FIGURES
l'Evangile, et auxquels le Sauveur veut qu'on Jaisse le soin d'ensevelir les n)ortsl
^'I. La comclc et l'étoile.
L'élnilo fixe est belle, radieuse et calme ; elle boit les célestes arouies et regarde ses Sieurs avec aniourrRevôtuc de sa nibe splendide, et le front paré de diamants, elle sourit en chantant son cantique du matin et du soir. Elle jouit d'un repos éternel que rien ne saurait troubler, et elle marche solennellement, sans sortir du rang (lui lui est assigné, parmi les sentinelles de la lumière.
La comète errante, cependant, toatc sanglante et tout échevelée, accourt des profondeurs du ciel ; elle se précipite h travers les sphères paisibles , comme un char de guerre entre les rangs d'une procession de vestales; elle ose alfronter le glaive brûlant des gardiens du soleil , et , comme une épouse éperdue qui cherche l'époux rêvé I)ar ses nuits veuves, elle pénètre jusque dans le tabernacle du roi des jours, puis elle s'échappe exhalant les feux qui la dévorent et traînant après elle un long incendie. Les étoiles pâlissent à son approche ; les troupeaux constellés , qui paissent des fleurs de lumière dans les vastes campagnes du ciel, semblent fuir son souffle terrible. Le grand «:onseil des astres est assemblé, et la consterjiation est universelle ; la plus belle des étoiles fixes est chargée enfin de parler au nom de tout le ciel et de proposer la paix à la courrière vagabonde.
Ma sœur, lui dit-elle, pourquoi troubles-tu l'harmonie de nos sphères? Quel mal l'avonsnous fait? Et pourquoi, au lieu d'errer au hasard, ne te fixes-tu pas comme nous h ton rang dans la cour du soleil ? Pourquoi ne viens-tu pas chanter avec nous l'hymne du soir, parée comme nous d'une robe blanche qui se rattache sur la poitrine par une agrafe (le diamant ? Pourquoi laisses-tu flotter h travers les vapeurs de la nuit ta chevelure qui ruisselle d'une sueur de feu? Ohl si tu [)renais une place parmi les filles du ciel, combien tu paraîtrais plus belle 1 Ton visage ne serait plus enflammé par la fatigue de tes courses inouïes; tes yeux seraient purs, et ton visag»! souriant serait blanc et vermeil comme celui de tes heureuses sœurs. Tous les astres te connaîtraient, et, loin de crain- <lre ton passage, ils se réjouiraient h ton approche; car tu serais unie à nous par les liens indestructibles de l'harnjonie universelle , et ton existence paisible ne serait rpi'une voix de plus dans le canliiiue de l'amour intir)i.
Et la comète répond h l'étoile fixe :
Ne crois pas, ù ma scrurl nue je puisse errer h l'aventure et trotibler riiarmonie des sphères : Dieu m'a tracé mon chemin connue k toi; et si ma course te parait iîicertaine et vagabonde, c'est «pie tes rayons ne sauraient s'«'lendre assez loin pour embrasser le contour de l'ellipse (MM m'a été donnée pour carrière. Ma chevelure entlanunée est le fanal de Dieu; je suis la messagère des soleils, cl je \\\r retrcmie dans Icuis lVu\ jiour les
partager sur ma route aux jeunes mondes, (pii n'ont pas encore assez de chaleur, et aux astres vieillissants, nui ont froid dans leur solitude. Si je me fatigue d.-Kis mes longs voyages, si je suis d'une beauté moins douce que la tienne, si ma parure est moins virginale, je n'en suis pas moins, comme toi, une noble fille du ciel. Laissez-moi le secret de ma destinée terrible , laissez-moi l'épouvante qui m'environne , maudissez-moi si vous ne pouvez me comprendre : je n'en accomplirai pas moins l'œuvre qui m'est imposée, et je continuerai ma course sous l'impulsion du soufllc de Dieu 1 Heureuses les étoiles qui se reposent et qui brillent comme déjeunes reines dans la société paisible des univers! Moi, je suis la proscrite qui voyage toujours et qui a l'infini pour patrie. On m'accuse d'incendier les planètes que je réchaufl"e, et d'effrayer les astres que j'éclaire, on me reproche de troubler l'harmonie des univers , parce que je ne tourne pas autour de leurs centres particuliers, et que je les rattache les uns aux autres en fixant mes regards vers le centre unique de tons les soleils. Sois donc rassurée, belle étoile fixe, je ne veux pas t'appauvrir de ta lumière paisible : je m'épuiserai, au contraire, pour toi de ma vie et de ma chaleur. Je puis disparaître du ciel quand je me serai consumée : mon sort aura été assez beau! Sachez 3ue dans le temple de Dieu brûlent des feux itlérents, qui tous lui rendent gloire. Vous êtes la lumière des chandeliers d'or, et moi la flamme du sacrifice : accomplissons nos destinées.
En achevant ces paroles, la comète secoue sa chevelure, se couvre de son bouclier ardent et se plonge dans les espaces infinis, où elle semble disparaître pour toujours.
Outre les fictions hardies et téméraires, on peut signaleraussi les fictions singulières, bizarres, extravagantes et monstrueuses: on en trouve de ces derniers genres dans les poëmes sur l'enfer, comme ceux de Milton et de Dante, et elles se rachètent chez ces grands honuues [)ar de véritables beautés. Mais il serait dangereux de les imiter dans leurs écarts. Ce qu'il y a d'admirable dans Milton, ce n'est |)as l'horrible accouplement du Péché avec la Mort, et toute la génération incestueuse qui s'ensuit, ni ce bizarre jiandémonium où les démons vont siéger sous des proportions lilli[)Utiennes. Ce (ju'il faut remarquer dans la Ix^lle éjtopée du Dante, co ne sont pas les combats tle Gralfiacane et de Farl.irello, ni Télrange trom])ette dont sonnent les démons lors(|u'ils se rangent en bataille, de même qu'en admirant les belles proportions d'ime cathédrale du moyen âge il ne faut pas s'arrêter aux (pieltjucs figures hybrides (|ui tiret\t la langue ou font des contorsions grotescpies, autour des clefs do voûte ou sous les arceaux du portail.
FICiliHES. —On apoelle figures certains modes d'expression (pu', sans altérer le seis piopre des mots, donnent au discours plus (le grAre, de variété, de force ou d'éclai.
Ainsi, dans les figures, les termes conser-
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