I. Le commencement de F Evangile selon saint Jean
Ah commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Tel est le début sublime de l'Evangile selon le disciple de l'amour, surnommé le fils du lo inerre ; celui qui s'élance comme l'aigle jiis- (jue dans les profondeurs du ciel, et (jui fcdf éclater sa parole comme la foudre, les yeux tixés sur le soleil de l'éternelle vérité.
Au commencement de tout, et avant loul comniencement , et sans commencement, dans le principe était la pensée ; la pensée était l'essence de rùlrc, et elle .se manifostail [lar des forn»cs : ainsi elle devenait ou plutôt elle était une parole, un verbe; et ce Verbe remplissait l'immensité de l'être qui est Dieu, et ce Verbe était Dieu.
Ainsi, il est avant tout une vérité vivante cl éternelle, qui est la vie do tout ce qni vit et la loi immuablt; dos (Mres ; une parole intime et toute-puissante c|ui leur assigne à tous leur commencement et leur lin. E'. cette vérité, et cette vie, et celte parole, et colle loi, c'est Dieul
Par lui a commencé tout ce qui commence, et rien dans le monde ne se fait sans lui. En lui seul est l'oxistonce de tout ce qui existe, et la lumière de tout ce ipii l»cnse. I/homme qui vient en ce monde ouvre les yeux h ce soleil de justice, et parle jiour rendre témoignage h sa tlivine beauté, l/liomuu) n'a pas en lui la lumière, mais il la regarde et s'écrie : La voilà. — Cette lumière luit sans (h'clin dans nos ténèbres, quoique nos ténèbres ne la compreniKmt pas. Dieu est venu parmi les hommes en la personne des sages et des justes, et ses enfants l'ont méconini, parce <pie la chair cl le sang ne comprennent rien l\ la vérité. Mais il est toujfuirs |)armi les honnucs, des hommes d'intolligcnce et d'amour, (jui vivent de la vie de l'esprit. Ceux-là ont connu Dieu et l'uni regn aans leur i\mc, et ils ont mérilé
d'être appelés ses enfants : r't le Verbe s'rst fait chair. La |)onsée divine s'est révélée tout entière dans un homme, et cet homme a été parfait parce qu'd était le Fils de Dieu.
C'est ainsi que saint Jean l'Evangélislc expli([ue les mystères de la théologie clirélienne : théologie éternelle, monument do granit que ne peuvent miner les flots ni ébranler les tempêtes; montagne dont le génie de l'homme, en s'élevant de siècle en siècle, découvre avec elfroi l'incommensurable hauteur. Toujours et au fond de toute l)hilosOi>hie, lorsque l'agitation des vents contraires qui la tourmentent comme une mer, se sera cabnée, se réfléchira la grande parole de l'apôtre : -lu commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe, était Dieu.
Oui, il est une vérité éternelle qui est la vie et la lumière du monde. C'est le llambeau qui marche devant riuimanilé et (pii ne l'égaré jamais ; il est une vie qui meut et emporte la matière, et la matière lui obéit sans la comprendre; mais l'homme intelligent et aimant voit la lumière et sent la vie; et cotte vie le remplit de la béalilude de Dieu ; car le bonheur de Dieu, c'est l'intelligence et l'amour. Et Dieu n'est pour tout ce qu'il anime que suprême béatitude, puisqu'il est tout amour et tout intelligence. (>'est par lui que nous vivons, puisqu'il est tout être ; c'est [)ar lui que nous com|>ronons, puisqu'il est tout intelligence ; c'est j)ar lui (|uc nous aimons, pui.squ'd est tout amour.
IL Le précurseur et l'annoncialion.
La Synagogue avait vieilli, et les splendeurs du culte de Jéhovah étaient éteintes ; les prêtres s'étaient corrom|»us dansi'ambilion des honneurs et la convoitise des richesses, et les pauvres altendaient un Sauveur. Tout aimonçait qu'une grande révolution était inévitable cl prochaine. Les derniers zélateurs de la loi de .Moïse parlaient de réforme ; les esséniens préludaient aux austérités du christianisme par une vie frugale et laborieuse, soumise aux lois de la communauté, et les pharisiens, jaloux de ces vertus naissantes, étaient forcés de cacher leur lu\o et leur orgueil sous le voile do rhvi)ocrisie.
L Eglise mosaiipio, devenue stérile, nous est ro|>résontée, au commencement de l'Evangile selon saint Luc, sous la figure d'Elisabeth. Zachaiie, emblème du sacerdoce mourant, reçoit dans le tem[)le une promesse d'avenir : un lils lui est annoncé ; mais il ni' peut ( roiro à nn(> fécondité dont il a désos|)éré depuis longtemps, et Dieu, pour Ic! punir, lui ferme la bouciie et le rend muol, comme le sont de nos jours les philosophes (pli iKî cr()i(nit pas h la naissance du Sauveur. Cependant Jean, Ihomme de tempérance et d abnfgation personnelle, sort du si'in d'Elisabolh , comme les esséniens du flanc mort de la Synagogue, et prêche la réforme dans le désert. Il plonge dans les eaux
EVANGILE
EVANGILE
ceux qui viennent à lui, pour les laver des souillures du vieux monde, et il leur anponce qu'un plus grand que lui va venir les régénérer par l'esprit de l'intelligence et par la flamme de l'amour. C'est ainsi que l'homme, noyé dans les voluptés des sens et énervé par les joies de la brute, doit être sevré d'abord de ce lait empoisonné qui le ferait languir dans une éternelle enfance. Il doit se purifier dans les sueurs et dans les iarmeSjCar la douleur est l'initiation à la vie d'inteUigoHce et d'amour; puis, lorsqu'il sortira des eaux de la tribulation, il verra îe Christ lui sourire ; car il comprendra sa doctrine pure et simple comme le sourire d'un entant, et ii sera puriûé dans l'esprit et dans le feu.
Le temps du salut approche : Gabriel, le grand messager de Dieu, est envoyé à la fernm* ; car c'est par la femme que l'initiation douloureuse a commencé, et c'est par elle que toute douleur doit finir. Eve aussi a pass^ par le baptême des eaux ; car depuis quatre mille ans ses larmes ont coulé sur son corps pour laver la honte de sa nudité; mais Dieu a eu pitié d'elle, et lui a donné un voile de pardon en lui tendant la main; Eve maintenant est devenue la chaste Marie, qui sera mère sans cesser d'être Vierge, parce que l'opprobre que le péché attachait à la génération humaine sera effacé en elle. Aussi le messager de l'avenir la salue reine des hommes et des anges, et lui annonce qu'en donnant naissance au Père du siècle nouveau, elle sera la mère de Dieu.
Ainsi la femme est régénérée et glorifiée la première ; et, comme elle initie l'humanitéà la vie, elle doit aussi l'enfanter au bonheur, afin qu'on l'aime doublement, comme mère et comme éftouse, et (pie la divinité soit révélée et glorifiée tout entière j)ar la sainteté de w mvst/nieux amour.
Alors Marie, fa religion nouvelle, se lève fi va dans les mo/ilagnes visiter Elisabeth , la religion vieillie. Elisabeth se prosterne d^îvant Marie, et l'r'nfant du pas.sé adore le fntit de l'avenir «îocore dans les entrailles de sa mère : gracieux emblème de cette <:haine de la Ir.idiliun, qui lie l'avfînir au fiasse, la parfiilé de .NLiiie «'t d'Elis.dM-th les réunit dans les embrassements d'une sainte amitié ; la vieillesse s'incline devant la jeunesse que Dieu a bénie, et Marie, belle et rayonnante fie toutes les gloires promises à I humanité, .Marie, rpii n;présente Ihumanité future, la société nouvelle et la libeité h venir, Mar .e , mère rie Dieu, chante l'hymne de la régénération du monde :
• Mon Ame glorilie le Seigneur, et mon es- [)rit s élance vers h; Dieu qui m'a s.iuvée, j»aree (pj'il a regardé d'en haut l'humili.itioii (le sa servant»-, et désormais h-s généralions r/M! proclameront bienheureusr; ; parce (ju il a fait en moi de grandes choses, ((diii (jui (Si ituissanl et dont le noiri est saint; et sa miséncorfic, dr; race en rac(;, descendra sur ceux qui craindront de l'offenser. 11 a fait Iridifiphcr la [»uissance de son bras, il a /II-»': ftux qui s'élevaiint, superbes, dans le&
rêves de leurs pensées. Il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les paU' vres. Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et chassé les riches, le cœur et les mains vides. 11 a reçu le peuple d'Israël comme son enfimt, en souvenir de sa miséricorde, comme il l'avait promis à Abraham et à sa postérité, qui ne doit plus finir. »
Marie resta quelques mois auprès d'Elisabeth, puis elle la quitta pour retourner chez elle. Cependant celle qui représente l'ancienne religion mit au monde le précurseur de la loi nouvelle, et on voulait qu'il s'appelât Zacharie, c'est-à-dire souvenir ou crainte du Seigneur, car c'est ainsi que se nommait son père. Mais c'était à une mère qu'il appartenait de do.iner un nom à la religion nouvelle, et celle du nouveau-né voulut qu'on le nommât Jean, nom qui signifie grâce, pardon et amour.