I. Iiyiniic élirncl "V. tail rians bs cieux du inalni
Oli ! j'.ii peur du h b-nic; un VMi\enir loihl.iin
S«- réveille et s'rnlend d;ins mon ùinv. agil^-e,
Connue l'alezunor ou \ iiir attristée.
Ere.
Krif.itil, p<^)urquoi p.'ilir h^mjh ten longs ciIh so\cux ? <Jiian'l l.i itJiX est en nouH, le hiU'Ute chI jo>eux.
'•■'■ riit donleiir fut grande au jour du (ratri* id<-!
M.idi I iiie.
ijnr uia douleur fui grande au jour ilu dciiidc !
LLLGlt;
.Mi-lia'a.
Ilélas ! bêlas! l'amour se cache à ses élus! A la paix de nos cœurs l'Eden ne sulfit plus.
Madeleine.
Où (!onc êtes-vous. Christ, notre souffle adorable?
Sémiiia.
La fleur de l'amandier vous cherche ainsi que nous.
Kve et Méhala.
Les échos endormis au fond des bois d'érable S'éveillent en disant : Christ, où donc êtes-vous?
Celte ('•glogue , car c'en est une véritable, ne peut pas être citée comme un modèle du style vraiment chrétien qui conviendrait à ces sortes de compositions : elle est écrite dans ce goût ossianique et bizarre qui était la mode du temps de l'Empire; mais ce n'en est pas njoins l'ouvrage d'un poëte distingué , dont les vers sont quelquefois d'une grande beauté et dont les conceptions portent l'empreinte du génie.
ÉLÉGANCE DU STYLE. Voy. Style.
ÉLÉGIE. — L'élégie est un petit poëme qui contient l'expression d'un sentiment triste ou tendre. A ce titre , les prières en vers sont du genre de l'élégie, et il est dillieile (le trouver une élégie plus touchante et |»lus belle que la j)rière d'Eslher dans la tragédie de Racine :
6 mon souverain roi l
Me voici donc tremblante et seule devant toi...
et le reste que nous ne transcrivotis pa.?, parce que ces admirables vers sont dans la mémoire de tout le monde.
Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie,
a dit Boileau : il n'y faut donc ni phrases fiompeuses , ni jeux d'esfirit , ni comparaisons recherchées. L'expressioti des seiitiuie'ils vrais est toujours siiufile.
Voici une charmantiî élégie de la reine Marguerite de Navarre, sieur de François I", qui, comitKî on sait, a comj)osé un assez grand nond)r(! do poésies soil religieuses, soit profanes. Elle lit celte élégie h l'occasion (le la triste maladie (pii em[)orla son frète :
H«;nde/. tout un |)euple content, O vous iiotic M'ule espérance. Dieu ! celui (|ue vous ainu*/. l;uil Ksi en maladie et soulIVauce.
Kn vous seul il a sa fiance.
Hélas! c'est v(»tre vrai David; Car de vous a vraie scienefï Vous \iyv.i en lui tant (pi'il Nil.
De IctutfS les grâces et d«uis A vous seul a rendu la gloir(;, l'ar(|uoi les ni:iins à \oms lend<u>s, Aliti ipiaye/. di; lui meiiKHK; ; l'uisqn'd vons pl;iil lui fane l.oiro Votre cali( e de doidenr, IhmiU'./. à nature siitoire Sur hon mal et notre malheur.
I^e (té^i^ du bien (pu- j'allen l> Mir donne de lra\;iil ni.iliere; l'ne lient ' me. duie (ent ans, Kl me MMubhr (pie nu bliciu
455 ELEGIF.
Ne linMçro ri rcloiimo on ;irn<"ro, Tant j":ii <lo m'avuiuer drsir.
Oh ! (inollt- csl l;)iigiio la rarr'uTC Où gil à la lin mon plaisir!
Je roganlo do Ions colos
Pour voir s'il n'anivo pcrsonno,
Priant la ooleslc honlé
Qno la santo à mon roi donne
Quand nuls ne vois, I Vril abandonne
A plonror, i>nis sur le papier
In peu de ma donleur j'ordonne :
Voilà mon douloureux inélier!
La poésie moderne serait csse'iti.'llcmont élégiaciuc si elle était plus simple et plus vraie dans ses formes. M. de Lamartine a gâté tous nos jeunes talents par la contagion (lu ni.iuvais goût le plus séduisant qui ait jamais déparé les œuvres d'un beau génie. Nous lui devons une poésie ([ui rêve sans penser, (pii soui)ire sans aimer et qui pleure sans larmes : es[)èce de psalmodie monot me dont se bercent les vanités blessées et les sensib lilés désœuvrées.
Ces mélancolies de la poésie moderne viennent , comme nous l'avons dit ailleurs, d'un sentiment imparfait et d'une étude superticielle des saintes tristesses de la Bible : dans la Bible, en elVc't, on trouve les modèles les i>his parfaits de la poésie élégiaque, comme de tous bvs auti-es genres, soit de prose , soit de poésie. La prophétie de .léréniie et ses lamentaùons sont les élégies les j>lus sublimes qui cxistmit dans aucune langue, {yoy. Ji:iiioiii:.) C'est à la Bil)le que sont em[)runtées les paroles ({ni [teignent le plus énergi(punue-it et le plus simplement la donltMir : liuchrl pirurr scsfufduls et lie veut pas être consolée parce qu'ils ne sont plus. — Mon fils ne revienilru plus vers moi, mais c'est moi (/ni irai vers lui; et tant d'autres parol(\s plus éloipien'es en douleur cpu^ les sanglots et que les larmes. Les olainles de Job , par exi-mple, n't'\priment-elles pas les plus >u- ])r^mes angoisses de l'Ame , et ne sembic-t-il pas (|u'on ent(nide gi'nnir en liii toute l'humanité sonll'rante? (!'«//. Jon.) Nous avons, dans le ir livre des Bois , une élégie di> David sur la mort de Jonallias.qui est de la plus louchante b(MUté.
« Songe , ô Israi'l I h ceux qui sont tombés cl qui sont morts blessés sur la nmnlagne.
« Tes glorieux défenseurs, Israël, ont été tués sur la montagne : ooiuinenl ont succombé les forts ?
« Ne lantioncez pas h Gcth : n'allez pas le dire dans les carrefours d'Ascalon; ne donnez pas cette joie au\ tilles des Philistins, ce triom|»lie aux enfants des incirconcis 1
« Montagnes de Gelboé, que la rosée ni la pluie ne viennent jamais sur vous; que vos campagnes soient sli'rib'S , parée (pu* \ii est tombé le liouclier des forts , le l>ou(^lier de Snul , comme si son front n'avait i)as re(;u l'onction de l'huile sainte !
« Jamais la tlèche de Jonathas n'est rovpïiuv h lui sans avoir bu le sang des forts,
EUGIE
sans avoir di' voré leur chair ! Jamais le glaive de Saul n'a fiap[)é de coups inutdes.
« Saiil et Jonathas, dignes d'amour pendant l(îur vie, n'auront pas él('' séparés même dans la mort; eux plus ra(»ides (pie des aigles, j)lus vigom-eux fpie des lions.
« Filles d'Isr.iél , pleurez sur Saiil , qui vous revêtait d'étoiles [)récieuses dans vos fêtes , et (pii donnait h vos parures des Cf>lliers et des bijoux d'or.
« Comment les forts sont-ils tombés dans la bataille ? Jonathas, ô Israël , a été tué sur tes montagnes !
« J(; pleure sur toi . mon frère Jonathas, car tu étais beau et digne d'un^ tendresse qu'on n'aurait même pas pour une éfiousc; comme une mèri; ai(ne son lils unit[ue, voilà connnent je te chérissais.
« Connnent sont tomb -s les braves ? Comment ont été brisées les arub s de notre |»atric ! »
David excellait dans le genre élégiaque : un grand nombre de psaumes exprime la tristesse mêlée d'amoui- et d'espérance , ce qu'on pourrait appeler mélancolie chrétienne, si l'on n'avait tant abusé de ce mot de mélancolie pour ex()rimer le marasnie de l'orgueil impuiss;int et les migraines de la vanité négligée.
Les se))t psaumes de li pénilcnco nous semblent les chcfs-d'(cuvre du genre élégiaque , surtout celui qui est devenu , dans notre liturgie, le cantiipie de la mort, le cii d'angoisse et d'tvspérance qui monte sans cesse vers Dieu du fond des ténèbres de la tombe : De profundis clumavi ad te, Dowinr.
L'élégie peut exprimer des doulmn^s individuelles ou collectives; l'amour de la patrie a aussi ses douleurs comme ses trioe.iphes. Casimir Ddavigne a rajeuni poumons et a introduit dans notre littérature les aniiqiies élégies de .Mes>ène opprimée. X.csMesséniennes con ienncnt des pages de la pins grand(î beauté , surtout celles oii l'auteur s'est inspiré de la poésie des livres saints, et a su donnei" aux regrets de son jeune diacre l'accent des plaintes de Jéréiuie.
KiUro le monl F.van et le cap de Ténnr
l.a mer liaipne les umrs de la Irisle Coron :
(ioroiil nom uiallteureux I non) mo.lerne et harlnrc,
l'",i (|ui de C.olonis iléhona le beau nom.
Les (irees ont loul perdu! la langue de Platon.
I,a palme dos eoml)als, les arLs el leurs merveilles.
Tout! jusipiaux noms divins qui cliarmaicnt nos
[oreilles !
Ces murs liatlus des flols, à demi renversés Par le rlioe des lioulets que Venise a lancés, ('■"est Coron; le Croissant on dopeupla l'eneeinle. 1,0 Tiue y rogne en paix au mihou des tomt)can\. Voyez-vous oes lurlans errer sur les créneaux Du pn>lane oU'udard ipii oliassa la croix sainte Vi'ye/,-\ous dans les airs tldUor les orins mouvants? Kiilondoz-viius au loin la voix de linlidole ()ui se mêle au liruil sourd de la m«»r el des venis? Il veille, *'t le mous4|uet dans ses mains olincello. yu enleiids-je ? c'est le hruil de tlouv rames pareilles Kiiseuddc s'elevani, (omliant d'un môme ofl'ori, yiii \U^ leur oliutr og.de ont frappe mes oreilles. |)o|>onl sur un «'squil, I'omI livi' vers le horil, l'n jeune liomnie, nn rlirelion ^lis>e>ur londoiiMUTe.
EÏ.EGlE
11 remplit dans le temple un humble minislèrê; Ses soins parent l'autel ; debout sur les de2;rés, Il fait fumer l'encens, répond aux mots sacrés. Et présente le vin pendant les saints mystères.
Les rames de sa main s'échappent à la fois ; l'n luth qui les remplace a frémi sous ses doigts. Il chante : ainsi chantaient David et les prophètes. Ainsi, troublant les cœurs des pâles matelots, Un cri sinistre et doux retentit sur les flots Quand l'alcyon gémit au milieu des tempêtes.
Beaux lieux où je n'ose m'asseoir, Pour vous chanter, sur ma nacelle, Au bruit des vagues chaque soir, J'accorde ma lyre lidèle. Et je chante sur nos revers.
Comme les Hébreux dans les fers.
Quand Sion descendit du trône.
Pleuraient au pied des saules verts Prés des fleuves de Babylone.
Mais dans les fers, Seigneur, ils pouvaient l'implorer : Du tombeau de leur père ils parlaient sans alarmes ; Soufl'rant ensemble, ensemble ils pouvaient espérer. 11 leur était permis de confondre leurs larmes; El je m'exile pour pleurer !
Le ministre de la colère Prive la veuve et l'orphelin Du dernier vêlement de lin Qui sert de voile à leur misère.
De nos mains il reprend encor, Comme un vol fait à son trésor.
Un épi glané dans nos plaines, Va nous ne buvons qu'il prix d'or L'eau qui coule de no-. foiiLiiiies.
De l'or! ils l'ont ravi : dans la fureur des Jeux, Du tabernacle en deuil la d<'pr)uille éploree De leurs dés incertains s:)il I oracle honteux Ou brille sur le cou de la meute all<irée Qui chasse le daim devant eux.
0 nature! la voix si chère (iéde a la peur de l'étranger :
Sans afxoiirir pour le venger, Le frère voit frap;)er son frère!
Aux tyrans qu'il n'altcndait pas Le vieillard livr*- b- repas Qu'il a dress«'; pf>ur sa famille.
Kl la mère, au bruil de leurs pas, Maudit la beauUi île sa fille.
Le lé\ile est en proie à biir f<';roeité; ll> llèlri'.senl la (leur de son adole^^cence. Ou si d'iMi saint ronrroiix son c«;iir s'est v/vollé, Cbas:e victime-, il tombe avec son innocence Sous le )»àton ensaiiglanUi.
Les rois, lorsqu'il faut nous dfjfcndre,
Sont avares de leur» MAtlal»;
lis se disputent de. Etats,
Des peuples, des cites en cendre;
El tandis que w»us les couteaux
Le sang r;lirélien, à longs ruisseaux,
Inonde la l/;rre o.i nous s^nnmes.
Comme on partage les troupeau».
Le» roi» m- partagent des honnnes!
Un récil qui s'effaci; ou qu< Ique vain diseonr» A de<, indiffèrent', parlent de fios misères, Annisenl de nos pleurs loisiveu'; des cours; El nou' sommes elirétiens! ei nous avonii dVs frères! Et nous expirons sans »*u;ours !
L'oiwîau de» champs trouve un asile Dans le nid qui lut son bertitan.
Le chevreuil sont un arbrisseau, Dan» un nillon le lièvre agile.
Le ver %<: glisvr dans un huit ,
VlCJtfn"^. t>v Lfi rii! Ml fvr iiuui.
ELEGIE *r;s
I/insecle des bois, quand il fuit, Caché sous la feuille qui tombe.
Echappe au pied qui le poursuit.
Notre asile à nous, c'est la tombe.
Heureux qui meurt chrétien ! Grand Dreu ! leur
[cruauté Veut convertir les cœurs par le fer et la flamme Dans ce temple où les saints prêchaient ta vérité, Où de leurs bouches d'or descendaient dans les âmes L'espérance el la charité.
Sur ce rivage où des idoles S'éleva l'autel réprouvé, Ton culte pur s'est élevé Des semences de leurs paroles.
Mais cet arbre, enfant des déserta, Qui doit ombrager l'univers.
Fleurit pour nous sur des ruines.
Ne produit que des fruits amers Et meurt tranché dans ses racines.
Grand Dieu! la Grèce libre, en ses jours glorieux. N'adorait pas encor ta parole éternelle ; Chrétienne, elle est aux fers, tend ses bras vers les
[cieu\.
Diee pmssant.seul vrai Dieu, feras-tu moins pour clic Que Jupiter et ses faux dieux?
Il chantait, il pleurait, quand, d'une tour voisine Un musulman se lève; il court, il est armé;
Le turban du soldat sur son mousquet s'incline
L'étineelle jaillit, le salpêtre a fumé ;
L'air silfle, un cri s'entend... l'hymne pieux expire.
Ce cri... qui l'a poussé? vient-il de ton esquif?
Est-ce toi qui geinis, lévite, est-ce ta lyre
Qui roule de tes mains avec ce bruil plaintif?
Mais de la nuit dc-jà tombait le voile sombre; La barque, s'i'garant sous un épais brouillard, El sans rame et sans guide errait comme au hasard : Elle resta muette et disparut dans l'ombre.
La nuit fut orageuse; aux premiers feux du jour, Du golfe avec terrour mesurant l'étendue, Un vieillard al tendait seul au |iied de la tour. Sous des flocons d'écume un Inlh frappe sa vue. \'i\ luth qu un plondt mortel semhb; avoir traversé. Qui n'a plus qu'une corde à moitié détendue. Humide el rouge encor d'un sang presque effacé.
Il court vers ce ilébris, il se baisse, il le tourbe. D'un frisson doiiloHrenx soudain sou corps frémit : Vers Ils murs de Coron il jette un <i'il farouche. Veut crier... la menace expire dans sa IxMjche, Il tremble a lenr aspect, se détourne et gémit.
Mais du poids qui l'oppresse enfin son cœur se lasse.
Il fuit les yeux cruels qui gênent ses douleurs.
Et regardant les rieiix stiils li-moiiis de ses pleurs.
Le long des flots bruyants il miirmnre à voix basse :
Je t'attendais hier, je t'attendis longleinns;
Tu ne reviendras plus, et c'est toi qui m attends.
C'fist au genre de l'él(''gic pnlrioliqne qu'il faut r.'ip|>ort('r ccl ndniir.jlilc ps.uitnccxxxvi, «lu'on a (;ssay<'! tant do lois do l'aire passer dans notre l.iiif^ue. (îodeau, ('^vtVpicdo Vence, LeCrme de Pom(»i^iian , MallibUrc, M. do, Marecliiis , M. Cli.iijcs Lojsoii , M. Alexaniln- (iiiilli-initi el l)eaii(oij|» d'autres ont essaya', de Iradiilir; ci', elianl de doiiliMir qu'on f;Al<! loiijoin-.s «'ii le paiapliiasatit. Il l'aiidrait ^ardi-r, inAiiie en vers IVarieais, cctic h.irnio'iiciise siMiidJcil/: : Supir fliiminn Htihifloriis, Hlic sr.ilitnus, it /letimus ruin rcrordnnmiir Sion.
La Iradiiclion de M. (Iodeau coiniiMiif;*.' ])!\v ces vers ;
130 EI.Er.iE
Assis snries Imnls do l'Kiiplir.ilo, Pont lo fier cl nipidc cours Haigm- les orgiioilItMisos loiirs De qui Hal)yloiic so nalto.
Les trois prcniiors vors soiU beaux; mais que nous imporlont ici le lier et rapide rours <le l'Euphrat(> , et les orgueilleuses tours de Bahylonc? Kst-co que nous avons le loisir do songer h tout cela ? Cum rccordarcmur Sion !
MainiAtre commence ainsi :
Assis snr les Imrds de l'Euphrate , Tn tendre souvenir redoublait nos douleurs ; Nous songions ii Sion sur celle terre ingrate, El nos yeux, malgré nous, laissaientcoiiler despleurs.
C'est déjà plus simple ; mais pourquoi la terre des borcisde rEu|»hralc est-elle ingrate si ce n'est pour rimer et ne |)as ôtre disparate? Pourquoi nos yeux laissaient-ils rouler (les. pleurs malgré nous ? Le texte ne dit pas cela. C'est peut-être parce qu'il eût mieux valu cacher ses regrets à l'orgueil des vainqueurs? Pourquoi, [)uisquc ces vainqueurs demandaient do la musique et de la joie ? Il }• avait alors du courage dans les larmes.
Essayons de traduire plus simplement et I)lus exactement : [leiit-étre arriverons-nous à bien faire. Nos deux premiers vers sont tout faits dans le texte.
Près des fleuves de Babylone, Nous nous sommes assis cl nous avons pleure.
Mais nous vi.ici arrêté tout court par la rime. Madame Pernelle, dans Molière, est la seule (pii soit parvenue à rimer richement avec Babylone.
Et c'e 4 précisément la tour de Babylone, Car cliacun y babille cl loul le long de l'aune.
Or, nous n'avons que faire ici des rimes de madame Pernelle , et nous voilà forcé , si nous voulons conserver notre premier vers, de cheviller un trùno ou de faire intervenir une zone (pielconque. Changeons donc le premier vers :
A Babylone, au bord des fleuves.
Nous nous somme? assis et nous avons pleuré, Suspendant nos cilhares veuves Au\ brandie^, du saule éploré.
La rime nous a forcé encore d'ajoufor deux épithèles; mais l'une <lo ces épithètes ex[trime une méta|)hore assez juste : la ritjjare est enquehiue sorte l'épouse du chant, qu'elle accompagne et ((u'ellc» embellit. On peut donc dire (pi'elle est veuve lors(prelle est privi'-e du chaut (pii la rendait fiTonde en accords. La seconde épilhùtc fait image et caractérise lo saule. Fort bien donc : reprenons et continuons :
A Baliylone, au i)ord des fleuves, Nous MOUS sonniii-s assis, et nous avons pleuré, Susp^Mid.nit nos eiliiares veuves Aux branclicâ du saule éploré.
Nous songions à la cité sainte, El nos v-tinqueiirs disaieiU : Sur des airs do rli.inson Chantez nous votre çloire éteinte l'i les canli(|ues de bion.
EI.EGJE
Hélas ! sur la terre étrangère (.omment tbanterons nous les hymnes ilu Seigneur! 0 Jérusalem ! ô ma mère !
Si je l'elTaee de mon cœur.
Que ma mam tomhc desséchée !
Si lu n'es le premier, le seul de mes amour';. Qu'au palais nia lanirue aUa<Ii(>i> Ueste muetie pour toujours!
Seigneur, au jour de la justice Souviens-toi de nos pleurs et des cnTants d'Edoni Qui criaient : Qu'on raneanliss.% Qu'on efl'ace jusqu'à son nom !
Babylone, ah ! fiHe Insolenlc, Heureux qui te paîra tes crimes triomphants! Heureux , sur la pierre sanglante.
Qui pourra broyer les enfants!
Nous ne terminerons pas cet article sur l'élégie sans rendre compte d'un charmant recueil de poésies que nous aimons à citer souvent, et qui a été publié à Paris en 183.'i. sous le titre d'Elégies chréliennes , par madrmoiselle Angélique Gordon , de Pons (Charente-Inférieure). Nous regrettons que cette demoiselle , fort Agée sans doute maintenant , si elle vit encore , n'ait pas conserve les grâces modestes de l'anonyme qui donnait tant de charmes à la première éuition de ses œuvres intitulées : Essais poétiques d' une jeune solitaire. Cette muse inconnue et si chrétienne se révélait alors par un parfum semblable à celui de la violette qui se cache; c'était beaucoup plus qu'une muse, c'était une virginité de talent et de vertu : aussi a-t-O'i parlé beaucoup de la jeune solitaire et très-peu de mademoiselle Angélique Gordon.
Ses élégies n'en sont pas moins pleines do cnarmes, surtout la première, «pii seule peutêtre dans son recueil appartient réellement et seulement au genre de l'élégie : car, sous ce titre , mademoiselle Gordon a réuni des balhules, des cantiques, des gloses, des dialogues et des chansons spirituelles. Nous en avons déjà cité plusieurs aux articles Ballade et Chanson. {Votj. ces articles.)
Toutefois nous ne saurions disconvenir que l'ensemble de ses poésies n'appart'enno au g(>nre élégiaque, tant par les sentimenis doux et tristes (ju'on y sent partout dominer, que par la pureté et la simplicité touchantes du stvle. Voici (iucl([ues-unes de ces pièces :
Saint Augustin pleurant son ami.
SUKT.
Saint Augustin a décrit l'amitié comme il l'a sentie, d'abord avec la véhémence d'un homme qui n'était pas encore chrétien , et (jui s'attachait ;;ux objets passagers aussi ardemment (pie s'ils avaient dil être éternc's ; puis,avt>c cette sensibilité profonde, mais calme , d'un cœur so idement alVernii en Dieu, et sur de retrouver au sein du l'èio céleste les objets de son attachement sur la terre.
J'ai réuni dans les vers suivants les regrets de saint Augustin sur son ami de Thagaste , et ses espérances après la mort du vertueux Nébride.
iG\
ELEGIE
i:i.F.GIE
4fi2
«Tout ce que je voyais me semblait l;i Oh ! que no puis-j(î;\ii niion rendre aussi la liiMiiOie...
mort Je haïssais toutes ces choses qui Qu'.ii-je dii?... je nmnnuie... Ali', paiilonae, ô mon
ne pouvaie'ît plus me dire : Leroict.' comme ,. i • • ., ■ , , ,. LI^'^'"'
eJlesmeledsaientdurantsavie,lorsqu'il était >o"d;ais-je 1 arracher au charme de ce lieu
„.„ t T,^ „„ „■ ^,\ „^^r.c^r. ,^r^r^ \,^^,. . Oii Ics olcurs 3 lamais fui rou t uolrc Daupicrc ( 1 ) ?
aosent. ... Je ne savais ou reposer monûme ; a,,, J, a.nour au ciel ne sVst point affaibli; rien ne lui plaisait plus, m les riants bos- l^ lerre des saints qu'il habile
quels, ni les jeux, ni les chants, ni les lieux «'est point une lerre d'oubli,
les plus agréables, ni les festins, ni la lecture Comme ce triste monde où ma douleur s'agit<^.
ni la poésie. » [Confess. liv. IV , ch. 4 et 7.) Oui, qu'un doux souvenir m'unisse encore à toi,
«Maintenant, heureux, pour toujours , il Qui puises le bonheur à la source sacrée!
puise à la source spirituelle , et boit la sa- Jourrais-tu m'oublier, quand ton âme enivrée
gesse avec avidité; mais je ne puis l'en ^e pénètre d un Dieu qui se souvient de moi? croire assez enivré pour m'oublier, puisque Soupirs cCEthelgive.
vous, ô mo'i Dieu , qui l'abreuvez jie votre Succombant aux ennuis d'une pénible veille,
essencemême, vous vous souvenez de moi. » ei donnant une trêve à ses longs déplaisii;, (Lib. I.X, en. 3.) , . 1, . Ma inère enfin légèrement sommeille,
AjOitons à ces passages celui d un pane- Je puis exhaler mes soupirs....
gyrique de saint Victor, par saint Bernard : Aide mes pas tremblants, ô ma douce compagne !
« Victor nage dans un océan de d lices ; Je veux à la nature adresser mes aJijux.
mais il s'occupe encore de nous. La terre Le sjleil disparait au bas de la montagne,
des saints qu'il habite n'est point une terre L'et^'^'t i|e ses rayons ne blesse plus mes yeux;
doubli. Le ciel ne refroidit point les cœurs ; Ji" souine pa:luuie rafraîchit la campagne,
il les rend, au contraire , et plus tendres et Toutrena.t Seule, helas! je languis en ces l.ci.x.
plus compatissants ; il communique une
nouvelle activité à leurs affections.» [Tra- Adieu, vallon témoin des jeux de mon enfance!
duction de Godescard.) ^ Tu me vis croître avec les arbrisseaux :
r. , , , . ... Quand 1 aquilon viendra dépouiller les berceaux,
Quels songes douloureux agitent mon sommeil!... U jj„j,.3 ^^^^ existence
Jai vu son œil mourant me regarder encore ; gon haleine glacée a llélri mes couleurs :
I vivait, et pour nous allait briller l aurore... J^^^^ ,^,,,5 ,^| frimas périt la seii.itive
Les élans de 1 esp.jir ont presse nion réveil. „ ,(,,1^^ n,c, jours....: et la pauvre Elhel-ivc
Séduisante et vaine espérance, IS-^^.^^ ,,i,., ^ ,^,i, ,.„ ,^ ..^j^^j^ ,,^^^^ i,^.^„.^
Tu rends mes tourments plus aigus : L'automne, qui s'enfuit dans sa course rapide,
J appelle rnon ami, je cherche sa présence : ^^ 1^ reverra plus pies du ruisseau limi.i.lc
Helas : je ne le verrai plus ! ,{,j,„ ,;,.„ ,j„^. [^,j,„î,i^ ^^„^^ p„urquoi t'ii-je quitte?
Comme le lis de la vallée [i),
; ' , ■ ■ , ■ ',. ■ : ■ , •. * ■ ■. ■ .' o' Tendre lleur, des champs exilée,
LfMjutez.. Jusqn a moi quel long soupir arrive? j .,i rcj,contré la mort au sein de la cité!.... hst-ce lui? SOS acœnts me sont si bien connus!
.Malheureux! je lui prèle une oreille attentive :
li;ijs! jene l'entendrai plus! De crainte et de plaisir comliien j'étais émue,
Mais l'aube matinale a chas«- les ténèbres ; \f ^V"'"" "'! .'^ '""'"'•?' «l.^';'"^ ^^^'^^ •'"''^•i/s,
Lnc p.'.le lueur vient éclairer ces lie<ix ; *?"" '^l"-oiin.-re fois vint éblouir ma vue !
Les objets qui frappent mes yeux '^'' ' 'l''"" """"^""^ *^ ''''''''' '" '' '.'^"^'^ *^« '^^g'^ls '
lUpp*il!,;nt a mon cœur des souvenirs funèbr.-s. „• .' .'^^'«'"■'' •'^"B"^''- "" ^<"'veraine, »
C'est la qu'un doux repos suspendait ses douleurs. '*'.V •,'* ""'' ^7"','"' "" '""'''" ^ ''".'''» '^'i"" i
U livre a nos loisir, prêta s.)uvent des charmes : ' •^'^'''V-'' "*' '''■;'■"'" '"'' '"•"■^. ""V""' f"'"'"^'
Uuan.J réciivaiii louchant faisait couler nos larmes, , ' ^''\ ","" '''■"'•■ '""} ""''''' ''<•""•"" .>
Thagaste e.ssuvait mes pleurs. Insens.-s . ils juraiml, dans l.-nr délire extrême,
O.mbien lu nous plaidais, divine poésie, , "^' ''"' ''''"«Ire un nilie iminoi U'I !
-Mai» c/.mbicn mes sanglots sont am.-rs aujourd'hui ! '''' ^'•••^-"•'"t <1'' «on roue entendu ce daspheme ;
Je suis S..-.I1, .1 sa main chérie ^"" '"''i?"'"^'' ''-•uversa 1 idole et .son autel
N'cMuiera pas les pleurs que je ver.se pour lui.
A ma douleur vive el profonde J •'' '-'"K"'. J"='" soiilTerl, du monde abandonnée ;
0-rinqK>rle l'ombre de ces bois, " ^^'^l <raiiit prés de moi de gagner mon ennui; r,e parfum <le <vh fleurs el la frab.heiir de l'ond •, ^^'\ folâtrant il s'est enlui
ht le touchant concert des lyres et des voix !... Loin de; sa niiie infortunée.
Milheureux ! je suis s<ul au monde, '*•'"'» '•"'' <:«i«h;s brillants, hélas! qui songe à moi?
L'imaee lU- la mort est U»ul c<; que je vois. •-•'^ mondains si flatteurs, si légers, si volages
QiianJil vivait, cfseaux, c.«;h Heurn, ce rocher même, ^ •''"'' objets nouveaux prodiguent btiirs hommages.
Tout disait à mes yeux ému* : Le plaisir est leur dieu, l'egoisine est leur loi
* Vous alb-z \k revoir. » Le voir, pi lisir extrême ! Jam.iis de-, cjurs si froids ei des âmes si vaines
Hélas! rien ne me le dit plus. buis la douleur d'autrui ik; lurent de inoilie;
(\ .. r.. r. ;,..!, I •.-i •• . . Ji' n'ai, roiniiie Jesii», pour lemoiii de mes p.'incs,
0 mon bien ! prends p.iie des p-mes que j e„ !u, e ! y,,^ ,..;„,„„r malcrnol et la tendre ainiti.......
.\ nos maux lu «ai-, compatir :
Km révélant notre natiiM;
Tu voulus appreinlre à Houn'iir(l), Quoi ! j'ose à vos lourmentscomparer mes soiifliann-s,
El, V)us les inurt de. lii-tlianie. Vous qui pour mes |»eehés êtes mort sur la croix !
Quand La /.are au lombeau repos lil endormi, 0 imui bii-u ! (tardonne/, : jai niérih' cent fuis
iSien »Cir de lui rendre la vie. Le (liàliineiit de mes oll'en.ses.
Tu daignas pleurer ton ami. ,, . . , .., „
(I) Apocalypse, ch. vil, v. 17. Kor/rz aussi l^aie, rh. XXV, v. K.
{i) Cantique des cantiques, ch. ii, v. 1 et 2.
Il Ei-ltre de saint l'aiil aux Hébreux , lU. iv, 1.'.
FLFGIE
ELEGIE
:Gi
l'no VApoiir liriiliïiilo nvail s«*(liiil mon rofiir, Jo m'cgir.iis dans une nuit profonde;
Vous, ponr mo dclachor du monde, Vous in"a\e7, envoyé l'ange de la doidonr. Je m'unis à vos maux, j'acccplc ce calice; Mais lorsque mes regards se détournent des cicuv. Je vois ma mère, liélas! prosente à mon supplice,
El des larmes bnigncnl mes yeux
Toi, qu'un si doux lien unissait à ma vie,
Toi qui partageais tout, mes peines, mes plaisirs,
Isanre, ô ma fidèle amie.
Quand je ne serai plus, réprime tes soupirs ;
Ah! console ma pauvre mère !
Qu'elle retrouve en toi mes soins et mon amour. En précédant vos pas dans l'éternel séjour, Pour vous sans cesse à Dieu j'offrirai ma prière...
Pensive, à l'heure de partir, .Ma raison s'agrandit dans cette solitude ; Jai sur le monde appris à réfléchir :
il cause mon in(iui('(ude;
Pourquoi jamais ne l'ai-je combattu?
Pour hii mon jeune cœur, timide, ardent, sincère,
S'ouvrit au vif désir de plaire; Il eût pour lui ptMil-clre oublié la vertu.
Si ce cœur, innocent encore, Contre un sévère honneur ne se reproche rien. Hélas! je le sens trop, c'est un grand mal, Isaure,
De n'avoii jamais fait le bien (1) !....
La fleur s'épanouit ; le vent du soir l'effeuille, Kl disperse au hasard ses parfums dans les airs (2), Qu'importe à cette fleur la ville ou les déserts. Qu'un insecte la ronge, ou qu'un prince la cueille? L'esprit n'habite point son calice embaume;
Llle tombe sur la |x)ussière Sans avoir rien senti, sans avoir rien aimt'. Sans rendre comple au ciel de s\ vie épliémèrc. Deux malins j'ai l)rill('' comme la jeune Heur;
Mais une àme, ardente elincello.
Animait de ses feux ma dépouille mortelle, Et le souille de Dieu faisait battre nion cœur
Devant ce Dieu bienlôl b tremblante Ethclgive
tiendra coiiqtte de ses talents, Et du frivole euqtloi des précieux instants
D'une exisleiice fugitive.
Econome iulidèle, ai-je fait prospérer
Les bienfaits de mon divin in.iilre?
Elail-C;' pour briller ipi'il m'av.iit d(mué l'elre?
Non, non, c'était pour l'adorer
S'il me rendait ces milliers d'heures Q le je pro liguai foll'ineni,
>'en voudrais employer ju>qn au moindre monu^nt
Connue uu ange renq)loie aux célestes deujcures...
U abri'ge ma vie : est-ce pour me punir?
Nod; mais sou cril sublime a perci* l'avenir : Dès l'aurore Je ma jeunesse Il m'appelle ; et ce Dieu d'amour Daigne éjtargner à ma faildesse La chaleur et le poids di. jour.
L' liUinditisc à Raijnères.
Sur ce rocher nmusscux, au bord du précipice Où le Gave ('cumanl tondie, et roule en courroux. l»es jours de l'auntié faison-. le sacrili< e : Ils ne reuailrunt plus pour nous.
(I) Lettre de saint François do Snlea.
'i) Fui en many llower is lK>ru to blush uns And vvaslc ils sweelness ou tbe drserl air. ^r.Rw's I Ifijij on n Countrij C.lturcli) nul.)
.Aux rives du Gardon le devoir vous rappelle, l/aube fuit, et déjà l'horizon étincelle, D'Ellinor a jamais il faut vous sé|»arer. Vers l'automne, en ce lieu vous reviendrez encore. Vous reverrez ce tertre, et le Gave, et l'aurore,
Mais vous serez seule à pleurer.
Ne cherchez pas, ô bonne Hélène,
A me dérober vos douleurs :
Sur mon front pâlissant vous lisez que je meurs :
Ah ! je savais ma fin prochaine.
Des plantes et des eaux les secrètes vertus
Ont prolongé mes jours, mais ne m'ont point guérie.
Je m'éteins lentement Non, mes yeux abattus
Ne reverront jamais le ciel de ma patrie.
Heau lac de Killarney, torrents, voûtes des bois, Pittoresque séjour où croissait mon enfance. Je vous ai dit adieu pour la dernière fois Ellinor dormira sous le gazon de France.
La France ! déjà je l'aimais ;
Hélène me la rendait chère :
Ponvais-je rester étrangère
A ce pays charmant auquel je vous devais?
Mais, et le ntonde et vous, tout va donc disparaître î Le sort, toujours constant à me persécuter,
Ne m'a permis de vous ctmnailre.
Hélas! que pour vous regretter
Je cherchais à la fois un cœur qui sût m'enlendre f Des talents distingués, de louchantes vertus
Lasse de mes vœux superflus.
Au bonheur, ici-bas, je n'osais plus m'attendre. L'espoir d'un bien si doux me seniljbut une erreur
Que la rais<^n devait combattre :
Enfin, j'ai rencontré ce cœur.
Mais le mien va cesser de battre.
A l'aspect du btudieur il s'était ranimé :
Pourquoi faut-il que je vous quitte!
Pourquoi tiut-il briser si vile
Vn lien à peine formé !
Qu'elle est récente la journée
Où, près d'Ellinor amenée.
Sur ce rocher mousseux Hélène vint s'asseoir!.. Des oiseaux gazouillaient sous l'aile de leur mèrer Us inclinaient du saule une branche légère,
Dercés par la brise du soir.
Vers le mouvant rameau votre main étendue
Cherchait en vain à le saisir :
Et moi, je l'atteignis, trembl.nte de plaisir, Ma\s le nid s't'cbappa de ma main trop émue ; Le (iave le reçut dans ses rapides eaux, Lt vos veux attristés suivirent les oiseaux
Jus(|u'au moment de leur nft.ifrage...
De notre sori, Hélène, ah ! c'était le présage? Je suis le p.iuvie oiseau qui, iln nid maternel.
Ksi loinlM' dans I luiile agilee;
Par les Ilots longtemps ballolée,
J«; tlescends au gouffre ét4»rneU..
Qu'ai-je dit? oli ! non, chère Hélène, La Itunbe ouvi^rle sous mes pas
Pour luie etei uite ne se feru\era p.is :
J'enq»orte en expirant 1 espoir dune chrétienne...
Si le fleuve des ans nous entraine au cercueil. L'âme, in\incibli> passagère.
Echappe à ce naufrage, et, dans les bras d'un père Sejfiie an sortir de l'ecueil.
Vers le port du salut à mon tour je m'élance.
Si le ciel m'eût encore aceordt" de longs jours, N'aura;»-je pas quille la France, El peut-être, helas! pour toujours?
Je p;.rs : la mort n'est qu'une absence, Df)nl les inslints seront bien courts Vous, (("li restez sur le rivage,
Quan I le soir \olre ctrur offrira son hommage
ELEGIE
ELOQIENCE
A notre Dieu crucifié, Priez pour Ellinor.... A la céleste voûlo Voire ange protecteur m'apportera s ms doute,
Le souvenir de l'amitié.
L'nj'our ce messager, dans son élan rapide. N'arrivera pas seul au parvis du saint lieu : Un autre ange stiivra l'aimable et tendre guide... Jusqu'à cet heureux jour, Hélène ! Hélène ! adieu !
9 décembre 1831.
La petite œuvre des Savoyards à Bordeaux.
SLJET.
Depuis que la hache révolutionnaire avait abattu le vénérable abbé de Fénelon, c'està-dire, depuis 179i, les pauvres enfants de la Savoie étaient abandonnés. Le vertueux abbé Legris-Duval, aidé de quelques bons j<'unes gens, releva l'œuvre des Savova:dsà Paris en 1816.
Une petite œuvre se forma sur ce modèle h Bordeaux en 1818. C'est dans louvrage (1) de M. Adrien Dupuch qu'il faut lire les touchants détails qui la concernent; et c'est à IJordeaux même qu'il faut voir tout ce qu'il y a d'intéressant, de gracieux, d'aimable, tout ce qu'il y a de piété, de charité ingénieuse dans cette association d'enfants de 7 h 12 ans qui protègent les pauvres émigrés (les montagnes. A diverses époques , une messe est dite à la chapelle des Savoyards pour les protecteurs et pour les protégés. Les Trésoriers apportent les recettes produites par la souscription d'un sou j)ar mois de la part des associés, et les dons qu'ils ont recueillis dans leurs familles ou chez leurs amis. Des ressources si faibles en apparence ont suffi à tous les besoins de cette noire famille.
M. labbé Dupuch m'ayanl detnandé quel- (pjes vers |»our son Kssai sur les Savoyards, 1; morceau suivant a été inséré dans son ouvrage.
.Non, Dieu ne veut priinl qu'il périsse l.'iMifanl quf sur nos bords ramènent les liivcrs. Donnez au S.ivovar.l, et t\w Dieu \ous iiénissc ;
.jue les d'eux pour vous sou,'iil ouverts !
(Juand la saison de la teiiiiMlie D 1 foyer paternel a press<: son départ, «.unime l'Enfant di\iM, le |»clil Savoyard
.N'a pas ou reposer sa l^.e.
l'oivau retrouve un /lid sons lulni d'un vieux toit, J-i; renard, son terrier caché dans la campagne,
Et nul asile ne re<;oit
Le pauvre enfajil de la montagne, l'ourt.inl, hou» des hunheanx dé/ianl h-s frimas, Il jellc vers le ciel un regard d'cspér.-.n* e ;
f)éj,t les ciOls de la Kran( e Ont offert a .v;s yeux leur luxe «t hiir fracas....
Mai» il succombe a la souffrance.
Kl la faim rahntit se» pas.
Non, Dieu ne veut |)oml qu'il périss<', f-nfanl que sur um IkmJs raiiKurnl b-s Iii\«;rs • Donnez au Savoyard, et que Di<u vous bénisw,
Que Icscie.ux (wjur vous v»ienl ouverts !
• Mon fiU ! » (lil un vieilLinl au v(.v.4g..|ir novice, « Ne prends j»as conv'il delà laim;
« l(i'|MiU'sv le pol^oll rpie l'organe du vire « Te propose en l'onranl du pain
H) Httai »ur l'(M-:unre (h» l'rlili, SaroijuriU, l \„l M» », a Bordeaux, «liez les principaux libraire».
i L'ange qui, plein d'amour, te garde sous ses ailes , « Klcve un regard pur vers le maître des cieux, I M voit à chaque instant les splendeurs éternelles :
€ Ne lui fais pas baisser les yeux.
* Ah ! demeure innocent conmie auprès de ta mère, t Laissa au crime son or, et garde la misère..
« Mais, hélas ! je te vois pâlir :
« Tes genoux ont fléchi, ta voix est oppressée, < Toa fronl s'est appuyé sur la pierre glacée,
« Pauvre petit, vas-tu mourir?
« Non, Dieu ne veut poinl qu'il périsse « L'enfant que sur nos bonis ramèncm les hivers : « Donnez au Savoyard^el que.Dieu vous bénisse,
« Que les cieux pour vous soient ouverts '
t Cesse, ô mon fils ! la plainte amèrc;
< Lève-loi, ne l'alllige plus :
• Voici les anges de la terre,
« Les enfants aimés de Jésus.
« Vers toi l'Enfanl-Dieu les envoie ;
< Les transports d'une sainte joie
« Eclatent dans leur doux regard;
« De charité leur cœur palpite,
« El c'est à qui sera plus vite
« Auprès du pauvre Savoyard.
c De leur main bienfaisante et pure
« Tu peux recevoir sans danger
i L'indispensable nourriture
« Qu'elle apporte au jeune étranger, i •
Non, Dieu ne veut poinl qu'il périsse L'enfanl que sur nos bords ramènent les hivers; Donnez au Savoyard, et que Dieu vous bénisse ;
Que les cieux pour vous soient ouverts !
Aimables bienfaiteurs, quel sort pour vous s'apprête ! Ln jour le Koi des rois actiuillera la dette
Des Savoyards reconnaissants ;
Et, devant tous les chœurs des anges,
Jésus, répéta ni vos louanges,
Vous dira ces mois si louchanls :
c Venez, les bénis de mon Père!
« J'étais pauvre et mourant de faim :
« Vous m'avez nourri sur la terre,
€ Venez à l'éternel festin! •
9 août 1832.
ELOCLTION. iloj/. Styli:,)
KLOQL'KNC^K. — Nous avons |)cu à nous occufier ici des préce|)tes de rélo(|uence en général, qui se trouvent dans toutes les rhétoriques ; (piant à l'éloipience de la chaire, il ne nous apjiartient pas d'en pailcr apiès Fénelon, et jiour le rcsK; /lous renvoyons nos h'cteiHs au Dictionnaire d'h'ltx/nmce rcliyieusp, rpii f.ijt partii! de celle Kncyclopédic.
L'abbé S,-ib;iti(;r de Castres, dans son Dictionnaire de litiératitre, a fait sur l'éloquence! lie la chaire un fort bon article, qiK; nous nous bornerons à transcrire tout sijii|ilemenl ici.
L'espèce d'éhxiuenre consacrée à la religion se [iropose d'instruire les hommes des vérités <}ue Dieu a révélées à sou l-lgli.se. Kilo embrasse le dogme et l.i morale, c'esl-h-diro les mvslères et auti<;.s vérités spécnlaliv(;.s dont la connaissance e>l nécessaire! an salut, les vertus chrétiennes et toutes les véntéi dr; |)ratique (pji lend(!nl b la sanctilicalionde l'homme; el, piir um(! eonséfjueiice néc(!SsHir<!, elli! s'allaclie à combattre les erreurs opposées h ces vérités, el h déraciner l<!s vice» coiilfuires k ce» vertus. Ses deiii princi-
467 eloq; k.nœ
|x»n\ devoirs sont donc d'écltirer l'esprit ot do trioiupher dos résistances du cœ :r.
î/éludc des livres saints et celle des Pures doivent ôtrc l'étude capitale d'un orateur ciirétien. C'est dans ces sources qu'il puisera les principes du dogme et de la morale, les autorités propres h appuyer ses raisonnemonts, ot l'uniipie fonds des vérités qtrii entreprend d'expliquer et de développer. La théoloi^ie et Ihistoire ecclésiasti(iue ne lui '•oiveni pas élre moins familières, soit pour distinguer exactement ce (pii est de foi davec ce(pii n'est que d'opinion, soit pour établir la religion par des faits ; méthode que Dieu lui-même nous a tracée dans les Ecritures. A ces connaissances qui, pour le dire en passant, ne font point d'un prédicateur un homme aussi superficiel (fue l'imaginent certains esprits, ajoutons les secours qu'il peut tirer de l'ékxpience humaine, non [)0ur s'attirer une vaine réputation in ligne de son ministère, mais pour ne pas rendre ce même ministère méprisable aux hommes pnr une négligence qu'on regarde faussement comme une perfection.
C'est en elfet une erreur démontrée par le raisonnement et par rex[)érionce, que la [parole de Dieu doit être annoncée sans art et sans ornement. On croit avoir foudroyé l'éloquence, ([uand on n'exige d'un prédicateur que la sim|)licité apostolirpie, et quand on allègue ce mot de saint Paul, que la prédication ne doit point être fondée sur les discours j/crsuasifs de In sagesse humaine. L'apôtre a voulu dire seulement qu(^ la conversion d'-s peuples et l'établisscnnent de l'Ejlise n'étaient [)oint dus aux raisoniK in;'nts et aux discfiurs persuasifs des hommes, mais à la vertu de la croix, et que les apôtres ne faisaient I as dépendre l'efùcace de 'a [)arnledes urA(3es du langage auxquelles s'attachaient les orateurs païens. Mais si l'élo pience consiste [irincipalement h eonvainci-e et à toucher, saint P ul lui-même n'a-t-il p-as été très-éloquent? Ses raisonnements dans ses E[>îtres ai!x Koinainset aux Hébreux ne sontils pas serrée, subtils et profonds? Ses discours devant Félix et en présence de l'Aréopage ne sont-ils pas forts et véhéments? Kt «jnelle idée les Lycaoniens n'eurenl-i!s |'as de son élo pKMice, lors pi'ils le |)rirent jiour un autre Mercure, qu'ils regardaient comme le dieu de l'élorpumce!
(Quelques auteurs modernes ont pensé (]uc l'étude de la rhétorique et la lecture des anr.iens orateurs profuics n'étaient d'aucnnie utilité [)our l'éloipicnce d(^ la chaire, |iaree que c'était un genre nouveau, inconnu aux anciens, qui ne s'étaient appliipiés h former des orateurs que pour la tribune et le barreau. Mais il s»nnble que ces auteurs ont confondu le fond de l'éUxinonce avec lafi>rm<> qu'on [)eut lui donner. Il est évident (pi'on n'ira point chercher des modèles de sermons dans Cicérou ni dans DéMiinsthènes ; mais on y trouvera sûrement de l'ordre, de la V(>hémence, des agréments, (pii rontribuent à la pfTsuasion. Ce sont des couleurs applicables h toutes sortes d'objets : il ne s'agit que
FLOQUENCE 4fi8
de les employer habilement. La nécessité d instruire, de toucher et de plaire, est indis[)ensnble h l'orateur chrétien comme à l'orateur profane. La persuasion est également le but de l'un et de l'autre; les moyens leur sont communs: toute la différence n'est rjue dans les sujets ; l'art de les traiter est, (ja is le fond, 5 peu près le même.
Et) supposant ce principe, dont le développement serait inutile, nous ne craindrons p.'.s de définir lélfxfuence (le la chaire, comme Cicéron a (picique part délini l'éloquence en généial : Hoc est propriuni oraloris, orntio gravis et ornnta, et hominum sensibus accommodaln (De Oral. liv. i). Ainsi, par appl cation, l'éloquence de la chaire sera le talent de persuasler, en parlant des matières de la religion d'une manière grave, ornée, proportionnée h l'intelligence et aux dispositions d(.'s auditeurs. Dès qu'elle sera grave, elle aura toute la bienséance et la majesté convenables h l'importance des sujets qu'elle traite. Proportionnée à l'intelligence des auditeurs, elle ne laissera rien h désirer pour leur instruction, et ne craindra p.as de s'avilir en descendant jusqu'à eux. Ornée, mais avec la retenue qui convient h la religion, elle invitera les auditeurs, par l'attrait d'un plaisir innocent, h mieux goCiter la vérité. Enfui, si elle sait tirer parti de leurs dispositions, les remuer à projjos pour leur faire pratiquer le bien et fuir le mal, n'auia-t-e le pas rem[)li son i)rincij)al objet, qui est d'incliner ou de vaincre la volonté? Saint Augustin n'en avait point d'autre idée, quand, a|)pli(piant à l'élO(juencc chrétienne ce tjue Cicérou avait dit de l'orateur, il ajoute (jue la [-.rédicaiion a trois fins : que la vérité soit connue, quelle soit écoutée avec plaisir cl qu'elle louche les cœurs [DeDoct. Christ., Lv. iv).
Quoiipiecc soient lîi, en général, les trois prin(npaux devoirs de l'orateur chrétien ainsi que de l'orateur profane, et (jue. pour arriver à son but, l'un doive comme l'autre connaître et employer les trois genres d'éloquence, toutes les matières qui sont du ressort de la chaire ne sont cependant pas égahniient suscef>liblcs de tous ces genres : tous les sujets ne doivent pas être traités du mênie ton. Les vérités spéculatives se contentent d'une expo'ilion simple et «.le raisonnements solides; les vérités pratiques demandunt |)lus di' véhémence et de feu; les exem|)les (pi'on propose h imitiT vendent des couleurs attrayantes. Ce (pi'on annonce îi des auditeurs ign<)ranls ou grossiers exige des détails plus approfondis et moins de supjiositioiis (pie ce (pi'on prononce devant un auditoire éclairé. Enfin il est des pièces d'élo(|uence destinées, vn c( rtaincs occasions, h annoncer dos événtnuenls inliTOssants, et h exciter, h hnir occasion, la piété des peuples. C'est h qm-l- (pi'uno de ces dilTiTiniles ciasses qu'on |)eut rap[)orler les homélies ou prônes, les sernirms de mystères et de morale, les panégyri(pies et oraisons funèbres, les conférences et les inand(niients des ('vêcpies. I,a tlu-orio (pir nous iioui. prottosons d'établir ne sera
ELOQLElNCE
ELOQLLACE
que d'après les exemples et la pratique des plus grands orateurs.
« Les sermons de saint Augustin, dit M. do Flourv, dans son livre des Mœurs des chrétiens, sont les plus simples de ses ouvrages, parce qu'il prêchait dans une petite ville à des mariniers, des laboureurs, des marci'ands. Au contraire, saint Cyprien, saint Ambroise, saint Léon, qui prêchaient dans (le grandes villes, parlent avec beaucoup plus <le pompe et avec plus d'ornement; mais leurs styles sont diflférents, suivant le génie
]»articulier et le goût de leur siècle Les
ruvrag^s des Pères grecs sont la plupart solides et agréables. Saint Grégoire de Nazianze « st sublime, et son style travaillé. SaintChrysostorae me paraît le modèle achevé d"un {trédicateur, etc. »
Ce portrait de l'éloquence des Pèresju>tifie sensiblement ce que nous avons avancé, <pie l'élo(iuence de la chaire doit être grave, orîiée en certaines occasions, et toujours proportionnée soit à l'intelligence, soit aux i)t'Soins spirituels des auditeurs. Mais, en général, le caractère des homélies est la sim- ] licite ; et, s'il s'y rencontre queUiues poiitps et quelques pensées alfeclées, elles sont bien rachetées parla solidité qui règnedailleiirs dans ces ouvrages. Ce qu'en dit M. de l'énelon est bien propre à régler l'estime que nous en devons laire. i Certaines personnes érhiirées , dit-il dans sa Letlrc sur l'éloquence, ne rendent pas aux Pères une exacte justice. On en juge par quchjuc métaphore <Jure de Teriullien, |>ar (pielque période cnllée de saint C.\|»rien, par (pidque endroit obscur de saint Ambroise, par quelfpie anlillièse subtile et rirnée de saint Augustin, par rpjcKpjo jeu d(! mots de saint Pierri^ (Jirysologiie; mais il faut avoir ég.ird au goùl dépravé des tenqts où b-s Pens o-il vécu On pardoinie à .Montaigne rbs (expressions gnscoiuies, cl <i Marot un vi<ux langage; [)Our(pioi ne veut-on (tas pass(,'r aux Pères l'enllure de leur temps, avec l'jquf Ih; on lrouv(Mait des vérihis [nécicuses et exprimées (»ar les traits les |)liis forts? »
\\\\ homélies des Pèro; ^)^\\. succédé les iustruclioris ou (»rôn(;s d(;s [>ast(Mjrs chargés <refi'eigrier les fieupics. Ces sortes de dis- <-ours (iema'nJent un style extrêmement clair pour instruire, et cependant fort et m-rveux p.'iur toucher. On peut même don/ier (piehpie <liose h lagrémenl, dans les vilh-s où Taudiloire est plus éclairé, ou (dus poli (pie dans les campagtM-s; mais ici l'on doit tout sacrilii r i\ \i\ (;lnrté, et parler si inlelligibleiue'it, (jii'oii iK> p'ji.ss(! pas ne pouit êtn; entendu «u;s paysans. Ce serait manquer grossièrenifMilôui b»<!nséanr(fs fpie de paririr contre des vice« auxquels les auditeurs ij(! peuvent être sujets : cela ,'irriv(! iM''anmoins fr^rl sou- V'-nt. On débite dans les vill.'ig(?s et les bourgs U's irièiiies instructions rpi'ori avait (;orii|ir)s«'os fioiir la ville. (Juel fruit p<:uveni-«|le.s oroduirc dans le cu;ur d(!s audileiir»?
La force et In véhénnence n(' sont p.is ujoiii» nécessaire» dans Icsitnjiie» faits pour
les gens de la campagne. Plus ils sont grossiers et rustiques, plus on a besoin de raisons solides, mais à leur portée, pour les convaincre, et de mouvements forts pour les émouvoir. On grave plus aisément sur une pierre tendre et polie que sur un caillou brut et compact.
Nous avons des homélies imprimées de l'abbé deMont-Morel et de M. Lambert, des prônes de MM. Joly et de la Chétardie, où les Epîfres et Evangiles sont expliqués avec une méthode et des divisions, suivant l'usage moderne. hWnnéc chrétienne de M. le ïourneux et les Instructions de M. Nicole sur les Epitres et Evangiles sont ])lus dans le goût, des anciens : ces ouvrages sont entre les mains de tout le monde, et leur mérite est décidé depuis longtemps ; c'est pourquoi nous y renvoyons le lecteur. Il sunit de lui rappeler que le but des homélies et des prônes étant d'instruire et de toucher, on doit les rapporter au genre simple et au genre véhément, mais beaucoup moins à ce dernier qu'à l'autre.
Les sermons de mystères et de morale sont des discours méthodiques sur les vérités qu'on doit croire ou pratiquer. La roule qu'ont tenue sur l'une et l'autre matière le P. Bourdaloue et M. Massillon, n'est peutêtre [)as l'unic^ue (lu'on puisse suivre ; mais jusqu'à présent c'est la plus sûre et la plus digue de la religion. Ce que j'en vais (.iro est d'après les éditeurs de ces deux orateurs célèbres, et la connaissance (pie je puis avoi'h de leurs écrits. Je respecte tiojt le lecteur pour lui donner comme règle ce (pii ne [lourrait être jiris ([ue sur le i)ied d'un éloge.
« Avant le P. Hourdaloue, les [nédicateurs, dit le P. Rrelonneau idans la prérac(! des J/y*.tères du P. |{our(laloue) traitaient les mystères de la religion d'une manière abstraite et sèche ; (.'t si (juel(pies-uns les tournaient à la prati(pie, h la morale, ce n'était (pi'en | ou de mots (;t assez supeilicielhinent. Ils expli- (pi.iient h; fond (h; chaipuî mystère, ils en établissaient la véiilé, ils ( ii iiioiitiaienl les convenances par de longues cilations de V\icriliire, des Pères, et (juebpiefois des auteurs profanes; de sorte (]ue leurs discours étaient, à le bien prendre, plutôt des le(;ons de lhéologi(! (pu; des piédi( ations. D'autres, moins solides, s'en tenaient à uiuî simph; expositi(Mi (les mystères (pi'ils relevaient nar une élocution viv»; ou brillante, souv(!nt plus re(herché(! qui; nalurelh; ; par des afiplicatioiis in>;énieuses de l'Kcritun;, et même (juehpie.', seniiiiK^nls dévots et alfectueux, mais |teu de subst.uice et peu de suc.
'< Le P. Itourdaloue, (pji vit h; d('>faut do celle spéi tilation trop vagu(ï, comprit ()u'(!n instruisant raudil(Mir sur h; dogme, il fallait le lamenerà lui-même, (;t l'intéresser par iino |)iMnlure- di; ses nneurs, pour lui faire tirer de la conriaissanc(j du mystôro le fruit coi venable. n
M. Massillon suit la même route, non pas eu imilat(, ir s(Mvile, mais avec ce génie; oiigiiial »pi'il a poui' aller au («eur, et inaincr
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la morale au'^si lialiileiiicU {]uc le P. Bourd'iloiio, et néanmoins avec un tour dillérenl, qui prouve qu'on peut appli(|uer h ces dtMix {grands hommes ce que Cicéron a dit de deux «ulres très -célèbres, que, quoirpie Irès-différents pour le style et pour le caractère, ils étaient toutefois égahMncnt parfaits, en sorte qu'il serait dilllcile de décider auquel des deux on aimerait nn'eux ressembler.
Les sermons de morale sont d'un autre genre, en ce que le dogme n'y entro qu'incidemment, et que le l)ut principal est la perfection ou la correction des mirurs. Des déclamations vagues et générales n'aboutiraient h. rien, des applications trop particu- )ariséesde principes généraux restreindraient l'utilité de ces discours dans des bornes trop étroites. Il y faut donc dos traits forts, marqués, (|ui puissent s'appli(|uer, sinon à tout l'auditoire, du moins au | lus grand nombre des auditeurs. C'est la {iraliqiic d'une vertu ou la fuite d'un vice que lorateur se prOi'OSC ordinairement de montrer : ici, ce .sont (les [)réjugés J« vaincre: \h, des préceptes à réfuter, des illusions h dissiper. Ce n'est pas |)ar ce que le vice a de ridicule qu'on doit le combattre dans la chaire, mais |)ar ce r(u'il a d'odieux, de funeste à la société, de contraire à la religion. II ne faudrait que de la finesse pour le tourner en ridieub;: il faut de 1.1 véhémence et de la gravité pour en montrer la noirceur et le danger. Dans le nombre presque inlini de nos prédicateurs qui ont traité la morale, arrétons-rious aux deux dont nous venons de parler, et étudions leur manière. «Le P. Bourdaloue, per- .»;nadé tpie le prédicateur ne touche (pi'aut.iiit qu'il intéresse et qii'il apî)Iiipie | ce 5ont les paroles de son éditeur [Prc'f. de rAient) «juc nous avons déjà cité], et que rien n'intéresse davantage et n'attire plus l'attention qu'une peinture sensible des mœurs où chacun se voit lui-même et se reconnaît, il
tournait là tout son discours .\près avoir
donné aux poinis les plus obscurs tout l'éclaircissement nécessaire, il passait à ce •pi'ils ont d'instructif et de moral; et c'est là (pie lui servait intiniment la connaissance qu'il avait du monde et du cour de l'hounne; car il ne disait rien (pi'il ne connilt ni qui portât à faux. C'est de là même (pie ses expositions sont si vraies et ses portraits si ressenddanls. Pour peu (pi'on ait d'usage du monde et (pi'on sai lie (onnnent vivent les bfmimes, on les y voit peints sous les traits les plus marqut's. Aussi avec (pielle aH«Mition 5(.' faisait-il écouler! et comiiicn de fois .s'rsl-on écrié dans l'audi'oiie ipi'il avait raison, et (pie c'était là en eiïet l'homme et le monde! » Ce qu'on peut recueillir en(ored(; la lecture de cet orateur, c'est (pi'il choisit des sujets intéressants, qu'il les tire t)/itnr»dleni(Mil de son F.vangile, et (pi'il ne les y JMuène |)as comme [lar fore»» ; ipi'anrès avoir distribué son sujet avec (•l.;it(''. il i>ose ilvs principes solides et lumineux, descend en- .'•uitc il la morale par des inductions fortes, mais sages ; f»flr des ( ortrails où, sans noter les pcrsomrs, il rend les vices odieux, et