GESSNER
coin
SS'i
La mort (VAbel est un petit pocTne trèsconnu et qui a ou beaucoup de succès, même en France, conime l'atteste le grand nombre de traductions qui en ont été faites. Ce sujet convenait parfaitement à la manière douce de Gessner, quant aux descriptions gracieuses de la vie de nos premiers pères. Il s'est toutefois assez bien tiré des peintures terribles et dramatiques qui forment la péripétie et le dénouement de l'ouvrage ; mais peut-être ses idées manquent-elles d'ensemble et de hauteur. Pourquoi, par exemple, charger un démon particulier et inconnu de pervertir Gain, quand on pouvait disposer de Satan lui-même?
Pourquoi, en outre, égarer l'esprit du meurtrier par un songe, atin qu'à son réveil il crût prévenir par un meurtre l'esclavage de ses enfants? Gessner eût été plus heureux en suivant pas à pas l'Ecriture, et en supposant le dessein du meurtre arrêté dans l'âme de Gain ; il eût peint les deux frères sortant pour se promener ensemble et Gain envenimant peu à peu sa conversation, toujours repoussé par la douceur angélique d'Abel à peu près comme dans la fable du Loup et de V Agneau. Gessner a eu peur de fdire son Gain trop méchant, et n'a pas assez nettement posé l'antagonisme du bien et du mal. Les scènes d'amour conjugal, bien que chastes et honnêtes, dont il a cru devoir orner son poëme, énervent aussi l'action en multipliant trop les personnages. Le ju-te Abel, figure du (Christ immolé pour les Fioiiinies , devrait être vierge comme lui. Les soins et les respects d'une sœur mal interprétés par Gain, qui ne connaît pas d'affections pures, eussfnit pu redoubler sa jalousie, et Gessner en eût tiré des scènes du plus grand elfet. On eût pu voir cette créature angt'licpie, modèle de la générosité de son sexe, saltacht.-r à Gain ajuès sa malédiction, et le suivre en exil par le dévouement sublime de la ftrntiie an malheur, et cet instinct d'.-ifioslolat (jui est <ni elle et qui la rend ambitieuse de coo[)érer au salut des grands pécheurs. Cette fenune eût [)U devenir l'héroïne du noeme, qui manque d'unité dans le sujet, et le dénouement eût pu être la conversion de (>aui d(,'vernj père, et ses angoisses .'i la vue de la malice (jrécoce de ses enlanls. L'.Une* d'Abel eût [»u intervenir rornrne ressort merveilleux de l'action; l'rlme d'Abel eût pu, dans une touchante apparition, déterminer elle-même une sujur lendrenir-nt aimée à se faire la < onqia;^/i«; i.-t l'iinicjue espérance de (^iin. Abel , rec'uirini.ssaiit envers son frèie d»; la gloire du Martyre et [triant dans le ciel f)Our la con- • fMon de st)\\ assassin, eût été unr; idée 'ofl belle ; mais le bon Gessntrr avait on gr;lr;e.s et en douceur ce qui lui maniiuail »;ri éfirrr/Je. .Son [lOeme n'est guère cpj uiuî |»a.sloralo héroïque, qu'il n'a jwis su élever h la grarwJeur d'une éj)Opée gériésiaqne.
Le malheureux \)(nU'. Gilbert a traduit «ni a'Hr»/, beaux vers fran»;ai-* les deux piemieis (I; itii , (lu poenic de Gessner. Il en existe iinu
traduction également en vers par M. Labiée, de l'académie de Lyon, et un grand nombre de traductions en prose, qui ne rendent pas parfaitement la grâce de l'original allemand. '
GOBINET, docteur de Sorbonne, principal du collège Duplessis en IGW, a laissé d'excellents livres d'instructions chrétiennes pour la jeunesse. On a conservé de lui une belle parole de foi, d'espérance et d'amour divin, qu'il prononça à l'article de la mort. L'ecclésiastique qui l'exhortait, ayant cru devoir exciter en lui la crainte des jugements divins, lui disait, en le voyant calme et résigné : « Songez, mon frère, qu'il est horrible de tomber entre les mains d'un Dieu vivant ! Horrendum est incidere in manus Dei viventis ! — Oui, mon Père, répondit le mourant avec un sourire ; mais jo pense aussi qu'il est bien doux de se réfugier dans les bras d'un Dieu mort pour nous sauver. » Jamais antithèse ne fut plus heureuse et plus juste, et elle exprime un sentiment sublime, dans lequel Gobinet s'endormit en paix, le 9 décembre 1C90, à l'âge de soixante-dix-sept ans.
GODKAU , — évoque de Vence et de Grasse, dut ce dernier évêché au besoin qu'éprouvait le cardinal de Richelieu do taire un jeu de mots. M. Godeau ayant mis en vers le cantique des trois enfants dans la fournaise, qui commence par Benedicite, le cardinal, auquel il dédia son ouvrage, lui dit : « Puisque vous me donnez Ihnedicite, je vous donne Grasse. »
Les vers de Godeau sont faciles et médiocres, et ils sont oubliés maintenant, après ayoT joui, dans le temps rie leur nouveauté, «l'une certaine ré|)utation. Malherbe était déjà venu, et l'évêrjue de Vrnice, dans ses traductions de psaumes et dans ses od(>s sacrées, ne [trolilait pas assez de ce beau morlèle.
N'nspérons pins, mon .Imc, .nrix promesses dri moii-
[tic, etc.
(jodeau éiait lié, rlit-on, avec les solitaires de PrHt-Uoyal, et on lui rr'|)i'ordie, dans queirpies-uns de ses érrits, un prni y\v partialitr^ contre les jésuifr^s. Sc-s ouvrages de conlrovr-rses sont assez superliciell(>ment écrits, et Ir; sl\ h; en est ennuv(;ux.
(i()l)i;FH()ri)K MTKIIIU-:,— a écrit une Cfironitiue <'n vers et en prr)S(î , rpii coriinr(nirr! à la création rlu monde et Unit à l'an ISO de l'ère chréliemie. (]etle (.'/irotu'qur, inrpriinéc; à Francl'orl eu il'iHï, «!sl (;uri(nise pour l(;s fables «;t les traditions populaires dont elh' est rr-mplie. On peut la consniler surtout pour étri lier l«!s idées rin viTsièrle, f»ù vivait l'aulr-ur. On a rie lui enrorrf une hislr»ire inanuscril*! intitulée \{^ SpiciUijr, des rois, et rpii contient la suite des événements rpii forment In continuation do sa Chroniifiir.
(iOl'T. Le gfjût n'r-sl autre chose que le brjil sr.'lis applirpié aux sujr'ts (l(! la littéralnir». (Test le disr-r-rrunuriil du beau, (lu vrai et du br-ii eu toutes cnosus.
GOLT
11 faut Jislingnor le gortt de rcngouemcnl : r'est ron^iMiemciit (lu'on appelle ordinaircluent le {^oilt ji la mode d'un siècle, et celui-lh varie avec les mœurs et les caprices des Ages. Mais le vrai poût est éternel comme le vrai, le bien et le beau, qui ne changent pas plus (]ue les lois de la nature.
Chercher, en écrivant, à se mettre à la mode de son siècle, c'est s'exposer h tond)er dans le mauvais goill, et de plus c'est se montrer peu soucieux de l'avenir. Le bel-esprit d'un siècle, [);Uure ordinaire de l'engouenierit, n'est (jue du jargon pour le siècle (jui vient ensuit(>. Voiture, que Boileau luimême, fasciné par la mode malgré toute sa sévérité , appelle un auteur si charmant , n'est plus })0ur nous qu'un joli causeur du temps des |)récieuses ridicules,
Le vrai, le naturel, le simple, l'harmonieux, voilh ce qui est toujours beau et ce qui a innnortalisé, par le jugement traditionnel du goût, les ouvrages de quelques anciens.
Le XVIII* siècle a reçu do l'école de Voltan; un ton [)ersitleur et impie, qui serait maintenant du j)lus mauvais genre dans toutes les bonnes sociétés. Au coiiunencement de notre siècle, les romanliqu s de l'école d'Ossianou les mvsliliés de Macpherson introduisirent dans la langue française les images les plus brumeuses, les éjiilhèles lt?s plus hasardées et les rêveries les plus vagues (pii se soient jamais heurtées dans la solitude d'un cerveau creux. Maintenant, au contraire, on aime les phrases bourrées de mots techniques et sertées de manière à bien remplir des périodes souvent vides de toute espèce de sens, mais qui prennent par ( (la môme un air de mysticisme et de profondeur.
« La langue que parlaient Racine et Fénelon nous sulhrait encore, si vous le trouviez bon, » disait Berchoux aux novateurs de son temps, et il ne dirait {)as autre chose à ceux du nAtre.
11 serait assez curieux de suivn; h lrav(TS les derniers siècles toutes les transformations et tous les scandales du mauvais goilt. Nous suppléerons h ce travail, cpii nous prendrait troj» de place, par la citation de, quehjues pages d'ufie brochine très-spirituelle, due .^ la plume d'un catholique belge, M. Victor Joly.
« Et qu'on ne dise pas ipie l'enthousiasme des masses, que les m(''(|,iilles, les traduclions et les réclames de la caniaïaderie [)oliliipie et industrielle, sont des |)reuvos suflisaiiles du mérite d'une d-uvre. Les peuples ont encensé trop de faux dieux, et s(> sont courbés devant trop de veaux d'or, pour (pi'un honune de sens se prosterru; désormais , avant d'avoir constaté; l'identitc'; du Dieu. I)('j,^ du temps de Lucieti, l'Ol.vnqM; lourmillail d'intrus, et sur le l'arnasse, à l'époque de Boileau, la société était terriblement mêlée.
« Les faveurs de la foule ont été prodiguées trop souvent à des grimauds et h des (iii.strr3.au détriment du génie et du vrai
f.OlJT SSk
mérite, pour que le rox populi ait encore aujourd'hui (luelque valeur en matière de choses d'intelligence et de littérature. Et nuis, les médiocrités ambitieuses ont si bien l'instinct des passions et des faiblesses contemporaines 1 Elles savent les caresser avec tant de servilité, les défendre avec tant d'adresse, que cette banale courtisane qu'on appelle la renommée, les adopte parfois pour ses mignons, séduite (pfelle est par les a[iplaudisseraents de la foule. Les talents sérieux, les gloires durables, s'établissent avec moins de fracas, mais chaque jour les consolide, et ils ne sont pas exposés à ces brusques révolutions qui, au bout de quelques années, de quelques mois souvent, changent les lauriers en cliardons, le char triomphal en vinaigrette et la pourpre en guenille. Ces tristes mésaventures sont advenues à plus d'un,ciui de son vivant rêva la gloire et vit bientôt les acclamations transformées en brocards. Témoin Georges Scudéry, dont le portrait se vendait par les ruelles, avec cette inscription :
Et poète et guerrier, 11 aura du laurier.
« Quelques mois suffirent pour faire tomber l'idole et une légère variante dans la légende du jjortrait constata le revirement de l'opinion :
Uimaillour ol j,'ascon Il aura du hàlon.
« Mais nous empiétons sur ce qui nous reste h dire. Procédons par ordre.
« En l'an de grAce 15G7, naquit h Marseille un genlilhonnne de bonne noblesse, dont le nom devait, (pielques années plus tard, être l'objet de l'admiration de l'Europe entière. Placé au collège de Tournon-sur- Uhùms le jeune Honoré d'Urfé s'y distingua de bonne luMirc par son imagination brillante et fertile. A l'Ag»; de IV ans, il composa une espèce de drame, pour la triomphante entrée de madame Maijdçleinc de La liochefoucault, en la ville de Tournon. Dans cette pièce, d'Urfé joua It; rôle d'Apollon, vêtu d une anq>le robe de tall'etas cramoisi et orangé, et la tête entourée d'un soleil rayonnant. Costume fort galant et tout îi fait olympiciiu', connue on voit. Après ({uehpn's années passées dans la carrière des armes et dans les rangs de la ligue, d'Urfé fut fait prisonnier par les partis,\us de Marguerite de Navarre t>t conduit au chAteau d'Usson, (îu Auv(Tgne, où, loin d'être traité avec rigueur, il devint bie'itôt pour la reine un charmant ennemi, comme on disait dans l'argot melaphvsi(|U(.' et galanl de l'époiiue. Ce lut 1^ Usson, ([ue l'astre poéticpu^ vint tourmenter d'Urfé et (pi'il reçut les [)remiers baisers de la Muse. Mais ses Epitres morales h. Marguerite ne lui valurent ipie ce c(»mpliment bourru du vieux Malherbe : « Ne i< per>iste/. [)as h écrire d(> la poésie, vous « n'ave/. pas assez de lalent pour cela , « et un gentilhomme comme vous devrait <( éviter de passer pour un mauvais poète. »
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a D'Crfé se le tint pour dit : il renonça îi la poésie, et se retira quelque temps a|)rès dans une charmante teire qu'il avait aux environs de Nice; car le Béarnais gardait une rancune profonde aux anciens favoris de Ma.rguerite. Ce fut dans cette; retraite , aux bords de la Méditerranée, que d'Urfé médita et composa cette Aslrée, dont la renommée fut si grande, qu'elle préoccupa l'Europe entière pendant dix ans, et tit oublier les guerres civiles, les querelles religieuses des huguenots, et les troubles de toute espèce, qui accompagnèrent l'avénement de Henri IV au trône.
« Jamais livre n'avait eu un tel retentissement ! On attira d'Urfé à la cour de Turin, où les pensions et les honneurs lui tombèrent drus comme grêle. Pierre Huet , évoque d'Avranches, l'un des hommes les plus savants de son siècle , salu d'Urfé connue un génie incomparable. Sograis couchait uvec VAstrée sous son oreiller, et Péliason dit de d'Urfé : qu'il fut un des p(us rares et des plus merveilleux esprits que la France ait jamais portés. Les femmes poussèrent lenthousiasme jusqu'à [-rendre ses héroïnes pour modèles. On écrivait de toutes [)ai ts à d'Urfé pour le prier de donner quelques nouveaux volumes. A sa moit, un Sféculaleur nommé Hoistel, donna sous le nom de d'Urfé, une suite à Wlstre'e , qui fut dévorée par le public avec autant d'avidité (jue les preuiiers volumes.
<t Boileau lui-même ne |)arlc de VAstrée qu'avec un certain resfiect. 11 garde toute sa verve de. satirique pour les imitateurs de d'Urfé, dont le succès fut encore {)lus éclatant. Il appelle VAstrée une invention três- (ifjréahle. « Le grand succès de ce roman, dil- « il, échautf;! si iii. n les beaux esprits d'.i- " lors, qu'ils en firent ci son imilalion quan- " tilé de semblables dont il y en avait mènK; « de dix à douze volumes, et ce fut pen- « dant qiK.'lque temjts eotnui»; une esiièce de « déboi-de-me-iit sur le Parnasse. »
■ Lorsqu'on trouve dans les contemporains et chez des hormnes aussi graves (pj(î Boileau , do f)<'ir<;ils léiuoig lages de l'admiration d'une époque, et rpie, sur la foi de <:cn paroles, on se hasarde h ouvrir VAntrée, on se sent nris «J'un étrange élonneinent. Les fadeurs les plus alambiqui'iîs, les narralions les plus dilluses, les subhlilé-> les idiis pointues , les Jogfjgriphes galafils les plus onchevélrés, les concelti les plus alislraits et les plus injagoux, vous ac.cueill(;nt dès h; premier chapitre. Toute cette prose bf»cagftrc et lleiine vous do ine mal au co-ur. Ces bergers gala-ils sont iii'inslrueusement ennuyeux, et il faut les témoignages (pie nous >enf>n.s de citer (»our croire h cette renomluée, qui de son lem[»s ériipsa celle d.; M.irot et de l'immorlf;! Ilabelais !
« L'eu|>huisfne , la préciosité et la miiçnardise galante étaient [loiissés .*i un U:\ point dans re roman, (pn; d L'rfé ftla lé au nom de son hérf)i <;éladon , voiihiut qu'on ée.rivJl (^;ladon , contre l'usage reeu. Pour le» autres (mtso n nages , ils portaient dt s
DlCTlifiy. UK LlIT^.IIATLHK ciiii<<r.
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noms au son desquels on se pAraait d'aise. Téombre, Meridor, Tirinte, Sylvanire, Lindamor , Fossinde , Dorisée , Céliodanle , Olymbre, etc. Dans le voyage que fit Céladon en Italie, « il était vêtu, dit d'Urfe, non « en habit de bureau, non en sabots , no'i « en accoutrements mal faits comme les « gens de village , mais une houlette en « main, peinte et dorée , vêtu de taffetas, « avec une panneLière bien troussée et « quelquefois faite de toile d'or ou d'ar- « gent. Les cheveux blonds et naturelle- « ment frisés de Céladon étaient devenus si <f. gr<\nds depuis ses malheurs , qu'il fut « aisé de le coiffer avec des rubans et des « fleurs. »
«Céladon écrit à Astrée : « Belle Aslréo, « mon exil a été vaincu par ma patience ; « fasse le ciel qu'il l'ait aussi esté de vostre «.amitié ; je suis parti avec tant de regret et « revenu avec tant de contentement que n'es- « tant mort, ny en allant n/ en revenant, «je témoigneray toujours, qu'on ne peut « mourir de trop de plaisir, ny de trop de «desplaisir. Permettes- moy que je vous « voye, afin que je puisse i-aconter ma for- « tune à celle qui est ma seule fortune! »
« Ces nauséabondes platitudes qui fireni pendant longtemps le cnarme de la nation et de la cour la plus spirituelle et la plus éclairée, sont aujourd'hui enfouies dans la poussière d-s bbliothèques, et nous doutons ipie depuis cinquante ans il y ait eu en Euro|je un homme assez intrépide pour lire l'Astrée.
« La (lastorale avait h cette épo(}ue, pour certaines gens, le même attrait (ju'a le roman |)hilosophi(pic farci de socialisme et de fouriérisme, pour les boui-geois du xix* siècle. — La Franco n'était plus qu'une immense bergerie où chacun bêlait la [n'ose la plus quintessenciée (pii so piH ouir. '< Aussi, (Jit Boileau, les imitateurs de d'Urfé « renchérirent sur leur original, et préten- « direfit ennoblir ses caractèi-es. Au lieu « de iirendre comme lui, pour leurs héros, « des bergers occupés du seul soin de gagner " le C(eur de leui-s maîti(;sses, ils prirent, « pour' leur donner cette étrange oceupalion, " non-s(fulement des piniices et des rois, mais << les plus fameux capitaines de ranliipiilé, " qu'ils [leignirenl pleinsdu même esprit cpie '< ces b(!rg(!rs. Leurs ouvruf/cs néttninoins ne " Idissi'rcnt pas de tronvi-r un noiidire infini « d'admirnlt urs et eurent lonijteinps une f'tnt " (irande voi/ur. Mais ((mix (pii s'altii èreiit " le plus d'a|»plaudisseiiieMls, ce furent hi « ('ijrus et la CJélic de M'''- de Sciidéry. »
« Vax ellèt , M"" de Scudéiy, aidiio di; <ieorge.s de S.udéry, son frère, trouva iiiouni de reculer les b(»ines du ridieiile, de l'alfi'lerie r-l de la pr<':ciosil(''. La Fraiiciî tout milière tournait •( la stiipidili- la plus iiiiisipit';i-, sans le bon sens de (pielqiies hommes de goi1t. Cyrus transt'oiniié en Artamèiie dcivint plus fou (puî tous les C^'ladons (;t les S)lvaiidres, no se montrant oerupé (pii! du siiiii de fléchir sn cruelle Mandane. lùioulez le lils de Cambysc débiter les sornelies sui-
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vniiirs, niix nppiauaissemenls de toute T'Eujopc :
■ Tu ir." Haltes, trop complaisant Féraulns, « Es-lu si peu sage que de penser que Man- <i dane, l'illustre Mandaiie, puisse jamais « tourner les yeux sur l'infortuné Artamène? n Aimons-la toulefois! Mais aimerons-nous n une cruelle? Servirons-nous une insensi- « ble? Adorerons-nous une iiunorable? Oui, « ('yrus, il faut aimer une cruelle. Oui, Ara tamènc, il faut servir une insensible. Oui, « Mis de Cambyse, il faut adorer l'inexorable « Ulle de Cyaxare ! »
« Le roman de Clélie vint couronner tontes CCS colossales fadaises qui depuis quel- (lufs annt^es faisaient les délices de la Franco et de l'Europe. Celte fois ce n'étaient [)lus des Céladons, ni des Lygdamons qui remplissaient les princi[)aux rôles da-is ces ridicules i-omans où l'on clirrcbe en vain h reconnaître la langue de Théophile, de Rabelais, de Desporles, sous l'accoutrement langoureux et galant dont elle est révolue. Ce n'est plus sur les bords du Lignon,mais dans la Homo républicaine et consulaire, dans la Rome rude et fière des Virginius et des Cinrinnalus, que M"' ^\^) Scudéry va chercher ses héros. Dans la Clélie, Horatius Codés, Mutins Scévola, Clélie, Lu. réc , firutus, etc., parlent un langage dont on ne pourrait se faire une idée aujourd'hui. C'est un effort conlinuel de l'imagination pour arriver au non-sens, aux concelli , à l'antithèse; c'est un excès de doucereuse extravagance , de phébus alambiqué, dans lequel l'on cherche en vain l'ombre dune uensée. Tous ces rudes Romains sentent l'ambre gris et le benjoin h vous donner des pAuioisons. Les occupations de ces héros consi.slcnt, dans Clélie, h tracer des cartes géographiques d'amour, h se proposer des questions galantes, des énigmes cl h débiter les ](lus abrutissantes fadeurs de l'air le plus charmant du monde (1).
« Eh bicîul celle Clélie, dont le seul contact sullil pf>ur donner au plus uitrépide, une migraine d'une, force de (juaiante chevaux, c(;tte Clélie a l'ait l'admiialion d'une époque plus .spirituelle (pu^ la nôUo. Des reines et (les princesses élaienl en corresi)ondance avec M'" de Scudéry pour savoir ce (jue deviendrait l'héroine , pour implorer d'elle (pielle allongeAl sa Clélie de quelques volumes.
« Ecoutez encore ici les étonnantes paroles de Roileau :
« Comme j'élais fort jinine dans le temps •- q\ie tous ces romans, lanl ceux de Made- » luoiselle de Scudéry, «|ue ceux de La Cal- <• prenède et de tous les autres fnistiinU le ., plu» d'éclat , je Icx lus ainsi (^iie les lisait « inul Ir inotuir, avec hraucoiin d admiratton : « et je les rrijardai comme aci chefs-d'œuvre <. lie notre laïujnc. .Mais mes années s'élant
(Il U V a trois sortes de Tcmlre : Ti-iulrc sur K!kliiiii\ ^einlro sur liicliinitioii ol Tciitir»! sur llcriM»itji.'*.Hic«'. Lorsqu'on voiu arriver ;« Tondre snr Kiiime. il faut d'.il)(>rd ;dlcr ;iii ^iil.ijji' de l'olilsboii»"', ftc.
GOIT
« accrues, je reconnus la puérilité de ces « ouvrages. »
« Nous avons cité LaCalprcnède qui lient un rang considérable parmi tous ces Césars devenus Laridons. Disons-en quelques mois.
« (lauthier de Cosles, seigneur de la Calprenède, était un gemilhommc de bon lieu, qui nacjuit au château de Tolgou, près do Cahor5. Lorsque LaCalprcnède entra dans le monde, les romans ded'Urfé tournaient toutes les cervelles et la littérature française donnait h plein collier dans la bergerie. L'Astrée se trouvait dans tous les cliAleaux — dans toutes les ruelles un peu galantes. On rencontrait j)artout des gens qui arrêtaient leurs amis pour leur demander co qu'ils pensaient de Céladon, de la divine As- Irée et de rincom()arabIe Clélie.
« La Calprenède , amoureux de la gloire comme tout gentilhomme doit l'être, trouvant sans doute qu'il y avait peu de dnlicultés h conquérir l'immorlalité au moyen de pareils écrits, pendit au clou sa rapière d'ollicier du régiment des gardes, et se mil à griffonner des romans h l'imitation de Gomberville, de Desmarets et de Scudéry. Sa fécondité éclipsa bientôt celle de ce dernier, que Nicolas Despréaux a si rudement blasonnée. En 1()'j2. il ht paraître Cassandre, 10 volumes in-8". — En IGoO, il [tublia sa Cléopâtrr, 23 vol. in-8". (Pendez-vuus, M. Sue!) En lf)()l Faramond en 12 vol. in-8". U publia dans la môme année, sous le nom de sa fennue Madeleine de Lvcé, les Divertissements de la princesse Alcidiane.
« Voici comment l'esprit le plus sain do celte épo(jue, la raison la plus ilroite, M"' de Sévigné, enlin, jugeait la Calprenède.
« CiéopAtre va son train, écrivait M°" de « Sévigné h sa tille. Le caractère m'en plaît « beaucou|>. Pour les seiilimenls , j'avoue « qu'ils me pl.iisent et (qu'ils sont d'une per- « fection (pu romplit mon idée sur la belle (( Ame. » Ailleuis elle dit : « Je reviens à « mes lectures. Je songe cpielquefois d'oiî « vient la folie (pie j'ai pour ces choses. J'ai « peine à la c()m|)rendre. Vous savez comn bien je fuis l(!s méchants styles, aussi ce- « lui de La (Calprenède est maudit en mille « endroits: de grandes périodes de romans, « de méchanls mois. Je sens tjut cela. J'é- « crivais l'autre jour à mou tils une lettre «le « ce style, qui élait fort plaisante. Je trouve « donc La • al[)renètle détestable, et cepen- « (lanl je m'y laisse prendre connue }» la glu. « La beauté des senlinumls, la grandeur des « év(''iien.ents et le succès miracuUnix do « leurs redoutables épées, tout cela m'eiin traine connue une petite tille. J'entre dans « leurs desseins, et si je n'avais pas M. de .. La Uochefoucaidt pour me consoler, je n me pendrais de liouver en moi celte fai- « blesse 1 »
n Voyez-vous avec (piel soin cet esprit délicat et'lin s'elforce de se soustraire h l'engoueimnil général, comme elle se roidil, pour résister au torrenll Et La Rochefoucaidl. l'autour des jlfu »mf.«, partageant cet cnl'iuusiasnie cl se laissant aussi cntrainer
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comme «n mfant pnr ces grands coups d'épéc qui séduisaient si fort M""" Sévigné et qui enchantaient la foule 1
« Que reste-t-il aujourd'hui de La Calprenùde et de ses nombreux romans qui pendant trente ans tinrent la France en extase? Les orfraies des vieux donjons et les r;its qui habitent les bibliothèques moisies des châteaux de province, peuvent seuls le dire ! Ainsi s'obscurcissent et tombent ces renommées, qui fondèrent leur succès sur les ridicules, ies passions ou les préjugés de leur temps 1
« Que dire de Georges Scudéry, ce méchant riraeur gascon, ce tranche-montagne littéraire, dont la renommée balança et éclipsa un moment cellede l'auteur de Cinna? Comment expliquer la faveur dont jouit ce grimaud vantard et fanfaron, qui écrivait, à j»ro|)Os de ses œuvres, des choses telles que celles-ci :
« Je ne suis qu'un soldat : je m'entends « mieux à carrer des bataillons que des « périodes, et j'ai usé plus de mèches d'ar- « quebuses que de mèches de chandelles. « Je sors d'une maison où l'on ne porte de «' plume qu'au chapeau. Ce petit ouvrage « que le lecteur ne peut manquer de trouver «» admirable, je l'ai fait par manière de f<in- " laisie et de passe-le;iij>s Jamais ouvrage « de cette sorte {le Trompeur trompé) n'eut « [jIus longue durée. Tous les hommes sui- " vaient cette pièce partout où elle se re[)ré- " sentait ; les dames en savaient les stances o par c^/Mir.
« Pour mon grand Arminius^ c'est mon « chef-d'(L'Uvre et l'ouvrage le nlus achevé <i (pii soit sorti de ma {tlume. 11 est certain « fine je n'ai jamais rien fait de plus beau, " (Je plus grand, ni de [dus juste ; et si mes " labeurs pf)uvaienl mériter une couronne, u jeneratletidiaisquedecedernier, etc., etc.»
« Il faut lire tous les éloges que cet a valeur de (;harr(!tles f(;rrées se donne modeslerneiil, |)uis enlf-ndre les sanglantes critiques (pi'il fait du ('id de Corneille, [lour comprendre comment une nalion tout entière peut être dupe des faux dieux !
A entendre le Scudéry, (Corneille n'est qu'un méchant [»oélaslre, un [lilleur, un tirehiihe lill/'iaiie, sans verve ni talent. Kl ce rpi'il y a de plus édiijanl au [iiili(;ii de tout cela, c'est de voir rA<;adi-iiue française d'Uineh raison h SciidiTy, et déclarer : « qnt Cliliiune ritt coTitrr ta hinisi'ouif de non xrxr, (ininntf trop frnt^ihle et fille trop dnintnrée rt ipi elle rnt nu moin» gcandaleute, ni elle nett pan déf.rnrée. n
Vent-f»ri d'niilres exemrdes? Desmarels, |»ilf)>able »«iteiirde farces IVjraines, fut longtemps préféré \\ Molière. On trouvait l/.'role de» Femme» une rnér;li,inte [lièce, et l'on n\tplaudissail des vers tels rpic ceux-ci, tirés du /)on Itertrnnd de ('ifjnrrnl :
Or, ci, voyorn un (wii (piclle c«il voirc fi^nro, Yx %\ voti» uf'U'<s point (le l.iidfr rrg;irtliint ?... F.lk a i'fKil, '* mon içré, inigii»r<l<*fn(>nl Iri^rtrd'
Ce n'est rien, oc ifosl qn'uii peu de gaJc, Je lâche à lui joiior pourlanl d'un m.'tuvnis lour. Je me froltc d'onguciii cinq ou six fois par jour. Ma mère, mon aïeul, mon oncle et ma tante Ont (Hé de (ont temps et galants et galantes. C'est un droit de famille où chacun a sa part. Quand un de nous en man(iue, il passe pour bâtard.
« Faut-il rappeler l'immense vogue dont jouit Chapelain pendant sa rapide royaulé littéraire? Jamais gloire ne fut plus éclatante et plus universelle. Le monde littéraire attendait ses oracles à genoux. Godeau, évêque de Vence, lui écrit :
Le grand bruit de ton nomle trouble et l'incommode. L'un l'apporte un sonnet, l'autre t'apporte une ode.
« Jamais écrivain n'eut autant ni de plus illustres courtisans. C'était M. le duc de iMontausier, l'original de VAlceste, qui faisait h sa louange deux sonnets et une ode. Madame la princesse de Guemenée, Godeau, l'évoque de Vence, Huet, le savant évêcpie d'Avranches l'ont célébré en latin et en français. Balzac fait son éloge, Sarrazin, Ménage Vaugelas, Tallemanl des Réaux et le grand Corneille lui-môme, brûlent de l'encens sur les auiels du faux dieu. Les savants étrangers viennent, comme les rois mages, apporter la myrrhe et le nard aux pieds au grand Chapelain!
Jt Six éditions de la Pucellese succédèrent en moins de dix-htiit mois, sans diminuer l'enthousiasme inspiré par le poëme le plus rocailleux, le plus coassant et le plus antipoétique qui soit dans aucune langue, en y conqirenant l'iroquois et le bas-breton. Pendant plus de deux ans la France et l'Kuropc admirèrent des vers tels (jue ceux-ci :
0 f,'rand prince ! que jçrand des cetic heure j'appelle, Il est vrai, le respi'cl sert de bride à mon zèle. Mais Ion iHnslrc aspccl ni(! reJoiildc le ccrur; Va nie le icdeiild.int mt; rciioiilih; la |)cur. A Ion illll^l^l• as|t('( 1 mon co'nr se sollicile, Kl f^iimpant conire nionl, la dure lerre quille. O que n'ai-jc le Ion dt'soruiais assez fort, l'our aspirer à loi sans le (aire de iurt! Pour l(M pnis^é-je avoir une morlelle pointe. Vers où l'épaule gauche :t la gorge est conjointe! Que \r coup brisai l'os cl fil plcu\oir le sang, l)e la leuq)f, du dos, de l'épaule cl du flanc!
« A ce heurtis de mois farouches et anguleux, /i celle inélopécî étrange, (pii rappelle un chant de guerre de llrxitoucoiidos, ou h» biiiit d'iiiK! vaisselle ipie des iiiousfpuitaires en br-lle huriieurjellent [lar les l'enélres, vous pourrie/ douter (pie ce soient \h diis vers (jue l'Furope attendit trente ans av(^c impatience, el (pi'elh! salua av(!c enth((usiasmc. Hassure/,-vous, (-'est do la poésie française du grand (ihapcdaiu, lerpiel re(;ul pour sa /'uc(//r (juelipj(! chosr; comme! 100, (M)O francs (pii en ferait deux cent inilh; h notre épo- (pjeflj.
(I) F'our bien appn'-cicr tout C4; qu'un riioc4'!k pareil avail d'cnivrcmciils pour la vaniU* d'un homme, il faiil se rapiulcr (pi a (elle < porpic 1rs class<'s supeririiii-'. de la soi'ii'li-, cilles ipii liiillaicnl pai leur rs|iril el leur eie^'am-e, forni.iiriil la iiiajoriie des lerleiiiH. Alors le corlcge den li loiiiplialeiii' liUi)
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COUT
« Voici roinmont lo ponsioiriairc du dur do LoTi,mieviilo, l'oracle de Coll»crt, diMiiiit la gloire •
Un seul cndroil y mono, ol ilo ce seul endroit Oroito et roiilc csl la colc cl le sentier olroit.
«Apr(''sciii(]nanlovtTsaiis.siliorinoni(>u\,on devait s'osliriior hiMimix do ronscrver ses dents dans la IxmicIic. Kl le grand siècle se |i,linait h ces rimes eaillouleuses, comme les Itadaiids de notre ♦'•[lociiie aux merveilleuses liisloiros de M. Suc 1
« Le bon sens el le bon goiU d'une femme (1) donna le signal de la réaction contre Vdprc ri dur Cbapelain. La ré|)ubli(|U(; a([ualii|ue,e'i approna'U (jue som dictateur n'était qu'un soliveau, lui sauta sur les é|)aules et lui tit mille avanies. Hoileau acheva le pauvre diable, en compa;^n e de Furetières,el celui qu'on avait sahu'-du lilre d'Homère fiançais vit son nom devenir un svnonyme de poète oslrogolli, et l'harmonie de sa [)oésie fut assimdée il celle qu(> pro. luirait un trou[)eau de bieufs se ruant dans la boutitiue d'un fai(vicier.
« Après de pareils exemples, après des apothéoses littéraires aussi éclatant(^s, (pie si- Snilie'it, s'd vous plaît, les sullrages de la foule et l'approbation du public? Kt n'est-ce pas ici le cas de répéter avec CJiampforl : (Utmbini faul-il de sols pour faire un public ?
«Si cependant la vanilé(;onleniporaineallait s'ima^^iner (}ue c(;s déplorables en,-;ou(Mnetits d'une nation entière pour (pielques écrivains soien' exclusivement [)ro()res h une épo(pie où le goiU et l'intelligence élnienC loin dVlre aussi développés i\uciU) nos jours, ainsi tpie l'insinuent candidement (piehpies journaux, nous allons prendr', |)0ur étayer nos aflirmations, des exemples plus rapprochés de nous, mais non moins ridicules.
« Ln ITGO, un jeune écrivain é(;ossais,plus habile (pie savant, et dont les facultés litléraiit's étaient dominées par uni; haute raison prali((ue et une gi-ando cormaissance des lend/inc.es intelleeluelles de son épotjue, ,)ublia h Londres un vohnuo intitulé : Fraginrtits de poésies ancicnties, recHeillies dans lis t)wiitn{/ne<t d' l!cosse et traduits de la lanyue (jnllit/ue. L'appar.tion de ce livre mit tous les espiils en cmoi, (ît fut pour le public anglais comme ii'M) révélation. L(\s intelligences, on Angleterre, éla eut disposées h c(Ule tristesse vague, à cette sensiblerie maladive dont nous avons eu un accès poétitpjtî
rairos so rninposail (l'Iioniincs savaiUs, s|)iiitiiols, inilii'it à Ions li's mm rois ilo I arl, ot donl les iiuins n'rlaioiil pas s.ins (|nrli|iii< roiioninioo; do IVniinos, donl r«'-.|»ril délirai rlail rallino onrorop.ir les jonlos inlolliTliiclios d*> riiotri llainiHtniilot! Anjonrd'Inii jaipianlilo dos Iclonrs a silcc'odi' à la (|iialilo, ol la fonlo i|Mi ji-llo i\fi palinos s'ir los pas do lanlonr du Jiiif-h.rninl, en clMnlaiil : llits;iiiiia so i oinposo non plus d'ovoipics, do s;nanls, d'IiDininos nninonts do loiilo ospcco, mais ijr icnl.iii is.ilo commis voyat^onrs ol df. coiiiUiiids ilo lioiiliipio. ipii no voii'iil dans rc roman snpoilalif (|n°i!n rommonl.iiio •Ir.iinaliiiui' du CUiitriir ilo iij^auil-i.onrmi
(I) La dnolioso de l.onijnoMllo.
U y a dix ans el (pii s'est manifesté chez nous oar des romans, dans les(piels le suicide, l'adultère, le ba^ne, \os scélérats vertueux, la morgue, les cadavres verts el bleus ont joué un si grand nMe.
« Ici nous posons la plume pour laisser parler M. l'hilaresli; Chasies.
« Mac[)herson était plein de la Bible cl « d'Homère : il coii;p enail l'elffl (pu; pou- « valent produire des poésies galliijues, niô- « lées de paganisim; et de christianisme ; le « tout rehné par une cerîaine (niiphase, tou- " jours précieuse en fiiil de spéculations rani- « teuses ou pécuniaires. Macpherson fut h(ni- « reux autant (pi'il était prévoyant. Le public « anglais de cette époipic aimait levagu«>. le « trisîe et ledénuesuré. Ce goiit faux et dan- « gereux, [tartagé [)ar les écrivains fran(;ais, « s(; ré|)andit dans presipie toute l'Kurope. " Bientôt une souscription s'oin rit |)Our l'ai- <' der à augmenter son recueil. Macph(TSon « publia, en 17()o, sa collection désirée, avec « la tradu(li()n anglaise en regard du texte '< g.illiipu' : il meliait l'ouvrage sur le con)[)lo '< (l'Ossian. Celte nublication fut un évé- ^< nemenl inespéré. On ik; parla plus que '> (l'Ossian, el l'on en vint sérieusement <\ lui « sacrifier Homère. Les critiques prrenl feu « (tour ou contre, et l'ouvrage tut attaqué '< avec viohnice |)ar Samuel Johnson, auteur <( d'un Dictioimaiic galli(|ue. Johnson tit un « voyage aux îles Hi'bridc,-. et en revint ave.; '< des arguments acrablanls |)our Macpher- « son. Auj<inid"hui (|ue le procès est jugé', « on a me ?i riie le l'imunnise bonheur d.: « Mac|>h(MSon. La poésie dite ossianique rr- « |tondait h l'étal des esprits, et l'une drs « (Ju|ies les plus amusantes do .Macph(»rso n « fut Bonaparte. Cet homme se lit aussi ro- << mnnes(pie au fond, (ju'il fut [tosilif [)ar la « forme ; il [HMisa toute sa vie h la lanlas- « magorie de Mac|dierson. Mme de Stac! 1/ « fut prise aussi. Kn 1S07, la société écos- « saise lit imprim(MMles tragments de noési»» « galli(]ue, avec une tiadudion littérale. On « trouve dans ces poésies éparses une vi- << gueur naïve el fruste dont Macpherson « lia point respecté le caractèr(>. Kntre le « poi'te primitif el l'arrangeur on trouve h « [)(ni près la même dillérence qu'il y a oulut « la sim|)lic;lé' dt» nos chronicpies cheva- " leresqiies et chrétiennes »l l'imilalion « ambitiinise el mensongère (pii a nom : rof< manlisme el école du moyen Age. »
« ^L Vilhnnain est plus sévère encore : '« J(> ne VOIS, dit-il dans Ossian, cpi'un des '< premiiMS essais de c(\s pastiches de la pen- '< sé'c et du style, communs aux littératures n vi(nllies. »
n .Vvanl d'aller plus loin , nous croyons nécessaire de déclaier que nous n'avons eu i( i aucune pensée de conq^arer le mérite littéraire de Mac|)heison et (h* M. Sue. Il y a, dans la fiaudC poéli(piede l'écrivain écossais un talent (pie nous chercherions ini vain dans la liltératurr industrielh» de l'aubnir du Juif l-'.rrant. Nous avons voulu montrer seulement un nouvel extnnpie de la fuci-
N'JS
COUT
GOUT
lilé avec laquelle s'iuiprovisenl certaines renommées.
« A l'heure où nous écrivons ces lignes, l'admiration pour le brumeux et nuageux Ossian n'existe plus guère que chez les jeuiii'S tilles à marier, atteiiUes de ces rêveuses ( l indicibles tristesses d'une âme à la reclierchede Vautre tnoitié ^ies(y^ àuie, et chez les coih'gieiiS d'Eton ou d'OxforJ, (]ui trouvent dans leursp/em hritaimi({ue une image .•'.tlaiblie dt'S vagues mélancolies du roi de Morven, de l'auguste tils de Finn-Gall 1
« Voici venir Restilde la Bretonne, le plus fécond des romanciers, n'en déplaise à .MM. Sue et Duujas et autres machines à va|)eur littéraires. Chapeau basl Messieurs, devant le Lope deVegadu roman français, qui, dans le court espace qui séiiare l'année 1767 de 1791, c'est-à-i!ire en moins de vingt-quatre ans, se vantait d'avoir livré à la [)resse seize cent trrnle-deux histoires! ou, pour parler la langue des chilfres, soixante-dix romans ()ar aimée l
« Hestif était un pauvre diable, fils d'un paysan des environs d'Auxerre, et qui semblait d abord destiné h. suivre l'état honorable de son (»ère. Mais le jeune hnmmeavail limaginalion vivi-, les [)assions V()lcaniques, et des son jeune fige il im|)rovisail à ses camarade s des histoires dans les<iuelles la morale jonait le rôle du déionle des comédies d(; .Mrdière. A|»[)renli iin()rimeur d'abord, il trouva les rmeurs des bourgeois d'Auxe re trop wjllet monté, et vint à l'arls, où il déituladans la carrière littéraire par un rouian en '*■ vol. in-12. Les romans n'avaient alors (jue k vol. in-12 : nous avons jjien |JOgrcssé de]iu s I
« Le succès de Hestif fut grand, innnense, prodigieux, et il devait l'èlre. Hestif, (pji, en fiildt; débaucli(;s, de goinfreries et de t,a,n- «;hes-repues avet; U.-s IMidis <Je lupanar, avait ))eaucoup vu, avait aussi beaucouji relemi, et connue il mettait en seétui, sans aucime «spèce de f(Mjille de vigne, le fruit de son exf»éii«;nce, il obtint un succès tpji lui (bjuria la conviction qu'auprès de liii (>eiv/nitès, Lesage et Sterne nélnicnt que des polissons ; paroles méniorables (jui devaient ùtie a|»,>liquées plus lard, par les romantiipies chevelus, a l'auieur de Milhridate.
Nous laissons parler ici un des biograi)hes <|f: Hestif.
« Le succès de ses pronners romans lui « tourna la télé; il se crut h; premnr bom- " me du siècle, el comme le vint noiif/hiit u nlorn aux réformen, il l'mil ses idées sur « tout. Telle était la faolilé de son travad, " ipi'il composait, d.ctail el nnprimail en « même lemi s. »
« ij{ic\ malbeur rpie ce ftauvie Heslif ail en la sfUle idée «le se lai,s.ser mourir en lH()<i ! l'n éciivain pareil eût été mis en adjudiraiiori publique |«ar les j'Mjrnaux de notie <';poque, (;l nous ne dou ons pas <pje M. V én» I n'eut lini par le monopoliser, pour lédilicnlioii de ses «boiriés !
« Mais revenons a Hii'lif.
■ liu5 i4H) et qu(;lque5 Volumes rpjc Hcslif
a publiés , on ne lit plus môme aujoud'hui ce Paysan perverti, qui faisait pousser des cris d'admiration aux bons Parisiens, n Cet ouvrage, dit Lahar[)e, est une suite de 0 tableaux sans ordre et sans liaison, où « l'on vous présente tour à tour un mauvais <' lieu, la piisoa, la Grève, une guinguette, « une écnle de philosophie, un consistoire, « une taverne, une église, le salon d'une 8 femme de la cour et le galetas d'une [)ros- « tituée. »
« A lire ces lignes, ne croirait-on pas quo Laharpe a eu la prescience de la littéi'aturo actuelle, et connu par une intuition !)arliculièr-e, les Mystères de Paris et le Juif-Errant !
« Ce; endant, malgré qu'en dise Laharpe, la gloire de Hestif eût bientôt traversé les mei's et rempli les deux mond 's , sans la concurrence brutale et fort peu litléraire tjue vinrent lui faire Hobespierre, Marat, Collinhal, Carrier, Lebon , invenleu s du drame en plein vent, où cincjuante tètes tombaient h chatpie scène, sans fatiguer un public avide d'émotions. Quelles infortune-;, quelles jiéripéties auraient pu lutter avec celles de celte place de la Hévolution où, selon Ducis, on avait du sang jusquà la cheville, et où le bourreau, après avnir vidé sa charrelle, disait h la foule abrutie par l'épouvante: La suite nu tombereau prochain l
« En 1795, le Direcldire vint rendre Heslif cl sa gloire. Harras et Tallien , (pii lenlèrcnl un mumeiit de ramener- la Ki-anceaux mceurs de l'Age d'or- et aux costumes du i*aradis teiT<,'stre, aimaient for-t la litlér-atuie yaillarde de Heslif, au<)uel ils accordèrent un encouiag(Mnenlde(pielipiesinilli(Msd(!bancs, comme auteur d(; plusieurs ourrayes de morale, ce (pri prouve inlinimenl en faveur de l'esprit du Dii'eeUnre.
« Arjjourdhui tpii connaît Hestif de la Hrelmnie, s'il vous plaît? Oui de vous a lu ce l'ai/san perverti, (pii dirvait fdre oubliin- (iH-illax, la Marianne <U\ Marivaux el la Manon Lescaut de l'abbi' Piévosi ?
« iNf»us ne [»ouvoris passer sous silence les romans vertireux de M. Ducray-Duininil , (pji inondèr(nil la Fr-ance d'iiiU! (;atara( te de laniu's. ((l'Iinn oit l'enfant du mystère, et Victor ou l'enfant de la foret, ont ob'enu un succès ipii ivi]t|)elle celui (le ['/islrée de d L'rfé, Toutes ces vuHimes innocentes, emprisoniH'ijs , lympanisées et persécutées par- un lyran crind, faiouelu!, et méiiK' sans politesse, awiimil coucpiis les sympathies de. 1/1 Fiance, et cela au milicni de la grandi! épopée iiiipériale (Ij. On (tubliiit les désas- Ir -s de Moscou pour pleurer sur l(!s malheurs de (ioîlina, i'imioce lie victiiiK! d«! l'illlpiloyable Tiuguelin. On abandoiinail bis bulleliiis de la grand*; armé-e, pour savoircomment les Orphelins du Hameau sr; lirer. lient du donjon de (;elle mé.dianle cli;^lelaine Julia, ipii se promenait à mi:init, heure
(t) Noms serions cm inu dr vnii nirinc l;i ;^li»in; linri:ijn- lie M. Suc a rr|iicii\c li'iiii miii|i de « .uioii tue sur 1); Kliiii.
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