XII. La doctrine
Toute la dortrine flu Christ se résume dans la destruction et l'absorption de l'individualisiru; cl dans la fonslilution de l'unité. Aussi cettf; doctrine fst-idle une reli(/ion, c'esl-?j-djre une réuriif»n des hommes à Dieu, et des hommes rrilre eux.
Pour détruire d.ins les hommes l'amour de la i»ersonnalité, h; Cfirist |iré(h(! le dépouillement voloiitaire, l'abnégalirjti et le sacrifice. Il élève lesprit en -'ib lissant la chair. parce que les exigences de la diair dépriment et embarra.Nsent l'esfirit. Il voulait qu'on [)frdlt son tnwc, c'osl-à-dire sa vie, f)Our la retrouver dans la vifîde Dieu métrje. ^fe craif/nrz pas, dit-il, ceux qui ne prurnit tuer ijue votre corpn; craiqnez ce qui fait mourir l'âme. Se posn/dcz ni or ni arqrnl, it ne vouK inquiétez pas du tend' main : à chaiiue jour suffit son mal. Choisissez toujours la (frrnif're plncp, car celui qui s'humilie sera élnr ; pardonnez à votre fr^re lorsqu'il vous offense; pardonnf'z-lui, je ne dis pas sept fois, mais toixantr-dix fois srpt fois, c'est-.'i-dire toujours; n'nuez ni parents ni fauiille. Ceux qui font la volonté de mon l'ire, rrux-là sont ma niére et mes frire» rt mis sirurs. Celui qui aime son p^re OH sa mire ou ses enfinfs plus que moi n'est pas di'jiie de moi. Il.usse/, pnur •aiMour d«; inuj Iv» ôtres qid vou» sont les
plus chc-rs; faites plus : haïssez-vous vouS' mômes, et lorsque vous aurez accompli toutes ces choses, lorsque vous aurez consommé les plus pénibles sacrifices, dites : iVoî<.ssommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous devions faire.
Jésus a le premier annoncé au monde la loi consolante du progrès véritable. Le germe do la parole doit lentement produire son fruit, et ce qui n'était d'abord que la plus petite de toutes les semences sera un jour un grand arbre où tous les oiseaux du ciel viendront se reposer. L'Evangile sera comme le levain qui fait peu à peu fermenter toute une masse de farine. Aucune des paroles de Dieu ne tombe inutile sur la terre, et toutes auront leur accomplissement. Ce qu'on dit maintenant à l'oreille sera un jour crié sur les toits. Ceux qui sont maintenant les premiers seront les derniers, ce qui s'élève sera abaissé, et ce qui s'abaisse sera élevé; les peuples viendront de l'Orient et de l'Occident s'asseoir à la table du Père; quand la doctrine du Christ triomphera , lorsqu'il reviendra glorieux régner h jamais sur les élus, les lumières qu'il fera briller sur le monde seront semblables h l'éclair qui luit à l'orient et i)araîl jusqu'à l'occident ; alors le bon pasteur rassemblera toutes ses brebis dans une nuMue bergerie, et il n'y a'ira i)lus qu'un seul troupeau et un même {)asleur.
Le Christ promettait aussi à ses disciples la venue du Saint-Esprit, do l'Esprit d'intelligence et d'amou.r (pii do t annoncer toute vérité aux honnnes. J'ai encore beaucoup de choses (l vous dire; mais vous ne sauriez le.<t supporter encore, leur disait-il ; 7nais quand viendra vers vous l'Lsprit (pii procède du Père, il vHus enseignera tout ce (|ue vous i,.;nore/,. Ainsi l'Evangile est une (l()Ctrino (jui doit explirjuerà tous les liouuues l'elfusion qui doit se f iir(! dans tous les cœurs de l'Esprit d'intelligence et d'amour.
La cité du démon, (pu; le Christ venait combattre; avec sa parole toule-puis.-.aiite, reposi- tout enlièri; sur l'égoismc, égoïsme qui s(! reproduit en .'-'élargissant dans la constitution des familles (!t des l'itats, toujours divis('s d'intérêts et usant h;urs forccîs à s'enire-détruire au lieu de travailler au bien comm'iM. Aussi le (Christ frap|>e-t-il d'anatlièrue l'esprit de personnalité : il se pl.iit à humiliei' les |ii('teritions uusérables de l'horuMie, qui si; l'.iil à lui-mêm(; son proj»re centre, r-l (pii touiiioie ainsi autour de son néant, connue s'il asjiirait à ri-tombei' dans |;i mort éleinelle. Il menace des jugements divins les lionuues ipii os(;ront juger- ; il <léiirasqu(! l'IiyjKxnisie des phai'isiinrs, ipri s*apprf»priaient le monopole; (h; la vertu, ei hnjr- iirélèro le publicain, qiri se; reconnaît cr)Upable. Il censure; arnèiorrrenit la folie; et l'impiété eles tradilie)[rs hirruaine-s, epii eléguise-rrt (;t elénatirie-rit la led éte;rne'lle'. Il s» rit de; e'(;ll(; fr'êle; enéalirre' epii V(;ul |)e)ssé(|cr h- <ie-l (;t la teiM'e, e-l epri un nrêrire pas un Mai pouve)ir sur un seid iheveu eh; sa tète;. Il irous nifiiilrc le riche, au milieu de ses rô-
EVANGILE
EVANGII.E
colles, se disant h lui-iuémc : 0 mon dinc ! agrandis les greniers el sois lieureuse. Tu posst^'des do grands biens, et voilà (pie celte nuit niùine Dieu vint reprendre à l'insensé celte Ame ijui n'était pas h lui, et les richesses resteront connue une dérision entassées autour d'un cadavre.
Il ne ilétcsle pas moins l'amour exclusif de la famille, et lorsqu'il se livre aux travaux de sa vie aposioii(pi(', il no reconnaît j)lus sa mère. Pourf/nni me rhrrchirz-vous ? yp savez-rous pas (juil faut que. je sois où me demandent les intérêts de mon Père? — Femme, qu'y a-t-il entre vous et moi? Mon heure n'est pas encore venue. — Qui est ma mère, et qui sont mes frères? Ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans le ciel, ceux-là sont ma mère et mes frères et mes sœurs. Celui (}ui renoncera pour moi h sa famille et à ses biens, on sera payé au centuple dans le royaume do Dieu, et d,*ns le siècle présont il aura pour arrhes les joies célestes du martyre. Seigneur, lui dit un jeune homme, je vais vous suivre, mais pertnetlez-moi avant d'aller ensevelir rnon père ? — Suis-moi, ré|)ond Jésus, et laisse les morts ensevelir leurs morts.
Le Christ aimait la nation juive, et voulait d'abord la sauver ; mais il protestait contre ce patriotisme haineux qui la mettait sans cesse aux prises avec les autres nations. Allez, et instruisez tous les peuples du monde, dit-il h ses apôtres. J'ai encore des hrehis qui ne sont pas de ce bercail : il faut que je les amène, afin qu'il »'// ait plus qu'un troupeau et qu'un pasteur. — VA lorstpio les Juifs, pour le lenler et l'accuser d'aimer peu sa pairie, lui demandent s'il est permis de payer le tribut h César : Montrez-moi une pièce de monnaie, répond-il : De qui est cette image el cette inscription ? — De César. — IJh bien ! rendez donc à César ce qui est à César, puisiiuo vous l'avez laissé se taire voiro maître. Mais rendez à Dieu ce qui est à Dieu : voil«i tout co que je vous demande I C'est-€»-dire, obéissez aux nécessiti's du prés(Mit, mais travaillez pour l'avenir. IW'tidez h l'hoimiie, i)on(lanl (piolipic lem|)S encore, le tribut (pu> vous vous èles lai^sé imposer : mais rendez h Dieu ce (pii est h Dieu. Dieu, c'est riutelligenc e, c'<'st l'amour; vous vous dev(V- tout entier à lui : rendezlui ro (pu* vous lui devez, et il vous allrau- ( liira d»' la domination des honnu(>s.
Le Christ pressentait assez d'ailleurs (pi'un»' lutte terrible devait s'enj^aj^er à rause de sa doctrine entre la mauvaise soci«'lé expiraîilt; et l'association nouvelle. Ne croqrz pas, dil-il, ({ue je sois venu apporter la paix sur la terre ; j'y suis venu apporirr le glaive et la division ; les parents .s'élrrrritnl contre les parents, les nations contre 1rs valions, les frères contre les frères, et les serrileur» d« l'homme en deviendront les ennemis. Mais le roi/ftume des einix souffre violence, et 1rs violents le ravissent. On ne met pas le vin nouveau dans de virilles outres ; autrement le rin emporte 1rs outres, et te répand à terre ; inait au un nouveau il fini des outres nou-
velles, afin que les outres et le vin puissent se conserver ensemble. On ne coud pas une pièce neuve à un vieux vêtement ; aulroncnt le neuf emporte le vieux, et la déchirure est plus grande. Il vaut mieux entrer dans la vie borgne, boiteux et manchot , que de rester dans la mort et dans l'enfer avec tous ses membres. C'est pour(|uoi, dans la lutte (pie vous avez à soutenir pour entrer dans le nouveau royaume, si votre œil vous égare, arrachez-le ; si votre main vous trompe, coupez-la ; si votre pied chancelle, tranchez-le, el le jetez loin de vous, et alin (pio les armes ne vous manquent pas, que celui de vous qui n'a rien, vende sa tunique et achète une épée; car les méchants m'ont mis au rang des malfaiteurs.
Mais s'il prêchait la deslruction, c'était pour reconstruire. Renversez ce temple, disa l-il, en montrant les superbes bAlimonls (lu temple de Salomon, et je le rebâtirai en trois jours. Il entendait par là, dit l'Evangile, le temple de son corps, au propre, et au tiguré le grand corps social des chrétiens, dans lequel le Christ, mis à mort pour ses doctrines, devait ressusciter glorieux.
Il choisit douze apôtres parmi les derniers du peuple, et s'adrossant au |)lus grossier et au plus ignorant d'^entre eux, il lui dit : Tu es Pierre, et c'est sur cette pierre que je béttirai ma société. Ainsi le pauvre artisan, (]éphas, cette pierre brute que les architectes avaient rejetée connue inutile , deviendra la pierre angulaire dans une construcliori nouvelle : ceux sur qui elle tond)era seront écrasés, et ceux ([ui la heurteront s'y briseront la tôte.
Il renverse toutes IfS notices hiérarchiques du vieux monde, pour établir les lois Uo la hiérarchie nouvelle. Les rois commandent aux nations, dit-il, mais il n'en sera pas ainsi parmi vous. Celui qui voudra être le premier doit se faire le dernier, et le chef des autres sera le serviteur de tous. N'appelez personne père, maître ou seigneur sur la terre : lar vous n'avez qu'un Père, qu'un Seigneur et qu'un Maître : c'est Dieu I Dieu est notre père h tous, et nous sommes tous frères!
Do cette doctrine sublime se déduit naturellement la conmiunion de luens spirituels entre les chrétiens. Il conseille aux houjmes d'être counne des économes infidèles, et de se faire des amis avec l'argent (pi'il appelle »»(/mHio»« iniquitatis: \\ ordomie aux créanciers de lai.sstM" en j»ai\ Iimu's débiteurs, ali'i ipu' Dieu l»Mir fasse aussi créilil ; il veut (pi'on invite à sa tal)Io ceux (pii sont incapables de rendre le festin, et il conqiare lo rnyaumo du ciel à un ban(iuet ampiel les v.igab(»nds, les inlirmes et les mendiants sont invités. Il se nourrit lui-mênu^ des épis Mu'il arrache des sillons du riche, et ne d(''- (laigne pas d'aller avec ses disciples s'asseoir, sublime parasite, aux tables des pnblicains et des pécheurs. Entin, prêt h mourir pour sa doctrine égalitaire, il dit (pio s,» ch;iir est un |iain (pii sera partagé entre loà pauvrcii, et ipie son sang, métamorphosé c»
EYAxNGILE
EVANGILE
un vin immortel, coulera pour les abreuver dans la coupe du sacrilice, et à la veille du supplice, après s'être fait le serviteur de ses apôtres et les avoir invité» à suivre son exemple, il partage à tous le pain mystérieux de l'Eucharistie et l'ait circuler la coupe sacramentelle qu'il a bénie pour la communion du peuole nouveau.
Il aboljt les juges et les tribunaux du viel empire. Si ton frère est injuste envers toi, dit-il, reprends-le doucement ; s'il ne f écoute pas, répète ton arertissement en présence de deux ou trois témoins; sll ne t'ecoute pas encore, dénonce-le à l'assemblée des frères ; s'il n'écoute pas l'assemblée, qu'il ne te soit plus rien, Dieu le jugera.
Il condamne les débats de préséance et abolit l'orgueil des rangs. — Comme ses disciples disputaient un jour entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il appelle un petit enfant, et dit que celui-là était le plus grand dans le royaume du ciel qui ressemblait davantage, cl'àme et de cœur, à la simplicité ingénue et à la douce candeur de cet enfant. Enfin il fait cesser les pompes figuratives du culte extérieur, en annon(;aiil que le jour va venir où l'on n'adorera plus Dieu sur la montagne de Sion, ni sur les hauts lieux de (iari/iin : car Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adom en esprit et en vérité.
XIU. Les parvbotes.
Jésus , selon le génie des Orientaux, se servait du voile de l'apologue pour dissimuler à demi des vérités encore trop hardies dont il léservait l'intolligence à lavenir, ou seulement aux hommes d'élite de son temns.
C est ainsi que, voulant f.eindre la mi-«éricorde infinie de Dieu, il raconte la touchante i)arah(»le de l'enfant prodigu*;. I.e [>éie de laniille , c'<'St Dieu; il a d<'ux en- Ifints, dont l'un, docile et sage, reslf dans la maison paternelle, tandis ipje l'autre, le plus j<.-une, sans doute h; jtlus aimé , demande à son père ce qui lui revient de son héritage et va le dissi|ier dans la débam lie sous un ciel élrangr-r; voilà riiomme avide de U)rilieur et de vio rpji (dlciisf! Dieu en abusant de ses bienfaits, (jiii s'a|(pio< lu; du bantjiiet de la vie avec une l'aini (]ue rien ne peut sitisfaire, et qui consume en jieu de tr-rfi(»s tout ce (pj'une époque a reeii du lumiér<; et d'amour.
l'uis vient la mistn-, le dé.wiûl et la famine. 1^'is de délj.'iuclH', l'eidjinl prtMJigue a faim d'amour. Lui qui a vécu dans les délices, il se voit réduit a garder les poiinenux, el il regrette la iiiaisnn de son itère. \(ula l'initiation par la doulr;iir-; voilà l'audace du péché tout à la IViis punie et p.udoiuiée; voilà l'enfant qui devient homiiK! dans le malheur. Il se levé et il dit : J'irai nnt mon »fr«/ Ainsi riiurnatiité, lasse, va bientôt se; lever do son al>je<;tion fiour retourner vers Dieu. Ainsi nous dev(^ns espérir que les proleslarils, les liéiéiiqucscl fvs lévolulion-
naires se convertiront dans leurs fils, et illuminés par le repentir qui suivra leur épreuve douloureuse , ils reviendront vers leur père comme l'enfant de la parabole.
Aussitôt que le père vit de loin revenir son fds, il sortit transporté de joie, et se je tant au cou du pauvre repentant, il l'embrassa avec beaucoup de larmes; il ordonna à ses gens de lui faire fête, il lui rendit ses premiers vêtements, lui mit au doigt un anneau d'or et fît tuer le veau gras pour se réjouir dans un festin. Cc[)endant le fils sage, qui était resté près de son père, s'offensa et ne voulait plus rentrer. Mon fils, lui dit le père, tes reproches sont injustes. Tu es resté près de moiy et tous mes biens sont à toi; mais ne fallait-il pas me réjouir du retour de ton frère? C'est mon fils qui était mort, et je l'ai retrouvé vivant ; il était perdu, et il est revenu à moi. Aussi, ajoute le Sauveur, je vous déclare qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour le retour d'un seul pécheur que pour un grand nombre de justes. Car Dieu; ressemble au bon pasteur qui a cent brebis, et qui laisse sur la montagne les quatrevingt-dix-neufbrebis fidèles pour courir après la brebis égarée, et lorsqu'il la retrouve, il la prend sur ses épaules et revient joyeux au bercail. Les pécheurs sont donc préférés aux justes, et c'e^t pour eux seuls (jue lo travail de la rédemption s'accomplit, selon cetle parole du maître : Je ne suis pas venu appeler 1rs justes, mais les pécheurs. Ainsi, dans la rédemption, la race d'Adam cou|)able est préférée aux anges fidèles, cl Dieu, jaloux en (juehpje sorte de vaincre sa rébellion, abandoiuu; le ciel pour s'associer à l'iiifoitune de sa créature.
Nous n'entrerons [)as dans l'exanuM) des autres [taraholes, car l'Eglise seule s'en étant réservé l'explication, nous ne pourrions eu admirer la justesse et la beauté sans entrer dans cetle explication même, ce (]ui serait en dehors de notre mission, (^esl (buis les paraboles eu eilel (pie sont conlenus tous les iii\ stères de la doctrine évauji,éli(pje; c'est là (pi'on trouve (pielquef'ois des paroles (jui sembleraient dures à la raison iiisouiiiis(.', telles, par exemple, (pie celles-ci : Il .sera donné à celui qui a déjà, et à celui qui n'a pas il srru repris même ce qu'il semble avoir. C/(>s[ lii(pies(! trouve formulé hMJogmu t(;rriblede l'exclusion et d(; la cotidaiiinatioiii aux ténèbres extérieures; mais là aii^si est mise en acti(Ui c(;tle divine parole de la |)rièr(; du Seigneur : Pardonmz, pour qu'il vous soit pardonné. Dans les pai/iboles aussi sont iiidifpiés les deux plus grands mystères (h; la doctrine clirélienne, celui delà niédestiiiation et celui de rexisten(;(! du mal. Nous renv(j\oiis nos lecteurs aux admirables interprétations des saints Pères, et nous relirons en pleurant la parabole de l'enfant prodigue !
Eiili'i l(! Sauvr;ur, ajirès avoir ens(;igné ouvertement et eu secret, s(! préjiare à sou sacrilice : il s'y prépare par des (euvres do iiiisériconh; et (h; pardon, il relève la fiïmmo adultère en invitant à lu coiidamiicr, ceux,-
su
FVANT.IIK
1?i sonltMiionl (Idiil la vie csl parr;iil(^niont irr«^pro('linl»l(' ; il piu^rit les n'.alndos, il rompt ri inii'ti|tlic le jmiM pour la nourriture des niullitutli'S airainées, ol révrli» h ses disciples et au monde ciu'd est doux et huiuhle de ("(Pur. 11 n'achève jioint le roseau brisé, et ne met pas le pied siu* la mèche qui fume encore. Il ne dédaigne même pas, lui la chasteté sans tache et la pureté sans ombre do souillure, il ne dédai,L:;ne pas les larmes et les parfums d'une pauvre femme livrée au mépris public par les erreurs do sa vio passée. Cette femme aima le Christ d'un saint et douloureux amour. C'était la !\Iadeleine, qui avait été fille de débauche, et du corps de laquelle il avait chassé se|)t es[)i'ils impurs. C'est-à-ilire que les sept vices capitaux avaient fait place on elle aux sept vertus, qui sont comme les couleurs prismati(|iu\s de la lumière morale, et qu'elle avait été intérieureuient illuminée de cette blanche et douce clarté évangélitiue qui chasse toutes les ténèbres et efface toutes les souillures. Quel touchant spectacle que la pécheresse aux |)ieds de Jésus dans la maison du phal'isien ! Les prêtres, couverts d'habits splcn- (lides sont ]h sur des lits magni(i(jues; ils se repaissent de faste et d'orgueil, et daignent admettre h. leur table, par une sorte de curiosité insolente, Jésus, le prophète du peuple, le pauvre docteur de Galilée. Personne ne lui a offert de parfums, parce qu(; ses vôtemenfs sont grossiers , et l'on n'a point versé de l'eau sur ses pieds couverts (Uicore de la l'ange des villes et do la poussière des chemins. Mais une fenuDO entre tout é| erduo dans la salle du festin, elle n'y voit qu'un seul homme, elle se précipite aux pieds de son Sauveur, lui baigne l(>s niods do ses larîues et les essuie av(»c ses oeaux cheveux. Les Pharisiens murnuirent de ce (pie cette fenune est entrée, car ils l'ont reconnue, pour l'avoir vue ailhnirssans doute. C'est la pécheresse de Magdalé. Cet honunc se dit prophète, disent-ils en murmin-aiit, et il no sait pas par qui il se laisse toucher. — Simon, dit alors Jésus au maître du logis, vous vi'nvrz reçu arrr wt^pris, et rrUr-ci vie f/lorifir. Personne, f/itnnd jr suis entré, ne m'a (Innnd le hniser fraternel ; personne nn réjxindit fie parfions nur ma tête ; personne ne in'fi offert une rciti hospitniirre pour laver mes jiieds, et celle-ei les a haii/ne's de ses larmes, les a couverts de ses baisers, les n embainnés de ses parfums et 1rs n essutp's de ses efierenx!... O femme ! ajoula-l-il en se louniant vers elle, bien vous pardonnera beiuiroup, car vous avez beaueonp aimé !
Lutin il va conunencer cetie manibstation toute pacili(pie dont il prévoyait davatu'e le résultat pour lui-mèn)<>, cette révidution ini- |)ossiblt' avec les élénncnts viciés de la société d'alors, et (pii eilt pointant épargné au monde entier bien du sang et di's larmes. Voiri, dit-il h ses disciples, voiri que nous niions ft Jérusalem, oi) le fils de l'homme sera livré rntrf les mains des étram/ers : ils l'outraijrront, ils le flaip lieront et ils le crucifieront, mnii il rcssusiilcra le troisième jour. Pierre
LVANGILE fîhî
alors s'épouvante pour son maître, et veut le détourner de marcher à une mort cerlaiîie. — Retire-toi de moi, Satan, répond !o sacrificateur sublime, tu es pour moi un scandale ! Car tu ne comprends pas les mouvements de l'esprit de Dieu !
Prêt à entrer dans la ville sainte, il envoie deux de ses disciples eM)|)runter pour lui une modeste monture : Dites à ceux qui voudraient vous empêcher de la prendre que le maître en a besoin. Il entendait |)ar là (pie cet animal étant utile à l'œuvre de Dieu, pouvait être, connue toutes choses , réclamé au nom do sou véritable maître 11 lit donc ainsi son entrée dans Jérusalem, monté tour h tour sur un ;hion et sur une ànesse, et une foule curieuse et enthousiaste qui avait entendu parler des prodiges de sa doctrine et de sa vie, se porta au-<levant de lui avec dos cris de joie et de triomphe; les palmes j(inchèrent le chemin; plusieurs même étendirent leurs vêtements sur le passage du Sauveur, qui , triste et recueilli dans sa grande pensée de sacrifice, fixait ses regards du ci>té du Calvaire, et croyait déjh entendre, à travers les acclamations de ce. te population volage, les voix haineuses qui huit jours plus lard devaient cri(?r devant Gabbatha : Qu'il soit crucifié!
Toutefois il no voulait pas que l'enlhousiasme populaire, no duràt-il qu'un jour, rcsl;U infructueux pour la sainte doctrine (pi'il annonçait; il osa enlroprondre de purger le sanctuaire d'un ramas de trarKjuanIs et de vendeurs qui s'y étaient établis. Le Christ, à la têle du peuple, entre dans letenq)le do Salomon, et voit avec amertuuu) qu'on en a fait un vaste marché; il s'arme d une corde pour chasser tout ce bétail humain ou autre ([ui infectait la maison sainte ; les fables des changeurs sont renversées, l'argent est jeté sous les |)i(M!s du j^ouple : Otcz tout cela d'ici, s'écrie le maître, car Dieu a dit : Ma maison est une maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs! — Quelques prêtres osent s'op|ioserh Jésus, et lui demandent de qut lie autorité il fait de pareilles choses ? — l.e peuple courait après Jean-Baptiste dans le désert , repondit, et Jean les instruisait et les baptisait. De quelle autorité aqissait-il ainsi ? — Les prêtres comprirent la parabole, ils sentirent ([ua s'ils ne reconnaissaient pas Jean-Ilaptisie pour nn pronhète, ils choipieraient l'opinion du peuple, et (jue s'ils reconnaissaii nt l'inspirât on du précurseur, ils devaient céder à celle du ('luisf. Ils balbutièrent donc fpi'ils n'en savaient rien. — l'.h bien! dit Jésus, restez dans votre iqnorance, je n'ai rien à répotidre à vos (jinvslions. (iependanl les enfants, connue s'ils |>ressenlaient l'avenir (pii était promis aux rac(>s nouvelles, criaient sous les voiries du bnnple : Salut et (flaire au fils de David! béni soit celui qui vient au nom du Seiqneiir ! Faites donc au nH>ins taire ces enfints, disent (Ml désespoir de cause les Pharisimis confus et jaloux. — l'iiiirquoi les ferais-je taire? dit le Maître; ( '(>7 dam la bouche des enfants que Dieu a
r-i' EVANGILE
},liuc la vérité, pour être glorifié par elle, et je vous dis en vérité que si ces enfants se taisent, les pierres crieront. Puis il se mit à enseigner dans le leniple , el il disait : Ne ressemblez pas aux scribes et aux pharisiens f/KÎ aiment à prier au coin dex rues et à être salués sur les places publiques. Malheur, malheur à vous, pharisiens hypocrites, qui faites la loi religieuse insupportable pour les autres et facile à vous seuls ! Vous mettez sur le dos du pauvre peuple des fardeaux qui l'écrasent, et vous ne voudriez pas vous-mêmes y toucher seulement du bout du doigt ! Malheur à vous qui détruisez la loi de Dieu uoiir établir vos traditions humaines ! Malncur à vous, docteurs, qui prenez la clef de la science et qui empêchez les autres d'y entrer, sans y entrer jamais vous-mêmes ! Malheur à vous qui tuez les prophètes et qui lapidez les envoyés de Dieu, car Dieu vous redemandera le sang de tous les justes depuis Abel ; vous égarez le peuple, et vous perdez Jérusalem : aussi je vous dis en vérité que bientôt elle sera déserte.
Aces mots, des murmures commencèrent à s'élever : une partie du peuple se retira, les prêtres et les pharisiens entraînèrent le reste. Des cris de mort se firent entendre, les faibles eurent peur et sortirent, le Christ se déroba dans la foule à la faveur du tumulte. On était arrivé au soir de cette journée de triomphe, et la f)0pulari!é du juste était à son déclin. Le lendemain Jé-sus .soilit avec ses disciples hors des murs de la ville sainlf, et s'étant assis sur une hauteur-, il regarda Jérusalctn <in pleuianl. Jérusalem, s'écriait-il avec des sanglots, pourquoi naslu pas compris la visite de Dieu ! J'ai voulu rassembler tes enfants autour de moi comme la poule rassemble ses petits sous son aile, et tu n'as pas voulu! Ses disci[jles, cepen la;it, voyant le Maître livré à la tristfvsse, s'cUaicnt un peu éloifinés el contemjtlaicnl d'en haut les immenses bAliments du lem[)le rpii couvrait toute la montagne de Sion cmime une cité merveilleuse : Maître, s'éciiaif;nt-ils, voyez donc ces masses d(; [)ierre et celle gigantesque slructiirc ! que de puissance et de travail! Le Christ, alors, sortant d<; sa rftvcrie : vous voyez tous ces bAlimenls, leur dit-il dune voix sombre, mais ioile : // n'en rexlrrn pas pierre sur pierre, tout sera détruit! I^':s discijiles ne le comprin;iit i)as, mais ils furent tristes, et ciKhîsceridant cle la montagne, personne n'osait inlerrog«'r le Maitr»', tpji prévoyait di'-jà sa irifjit el la ruine de sa pairie.
X\I. La transfiguration.
F/Kvangileii'»us racriutrîque, p<rj df! Icmps avant sa mort , h; (Christ s'élaiil relire sur une haute montagne avec lrf>isd«; ses disci- |»leH, se transfigura en l«!ur présence. S *n visngf devint cfirmru; h; soleil, el ses vétcirienlA prirent la blancheur é( l.-il.inle dr> In neige, et l'un vovaii Mois»; el Lire 'jui s'erilr«:leiiai»'nl avec lui des mystères d»; sa mort prorhaùie et de sa résurreclifjii. Hors dcliiniéine, et comme transporté, saint Pierre
EVANGILE
s'écrie : // nous est bon d'être ici : faisons-y^ s'il vous plaît, trois lentes : une pour Moïse, une pour Elle et une pour vous. Ces paroles du chef des a[)ùtres ex()rinient admirablement la gi-andeur et l'esprit du dogme catholique, qui devait résumer toutes les prophéties et concilier toutes les manifestations de la religion révélée à ses diiférentes é|)0ques. Dans son extase, le chef des nouveaux croyants exprime d'un seul mot toute la félicité des élus, et cette béatitude sui-tout que procure l'intuition de la vérité : il nous est bon d'être ici!
Cette page de la transfiguration qui précède le récit des douleurs de IHomnie-Dicu est du plus gi-and etfet au point de vue littéraire , et forme un contraste splendide. Raphaël en a traduit les beautés sur une toile qui est le chef-d'œuvre de la peinture, et dont le [)lan a quelque chose de hiérarchique. En elfet, l'intérêt y est gradué de bas en haut, et les personnages y sont groupés en trois séries : en bas on dispute et on lutte contre le mauvais es|)rit; plus haut on se pr^osterne et on adore ; j)lus haut enfin Moïse et Klie, les deux grands types des voyants, s'élèvent de Icrce el nagent dans des fl(jts de splendeur-. Rai)haél a voulu exprimer ainsi ks Irois états de la vie spirituelle, et faire de son tableau \in résumé de théologie mysticjue, ce (jui était merveilleusement coiii[neudre le beau sujet de la transligiua ion.
XVIL La dernière cène.
Nous ne chi.'rcherons pas h analyser les Ix'autés qu"f)llre à l'imagination des chrétiens le |)lus auguste de leurs myslèi-es : c'est la loi seule «jui dcut i)arler ici, et nous ( laindrions do i)rofaner , en les admuant (irint! manière Irop hiuuaine, des myslèr-es qu'il faut adorer. Devant ces prodiges de I amour divin, le recueillerruMit et le siUnico peuvent seuls pi'ouver (ju'on h'S ap|)récie, et au lieu de paroles pour les exprimer, ou ne doit lr'0UV(n' (pie des larmes.
XN'III. La passion.
Ici se déroule dans l'Evangile le grand drame lugubre (jiri depuis dix huilcorUs ans fait plerjrcn" le gmire humain lout entier : la juslrce et la véiilc'; eoirdamru''es au (hnnier supplice parl.r pirissaricf.'hypoi lilcou brutale ; la socii''l('; tout eiitièi'c; «'omplire du meurlrrj d'un Di(Mr, selon la piolonde et s}rrrboli(pm iiaroh; de la foi; les prèlres el les rois, avec linrr-s llatteur-s el leins satellites eonjurés eorrtre le N'cibc' de vi(! (-t Iravaillarrt à fair(î un e.idavie, puis ce (^nlavre se dressant lout sanglant dans la lomlx; et étendant ses mairrs pm-cées pour d(!iiiand(n' Jrislicc!, |)arlanl au ciel et au moirde par' N; sanglot de toutes ses douleurs, (;l (nnatil veiigeairce iiar lout(!s ses plaies coriiriuî |»ar des boueires implacabhvs, le peuple h venir lui'; dans un lif)rririie, el c(.'l hoirune ressuscité dans le peuple «pie sa doclrinr; ithnitilic' h sn pinsoruie ; le gibet d(!Veiiant un lrùn(«, et le.-. (>alais des rois, avec Jcs temples de leurs
EVANGILE
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