‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 7 sur 233 · AGRIPPA · texte numérisé non relu

AGRIPPA

pril, à quoi sont-elles bonnes, si elles lie nous ouvrent pas les yeux sur les vices qui font notre malheur, et si elles ne nous apprennent point la route de la vraie félicité? Sans une bonne vie, sans une vie innocente et réglée qui nous établisse d'avance au but de toutes les recherches humaines, la science ne peut rien pour notre bonheur! »

« La contemplation de la Divinité, dit-il oncoro, est le but de notre vie intellectuelle. Est-ce avec des syllogismes qu'on y parvient? Faut-il pour cela des démonstrations étudiées, des recherches laborieuses? Non, rien de tout cela. Croye : et obéissez, voilà tout ce que vous avez besoin dt^ savoir!

'<■ Quelle est donc, ajoufe-t-iMa félicité des Sciences? Quelles sont la gloire et la béatitude de ces profonds philosophes dont la mémoire et les louanges remplissent encore Je vide de nos écoles? Hélas ! hélas! transportez-vous en esprit dans l'enfer, vous y trouverez les âmes de ces grands fantômes de célébrité livrées aux plus affreuses tortures. Chute affreuse et mille fois déplorable, qui a suivi leur fiassagère élévation ! expiation cruelle d'im horiiieur usurpé ! Saint Augustin avait vu intérieurement ce triste spectacle, lorsqu'il s'écria avec l'ApùtJcdes nations: Kh (jHoi ! voilà f/ne les ignorants se lèvent et qu'ils nous ravissent le cirl, tandis au avec toute notre sciencenoug perdons misérablement notre âme! »

Ces paroles sont très-chrétiennes, et il est difficile de les attribuer h un homme (jui eiit été livré aux arts magiques et aux sciences superstitieuses. On pfut donc croire (jue si Crnélius Agrippa s était livré d'abord aux vaincs rechercrics des sciences r)ccultes, il en reconnut {-lus tard le danger et le mensonge, et que la [lage (jue nous venons de lire est l'exnression de son re|ientir.

Son traité du sacrement de mariaffc contient de belles et bonn<.'s choses aux |)oin'.s de vue philosophique et littéraire, avec quelques tendances liétérodoxcs h condanuier le célibat d'une manière tro[) absoliie, sans égard pour l'esprit apostolique qui a toujours manifesté la plus haute estime pour l'étal do virjfifiité.

.^on l'iloge du sexe offre, sous une forme un peu fiaradoxnle, d(;s f)bs«;rvalions rjui ne sont [las dépourvues de finesse, et l'on y rencontre divs passages véritablement éloquents, dans le genre rie celui-ci :

" Dieu, /;n la jMjrsoruie de Notre-Seigrieur Jésus-<^hrisl, a tui \\ la femme cet horuieiir insigne de lui demander un corps et de s'incarn«;r dans son sein. <ir/in<l ei niconrevable prodige, qui n fait rétonnement des pro|)lie- Ics, (pje la féf;ondilé se soit merveilhrusemrtit unie a une virginité sans l;iche, et (ju'une jeune liile toujours pure ait entouré un homme en portant un l)ieu dans son sein !

• Q land le Sauveur vir;lr»rieiu eut brisé les portes de la mori, .'i oui voulut-il d'aborl nppai.illre? n\i\ saintes rermries: elles furJiit les premières iiistruites rle la grande et bonne nouvelle de son retoin au monde.

%\a\yt aussi, c'est r/u/i la mort de I Homme

ALBfiRT Sî

Dieu la foi des hommes avait défailli, et ils étaient tombés soit dans l'apostasie, soit au moins dans le doute. Les femmes seules furent inébranli'.bk's, et seules en'ce moment elles re; résentaient l'Eglise naissante. Ce n'est pas aux femmes qu'on peut généralement reprocher d'avoir persécuté les orthodoxes, d'avoir inventé des hérésies, d'avoir violé la pureté de la foi : ce sont Ih des crimes qui appartiennent aux hommes. Qui donc a livré le Sauvi ur du monde'.' qui l'a vendu? qui l'a acheté ? quels ont été ses juges, ses tourmenleurs,s> sbourrcaux môme ? (|uels monstres ont osé dresser un gibet pour un Dieu? Les hommes! et toujours les hommes figurentsoit comme auteurs, soit conniio acteurs dans ce drame terrible. Pierre renie son bon maître et jure qu'il ne le connaît l)oint ; les autres disciples s'enfuient et l'abandonnent ; les fennnes, au contraire, avec un mâle et intrépide courage, suivent les pas sanglants du condamné, et accompagnent leurSauveur jusqu'à la croix, jusqu'au sépulcre! L'épouse même de Pilate n'intervient dans la passion que pour défendre l'innocent, et fait plus pour lui sauver la vie, elle })auvre idolâtre, que tous les honnnes (jui avaient cru en lui. »

On ne nous saura pas mauvais gré d'avoir traduit et inséré ici le passage d'un écrivain qui n'est |)as connu dans la littérature religieuse, et dont on ne lit plus guère les ouvrages. Sou traité du mariafjr, ynul au discours sur la (lignite du se.rr, et au traité de la vanité des sciences, a été liaduil et publié en français par Gueudeville.

Ce (jui donnerait h croire que Cornélius Agri[tpa s'éloigna, à la fin de sa vie, de la pratitpie des sciences occultes, c'est (pi'il mourut dans la pauvreté et dans l'exil, par suite de la disgrâce (ju'il encourut pour n'avoir pas voulu satisfaire la ( uriosité d'une rein(! en lui tirant sr^i lior()sco|ie.

ALHKirr LK (iUAND. — Ce docteur célèl)re, qui lut le maitie d(! saint Thomas d'Aquin, n'appartient h la liltératini! proprement dite (pu,' par le merveilleux dont les tradilionspopulaires ont environné son nom, et [lar le côté poélicpu; des h'-gendes cpii s(! lattach 'lit a son hisioire. On (lit (pu; les saisons ne chaugeaicMil pas pour lui, et (jue les arbres de son jardin, au milieu des plus grandes rigueurs do l'hiver, se couvraienl de fleurs et de fruits. On dit aussi (pi'après plus d(! trente ans d'un travail assidu, il parvint .'i terminer un aiidroide o\i aulomatr; humain (pii imitait tous les uiouveMieiils d'un lioiiiuie (;t lépondait h toutes \(;s (jucstioiis. (]el écolier-macliine a peut-être été invr^nlé par <pMd(pi(! géni<î satuitpu! mal satisfait de la méthode scolastique du moyen âge, (!t du méc/inisiiie d'Aristole pour trouver n'-ponse il toutes choses. Quoi (pi'il en soit, et ce (pu achève de nous persuader (pjo celtf! fable a (piidqiie chosi! dallégori(pj(! , on ajoute (pie saint Thomas, fatigué des répoiis(!S d(! l'andi(Mi|e, le biisa d'iiii (oup 'je bâton. N'a-t ou pas V(Milu sigiiili(;r |iar \h le renouvelhnnont de l'école par saint l'homas, et h.'coiij» mor-

S-. M.criN

Ici qiio poil.i la Sommr, son clicf-irn'iivro, imx éU'Mnonts barharos d'une science incomplète cl routinière? Ce qui est certain, c'est (lue saint Thomas, qui était l'Iionmic le plus éclairé l't le théologien le plus sa.i^o de son siècle, n'eût pas brutalement brisé un chef- (]*(cuvre de mécanique, ouvragnet propriété 'e quelqu'un. Quant à l'accusation de magie, justifiée seulement par quei(jues passages où Albert le (irand parle des sciences divinatoires en termes qui peuvinit faire supposer qu'il y croit, elle se détruit d'ellemême en présence du décret de Grégoire XV, qui le déclara bienheineux en l'an 1G12. Ses livres de physique, d'ailleurs, ne prouvent pas ({u'il ait eu une connaissance bien profonde, nous ne disons pas des secrets, mais des lois môme de la nature. Cette réputation fantastique prouve seulement (luc par son génie il était au-dessus de son siècle. Une place de Paris où la tradition ra[)jiorte (pi'il donna des leçons pid)liques s"est appelée longtemps Place de Maîlre-Albert, hom qui avec le temps s'est contracté en celui de Maubert, que cette place porte encore aujourd'hui.

AIXUIN. — Le nom d'Alcuin est un nom vénérable et dans la littérature et dans l'histoire. Il aida puissamment le génie deChilrlemagne dans j'feavre du rétablissement des .*tciences et des lettres tni Euro[)e. L'empereur Iui-mènu3 se; lit le disciple d'Alcuin qu'il avait fait venir d'Angleterre, et mit à sa disposition sa puissance et ses richesses pour In fondation et l'entretien d s écoles de Tours et d'Aix-la-Chan l!e. Alcuin y enseigna l'Ecriture sainte, l'.istronomie et les autres sciences qui se divisaient de son temps en arts libéraux et sciences mathématiques. Les arts libéraux étaient au nombre de sept, y comj)ris les malhématiqu^'s, qui se divisaient elles-mêmes en arithmétique, musique, géométrie et astronomie. C'était le chaos, mais de ce chaos, des hommes comme Charlemagnc et comme Alcuin devaient faire jaillir la lumière. Sans doute les é(M-its de ce grand homme se ressentent de la barbarie de son époque, mais il ne faut nas oublier qu'alors tout était à crérr, et au Alcuin fut en linéique sorte pour son siècle un génie universel. Il lenouvela et régla la grammaire, soumit l'orthographe ,^ des lois fixes, excita l'émulation pour les bonnes études, s'occiq)a du cidte et de la liturgie, et trouva au mili(ni de tant d'occupations le temps d'écrire de longs ouvrages. La mémoire d'Alcuin doit être chère à tous ceux qui ont dans le cœur l'amour des vertus patientes et des caractères organisateurs. Ton tes les grandeurs et toutes les richesses intelh'cluelles de la France, et par conséquent de l'Isurofie moderne, ont eu pour commencement les nobles elforls et le dévouement d'Alcuin et dt; SOS disciples. Il y a plus df gloire sans doute d'avoir conquis laborieusement \\ sa patrie et nu monde |,i clef des sciences et des beauxrtrls (pic de s'être illustré soi-même dans une liliérature toute f.iiln et avec des ressources toute» créées : aussi les amis des vaies lu-

AI.LEGORIE

mièrcs et des gloires utiles h l'humanité saliierf)nt-ils toujours avec reconnaissance, <ii coté de la grande figure de Charlemagne, la grave et savante ligure d'Alcuin, le sage ( onseiller du plus grand prince qu'ait eu la France, le noble maître du plus sage des ('mp{n'(nirs.

ALEXANDUIF (Ecole d). Voy. Synksu s.

ALFXANDKINS ( Vers). Vo\j. Versification.

ALLÉGORIE. — L'allégorie est une figure eiS(!ntielleinent poétique, puisque c'est la vérité ex[)rimée jiar des images. L'allégorie n'est en quelque sorte qu'une méta|)lioro plus piolongée, et proposée comme une sorte d'énigme h l'intelligence des lecteurs. Tous les ancii^ns cultes étrangers à la révélation, et qu'on pourrait diviser en cultes ; hilosophiques et poétiques, avaient l'allégorie pour base de leur symbolisme. Les orophèles du vrai Dieu ont fait aussi de l'allégorie un usage fré(|uent, et c'est h celte (igure qu'il faut recourir pour trouver la clef des passages les plus obscurs de Daniel, d'Ezéchiel et de saint Jean dans son admirable Apocalypse; les Evangiles apocryfihes .'■ont |)our la plupait des tissus d'allégories plus ou moins ingénieuses, et l'on retrouve encore dans les vieux légendaires cette forme merveilleuse employée pour donner de l'attrait aux grandes vérités de la doctrine chrétienne.

Le Sauveur du monde n'avait pas dédaigné de cacher aux superbes, et de rendre plus accessibles aux petits et aux humbles les dogmes de sa révélation sous les voiles allégoriques des paraboles. L'allégorie, dans la lillératiu'e religieuse, touche doncde près au symbolisme, avec lequel, toutefois, elle ne doit jamais se confontfre. L'allégorie peut servir (juehpiefois il rex(>licalion du dogme, (fui reste invariable et sacré, sans qu'il soit piM-mis à limaginalion des poètes de confondre nos divins mystères avec les mythes et les fables des religions profanes. 'Nous devons donc, pour bien savoir nous servir de l'allégorie, étudier avec soin son origine, et connaître jusqu'où peut s'étendre son emploi. (]etle (tude jettera un grand jour sur toute la i)arlie littéraire de l'Fcriluro sainte, cl nous montrera des profondeurs phi- I tsophiquesel religieusesoù nousnefmuvions a; ercevoir, au pi-(nni(M- abord, cpie des figur(>s étranges et des récils bizarres. L'Apocalypse prise à la lettre serait l'écueil de la foi la nlus soumise et le supplice de la raison : il faut donc, aux endroits mystérieux de l'Ei riliu'o rpie la raison ne ^leut aborder, e^savtn" ;i la porte close la ciel poéti(|ue de l'allégorie partout où l'imposante sévérité du dognu» ne nous ordoniie pas de nous incliner et de croire sans examen.

Pour arriver h posséder parfaitement la S( iinir-e de l'allégorir», il faut en savoir d'abord la raison d'être , puis en étudier les règles en les comparant avec les exemples, pour mieux pn'cisor les règles par la dassilicalion des exemples, il faut suivre l'histoire de l'allégorie chez lous l.s peuples gui

ALI.EGOUIE

ALLKGORlî

ont Iaiss»5 des raonuinents littéraires, et voir comment le génie des différents peuples et des civilisations successives ont nioditié leur symbolisme roligieuï et poétique en changeant leurs allégoiies, et il y aurait sur ce sujet de gros livres à faire ; ïious nous bornerons à indiquer rapidement et sonimairoinent les choses qu'il faudrait développer longuement et appuyer d'innombrables autorités pour compléter l'étude de ce sujet si important. Les limites imposées à ce Dictionnaire nous contraignent de nous borner 5 une simple indication pour diriger les recherches des hommes d'étude.

Pour plus d'ordre et de clarté, nous diviserons cet article en plusieurs paragraphes.

§ 1". De l'allégorie considérée en elle-même. Sa raison d'être.

L'allégorie, ainsi que la comparaison et la métaphore , a sa raison d'être dans le sentiment des harmonies de la nature.

Nous entendons par harmonies de la nature l'accord des similitudes et la gradation des dissemblances dans la distribution du mouvement, de la vie et de la beauté à tous les êtres.

Nous disons le sentiment de ces harmonies, et nous dirions presque le pressentiment, en appliquant ce mot aux hommes qui luttent encore contre les ténèbres de la vie mortelle. L'expression de ces harmonies, venant de l'esprit de Dieu, est une révélation, parce qu'elle procède d'une science certaine, et c'est en cela ([uc la prophétie dilfère de la simple poésie, en sorte que si l'on veut encore confondre les mots tout en distinguant les idées, il faudra dire que les [)roi)liétes .sont des poêles infiillibles, parce (ju'ilssont divins, tandis que les poi-tes sont des esjKices de prophètes imreuienl humains, et jtar conséipjent faillibles.

Le poëtc humain est faillible surtout parce fjue les choses qu'il ne saurait connallre, il les inventa. Le prophét»; les voit dans son extase, il les voit oxpriiu 'es par les h^'ures que le Verbe de Dieu lui-même 1 ur «ssigne. .Si celle disiimtion est exarl.;, cl nous la soumettons aux mailresde la science, il .s'ensuivrait rpjc la i>o'sie ne devrait pas chercher ailleurs que (Inns l'inspiration des [irophctos son critérium de vérité, ou, en d'autres termes, rpjo les prophètes seuls seraient rKiur les rioètes f hrélieris les modèles infaillibles de la grande ei vraie poésie.

Ce j)riricq»e établi, et nous no crfjyons guère qu'il puisse être r:ontcsté, nous avons a chercher q»iel|os sont hs sources de; lins- |iir.itiori des |)rophèles , iumi quant h la révélalio'i (pii vient de Dieu, et dnrit l'afiiiréc alion rentre d. MIS le domaine exclusif ne la tliéol<»/if;, mais f|uanl aux formes pr)éli(pi('.s du langage ; et comme celte forme poéi que consiste |»riricipalemeril dans leurs comi)araisons, leurs r(iéla()hore« et leurs al|égr,ries, conune nous ri'ndmellons f>ns rpi'ils soient les inve'(teîir«. de celle foruie ( «'•fiiuion soiil*înue i [iir de bons lfiéolo^ieri> et

^'liiiljû' en exégèse, et qui semble

plus pieuse et plus calholi(jue que l'opinion contraire) , nous devons recourir au Verbo de Dieu lui-même pour trouver la raison d'être des allégories, des métaphores et des comparaisons des prophètes, et nous avons à nous demander , 1° si le Verbe de Dieu peut supposer des relations qui n'existent pas, et exprimer des rapports de fantaisie ; 2" si l'esprit de Dieu peut se conformer en quelque sorte à l'ignorance des hommes, et mettre son langage à leur portée, en frappant leur imagination par un langage poétique conforme à celui qu'ils concevraient eux-mêmes parles simples lumières de leur droite raison.

La réponse à ces deux questions n'est déjà plus de notre ressort, et appartient également à la théologie dogmatique et à la plus haute exégèse. Nous ne pouvons donc exprimer ici qu'un sentiment tout personnel, et par conséquent entièrement soumis k l'autorité supérieure ; mais il nous semble que l'esprit de vérité ne peut rien supposer, puisqu'il sait tout, et que, pouvant lout sur l'intelligence et le cœur des hommes, il n'a jamais besoin de feindre.

Les relations de similitude et de dissemblance, d'éloignemeid et de rapport, exprimées par 1rs écrivains inspirés, auraient donc leur raison d'être dans le Verbe do Dieu lui-même, et seraient une révélation partielle du secret de la création.

Le dessein de Dieu dans la création do toutes choses ayant été de manifester ses attributs et ses [)erfections, et l'univers visible n'étant (pi'une série de caractères glorieux fjui (.'xiJriment la pensée divine , aucune forme d'ailleurs ne pouvant être attribuée soit au ca|)rice, soit au hasard dans l'o.'uvre de la souveraine sagesse unie à la toute-puissance, il s'ensuit (pie toute fornio créée exprime une; [jcnsée divine, et ([uc les |)ensées de Dieu ('■tant unies en inn; seulo pensée, l'unité doit être la loi de loi. les les formes, et une harmonie nruverselle doit les unir toutes, comme les couleurs divcises sont unies dans un lable.m , connue toutes l(;s lettres , toutes les lignes et toutes les pages se rapportent l'une h l'autre et s'unissent dairs un beau livre.

Or, ce (pie Dieu a h; |<lus clairement manifesté dans la création des form(;s visibles,, c'est la peiisé(; de hiérarchie. F.a chaîne d(!S êtres s'agrandit ( t s<; peil't.'clioniH; loujonisen nionlanl ; des Iransitions sotil admiciblurrienl ménagées enlrr; l'oirdiri; cl la lumière;: In r réalion a ses ébauches comme elle a seschefs'd'o'UVK;, coniUK! si Dirni voidait nou» inviter à monter <» lui en nous altiranl loujours de plus en plus |)ar rharmoni(; cl la b<!aulé.

(îe (pie Dieu a fait dans le monde, il le fait aussi dans les .'Imes, t'I les [»ens(''es do riioiimie p(niveril être comparées auxaulres ouvrages de Dirru : elles s(! imnivciil suiv.mt une loi de liiérai(:lii(! ()rogressive , et sont attirées syriipalliiqucmeiil .'i cv. rpii csl bien par le spécial le de c<! (pii esl beau, corinno elles so'il délouuiées du duoJ jiar la répui-

ALLEGORIE

sion (lo la laideur : la beauté est donc la foruT' visible du bien, et la laideur la forme visible du mal.

Or, la beauté n'est pas imaginaire : elle résu Itc de l'harmonie da>\s les formes, comme le bien moral , qu'on aj^pclb» aussi beauté, résulte de l'harmonie ou de l'ordre dans les cjiosos inlellecluell(\s et morales.

Pax est Iranquillitns ordinis : La paix est la tranquillité (pii résulte de l'ordre. Le bien, c'est la paix dans l'Ame , et la beauté, c'est aussi la paix dans les formes extérieures. La laideur est toujours une anomalie, comme le mal est un désor re. Ce qui est bien est beau, ce (jui est bi'au est bien.

De cette similitude entre les choses physiques et les choses morales résidterit des rapports sympatiii(|ues entre les formes de la créalion"et les dispositions de l'Ame. Qui ne sait combien la pureté d'un beau ciel est C'i harmonie avec la tranquillité d'un cœur pur? Qui n'a ressenti plus vivement, dans les jours froids et tristes de l'automne, les atteintes de la tristesse? Pourquoi aimonsnous mieux, quand tous sommes dans la joie, les paysages animés et les sites fleuris ? Pourquoi , dans la mélancolie , cherchonsnous les lieux sou)bres et solitaires ? N'énrouvons-nous pas des sympathies particulières pour des animaux ou pour des lleurs, tandis que pour d'autres nous éprouvons une répulsion en quchpie sorte instinctive ? N'avons-nous pas nos préféren(;('S en fait de couleurs, d(! parfums et de mélodies, et ces attraits comme ces répugnances ne s'expli- (jueraient-ils [)oi'it par certaines correspo 1- (lances cachées entre nos dispositions mor.iles et les objets (jui alfeclent agréablement ou (lésagréabl«>ment notre organisation physique? IMus les s(ienc(\s physiologitpies feront de progrès, plus cela devienilra inconlest.ible.

11 existe donc dans la nature , entre les pensées et les formes, entre les (;hoses visibles et les choses invisibles, entre les relations physi(pies et les relations morales d';d)ord , puis eitre les choses corporelles elles-mêmes, h divers degrés de lumières et de beauté, ainsi (pi'entre les choses spirituelles j)rises séparément h divers degrés d'fdévntion vers Dieu, selon l'ordre hiérar- <hi(pn\ il existe, disons-nous, des harmonies réelles et des correspondances essentielles antérieurement à toute poésie , la poésie n'étant d'ailleurs (|ue le sentiment de ces rorrcspondances et de ces harmonies , dont la prophétie su|iéricurc à la poésie sera la révélation.

Nous avons exprimé les pensées préct'-- «Icnles en (pir-hpies stances (pii trtniveronl naturellement ici leur place.

Qii;inii siirrombonl nos sons iléliilos Alix <Mi( li.intfini'iils (In sointin'i! , Lt" iiiiHcaii (les soiigrs mol)iles Pn-x'iUr à Ijiuo nii f.mx rrvril.

Alors nos v,igiirK rinlnisies Di- foniK's ,111 li:isanl rlioisies t'olon'iil Inir rjç.uemnil :

ItMilc i l'.'C ciif,in(<; nm: iin.tgo,

ALLEGORIE

Kl les ioriuos sont nit langage Que nous nous parlons en donnant.

Lo rêve est le miroir de l'ànie; Ses dans planent sur les airs, Sos désirs s'allnmonl en flamnte, Ses chagrins la chargenlde fers La terreur dont elle es' la proie Se change en monstre qui la broie De ses hideux emhrassemcnls; Et ses espérances chéries S'étendent en ombres fleuries Sur des paysages charmants.

Par une secrète harmonie La terre ainsi répond aux cieux. Et l'instinct sacré du génie Voit leur lien mystérieux.

Notre vie est un plus long rêve, Et ce que la mort nous cidève Trouve au ciel sa réalité.

En dormant nous rêvons la vie, Mais la veille, au temps asservie.

N'est qu'un rêve d'étcruilé.

l'orme de visibles paroles, Ce monde est le songe de Dieu :

Son Verlie en choisit les synd)i)!'.'s.

L'esprit les remplit de sou feu :

C'est celte écriture vivante D'amour, de gloire et d'éponvanle, Qiie pour nous Jésus retrouva ; Car toiUe science cachée N'est qu'une lettre détachée Dj nom sacré de .léhova.

C'est laque lisent les prophclcs; Et ceux dont les yeux sont ouverts Sans elTorts sont les inlerpréles De l'énigme de l'univers :

Les astres, serviteurs myslitiiics, Tracent en lignes ciliptitjucs Le mol (pie le Seigneur écrit, El la lerrc, à sa voix naissante, N'est (|u'nne cire obéissante Sous le cachet d(; son espril.

Tout sig .e exprime une pensée, El toute forme sous les cietix l'^sl une ligure tracée P.ir l(^ penseur mysti'rieux :

Depuis l'herbe de la campagne Jiis(praii (vdre de la monlagne.

De l'aigle jiis(prau moucheron , Depuis ri'i(-|)hanl, masse inrorme, El la baleine plus énorme, Jusipi'à l'invisible ciron.

Comme les s(»li'ils dans l'espace Indiipieiil leur nnile aux soleils.

Comme le jour (|ui biille et passe l'rometaiix cieux (h's jours pareils; Ainsi, par un calcul possible, L'inviNiblc est dans le visible, Le passé jirédit l'avenir, El de la >iliyii<" éperdue La prophétie iiiallendue NVsl (|ue la voix d'un souvenir.

Rien n'est muet dans la nature !*o(ir <pii sait en suivre 1rs lois; Les aslres ont une écriture.

Les (leurs des eliamps ont une voi\ :

Verbe ('clatant dans les nuits somlueji. Mois rigniireiix comme des nombres.

Voix dont tout bruit n'est qu'un <<cho, Et «pii fait mouvoir tous lesèln's, Comme jadis le cri des prèlrcs EuisJil liess (illir .lericho.

6i ALLEGORIE

Passez, passez sans rien comprendre.

Vain troupeau d'aveugles penseurs; Le néant dort pour vous attendre Auprès (les chimères ses sœurs.

Mais dans l'éternelle pensée Votre roule est déjà tracée, Et tous vos systèmes obscurs Uehaussenl d'une ond)re effrayante Cette inscriplion flamboyante Que le monde lit sur les murs.

Mais que l'âme simple et fidèle, *

En attendant l'agneau vainqueur,

Ecoule, active sentinelle.

Le Verbe de Dieu dans son cœur ;

Car toute pensée extatique

Est comme une onde sympathique

Où se reflète l'univers,

Et l'âme à soi-même attentive.

Comme le pécheur sur la rive.

Peut contempler les cieux ouverts.

Nous sommes loin de citer ces vers couunc un modèle de |)0(/sie, mais ils ont le mérite d'exprimer assez clairement en vers une idée raélaphysique, et de répéter encore une fois ce fjue iuris avions dit en prose, ce (jui iiide aux elforts que nous faisons pour bien nous faire comprendre.

Ce symbolisme naturel de tous les êtres créés i)araîl avoir été la pensée dominante rios anciens E;;yptiens, et avoir présidé à l'invention de l'écriture hiéroglyphique. Les Egyptiens se piquaient aussi, connue on sait, d'expliquer les songes en y afi|)liqur'int les règles de l'allégorie, et supposnir-nl p.tr là ces règles tellement peu nrbiliaires , qu'elles agissaient d'elles-mêmes sur nous romme les nombres vivants de Pythngore, (Test h l'époque oij cette science se |)erdit CMi Egypte qu'il faut rapporter l'origine de celte monstrueuse idol.Urie tant reprochée nui Egyptiens. Les éfierviers, les amibis, les canopes, les ibis, les cynocéphales étaient (i<;s signes allégoriques fiue le vulgaire divinisa. On prit les emblèmes de la divinilépour la divinité elle-rnôme ; les animaux utiles, les légumes nourrissants, rpii d»'vaient rappeler sans cesse ii l'Egypte les l>'UJlés du Créateur, devinrent les dieux du vulgaire ; la nature devint une femme nommé»; Isis, les sphinx rc^ndirent d(fS oracles, et lo soleil rif; fut plus ocilpé qu'<i v nir [»OHer h point nommé un rayon inspirateur sur la bouefie du monstrueux Sérapis ou sur la |>ierre fiarmoineiisc (b; Mcrtinon. L'Orient, Ifiiilefois, eelte lerr»; natale de la ()oésie et des proi»hètc!S, n'oublia jamais entièrement cette doctrine, qui probablement <^'tnil exposée tout entière dans les livres jK-rdusde Salomon ; lii, les anciens sage.s de la Cli.ddér; r,nl eneore des héritiers dans l'élude des astres ; 1,1, les destinées hiunaines ftc rallacheril «îneore niix étoiles, et l'on s'écrit encore d»uis In langue sytrdiolique ries f\o,\nn. Oi sont, il e.st vrai, le» derniers et \Hii,u<'% soiiven rs d'une srlfiiirr- (»erdue, et \c.% rliviiialions |'ar Ir-s astres et |»ar les soii- ^es, éirtiil devttinies siipfrtKlilnMi^es et arbili.iirei, ont él'- pi^ltMiienl. < or.daiiniéet pi;r ifc|(li9e. A'iiAi i»e>l-»;i! pa, ^lairiu l'jb clué-

ALLEGOniE 6-2

tiens qu'il faut chercher les derniers vestiges de ces antiques traditions.

Voici ce qu'on lit dans la France algérienne du 20 avril 18i6:

« On savait qu'une assez vive agitation s'était manifestée dans les montagnes qui entourent Sétif, particulièrement au nord, où le cliérif Si-Mohammed-Ben-Abdallah, renforcé d'un autre chérif venu de Kairouan, était réellement parvenu à rassembler une troupe menaçante ; M. le lieutenant-co'onel Dumontel l'atteignit dans son camp par une marche de nuit, et un combat très-vif en résulta. Ce fut seulement après trois heures de résistance que l'ennemi disparut, laissant tieux cents hommes sur le terrain, et en notre pouvoir tous les bagages et troupeaux, et certain nombre de prisonniers.

v( Cette c'.iaude rencontre nous avait coûté trois hommes tués et soixante-quatre blessés, dont six officiers. Elle calmera sans doute l'agitation qui règne encore che/ une grande partie des po[)ulations kabyles de la province de Constaiitine. »

« La colonne d'expédition retournait sur Conslantine a[)rès celte brillante échaulTourée, emportant avec elle les ti'ophées de la victoire; ce fut alors (jiie, chemin faisant, les soldais commis à la garde des prisoiniers arabes remanpièrent, non sans étonnement, un fait qui jusqu'alors avait passé inaperçu : les prisonniers, marchant deux h deux au milieu de nos troupes, gardaient lo plus [uorne silence ; mais ce qui fixa soudain l'attention de nos soldats, ce fut de leur voir exécuter un écliange mutuel d'objets divers ramassés par eux sur la route, n'olfrant rien de remarquable, et qui cependant circulaient de main en main dans toute la longueur do la colonne. Ils finirent i>ar en conclure que ce mystérieux manège devait renfermer un systèiiK,' de conversation mnetle, et l'avis en fut aussitôt donné aux chefs; ceux-ci, le soir même, s(! laisaient e\pli(pier, non sans beaucoup d(! didirultés et à l'aid»! d'intiuiidatioiis, les règles de cette langue emblémati(jue. »

Nous transcrivons littéralement ci-dessous rexr)li(;ation de cette langue doiniée |tar Abd-el-Hhaman-IJey, eu n'y faisant «pie les variantes nécessiiires pour riiitelligeu<;e do la langue arabe traduite en français.

« Pour venir ,^ la manière de s'éciiri^ les uns aux autres sans plumes, sans encre; el sans |)apier, ()ar le moyen des lleurs, des fruits, des bois, des ,soi(!s, drs couleur-s el autres choses, on ru) peut |)as eniièremenl assurer rpje cela ait (Hé inventé parmi nous; nous autres Arvibes, nous tenons celte méthode de plusieurs 'l'urcs esclaves du trèshaut et puissant Hussein-Hey, avant l'invasion des Français .'i Alger'. Il y a sujet de croire rpie cela vient de l'iuicirMine luariièr-e dr; s'explifpjer oar- chiU'res et par- lii^ure.H, corruue étaient les hiéroglyphes cIk!/, Ii's EgyptiiMis avant rpr'on rùl inventé les lettres. On'>i rpr'il eu soil, loiiie?, ces choses que les 'l'iiriNappelhînl nrhim dans cet usage, c'cil-è dire .salut ou jouhail de |iaix,oni

AI.LIXORIE

ALLEGORIE

leur sipjnificalioi» et leur valeur naturelle ou allé^oriciue. de sorte qu'un petit paquet gros comme le pouce, si l'on a éf^ard h ce (piil rt>nt'erme , compose un discours fort expressif, qui s'entend par l'interprétation di' chaque chose (pie l'on envoie en forme de bouts-rimés.

« Ainsi, pour faire entendre • Nous «oniluos tous deux du incarne sentiment, il faut envoyer une fleur d"anil)rette. Du sucre signilie. Je vous désire; du charbon signilie, Je suis [)rtH h mourir, etc., elc »

Quel(]uef()is on joue sur le nom des objets |)Our leur faire exprimer un mot étranger h leur nature, et alors la science des selam se réduit aux modestes proportions de ce que les enfants et les personnes désœuvrées appellent parmi nous des réhiis.

Ces traditions oricnilales sont incontestablement fort anciennes. Les prophètes [)arlaient souvent par signes hiérogly[)hi(iue3, et mettaient la parole en action. Leurs écrits sont pleins de ligures qui pourraient sembler étranges h ceux qui n'en pénélr(>raienl pas le sens, et Voltaire a eu bon marché de l'ignorance vulgaire pour faire rire les autres de ce qu'il ne romprenait pas luimême. Plus vers('' dans le génie des langues orientales et dans l'esprit de la science primitive, il aurait vu (pie rien dans la Bible n'est mis au hasard ; (jue les mots, Uîs nombres et les figures y ont leur uïyslère, ce <pn' exf)li(pie comment la lettre tue |)endant <pie resf)rit vivifie; mais que lui im[)ortait tout cela ? Il voulait faire rire, et il n'y a rien de bien plaisant dans la science et <lans la vérité.

{ 2. Raison d'âtre de Vallégoric considérée dans son emploi.

Que le langage allégori([ue et figuré sot néces.saire , surtout dans les choses religieuses, on ne saurait en douter, après les Iiaroles et lt!S e\em[)les d(î Notre-Seigneur \i\-in(^iUG. Ne jetez pas vos perlrs devant les jjonrrennx, disait la Vérité incarnée, de peur iiu'ils ne les foulent aux pieds, et que, se iournant contre vous, ils ne vous déchirent. -• — Je parle à ce fteuple en pundtoles, disaitii encore, afin t/u'en voi/ant ils ne voient point, et qu'en écoulant ils n'entendent point. r,ar la bonté diviiuî iw voulait point les rendre plus coupables «Micore, en leur faisant ( lairetncnt entendre des véril(''s (pi'elle lu; les tr(tuvait pas disposés h bien accueillir.

Lo temple do J(''rusalem avait son sancluaire intérieur, où bî peunle n'entrait jamais. Ce sanctuaire, appelé le Saint (les .maints, était toujours fernu' [tar un voile : ce voile représentait résot('risn)(^ des anciennes ligures (jui devait se di^'ldrer h la mort «lu Sauveur, pour rév(''l(>r l'alliance nouvelle. Aussi la moit du Sauveur niif-elle lin aux religions allégf)ri(jues, pour inaugurer la religion bi>lori(|ue et réelle dotit le Urand culte de M(tis«' ua contenait que la li- ^ur.' ; mais le Sauveur^ en venant mettre lin ou.\ *auri;icc'5 cl aux dogmes ligurolifs, t-e

servit encore de quelques images pour proj»ortionner la lumière aux faibles yeux des nouveaux voyants: J'ai encore bien des choses à vous dire que vous ne pouvez pas supporter maintenant ; mais quand viendra l'Esprit lie vérité, il vous enseiqnera toute vérité et vous suqqércrace qufje vousaurais dit.

L'allégorie et les paraboles d'ailleurs sont assez justifiées par la nature même de l'honinu», qii, semblable aux enfants, ne consent volontiers h approcher de ses lèvres la coupe amère de la vérité que si l'on en adoucit les bords avec le miel des fictions, pour me servir ici d'uîie belle com| araison du Tasse. L'allégorie et la paraboh^ sont les a|)ologues du genre religieux [Voij. Parabole), et l'on sait combien l'apulogue a de charme j)our l'imagination des enfants, et avec (juelle facilité il aide à graver dans leurs jeunes esprits les })remieis |)réceptes de la morale. Ils lisent aussi plus volontiers dans des livres illustrés d'images ; or b's allégories, les apologues, les comparaisons et les métaphores sont les images du discours.

Plaider la cause des images, c'esl s'occuper du sort d(; la littérature tout entière, mais sui'lout de la poésie. Du reste, les images peuvent avoir leur abus, aussi bien que leur usage, et une critique sévère doit présider à leur emploi. Les règles de cette critique seront l'objet du paragraphe suivant; mais, appuyé sur des autorités irrécusables, nous établissons ici la raison d'être des ligures poétifjues, et l'on nous permettra de trouver aussi peu catholiques en littérature les iconoclastes de la pensée , que nous trouvons absurdes en religion les briseurs d'images du lias-Empire et de la |)rélendue réforme.

§ 3. Règles à observer dans l'emploi de l'allégorie.

Nous croyons pouvoir rapporter ces règles h deux principales, qui sont la convenance et la justesse : la convenance doit s'observer d'aixu'd relativement au suj(>t, et en effet peu de sujets comportent l'emploi des ligures allégori(jues ; le devoir {\es orateurs et d(>s é(Tivains religi(nix étant plut(M d'expliquer les figures des livres saints que d'en inventer de nouvelles, ils doivent se garder de faire un «nuploi inutile de ces beautés littéraires (pii, (b'placées, ne deviennent [>lus (pie de l'affectation et de l'enflure. Pounpioi (lire au figuré C(' (pi'on pinit convenablement et facilemenl éuoiii cr au propre ? Les images doivent fa(ilit(r et n(Mi distraire riiitelligeiice du discours; il n(; faut meltr(^ en images (]ue les choses difliciles à fair(> accepter autrenuMit, ou (pii sont de nature ^ ètio senties par le coMir plut("»t (pie comprises par l'iMitendinueiit (car l'imaginalion s'adresse plus volontiers au c(eur (ju'à l'esprit, et les êtres pliisalTeclifs (pie spirituels, counne lesftMumes et les enfants, sont plus facilement domimis par la faculté imagmalivc). Il faut bi vi coiiiprendrt^ (jue !a [joésie ressemble aux clian oii) des nourri

ALLEGORIE

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ces, et que sa première mission est d'endormir les petits enfonts, mais que ces chansons, quelque gracieuses qu'elles puissent être dans leur usage providentiel et naturel, deviendraient déplacées et même ridicules si on les substituait au langage des hommes faits. Ce que nous disons ici s'applique spécialement à ce genre, improprement nommé romantique , qu'on a essayé quelquefois , dans ces derniers temps, d'introduire dans la rhaire chrétienne, quelques orateurs, d'ailleurs peut-être bien intentionnés, croyant augmenter l'intérêt de la parole sainte en donnant aux explications de l'Ecriture les formes métaphoriques et orientales du texte même, en enchérissant sur le texte et en essayant en quelque manière de rivaliser sinon d'inspiration, du moins d'obscurité, avec les passages les plus profonds des prophètes ou des apôtres. Ce genre justement condamné par les hommes graves, trouve son premier et principal écucil dans le ridicule qui s'y attache facilement, parce qu'il accompagne ordinairement le mauvais goût. 11 faut plaindre les f;rateurs qui ne trouvent pas assez d'élégance dans Massillon, assez de charme dans Fénelon, assez de solidité dans Bourdaluue, assez de génie dans Bossuct, et qui cherchent d'autres modèles.

Au reste, l;i convenance étant la première règle du bon style et se rapfiort.int à l'usage des allégories et des figures coninjo à toutes les autres qualités de l'art de r)arier et d'écrire , celte convenance se réglant nonseulement sur le sujet qu'on traite, mais sur le caractère des lecteurs ou des auditeurs auxquels on s'adresse, et sur le goût dominant de l'époque où l'on exerce le ministère de la parole, il ne faut jjas trop accuser les écrivains ou les orateurs sacrés qui sacrifient aux modes littéraires de leur tenijis et si plient au goût de ceux qu'ils sont a[)()elés à instruire ou à convertir. On saitfju'iin des caractères de la charité est de se fane tout h tous; est-on bien sûr ce[iendant de vivre c'i une époque si dépravée en matière de goût, (ju'erj s'ajtnuyant sur les vérités éternelles pour en (léployer dans un style toujours pur les beautés toujours anciennes et toujours nouvfdies , on aurait légitimement à craindre de* ne rencontrer que d< s distractions et du dégoût? Ne vaudrait-il pas mieux essayer de conrpjérir son siècle fjuc de se laiss(;r gag'ier p.ir lui? Ce sont rJes r|uestions qu'il op[»artient 'i la conscience et au talent dr;s orateurs et des écrivains <le résoudre; mais, qur-Ue fjiiesoit la résolution à laquelh; on s'arrête [i.-ir suite de CCS considérations, il est C(!rtain <\\i\-n p.irlaiit ou en écrivant selon les inanies du rii.invais goût, si 1 on [>eut nvfjir ouelfpidVjis |;i conscience d'un saint et le /èlr'd'un apûUf, on ri4 doit jamais aspirrrr 'i\ la répul.-ilioM d'un bon écrivain ni d'un orateur irn-j^iochable.

Nous avons indirpjé la justesse connnr; l.i «ftcondfi rèj^le à observer dans l'emploi des flllé^ones et des flj^ure», cl nfjus fer'MM |itocéUcr cette justesse des loi.s niènies de la

nature et do la raison. Toute comparaison cloche , dit un proverbe, et le proverbe a raison, si la comparaison ne devait tirer sa justesse que d'une similitude absolue; mais les similitudes absolues n'existent pas dans la nature: il n'existe pas dans le monde entier, dit-on , deux feuilles d'arbres qui so ressemblent au point d'être parfaitement identiques; il faut donc se contenter d'une similitude relative , et cette similitude sera juste si on la trouve dans des rapports réels. Ainsi, lorsque l'écrivain sacré dit, en parlant de Dieu : // s'est revêtu de la lumière comme d'un vêtement, l'imagination ne cherche pas à compléter tous les rapports qui pourraient ne pas exister entre la lumière et un vêlement, relativement à Dieu qui n'a pas do corps, et relativement à la lumière qui est impondérable et intangible; elle s'arrête seulementàcettemagnifiqueidéequela lumière, qui revêt toute la nature de magnificence et de beauté, est comme un voile pour la splendeur de Dieu, que la clarté créée s'étend comme une ombre sur la lumière incréée, et que le plus subtil des fluides, si la lumière est un fluide , ne doit être considéré que comme une enveloppe grossière qui cache h nos conceptions l'essence du plus pur di^s esprits. 'V'oilà donc une comparaison qui cloche, si l'on veut absolument s'en tenir au proverbe, mais qui n'en satisfait pas moins l'esprit d'une manière complète. Au contraire, prenons au hasard une comparaison dans un de nos célèbres poètes modernes qui ont imité la Bible plutôt systématicjuement que savamment : j'ouvre les odes do M. Victor Hugo, et j'y lis ces paroles adressées h Dieu :

I)e ion ëlernit<i le Icmps se précipite; Tu liens eiiUe tes mains le monde qui palpite, Comme un passereau sous nos doigts.

Ici l'image étonne, mais ne satisfait pas : le temps est com[iaré à un lleuvc dont l'étcrnilé est la source* , et c(! tlt-nvo se liAlc do couler; il se ftrécipite, |irob,d)Iemenl parce (jue sa source doit bientôt t;iiir. Mais comment pouvons-nous voir dans l'élcrnité uno sf)urce tririssnble ? D'ailleurs, h; lenqis sortil de l'éternité? et s'il en sort, on va-l-il?Co lleiivi! qui a sa source dans l'éternité, où a-l-il son lit et son enibouchnic? I.e poêle ne nous le dit p;is , et toutefois celte j)reir(ièr(> image est grande (;t belle , conqiaréc; \\ celbi qui sinl; mais le monde comparé à un passereau (jui |>alpile sous nos doigl.s, (piol abus des figures! Traduisez cell(!-ci (;ii style trivial, el sf)Utenez sans rire (pie h; riiond(! res-. semble \\ un pierrot; puis (iginez-voiis un pauvre! pfîtit oiscni p.iljMt.int de douleur el de craint*! sous la grossière pression des dr)igls d'un enî'aiil, tpii le blessent; ses moiivemenls inquiets, ses ell'orls poui- dégag(M" ses ailes et «'envoler, et dil<!s-nou8 si la main d(! l'eiifinl , ou do l'oiseleur, si vous Vf)ule/,ou même du curieux iiMliscrel (!l cruel, vous donne luie ieprés(!nlatioii bi(;ii juste oe celle main si douce de la J»rovidence <|ui nous soulieul sans nous retenir,

(17 ALi.Er.OillE

cl iKHis diiis'c sans nous presser? Dilcs-noiis si le pauvre petit caplif, palpitant et otran-, vous otfre une image bien satisfaisante po\ir l'esprit et pour le coîur.dc ce monde rpji tomberait dans le néant, si Dieu cessait un soûl instant de le soutenir. Cotlo comparaison est donc mauvaise, parce qu'elle manque de justesse, et une allégorie où l'on nous offrirait le monde sous la ligure d'un oiseau captif, et Dieu sous la forme d'un oiseleur, ou d'un enfant cruel, ou d'un curieux mal avisé , ne serait comprise de personne.

Malebranche et Pasc.d, deux grands hommes, cc[»endant, et d'un jugement supérieur, mais qui n'avaient jamais tourné leurs réflexions du côté de la poésie, on sont venus, sans doute par suite de lectures mal choisies en ce genre, à douter de l'existence réelle de la poésie elle-même. Malebranche comparait tous les vers imaginables à ce distique ridicule, improvisé laborieusement par lui :

Il fait en ce moment le plus beau temps du monde, Pour aller à cheval sur la terre et sur l'onde.

Pascal attribuait l'origine de la poésie à je ne sais quelle convention imaginaire d'accoupler ensemble de grands mots étonriés (le ce rapprochement, comme fùtal laurier, bel astre, et en conséquence il no trouvait rien de si futile : (pi'eûl dit l'inventeur de la machine à calculer, si on lui avait dt-montré (jue la vraie belle poésie est le résultat d'une science exacte, et que ses comparaisons, ses métaphores et ses allégories sont (le véritables équalions?Qu'eût répondu Malebranche si on lui eût allirmé que le Ix^au en poésie correspond exactement h ce ([u'on appelle le vrai en philosophie, et que la mesure poétique obéit, comme la géométrie, aux lois du nombre et de la comi)araison? Les grands poètes sont des mathématiciens sans le savoir, car la l)eauté incont(>stable de leurs productions est le résultat de leur exactitude. Les n)Ols sont les cliilfrcs de la i)ensée, et les figures sont l'algèbre du génie. Il n'y a de beau tiue ce qui est vrai, et ce (jui est vrai est toujours juste. La justesse en littérature , c'est l'exactitude, et l'exacliliide est le |)ro()re des sciences mathématiques. FeroKS-nous un sorite vicieux en concluant cpie le bon poëte.cst donc ui véritable mathématicien? Notre conclusioi ne serait vraie ipie dans un s(>ns, celui (pu; nous avons indiqué en appelant \o. \h)cU) un inathémalicicn sans le savoir : car mallieureusem(;nl, en elfct, peu d'esprits enclins à la poésie ont en même tenq)s du goiU pour j'élnde des malhémali(jues , peut-être parce (pi'en les foiçanl de s'apercevoir (pi'ils sont mathématiciens, on les ferait cesser d'être poêles , et qu'ils préfèrent les iouissanccs d'une scienc»^ dont ils devinent les beautés aux dillicultés de ( ctic mcnu! science dont les aridités les fatiguent et les découragent. 5 V. Ex(Mnples. — AUi'yories on symbolisme de la Jiible.

Sons entrer ici dans les admirables explicjilions des Pt'Tcs, f|ui ronsid(''refit rAiicieri Testament tout entier connue une figure du

ALLi:r.OUiE

Nouveau, nous nous bornerons à faire remanpier les grandes images du style de .Mo;se et des prophètes : Dieu sr Irve comme un f/nrrrirr pour défendre son peuple; il plane sur Israël comme un aigle qui vole au-aessu.t de ses aiç/lons. Il Irve sa main jusqu'au cirl et jure par lui-même que l'élernité est à lui. Il s'asxied sur les chérubins et il vole: il marche sur l'aile drs vents ; les ténèbres sont In retraite où il se cache, le soleil est le pavillon de sa gloire.

Au jugement de plusieurs docteurs en exégèse, le livre de Job est une longue allégorie qui a pour but (rexpli(pier la divine raison (le la douleur {Voy. l'article Job). La forme dramatique de ce poëme est des plus saisissantes, et (loëthc. un des plus célèbres poêles de l'Allemagne, en a copié le début au comjnencemenl de son drame de Faust.

Le Cantique des cantiques est aussi une nllé,j,orie, oiî, sous la ligun; du bonheur de deux époux, le jtrophèle a représenté l'allian(;e iniime de Dieu avec les Ames saintes.

Le livre de Y Ecclésiaste se termine par une série d'allégories |)resque énigmatiques j)0ur ref)résenter le temps de la vieiiiesse. Souviens-toi de ton Créateur dans les jours (le ta jeunesse , dit l'Kcclésiasle , avant que virnne le temps de l'affliction et que s'approchrnt les années dont tu diras : Elles ne me ])laisenl point ; avant que s'obscurcisse le soleil, cl la lumière, et la lune, et les étoiles, et que les nuées ne reriennenl après la pluie ; quand seront ébranlés les gardiens de la maison, quand chancelleront les hommes les plus forts, quand les meunières moins nombreuses seront oisives, et quand se troubleront les regards de ceux qui voient par les fenêtres; quand on fermera les portes sur la place à cause de la faible voix du meunier; quand on se lèvera au cri de l'oiseau, et quand deviendront sourdes les filles de la poésie.

Les hauteurs craindront, et la lerreiir sera sur la voie; l'amandier peurira, la sauterelle s'engraissera, le câprier se desséchera, parce que l'homme s'en ira dans lu maisori de son éternité, et l'on passera en ]>leuranl sur la place publique ; avant que soit cassé le fil d'arqcnt, et que retourne sur elle-même la bandelette dorée, et que la cruche soit brisée sur ta fontaine, et que la roue se rompe sur la citerne, et que la poussière retourne dans .ia terre d'où elle était venue, et que l'esprit retourne à Dieu, qui l'avait donné.

Nous n'avons pas bes(»in de faire ressortir la giAce mélancoli(pie de ces images, ni d'en expliiiuer une à uuo les allégories. La \V\b\o seide poss^'de le secret de cette poésie (pii sai>it l'Ame sans ed'ort et s'empare de toute l'imagination, eu n'employant pourtant (|ue li-s images les plus simples. Anacréon luimême eût-il trouvé ([uehiue chose d'aussi gracietix que cette comparaison de la tête blaHchissanleduvieillardave(ramandrer(jui lleuiit, et les oreilles (jui sont appelées les lill(>s de la poésie, par( e (|u'elh\s ont été en (piehpie sorte allaitées et nourries de douces ( liaiiNons, v\ toute cette j)einture d'une l)ello saison <|ui s'en va, d'une maison qui se dé

ALLEGORIE

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peuple , d'une ombre qui s'accroît autour d'une solitude, n'est-ce pas bien le soir de îa vie avec toute la tristesse de son dernier sourire et l'épouvante de la nuit qui va suivre 1 Comrae ce tableau termine bien VEccléniaste, ce chant d'un cœur découragé de toutes les chimères du monde : Hélas! tout change, tout s'en va, tout nous abandonne. Fanité donc que la jeunesse et ses plaisirs; vanité Que l'âge mûr et ses ambitions; vanité que la vieillesse et ses inutiles prévoyances; vanité de vanités, et tout est vanité, excepté d'aimer Dieu et de le servir !

§ o. Allégories religieuses des anciens peuples.

En comparant ensemble les allégories des svmbolismes anciens, l'auteur de ÏEssai sur rindifTérence en matière de religion y a trouvé un tel pressentiment de nos dogmes, qu'il en est venu à supposer une révélation ancienne, complète, unique, universelle, dont les fables antiques seraient des réminiscences confuses. Mais pourquoi recourir à une conjecture au moins téméraire pour expliquer des analogies souvent arbitraires? On a dit que Tout est dans tout, mais c'est principalement dans le symbolisme et les allégories qu'on peut trouver tout ce qu'on veut. Tout récemment encore un savant, assez mallieureux [)Our se croire athée, n'a-t-il pas ridiculement dépensé beaucoup d'érudition pour trouver dans tous les cultes des analog^ies astronomiques, analogies qu'un critique spirituel, dont nous regrettons d'ignorer le nom, a du reste également trouvées et victorieusement établies dans l'histoire de Napoléon, réfutant ainsi Dupuis par l'absurdité même de sa propre thèse, dans une petite brochure de (juclques pages que tout le monde a lue, et qui j)ortait pour titre : Comme quoi Napoléon n'a jamais existé. Les ressemblances qui peuvent exister en ciïet entre les fables des gentils et nos dogmes sacrés s'exidiquent assez facileuient par les jiremières aispersionsdcfS juifs parmi les natinns. Qui [)eut d'ailleurs assigner une date précise aux documents qui nous en restent? Rome n'a-t-elle pas bouleversé tout le Tieux monde, et l'Kvangile n'a-t-il pas 0()éré dans l'irnmense errq)ire de Rome une révoliition universelle? Le christianisnn; ne s'est-il pas infiltré partout? Julien l'Apostat lui-même ri'étail-il itas le plagiau*; du christianisme dans la folle restauration (pi il essayait des ariciernies idoles de remj)Ue?Qui peut nous assurer si les fragments (pje nous j>ossédons encore du Zend ou des N'édas n'ont [tas été allér''s [»ar des copistes chrétiens ou par des idoi;Ures qui avai(;iit, malgré eux et en rpielrpir; s<jrte a leur insu, subi des inllurinces chréliennes? L'ancien cullc de Zoroaslre ne s'est-il pas coidondu avec le manichéisme vers le temjis de sanil Augustin? Les débris des cultes profanes ipji subsistent encore ne doivent-ils jias toute leur consistance ^i quelque levain de christianisme mal ex|)lwpié, impfjrlé jiar les hérésie-» 7 Les cultes héiiarpies n'onl-ils pas été tbujrhùs j'ar hn diiléi eulos nmlan vouécit h

la gnose, et les basilidiens n'avaient-ils pas emprunté aux mages leurs talismans constellés? N'est-ce pas le Christ lui-môme que ces hérétiques ont eu la ridicule audace d'affubler de formes allégoriques et mythologiques sur la pieire des Abraxas ? Voilà bien des questions qui peuvent faire douter de l'intégrité des anciens dogmes idolâtriqucs, et dont la solution expliquerait peut-être le reflet de nos vérités chrétiennes qu'on retrouve à travers les ténèbres des antiques erreurs ; mais cette recherche appartient à la science archéologique plutôt qu'à la littérature, et nous n'avons dû faire ici que l'indiquer. Il en est de même des efforts tentés récemment pour retrouver la clef des écritures hiéroglyphiques, et nous avons à profiter seulement ici du résultat de ces recherches pour examiner sommairement le système d'allégories employé par les anciens Egyptiens.

Bosius , dans son livre de triumphanti cruce, fait remonter jusqu'à l'antique Egypte le signe adorable de la croix, parce que les images qui nous restent des divinités égyptiennes tiennent souvent t la main un signe qui ressemble à une petite croix ansée ou munie d'un anse assez semblable à un largo anneau. Ce signe a été difléremment expliqué par les savants : les uns y ont vu la mesure des inondations du Nil, qui était gardée avec soin d'année en année dans un (les principaux temiiles de Memi)his ou de Thèbes; d'autres y ont vu le signe hiéroglyphique des quatre })oints cardinaux du ciel, indiqués i)ar les deux lignes croisées de l'écliptique et de l'éciuateur, et ce signe, mis dans la main des (iivinités favorables, représenterait la clef de la science et du ciel. Nous retrouvons en elfet ce signe parmi les emblèmes mystiques des héréticpies valentiniens, et ils lui attribuent une veitu toute particulière, puis(jue ce fut lui (jui arrêta la chute des éones hors du pléroma [Yoy. l'article saint IiifeNKK).

Dans les peintures (jui ornent ordinairement l'envoloppe extérieure des momies, la croix ansée est l'attribut souvent ié|)été des bons génies <iui conduisent les Ames au ciel; il y a donc lieu de croire (pie ce signe hiéroglyphi(jiie ne se rapporte |>as seulement à la iiii;sure d(;s déliordemeiils du Nil ; mais celte discussion n'appailienl |)as h notre sujet ; il nous semble intéressant s(;ulement de faire remanjuer (pu; le caducée; égyptien, la clef de la science et du ciel, a la fonm; d'une crrjit, comme si, par une cfuncidenci! singulière, le signe de la rédemption avait él«i en quehjue sorte |)resseiiti par la science humainr; dans cetlt! tcîire d'l"lgy|»t(! (pii a été hr [)ays de la captivité pour les ancêtres du Rélempteiir.

La légende d'Osiris mis à mort par lo cruel 'ly|jhr)n rtlfrc; aussi plus d'une analo-

;ie avec la passirm douloureuse du lils de

)ieu, mais elle ress(!iuble davantage encore \\ la fable d'IJranus miililé par Saturne : l'Kgvpte ne saurait donc fournir à nos rcîchei-

Uic« (k^ uilégories rcli(^ieubus di^^nes d'un

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vi'ritalilo inlériM, h notro point do viio surtout. Il n'en osl pas do tnônio de l'Inde, dont les all(\u;ories sont trop |)oétiques et trop savantes pour ne pas arrêter lattenlion de tous les studieux admirateurs du synil)olisnie ancien et de la poésie orientale.

Le pnnthéisn:o était, comme on sait, la doctrine favorite des anciens brames; ils la tenaient, dit-on, de leurs prédécesseurs les gymnosophistes, (jui se représentaient la Divinité comme une araignée toujours présente au ce'itre de sa toile, et devant un jour absorber de nouveau tout cet ouvrage sorti d'ellc-nièm'^. L'image est exacte relativement au système, mais elle est affreuse, parce que le système est faux, et nous remarquerons toujours dans l'élude des mythologies anciennes que les fictions hideuses dénoncent toujours le côté faux îles conceptions philosophiques dont elles sont l'allégorie. Selon les mômes gymnosophistes, le monde est animé par un démon nonnné Brama, créatenr insubordonné de tous les (Mres inférieurs, et qui, pour chûtiracnt de sa révolte, est condamné îi mourir quand finira le monde; mais on ne saurait dire, dans les traditi»jns indiennes, où finissent les anciens souvenirs, ni où commencent les imitations et les réminiscences chrétiennes. On sait que huit siècles environ avant l'ère chrétienne, un législateur nonniié Bouddhi modifia profondément le dogme des premiers brahmanes; puis, comme le nom de Bouddha signifiait, parmi les Indiens, un révélateur, un homme animé de l'esprit de Dieu, leur tradition confuse mentionne plusieurs Bou Idhas, dont le dernier a dû, selon toutes probabilités, paraître postérieurement h la première prédication des apôtres dans l'Inde. En effet le bouddhisme présente une [)arodio presque complète do nos dogmes, et mèn)e de notre hiérarchie. Il est probable que le texte des anciens Védas a été profondément altéré par des copistes de la secte du dernier Bouddha, et qu'il faut rapporter au christianisme certaines allégories (pii autrement seraient complètement inexi)licablcs. Telles sont, par exemple, les allégories, relatives aux incarnations de Vichnou, et celles-là, sous tous les ra|)ports, méritent (ju'on les étudie. Nous allons donc les exposer eu abrégé, en faisant suivre chaque fable de son explication sommaire.

Paraxati, l'essence suprême, s'élant lassée de vivre seule, réfléc-hit sur elle-même la fécondité de son regard, et se rtmdit mère de trois fils, qui furent Brama le Créateur, Vichnou le réparateur, et Ivswara, qu'on appelle aussi Butrem et Sliiv.i , le Destructeur.

Or Paraxati aima ses (rois fils et résolut de se les unir insé|)aral)lement en les fécondant h leur tour par la toute-puissance de son regard. Ce regard se repr)>a d'abord sur les yeu\ d(^ Brama, (|ui, en vovanl conilne i sa mère était belle, |)leura des larmes de I iiiiière. Chacune do ces larmes deviiii u i génie, et les Dévétas, qui sont les anges de

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la théologie indienne , apparurent aussitôt dans le ciel.

Cependant Brama, se sentant plein de divinité et de puissance, voulut saisir et condenser entre ses mains un d(>s rayons de Paraxati ; la lumière (pi'il avait ainsi comprimée se déroula lorsrpi'il ouvrit les mains, semblable à une page lesplendissante. Il lit jour alors dans le ciel, et les ténèbres, retombant de leur propre poids, s'étendirent comme un lac noir sous les pieds du Créateur.

Brama alors , s'étant baissé, trempa son doigt dans les ténèbres, et avec celte encre il écrivit sur la feuille blanche de la lumière condensée, et ce qu'il écrivit avant la naissance de tous les êtres fut la loi môme qui devait pourvoir h leur création et à leur conservation, et ce fut le texte primitif des Védas, écrits dans le ciel avant la naissance des choses de la main même de Brama.

Touchées par le doigt qu'il trempait dans leur ombre, les ténèbres elles-mêmes s'émurent et enfantèrent des géants informes : ce furent les démons jaloux des anges , parce que les anges sont les enfants de la lumière, tandis qu'eux ils sont les avortons inonslrueux de la nuit,

Quand Brama eut fini d'écrire son livre, il le confia à la garde des Dévétas. Pendant (fu'il écrivait, la terre, informe et couverte encore des vagues de l'Océan, était sortie des confiits de la nuit et du jour ; Brama s'étendit sur l'immensilé de la mer comme sur un lit de repos, et en méditant les secrets de la création qu'il venait d'écrire, il tomba dans un sommeil profond ; les Dévétas partagèrent alors l'extase ou le repos mystérieux de leur père, et s'endormirent à leur tour. Les démons s'en apcMçurent, et sortant pas à | as de leur nuit originelle, ils s'approchèrent et apenjurent le livre divin ((ui rayonnait sans gardiens, et ils s'en- • r'exhortaient à s'en emparer; mais aucun n'osait y porter la main. Un seul d'entre eux eut cette audace; il prit le livre et se précipila dans la mer; puis il cacha son larcin lians une coquille au f.)nd de l'Océan, et so coucha dessus. Lorsque Brama et les Dévétas s'éveillèrent, ils furent surpris de so trouver dans les ténèbres, et ils so levèrent en lAtonnant comme s'ils eussent été aveugles ; mais, ne trouvant plus les Védas h leur place , ils compi iriMit l'altontat d(>s mauvais génies, et poussèrent un cri do détresse et d'épouvante, qui parvint aux oreilles de Paraxati. Paraxati alors regarda Viclinou, le second de ses fils, et lui insjiira le désir de rendre la himière h Brama et les Védas aux bons génies; il inventa donc et prit une forme convenable pour plonger au fon(l de la mer, se couvrit d'écaillés, s'arma de nageoires, el fendit enfin la profondeur des eaux sous la ligure d'un gigantes(pie |)oisson. Le démon ravisseur, ((ui se croyait en sûreté au fond de la mer, fut surpris à son tour pendant son sommeil ; Vichnou lui sépara la tète des épaules, brisa la coquille, reprit les Védas et revint triomphant à la

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vue du ciel; la lumière alors s'épanouit comme une fleur sur la surface des eaux, et Brama ayant recouvré la vue, consulta le livre sacré que lui-même avait écrit, et continua de méditer sur le grand ouvrage du monde; mais il ne s'onJormit plus, et enjoignit aux Dévét.is de veiller continuellement, ce qui les lit a[)peler les vigilants du ciel.

Cependant les eaux que Vichnou avait traversées se peuplèrent de formes semblables à celle qu'il avait prise pour reconquérir les Védas, et c'est ainsi que les poissons furent créés. En eux se révéla la première forme vivante du monde matériel, et la mer s'enorgueillit d'avoir été visitée la première. Or tel est le commencement et la première des incarnations de Vichnou.

Quelque singulière que soit cette fable, on ne peut lui refuser le mérite de la poésie merveilleuse, et parfois de la plus ingénieuse allégorie. Il est difficile aussi de ne pas y reconnaître les emprunts faits à nos livres saints, le dogme de la Trinité mal compris et défiguré par l'histoire de Paraxati et dfi ses trois fils. On sent que la poésie a essayé de se substituer au mystère.

Ce livre, écrit sur une page de lumière par un doigt divin qui se trempe dans les ténèbres, est une belle allégorie; la naissance des anges et des démons est expliquée i)ar des figures poétiques que .Millon n'eût pas dédaignées; enfin les combats du bien et du mal commentant à l'origine même des êtres, cl le réparateur essayant successivement lui-même les formes qu'il vient donner à la création que médite toujours Brama, sont df; belles et poétiques imagt,'S : on croit lire une imitation de la Bible dans le style fantastique dt;s Mille et une Nuitit. L'imitateur n'a pas même i>ris la peine de bi«;n déguiser SOS larcins, et Brama, couché sur la mer et méditant la création, rapj>r||(; trr)[) bicti ce beau texte de Moïse : Spiritus Dei fer chat ar »uper a//uni, pour n'en êtie pas la cofiio. Du reste, les fables suivat)tes ne nous laisseront aucun doute à cet égard.

Voici maintenant la seconde légende des incarnations de \ichnou.

Orgueilleuse (j'avoir été peuplée la [»remière, la mer s'enlla ft envahit le ciel : dans son débordement, elle enlraina b-s Sf;pt modèles sacrés rpjc Brama av.iit formes d'avance pour être lei types de toutes les choses créées; [»uis elle les engloutit au fond de ses abîmes. Brama alois, [tour ch;Uier la mer, fil sortir de la terre une inonlagne d'or, t-l ayant enirelaeé autour des lianes ilc, cette montagne les mille meuds du scrfienl Scissia (eelui (|ui roule toujours sur lui-mêim* f-ii se niordant la queue^, il en fit un gigantesrpie rnarleau dont il sr; servit (»our battre la mer.

C'esi alors uur de l'écume ilcs llols sortit la vierge Bernba, le lyoe le plus parlait de la beaulé créée, et le plus doux de fous les rf-.rtts de Brama, f.e père tressaillit .*i laspeel dft sa fille, el laissa éehaftfier de sa mam le »cr/»enl .Scissia et la mon agne d'or; en lom- DicTio^t. 0" Lnr^;BATLBK uiHi.r.

bant de la main de Brama, la montagne allait briser le monde, lorsque Vichnou, toujours attentif aux défaillances de son frère, prit la forme d'une tortue et interposa sa dure carapace entre la terre et le marteau qui menaçait de l'écraser. La création prit alors sa seconde forme, et l'armée des animaux qui marchent couverts d'une cuirasse couvrit les rivages de la mer.

Or, au moment de la défaillance de Brama, le serpent Scissia, entraîné par le poids de la montagne d'or, éprouva en même temps une violente pression et une grande terreur ; il vomit alors un venin qui eût empoisonné la création naissante, si Eswara ou Shiva ne s'était dévoué à avaler lui-même le poison qui menaçait toute la nature. Ce poison élait si violent, que la divinité même d'Eswara ne put le préserver d'une sorte d'agonie, et lorsque les brames et les dévots de l'Inde se macèrent par des jeûnes prolongés, ils le font pour compatir aux souffrances d'Eswara. Voici le côté le plus sérieux et le plus poétique de cette fable.

Mais la tradition populaire a complètement défiguré ce récit allégorique, ou peutêtre la tradition est-elle plus ancienne que l'allégorie qui eût en ce cas été accommodée au génie de la tradition. Voici maintenant la version vulgaire avec tout ce qu'elle a de burlesque.

Il existe quelque part une merde lait; or, comme les dieux aiment le beurre, ils convinrent un jour entre eux d'aller battre la crème de la mer de lait et de se [)rocurer ainsi leur régal favori. Mais comment s'y prendre i)0ur une semblable opération? Ils songèrent à la montagne d'or : on la déracina; mais commeni la prendre? Elle glissait entre leurs mains, il fallait un cAble monstre pour l'attacher, el ils sadressèrent aux démons, les priant de leur prêter le Si-rpeiit infernal qui fait sept fois le tour du monde, bien sûrs fju'il leur sullirait pour assujeliir solideininit et bien manœuvrer leur montagne.

Tout en consetitanl de bonne ou de mauvaise gi<1ic(; à prêter leur s(M-pent, les démons prirent l'éveil, et comme ils ne sont pas moins friands de beuire trais que les dieux, ils lésolurtnit dt; suiveill(;r secrètement l'opération, el s'invitèrent eux-mêmes h la fêle.

Lors(pi'ils arrivèrent s\n- les ijoid.s di- la mer d(! lait, les dimix étai(nil déjà ,'i l'oiuvre. Parlagt's en d«njx groujx'S, ils Icniaient les uns la fêle, les autres la qinnio du serpciiil, et battaient la crème en cadence. Les démons s»! léchaient les lèvres, mais ils n'osèr<nil pas s'approcluT sous bnirs ligures infernales; c'est poiiirpioi, usant du [louvoir nii'ils avaient ap|iaremmerit (hî j)r(!iidre la forme des dieux, ils vinrent du cAté de la tête du sfM'penl, (;t dirent aux dieux cpii so trouvaient \h que leur jiosle étant le j)Ius fatigant, ils venaient pour h-s rekvei ; les dieux li;s crurent et lireiil le tour du la moiilagn»! pour aller de l'autre côté, où ils furent b en surpris de lefiouvrr leurs co:ilicres et d'appreiidic qu'on ne leur av,.il

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envoyé personne. Pendant ce voyage et ce pour'parler. les (lignions altiraienl h eu\ et dévoraient tout le beurre nouvellement fait, et comme ils voulaient dépêcher la besogne, ils serrèrent avec tant de force le cou du serpent que celui-ci se prit à vomir et leur érhappa; la montagne d'or alors tomba toute d'un côté, et ici revient l'histoire de l'incarnation de Vichnou sous la forme d'une tortue.

Nous avons rapporté cette seconde version pour constater la dégénérescence des allégories religieuses et philosophiques des infidèles, et comment, de simples fictions poétiques qu'elles pouvaient être d'abord, elles se changent en contes absurdes et en fables sans dignité. Revenons au premier récit.

Ici encore lo plagiat est évident; mais combien l'imitateur reste au-dessous de son modèle l Brama chAtiant l'Océan à grands coups de montagne n'est qu'un Xercôs monté aux proportions de Gargantua. Comparez k cette pénible et ridicule image la majesté de nos livres saints, lorscju'ils n«»us représentent l'Eternel traçant une ligne sur le sable avec son doigt et disant à la mer : Tu viendras jmquici : ici tu briseras l'orgueil de tes vagues.

La mer, dans l'excès de sa rage , Se roule en vain sur le rivage.

Qu'elle épouvante de son hniil; L'n grain de sable la divise, L'oncle approche, le (loi se brise, Rcconnail son inailre el s'enfuit.

Ces vers de Lefranc de Pompignan, quelque beaux qu'ils puissent ôlie, sont une bien faible paraphrase de la magnitique simplicité du texte.

On peut remarquer dans la seconde incarnation de Vichnou l'or et le serpent employés comme instruments de chAtiment et emblèmes de colère; le dieu vengeur désarmé par la vue de la femme sans tache, et le dieu réparateur s'interposant entre le monde et la colère divine; le fiel du serpent absorbé |)ar la divinité même, et lui causant une défaillance. Qui pourra méconnaître ici une imitation de nos dogmes tl'aulant plus visible (ju'elle est plus maladroite? L'idée du Réparateur donnant luimême au Créateur les types des formes animées, et venant en (jueUjue sorte les essayer lui-même, n'est p.js sans une certaine ombre de grandeur, et parait être une rrnùniscence mal expliipiée de l'action du Verbe dans l'œuvre des six jours; mais dans la parodie indienne, h <pioi celte interventKtnconstantede Vichnou réduit-elle Brama? pauvre créateur toujours arrêté et toujours secondé dans son (euvrc;! Un brame nous répondrait peut-être (pie Brama n'est (pie le ^éiiie de la nature; mais alors pouniuoi en Jaites-vous une p«;rsonne et même la |)remière persoinie de votre Tnmourli? Peu nous importe, au surplus, et la question littéraire n'est pas Ik.

La troisième incarnation sera moins Ion-

p^ie b raconter que la précédente : Un génie, pour essayer ses forces, prit la terre dans ses mains, et l'ayant pétrie, resserrée et arrondie comme une boule, il la lan(^a dans le fond du Patalam, qui est le creux de l'abîmr.. Vichnou, transformé en sanglier, fouilla l'abîme avec SCS défenses, attaqua et vainquit le ravisseur du monde, puis rapporta la terre dans les régions du jour.

Tout ce qu'il y a de remarquable dans cette nouvelle fable, c'est premièrement l'intervention d'un génie révolté pour donner au monde sa dernière forme ; puis le progrès do la création des êtres animés , et le sanglier pris pour type de la création dans les races antérieures à l'homme. Les mammouth, les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, ces animaux aux formes dures, couverts de cuirasses et armés de dents tranchantes, semblent avoir été les premiers pionniers du globe , et avoir re(;u pour mission le défrichement de la terre inculte. Le sanglier appartient au type primitif de toutes ces races en partie disparues; il se retranche encore dans les endroits ineultes , dans les fourrés de broussailles près des marais, en souvenir peut-<>tre de son antique royauté, et défend intrépidement encore sa solitude et son indépendance. Malheureusement pour lui , tous les chasseurs du monde ne se piquent pas d'être dévots à la troisième incarnation de Vichnou.

La quatrième incarnation est tout un conte de fées qui ne saurait manciuer d'amuser les petits enfants.

Il était une fois un génie d'une grandeuretd'une force prodigieuses. Les vieux bramesprélendent qu'il se nonnnait Ilirreukcssep , mot gigantes(|ue aussi et d'une monstrueuse apparence. C(» génie était parvenu , comme nous l'avons dit précédemment , à rouler !a terre dans ses mains, et, se voyant si fort, il se révolta contre Brama. Ayant été blessé par A'ichnoudans la lutte qui s'ensuivit, il lit pénitence pendant douze ans, puis Brama lui pardonna, parce que le géant lui avait rendu service en desséchant et en arrondissant la terre. 11 voulut même le récompenser, et pour le mettre h même de conquérir l'immortahté , il lui promit (jue personne no pourrait le tuer, ni par le ler ni par le feu, nide iour ni de nuit, ni chez lui ni hors d;; chez lui (car les Dévétas et les génies s'étaient bAti des maisons, aviai(Mit des é|)0uses et des enfants, et formaient des sociétés (jui furent plus tard le type i\cs sociétés humaines). Le géant alor» se crut un dieu, et voulut se faire adorer; il imposa sa domination aux génies et [tersécuta les anges. >'i(;hnoa sentit alors la nécessité de le combattre encore une fois ; cependant , en considératio» des bontés de Brama pour ( e rebelhs il. voulut essayer d'abord de le ramener par la grAce des bons exemples , et il lui envoya un lils plein de piété, (jui fut radmiralion d l'amour du ciel. Cet enfant, dont la douce;ir égalait la beauté , passait sa vie en [)rières et n'adorait (jue le Dieu suprême. Ilirrenkesscp en fut irrité, el^ au lieu de rentrer

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en lui-môme, il défendit sous peine do mort h son fils d'adresser à d'autres dieux que lui ses hommages et ses prières. L'enf.uit désobf^it courageusement, et son père l'ayant surpris dans ses prières accoutumées, saisit une massue de fer et le poursuivit pour le tuer. C'était à l'heure du crépuscule, et il ne faisait précisément ni jour ni nuit : l'enfant était prosterné sur le seuil du temple qui servait ae demeure au génie , lequel se trouvait par conséquent en ce moment n'être ni chez lui ni hors de chez lui. Il frappa, l'enfant esquiva le coup, et la massue, [)ortant sur une des colonnes du temple, la fendit de|)uis le haut jusqu'en bas ; de cette ouverture sortit un monstre ayant les grilfes et la tète d'un lion, les flancs et les cornes d'un taureau, la queue d'un serpent et les ailes d'un aigle. C'était Vichnou qui s'était ainsi transfoimé pour punir les crimes du génie ; il se jeta sur lui et le tua. Ainsi le tils pieuï fut délivré de la fureur de son mauvais père, etHirrenkessep périt sans avoir été tué ni par le fer ni par le feu, ni le jour ni la nuit, ni dedans sa maison ni hors de sa maison , et la forme nu'avait révolue Vichnou devint le ty])e (l'une nouvelle création d'animaux.

Remarquons dans cette nouvelle incarnation de Vichnou cette synthèse ébauchée dont les anciens faisaient la figure allégorique de l'hoiiirueet de tout l'univers. Le monstre qui tue Hirfenkessep est un sphinx h tète de lion, jjarce <\ne le type humain n'ayant pas encore naru,c'estlevisagedu lion ({ui est encore h* plus royal de toute la nature animée. Le fils d'Hirrenkessep , délivré de la fur.ur de son père, consacra son existence au ciille d»! Brama, qui lui donna limmorialité et le fil présidera la naissance des Ames ; car Hraiiia était alors dans le travail de son dernier et de son plus grand enfantement ; il s'ét-iil renfermé dans h; ciel créé, comme dans un oMif mystérieux , et bienlAt les hommes sortirent «le lui par une génération inexplicable. Les uns sortirent de son frnnt, d'autres de sa ftoilrine, d'autres de st-s iiiai'u», d'autres enfin de ses pi«'ds , (;l ce fut l'origine des castes et de l'inégalité dans la société indienne.

Knfin IhoiiMne nsl mis an monde, et nous ne verrons plus Vichnou s'incarner dans les animant. Ii;i les allégories de rhiéi()[i!i,iiite bou<Jdhis(e vrmt prendre \iu caractère nouveau de po/vsie el de grandi-ur.

La légetide suivante est lapins r«'marfptable (le toutes, (;l l'on (»ourrait en recommarjder la lecture à plus d'un sectateur des utopies mf>d<Tnos.

Au commencement du monde, la terre n"a(»p«rt(niait à i»erso.ine, et ses fruits étaient en commun. Cette ab<irid.-wic(.- produisit la paresse, personne ne voulant se d'»nner la peine d«r cueillir méjue les fruits nécessaires A sa subsistance, el se rep<>sniit volrjnliersd»; ce Hftïu sur b;s autres. Le résult.il de celte paresne fut l'égoisme, et, par une consé- «pi»rfir« ifi«'-vilflble, l'égoistm; (trodiiisil liso- Icmenl. |)a is l'isolemcnl de régfnsnie, les iuitnuit'A oublièrent Dieij, cl l'impiété |>.u ut

dans le monde. Brama eut alors pitié des hommes et leur envoya la misère, pour les avertir de leur faute et les tirer de leur torpeur. La misère fit naître tous les crimes, et les hommes épouvantés se rapprochèrent les uns des autres pour aviser aux moyens de se défendre mutuellement contre la misère et toute son horrible lignée; toutefois, comme leur réunion s'était faite par crainte plutôt que par amour, et qu'ils ne se fiaient plus les uns aux autres, ils résolurent de se donner un chef qui fût à la fois le maître et le protecteur de tous , et choisirent celui d'entre eux qu'ils crurent le plus fort et le plus sage. C est ainsi que la royauté prit naissance dans le monde, et le premier roi s'appelait Mavady.

Vichnou pensa alors qu'il ne devait pas laisser le pouvoir royal se substituer au pouvoir divin, et résolut d'instituer une religion sur la terre. Il prit donc la forme d'un brame, et se présenta devant le roi Mavady : Que veux-tu ? lui dit ce prince — Si tu es vraiment le maître du monde, lui dit le prétendu brame, accorde-moi seulement assez de terre pour que je puisse y poser mes deux pieds. — Je te l'accorde, dit inconsidérément le roi. — C'est bien, dit Vichnou; mais verse-moi de l'eau dans la main , afin que parcelle cérémonie, qui est la forme du serment, ta donation soit confirmée. Alors la femme de Mavady, qui était présente, fut saisie de crainte et comprit instinctivement que cette figure de brame cachait quehpio ennemi terrible, et ce sermentqu'on demandait au roi,quel(pie suprême danger. Elle fit donc tous ses efforts pour empêcher Mavady d'accoiufilir la cérémonie du serment; mais couHiK! toutes les femmes qui ont le malheur d'avoir trop raison, la reine se rendit im[>orlune et ne fut point écoulée: Mavady versa l'eau dans la main de. Vichnou, et voilà le faux brame qui grandit h vue d'd'il, qui grandit au delà de toute mesure, fpii grandit d'une manière inouïe et épouv,inlal>l(!. ]J(''jh un S(!ul de ses [)ieds couvre la surface du nnuide, (;t il tient l'autn; levé (ni demandant au roi d'une voix terrible

l'exécution de sa promesse Le rfii coni-

jril s.i iiiutir, el présenta sa têti;; Vichnou r(''p.irgna (;l ne vou'ul ptiinl l'écraser, mais il 1(! préci[»ita avec sa femmedans his enl(ns, f»ù ils recurent (ni dédommagement la souverainetr! des ombres.

(>ell(î histoire allégori(pie d(! l'apparition du bramaiiisiiM' dans h; monde; n'est pas siins poésie et sans [nofoinfinir. I>es (nnpiét(nii(nils de In religion sur l'Klnt y sont ligules d'iiiK! manièr(! assez saisissante, et le (■<'r(\i' vicieux des abus de la lilxîrté enfantant les abus du desjtotisme s'y montre tnico d'une main li,d)ile. Le sacenfoce des bralimarnrs est donc, suivant raut(nir de cette mythologie, le plus ancien du inonde, et no (brvjiit aspir(n- i\ rien moins (\\i'h la doiiiinalirin universelle; mais f»n p(nil entrevoir (pio le poète n'esl p;is de l'avis îles brahiii;uies, et l(; mal!ieur(l(! Mav.idv, (pj'il raconte pour 1 insirudioii des rois, n\jst point do nature /i

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rn-^ager aiirnn prince dans le chemin del'onfcr à la suite du premier des rois. L'hisloiro du communisme primitif et de ses suites désastreuses est faite avec beaucoup de sagacité, et semblerait empruntée à la polémique de notre époque.

Voici maintenant une autre légende d'un mysticisme encore plus profond.

Les pAtres de Jocalam avaient pour chefs deux vénérables époux bramines, dont h; désir le plus ardent avait été d'avoir un fils. Ils se nommaient Dévéki et Vassou(Jéva.

Personne ne les surpassait en piété, et pourtant , malgré leurs prières ardentes , ils ■avaient vieilli dans la stérilité et se sentaient près de mourir sans que le plus ardent do leurs vœux fût satisfait. Vichnou fut touché de leurs larmes, il prit la figure d'un enfant de la plus merveilleuse beauté, et vint consoler les deux vieillards en leur promettant que d'eux naîtraient trois enfants dont le dernier aurait sa ressemblance, ou pour mieux dire serait lui-môme. Les deux époux crurent à la parole de Vichnou, et s'endormirent en paix dans la mort ; mais leur mort ne fut poil. t stérile, comme avait été leur vie; car plus tard ils durent renaître pour s'unir encore, et ils mirent au monde un enfantdieu seniljlable à celui de leur vision. Cet enfant fut Vichnou lui-même incarné dans le bel enfant dont il avait pris précédennnent la figure, et qui plus tard fut adoré sous le nom de Chrisna.

Ici l'on ne peut méconnaître, sous les noms de Dévéki et de Vassoudéva, Abraiiam et son épouse Sara, si longtemps stérile. Cette incarnation do Vichnou dans une promesse, si nous pouvons j)arler ainsi, représente la grande époque judaïque que l'hiérophante indien ne nianque pas de subordonner à la période bramnnique, pour en faire seulement le second grand culte du inonde, afin, sans doute, de donner le change sur les nombreux emprunts qu'il n'a pas craint de faire aux livres sacrés des Hébreux.

Des réminiscences bibliques nous passons encore une fois à des contes de fées dignes de figurer à coté des Mille et tine Nuits. L'empire de Nabuchodonosor, sphinx métallique aux pieds d'argile, puis la puissance divine sur 1,1 terre abandonnée en apparence aux con(piéranls (jui établissent leur droit par l'épée, puis enlin l'intelligence venant au secours des faibles et la ruse trifiniphanl de la force dans ces combats où plusieurs grands empires se disputent h; monde, tel él<iil le tableau qu'il fallait retracer avec les couleurs conventionnelles de l'allégorie et de la fable. Or voici ce que nous raconte le légendaire :

Lv bramine Ravana ornait Ions les jours l'niitel du dieu Ixorade ccMlIlcurs nouvcllcliaenl cueillies; or le dieu voulant l'éprouver déroba un jour lui-même et cai ha une de* ces fleurs; puis il se plaignit à Havana, et l'accusa de négligence et d'infidélité. Ravana conqite les Heurs, et voyant (ju'en elb-t il en manque une, il nu trouve rien de

mieux à faire, pour expier ce qu'il regarde comme son crime involontaire, que de s'arracher un œil et de l'offrir à Ixora au lieu de la lleur oubliée. Ixora ne le laissa pas accomplir cet atfrcux sacrifice, et pour le récom[)enser de son zèle, il lui donna l'empire du monde. Ravana, pour mieux gouverner, demanda vingt bras et dix tôles; cette faveur lui fut encore accordée. Alors, croyant tout pouvoir, Ravana osa vouloir le mal; il se fil i'o})prcsseur du monde qu'il devait rendre heureux, ei d(> toutes parts les plaintes des hommes s'élevèrent contre son empire.

Vichnou lui-même ne pouvait cependant pas rétracter les dons d'Ixora; il s'incarna alors [)Our la septième fois, {irit la forme d'un guerrier nommé Ram, et vint attaquer Ravana.'Celui-ci, après avoir essayé de résister, sentant qu'il avait alfaire à un ennemi plus fort que lui, se changea en cerf et prit la fuite; Ram banda son arc et perça le cerf d'une floche; mais déjà l'âme de Ravana s'était cachée dans le corps d'un faquir. Vichnou perdait toute sa force devant ce corps consacré par la pénit 'nce, et Ravana continuait de vivre en paix dans son empire, lorsque le singe Hannhmann, l'esprit de souplesse et de ruse, se fit l'auxiliaire de Ram, et vint tendre des pièges à Ravana; il le harcela longtemps et le réduisit au désespoir; alors lui-môme, feignant d'être fatigué d'une guerre qui lirait en longueur, vint se rendre au prétendu faiiuir, et sembla vjvdoir mériter son amitié en lui confiant ses secrets. C'était dans sa queue, disait-il, que résidaient toute son agilité et toute sa force, et cette agilité et cette force ne pouvaient être détruites que par le feu. Ravana le crut, et se prit au piège de sa propre perfidie; car un jour ()ue, sur la foi des traités, le singe dormait ou faisait semblant de dormir, le faux faijuir s'approcha iloucement et lui mit le feu à la queue. Hannhmann alors s'éveille en sursaut, pousse des cris alTreux et s enfuit en laissant après lui une longue traînée de flammes ; il court h travers les moissons, s'enfonce dans les bois, et partout des tourbillons de flannne et de fumée signalent son passage. Lorsqu'il s'arrêta, toutes les richesses du pays de Ravana étaient en cendres. Ravana se tua de dést^spoir ; mais Ram continua sa gu(>rre conire les ennemis des dieux, etcouvrittoutela terre de ses ex[)loils.

Ram est la figure des siècles guerriers nui précédèrent la venue du Christ. Ce sont les j)ério(h>s grecipu; et romaine symbolisées par les travaux (ineicnle. On trouve dans la légende de l'Hercidc indien (juehpies réminiscences de riiisloirede Samson.ipii esl l'Hercule véritable de la tradition judaïque. Ce sont, on n'en saurait douter, des leiuiances au sMicrélisme et h la synthèse dont l'heure n'était pas encore arrivée. Au Mirplus, les légtMiihîs indiennes ne tarissent pas jur les exploits et les transformations d(> Ram; car en lui l(* symbolisme s'unit à l'histoire, et les traditions sciiiblent se croiser.

Kniin ikmis arrivons h la huitième incarnatii>n et à la légende de Chrisnu.

ALLEGORIE

ALLEGORIE

L'a raja (on nommait ainsi les roitelets de rinde), ayant été prévenu qu'il serait détrôné par le huitième fils de sa sœur, fit égorger successivement les sept premiers fils qu'elle mit au monde; puis, lorsqu'elle fut grosse de son huitième fils, il plaça un âne près du lit de sa sœur, en ordonnant à cet animal de braire lorsqu'elle accoucherait. Mais la vigilance de cette éfrange sentinelle fut mise en défaut par le courage de la jeune mère : elle étoufi"a ses cris, et son enfant, intelligent en naissant, retint aussi ses vagissements, en sorte que la mère et le nouveau-né eurent le temps de s'enfuir tandis qu'on substituait une fille au garçon qui était venu au monde; aux rris de cette petite fille, l'âne se mit à braire, le raja accourut, prit l'enfant avec fureur et la.jeta en l'air pour la recevoir sur la pointe de sa lance ; mais la petite fille, au lieu de retomber, s'éleva dans les airs, aux yeux du tyran étonné, et lui prédit le châtiment de ses crimes. Cependant Vichnou , incarné dans Chrisna , fuyait dans les bras de sa mère, guidé par le serpent sacré, qui symbolise l'éternité dans le ciel. Il passait les fleuves, dont l'eau se relirait à l'approche de la famille protégée du ciel; tous les obstacles s'aplanissaient devant lui, et les monstres envoyés pour le dévorer expiraient ou se soumettaient devant les pieds de sa mère. Pendant sa vie il i;onsola les afiligés, visita les f)auvres, châtia Ks méchants et humilia le front dus superbes; puis il descendit aux enfers, où il lutta contre le serpent infernal, qu'il vainquit et qu'il terrassa. Enlin il fut enlevé au fiel. On célèbre sa fête dans le signe du la Vierge, le huitième jour du moisd'août.

Il est clair que c<;tte légende est empruntée à quelque Kvangile a;)0cry|)he rêvé par un des anciens hérésiarques; toutes les traditions évangéliquess'y retrouvent, bien «pie confuses et altérées, depuis le massacre dos innocents jusnu'à la descente de Noire-Seigneur aux erirers. (]hrisrM est donc évidemiiient la figure de Jésus-Christ , et la Iniitième incarnation se rapporte à la période chrétienne. Knfin après Chrisna vient Bouddha, le méfjiateur nar excellence, neuvième incarnation d<; Vichnou, et celui dont la loi doit durer jusqu'il la fin du monde. RoiifMha n'a ni f*ère ni mère parmi les r-nfanls ries hommes; lui-même n"a((parlietil pns.i \» nature cor(»orelle, et lorsqu'il agit, c'est dune manière ine|I;i|,|(! f;i jnviMble. C'est à iJoij.ldha que l.i révélation .s'arrête, et Viihnou ne doit (»lijs s'inr arnernvant la (in des temps ; alors il descendra du ciel sf,uH sa propre; ligure, et «era monté sur un cheval blanc dont le pied droit de devant sera levé et immobile. A un signal de Vichnou, ce f»ied levé s'abaissera , fra(»pera le njonde, et le monde sera brisé.

Il a parti, r>*l lui; V)fi pied fr.npi>c I»; inoiido, El U: nunulf. i-M lirit^r,

a dit Cdbert dans son O'Ir mir h ju/frnirvC thrnhr, <ans te <|f»uter peut-être (pj'il imilûil la fibb; de la dixième iiicarmition, et

^u'il attribuait h Dieu môme l'œuvre du clieval blanc de Vichnou.

On peut voir dans l'Apocalypse le Verbe divin descendre du ciel pour ses derniers, combats, monté sur un cheval blanc. L'imitation est donc complète, et toute cette mythologie des dix incarnations ne peut être composée que d'après le système de quelque hérésiarque de la catégorie des gnostic|ues; c'est un monument curieux de littérature orientale et de symbolisme panthéistique. Les nombres mêmes employés dans cette synthèse hiéroglyphique sont mystérieux et significatifs; les formes d'animaux sont au nombre de quatre, comme dans l'Apocalypse, et le nombre 6 se trouve être celui des incarnations humaines. — On sait que, selon la Genèse, l'homme fut créé le sixième jour, et que, d'après saint Jean, le 6 figuré trois fois en se multipliant deux fois par dix, est appelé le nombre de l'homme, numerus enim hominis est. — Le nombre 9, qui est attribué à Bouddha, est le ternaire multipUé par lui-même, et représente la Divinité dans toute sa puissance. Mais, nous >e répétons, tout ce symbolisme appartient à la gnose chrétienne, et l'auteur bouddhistedes dix incarnations de Vichnou prétendait écrire en allégories l'histoire entière de la. création et du monde, dont il arrêtait la perfection au règne spirituel de Bouddha , comme les musulmans prétendent (jue la révélation n'a été conqdète que dans le livre de Mahomet.

L'ordre suivi par le légendaire démontre assez d'ailleurs que es fables ne sauraient être de l'école de ce Bouddha dont on fait remonter l'existence à huit siècles environ avant l'ère chrétienne. On sent, à travers tout ce |)0<'me en dix chants que nous venons d'analyser, l'esprit de système, le panthéisme mystique et les calculs de l'école d'Alexandrie. I»ar(pii tout cela a-t-il été importé dans l'Inde? (Je n'est pas ce qu'il nous importe de savoir; mais il nous paraît démontré par des preuves intrinsèques au document lui-même, (pi'on ne saurait en f.iiro remonter l'origine; plus haut (jue le m* siècle de l'ère chrétienn*!.

Les allégories de la mythologie grecque «;oMt tro[) on nues et s'éloi'gnent trop de no- Ire sujet (tour (pie nous ayons .'i nous en ocru|>»'r ici : ces allégories ont élé longtemps une source iné|»uis;d)l(; d'ins|)iralir)ns pour la littéialuie jtiofane, (pii esl I opposé de la nôtre; elles ont d'ailleuis pour objcîls les. joies sensuelles et les passions humaines ; mais dt'ji'i même dans la liltéraluK! profane le règne delà n»ythologie grecque est passé. (Ko»/. l'()^;siK.j

Nous ne dirons rien de la religion de Nuifia, ni d(,'s divinités de celti; Rome <»ù deux augures ne pouvai<!rit s(! reganier siiiis rir«î : nous nous hâtons d'arriver a ce livre rpii a rihangé la face du monde, en renouvelant toutes les idées et toutes les foriiuis, même lilléraires; m.iis nous ferons (h; la lillératiiro év.ingéliqiielr! sujet d'ufi aitich'/i p/nl. (Vny. tvi^oiLE.j Nous suivons h religion nais-

ALLKGOIUE

ALLEGORIE

snrile î» (ravcrs l'ombre des catacombes ; alors les mirncles abondaient en môme temps que les dangers , et la persécution forçait les premiers chrétiens h une sorte d'ésolérisme. Il était défendu de divulgiKT au\ infidèles le secret des saintes assemblées et le mystère des sacrements ; les images, h cette époque, étaient rares, et la poésie se cachait dans les cœurs; mais ce n'était plus une poésie de fictions, c'était la vérité éternelle empruntant (piehjues voiles aux paroles mômes des Ecritures. Les psaumes contenaient toutes les aspirations, tous les élans de la société nouvelle, et la JMble était à leurs yeux la plus sublime des épopées. Les maîtres de cette science s'intitulaient eux-mômes ignorants dans Varl de bien dire, et si tant d'éloquence jaillit dans les discours des disciples du Crucifié, c'est que parmi eux se trouvent des hommes simj)les qui souffrent et qui aiment, mais pas un rhéteur. L'art de bien dire, h Rome, en était Tenu jusqu'à paralyser la précieuse faculté de bien sentir. D'ailleurs la superbe esclave des empereurs n'avait pas de mots dans sa langue pour parler d'humilité, d'abnégation, d'amour des souffrances, de fraternité et do .sacrifice. Pour créer des noms à de pareilles choses, il fallait des parleurs barbares; tout le vieux monde devait se taire devant les conquérants pacifiques de l'armée du Verbe : Et siluit terra in confppctu ejus.

Dans ce teraps-là, il y avait assez de poésie dans le sentiment des choses pour qu'on fût dispensé d'en écrire. Quels siècles (juc teux des martyrs! Alors, dès leur plus tendre enfance, les chrétiens n'avaient devant les yeux que deux choses, le supplice et le ciel. Pour eux le inonde lui-môme n'était uu'une allégorie figurant les fins dernières; devant toutes les imaginations toubillonnaient, claires comme la foudre, les menaçantes images de la prophétie de saint Jean, qui devait être alors le livre de l'initiation des vrais gnostiques ; car nous voyons, dans saint Irénée, que le nom de gnoslique (initié), usurpé par les hérétiques, n'appartenait qu'au vrai fidèle instruit des mystères de la toi. Les peintures chrétiennes des catacombes, représentent souvent la femme vôtuc do blanc, couleur du soleil, et levant les bras pour prier : on y voit aussi un honnne englouti |)ar un monstrueux dragon h deux tôtes, et sortant vivant d'untî de ses gueules, après être entré vivant [lar l'antre: syndiole enq)runlé h riiistoirede Jona>«, etcpii rejjrésenle la mort forcée de rendre h Dumi ses martyrs sans qu'il leur man^pie un cheveu de leur tôt(>. — Souvent un honune, vôtti aussi de la robe blanche des nouveaux baptisés, i)araît sortir d'un coffre ouvert : nouvel emblème de (h-livranre qui devait rendre la mort désirable. Le rerf, souvent répété dons les mômes |)eintures, représente le ch'-sir de \'i\mc cpii se précipite vers Dieu, comme le cerf altéré vers les fontaines.

C'est h citle éporpie rpi'il faut plarer le cojinienc«meut de la poésie des légendaires

et d'un nouvel ordre d'aliégoiies qui vient combattre et renverser les attributs de l'ancienne niythologie. Le mat tyrisme , cette sublime chevalerie chrétienne par laquelle un seul homme, une faible femme et un enfuit délicat et timide, osaient affronter, combattre et vaincre la puissance g'gantescpie de l'empire , celte chevalerie , disons-nous, s'il nous est permis d'anticiper ainsi surlorigine historique des mots , eut aussi ses poi'tes et ses romanciers. La légende de saint Christophe est la plus belle et la plus ingénieuse allégorie que nous connaissicuis du progrès de 1 numanité à cette époque. Le sens profond de cette légende, qui renfermait en quelque sorte tout le secret du génie chrétien, n'était déjà plus compris au moyen âge, mais on répétait encore cet adage traditionnel :

Clirystopliorum videa$, postea tulu$ abi :

« TAchez seulement de voir le Chrystophore, puis marchez sans rien craindre. » Voir signifiait comprendre, et ce n'étaient pas les stalues gigantesques du symbole qui pouvaient en donner l'intelligence. Cette légende n'est pas si universellement connue maintenant, qu'il ne soit pas nécessaire do la donner ici : nous aurons assez d'autres richesses pour remplir l'article spécial des légendes (Ko//. Légendes) : nous nous ferons un plaisir de citer et d'analyser dans le récit les vers naïfs d'un conteur du moyen .'^go.

La légende du grand saint Christophe.

Clirijstophorttm videas, poslca tutus abi.

Qui voit saint Clirysloplic en passant

(Je (lis son image l)oniio ), Oiic ne mourra de mort siiltilf , Tant sur le (lial)lc il est puissant.

Vous (lire/., d'après sa legonde, Qnp, liion ipi'il l'iU un grand j;t'ant, La l'rovidtMuo, en locn-anl, S'était monln'c encore plus grande.

Chrystoplionis était païen De naissaiH'o, et (lianaiiocn.

Grand d« plus do don/o coudées; La prcmit-ri' de sos iiU'O:»

Fnt de tluMrhor le plus jirand lloi Kl de so soiinii'tlrc à sa loi , Mais le pins grand tpii lût an monde : Plus tard vovis s;uinv, la scconilo.

Or il él.iit en ce temps-là t'n prince dont la gloirr alla l>iiii bout à l'anirc de la Icrre :

l»i( lir en paix, Icrrildc ii la guerre. ( ,1m ysloplic >(• lit Mtn \a>^;>l, l'ni> il devint son commensal l'oiir l'avoir, dans une hat:iille, llien servi par sa grande Uiille.

Or il ailvint qu'iui certain jour.

Le roi Iraila loiite sa ronr.

A sa droite il mit saini C.lirystophe r

liien vèln dune riche éloiro;

Puis les vins exquis de couler.

Kl le lianap de < irculer :

Au desxMl nuMiesIrels enirérenf,

hl leur ballade coiuiiiciiccivnl ,

85 ALLEGORIE

Dont l'une était d'un diablotin Qui parlait bien grec et latÎH :

Or, chaque fois que le bon sire (C'est le graad roi que je veux dire) Entendait prononcer le nom De notre ennemi le démon , Il se signait pour assurance De a'étre pas en sa puissance. Or le sire Chrystophorus , Qui lors se nommait Réprobus, Car de son front le saint baptême N'avait pas lavé l'anathème, C-hrystophorus donc dit au roi ; Qu'est ce signe, expliquez-le-moi; Et comme d'abord le bou sjre Se défendait de le lui dire :

Si vous ne vous expliquez pas , Je vais vous quitter de ce pas.

Dit Réprobus, qui de la chose Suspectait à bon droit la cause.

— Puisque vous voulez le savoir.

Dit le roi^ c'est le diable noir Qu'on nomme, et je fais de la sorte Pour empêcher quil ne m'emporte.

— il est d(mc plus puissant que vous.

Dit Chrystophe ; — il faut, entre nous , Que j'en convienne, dit le sire.

Or bien, je quitte votre empire.

Car en vous servant j'ai voulu Servir un- monarque absolu :

Je passe au service du diable.

Ce disant, il quitta la table, Laissant tous les gens ébahis, El s'en alla par le pays.

On voit parce comaionccraent que le versilicalear j^othique a tout boanement habillé les hommes et les choses à la mofl*; de son temps, avec ses ménestrels et son roi qui so signe enent(iJidant parler du diable, et cc'a avant que4e cbristianisme frtt connu, comme on le verra par la suiie »Je la l»;^ende. Dans l'allégorie ancienne, qui remonte sans doute aux premiers siècles, on ds-vait d re (juau milieu du banquet royalle prince, eflra^^é d'un mauvais présage, fit conjurer les divinités infernaltîs ; de là, les (piestions et la fuite du géant Ué[)robus. .Mais revenons à son histoire.

Voiri qu'en un lieu tn''s-sauv:igc

Il vrni venir sur son p;issage

Des sold.ils noirs < onniie la nuit,

Qui M)nnaient leur trompe a gr.iiid bruit,

i'réci-danl la marche liaulaïue

IKun fort ins/Wr-nt (::t|iilaine :

— Que, cherches-tu donc par ici?

— L>; diable. — Kn < »; c;is, me voici. Car c'cUiil le «iialiie eu |»erv»nne.

ALLEGORIE

Réprol#us lui demande s'il est h' ()Ius grand monarque du mond«; ; .'i (]uoi .Sal;ni m; nianqii« |ias de répondre ailirmativcmcnt. Le j<é/irit alfH-H s'i'tigage h son servie»;, et h; suit h travers la carn(»agnc.

lU traverser»! d»'s [liaiiifts, Iranclnssciil des lochers, descendent dans ries lavins,

f'A (/hrysloidiore élait bien la* , (>;ir le» diable» fnnl <k (;randH pan,

rJit notre vieux conteur.

Knlin ils arrivent dans une gf»r>^(! sur la- (pielle ne pericriait un rocher surmonté d'uMo tfoii. JouUj i'oiujée lulernale s'ariCte : le

clief paraît troublé. — Avançons, dit le géant lléprobus. — Fuyons, dit l'ennemi du genrehumain. — Pourquoi donc ? — Eh I ne voistu pas cette croix? — Que t'importe cette croix? — Fuyons 1... — Fuis donc et laissemoi, puisque tu as peur. Tu m'as trompé en me disant quetu avais la puissance suprême. J'ignore ce que signifie cette croix et de quel souverain elle est l'étendard ; mais je resta près d'elle et je veux m'attachera lui. Il n'achevait pas cette parole que tous les démons avaient disparu.

Le voilà donc resté au pied de la croix ; mais qui lui en expliquera le mystère ? Pendant quatre jours et quatre nuits, il chercha et ne trouva personne qui pût lui rien dire. Les savants se moquaient de lui, et les ignorants supposaient qu'il se moquait d'eux : cependant, après le Quatrième jour, le géant vit passer un vieillard à la longue barbe blanche : c'était un des premiers ermites, et c'était lui-même qui avait planté la croix sur le rocher.

Réprobus l'interrogea comme les autres : le vieil ermite sourit. — Tu veux trouver celui qui règne par la croix, mais on ne le trouve que par la foi et les bonnes œuvres : crois-tu en lui?— J'ai vu fuir les démons devant la croix. — Veux-tu faire des bonnes œuvres ? — Qu'est-ce ({ue des bonnes œuvres ? — Veux-tu prier, te mortifier, jeûner? — J'ignore même ce que tout cela veut dire, et je ne me sens aucun désir de l'apprendre: car ces mots-h\ sonnent étrangement à mon oreille. — Eh bien ! attendons nue Dieu même te les fasse compt^endre. Il y a }>rè6 d'ici un tlcuve ra()ide qui arrête les voyageurs au passage, et souvent il faut qu'ils attendent bien longtemns ou qu'ils se détournent loUj^uement de lt;ur chemin avant de pf)uvoir le franchir; tu es assez grand jiour n'y avoir de l'eau que jusfju'à la ceinture ; va donc, si tu veax, trouver le maître de la croix ; il aime ceux ()ui rendent service <nu jièlerin et qui assistent le voyageur. Tu prendras .sur les épaules ceux (jui voudront lasser, et lu l«,'S conduiras à l'autre rive. — Je efUHprends cela, ».'t je puis le faire, dit le néant ; et ayant déraciiié plusieurs arbres, il se ii.Uit une cabane sur h; boiil de l'eau ; puis, nrenaiil pour bAlon un grand arbre, de.sséclié, dé'iiouillé d»; son écorce et de ses branches, il allait et venait à travers le ll(niv(!, passant et repassant les voyageurs sur ses épaules.

Or, iiim; ninl qu'il veillait en attt^ndant quelque [lèlerin ég.né, car la nuit. élait orageuse, il entend hik; voix d'enfant tiui l'appelle <i un nom <i iui inconrui ; il sort et ne trouve [lersornif; : il renlrt; ciiez lui tout <Honné, on I appelle encor»; une fois;

Il n:t/iiirne , personne eneorr-.

Il rentre clie/. lui. ChryHto|tliore, V lens me p.isser, repreiMl la voix; l'.l le géant , pour celle foiH, Troiiv); un enfitiieon sur la rive, l'his grarieiix que firnr qui vive, lll.iiM eonnne un lys, cl si venncU t.unimc iu>e en |tlcur.') au buluil.

ALLEGOIUE

Lors rnurbaiil son t>|»anle forlf»,

Il le fait nioiiior el l'cinporle ,

Et sons 0!i< les flots, dans la nuit.

Firent de l'éennie el du hruil,

Kn montant jnsqn'à la ceinlnrc

De sa pijianlesqne slatnre.

Sondain le pelil innoeenl

Devint si lonrd, qui', tout puissant

QnViail Timnnne à la grande laiHc,

Il fli'eliissait comme niie paille.

A grande peine il se lira

De la rivière el respira,

Kn posant l'enfanl an rivage.

EtifanI, j'ai p.»iné davantage

Pour le porter, dit-il alors ,

{)[\c pour les tiommes les plus forts.

Quand sons ton poids je passais l'on. le,

h me semblait porter le monde.

— Tu portais bien pins, dit l'enfant.

Or, des images Iriompliatil,

1,0 soleil en robe dorée,

Mimtait alors snr IVmpirée;

L'orage au couclianl s'eid'nyait

Kl le ciel entier s'essuyait

Comme nn rayon du soir essuie

La flenr malade après la pluie.

Je suis cpliii que tu as cherché cl (jne lu attendais, continue l'enfant : retiens bien mon nom ; je me nonime le Christ. Je t'apparais débile Vl faible comme l'enfance, parce que j'aime à triompher dans la faiblesse, et par cette faiblesse môme je courbe la této dvs forts. Je t'ai baptisé dans celte onde où tu t'es plongé cette nuit , et désormais tu ne t'apix'Ileras plus Uéprobus, car ta réprobation est effacée ; tu t'api^elleras Chrvstophore, ce qui s'v^miie porte-Clirist : i)lanle ici ton bAlon, et je le donnerai un signe de ma puissance ; puis va par le monde et fais du bien : nous nous retrouverons un jour. L'enfanl disparaît, et (^hrystophore se prosterne sur le rivaf^e, après avoir planté son bAlon dans le sable. Tout à coup un nouveau prodige le frappe d'éloiuiement et d'admiration : le bois sec reverdit, l'arbre mort se couvre d'une écorce nouvelle, des feuilles s'empressent de naître, el au milieu des feuilles s'épanouissiMit bientôt des lleurs ; les fruits leur succèdent, et d'autres Heurs naissent encore. Chrystoi)hore est enlin éclairé.

Joyeux il quille son asile,

El s'en va prècliaiU l'Evangile

Qui I(»rs, par grande cruauté,

Elail jKirtout persi'cnl»'.

Le saint, qui mouline s'en soucie.

Vint à Samu <lans la Lycie ,

Et voulnl prècber b; vrai Ibeu

Au peuple païen de ce lieu.

Qui ne comprit point sa baran,'ue ,

Faute à lui de savoir leur langue.

l'our ce, point m* se rcinilail ;

Mais un j<Hir, <'onini)' il assistait

Au jugement des sanls el saintes

Doiil on occisail maints el maintes,

A liante voix les evborla

Dont lanl le juge s'eiiiix>rla,

Qu'il le frappa sur \v visage.

Alors le saint, d'un grand ntiirage ,

Lui dit : Va, je le pourrais bien

l'unir, si je n «'tais cbrélien.

El de< oufranl ;i rassemble»;

Sa far r jusnu'alors voilée.

De |>cur il k's lit tous frciiitr,

ALLEGORIE

El força le juge à blêmir; Car son vis ge étail terrible.

Saint Christophe, devenu apôtre, dissitnulail donc autant qu'il le pouvait sa taille gigantes(pie, el portait un voile sur son visage, comme le christianisme; aux Ctlacombes : aya-it elfrayé l'assemblée des idolâtres, rien qu'en leur laissant entrevoir sa puissante physionomie, il put se retirer tran(|uillement; mais le juge, furieux d'avoir eu peur, envoya aussitôt une troupe de soldats pour I" prendre. — Kl si je tie voulais pas me laisser |)rendre, leur dit le Chrystophore, })onrriez-vous m'y forcer ? Cette parole lit trembler les soldats. — Nous allons, reprirent-ils, retourner vers celui qui nous envoie, et nous lui dirons que nous ti'avons j)u te trouver. — Non, leur dit Chrystophore, ne mentez pas, il vaut mieux qtie jo me livre à vous ; et leur tendant atissilùt ses maius formidables, il les aida lui-même, en se baissant, à lui bien attacher ses fers. Les soldais pleurèrent d'aflmiralion , et ayant amené le géant devant le proconsul, ils déclarèrent avec lui qu'ils étaient chrétiens. Le juge leur (il trancher la tète, et lit mettre Chrystophore en prison ; mais, dése>^[>ératil d'avance de Iriomnher de lui par la force, il voulut essayer de le séduire. Il y avait alors deux femmes de mauvaise vie, nommées, l'une A(iuilina, et l'autre Nicéa, doit tous les païens vantaient la beauté. Le juge les lit habiller magnitiquemenl et les lit descendre dans h; cachot du Chrystophore ; mais lorsque le confesseur leva la tôle et les regarda, en leur demandant avec une douceur [)leine de gravité ce qu'elles désiraient de lui, elles furent saisies ;\ la fois d'admiration et d'épouvante : la sérénité de son front terrible, la résignation de cet homme si grand et si fort leur bouleversèrent le cœur et leur tirent entrevoir les splendeurs de la vie nouvelle; elles tombèrent donc h genoux tout h coup, vaincues et subjuguées, et lui répondirent en tremblant : Nous voulons le demander le b;\|)tôme, atin d'ôlre chrétiennes et de souIVrir comme toi.

Le saint accéda au désir des deux notivel- I(;s chrétiennes et imprima sur leurs fronts le sceau du baptême ; alors, brillantes d'un saint zèle, elles r<*tournent vers le proconsul, <pii, les voyant joyeus(\s el lriom[)ha!ites, cioit avoir lui-môme trionqihé ; il ordonne ui grand sacrilice, et veut que les deux femmes soient conduites au templeavec poiiip(> iiour raconter ilevant le peuple assembli' la défaite du plus ((Mf ible des chrétiens. — Nicéa el Ai^uilina sont donc coul'oinu-es de Heurs : on croyait leur donner la |i.iruie des prêtresses, (»lles savaient que (•■('•tail la parure des victimes : elles marchent en souriant au milieu de la foule impie, (jui chante des chansons en leur honneur. On arlive au temple, les courtisanes doivent commencer [lar otfrir leurs ceintures aux idoles; elles détachent en elVet leurs ceintures , les passent an cou des sinnilacrcs, et h?s liionl ['H\[ à i;ouj> avec force, elles lenver-

ALLEGOHIB

ALLEGORIE

sent les statues, qui se brisent sur les degrés de leurs autels.

Et les deux chrétiennes de rire ,

Gens de crier, elles de dire :

Allez chercher les médecins,

(lar vos dieux ne sont pas trop sains;

lis ont la lèle endommagée!

Le chef de la foule enragée

Fit alors pendre Aquilina

Et jeter au feu Nicéa ;

Aux pieds lune avait une pierre.

L'autre du feu sortit entière.

Le juge lui fit trancher la tète, et fit amener Chrystophore devant son tribunal, sans essayer de le convaincre par ses discours. Il fit commencer les supplices : un grand casque rougi au feu fut enfoncé sur la tête du martyr, puis on le donna pour but à des archers ; mais les deuï premières flèches qui furent tirées contre lui changèrent de direction et vinrent s'enfoncer dans les yeuï du juge. Le malheureux alors poussa des cris et implora la pitié de sa victime. — Ton Dieu est le vrai Dieu, dit-il à Chrystoj)hore; demande-lui qu'il me pardonne. Vends-moi Ja vue, et je me ferai chrétien. — Achève d'abord ton ouvrage, dit Chrystophore ; faismoi trancher la tôle ; tu prendras ensuite de mon sang, tu le mettras sur tes blessures, et lu recouvreras la vue. Lejuge obéit, leinira- <:ie s'accomplit suivant la promesse du Chrystophore, et le persécuteur se lit chrétien.

Qui ne voit, dans ce géant réprouvé qui cherche un maître, l-'genre humain dédiu qui cherche un Sauveur ? Il est géant par son orgueil, et n'a cependant f>as la science de l'homme; ce n'est qu'un gigantesque enfant.

Le despotisme de la force le séduit d'abord, il s'attache aux conquérants et aux rois; mais les conquérants meurent, et les ro s craignent le génie du mal, qui jteut les renverser et les détruifr;, L'hutnanilé se ^ lassf des dieux mortels, et s'.ittaihe au génie du mal, au géni»; de la science sansDieu et de la [luiss/mco sans amour; mais une jtetile croix ftlantée sur nu rocht-r par un pauvre solitaire confond la sciencf; des sages et la jtuissaricr; des maîtres du mondi; : l'homme est subjugué ftar le charme irrésistible de la croix, et la voix d'un inconnu lui «[•prend rpie, [K)ur trouver Dieu, il faut faire du bien aux hommes.

Le Heuve rapide nq)résente la vie, et les r/'uvres de charité sont rejtrésenlées ()ar h; dévouement rie Chrystophore, qui aiil.iit les fMuvres voyageurs a traverser le Meuve.

.Mais ce rju'on fait au ni'jindre d'entie b-s «•nfants de Dieu, on le but à Jésus-Christ bji-mArne ; le Sauveur ne tarde donc, pas ,'i •te manifester : il vient sous la figure d'un enfant, swnbole d'hurnilité, de Miiiplicité et ri»; douceur ; et cejte'idant cet enbiot est plus fort qoe toute la lorce des géants, et sous b; [joids de son joug si léger l'orgueil humain est forcé de se courber jusqu'/i terre. L'arbre dessé<:fié sur lequel Clir\ stophore s'a|ij'iijr»it,c'e»l l'arbre <lcs anciennes crrtyaiice»,

qui semblait n'avoir plus ni vie ni sève ; l'Enfant-Dieu lui fait reprendre racine en terre et lui rend une nouvelle jeunesse ; h ce signe l'homme reconnaît Dieu et devient chrétien.

Alors le symbole du Chrystophore change de nature : il ne représente plus l'humanité du passé, il représente l'homme de l'avenir ; mais les premiers-nés de l'avenir sont toujours persécutés par les aveugles adorateurs du passé, et saint Christophe devient l'image du christianisme à son berceau ; il refuse de faire usage de la force, et, sachant que la vicn lence se détruit elle-même quand on ne lui résiste i)as, il tend volontiers ses mains aux fers et la tête aux bourreaux. Nicéa et Aquilina rei)résentent Nicée etRome, etsonl la figure de toutes les grandes villes idolâtres, chargées de corrompre l'austérité de la nouvelle doctrine par leur luxe et leur mollesse; elles-mêmes se laissent séduire par la majesté des confesseurs, et en viennent bientôt à renverser elles-mêmes leurs faux dieux ; la douceur du christianisme convertit les persécuteurs eux-mêmes, et ceux qui no sont pas attendris sont aveuglés ; mais le remède à cet aveuglement est dans le sang même des martyrs; les pouvoirs injustes et jiersécuteurs ouvrent les yeux, et, brûlant ce qu'ils ont adoré, ils adorent ce qu'ils ont brûlé. A Domino factum est istiid, et est mira' bile in ocitlis nostris.

Cette légende, extraite de la Légende dorée, qui l'a empruntée elle-même h de plus anciens auleurs, est certainement un parfait modèle d'allégorie. Le christianisme, en amenant riiomme à ne voir dans les choses visibles (jue l'ombre des biens éternels, avait des tendances naturelles et originaires aux récits animés d'un double intérêt comme la vie humaine. Les choses de l'esprit se popularisaient ainsi jjardes histoires merveilleuses qui amusaient les enfants, et fournissaient aux hommes faits des sujets de médilations. Les paic'us eux-mêmes subirent ces tendances spiritualistes de l'esprit humain après la veruje de l'Kvangile, et ne craignirent pas de faire au chi istianisme plus d'un emprunt, avant même (pie l'école d'Alexandrie n'essayât de faire h; syncrétisme d(! la philosophie ancienne avec les dogmes nouveaux.

La f;d)l«; de Psyché, par exemple, n'est (pie du mysticisuK; chrélion écrit en caractères mylhologi(pies. On sait (pu* b; suj(.'t d(! cette allégorie est répo[iée de l'âme, personnage inconnu dans l'ancieniH; mythologie, où les dem'-dieiix et les héros, après leur mort, ii'étai(nit |»lus (pie des ombres. Dans l'allégorie de l'syclir'', b; personnage mêm(! d'Kros ou l'Amour ne repn';s(;nte plus la passion sensuelle, m.-iis cet amour mutuel de l,-i Divinité et de la (-réature (jik; b; christianisme setil devait révéler au monde sous le beau nom de charité. Le |)ar.idis terrestre et son iionheur éphémère, l.i jfdousi(; des esprits mauvais figurés par les deux somus (b; Psyché, la curi(»silé, la désobéissanc»;, l/i chute, l'exil du ii.UMdis et les suites de l.i f.nilt; oril^incllc, 1 asservissement <^ la chair, l'expia-

ALI-EGORIE

ALLEGORIE

lion ot la n^gt^inValion par rolxMssanoc cl la «loulciir, jMiis le panlon, la réconciliation et le mariage de l'Ame avec le c/'lesle époux (pi'clie avait perdu, tout se retrouve dans (file fal)le célèbre, trop connue d'ailhMirs et lro[) profane dans sa forme pour que nous la racontions ici, mais trop profondément chrétieime dans l'idée pourijue nous n'ayons pas dil la mentionner et en indi<iuer la l'acné ex|ilication.

La poésie des premiers siècles de l'Eglise consistait en <les psaumes, des cantifjues spirituels, et des apocalypses ou révélations écrites eu style [>ropliéti(pie. Edifiez-vous et avertissez-vous tnutuellement par des cantiipiia spirituels, disait saint Paul, el ailleurs : ÎJuand vous vous réunissez, ehacun de vous apporte quelque chose pour l édification de ses frères: celui-ci a un psaume, celui-là une apocalypse. Que tout se fasse avec ordre et sans confusion. Ou sait que les A[) llinaires, IVères chrétiens du même nom, avaient mis en vers plusieurs récits et plusieurs cauti- ([ues tirés de l'Ecriture sainte; mais la forme MuHrique était en général peu recherchée des tidèles comme im()osant tro[) d'entraves il rins|)iralion divine. La poésie religieuse, toute pleine de contemplation et de prières, devait, ,^ ces époques d." ferveur, tenir moins h l'arrangement des mots qu'à l'élévation dos pensées, à l'ardeur des atfections et h la sainteté des figures. En dehors des lirres (•anoni(pies, il nous resti; peu de monuments <le la littérature de cette é|)oquo. Les Evangiles apocryphes qui nous restent ont été ou supposés ou altérés par des hérétiques postérieurs h ces premiers siècles, et pourtant fourniraient h cet article des exem|iles HMirieuv (pie nous ra()porterons ailleurs. -( y 01/. Ap()(;i\ypiiks. )

Le livr(î du Pasteur, par Hermas, convient mieux encore au sujet dont nous nous occupons ici : ce n'est (ju'uu tissu d'allégories au mf)yen desipielles un |):isleur célc^ile instruit uiKîilme des mystères de la «loclrinc. L'on a suspecté à bon droit l'intégrité et l'orlhodoxie entière d(^ ce livre, dont (luehpies passages semhleraient favoriser l'erreur do Novalien, et dautrcs, par une singulière contradiction, poncluTaieiit vers le système '4:ondamné d'Origène. Ces(picstions,du resie, ne louchent pas au côté liUéraire du livre, 'dont la forme est d'un mysticisme |)arfius assez étrange. Le style y revêt (jnelt|uef()is pourtant la sim|)licit^ majestueuse des écrivains a|)osloli(iues, et ses comparaisons sont souvent heureuses : c'est ainsi (pie le Pasleur compare la société des hommes, dans la vie présente, h un hois où les arhres verts sont mêlés avec les arhres morts; la chute des feuilles les rend tous semhlahles, mais c'est le printemps «|ui dislingue les vivants /«les morts; les uns revenlissent et se cou- %frenl d'un nouveau feuillage, les autres t'îlalent vainr-ment leur scpiclelte aride au .soleil qui ne les réchaulfe plus. Nous vivons sur la lerro confondus enseinhle comme les ./nhies d'une uïème forèl; puis, selo'i les •diii)Oiilions intérieuroii do chacun, quand

vient ce vent d automne que nous appelons la mort, tous se llétrissont et se dépoudient de leurs fiMiilles, (iuel(]ues-uns pour toujours, les autres seulement pour un hiver. La résurrection sera le printemps : alors lo solt'il de l'éternité visitera tous les hommes et l'on ne saurait dire qu'il donnera aux uns la vie, aux autres la mort; sa chaleur et sa clarté seront ()our tous la même; les uns la sentiront, loj autres ne la sentiront plus, et c'est h ce signe qu'il distinguera les vivants d'avec les morts.

Le Pasteur montre aussi à Hermas des anges qui bAtissent une tour : cette tour c'est l'Eglise de Dieu, et les anges ce sont les vertus ; d'autres anges sont chargés de choisir, do tailler et do polir les pierres; ces pierres sont les fidèles : celles qui ne sont

fias trouvées aptes à remplir la place pour aquelle on les destine, sont rejetées, ainsi que celles oil il se trouve ([uelque défaut

3ui compromettrait la solidité ou la beauté e l'édifice. Mais que deviennent les pierres qui sont ainsi rejotéos par les architectes divins? Elles roulent sur la terre ou tombent dans les eaux des lleuves. Celles qui sont trop tendres subissent le travail du tem|»s, de l'atmosphère et des eaux qui les durcissent. Celles qui sont inégales seront brisées et égalisées h la longue par le choc des éléments; quelques-unes seront réduites en poudre, puis en limon , puis reprendront une cohésion nouvelle; toutes enfiu, plus tard, seront présentées encore une fois à l'archilecte, et pourront alors entrer dans la composition du mystérieux édifice , avec cette (lillenMice seulement, qu'elles seront au sommet au lieu d'être à la base , et qu'ell(»s seront supportées au lieu de supj)orler les auîres. C'est ce passage surltuit, susce[)lil)le d'ailleurs de plusieurs inter|>rétalions, (pi'on pourrait tourner dans le sens origéniste; toutefois il parait plus nature* de l'entendre des résistances h la grAce el des conversions relardées par l'inlidélité des hommes. L'image des anges travaillant à la tour n'en est pas moins une image fort belle. D'ailleurs, t(uil ce symbolisme n'est pas choisi arbilrairement par l'imagination do l'auteur; nous trouvons, en étudiant les Pères au point de vue littéraire, une concordance parfaite dans les allégorie» (ju'ils emploient, et celte concordance est plus rem.'inpiable h mesure ipien remontant les siècles on se rap|iroclie des temps apostoliques. Ainsi, pour nt^ citer (|ue (juelques exemples, le soleil, dans la littérature sacrt-e. représenle la vérité, le Verbe de Dieu et Noire-Seigneur Jésus-Clirist, qui sont trois termes ilont l'analogie est presque de. Ja synonymie. Il est é('rit en elfet dans le livre des psaumes : // a placé son lahrrnacle dans le soleil, cl lui-même est comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale. I-.a lune représente l'Eglise, cl sous les noms de ré[»oux et de l'épouse, on entend aussi ordinairement Notro-Seigneiir Jésus-Christ et son Eglise, De l'analogie du soleil visible avec le soleil invisible, (jui c&l le Verbe do Diou, i»euveul

ALLEGORIE

ALLEGORfE

se déduire, relativement aux opérations de la vérité dans nos Ames, toutes k'S analogies de la lumière, soit directe, soit rétléchie, soit réfractée. Les ténèbres représentent le mensonge envahissant les âmes, l'état de péché; et le jour figure l'état de grAce ; les animauî, les plantes et les minéraux ont des analogies avec les facultés, les passions, les vertus et les gloires soit des hommes encore militants, soit des saints élus qui se reposent dans la gloire; les arbres sont les doctrines, et leurs fruits en sont les résultats; les pierres représentent les fidèles, soit collectivement, comme dans la construction des autels dont il est parlé dans la Bible, et dans cette parole de Notre-Seigneur h Céphas : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de Venfer ne prévaudront jamais contre elle. Par ce mot portes il faut entendre les jugements, les puissances du monde, et les sei)t vices ca-

Eitaux, qui sont les souverainetés de l'aîme. Jésus-Christ lui-même se compare à la pierre angulaire, et il dit que si l'on fait taire les enfants qui lui crient Salut et gloire, les pierres elles-mêmes crieront. Les arbres représentent aussi les nations, à cause de leurs branches qui figurent les provinces, et de If'ur feuillage qui re{)résenle la multitude. Il faudrait un long et minutieux travail pour recueillir et classer toutes ces allégories, dont la connaissance est si nécessaire h quiconque veut se livrer avec succès à la littérature sacrée. Les limites de cet article, déjà trof) long, nous obligent de nous borner à quelques indications pour faciliter les recherches.

11 nous reste à dire quelques mots de l'usage qu'on [»cut faire encore de l'allégorie dans la littérature sacrée. Comme il nous 8'Tfible l'avoir fait déjh observer, nous n'avons [)lus, pour [«arler en énigmes, ni les mêmes raisons, ni la même autorité quo les firopliètes, et l'allégorie ne pe-ut guère plus C(;nv(;nir fpi'aiix enfants et h ceux ipii les instruisent. D'ailleurs, les hommes ins- I»irés de Dieu, en eiufiloyant eux-mêincs celte forme, oui s'ac(ommode si bien aux faiblesses d»î rintelligencc, n'ont-ils pas regardé les hômrnes i;omme de véritables eniarits ? Dans l'inslrneliori de la j(;unesse, l'allégorie (»eul flonc être d'un grand secours, et les caléehisl(,-s, [lar exetiq)le, j)euvenl y trf*uv«:r un moyen facile de* temj)ér(!r jjar des récits attrayatils et des images gracieuses rau")térité et les lofigueurs dt; lf;ur grav»; enseignement; des paraboles dans le genre de celles du l'èrr- Honaventure (iirandcau, (»ar exemple, réussissent toujours et sont du plus heureux effet. Lue r omparaiso'i, une image fera sijr-le-cham(i comprendrr; h un enfant, ce que vous vous seriez inutilement cllnvin rie lui expliquer i»endant plusieurs lniures, et c'est bien la que vous trouv(;rc/, l'fjccnsion d'apfdirpicr r;es pré* eples fJe Minvenance et de ju.->lesse dont nous avons parlé précédemment. Mesurez vf»s images ^i la faible vui;, et vos c>>rnparaisons h la science |ieu étendue dv vo» auditeur» ou de vos» lecteurs, diiait

sans doute un professeur expérimenté et vénérable en s'adressant h ses élèves ;ra|)pelez - vous toujours qu'un ornement est inutile dès qu'il cesse d'être nécessaire, et que la poésie n'est que l'art d'expliquer la métaphysique à des enfants par le moyen des images; ménagez vos illustrations et supprimez les rébus. Ce que nous disons ici pour la prose s'applique même à la poésie proprement dite, c'est-à-dire à la poésie versifiée : la plus belle est toujours la plus simple, et les images qui nous saisissent le plus sont celles qui nous font comprendre facilement et sans eifort une belle et grande pensée. Le bon style est tout d'une pièce, si nous pouvons parler ainsi, et l'on ne doit pouvoir rien ajouter ni rien retrancher à sa simplicité comme à s.)n élégance. 11 n'y a qu'une manière de bien dire les choses, et le sentiment de cette manière est ce qu'on appelle le goût : or c'est surtout dans le choit des ornements du discours comme la métaphore, la comparaison et l'allégorie (ou mieux, et pour suivre la progression, mettons la métaphore la seconde), c'est surtout, disons-nous, dans le choix de ces ornements et dans l'examen des raisons qui peuvent nous déterminer à leur emploi, que le goût doit être consulté. Il ne faut pas, comme Malherbe, par exemple, comparer les larmes de saint Pierre au déluge universel, et ses souj)irs à des ouragans qui déracinent le» chênes :

C'est alors que ses cris en tonnerres éclatent ; Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent,

etc.

Ces images manijucnt au bon goût, parce qu'elles ne sont pas vraies, et les analogies V manquent de justesse. Il faut aussi (|uo les images soient toujours nobles , surtout si les choses qu'on vent figurer ne le sont l)as : car alors on rachète le trivial de la pensée [)ar la distinction de la forme ; enlin, lorsqu'on croit devoir employer l'allégorie pour tourner les dillicultés ou tempérer l'aridité d'un sujet, il faut bien se garder d'une allégorie longue;, ennuyeuse et embarrassée ; de la mélaphysirpie exprimée en Ixins termes serait moins pénible à entendre, mêm(! pour des auditeurs volages et distraits, (jue de lourdes comparaisons (pi'oii est obligé de suivn; longtemps sans les saisir, et (pii ajoutent h l'ennui d(!S dillicultés les dillicultés nouvelles causées par l'ennui des mauvaises •ixplicalions et (i(;s comi)araisons malencontreuses.

Un autre dangr-r de l'emploi des allégories, <',[ celui-là fi'(vsl pas le moins giav(v c'est de produire de la confusion dans l'«!sprit d<;s simpU's, et de mettre l'image à la |ilac«; (h; la realité ; danger si réiH, (jue c(?tto confusifMi et cette subslitulion ont existé relativeiiMMit à presfpm loul(rs les allégories, et nolammr'nt toutes les fois qu'il s'(;sl agi de symbolisme religieux. La populace do Meiripliis croyait feriiMMiKMil (pi'Osiris était un liotrime h têt*; dt; boMif et (pi'isis était une belle (génisse. Les liclions [ihiio5ophi-

os

.u.LEr.oniE

AL.M.VMACH

(jucs (rilésiode et dHomôn; ont rcmj)li de l'.tiix (li(ni\ les temples de la Grèce et de Home; on en vint à donner un corps aux plus vaines abstractions ; on personnifia jusqvi'aux vices et aux infirmités humaines, il y eut un dieti Slcrculus (^i un dieu Crrpitns. î-es Jéj^endesdes siècles apostoli((ues et les lictions des Evangiles apocryphes se malérialisère'U nu moyen ilge , et corrom[)irent dans plusieurs esprits l'intégrité et la gravité des divines Ecritures. La plupart des chimères oij s'égarèrent les gnosti(iuesnefurt!nt (jue des confusions d'allégories supertlues, et les perfections indivisibles de la I)ivinité, nersonuiliées sé[)arément et «'engendrant les unes les autres, non pas en réalité, mais dans l'ordre logif[ue des conceptions de notre esprit, produisirent dans la théologie de B isilides et de Valentin ces processions d'éones ou d'entités div(;rses, vraies chimères philosoi)hi(iues alliées par couples et se rejiroduisant de génération en génération, selon les lois mystiques du ternaire, du septénaire et du dnodénaire , autres allégories matérialisées ou mal comprises.

A ces tendances idohUriques se mêlaient des essais de syncrétisnie (|ui ne faisaient autre chose que rendre la confusion plus grande, en introduisant dans la syml)oli([ue chrétienne les images et les noms des anciennes mytiiologies. Ainsi IJasilides , dans ses Abraxas , donne au Rédempteur des hommes le nom et les attributs d'IIélios, la divinité du soleil, parce q:ie dans la symboli(}ue chrélieime le soleil représ^-nle la Vérité ou le Verbe de Dieu. Ainsi ^■a^•ntin donnait au Réparateur envoyé par l'inlelligence suprême le nom Egyptien d'Horus, et symbolisait-il jusqu'aux lécits historicjues de l'Evangile pour les faire concorder avec les fables égy[)tiennes ; car, au défaut qui consiste à matérialiser les allégories correspond un autre défaut opposé, mais non moins funeste, qui consiste à voir des allégories partout, et h sup|)rimer ainsi les faits les [)lus incontestables (pii forment la base de tout noire édilici; religieux. Or il y a. une orthodoxie en littérature comme en religion, et ce qu'on Appelle le galimatias est le résultat ordinaire; de ces hérésies contre le bon goOt , (jui consistent h matérialiser les choses spirituelles et h spirilualiser les choses matérielles, di; manière à tout co'ifondre. Ea comparaison, la mélaphoro et l'allégorie doivent avant tout garder les distances et ne pas intervertir les rôles. Tonte conqiaraison, tonlc métaphore cl toute allégorie est mie sorte d'é(jualioii entre plusieurs termes, oi l'absurdité no résulti; pas moins d'une erreur en littérature ((n'en algèbre. Nous metlois ensendile et nous traitons de même la com[)araisoi, la mi-laphore et l'allégorie, parce (jue ce sonl les trois degrés dilférenls d'une seule et même ligure ; oiii^i , par exemple: .Mrxnnilrr 'Ir -Grand combattait comme un lion, voilh une relation flllirmée, et c'est une comparaison ; ce lion qu'on nommait Alexandre, voilà l'emploi de celle relation de simililudc :puisque.Vlcxai-

dre est comme un lion, j'appelle Alexandre un lion, et c'est une métaphore. Enfin, sans nommer Alexandre, j(; parle d'un lion de Macédoine (pii dévore un imm.'iise troupeau dans les campagnes de la Perse et met en fuite les bergers : j'emploie la méta|)hore sans en désigner l'objet, je me sers du terme même de la comparaison pour désigner l'objet comparé, et^e fais une allégorie. Au fond de tout cela il y a une équation dont l'expression mathématique est celle-ci :

Alexandre est aux Pers(!s ce qu'un lion est h un troupeau ; si l'équation est exacte, je puis dire du lion et du troupeau tout ce que je dirais d'Alexandre et des Perses, et réciproquement. Or c'est dans une équation semblable (ju'il faut chercher la raison et la justesse de toutes les allégories, et par conséquent de toutes les métaphores et de toutes les com[)araisons.

ALMAN.VCH. — Unalmanach n'est pas un livre sans importance, et la rédaction d'un annuaire ou almanach modèle devrait a|)partenir exclusivement à la littérature sacrée.

Dieu n'est-il pas en effet l'arbitre du temps et des saisons ? L'année n'appartient-t-elle jms tout entière à l'Eglise, qui la partage en périodes douloureuses et en périodes joyeuses, par ses pénitences et ses rôtes.^

L'almanach pénètre partout, dans le riche salon comme dans la pauvre cabane; c'est le messager du nouvel an, il doit arriver plein d'expérience et de bons conseils, apportant au foyer des famil!es une foule d observations intéressantes, d'anecdotes remarquables, et surtout, pour les grands et petils enfants, des images et du merveilleux. Comuie il doit être pour le pauvre le livre de toute l'année, il doit être bien pourvu de bonne philoso|)hie et de gaie science, et, puisepi'il se présente comme un métliateiir entre le passé et l'avenir, il doit être habile co:iteur et utile |)rophète: car voilà, en peu de mots, ce qu'on demande à un l>on almanach, la science du calendrier, les histoires de l'année passée et des prédictions pour l'année pi'0('liaiii(\

La science du calendrier, au point de vue catholique, n'est pas chose aussi commune (ju'on |>ourrait bien le supposer. L'année ecclésiastique est comme un cours complet de liturgie, et les prières de l'Eglise sont divisées aussi en saisons; chaque saison a ses fêles et ses couleurs, et doit être employée h la culture d'une vertu spéciale dans l'ordre du progrès spirituel. Le savant abbé Frère, professeur (l'Ecriture sainte h la Sorboine, s'est beaucoup occupé de ce coté symbolique et spirituel de la liturgie : il avait amassé sur ce sujet une foule d'observaiions et de ti-moignages, et avait com- |t!élé par une sériiî de lableaux synoptiques un cours (pi'il ap[)elait \'aiu)('r rrrWsiasti'/ue. Il trouvait une relation exacte et des rapports ess(>ntiels entre la succession des fêles de lEgli'-e et la progression des divers étals de l'Ame dans so 1 travail |)our s'unira Dieu, afin de commencer son éternité on cette vie. Il trouva, l la loi du progrès spirituel des

ALMANACII

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