V. La fuite en Egypte
L'P>ifant-Dieu avait reçu, avec le nom qui signifie Sauveur, la manjue symboli(jue do la génération luiritiéc sous le couteau de la circoncision ; il avait été offert h Dieu dans le temple selon le j)récepte de Moïse , cl la religion de Jéhovah, représentée par le vieillard Siméon et par Anne la prophétesse, avait salué, avant que de mourir, le Verbe de vie qui renaissait pour l'avenir plus puissant encore , mais plus doux. L'agneau innocent était venu se dévouer [)Our le salut du monde entre les bras de sa mère, dont l'Ame pressentit (léjh alors le glaive de douleur cpii devait plus tard la traverser. Ici commencent les douleurs de la mère el les travaux du fils : le nouveau-né est en butte à la colère des rois, el le voilà qui s'enfuit exilé dans le désert.
Une tradition touchante nous raconte que, près de périr dans ce périlleux voyage «i travers de vastes et mornes solitudes, la sainte famille fui sauvée par un brigand qui lui donna asile dans sa caverne , bienfait que Jésus devait reconnaître |>lus tard en pardonnant au voleur sur la croix. Ainsi , dès ses premiers jours , Jésus est confondu avec les proscrits qu'il vient sauver. Les [)ouvoirs et les lois du monde qu'il vient détruire se brisent en frappant sur la justice elle-même, (lui nous est représentée vivante el incarnée (îans cet enfant mystérieux, el il souffre , (juoique innocent , toutes les peines du péché , pour avoir droit de pardonner h ceux (pli sont coupables , et de les couvrir de sa propre innocence pour en faire les juges des dieux avilis el des rois corrompus.
On dit (pi'à l'arrivée du sa-int Knfant sur la terre anli(pie de la servitude, les vieux temples de Memphis frémirtMil sur hnirs fondements ébiaiilés, les sphinx gigantesques tressaillirent comme s'ils |)ressentaienl la solution de leur énigme si'culaire , el les dieux monstrueux du culte liiéroglyphi(pie tombèrent de leurs autels el se brisèrent devant le résumé vivant de tous les symboles anti- (lues.t^ejH'ndaiil. Marie et Jose|)h s'asseyaient, v(\vag(Mirs obscurs et fatigués, h l'ombre des vieilles pyramides, el la mèr(> regardait dormir entr(> ses bras un enfant d(>stiné h éln; véiitablemeiil plus grand (pie le monde.
A (piehpie temps de là Hérode mourut, el le pauvre charpentier, (pii faisait peur à ce puissant monanpie d'Orient , revint de sou exil avec Marie el son enfant Jésus.
M. L'enfant au milieu des docteurs Lors(jue les doctl'ines du judaïsme curent
EVANGILE
J";>'.l leur temps, les vieillards s'étonnaient (le (es voir se perdre dans la nuit du passé, et ils reculaient à leur poursuite ; alors ils s'aveuglaient pour ne pas voir la route oiî s'avançait l'humanité, et ils espéraient follemont l'arrêter par leurs gémissements et leurs clameurs. Cependant l'homme d'averir, qui ouvre les yeux et voit à l'Orient une lumière nouvelle , s'étonne de l'obstination de ces prêtres de la nuit ; encore enfant , il balbutie des mots qui confondent toute la science des vieillards, et il surprend les docteurs insensés par son ignorante sagesse.
C'est ainsi que nous voyons apparaître dans le temple , au milieu des viejix interprètes de l'ancienne loi, Jésus enfant, l'ange du siècle à venir, le pontife de la loi nouvelle. Les révélations les plus profondes, en s'échappant de sa bouche, semblent, tant e'Ies lui sont naturelles, des naïvetés de son Age, et les savants qui veulent l'embarrasser ])ar des questions artificieuses, sont étourdis d-e Fa simplicité divine de ses réponses.
Cependant sa mère le cherche avec angoisses depuis trois jours, et lui adresse, c;i le retrouvant , (juelqufs reproches pleins de douceur. Pourquoi me cherchiez-vous? lépond l'enfant sublime. Avant de vous appartenir, est-ce que je n'appartiens pas à Diru, qui est mon père? Dans celle parole, la nouvelle loi, la loi de liberté et d'amour, se déclare tout entière; l'autorité la plus sainte, celle de la famille , l'affection La plus sacrée, celle d'une mère, n'ont aucun droit sur la liberté de l'enfant de Dieu , qui fait le bien. Les parents n(; peuvent rien commander h leurs enfants qu'au nom de Injustice, et dans l'autorité paternelle, l'autorité royale est modérée dans sa source. On sent ici (ju'un nouveau monde moral a commencé : l'enfant et hi sujet sont aj)pelés 5 connaître la vérité suprême , et peuvcTit réi>ondre , l'un h ses parents : Dieu est mon [tère, et l'éternelle juslice esi ma mère ; l'autre , .'» ses maîtres : Dieu seul est mou maîlre et mon roi.
Cependant, après avoir ainsi jirotesté de sa divin»; indéitendance, l'enfmt Jésus , (pii ne vf;nait [)as rompre, mais sanclilier et resserrer tous les liens du .'■ainl amour entre les hK>mmes , revient. 'i Na/arctb avec Josfph cl Marie, et rKvangilo nous dit binqtlenHMil qii-'il leur était soumis.
11 leur était soumis r)ar amour et [larce qu'ils étaient justes ; il leur ét.iit soumis, parce que c'est la vo|r>nlé du F'èrr; cf'lesli- *|uc tout j>ère de fainille rcsprésente Dieu à «es enfants; mais si , pf»ur In gloire du Seigiu:Hr, il ertt fallu lesrpiiticr et les inquiéter ernore, Jésu» leur aurait ré|(rjndu , comme l<i première fois : Pourquoi me thnchiezvonn'f Se fnul-il donc, pas, avant de vous vheir, que j'ohéinte à Dieu mon père '(
S\\. Le baptême de Jeun.
Kl ce lerrir»5t-lh un prophète \)vM\i\\\. d.uis le désert, ("était Jenn le précurseur (pii faisait enlendrr; à tout bî peujile sa voix Irisle cH uicii*;arite ^ et qui an'ioH.aii la colère à
KVANGILE 408
venir. Noé construisait l'arche en prophétisant le déluge , et les hommes de ce tempslà se moquèrent de lui et périrent dans la granae inondation. Jérémie se lamenta vainement sur la ruine de Jérusalem , que ses avertissements n'avaient pu prévenir. Jean- Baptiste prêcha dans le désert, et paya de sa tête la hardiesse de ses discours. Race de vipères,cviàii le prophète du Jourdain , qui donc' vous a inspiré la crainte de ta colère à venir? Produisez donc les fruits de la pénitence et du repentir ; car déjà la cognée est à ta racine de l'arbre, et tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
A ces menaces terribles la foule frémissait, et quelques voix elfrayées criaient : Que faut-il donc faire? — Que celui qui a deux vêtements en donne un à celui qui n'en a pas, et que celui qui a du pain le partage avec son frère qui a faim ! Voilà , selon saint Jean , le jiremier précepte de la justice , et cela nous rappelle qu'au dernier jugement le Rédempteur doit dire aux impies : J'ai eu faim , et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné ci boire ; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas couvert ; j'ai été malade et en prison , et vous ne m'avez point visité : ouvriers d'iniquité , retirez-vous de moi !
Jean était donc bien véritablement le précurseur du maître qui allait enseigner la charité au monde. Aussi , lorsque le Sauveur se présente à son bafilême, lui dit-il en s'inclinant devant lui : C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi !
VUI. La tentation de Jésu>s par Satan.
A[ir6s le baptême de Jean vient la tentalion au désert, sublime tableau des luttes de l'esp.'it contre la Iriple concupiscenci; de; la chair. Jésus lriom|)he di; la faim, de l'orgueil et de l'ambition, c(,'S trois têles de tous les crimes. Quoi d(! plus dramatiipie et de j)lus grand que cedialogU(; entre le Dieu fait liomuK; et I esprit du mal ([ui croit pouvoir triomj)her du Verbe, parce (pie le Verbi; s'est fait cliair! Quelle terieur nous saisit (piand nous voyons le Fils de l'houMue (Muporlé sur li; |)inacle du temple ou sur la cime escarpéi; de la montagne I Mais connue la faible rialur(! iiiiruaine s(! révèh; tout à cou|), giaudij et invinrible dans son union av(.'c la Divinité; ! (Jes réjionses sinq)les et calmes (pà dissipent si promptement lout(! uu(! fantasma;^ori(! de; grandeurs et du plaisirs, cv, roi superix! des pompes de la terre , (pii .s'enfuit, repoussé |iar un<! seuh; paiole ; puis lO juste qui s'est voué à la solitude el au martyre, servi pai' les nn^es du ciel ! Que pourra (line admirer celui qui ne trouvera pas sublimea les moifulres traits de cr, tableau?