‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 54 sur 233 · ELOQUENCE · texte numérisé non relu

ELOQUENCE

conduit |>ar degrés l'auditeur à de salutaires consé(|uences et aux résolutions qu'il doit jirendre pour la réformation de ses mœurs. M. Massillon, avec un style plus Henri que le p. Bourdaloue, et en imitant sa clarté et sa véhémence, s'est néanmoins ouvert pour traiter la morale une route dillerente, et qui paraît lui être particulière. « 11 trouvait {Préf. (lu Pet. Carême) que les détails sur les conditions et les mœurs extérieures étant froids pour les trois quarts de l'auditoire, il fallait attaquer les passions, qui sont les mômes dans tous les hommes, malgré la ditrérence des objets vers lesquels' elles se [lortent, et qu'en peignant d'ajuès nature les mouvements, les ruses, la soufilcsse des passions, rien de ce (pi'on dit ne peut être

étranger pour ceux qui écoutent Dès la

liremière phrase, supposant les principes ou les établissant, il cherche les raisons sur lesfjuelles chacun en particulier, sans connaître l'existence de la loi, ni la nécessité de lui obéir, se met dans le cas de la dispense. Il cherche ces raisons dans le cœur d(î ceux qui l'écoutent, dans l'attache à leurs passions. C'est là qu'il découvre la source intarissable de tous ces frivoles prétextes et de ces tempéraments (pie l'homme imagine pour allier Dieu et le monde. Dans la vue do nous mettre à l'abri des remords, nous avons recours à mille subtilités, à des subterfuges, à des exceptions, à des moditications, qui, laissant subsister le |)récejtte en lui-même , anéantissent totalement, pour chacun do nous en particulier, l'obligation de li> remplir. Ainsi la conscience est rassurée contre les terreurs de la loi ; elle apprend à ne plus redouter ses menaces. Que fait M. Massiilon ? Alin de dissiper ces ténèbres, il vous met votre [)ropro ctrur sous les yeux : il vous force ih; vous y voir tel (|ue voi s êtes et tout autre que vous ne croyez êln>, c'est-à-dire le jouet déplorable de mille passions qui obscurcissent les lumières de votre esprit et corrompent la droiture de votre cœur. Il vous force de reconnaître (pie ce n'est pas de ( e fonds de lumière et do droiture nalurcllcsque Dieu a mis en vous, encore moins des kimières de l'Evangile, que vous tirez les raisons {lar lesquelles vous prétendez être dispensé de la loi; (pie le langage que vous tenez est le langage des j)as-

sions et (ju'elles vous inspirent Il ne se

contente pas de vous montrer que biparti d(» la vertu est le jibis raisonnable et le plus digne de l'homme: dans ses discours, l« vertu

vous paraît soiiveraimMuenl aimable il

ne se borne pas à vous faire sentir l'injustice! et la déraison du vic(> : il le fait trouver difforme, haissabh^ Chacun se reconnait

dans ces tableaux vifs et naturels où ce pr('dical(Mir peint lec(eur humain et montre h s ressorts (jui le font mouvor: chacun s'imagine (pie c'est à lui (pie le discours s'a<Iresse ; (pie l'orateur n'en veut (pià lui : de là rellVl prodigieux de ses instructions, cttr. » La manière (le Irait-M- la morale n'est donc pas l.i môme dans ces deux orateurs : chacini a sa marche particulière dans hquelle il cxicUe.

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