacrés ; et la triade .'■e répète encore dans chaque unité de la triade primitive. Ainsi se superposent trois mondes : le naturel, le spirituel et le divin, qui sont gouvernés l'un \r,>.v l'autre avec une harmonie que peut seule troubler la perverse; volonté de l'homme. Mais cette loi hiérarchique est tellement dans la volonté de Dieu et ressort si bien de la nature môme des choses , qu'en étudiant bien riiumaiiité on trouvera les hommes partagés en trois classes, par la hiérarchie naturelle du mérite et des aptitudes matérielles. Ainsi, au premier rang on trouve les hommes en cjui l'intelligence et l'amour ont quelque clmse do divin : les grands saints el les grands génies; puis ceux dont l'intelligence est ordinaire , et chez qui la volonté lutte contre les mauvais penchants; puis, enfin, ceux qui subordonnent l'inlelligence aux instincts (t qui vivent connue des b.utes. Ces trois ordres d'honuucs étaient appelés par les sages de l'école d'Alexandrie, les nrcmiers gnosliques ou voyants, les seconds psychiques ou pensants, et les troisièmes hyliqucs ou sensuels. Cette hiérarchie naturelle, qu'on piuit diflicilement se dispenser de reconnaître, explicjue suflisammenl l'origine et la nécessité du pouvoir, et fait disparaître toutes les difticult s philosoplnifues enfantées i)ar les théories de légalité absolue.

Les livres attribués à saint D. nys l'.Vréo- I)agile sont neut-ètre ce qu'il y "a de plus |)rolV)nd en théologie mystiiiue et en nliilosophie religieuse. S\v('dei;i)org semble y avoir puisé tout ce (pi'il y a de grand et de logique dans le dédale de ses obscures visions. L'esj)rit se Sent élever au spectacle do cette grande harmonie du cici et de la terre, (pii assigne \\ chacun sa place et rend facile la solution d'une multitude de problèmes. Si les an.dogies (pjc l'auteur indique ne sont [las rigoureusement démonliées , elles plaisent du mo lis <à l'imagination , et agrandissent le domaine de bi jioésie. (^'est pour les [lOétes surtout que nous en avons dfinné l'analyse raf):de; mais nous les invitons h ru^ pas s'en contenter, et il chercluir eux-mêmes dans \,\ mine dont nous leur avons à peine montré l'or.

DKNYSf Saint) d'Alexandrii;. — Disciple et sucoi>s-.eiir d'Oiigèiie d.iiis la présidence de réc<'de d'AI('\aii<lrie, arlv(.'rsaire des erreurs de Novatii'ii et tb- Sabellius, saint é\ôrpie et philosophe chrétien des plus distingués, sai'it Driiys a laissé (pieltpies ouvra- Kcs rpii ne nous soril parvenus <piep<ir fragments, et il iM! irius restt; de lui, dans son entir;r, qu'une lellro adressée A l'évêipie Hasilide sur de.s questions do discipline el du liturgi*'.

DIDYMK. — Philosophe chrétien de l'école d'Alexandrie, Didyme a composé un Iraiti: complet du Saiiit-Ivspril, iiui a été li.idiiil par saint Jérôme, h \.\ prière du |Ki|ie

rOLCATION

F.niT.ATION

Damaso. Saint J«'Mùiuofait un grnn I i'li)-;c <le cet oiivra^o, et lo do-ino coinini' la source do tout ce (\u\ a élé \n\h]'uS (l(>[Hiis sur le môme sujet. (Vi reproche «'i Didyrne do s'ôlre perdu dans une métaphysiiiue trop abstraite, on clierclianl à justilier Origène iJ'avoir avancé des erreurs sur la très-saint'^ Trinité. Ce n'en était pas moins ini [lersonnage considérable dans la scienc^e et d.ms les lettres, et saint JérAmc. qui lit en .'JSG le voyage d'Alexandrie pour le CDUsnllcr, se gloriliait d'avoir élé son disciple. On dit (|ne rien n'é- {i^alait le charme deson éloipicnce; el comme il était aveugle, on le comparait au rossignol (\yn chante mieux lorsqu'il est privé de la vue. Cet Homère de la philosophie et de l'é- VdpKMicc chrélienno, mourut vers l'an 39^. Il no nous re-te du grand nombre d'ouvrages qu'il avait composés que le livre Du

Saint-Esprit et un Traité contre len Manichéens : \c prenùor surtout uuTite d'être lu et profondément médité.

DISCOURS. Voy. Éloquence.

DRACON'CE. — Prêtre espagnol et poêle chrétien du v siècle, Draconce a laissé, outre une élégie assez faible adressée h ïhéodose-!e-.Ieune, un Hexaméron ou poème des six jours d;* la création, espèce de résunii» d'histon-e naturelli' fantastique et mysti(]ue tel (pi'o 1 pouvait le faire de son temps : ce poème fut augmenté et corrigé par saint Kugène 11, évè<pn; de Tolède. Le P. Sirmond. jésuite. Cl adonné une édition; on le trouve aussi dans la Hihliothèfiue des Pères et dans le Cours complet de Patrologie, publié par M. l'abbé MigMo.

DilA.MATIC>UE, DU.\ME. Voij. Mystère,

TltAGÉDIE.

E(!CLESlASTIi;, ECCLÉSIASTIQUE. Voij.

Sapucntucx (Livres).

EDUCAl'ION (LivnES d). — Les livres d'éducation sont une branche des plus importantes di' la littérature chrétienne, tout Je monde le sait SDllisaannenl ; mais il en existe peu d'excellents, el un trop grand nombre de médiocres el de mauvais. L'art de bien élever les enfants n'est pas facile, et iJ faut, j)0ur y réussir, urie giAce do Dieu toute particulière. Il faut écrire pour les enfants coinme on leur parlerait, el pour savoir leur parler il faut les aimer et les comprendre, se mettre h leur place, rajjolisser, en (|uelque sorte, son esprit à la mesure do leurs jeunes intelligences, comme le pr )phète s'elForrail d'égaler sa taille h celle de lenfant qu'il voidait ressusciter. Ecrire des livres d'évlucation, c'est élaborer en quel(|ue sotte le lait dont s'abreuvera le premier âge. Combien .donc ne doit pas être saine et sainte tout h la fois une intelligence qui se dévoile .Ma fo iclinn de nourrice et de mère ! Dans les livres d'éducation oi ne doit pas trouver des llenrs, mais du miel ; point de beautés alfecb'es, nwiis la grAce, plus belle encore que la beauté, connue a si bien dit La Fontaine. Qutd choix excpiisde pensées, quelle mélhodo dans lein- arran^^ement , quelle douceur et (juclle facilité d expres- .-«lon ne faut-il pas pour rencontrer toujours cl suivre sans les devancer jamais les opérations mystérieuses d(> la nature dans le réveil des jeunes intelligences I La foi, l'espérance et la charité sont les trois grâces qui sourient h l'enfance chn-tienne, et ({ui doivent la conduire |)ar la main. Instruise/, l'enfant h croire, ali i (pie plus lard il sache ; h espérer, alin que plus lai'd il ait du courage; à ainuT, alin ipie |»lus tard il se dévoue! Mais rappelons-nous bien (pie l'enfance est le para'lis terrestre de la vie ; éloignons des yeux de reUro jeune élève tout ce (jui pour- «•aii lui rappeler l'arbre fuiKvstede la sciiMice du bleu cl (|ii lual. Ne laissons aiiprocher do

lui que les anges ! Le serpent ne se glissera-t-il pis d'ailleurs assez tôt parmi les llcurs de s )n Eden ?

L'enfance est essentiellement poétique ; elle aime tout ce qui sourit, tout ce (]ui rayonne, tout ce (jui chante. Les fictions merveilleuses la séduisent, les récits étranges rattachonl. Le pressentiment des destinées éternelles n'a pas été éteint en elle par les déceptions de la vie. Pour elle il n'existe encore ({ue de beaux rêves; ses larmes mêmes sont riantes comme Us gouttes de rosée où brillent les feux du matin, et ce bonheur pur, cette conliance en rav(.'nir, ce sommeil enchanté de l'Ame, tout cela est de rimioc(MiC(,', loutcela eslsainl et respectable, tout cela est, pour ainsi dire, la thuii" arrosée par le sainl baptême ; il faut la cultiver avec soin. C'est alors qu'il faut émerveiller ces Ames naïves par le récit des prodiges de la religion, prodiges de sagesse et d'amour que les soins de leurs mères leur feront mieux comprendre; c'est alors (ju'il faut les initiera la connaissance delà nature, comme on leur expli(iuer;ut les richesses du palais des fé(\s, ou pliiliM à quoi bon les fées? en leur disant tout simplement (jue ce sont les trésors du roi 1 nir père, et ([u'ils sont les héritiers de Dieu. Avec (piel soin no faut-il pas les prépar(n" aux pnnuières leçon.^ de l'histoire, en rattachant tout ce qu'ils apni endnmt plus tard <*» ces idées divines ((ue la Ilible plac*^ au berciNU» des temps ! Qu'ils s'habituent h voir en Dieu un père, el dais le genre humain une famile de frères : ils sauront a>»se/. IM (juc l'undes deux premiers frères a ('té Cain !

On a Ixwuioup ri dans ces derniers temps des livics d'éducation des Kévércnds Pères Ji'suites, ol parliculièreinenl de ceux du [\ Lorii[uet, parce (pu! cet excellent liomma supltrimait dans ses abrégés d'Iiisloire tous les se, indales hislori<pies, ol ne racontait (pie le bien. Ceux (|ui ont ri de celle fraud(! inateruello étaicul pores pcul-ôlre; mui.i

EDUCATION

EDUCATION

une mère en ser.i toujours touchée, et regardera avec pitié ceux qui riront.

Les Jésuites seuls ont bien compris l'éducation, parce qu'ils avaient, pour aimer les enfants sans faiblesses, l'austérité du religieux et la tendresse de la piété. Ceux même des incrédules de nos tristes jours qui ont eu le bonheur d'être élevés dans leurs collèges, s'en souviendront toujours avecattendrissement. Où retrouver ailleurs cette discipline sévère, tempérée par une charité si douce, cette touchante émulation de vertus sous les auspices des saints anges, cette piété si tendre envers Marie, cette i)oésie et cette lumière que la foi communiquait aux études les plus ingrates ! Belles fêtes de Saint-Acheul, de Forcalquier, de Montmorillon et de Sainte-Anne, qu"êtes-vous devenues? Où sontmaintenant ces maîtres plus intègres que Socrate, et qu'on a osé accuser comme lui de corrompre la jeunesse? Mais du moins le nom du philosophe calomnié est maintenant réhabilité et glorieux, tandis que les vénérables Pères Jésuites, pour prix de leurs services et de leur dévouement, ont recueilli la haine du monde et les injures d'une tourbcde publicistes imbéciles ou currom[jus.

La taquinerie chagrine des jansénistes a reproché aux Jésuites leurs etforls i)Our rendre la piété aimable : on a [»u accuser ces hommes si stoïques dans leur vie (i'être indulgents dans leur morale. Ah ! sans doute, s'ils eussent été vicieux, qu'ils se seraient drapés comme tant d'autres dans un rigorisme impitoyable : ce sont les |)lus coupables qui pardofinent le moins, on le sait. Mais que nous iujjiorte la mauvaise foi du j'insénisme ou le puritanisme des gens sans foi ? Les Jé.suit(;s ont toujours pari»'; rrjmme l'Eglise, pardonné et aimé cotnme elh;; en vain ceux jpii sont le moins sans péché leur ont {jrésenté la i)ierre qui devait frapper la femme adultère, alin (jue ce-lte pierre, soit acceptée, soit repoussée [tar eux, leur retouib/'it toujours sur la tète. Nos républicait)s modernes ne les accusaient-ils pas de vou- Joir la mort des fnaiivais rois? Vous verrez que les socialistes les accuserrjrit de pratiquer le communisme ! Mais leur criiue vt-rilable,le savez-vous? C'est d'êln; où est I K glise catholiipie ; c'est de tenir les rames de la barque de l'ierre, c'est d'ellrayer ei dhuniilier les passiruis orgueilleuses et bnitales par une vie toute d'obéissance et d'abné^nlion. Du letiq.s de Voltaire on désignait la religion elle-même sous le nom fie suj»ei'>tilion, et de nos jours tous les prêtres sinrèreliienl atlachr'îs h leur devoir et au c(;;ilre de l'autorité reli|<ieu»e snnl ilc^ jr'»ui le».

Jamais personne cepfîndanl n'a su rendrrî l'éducation plus facilr; et plus aimable que ces hommes si tioirs et si furuiisement proscrit». Nulle (»nrl b s belles-leltres n'ont élé ciillivées avec jilus de soin et plus de .suc<es <|iie dans les maisorrs «liri^ées j)ar c<'s [iréteiiJus apoires de l'obscurantisme. On sait t]u*i Voltaire «t bien d'autres furent leurs '•l^tes, indoMb> sans douie, m us rarement

ingr. ts. Voltaire dédiait un de ses premioi-s ouvrages au P. Porée, son |)rofesseur, et Gresset.qui -dvâ'ûjpté, comme on dit, le froc aux orties, leur témoignait du moins par (ies adieux remplis des éloges les plus sincères sa reconnaissance et ses regrets. Combien n'ont-ils pas travaillé pour l'enfance ! Avec quelle patience n'ont-ils pas étudié cet ûge que le Sauveur du monde entourait luimême de tant de soins et de tant d'indulgence ! Aussi est-ce chez eux qu'il faut chercher les vraies traditions de l'éducation chrétienne; c'est à leur exemple, sous leur inspiration et en s'éclairant de leur avis, qu'il faut dresser des plans d'enseignements et écrire des livres d'éducation ; ils savent avec quelle méthode les sciences doivent être disposées et présentées successivement à tous les âges ; ils ont surtout ce tact, nous disons j)resque maternel, pour éloigner de l'enfant tout ce qui pourrait faire passer une ombre sur la blancheur de son innocence; ils ont eiitin cette vertu indulgente qui déride la sévérité des leçons ; ils savent dire des mots qui plaisent et colorer des récits qui amusent, parce que l'éducation n'est pas pour eux un métier, c'est un dévouement, et par conséquent un bonheur.

Beaucoup de livres d'éducation sont écrits nar des dames, et c'est en eil'et le genre de littérature qui convient le mieux à leur sexe. On trouve assez généialement la mollesse et l'ad'éterie à la place de la douceur et de la sensibilité dans les œuvres des personnes dont les princines religieux n'ont pas dirigé les pensées ; il y a donc un grand choix à faire, et les mères de famille ne sauraient trop se montrer sévères pour l'admission d'un livre d^ms la bibliothèque de leurs enfants.

C'est surtout par le cœur que les enfants Meuvent ronqjrendre ; mais il m; faut pas se norner h développer chez eux le sentiment; il faut le soumettre; d'avance à la raison, eu leur faisant sentir ce (\u'\ e*<t vrai et aimer seulement ce qui est juste. Nous avons entendu souvent le vénérable M. Boyer, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, diie qu'un des fléaux delà religion et des niieurs en notr(! tenqisfvstla sensihdilf' niaise, c'est- <'i-dire le sentiment dépensé au hasard et surexcité sans objet raisoiuiable. I)aiis(|uel livre trouve-t-on plus d(i vraie sensibilité, plus de tendresse même (pie dans l'I-ivaiigile? Mais dansfjuel [irosaleur ou dans (piel poêle le senlimeiil est-il plus motivé et plus sage;? \i)il^ l'exemple dont il ne; faut jainais se; dé- |i<u'lir; voil/i de «piel merv(;illeux, de quelle mor-d*; et de quelh; raison il faut nourrir l'espiil des enfants, l/l-^vangile est le livre de tous les ilges ; mais souvenons-nous rpio le SauvfMir du monde aimait particulièrement, bénissait et (Midirassait l(!s petits enfants : h; premier ;1ge n'est ()as ingrat; les enfa"ts devinent par une sorte d'instinct et chériïseiit ceux qui les aiment : faites-leur donc aiuh rie divin Sauveur du m(Mid<> ; il snilira | oui i (la de le leur laiie bi< n coniiaiire.

EDUCATION

EDUCXTION

Jean Tiorson. co rhnncelior de rriiiversitL" de P.nris qui inériln d'iMro a|)|)plé trrs-chrétirn ranime les rois de Frnnee.ne trouva rien de jilus l)onu ot de plus nn'ritoire h faire, vers la lin lie sa vie, que de se eonsacrer (nul entier h rtViueation des enfants : il se lit donc le mfllIredWole des pauvres, et il ne rrclainait de ses (^eoliers, pour tout salaire, (ine rette simple prif^re adressée i^ Dieu tous les jours : « Mon Dieu, prenez pitié d«; votre j>auvre serviteur Jean derson! » Or, {)armi îes éerits de (ierson, nous trouvons un petit traité' de l'éduratinn on (piehpies chapitres très-eourts, qui trouveront nalin-elleinent leur plaee ici, et pourront servira la fois de préceptes et de modèle.

Co traité est int:tul(' : De pnrvulis ad Christiim duccndis. « Des moyens de co!iduire les enfants h Jésus-Christ. »

Jésus-Christ, ce divin fondateur ilu christianisme, autpiel nous devons tant de bo'is exem|)les et d'excel enls préce|)tes pro[»res h guider les personnes de tout rang et (h; tout état, disait h ses disci[)les, en |)arlant des petits enfants qui venaient h lui : Laissez-les s'approcher de moi, car les récompenses célestes sont acquises à leur innocence. Ainsi, considérant (pie la jeunesse était la plus belle et la plus intéressante partie de l'humanité, il d 'fendait (pToi la laissât privée d'inslructidn et blAmat ceux qui , ptr un respect mal entendu, une i-udes>e déjilacée, nu par le sot orgueil d'un peu de savoir, éloignaient de sa [)ersonne les jeunes ciéatures(pii accouraient vers lui. il s'indij;nait de celte rigueur et répétait : Laissez-les m'approcher; puis il les caressait elles bénissait.

Si nous méditons, comme (shvs le m'-ritent , ces quelques paroles, nous n'hésiterons point à blâmer ave(; énergie et conviction toute négligence ap|)ortée <à l'éducation de la jeunesse, négligence d'aulant plus coupable qu'elle entraîne h la fois la jierte de l'Ame el du cori)s. Nous ne mettrons cependant aucune amertunn» dans nos conseils, nous en ba-mirons l'Afirelé et l'or^^ueil ; avant h parler de l'enlance, nous en imilerons la siin|)licilé et la candeur : loin de nous l'esprit de dispute et d'animosilé. Suivons on cela l'oKemple de Jésus-Christ, cpii, ayant h reprendre ses disri[)les (b» leur duret»'' , se bornait, malgré l'indignation (piil éprouvait nit(''riein-eineit, h leur (bre avec bonté : Laissez ces enf'ints renir à moi.

Ayons doue, aussi pour la jeunesse ini lanv^i^A*^ pb'iu de douceur, et, s'il en est besoin ]»our ÔIro compris de sa faible intellig(Miee, ne rougissons |ias de desrendre i\ lui [larler romme li^ fei aient de bonnes et tendres mères, car il faut suitoul et avant tout se faire • onqirendre. ne se proposer d'autre but, ne KMberch-r d'autres succès que celui d'ins- Iruire. de former l'enfanco h la pratiipn; de la vertu, en mettant le plus grand /èlo .'i écarter d'eliu tous les sujets de scandale qui pourr.iienl 1/1 corrotnpn;.

Notjs cx[toserons les considérations auxquellos nous .-illoris nous livrer. Nous tAchc- |-Mi5 d'aboi (I de démontrer de quelle impor-

tance il pr,t |)our la société que les enfants soient religieusement el verlueusement élevés ; nous signalerons ensuite les écueils à éviter pour h\s diriger silrement dans la bonne voie; dans un troisième article, nous traiterons de la manière de régler le zèle des ])ersonnes (pii se dévouent à l'enseignement ; et enlin dans la quatrième partie nous présenterons la sanction et comme une sorti; d'a|)ologie de tout ce qui aura précédé , en niénie temps (ju'une exhortation h la jeunesse de se laisser conduire par nos conseils et nos préceptes, tout indigne que nous nous regardions de cette grande mission. Nous soumettons d'ailleurs nos doctrines h l'examen des personnes (jui nous sont supérieures en vertus et en lumières , et nous subordonnerons toujours nos propres idées, notre prudence et nos jugemerrts i leurs coiseils. Notre zèle, ainsi tempéré par une juste modestie, nous n'aurons pas à craindre de nous égarer. Puissions-nous mériter leur apnrobation I Quant h ce que |)ourr( ni dire la légèi'eié, la malvt illance et ceux qui n'aspiient à rien de bon, nous sommes résolus h ne pas nous en émouvoir, {)ensant avec un sage que, si quelquefois onarrive h la vertu par un chemin glorieux , (pielquefois aussi on n'y [larvient qn'abreu\é de dégoi'jts el et d'humiliations {Per infamiam cl bonam famam pervenitur ad Christ um}.

Combien il est important que les enfants soient élevés dans la pratique de la vertu.

C'est un grand bonheur pour l'homme lorsque dès son bas Age il a été habitué à porter le joug de ses devoirs, joug facile et léger, selon le divin auteur de l'Kvangile ! I.a vérité de cette sentence éclate surtout dans les Ames qui ont conservé toute leur pureté par de constants efforts. Celte innocence est la vraie nourriture des ccrurs, elle les ennoblit et les fortitie. Lorsqu'on la néglige ou qu'on s'en écarte, lorsipi'on abuso des dons de Dieu el (pi'on ne remplit pas avec scrupule les obligations de père de famille, obligations si douces el si faciles lor-s- (pi'on s'y prend dès le [uincipe , il devient îdors près(pie impossible de conserver ou do recouvi-er celte innocence. Kt cepend.nil sans elfe, f|ue deviendront les enfants ? Dans (pu'ls abîmes, dans (luels malbinirs sa perte ne les cnlraînera-t-elle [>as ? Si dans la jiremièro jeun(>sse, encore exempte de fautes el de vices, il est douteux qu'on puisse jamais s'élever jus(pri\ la vertu, qnv sera-ce, lors- (pie l'ennemi |iaraitra? I-orM]ue les mauvais penchants de l'humanilé viendront assaillir l'Age miU el l'accabler de leur poids? Qui ne sait (pie l'enfance a toute la fragilité des jeunes plantes, (lue ses giAces iraturelles l'exposent A [\os (langei-s do;it la vieillesse esl alfranchie. abandonnée (pi'elle est des passions plutôt (pi'ellc ne s'est sousir-aite h leur empire \\on vilia desernnt senes, sed a ritiin rehnqinin(nr). Ib'das I ces premières années, les plus belles do la vi(>, s'écoulent rapidement Si l'on considère alors (pielle est la force de lliabilude, si l'on pense avec u:i

F.DUCATION

ÏTiUCAIiON

ins

ancien pliiloso[)he que cette force est si grande, qu'elle devient en quelque sorte une Si'conde nalur- (1), on restera profondément convaincu qu'il n'y a rien de i)lus à crain-dre et de plus amer dans leurs suites ((ue les mauvaises coutumes, quand au contraire il n'v a rien de plus dou\, de plus satisfaisant l)Our la conscience que les bonnes.

Aussi les philosophes , les poëtes et les théologiens soi:t-ils tous d'accord sur ce point, qu'tV est de la plus grande nécessité de ne pas laisser la jeunesse se livrer indifféremment à ses goûts, à sa légèreté. To'.is recommandent de la former de si bonne heure à la vertu, que la pratique lui en devienne facile à fo ce d'habitude (2> « L'éducation, dit Horace, accoutume un jeune cheval dont la bouche est encore tendre à suivre la main du cavalier. Un jeune chien aboyé longtemps après une peau decertdans la maison avant de faire la guerre aux habitants des forêts. Jeune Lollius, que voire âme encore neuve et Dure se pénètre de ces leçons; recherchez les maîtres les plus sages. Un vase retient l'odeur de la première liqueur qu'il a reçue (3j. »

C'est à l'empire de l'habitude qu'il faut attribuer'es mauvaises lois, les superstitions sacrilèges, la dépravation des mœurs. Quelle heureuse impulsion ne recevrait donc pas la société , si les hommes conservaient dans l'âge mûr la [lurelé de cœur qu'ils avaieîit jilus jeunes? Aussi Cf; n'est jamais sans effroi que nous entendons ces i)aroles vraiment infernales : « L'homme commence par être un ange et huit par être un démon (i;. » Certes, nous ne voyons i)as ce qu'il y aurait à attendre de la vieillesse de ceux (jui auraient été corromfujs dés leur enfance, quand à (les iriclii.alions ri:tliii>lleiin'nl j)ervcr-is seraient venues se joindre ensuite des habi-

■ (h Consuetudo, altéra natura. Pensée d'Arislotn , itii <ies plu» gr.iiuls philosoplics de r:iiitir|iiilé , qui p.ir s«;> V(.tUjs cl son [iroli^'iciix s;i\(»ir iin-iila d'i-ln; ciioisi par le roi d<; XI:w;<;ilo'ii<: pour <Hr<; l<; pn-crp- U'iir d<; s/Mi lil-> qui dc>iiil plus lard Alcxaiidr*>-lc- Graiid. Il fsl fiirinix <!<; voir f;ii qutls Icrnu-s Ari-)l/»lc fui j»rié par I*Iiilipp<: d*; se. cîiarij't'r de l'i-diKa- U')fi de I li<'-iili«'r du Iroiie : « Je reiiierrie moins le

< fiel, lui dit- il, du fiN ipi'il m'a domié tpie de l'avoir

< fail nallre rians un lenips on je puisse le doimer à

< un inailre lel que Mtii-). >

(i) (Jnod mule. fiT», axnurAce , (fren. Il faul s'iialiiliHT iiivïiisilili-nienl au lardcaii qin; l'on doil porltr.

(')) Fiiiffit eifunm Joiilan linern cervire midjnU'r Ire riiim iiunm nioinlrat eiiufn; renatiniê es ifUd Trmpore n-rmiam prllcin Irilrtivrril aulu Hihliil in *ilri» rniuhn : uiiiic iidlithr juro l'ectore rfrhii, pnrr, uiiur li' irtfliorihiiit nffi-r. Quo xenifl eut tmhulu rereun, nivabit uduiein leila diu.

îii*iii:«,Tio'« lu: iiAiiii.

Ï)fiinple7. vrts pasHJonH, soumet le/.- les au frrin , Sfuige/, qu'il faul en elre eM:lavr ou souverain. Ia: <our^ier oliéil a la main qui |i- i^uiili- ; Ouilre 1.1 p'aii d'un <vrf, lit lintitr inli(-|)iilr Kierer. sa fureur, animé par ses iraiis , Avaiil d'alkr fKmrsuivre un «i-rf dans les foréu. Omvfve ee» ferons dans Ion amc allermie , Onnme un vaw; n lieiii l'o leur de I .ludiroisie. (4; Sii'jrliint jtirnin triubii» talliaiiunl lu iinnu.

tudcs plus [lerverses encore. Qui donr; a i)u inventer celte détest.ibic sentence, vérilablo blasphème, sinon des personnes profondément ignorantes, n'ayant d'ailleurs aucun souci de leurs devoirs et cherchant à s'excuser à leurs propres yeux du peu de soin qu'elles avaient de leurs enfants ? Cette classe n'est malheureusement que trop nombreuse , et ce n'est pas cependant avec do telles idées qu'on obtiendra l'extirpation du j)lus petit défaut ! Qu'elles demeurent donc à jamais l'objet du mépris et du blâme de tous les gens de bien, et surtout de cette partie saine de la jeunesse dont l'inslruction et les mœurs sont soigneusement cultivées.

Qu'arrive-t-il aussi ? C'est que nous entendons quelquefois louer stupidement dans un enfant la hardiesse de ses regards ou l'inconvenance de ses paroles; on rit en le voyant s'emporter. A quoi seront bons, je le demande, des hommes dressés à une pareille école? La société ne souffre-t-elle pas tous les jours des suites désastreuses de semblables erreurs. Celui-là ne se trompait donc pas, (jui disait (jue })Our réussir à réformer les mœurs, il fallait commencer par l'éducation de l'enfance , qui, moins corrompue, moins incurablement infectée de mauvaises doctrines, se trouvait plus disposée à recevoir aisément de saines notions.

C'est aussi ce qu'avait remarqué le sage Aristote et ce qui lui avait fait dire que, pour (^ue les leçons de la sagesse et de ia vertu ' tiuctitiassent dans déjeunes cœurs, il fallait (ju'ils y eussent été préparés d'avance par de bonnes habitu les et que drjh leurs nueurs fussent en rap|)ort de conformité avec les bons enseignements; ([u'ils ne recherchassent enfin (|ue ce (pii est honnête, fuyant jtar un heureux instinct et comme par inspiration ce qui est honteux et bas.

La HMinesse est d'autant plus apte h recevoir des impressions salutaires, (lu'elle no peut encore èlre imbue de fausses opinions, (jue rcrreiir n'a pas encore poussé des racines profondes dans son Ame. Les vases neufs sont les |)lus convenabhts l\ recevowles meilleures li(pjeuis, et les jeunes plantes obéissent jtlus facilement ?i la main ([ui les cultive. C'est tout le contraire chez les vieillards : on les briserait plutôt (pu.' (h; hîS faire plier sous un autre joug (pn; celui ampirl ils sont accoutumés. Il y a longtenijis (uic C(,'la est écrit (dans Jcrémie) : On ferait plutôt changer de couleur <i un nègi'e, el perdre; au léopard les tach(;s de sa peau , avant (jue de conduire; h bien celui (pii n'auiail reçu que d(! mauvais enseignements dans son en'ance;.

Si df)nc, comme nous le pensons, il reste démontré que; l'd.'uvre de la ref<jrme des mieuis et du retour sincèic; aux sentimenis i(ligi(!ux floit êlre eulr(!|»ris(; sans relard et poursuivie sans r(dAche, n'est-C(! point par l'éducation de la je-unosse (|u'il faul si; liAler (|(! coMimc'iicer ? n'esl-cc [las suiloul dans le pays qui marche <i la l(He de la civilisation rpi(! te noble el utile travail doil êlrt- ( clui (le lou» les inslunls , de lous les ^cns de

FniCATlDN

Itie'i ? Los savants soiil sms iloule d'oxci l- Icnls guides, (le très-l)Oiis instituteurs pour u'ic ("ortninp cl.isso de pcrsoines; mais \'6- (luralinn domestique, au seiti (H dans l'intérieur de la faniille, est la plus n(f'cessaife, la plus féconde en bons résultats. Nous ne f-Turions donc trop répéter (pic rien n'esl plus fiinest(> h la société et ne peut la conduire plus priin)|»t^inei t à sa perle (jue l'absence vJe celte éducation doniesti(|ue , (pii consiste h ne nieltre (jue de bons exemples sous les yeux de la jeunesse et h ne lui laire entendre (jue des discours dont sa pudeur et son innocence n'aient point à soulFrir.

Des mauvais exemples et de leur danger pour la jeunesse.

Le divin fondateur du christianisme mettait un si haut prix à l'innocence des enfants, qu'il maudissait les parents qui lui portaient la moindre atteinte par leurs discours ou jiar leurs actions (Corrumpnnt bonos 7nores cotloquia praia). Il serait mieux, disait-il, de leur suspendre une pierre au cou et de les précipiter dans le fond de la mer. Il voulait (|u'on éloignât de lenfance tous les dangers de ce genre, convaincu de leurs funestes et inévitables suites h l'égard de faib es créatures qui, ainsi qu'une cire molle (1), peuvent recevoir aisément une impression vicieuse que plus tard il devient diliicile d'eifacor. Un ancien nous a également transmis cette tjrave et belle sentence : qu'on doit porter Je plus grand respect aux enfants (2), c'està-dire qu'il faut s'abstenir devant eux de f)roférer des [)aroles ou de commettre des fl(^lions qui, en Idessant leur nudeur et leur diasleté, les détourneraient (les voies de la vertu |)0ur les <iigager dans celles de la perdition, à laquelle ils étaient loin d'être destinés.

Nous allons examiner les différentes manières de donner des sujets de scandale h la jeunesse. On {)cut la corrompre soit par (li.'s discours, soit par des actes, qui lui donnent direclemfMit ou indirectement l'occasion défaillir. Il y a scandale toutes les fois (pi'on l'expose à mal faire, à s'écarter de ses devoirs, et tout cela ne peut man(juer d'arriver fi la suite de paroles inconvenantes, d'actions répréhensibles.

La personne qui pouvait s'opposer au scandale et (pii ne l'a point fait, (pioi([u'elle en eut le droit et le devoir, devient coupable clle-niédie. C'est ainsi (jue la négligence du j)ilole entraîne la p(Ml3 du navire.

Il y a des individus qui, avec la bonne volonté d'éviter tous sujets de scandale, n'osent cependant i>as s(^ livrer î\ celle l'iuable inspiration, poussés par une fausse lionle ou par la crainte pusdianime de je ne sais quelle o|)inion. C'est par un motif de cette espèce que les dis(i[)les de Jésus- <;iirist chassaient duremtnit de sa pré>cnce les enfants (jui voulaient l'approcher : conduite irrélléchie, n'ayant rien de conforme

(I) Tnllx quHihrt et rrretix in vitiiim flccli. Ilor. (i) .Uiinmn dcbrlur pm ru rcvcicuiiii. Jiivi'iial.

Knijr\TiON 4io

h la saine raison, et dont il lit bonne et prompte justice. A voir l'indignalion qu'elle lui caHsa, on ne peut dout(>r qu'il ne la regardât comme très-bl;lmab'c ; car, un instant, elle Iroubla son inalté.'-able sérénité, et il ne jiarait [las s'être aussi vivement ému dans aucune autre occasion. En elfet, il supporta avec plus de patience et reprit avec plus de mansuétude d'autres fautes ([ue les orgueilleux et intolérants pharisiens relevaient avec aigreur, s'emporlant contre l'indulgence du Christ, qui recherchait particulièrement la compagnie des pécheurs, afin de les ramener à la vertu par ses prédications. Evitons donc de donner de mauvais exemples h la jeunesse, si nous ne voulons pas nous souiller d'un véiitable crime aux yeux de la Divinité, et si nous relouions la colère des grands de ce monde, g rdons-nous h plus forte raison de braver le courroux du ciel.

Quant aux mauvais exemples qui se donnent journellement à la jeunesse, tout le monde les devine et les comprend. Nous entrerons néanmoins dans quel(|ues détails. Il y a des personnes qui non-seulement se glorifient de mal faire, mais qui, non contentes de se com()laire dans leurs mauvais penchants , s'elforcent, par une perversité vrr.iment infernale, d'entraîner d'autres victimes avec elles. On dirait (|u'elles n'ont pas d autre but que celui de ne }ias périr seules. C'est ainsi que fil Catilina, h Uonie, lors([u'il associa tant de jeunes et illustres Romains à sa criminelle enlr(>pinse. C'est ainsi que font tous les hommes corrompus. Leurs séductions perfides aveuglent tellement ceux h qui elles s'adressent , qu'ils en restent connue privés des lumières du simple bon sens, et que même ils deviennent dans la suite plus vicieux, plus dépravés (jue leurs corrupteurs eux-mêmes. Ceux-ci ne se contentent pas seulement de leur propre perte, ni de celle de personnes qui leur sont étran-* gères , ils finiss(>nt même par ne tenir aucun compte des litms du sang, des charmes de l'innocence et de la pureté de la jeunesse. Ils ( nipoisomient tout du souille infect do leurs détestables suggestions. L(> iléchaînement de leurs excès dégéiu'Te alors en une sorte (le frénésie cpii confond tout dans son égarement, le juste (^l l'injuste, le bien et lo mal, le crinu» et la vertu. Il seud)le, commi; dit Origène, qu'ils soient pluUM possédés par un mauvais génie (\u'vu proie à leurs propres neiu-hants; mais c«>tte obsession continuelle de désirs insatiables, de tentations sans cesse renaissantes, n'est-elle |)as dt'-jh une sorte de ch.Uiment anticipé ?

Elonnons-nous donc, si de notre temps et plus ([ue de coutume, les f)ensées do rhotunn^ s(> tournent vers le mal lors(]u'il sort h peine de l'adolescence, (piand h la corruption de notre nature vient se joindre celle (pi(> les enfants sucent en (piehjue sorte av(>r le lait de leursnourrices; car le nombre desparcnlset des insiituleursqui n'o?it aucun s(un des nueurs des enfants est incalcul.ii)le. Abandoun('s el sans guides, conunenl CCS rires faibles ne s'engagcraienl-ils pas

EDUCATION

ilaus la ronto du vice et du libcrtinige ofi ils finissent par trouver leur perte? Plût au ciel qu'on ne fit encore que les négliger; mais on expose à leurs regards, on fait entendre h leurs oreilles toutes sortes d'infamies ; pourraient-ils ne pas se dépraver en présence de t-.'lles turpitudes? Aussi , c'est un ancif n qui nous le dit encore : « Les mauvais exf^mples que nous recevons dans l'intérieur de la famille nous corrompent d'autant plusfariJement qu'ils ont en quelque sorte le poids de l'autorité paternelle fi). «Oue veut-on que fasse un enfant, si ce n'est ce qu'il voit faire à ses parents ? Il su vra toujours leurs traces f2'. De \h il arrive qu'il n'y a plus aucun espoir de réforme chez beaucoup d'individus, parce que ce qui en eux n'avait d'abord été qu'une disposition vicieuse, est devenu plus tard une habitude invétérée et insurmontable ^3).

Ces scandales, je le répète, sont les plus dangereux et les plus propres h amener la î)erte des mœurs che'. les enfants. Malheur donc h ceiix qui les donnent !

Je ne décid'» pns si ceux qui, par des voies indirectes , détournent l'enfance du sf'ntiop de la sagesse, sont plus coupables que les personnes flont nous venons de parler. Cette autre espèce de corrupteurs *ne jettent pas précisément le mauvais exemple aux regards de la jeunesse, mais ils en amènent h'S déplorables etfi'ls par les o!)'^tacjes cachés dont ils embarrassent la tAche des maîtres, détruisant comme h [)laisir et en quelques instanîs le fruit des b-rons b'S plus a'.sidues et les plus ré|)étée*s. Cette pernicieuse influence e-t d'autant plus h redouler, fpi'il est presque impossible de la fombattnj et fpi'on ne tieut que s'écrier : « N'empêchez [)as de faire le bien, si vous ne voulez pas le fiire vous-même! » Le moyen de réduire ces êtres dan^'ereux qui crufioisonnenl , sans qu'on [misse découvrir l'auteur du mal, le plus heureux naturel ? On nf; s'aperçoit de l(;urs ravages rpi'nux traces qu'ils laissent afirès eux, lorsrnie tout rernède est devenu inutile, et (pian«J ils ont llélri et dévoué ?i la mort les plus tendres et les plus belles fleurs! Il arrive ensuite qu'on accuse injustement le malheureux et irmocenl inslituleur.

Que dirai-je des personnes secrètement poussées uar le mépris de la morale et de la vraie piété? de ces gens rpii regardent la religion corrune une véritablf; niaiserie et comme un signr- certain de la caducité de l'intelligence? rie ceux enfin qui sont en proie h une criminelle indifférrruce (lour le bien ? Si ce n'cHt que de tels ftlres font le malheur et ln honte des sociétés, quils sont res(»r.nsables de la perte d'une (Vdilr- de jfnjne« co'iirs dont la corruption n'est rpir. leur ouvraj^e, et rpj'on ne saurait lro|. rlésirer de h;n voir conrm» et «i»préciés comme ils le

M) Veloriuêet citiui not corrumpunt exempta dome^fira. frirleren quid uijel filin», uni quod lidi'rit pdireni fririrntrm ?

(2/ l'nirrm %itjHitHr »n/i priilck.

(3; y«i« 7«*" fueriiHt vilin, im,Tct fiunf. Hôiu-qur.

EDUCATION ii2

méritent. Heureuses les contrées oi\ l'on parviendrait à paralyser leur malfaisante et mortelle influence.

Combien le zèle des personnes qui se ronso' crent à l'éducation des enfants e t louable. Le zèle de ceux qui se dévouent à élever la jeunesse dans la pratique de la vertu, est d'autant plus méritoire, d'autant plus digne d'estime et de louanges, qu'il assure le bonheur, dans ce monde et dans l'autre, des cimes dont on aura pris de bons et tendres soins. Il n'y a point d'œuvre plus utile eu soi et plus agréable à la Divinité que cette attention continuelle à former l'esprit et le Cd'ur de l'homme, à les épurer, à en bannir tous les mauvais penchants. Et quand je pense à ce que coûte de soucis, de travaux, de périls, la recherche, quelquefois même infructueuse, de biens périssables, aux éloges que nous voyons prodiguer à l'intelligence de ceux qiii arrivent h la fortune, je me demande ce que l'on doit penser et dire de la négligence à cultiver l'àme humaine qui est immortelle? Ne trouverons-nous pas dans cet oubli du premier, du jlus imi)or(ant des devoirs, quelque chose de vraiment criminel, puisque son résultat inévitable n'est autre que la perte de la jeunesse? OiKti ! les hommes se livrent en tout temps et avec ardeur aux soins de leurs intérêls matériels; on s'empresse de retirer l'animal du bourbier où il est tombé , de le remettre dans le bon chemin , et l'on nap|)orlerait pas le zèle le plus constant à retenir les enfants dans les voies de la vertu, à les soustraire pour jamais à l'empire du vice ? Kll'orçoiis-.nous nu contraire à ne |)as les laisser tomb'T dans le dur esclavage des passions, et surtout hAtons-uous d'acconqjlir ime (eiivre si utile et si s inte. Ce (pie l'on jx-iit faire, il faut, dit le roi Salomon, l'exécuter sur-le-champ. Semons enfin de bonne heure, car nous ne savons pas ce cpii arrivera plus lard.

Les libertins, en général, ont fort |)eu de soucis de ro[)inion et (h; ro (pi'on dira de leufs [tersonnes et de hmr conduite, pourvu rpi'on n(! les trouble pas dans leurs jouissances; et, par un inexplicable! conirasp!, nous vf)yons (piehpiefois les jiistiîs s'émoiivr)ir et trembler au seul murmuri! de ((iielques voix malveillaiil(!s ! L'.iiiie d(; l'homme c pendant, lorsrpi'elle n'est point h; sanctuaire de la divinité, est sans cesse- el do tous les côtés en butte aux attaques des passions : Comment dorn; alors ne pas veiller iiicessanuuetil h la préserver de toute souillure? Qu(! d'éloges ne donmî-t-on pas au méd(!cin généreux qui consacre! sr)U nrl au soulagement de rimmanité soiitIVanle; h Viworni (pii défend avec désinlércssement la rausedii malheur;?! lailisle epii, dans ses travaux, recherche jiliilnt l'utilité publiepii! qiie^on intérêt partir nlier ? Ivi présr-ncr! rie crH faits, n'y aurait-il pas uiirr injustice rév.)ll;int»î h refusr-r aux pr-rsemiies qui so vf)ue-'l ,*i lédiic/iliori rb- \i\ jeunesse le,i encouragements ri la r onsidr-ralion (ju'cdr

ti:

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lis im'rilonl? Ni' srrail-ci" pas le comble de; ri;ii(}uilo (jue d»^ susciter des obstacl(;s h l accomplissiMiit'iit de cotte noble et utibi lAcbe ? Tous les jours rependant, on ne peut le nier, nous voyons la j(>unesso e^ci- Um; au vire par b'S discours les pbis inconvenants et b\s |)Ius coupables ; on le sait, et néanmoins Ton ne s'inquiète guère de combattre les funestes ellefs de «es indiscrètes paroles, en biur opposant de bons exemples; on ne tient aucun com[)te du besoin ))ressant qu'ont de jeunes cœurs d'une nourriture vraiment morale et relij;ieuso.

Ce n'est point ce (pie Jésus-(^brist a enseigné et encore moins ce (pi'il prati(]uait; car, dans son zèle h éclairer, et à purilier les âmes, h les réunir par un lien connmni, il se comparait à une tendre couveuse (jiii étend ses ailes sur tous ses petits, les y rasseuïblo, les y récliautre, songeant plutôt h leur silreté et à leurs besoins cpià prendre soin d'elle-même. VA nous, (pii nous disons les sectateurs de Jésus-(>lirist, nous in-gligeons les devoirs auxcpiels il consacrait sa vie, nous teinjiorisons, nous nai^issons pas enlin! Il ne doit pas en èlre ainsi.

Il y a |)lusieuis moyens de flou ler l'instruction morale et religieuse aux enfants ; la pré lication, les i'istruclions |)arliculières et l'enseignement des maîtres , enlin la confession, ([l'.i est u 10 •prati(pio |)articuliore h la reli.^ion cbrétionnc. (Ibacun pensera do ce dernier moyen ce (pi'il voudra ; mais moi, dans ma simplicité (!t dans ma conviction, je jure que la confession, lorsqu'elle est faite dans des dispositions convenables de part et d'autre, est la meilleiwe et la plus sûre manièri! de diriger les Ames. Par elle, si le confesseur a lout h la fois le savoir et la prudence indis|)ensables, les plaies les plus secrètes du cœiir bumain peuvent èlre sondées et soulagé(^s ; elb; peut le délivnn' do toutes les souillures, de tous les mauvais pencbants , qui par leur présenc*! et hnir séjour nuiraient par fermer à jamais <\ la jiMinesse le chemin de la v(M"Iu et du bonheur, en la retenant pour toujf)urs dans la fange du vice. Klle croupirait alors dans cet état do di'gradalion et serait morlo h tout bien. (Jnaiid un trait est (bnueuré longtemf)s dans une blessure, il envenime et corrouqU la masse du sang; il en est de nièiiu' pour la conscience lorscpi'idle se comjilait dans bjs altaquesdes passions etdans les a>sauls d'une nndlitude de coupables ib-sirs.

J'ajoute (piil n'y a pas de mmlieur movcn pour donner do bons avis que la confessiMU. et qu'cllo est un excellent remède pour r.hne. IMi'it h Dieu (|U(! les enfants ac('oinjilissont sincèrement co devoir! «pi'unc lois l'année seulinnont ils passassent une revue scrupuleuse de leur conduite anléricniro ol qu'ils en ti"<sont un oxau)eii recueilli ! (Jue • !•' bien il ré^ultfiail de celte allcnilion sur soi-inônie 1 <pielle garantie pour un avenir nii;illeur I en elfet, l'enlance, ctitralnée par sa légèreté naturelle, se \\\n) à une fou'(> d'irrégiilarilés et de fautes <lo il il e^l indispcjisable qu'elle connaisse le démérite cl

la gia\ité. Elle a donc besoin d'èiro atlectueuscmonl avertie et priidtMnment sondée Alors seulement elle commence h s'amender, à concevoir l'horreur du p(''ché, h goûter le charme d'une conscience tranquille et à dev(niir ca[)able entin do la ferme résolution de bien faire.

Ces résultats sont d'autant plus désirables que personne n'ignore la lyrannie que la boule peut exercer sur certains esprits, et que, iorsipio l'ame et h; cori)s se sont livrés depuis longtemps h des habitudes perverses, (»n riMidrait [)lutôt la parole h un muet que d'obtenir les aveux et la réforme des couj)ables. Est-il h dire pour cela (juo tous les avertisscMKMits donnés h l'enfanco dans le confessionnal soient inuiiles? que plus lard elle aura recours à la fiaudc au mensonge, et (prentin elle retombera dans toutes ses ericins? A cela nous répondrons que personne, hélas! n'est exem[tl de commettre des fautes; que l'enfant, (|uo l'homme fait. (pu'ls ([na soient son état ol son rang, y sncconit)ent tous (pnjhpiefo s. Est-ce le cas alors d'abandonner le navire quand il fait eau? Serait-il sago do ne |)r.s la rejeter, sous 1(! |)iéle\le (pi' elle revient toujours? L'important, ce nous semble, est de ne pas èlre submiMgé; car, ainsi que le dit Sénèipie, nos ell'orls réussissent moins à nous di'barrasser entièrement de nos vices, (ju'à n'en pas être e\(lusiv(Miient et tyranniquement possédés {Pii(/namns co)itra vUin, non ut rincumus, sed ne vincant). La propreté enlin n'est-ollo pas un soin de tous les jours, et devrait-on y' renoncer [)Our cela? Assurément, c'est lout le contraire; car, en la négligeant , le corps ne serait bienlùl plus (pi'un rt-ceptacle d'imnu)ndices qu'on ne pourrait faire dis|taraîlro ([u'à force de temps et de [)eine.

Je n'ignore f)as (pie (]uel()ues enfants caclioiil leurs fautes et montent h leur dircclour; mais [lar de sages avis, par des questions (pi'inspirera toujours un zèle éclairé, cha«-te ol judicieux , la vérité pourra se découvrir, et (lès (pi'on sera [larvenu h inspirer l'amour et la crainte du Père de tous les hommes, la haine do Ions les mauvais penchants (pii routrageiil, on peut èlre certain (le la conliance et du repinilir des coupables. Qno. s'il (ni <>sl un petit nombre lelbnuent altandonnés du ciel ipn^ persornie ne puisse hîs réformer, il en est d'autres qui deviendront meilleurs , et quand enlin par ses ell'orls, on n'en ramènerait (pi'un s» ni h la verlu, ce s(Mait encore une grande v[ sudisanle récompens(^ do son travail et de sa ixnne, ((.nnaissaid lout le prix dont r;bnede riKumue est aux y(nix (le la I)ivinit('', et (pi'ello doit avoir aux nùlres.

L'indulgence, d'ailbnirs, doit jeter quelrpiefois un voile sur des fautes légères: (pii ne se rappelle en avoir commis dans sou (Mifance? M. lis avec celle (harilé (pii les couvre de son manteau, il faut (Ui mèiiuî nniips mettre tout son zèlo à alfranchir riuHiime do rinlUience des passions ol «i le pri'server de sa p«n'le.

Nou-» suilout, pères de faiinlle, mailroi. et

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directeurs de l'enfiinco, observez bien envers eJle cette règle de conduite 1 Je vous la recommande avec conviction e( de la manière Ja plus cordiale; car, en vous donnant cet avis, je ne prétends pas vous rien imposer, i)i vous laisser croire que je pense que vous agissez ditléremment. Ne vous bornez donc pas, je vous en conjure, à détourner seulement la jeunesse des sentiers du vice, mais engagez-la pour jamais dans ceux de la vertu. Et comme de tous les animaux Thomme est celui qui se trouve le plus naturellement enclin à se laisser aller à la bonne ou à la mauvaise influence des compagnies qu'il fréquente , veillez sans cesse à préserver l'enfance de tout contact avec les méchants. Il suffit d'une brebis malade pour gâter tout le troupeau {Vnica prava inficit omm pecus). Un seul enfant vicieux suffit de même pour en perdre beaucoup d'autres. Entin.dit le j>rophète, vous vous pervertirez en fréquentant les pervers [Cuni perverso perverterisj.

On apporte la plus grande activité à la recherche des malfaiteurs, on s'en empare, on les châtie. Qu'est-ce cependant que le vol des biens temporels en comparaison du larcin qui enlève les cœurs à la vertu. Ce dernier n'est-il pas mille fois plus criminel? N'est-ce point un sacrilège? N'y a-l-il pas enlin une véritable infamie h rorrom[»re des âmes neuves et innocentes? Puissent le mépris [)ublic et la réprobation générale atteindre c ux qui se rendent coup.tbies d'un tel forfait; c'est le châtiment le plus doux à leur inlliger.

Peut-être me trouvera-t-on bien rigoureux, bien sévère; iriaisje suis tnrtins sensible à ce reproche qu'au d(''sir et à l'espérance qui m'animent, de ramfnfr les brebis égarées ; je n'ai jtas d'autre but, et c'est dans cette pensée qui me [)réoccupe exclusivement que je puise mon zèle et b;s consf.-ils (jue j»; crois utiles. Est-il rien en elfel de plus aimable et de [)lus attrayant que la v(,'rlu? N'est-il pas dès lors <Je la [)lus haute importance; d'en inspirer le goût à la jeunf'sse, <Je lui inculquer la connaissance et l'emftire de soi-même. Négligeant de le faire, n'aura-l-elle pas [ilus tard le droit d'adresser C(; rc-proche «i ses devanciers : « Vrjus avez semé de pièges la carrière que nous avons à parcourir, vrjus ne nous avez donné (jue de mauvais exemfilefi, et nolrf; [lerte est vfitre ouvrage. » Tel serait cr!(>enrl;int le trislr; et inévitable résultat de rinddlV-i-ence à remplir envers les jeunes gens les devfiirs (jue la nature et la religion nous irn[)Oserit!

Confirmation de tout ce. ffui a Ùé dit prérédciiunciit.

Si quf:lfju'un est tombé dans rcricur, c'est h force d indulgence et tic IxMitè rpi'il Cnii tâcher de l'en tirer. Ces serilimerits seront toujours ceux des âmes pures et .-ensiblcs auxquelles le spectacle et la (onviction de la fragilité huinaine auront inspiré une juvic humilité. Il avait bien obst^rvé lo nioivil i\r l'hoiiirrir* , ce sige qui disait quo « l'art le I lu* difficile est celui de gouverner le.

cœurs. » Et néanmoins il n'en est pas de plus négigé ! On ne voit guère que des aveugles qui en conduisent d'autres; et l'on s'étonne de la dépravation g'''nérale! Il semble qu'il soit au-dessous de la dignité de certaines pei-sonnes de s'abaisser aux soins de l'éducation des enfants. C'est un sentiment de cette nature qui lit que les disciples de Jésus-Christ repoussaient ceux qui voulaient l'approcher. Sans doute qu'ils trouvaient indigne d'un si grand docteur qu'il daignât condescendre à tant d'humilité; son langage ne tarda pas à prouver le contraii-e. Il enseigna dans cette occasion que les guides de la jeunesse doivent avoir l'esprit de douceur et de simplicité, et que, suivant les paroles de l'Apôtre, ils ontàveilleraussi sureux-mômes, si, comme tant d'autres, ils ne veulent pas succomber à leur tour. Mais hélas! qu'il est affligeant de penser au petit nombre de maîires agissant de la sorte? Ah! s'il en est qui sachent repi-endre avec douceur les faiblesses auxquelles nous sommes tous en pioie, qui n'aillent à la recherche de la vertu (jue pour la vertu elle-même et non pour des succès mondains, qui se livrent sincèrement à la charité, à l'humilité, sans aucun alliage d'orgueil ou d'ambition; dont les vues ne tendent que vers le bien sans .se laisser subjuguer par l'espoir des louanges ou la crainte du blâme; qui enfin sachent concilier tous leui-s devoirs et se conseiver intacts : (pi'on me montre de semblables maîtres, je n'hésiteiai point à les [iroclamer dignes de leur sainte mission.

De (juelle utilité serait la possession de tous les biens de la terre à celui dont le cœur serait perviMli, et (pji aurait méconnu ce commandement de Dieu : « Pienez soin de votr(! âme, si vous voulez m'être agréable [Miserere auiuiœ twr, pUuens Dco). » Si donc, au lieu de se conduire par des molds purs (:t él<!vés, on ne se laisse toucher (pie par l(.'s objets (sxlérieurs, on retombe aloi'S dans la foule des ètics vulgairi-s et l'on dc;vient com[)l(''tement inhabile à gouverner et .'i foi inc-r les c(eurs.

Mais ces conseils ne seront-ils [)as taxés à leur tour rl'orgueil (îl de suffisance? N(! troiivera-l-oii |ias que j(! maïKjue moi-même d'hiiiiiililé en me p(Miii(!ltant de tracer ainsi la conduiti! des préce|)t(niis de la j(nlne^se? Des jiersoriiies d'ailleurs bien int(;iilioniié(!s ne s élèveront-elles [las contre le penchant (pli in'entrairM! à prendre soin de l'enfance? On m'ofiposcMVi la dillérenc(! entre le^ mo-urs et les habitudes (h,' mon âge et celles d'un âge plus tendre; d'autres croiront la dignilé (II! riKjn caractèr(! compromise; enlin, on iiio dira (juel.i noiiveaiiti' de renli(!pris(! excitera l'envie (;t la malveillance (h; ceiiv (pii, voués par état 'i l'i-ducaiion des e'ifinls, |iourront iiM! K.'garder comme un rival dangereux. Jo répoidiai <'i ces divc'ises (»b<>irvations; et d'aboi'd (pioiepi'il soit très-vrai (pi il n'y ait aucun rajtport (Mitre les habiludits d'un vieillard et celles (h; l'enlanci!, il est plus vrai (;nc(»n; que, [lour êtn; iilili; .'i la jeiiness(! el lui leiidie II le iiiaiii ■^ccoiirable, il laiil s«

EOLCATION

r-DUCATION

4iS

lupttro h sa pnrléo. La niori^io cl la bienveillant; ne vont lioint ensemble {Non benc cnnvcniunt, nrc endrm srilc mnr<nitur mnjestas et amor\ vt ccjjcndant sans bonté, sans douceur, il n'est point de sucrés possil)le. Qu'cspéier en eifet d'enfants dont on ne sera pas docilement écouté , (pii n'auront point de «■onlian<e en ce qu'on leur dira et dont on n'obtiendra pas la plus entière soumission? C'est pourquoi il faut se dépouiller de l'air dur et hautain et se faire enfant avec les enfants {Qnnrr mnjrstntrm oporlet onincm cxurri. r( pro parriilis parrion se fnrerr), noîi en ce ([u'ils ojit de lég(>r et de uéfectueux , mais en tout ce (pi'ils ont de louable. J'ajoute que la nature est opiniAtre, et (pi'on réussit moins h la contraindre qu'à la diri,^er {Mnfjis dncitur (juam trnhitur. Sen.). Les bons iu\hirels ont cela de parliculier iju'ils se rendent plutôt aux caresses qu'à la crainte; les animaux eux-uu^uu's sont soumis h celte intlucnce. Comment d'ailleurs pourrail-oi obtenir des sujets même les plus doviles l'aveu de leurs fautes, s'ils lreml)lent devant CG\\\ h (jui cet av(ni doit élre fait? Celui-là ne les j)t>rsuadera jamais, qui ne leur montrera qu'un visage sévère, cpii ne répondra pas h leur sourire en leur souriant h son lour, fjui ne partagera pas (pjehpicfois leurs d:v Ttisseme Us , ipii leur épargnera les louanges qu'ils aiuont méritées, et mettra enliu de l'emporUMnent et de la dureté dans ses avis, au lieu d'y aj)porter celle douctnir et cette patience cpii Jont qu'on [larait bien jilus les chérir connue un bon père cpu- leur commander connue un maître. Si donc on n'use envers eux d'aucune condescendaîicc, si on ne leur parle (ju'en maître irrité, n'attendez rien de bien des meilleurs conseils donnés de celte faç(ui.

Telle n'était point la conduite de Papôtre, car se faisant tout à tous, connue il le dit, jiour con(piérir les coîurs h la vertu, il commençait par appli(piercette règle aux enfants en se metlant h leur portée. Il reconnuandait aux parents la bonté, la douctnn-; leur défendait cxpresséuu'iit de doniU'r l'excnuple tie la colèrt!, moyen infaillible pour n'insuirer à l'enfance d'autre sentiment (pu> celui de la crainte et lui laisser croire qu'on la déteste |)lulot qu'on ne iaime.

Le même esprit aiumait le divin législateur des chrétiens, lors(pi'il prononça ces >id)Iimes et consolantes paroles : « N'eue/ à moi, vous qui éprouvez des peines. »ar je mis doux et Inuuble (brcieur. » Vcnilrail wn qui onrrtili rsd.s. Ifisrilr a tiir quin niitix sum cl huinilis conlr. Les témoignages des sages de tous les teuqis et de tous les lieux s* réunissent «'gnlenu'nt pour proclau'ier (ju'il n'y a rien de mieux (jue la douceur (>t la clémence pour réformer l'hiunanilé. iV*7<i7 Virlius ml rorrrrlinnnn rt rvtrndntiounn hntninum. funlilalr nr clrmrvlia.

I/ap<»lie saint Jean, cet li(uumc si versé dans la connaissance! du c<inir humain , n'ignorait pas celle vérité, (puirid. pour oblet tr la co ivjTsiiin de grands ((Mqiables, il i'Ilait prc»juc jusqu à Imr prodiguer des ca-

resses en les exhortant au repenftr. Quel astre Idenfaisant conduisit saint Augustin dans le sein de l'Eglise ? Saint Ambrois\\ Par quel moyen? A force de bienveillance et do niansuétiule. « Je commençai, dit saint Augustiji, à l'aimer, non comme un illustre docteur enseignant la vérité, mais comme un excellent honune qui me témoignait la plus tendre amitié. » Ce saint évè(pie, i)lein de pruihmce et de res[)rit do Dieu, ne dit point h Augustin alors infecté des opinions les plus erronées : « Ketire-toi, tu es un pécheur, un hérétique, un blas|)hémateiir. » Encore moins aurait-il vomi ces injures aux enfants (pii venaient recevoir ses instrmtions pastorales.

Que si, comme nousdevons le penser, il n'y a rien eu d'indilférenl ni de vain, rien qui m» port.U l'empreinte de la gravité et de l'utilih' dans les actions, dans l(;s préceptes de Jésu^- Cluist,nous resterons convaincus de la haute impoitance (ju'il attacha à appeler auiirès de lui, à les rassurer et h les bénii-, les enfants que ses discifdes éloignaituit de sa personne. Qui |)ourrait, après un tel exemple, ne pas faire usage de douceur et de simplicité envers la jeunesse? qui oserait, s'enorgueillissant d'une vaine grandeur ou de quelque savoir, mépriser la faiblesse et l'ignorance des jeunes créalui es, quand celui qui était animé de l'esprit de Dieu, (jui partiiipait de sa sagesse et de sa science, ne dédaignait pas de pousser la bonté jusqu'à les caresser, les bénir et les presser dans ses bras? Kejettins donc loin ce nous la morgue et la rigueur. Socrate (l),ce sage si vanté, ne rougissait pas, après avoir donné ses soins au bien public, de se re|)0ser de ses f.i'igues en partageant les jeux des jeunes Athéniens. (>eries, l'exemple <pMMloruia plus tard le législatinu- des chrédens est plus touchant encore (|ue la bordiomie ilu philosojthe grec ; mais les [U'étendus sages seront loin (1(> sentir comme nous ce (pu- ces faits ont de beau, de grand et d'utile. Quoiau'il en soit, riiumililé ne nous est pas stniiemeiit commandiM' par les livres saints. Cicéron^i) dans son Traiti' des devoirs, no is la prescrit : « Plus vous êtes grand, dit- il, plus

(1) Sorrato , le pins vcrtiioiix dos honinios , ciiseij(ii;<il 1.» |»liili>so|»lii»> à Atiièiics; non ccUt> \aiiic |»liiliis(»piiio i|iii nr sait ijno loiUnrr linlcllignicc , nmis vi'Ue scitMirc (iiii. on)nn.iiil de li Ico do Dion ol do l'jnnnoil;dil(' (io iàino , piocnro i\ Ihoinme la cnnn:iissaiiro do ses dovous ol Io lappniclio i\r la m-rilc. S(i( ral(\ pour noir iiisirnil sos ronli'niporains do vorilos (|iii poil:>ionl allomlo aiiv oioyanoos pou opuroos d(> son loinps , fnl comlainno ol mis .i mort par SOS in;;rais rompUriolos. Il o\pira onlonro de <pioli|nos amis lîdtlos, on lonr ooiUinnant jnstpran moiiioiil snpromo, ot avoc la plus gHtinde Iranqiiiliilo d'àmo, SO'» vortiionsos louons.

[i) C.iooron, oralon.". philo»op|io ot consul rom.iin, qni. on vi'Vv doriiior;- ipialilo . sauva sa pairie îles onlrrprisrs parricii'os de (.a ilina , doiu lions avons parle p «is liant, il périt o'iine mort ^iolellle an temps (lis pros<Tiplioiis d'Aiiloine ol d'.\ti\;nslf , «pli .se dispnl.iionl l'empire. Il n'elail plus (pH'siiuii alors des aiiliqiK's vérins qui avaient f.ut de Home la lii.iilrrsL'.c d'o iialioiis.

EDUCATION

EGLOGIE

i:io

vous devoz f'irc humble. » Quanto major es, humilia le in omnibus. Et Jésus-Christ, voulant graver profondément cette règle dans le cœur de ses disciples, leur dit en [)laçant un enfant devait eux : Ae plus grand d'entre vous sera comme le plus petit, et s'il ne se rend pas digne des recompenses ce'listes par sa simplicité et son innocence, il ne les obtiendra iamais.

Je n'ai que peu de mots à répondre au reproche que l'on m'adresse de me livrer à une entreprise tout à tait nouvelle, et à l'observation qu'on me fait qu'elle pourra m'exposera la malveillance et à la caloariie. S'il n'était pas permis, en effet, d'introduire quelquefois des améliorations dans l'état (le la société, la chose publique commençant bientôt par tomber en langueur, irait ensuite en se détériorant ju>qij'au jour où elles'écroulerait enfin sous le poids de sa décrépitude et de sa caducité. Il y donc de temps à autre nécessité d'innover, mais je le confesse, à la condition d'améliorer. Quant à la malveill ince et à tout ce (ju'elle pourra m'attirer, je m'y résigne. Quel est l'homme un I)eu en évidence, dont les actions les plus indilférentes ne soient [jas méchamment intcrpiélées ? Quel d.oit aurais-je plus qu'un autre d'être à l'abri de la malignité ? L'important pour mo', c'est de tâcher de faire le bien hautement, et au grand jour. Celui-là seul peut être soupçonné de mal agir, gui recherche les ténèbres. C'est, enlin , d'être un jour jugé selon que mes oeuvres auront mérité de l'être.

Je termine en adressant de nouveau les jihjs vives instances h tous les pères de famille, à tous les instituteurs de la jeunesse, do se bien pénétrer fie tout ce que je viens d'exf>oser ; il n'y a iias un seul de mes conseils qui ne soit le truit d'une hjiigue ('X[h'rience, de rnéd talions [)rofondes et du p us sincère amour de l'humanité. Et vous, jeunes enfants, renoncez [tour jamais ,'i la f(;Ii(; du i)rrmier Age, au mensonge, à l'orgucul, à la cupidité. Il n'y a jioint d'end)ùches à ndouter dans le chemin que je vous montre. Soum«'lte/--vous et accoutumez-vous h la prati.'jue journalière de quelque acte d(; piété qui vous pf;rte au rerueillement, à lexauien de voiis-rnètries, h la eormaissance de vos défauts, /i vr)us eu inspir/T la haine en mènie ternii.s que la ferme volonté de vtmjs en corriger à jamais. C*e>t alors que vous pourrez ftspérer d'être véritablement heur(!ux dans M: inonde et dans l'autre; car <:'e>t aussi lo bonheur que de [»oiivoir ftuiser dans une f onseieiico sans reproches les consolations dont l'homme a iiesoin, lorsque [>ar les dérrels impéiétrablr-s de la l'rtn ideiico, il lombr; dirjs une itdbrtune qu'd n'a pas méritée f>!\ ««îs délxirdemenls. Mulla nocrhit aihfrtilfi^ , *i nulln dominelur iniguilas. Conserve/ enlui [»ré«;ieusement voire ninoceiiee et voire imrelè, car, ne l'oublie/ jaui/iis, c'esl a elle mie vous nvi.v. drt d'être «f»p»;lés auprès de Jésus-Christ, votre divin Mialtre.

Cu tM.'tit traité dit tout ce que nous poiu-

rions dire, et le dit mieux que nous pourrions le dire. Rien do plus sag(!, de plus simple et île plus gracieux à la fois. Il serait à désirer que toutes les [)ersonnes qui veulent s'oocu|)er des enfants, soit pour leur parler, soit pour écrire des livres à leur usage, fussent bien pénétrées des maximes du bon chancelier Cerson , dont le petit traité sur l'éducation n'est pas assez généralement connu.

On pourra consulter aussi sur le même sujet un petit ouvrage du nienhcureux de la Salle, fondateur de la communauté des frères (Jes Ecoles chrétiennes. Cet ouvrage est niiitulé : Les douze vertus d'un bon maître, et si nous ne le citons pas ici après Gerson, c'est qu'il entre moins dans le cadre que nous nous sommes tracé, et ne se rattache que très-indirectement à la littérature religieuse, tandis que le livre de Gerson nous parait non-seulement un recueil de préce])tes utiles, mais encore un modèle de netteté, d'élégance et de concisioi bien digne d'un auteur auquel oi a attribué longtemps Vlmitation de Jésus-Christ.

EGLOliUE. — L'égiogue est, comme on sais la rep: ésentation dune action chamjiètr.\ dans un poème au(juel on peut donner la forme drainati({ue, ou qu'on peut renfermer dans un simple récit.

I/égloguc! dillèi-e de l'iovlle par son action cl par la formo ordinairement dialoguée.

Nous avons |)eu d'églogues rcligiens<\s.

M. Godeau, évêipie de Vence, a essayé de ( réer ce genre et l'a fait sans succès, no'ï que le genre on lui-tnême soit plus ingrat qu'un autre, mais pour avoir troj) voulu calquer ses nouvelles compositions sur celles des anciens, et iieut-être un peu aussi, faute du talent nécessaire. Nous ne parlerons [las de ipicKpies essais en poésie italieniM? par un érrivain dont les productions (irdinain's sont dételle nature (pie son nom même n'est fias convenabh! à prononcer.

Ees bergeries de Uonsar(l,de Uacan, do Segrais et de Fontenelle en France, les iiastor.des de (iesner en Alhnnagne, voil<^ à peu près tout ce (pi<; les modernes ont produit d(! remarquable pour conliuuer h^s traditions (h; \irgil(! et d»; Théocrite. Puis hî C('-ladoiiisiiie de d'I'rl'é et les pastorales d'o- |)éra ont alladi complètement et même ridiculisé dans l'opinion le genre (h; l'égiogue. André Chéni(;r, (pii (Mitrepril (h; le relever il la lin du dcTiiier siècle, ifnnonla directement a la source, t^t lit des pastiches fort savantes de Théocrite el dr. Virgile ; mais il ne créa [las p(Hir cela ré,;logu.' rraii(;aise, (pji semble im|(o.ssible paiiiii nous, faiib; de beigers. E(;s seules jiastoiahîs chrétienne.'^ (pie noiir. ayons, réelles, populaires, mais encor»! inforiiMîs, ce sont les vieux noëls donos camp«g<ies. f„'i on trouv(! de véritables églogues, aux(pi(.!l(!s il ik; manrpie rien (pio d'être écrites el veisih<''es av(.c, un peu do cett«î science qui ne nuit pus h la siinplitiUî.

Fr.Lor.rE

L"ù l.),^iio , paiim nous, (>>t donc on;ore dans son enfaiin* , cl c'est pour les poëtcs cliriHie:is une rréalion qui reste h faire, roinbio'i de sujcis d'épilogues ne peut pas fournir le mystère touchant de la Nativité! Kn conihien (le façons ne peut-on pas varier )es entretiens des'aiij^es avec les [)asteins ! La Genèso tout entière est aussi une source inépuisable de pastorales , et quelles riches descriptions fournirait à ces poèmes la nature de l'Orient, embelhe encore par tout ce fpie l'imagination peut supposer des magnificences (ies premiers jouis ! ('.aï i et Abel, Al)raham et les patriarches, Joseph et ses frères, (îesscn et sa fertilité, la sim|>licilé de Jacob mise en co itraste avec les s|)lenileurs de l'EgN pte ; puis Moise dans le déscit j)rolégeani les tilles de Jéthro , la vie nomade di'.s tribus sous la tcite , les combats de la religion d'Israi'l contre les séductions des lilles de Madian; puis (incoie David et ses preu)ières armes, David poète et pasteur, jouant de la har[)e et terrassant les lions; enlin Salomon et son Cantique des cantiques, admirable et dangereux modèle.

Indépendamment des églogues de la Nativité, le Nouveau Testament nous fournirait encore ses paraboles touchantes : le Bon pasteur qui cherche la brebis égarée, lEnfant |irodigue et ses regrets. A[)rès les livres sacrés, n'aurait-on pas, jiour s'y inspirer encore, la |)oésic inépuisable des légendes? Marie, la divine bergère, conduisant parmi les lis les blanches brebis de son tils; saille Agnès , la jeune martyre au nom plein do douceur, qui fait entre ses bras un lit pour le cél(îsl(ï agneau; sainte Madeleine, visitée dans la Sainle-Haume par les an-;es et chantant avec eu\ les louanges de Dieu se[)t fois le jom-; tant d autres encore. Ne |)ouirait-o-i jias aussi, dans les analogies des devoirs du jirètre avec les fondions du pasteur, trouver le^ allégoiies les plus touchantes ? Tels [)euvenl être les sujets de l'églogue religieuse, et l'on voit (|u'ils ne font dcfaul ni jtar le nombre ni par la richesse.

Mais di'jà nos jeunes liltéraicurs chrétiens pressentent l'expansio'i [irochaine de tous ces trésors de poésie, et nous avo'is di^jà vu de- beaux essais inédits, même dans le i^enre encore inex[)loré d(; l'églogue. Un jeune honnnc! (jui fait des vers connue André (]hénier, M. I>e/onte (l(;^l^le, a fait umc églogiie où les deux nmses , la muse antique cl la muse chrétienne, chantent altern.itivem-'iit connue les bergers de ThéoiTile et de Virgile. Voici quelques fragments de ce beau poëuio :

ta inuie clirélicniip.

D.ins m.T rot)n .t longs pli>. Iiiiniblc virrgo \oiliM«,

M.iins jiiinlcs, Id-il ;iii lirl, jr \ifiis <!«> l'OriiMil.

An riv.igc loiiiCiiii tlii Ltc ilr (iDlilrc,

.Sons Ifs Ltriucs il'nii IHcn ji' suis iicc en priant.

Il>iircu\ (|ui s*' D'rhaiiiïr a non pn'iiv ilflirc !

ii'-iircux tpii *i°a;(cnouillc à innn aiUi-l sarix '

I estitMix .s«>nl nn Im-;iii livre dii IdiiI lioniinc pciUlirc,

r'»ir>n qu'il jil aime, pt^nrMi ipi'il ail pic.irc !

FGi.or.rE

La mnsp antique.

iS)

Plus belle que Diane an\ forets d'Orlygie, Itejelanl le collinrne en dansant dénone, Snr les monts florissants de la verte Plirygic, J'ai bu les vins sacres en clianlaiit tvobo.

La muse chrélieuae.

Les arebanges de Dieu n.'init saluée en reine ; l'aie eonnne le lis, à l'abri du soleil, Je parfume les cœurs, et la vierge st;reinc Se vuiio de mou aile à fiicurc du somiueii.

La miiseantii|ue.

I) ins rA'li(|ue sacrée aux sonores rivages. Dans la douce lonie aux SDulIles amoureux, D.irlout où le soleil éclaire un monde beureiix, La vuluplc divine a reçu mes bummages.

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