BEN
rilleux, dont il ressentit les suites et a ou lui resta le nom de Boiteux : cependant quelques auteurs attribuent cet accident à une contraction de nerfs, occasionnée par ses grandes fil gués. Il mourut saintement le 14 juillet 102V. à 52 ans. C'est peut-être, de tous les empereurs allemands, celui qui a fait aux églises les plus grandes largesses; cependant sa puissance n'en fut pas a fia bJie, son peuple fut heureux, et ses finances furent en bon ordre. Il avait voulu se faire bénédictin à Verdun et ensuite chanoine à Strasbourg; mais il servit Dieu avec plus d'édification et de fruit sur le trône, qu'il n'eût pu faire dans la solitude du cloître, et dans un état borné à sa sanctification personnelle. On voit, à l'entrée de l'abbaye de Saint-Vannes à Verdun, un tableau où Henri est représenté quittant le sceptre et la couronne, et demandant l'habit monastique au saint abbé Richard. L'abbé lui ayant fait promettre obéissance, lui ordonnai continuer à gouverner l'empire. Ce qui est exprimé dans un distique, dont le sens est : « L'empereur est venu « ici pour vivre dans l'obéissance, et il pra- « tique cette vertu en régnant. » On prétend que, dans son couronnement à Rome, on se servit pour la première fois du globe impérial. Le pape Renoît VIII, avant que de le couronner, lui demanda : Voulez-vous garder à moi et à mes successeurs la fidélité en toutes choses? et c'est le premier vestige de l'obéissance que quelques empereurs ont promise aux papes. Il avait épousé la vertueuse Cunégonde, et la laissa vierge; ils ont été canonisés l'un et l'autre. C'était un prince sage, prudent, courageux, magnanime et magnifique, qui enrichit l'empire dans le sein de la paix, et le rendit respectable à ses voisins, tant par les ressources ménagées dans l'état, que par les vertus de son chef. Preuve de fait, entre mille autres, de l'influence de la religion sur le bonheur de} peuples et la prospérité des empires. Ceux qui ont blïméen politique son extrême amour pour la virginité, -n'ont pas considéré que l'empire était électif, et que la mort des empereurs qui laissaient une postérité nombreuse, occasion! ait souvent aubmt d'intrigues et de troubles que s'ils n'avaient pas eu d'enfants. Sa 17e, attribuée a Adelbold, évêque d'Utrecht, a été insérée dans le Thésaurus monument orum de Canis us, avec des notes de Rasnage, et réimprimée dans les Acta Sanctorum, vol. de juihet, avec une introduction et un appendix.
HENRI, ermite du xiic siècle , adopta les erreurs de Pierre de B.uys. 11 niait que le baptême fût utile aux enfants, il condamnait l'usage des églises et des temples, rejetait le culte de la croix, défendait de célébrer la messe, et enseignait qu'il ne fallait point prier pour les morts. La violence que Pierre de Bruys avait employée pour établir sa doctrine ne lui avait pas réussi : il avait été brûlé à Saint-Gilles. Henri, pour se faire des partisans, prit la route de l'insinuation et de la singularité. Il était encore jeune, il avait lés cheveux courts et la barbe rase ; U
HEN
IIEN
était grand et mal habillé , il marchait tête et pieds nus, même dans la plus grande rigueur de l'hiver. Son visage et ses yeux étaient agités comme une mer orageuse. Il avait l'œil ouvert, la voix forte et capable d'épouvanter. La réfutation de Henri se répandit dans le diocèse du Mans ; on le supplia d'y a 1er, et il y envoya deux de ses disciples, qui furent reçus du peuple comme deux anges. Henri s'y rendit ensuite, fut accueilli avec les plus grands honneurs, et sut se faire autoriser à prêcher et à enseigner dans ce diocèse, pendant que l'évêquo, le pieux Hildebert, était allé à Rome pour prier le pape de lui permettre de se retirer à Cluni, ce qu'il n'obtint pas. On courut en fuule aux sermons de l'hypocrite, et le clergé exhortait le peuple à y aller. Lorsque Henri fut sûr de la contiance du peuple, il enseigna ses erreurs. Ses sermons produisirent un effet que l'on n'attendait p-is. Le peuple entra en fureur contre le clergé, et traita les prêtres, les chanoines et les clercs comme des excommuniés. Car c'est toujours à rendre odieux le sacerdoce, dépositaire et défenseur naturel des vérités religieuses, que s'attachent les apôtres du mensonge. On refusait de rien vendre à leurs domestiques ; on voulait abattre leurs maisons, piller leurs biens, et les lapider ou les pendre. Quelques-uns furent traînés dans la boue et battus cruellement. Le chapitre du Mans défendit à Henri, sous peine d'excommunication, de prêcher davantage ; mas ceux qui lui notifièrent cette sentence, furent maltraités, et il continua ses prédications jusqu'au retour de l'évêque Hildebert, qui fut vivement affligé du ravage que cet hérésiarque avait t'ait dans soi.) troupeau ; mais en peu de temps il sut regagner la confiance de ses diocésains. Il convainquit publiquement Henri d'ignorance et d'imposture, et l'obligea de quitter son diocèse. 11 avait été convaincu avant le retour du prélat d'avoir commis un adultère le jour de la Pentecôte, ainsi que de plusieurs autres crimes. Le pape Eugène Iil envoya, en 1147, un légat dans ces provinces. Saint Bernard s'y rendit en même temps, pour garantir les peuples des erreurs et du fanatisme qui désolaient ces contré 's. Henri prit la fuite : mais il fut arrêté et mis dans les prisons de l'archevêché de Toulouse, où il mourut. Les henriciens, ses disciples, se répandirent dans les provinces méridionales, et ils y donnèrent des scènes scandaleuses.
HENKI le Bon, instituteur des Frères- Cordonniers, etc. Voy. Bûche.
HENRI DE HUNT1NGTON, historien anglais du xii' siècle, fut chanoine de Lincoln, puis archidiacre de Huniington. On a de lui: une Histoire d'Angleterre , qui finit à l'an 115^, et qui fut publiée par Savile en 15%, iu-fôl., dans les llerum anglicarum scriptores ; un petit traité du Mépris du monde, etc. : ces productions sont en latin et médiocrement, écrites.
HENRI DE SUZE, surnommé dans son temps la source et la splendeur du droit.
était cardinal et évêque d'Ostie, d'où lui est venu le nom d'Ostiensis. Il avait été archevêque d'Embrun, et il mourut en 1271. On a de lui une somme du droit canonique et civil, connue sous le nom do Somme dorée, qu'il composa par ordre du pape Alexandre IV. On en a trois éditions, Rome, 1743, 2 tomes in-fol. en un seul volume ; Râle , 1576, et Lyon, 1597. Les canonistes la consultent utilement. — Il ne faut pas le confondre avec Henri Suzo\ , dominicain du xiv" siècle, dont nous avons divers ouvrages mystiques, traduits en français, en 2 volumes in-12. C'était un homme pieux, qui mourut en 1360.
HENRI DE GAND. Voy. Gand.
HENRI DE HERVORDE, ainsi appelé du lieu de sa naissance en Westphalie , religieux de Saint-Dominique, s'est fait un nom par une chronique intitulée : De fastis illustrions, Helmstadt, 1620, in-4°. Elle remonte au commencement du monde, et finit à l'an 1325. Il mourut à Minden en Saxe, le 9 octobre 1370.
HENRI D'URIMARIA , théologien du xiV siècle, natif de Thuringo, de l'ordre des ermites de Saint-Augustin , laissa divers ouvrages de piété , dont quelques-uns sont restés manuscrits.
HENR1-HARPIUS ou Harphius. Voy. HAR- PHIUS. .
HENRI DE GORICHEM , ainsi nommé parce qu'il était de Gorcum en Hollande, anciennement Gorichem, enseigna la philosophie et la théologie à Cologne, et fut vicechancelier de cette université en 1420. II mourut dans celte ville en 1431. On a de lui: De cœremoniis ccclesiasticis, Cologne, 1503, in-4° ; De celebritate festorum ; Conclusiones et concordantiœ Bibliorum aç Canonum in libros Magistri sententiarum , Venise, 1506, in-folio ; un Traité des superstitions, inséré dans le Maliens maleficarum, Lyon, 1669.
HENRI (Matthieu), ministre presbytérien, né en 1662, s'appliqua a. l'étude des langues savantes pour mieux comprendre l'Ecriture sainte, ou plutôt pour trouver, comme tous les sectaires, de quoi étayer des erreurs ou des explications paradoxales , en dépit des anciennes versions. Il mourut à Chester en 1714, après avoir donné plusieurs ouvrages en're lesquels ceux de sa secte distinguent : Exposition de la Bible, 5 vol. in-fel.; Discours sur la nature du schisme, 1689 ; Vie de Philippe Henri, 1696 : c'est la vie de son père, un des fondateurs du presbytérianisme en Angleterre, appelé par ses sectateurs le bon Henri : mais les opérations de la secte n'ont pas répondu à cette épit ète.
HENRI DE SAINT-IGNACE, carme de la ville d'Ath en Flandre, enseigna la théologie avec réputation, et passa par les charges les plus considérables de son ordre. Il fit un long séjour à Rome, au commencement du pontificat de Clément XI, et mourut à laCavée, maison des carmes, près de Liège, vers 1720, dans un âge très-avancé. Sa principale production est un corps complet de théologie morale, assez méthodique, sous le
HEN
1IEV
titre : ù'Ethica ornons, Liège, 1700, on 3 vol. in-fol. Il y a des choses que dos théologiens n'ont pas trouvées exactes; il a (' I '• prohibé •i Rome en 1"!'. el 1 7 J -2 . On a encore de lui : un autre livre d s théologie, intitulé : Theologia vêtus, fundamentoîis, admcnlem resoluti dobtoris J. deBachone, Liège, 167/, in-fol. ; MoHnismusprofligatus, Lié e, 1715,2vol. in- 8' ; Artes jesuiticœ in sustinendis pertinaciler novitatibus, laxitntibusque sociorum, Strasbourg, 1717, édition augm.de pi isieurs pièces, 1 vol. in-12; Tuba ma. rima mirant elangens sonum ad SS. D. N. papam Ctementem XI, imperatorem,reges, de, de necessitdte reformandt societatem Jesu , per Liber ium Candidum. C'est un recueil do pièces pleines d'animosités et peu conformes à la doct iioe de VElhiea amoris. Les gens du parti estiment l'édition île 1717, Strasbourg, 2 gros vol. in-12. Henri de Saint-Ignace se déclare hautement dans ses écrits pour la cause et les sentiments de M. Arnauld et du P. QuesneL
HENKI DE 1U.VUNI, Henricus Ariminerisis, théologien du commencement du xiv' siècle, fit profession chez les dominicains, et se distingua comme prédicateur. Ce religieux a laissé : Traclatus de quatuor vîrtutibus c«raïnalibus, qui fut imprimé à Spire, v< rs l'an 1472, par les soins de Thomas Dorniberg, avocat de Memraingen, avec une table des matières, et qui fut reproduit presque aussitôt à, Strasbourg. On a encore de H n i de Rimini plusieurs ouvrages, restés manuscrits et dont la liste se trouve dans les Scriplores ordin. Prœdicatorum, t. Ier, p. 523, des Pères Ouetif et Eçhard. La bibliothèque Laurenti 'îme à Florence possède le manuscrit do son Traclatus de septem draconis capitibus.
HENKI VIII, fils et successeurde Henri Vil, monta sur le trône en 1500. Les coffres de son père se trouvèrent remplis à sa mort do 2 millions de livres sterlings : somme alors immense, qui eût été plus utile en circulant dans le commerce. Henri VIII s'en servit pour faire la guerre. L'empereur Maximiiien et le pape Jules II avaient fait. une. ligne contre Louis XII. Le monarque anglais y en à la sollicitation de ce p nlife. Il lit une irruption en France en 1513, remporta une victoire complète à la journée des Eperons, pritTérouanncet Tournay, etrepassa en Angleterre avec plusieurs prisonniers français, parmi lesquels on comptait le chevalier Bavard. Dans le même temps Jacques IV, roi d'Ecosse, entrait en Angleterre: Henri le délit el le tua à la bataille de Flowd •nlield. La pa.x se conclut ensuite avec la France. Louis XII, alors veuf d'Anne de Bretagne, ne put l'avoir avec Henri, qu'en épousant sa sœur Marie; mais au lieu de recevoir uni; dut de sa femme, comme font les rois, aussi bien que les particuliers, Louis XII, en paya une. 11 lui en coûta un million d'écus pour épouser 1 1 sœur de son vainqueur. Henri VIII, ayant terminé heureusement cette guerre, entra bientôt a;rès dans celles qui commençaient à diviser l'Eglise. Les erreurs de Luther venaient d'éclater. Le monarque, ; elé nar Wolsey, Gardiner et Morus, réfuta
l'hérésiarque uans son ouvrage qu'il présenta et, qu'il dédia à Léon X (quelques auteurs «retendent que ce livre était entièrement de a composition du célèbre Fisher). Ce; pane 'honora, lui el ses successeurs, du titre de défenseur de la foi, titre qu'il sollicitait depuis 5 ans, et qu'il ne mérita pas longtemps. Il v avait alors à la cour de Londres mie tille pleine d'esprit et de grâces, dont Henri devint éperdument amoureux.
Elle s'appelait Anne de Koulen. Cette fille s'attacha à irriter les désirs du roi, cl à lui ôter toute espérance de les satisfaire, tant qu'elle ne serait pas sa femme. Henri était marié depuis 18 ans à Catherine d'Aragon, fille de Fe dinand et d'Isabelle, et tante de Charles-Quint. Comment obtenir un divorce? Il faut savoir que Catherine avait d'abord épousé le prince Artur, frère aîné de Henri VIII qui lui avait donné sa main ensuite, avec la dispense de Jules IL On ne pensait pas qu'un tel mariage pût être incestueux ; mais dès que le monarque anglais eut résolu d'épouser sa maîtresse, il le trouva nul ; il sollicita le pape Clément VII de le déclarer tel. Le cardinal Wo'sey,ce ministre si vain, qu'il disa't ordinairement le roi et moi, entra dans les vues de Henri. On paya des théologiens pour leur ai racl erdes décisions conformes aux désirs du prince. Le pape, vivement sollicité de casser celte union, mais craignant autant de manquer aux lois divines, et de déplaire à Chailes-Q. int qui voulait épargner cet outrage à sa tante, tâchait de gagner du temps, croyant que la réflexion ramènerait Henri à des sentiments plus raisonnables (voy. Clément Vil ). Celui-ci désespérant de rien obtenir, épousa sa maîtresse en 15 J3, et fît approuver ce mariage par Thomas Cranmèr, archevêque de Cantorbéry. Le pape l'ayant excommunié, il se fit déclarer Protecteur et chef 'suprême de l'Eglise d'Angleterre. Le parlement lui confia ce titre, abolit toute l'autorité du poniife romaii ,et iit effacer son nom de tous les livres; on ne l'appela plus que l'évéque de Rome. Les peuples prêtèrent au roi un nouveau serment, qu'on appela le serment de suprématie. Le cardinal Jean Fisher, Thomas Morus et plusieurs autres personnages illuslies, ennemis de ces nouveautés, perdirent la tète sur un échafaud. Henri, poussant plus loin ses violences, ouvrit les maisons religieuses, s'appropria leurs biens, dont le revenu rendait, suivant Saloinon, 183,707 livres sterlings, et des dépouilles îles couvents acheta d ss plaisirs, qui s'évanouit eat avec les trésors qui les avaient payés. Henri accoutumé à lecourir au cierge et aux monastères pour avoir de l'argent, se vil réduit à des situations qui lui tirent regretter la poule qui pondait dis œufs d'or, comme s'exprimait Charles-Quint, en parlant de cette opération impolittque t e Henri. Un autre effet de la même opération fut l'extrême misère où se trouvère:.! léJuits des milliers de pauvres que les aumônes des monastères entretenaient Sous le règne d'Elizabeth on fut obligé de passer jusqu'à onzo bills pour les faire sub-
IIEX
ïi;:n
sister; moyen dont les annales de l'Angleterre n'avaient pas fourni d'exemples [ioy. Luther). C'est dans l'ouvrage de Henri S elman intitulé : Fatalité des $aerilége$ , qu'il faut voir et l'immensité des sommes que Henri ramassa par ses rapines impies, et l'incroyable rapidité avec laquelle elles se dissipèrent. Quoique Henri se déclarât contre le pape, il ne voulut être ni luthérien, ni calviniste. La transsubstantiation fut crue comme auparavant; la nécessité de la confession auriculaire et de la communion sous une seule espèce, continuée. Le célibat des piètres et les vœux de chasteté furent déclarés irrévocables. L'invocation des saints ne fut point abolie, mais restreinte. 11 déclara qu'il ne prétendait point s'éloigner des articles de foi reçus par l'Eglise catholique : c'était bien s'en éloigner assez, (pie de rompre l'unité. Son amour pour une femme produisit tous ces changements : mais cet amour ne dura pas. Touché de la beauté de Jeanne Seymour, il ht trancher la tète, en 1536, à Anne de Boulen, sur des soupçons d'infidélité assez légers. Jeanne étant morte en couches, il la remplaça par Anne de Clèves. 11 avait été séduit par le portrait de cette princesse : mais il trouva l'original si ditférent, qu'il la répudia au bout de six mois. A celleci succéda Cadierine Howard, tille du duc de Norfolk, décapitée en 15i2, sous prétexte qu'elle avait eu des amants avant son mariage. C'est à cette occasion que le parlement d'Angleterre donna une loi aussi absurde que cruelle. 11 déclara : « Que tout homme qui « serait instruit d'une galanterie de la reine, « doit l'accuser, sous peine de haute trahi- « son... Et, Que toute fille qui épouse un roi « d'Angleterre, et qui n'est j as vierge, doit « le déclarer sous la même peine. » Catherine Parr, jeune veuve d'une beauté ravissaute, épouse de Henri après Catherine Howard, fut près de subir le même sort que cche infortunée, non pour ses galanteries, mais pour ses opinions conformes à celles de Luther. Les dernières années de Henri VIII fuient remarquables par ses démêlés avec la Fiance. Bizarre dans ses guerres comme dans ses amours , il s'était ligué avec Charles- Quint contre François Ier, ensuite avec François itr contre Charl s-Quint, et enfin derechef avec celui-ci contre le monarque français. L prit Boulogne en loii, et promit de le rendre par le traité de paix de loiG. 11 mourut l'année d'après, âgé de 57 ans, api es en avoir régné 38. On rapporte que sur le point de mourir, il s'écria, en regardant ceux qui élaient autour de s-on lit : Mes amis, nous avons tout perdu, l'éiat, la renommée, la conscience et le ciel. Quelques auteurs ont nié cette anecdote ; mais si Henri n'a pas tenu ce propos, il est sur qu'il n'en pouvait tenir de plus vrai. Il appela au trône, en mourant, Edouard; fils de Jeanne Seymour; et après lui, Marie, fille de Catherine d'Aragon, et Elizabeth, fille d'Anne de Boulen, quoiqu'il les eût fait déclarer autrefois bâtardes par le parlement , et incapables de succéder à la couronne. « Tous ceux qui ont étudié Henri
« avec quelque soin, dit l'abbé Raynal, n'ont « vu en lui qu'un ami faible, un allié incons- « tant, un amant grossier, un mari jaloux, h un père barbare, un maître impérieux, un « roi despotique et cruel. » Pour le peindre d'un seul trait, il suffit de répéter ce qu'il dit à sa mort qu'/7 n'avait jamais refusé la vie d'un homme à sa haine, ni l'honneur d'une femme à ses désirs, il perdit dans les plaisirs, o.i dans de vaines occupations, le temps qi'il aurait pu employer à approfondir les principes du gouvernement. Une confiance aveugle en ses ministres le réduisit à être, durant la moitié de son règne, le jouet de leurs passions, on la victime de leurs :ntérêls : l'autre partie fut employée à troubler le repos du royaume, à l'inonder de sang et à l'appauvrir. 11 ruina ses sujets par des | rofusions criminelles (t extravagantes; et ce fut encore le moindre des maux qu'il fit à l'Angleterre. C'est sous le règne de i?e prince que la suette, maladie dangereuse, infesta tout ce royaume. On connaîtra plus particulièrement ce tyran, en lisant l'exacte et élégante Histoire du cardinal Polus, par Thomas Philips. L'Histoire de Henri VIII a été écrite par loru Herbert, in-fol. Cet ouvrage est estimé des Anglais, et pour ce!a doit être suspect aux Français et aux catholiq les. L'abbé Raynal a publié, en 17G8, l'Histoire de son divorce, 1 vol. in-12. On a de ce prince ses Lettres à Anne de Boulai, précédées d'une notice historique sur Anne de Boulen, 1826, iu-8". De nos jours, M. Audin a donné [Histoire de Henri V11I et du schisme d'Angleterre, d'après les mss. du British Muséum de Londres, de la Vaticane de Rome, etc., 2 vol. in-8°, lci7.
NRI (Nicolas), né à Verdun en 1692, professeur d'hébreu au collège royal en 1723, m »rt a Paris de la chute d'un entablement en 1752, a donné une édition estimée de la Bible de Valable, en 2 vol. in-fol., Paris, 1729 et 17't5. Elle est enrichie de notes de différents interprèles, et contient deux versions: l'ancienne, qui est la Vulgate, et la nouvelle, qui e:t celle de Pagnàn. Cetle édition a coûté bien de? recherches à l'éditeur, mais elle n'est pas à l'abri de toute censure. Il est encore auteur d'une Grammaire hébraïque. HENRI (Pierre-Joseph), né à Chàtelet, au pays de Liège, le 12 décembre 1711, fit son cours de théologie àl'université deLouvain, et fut nommé a la cure de Surice, qu'il administra pendant 46 ans. il y remplit dignement les devoirs d'un pasteur vigilant et zélé pour lesalutde sontroupeau. Sa charité industrieuse a prévenir les désordres de la jeunesse, lui faisait réunir souvent celle de son village dans quelque lieu particulier , et il présidait lui-même aux (iherlissements innocents que l'on y prenait Son principal soin était que ses paroissiens fussent parfaitement instruits des vérités de la religion ; il ne négligeait rien jour entretenir dans ceux d'un âge avancé les connaissances salutaires dont ses catéchismes avaient si bien éclairé leur enfance. Cet homme respectable s'est vu réduit à vivre d'aumônes dans les dernières années de sa vie, et il
nr.N
HEN
mourut en 1701, h Namur où il s'était rôtira accabla d'infirmités. On a do lui : De doctrina sacra, LoUvain, 1771, polit in-12; Explications sur Ir catéchisme des diocèses de Liège, t ambrai rt Nnmur, dont la quatrième édition a paru à Liège on 1780, h vol. in— 12 ; Instruction familière dogmatique rt morale sur 1rs quatre parties de' la doctrine chrétiennet Rouen, 1785, o' Liège, 1780, \ vol. in-12; Discours familiers sur divers sujets de morale, in-12, Liège, 1780; Rouen, 1787. Ce dernier volume se joint aux quatre précédents pour former un recueil de discours et d'instructions sur toutes les vérités de la foi, très-bien appropriés à l'intelligence du peu le. Il en a paru une édition, où quelques oxpress'ons vieillies ont été changées, Lille, 1822, 5 vol. HENRIET (Protais), savant récole' français, mort en 1088, ost autour d'une Harmonie évangélique, avec des notes littérales et morales, et d'autres ouvrages connus.
HENRIQUEZ (Henri) , jésuite portugais, l'un des premiers compagnons do saint Ignaco, né vers l'an 1520 à Villa-Viciosa , dans l'Alenlcjo ; il était déjà diacre lorsqu'il entra dans la société à l'âge de 25 ans. Ayant été ordonné prêtre, il fut envoyé aux Indes vers l'an 1550, pour y travailler à la conversion des infidèles; il prêcha la foi sur la côte de la Pêcherie pendant 43 ans, et il le fit avec tant de succès, qu'il fut nommé YApôtre de la presqu'île. En 1553, la vil'e qu'il habitait avait été prise, et il tomba au pouvoir des vainqueurs, qui lui firent supporter toutes sortes de mauvais traitements. Il mourut à Tutucurin, l'an 1000, à l'âge de 80 ans. Le P. Henriquez avait fait bâtir plusieurs églises et deux hôpitaux. 11 avait acquis une si grande connaissance dos langues dos différents pays où le porta son zèle apostolique, qu'il pouvait prêcher facilement dans l'idiome de la contrée et même disputer avec les brahmanes; il a publié des grammaires de la langue malabare et des vocabulaires bons à consulter. On a encore de lui : des Virs des saints, et particulièrement une Vie de la sainte Vierge , dont on conserve précieusement un exemplaire dans la bibliothèque du Vatican ; Contra fabulas rlhnkorum (contre les fables des païens), ouvrage rempli d'érudition, quoiqu'il n'ait eu d'autres secours que sa seule mémoire ; plusieurs noftVcs sur ce qu'il avait vu de curieux dans les Indes. HENRIQUEZ (Henri), né à Porto en Portugal en 1530, fut admis dans la société des jésuites par saint Ignace , enseigna avec réputation la théologie à Salamanque , où il eut Suarez pour d:sciple, et ensuite à Cordoue. Ayant obtenu la permission do passer dans l'ordre de saint Dominique , il quitta l'habit de cet ordre avant d'avoir- fait sa profession, pour reprendre celui de saint I0nace. Il mourut à Tivoli le 28 janvier 1C08 , à 72 ans. laissant : Dr fmehominis, qu'il avait composé l'an 159V. Il y a des choses favorables à Molina, on remêlées decrit;ques; une Somme iïe théologie morale, en latin, Venise, 1000, 3 vol. in-fol.; un traité De clavibus Ecclesiœ. HENRIQUEZ (Jean-Chrysostome) , labo-
rieux écrivain de l'ordre de Cîteâux , né d'une famille noble de Madrid en 1595, fut commissaire général des religieux irlandais de son ordre, grand prieur de l'ordre de Calatrava ; et historiographe général de la congrégation des Bernard ns d Espagne. Il mourut à Louvain le 23 octobre 1632, âgé de 37 ans. 11 a laissé un très-jirand nombre d'ouvrages (pii tendent presque tous à éclaircir l'histoire de son ordre, entre autres : Menologium Cisterciense, cum notis, Anvers, 1039, 2 vol. in-fol. ; Fasciculus sanrlorum ordinis Cistrrrirnsis, Bruxelles , 1023, in-fol. ; Lilia Cisterciensia, Douai, 1033, in-fol. Ce sontlçs Vies des saintes vierges de son ordre. On a inséré quelques-uns de ces ouvrages dans la Bibliothèque (1rs écrivains de Tordre de Cîteâux, de Charles Visch, et dans la Bibliothèque espagnole de Nicolas-Antoine.
HENRY (Robert), théologien et historien écossais, né dans le comté de Stirling en 1718, mort en novembre 1790, est auteur d'une Histoire dr la Grande-Bretagne, Londres, 1771-1793, 6 vol. in-4°, se terminante la mort de Henri VIII. Elle est rédigée sur un plan nouveau, et l'auteur y tiaite n°.nseulernent de l'histoire civile de chaque époque, mais encore de la religion, de la constitution du gouvernement , des cours de justice, du commerce, de la marine, des mœurs, etc. Cette histoire , remplie de recherches savantes, a été continuée en 1790, jusqu'au règne de Jacques I", par Petit Andrews. L'ouvrage avec la cont nuation a été ini| rimé (n 1799, en \h vol. in-8°. MM. Boulard et-Cantwel en ont donné une traduction française, Paiis, 1789-96, G vol. in- 4°, sans la continuation.
HENRY (Jean), écrivain ascétique du xve siècle, était chantre de l'église Notre-Dame de Paris , et président de la chambre des enquêtes du Palais. Il mourut en U83 et fut enterré au monastère de Fontaine-lez-Meaux. Jean Henry composa : Le pèlerinage de Notre-Dame et de Joseph de Nazareth en Bethléem, la Nativité de Notre-Seigneur, la Venue des pastoureaux et des rogs , etc. , Paris (1506), petit in-8°, gothique, très-rare, ainsi que le suivant ; Cest le livre du jardin de contemplation , auquel Tâme dévote contemple le mystère de la passion de Jésus-Christ représenté en l'arbre de la croix, plantée au milieu d'icelug jardin, ibid., sans date, petit in-8°, gothique. Il composa en outre pour les religieuses de Sainte-Claire les deux opuscules suivants : Le livre de- ré formation utile à toutes religieuses, ibid.,in-8° ; Le livre d'instruction pour novices et professes, ibid., in-8°.
HENRY (Jean), ministre protestant , né l'an li6!, à Berlin, mort en 1831, était d'origine française En 1783 il fut nommé prédicateurs l'église française de Brandebourg, à celle de Berlin en 1795, et en 1819 il devint préaident uu synode provincial français. Ii fut aussi directeur du musée des antiquités , médailles et beaux-arts, et bibliothécaire du roi. Il composa divers ouvrages en français, notamment les suivants : Adresse aux églises françaises de la Prusse ( en réponse a un
HEN
nns
Appei aux églises françaises, par M. Thérémin), Berlin, 1815, in-8°; Considérations sur les rapports entre l'Eglise et l'Etat et sur la meilleure forme du gouvernement ecclésiastique, suivies d'un Sermon, etc., Paris, 1820, gr. in-8"; divers Sermons; Germon, ou Entretiens d'un père avec ses enfants sur l'histoire delà réformation et l'histoire du refuge, Berlin, 1818; 2< édition, 1819.
HENRYS ( Claude ) , jurisconsult % né à Montbrison enl615, mort en 1662, était trèsversé dans le droit canon et civil, dans l'histoire, dans le droit public et les intérêts des princes. Il fut avocat du roi au bailliage de Fore^-en 1639. 11 était souvent consulté sur les affaires d'état par plusieurs ministres, soit en France, soit des pays étrangers. Sa prob lité, sa politesse, sa prudence, son désintéressement égalaient ses lumières. On a de lui : un excellent Recueil d'arrêts, en 2 vol. in-fol., 1708, avec les observations de Bretonnier. Henrys accompagna sa collection de notes utiles et agréables. Dans les unes il éclaire it des principes de droit, et dans les autres il sème des traits de liilérature et d'érudition. Le célèbre avocat Mathieu Terrassona fait aussi des additions et des notes pour servir à une nouvelle édition de Henrys. Ces additions et ces notes ont été imprimées dans l'édition de 1738 et de 1772, en 4 vol. in-fol. V Homme-Dieu ou le Parallèle des actions divines et humaines de Jésus-Christ.
HENSCHENIUS ( Godefroi ), jésuite flamand, né à Venrad, dans la Gueldre, le 21 janvier 1600, travailla pendant longtemps a-vec succès à l'immense compilation des Actes des saints, avec Bollandus, qui avait été son régent, et ne servit pas peu à épurer les légendes des contes pieux et quelquefois ridicules, dont les écrivains des siècles d'ignorance les avaient remplis. Après avoir publié avec Bollandus les Acta sanctorum des mois de janvier et février, il donna, avec le P. Papebroch , les Vies des saints des mois de mars et avril. Il donna aussi Brevis notitiaGalliarum et Belgii, Anvers, 1658, in-8°; De tribus Dagobertis Francorum regibus diatriba, Anvers, 1655, in-i°, ouvrage curieux et savant ; Exegesis historica seu diatriba de episcopatu Tungrensi et Trajectensi , Anvers , 1653, in-4" ; où il soutient que le siège épiscopal de Tongres a été transféré à Maastricht. Il mourut à Anvers le 12 septembre 1681. Le P. Papebroch a écrit sa Vie, et l'a insérée dans le 7e vol. des Acta sanctorum du mois de mai. On peut consulter la Bibliotheca Belgica de Foppens pour voir les titres de ses nombreuses dissertations.
HENTEN (Jean), de Naline près deThuin, dansl'Entre-Sambre-Meuse, alla, étant encore enfant, en Portugal, où il se fit liiéronymite, et entra ensuite dans l'ordre de Sa.nt-Dominique à Louvain. 11 fut fait docteur en théologie en 1551, puis prieur et préfet des ètu.ies. La faculté de théologie le chargea, par ordre de Charles-Quint, de corriger la Bible et de lui rendre la pureté de l'ancien texte ; il y travailla avec assiduité, et montra qu'il était digne de la confiance qu'on avait dans ses
lumières. C'est principalement par ses .cr>ins que parut la première Bible nommée de Louvain, en 15V7, et Anvers, en 1570, avec dos figures(t<o?/.leP.LeLong,tomeIer,p.263).Henten mourut à Louvaui en 1566, âgé de 67 ans, épuisé par le travail et les austérités. On a encore de lui les Commentaires d'Euthymius sur les Evangiles ; ceux d'OKcuménius sur saint Paul; d'Arétas sur l'Apocalypse, etc. Voyez le Belgium dominicanum du P. Jonghe, p. 152.
HERACLAS, frère de l'illustre martyr Plutarque, se convertit avec lui durant ^persécution de Sévère. Il fut catéchiste d'Alexandrie, conjointement avec Origène, et ensuite seul. Son mérite le fit élever sur le siège d'Alexandrie, sa patrie, en 231. Il mourut, sur la fin de l'année 2i7 , de la mort des justes.
HERACLÉON, hérétique du m' siècle, adopta le système de Valentin [voy. ce nom;. Il fit pourtant quelques changements, et se donna beaucoup do peine pour ajuster à ce système la doctrine de l'Evangile, dans les Commentaires très-ètendus sur les Evangiles de saint Jean et de saint Luc. Ces commentaires ne sont que des explications allégoriques, destituées de vraisemblance, toujours arbitraires, et souvent r dicules. Héracléon, à la faveur de ces explic lions, fit recevoir par beaucoup de chrétiens le système de Valentin, et forma la secte des Héracléonites. Origène a réfuté les Commentaires d'Héracléon, et c'est d'Origèue que Grabbe a extrait les fragments que nous avons des écrits de ce visionnaire.
HERACLIUS, empereur romain, né vers l'an 575 d'Héraclius, gouverneur d'Afrique, détrôna Phocas qui tyrannisait ses sujets, et se fit couronnera sa place en 610, après lui avoir fait trancher la tète. Quoillui dit-il, tu n'avais usurpé l'empire que pour faire tant de maux au peuple ! — Phocas lui répondit: Gouverne-le mieux. Le nouvel empereur profita de cet avis. L s onze premières années durègne d'Héraclius furent e\trèmement malheureuses : la peste , la famine, des tremblements de terre , dépeuplèrent les plus belles provinces d'Asie. Les Perses en Orient, les Arabes, les Bulgares, les Esclavons en Occident, couvrir, nt es pays de ruines. A cela vint se joindre une maladie inconnue, que l'on croit être la petite vérole, et que les Abyssins avaient apportée en Orient ; de là les Lombards la répandirent dans l'Occident. Les Perses vinrent camper sous les murs àe Chalcédoine en face de Constantinople. Hé.aclius fit la revue de ses troupes, les disciplina, mit un nouvel ordre dans l'état. Le monarque persan envoya une armée formidable dans la Palestine en 614. Jérusalem fut prise, les églises furent brûlées, un grand nombre de clercs, de moines, de religi u-es et de vierges massacrés, les chrétiens vendus aux juifs, les vases sacrés, entre autres le bois de la vraie croix, enlevés. Le vainqueur jure « qu'il n'accordera la « paix à l'empereur et à ses peuples, qu'a « condition qu'ils renoncer, nt à Jésus-Christ « et qu'ils adoreront le soleil, la divinité des
IIFH
llhli
« Perses (1). » Hérâclius, outré dé ces insoleuces, marcha contre Chosroès, le défît en plusieurs reocot très, depuis l'an 622 jusqu'eri 627. Le roi barbare, poursuivi jusques dans ses états, y frouvaSyroès son ni» aine, qu'il avait voulu déshériter, les armes àla main. Syroès, l'a ant l'.ni enfermer lans une dure prison, lit la pail ave/ Héra ilius, et lui ronuit le bois de la vraie croix. L'empereur emporta cette précieuse reli [ue aConstanlinople, où il fit son entrée avecla plus grande magnificence. Au commencement de 1 année suivante, en 629, il s'embarqua pour la Palestine, dans le dessein d'aller déposer ce saint trésor à Jérusalem, et d'y rendre grâces «à Dieu de ses victoires. Il voulut porter la croix sur ses é ailles en entrant dans la ville, et accompagner cette cérémonie de la pompe la plus éclatante! ; mas il se sentit arrêté tout à coup , et dans l'impossibilité d'avancer. Le patriarche Zacharie, de retour de Perse, où il avait été mené captif par ordre de Chosroès, lui ayant représenté que coite pompe ne s'accordait pas avec l'état d'humiliation où était le Fil> de Dieu, lorsqu'il porta sa croix dans les mes de Jérusalem, l'empereur quitta aussitôt ses vêtements précieux, sa couronne, sa chaussure , et dans cet état d'humilité et de pauvreté il accomplit sans peine son pieux dessein. On célébra comme un jour de fête, celui où cet instrument de salut av.iit été remis à sa place. C'est l'origine de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, célébrée par les Grecs (t les Latins 1 li septembre : fête qui est en môme temps la célébration du triomphe général de la croix sur toutes les pompes et les puissances du monde, et qui rappelle cette époque si glorieuse à l'E0lise, « où, comme s'exprime « un histori n, les empereurs, si longtemps « acharnés contre la croix, s'avouèrent à la « lin vaincus, déposèrent les armes, et dci vinrent les défenseurs et les adorateurs « de cette môme croix. Ce changement ne fut « point l'ouvrage des hommes : il ne put se « faire que par un miracle de la toute-puis- « sance divine.» {Voy. Constantin liî Grand). Hérâclius se fit admirer par sa piété pendant les six années qu'il fit la guerre aux Perses; mais S'élant laissé séduire par les partisans du monothélisme, qui infectait alors l'empire, il pub ia en 639 l'écrit qu'on nomme YEcthèse, c'est-à-dire, exposition: comme si ce n'eût été qu'une simple exposition de foi. Cetédil, formellement hérétique , fut condamné à Rome, l'année suivante 6ï0, parle pape Jean IVr, dans un concile. L'empereur sentit sa faute ; il écrivit au souverain pontife que cet édit n'était point de lui, que le patriarche Sergius l'avait composé, et l'avait engagé à le publier sous son nom ; mais qu'il le désavouait, puisqu'il causait tant de troubles. Pendant ces disputes, les Sarrasins s'emparaient de l'Egypte, de la Syrie et de toutes les plus belles'parlies de l'empire, héraclius était hors d'état de s'opposer à leurs conquêtes. 11 fut attaqué d'une hydropisie, qui
(1) Quelques savants modernes ont nié celait, \oliuiie entre autres : on sait pourquoi.
le mil au tombeau on Oïl, a 66 ans, après30 ans de r6gne. « On ne sait, dit l'abbé Guyon, « quel rang lui assigner parmi les princes. « Sur la fin de son règne, il donna plutôt des « marques de timidité* que de courage. La ((■•sagesse, l'activité, la valeur qu'il avait fait « éclater pendant. la guerre persique, sont « di jnes d'admiration; mus dans les demi rs « temps, on ne trouve plus le vainqueur de « Chosroès. C'est un oontroversiste,qui parait « aussi peu touché des affaires de l'empire, « qu'il est empressé de décider celles de la « religion. Il abandonna les dovoi s d'un monarque, pour faire les fonctions d'un évoque.»
HERAtLD (Didier), Drsiderius Heraïdus, avocat au parlement de Pa is, célèbre par plusieurs ouvrages pleins d'érudition, avait rempli d'abord une chaire de grec au collège de Sedan, lorsqu'il eut avec Sa u m aise lies démêlés qui Cirent beaucoup de bruit. Outre différentes éditions d'anciens auteurs auxquelles il a joint des préfaces ou des annotai ions curieuses, on lui doit un assez grand nombre de dissertations anonymes. 11 a fait : dos Notes estimées sur l'Apologétique de Tertullirn,s i Mînutius Félix, sur Arnobe, sur Martial; un ouvrage contre Saurnaise,, Paris, 1699, in-8° ; plusieurs livres de droit. Ce savant mourut on 1659. L'étudodes belleslettres occupa la plus grande partie de son temps ; et ce fut surtout ans les écrits des anciens, qu'il puisa cefondsdesavoirquiledistinguait. — HÉRAui.D,son nls, né h Sedan vers 1604-, exerça d'abord son ministère k Alençon, puis il fut pasteur de l'église wallonne a. Londres, enfin chanoine de Cantorbéry, après avoir quitté l'Angleterre à cause de son attachement à Charles l",et y être rev nu après larestauration. On a de lui : le Pacifique royal en deuil, compris en 12 sermons, etc., Saumur,16V9,in-8', contrela mort de Charles 1", roi d'Angleterre. C'est un recuedde sermons, qui fut suivi, après le rétablissement de Charles II sur le trône, de 20 autres sermons, publiés sous le titre de Pacifique royal en joie, Amsterdam, 1665, in-8°. Hérauld mourut vers 1675.
HEKBECOURT (l'abbé CourÉ d'), né l'an 1739, prit le grade de docteur en Sorbonne, et mourut le 26 janvier 1826 à l'âge de 87 ans, dans la paroisse de Mai Jy-la-ViIle, dont il était curé depuis cinquante ans. li culti\ ait lès sciences exactes, notamment l'astronomie, faisait ses délassements de la botanique, et était, surtout fort savant on théologie. On a de lui un grand nombre d'articles dans le Dictionnaire de théologie qui fait partie de l'Encvclopédie méthodique.
HÉRBERSTEiN (Charles, comte de), évoque do Lavbach, dans la Carniole, naquit en 1722, et fut élevé à l'épiscopal à la fin de 1772. Ce prélat fut un de ceux qui secondèrent le plus les efforts que (il Joseph II pour introduire ups réformes ecclésiastiques dans ses états. Il approuva les livres des théologiens qui établissaient une doctrine conforme aux vues de l'empereur, et qui tondaient à changer l'enseignement religieux en Allemagne. Il favorisa de toutes ses forces J'exé.uûon
545 HER
des nombreux édits de Joseph , même lorsqu'ils étaient le plus contraires a la discipline de l'Eglise catholique : lorsque, par exemple, le gouvernement établissait des séminaires qu'il soustrayait ensuite à la surveillance des évoques, et où il forçait les maisons religieuses d'envoyer leurs jeunes profès ; lorsque, empiétant sur les droits épiscopaux, il cassait ou réformait les jugements des évoques, faisait sortir les religieux de leur cloître , et les sécularisait de sa propre autorité. Une telle conduite ne put qu'être improuvée par le plus grand nombre de ses collègues, mais l'empereur s'empressa de lui donner un témoignage de sa satisfaction par un décret du 27 novembre 1781, où il déclara que ce prélat n avait agi que d'après ses intentions ; et, en louani son zèle pour la religion, il le propos;) aux autres évùques comme un modèle à suivre. Flatté sans doute de ces éloges, Herbêrstein publia en 1782 une lettré pastorale, où il prétendit exposer, d'après la tradition de l'Eglise, les droits des princes, des évêqUes et du pape. La part du p pe, que pour celte raison il plaçait la dernière, était fort mince, mais en revanche celle du prince était fort grande. Il exaltait ensuite la sagesse des décrets de Joseph, particulièrement ceux qui déprimaient les ordres religieux; il applaudissait à la suppression des monastères, dont il prétendait démontrer l'inutilité ; et cet évèque instruisant son peuple, parlait de ces maisons de retraite, qui depuis 10 siècles ont donné tantu'exemples de vertu et de sainteté, comme en auraient parlé des protestants et des incrédules. Cette doctrine mécontenta tous ceux qui ne se prêtaient pas comme lui aux vues de Joseph. Ses collègues le blâmèrent, et le pape Pie VI, dans son voyage à Vienne, lui en exprima son mécontentement. Joseph, pour lui témoigner de plus en plus sa bienveillance, ou uniquement poussé par la manie défaire des changements, pria le pape d'ériger en m tropole le siège de Laybach. Le saint-père ne se refusa pas à la mesure en elle-même, mais i! crut devoir la différer* pour ne pas paraître favoriser un prélat qui le méritait si peu. Pie VI s'en expliqua dans un bref du 7 janvier 1786, adressé à Joseph H. L'empereur insista, et l'évèque de Laybach répondit au bref du saint- père p.:r un Mémoire apologétique. Mais la mort de l'évèque vint mettre fin à la négociation. Il fut frappé d'un coup d'apoplexie qui l'enleva le 7 octobre 1787. L'empereur protégea encore sa mémoire, la Gazette de la cour fit l'éloge de ses vertus et de son zèle. Il avait publié en 1786 une Version du Nouveau Testament en langue vulgaire , qui n'obtint pas une approbat.on générale. Il ne paraît pas qu'il. en fut l'auteur. On lui reproche d'avoir introduit dans les provinces autrichiennes les écrits des appelants français, et d'autres ouvrages favorables aux nouvelles réformes. 11 fit lespau- Vi es ses légataires, concurremment avec l'école normale de Laybach.
HERBERT de Cherbury (lord Edouard), né
HER
Mfl
au château de Montgommery, dans le pays de Galles, en 1581, fut envoyé par Jacques L'en ambassade vers Louis XIII. Il servit sous Maurice de Nassau contre les Espagnols, et se distingua autant par ses talents militaires que par sa bravoure ; et il aurait laissé une mémoire honorable, s'il avait voulu se contenter de la réputation qu'il s'était acquise comme guerrier et comme diplomate; mais il voulut écrire, et il ne mérita que celle d'un auteur impie et sans jugement. Malgré les faveurs dont il avait été comblé par Jacques Ier, ii se montra ingrat , eu prenant parti contre Charles Ier, son tils et son successeur. Nous avons de lui: une Histoire de Henri VIII, in-fol. ; De ; cligione gentilium, errorumque apud eos causis, Amsterdam, 1700, in-8° : ouvrage plein d'erreurs et qui ne prouve ni le jugement ni la sagesse de l'auteur; De religionc laici ; De veritate, Londres, 1645, in-4°. L'auteur a répandu dans ces différents écriîs, des principes de déisme et de naturalisme. On prétend que c'e.^tdans celte source empoisonnée que puisèrent Spinosa et Hobbes. 11 avait fait imprimer en 1639, in-4°, une traduction de son traité de la véri;é sous ce titre : De la vérité, en tant qu'elle est distincte de la révélation, du vraisemblable, du possible et du faux : titre qui seul prouve la singularité et les désorures dos iuées de l'auteur. Gassendi en a réfuté les pr.ncipes. De expeditionc Buckinghami ducis in Ream insulam, Londres, 1568. Le lord Herbert mourut le 20 août 1648. Un savant allemand, nommé Kortholt, fit imprimer en 1680, in-4°, une Dissertation sur les trois imposteurs de son siècle: Spinosa, Hobbcs, et Herbert. La Vie de Lord Herbert écrite par lui-même, publiée pour la i reinière fois h Slrawherry-Hill en 176V, a été réimprimée par Dod>ley, 1770, in-4°. — Son frère, Georges Herbert, né comme lui au château de Montgomm ry, l'an 1595, fut nommé, après avoir reçu les ordres, pi ébendier de l'église de Lincoln, en 1626, et devint en 1630 recteur de Bemerton, près de Sa'isbury. Il mourut en 1633. Il avait publié un manuel intitulé : Le prêtre au temple, ou Règles de vie sainte pour un ministre de campagne, qui fut réimprimé après sa mort avec une autre production de lui : Le temple y poème, en un volume in-12.
HERBERT, prieur de l'abbaye de Fécamp, né dans les environs de la petite ville d'Exmes ou Hièmes, fut un des prélats que la Normandie donna à l'Angleterre, à la suite du succès des armes de Guillaume-le-Conquérafat. Nommé abbé de Ramsai en Angleterre en 1087, puis évêque de ïethford en 1091, il se démit de son siège entre les mains du pape qui le confirma dans sa dignité. Il assista au concile de Londres en 1102, et mourut vers 1119. On a lui attribue divers ouvrages, tous écrits en latin : plusieurs Lettres; un livre Contre les mauvais prêtres ; dix-huit Sermon*,; un Traité de la durée des temps; un autre de la fin du monde.
HKRB1N1US (Jean), savant luthérien, né en 1033 à Pietschen, dans la province de Brieg en Siiésie, fut député en 1664 par 1er
IIF.R
HER
Bif
églises polonaises de la confession d'Augsbourg, pour aller solliciter des secours auprès des églises luthériennes d'Allemagne,
de Suisse, de France et de Hollande. Il mit à profit ses voyages, el rechercha principalement ce qui pouvait avoir rapport aux cataractes ou chutes des fleuves, tant sur la terre qu'au-dessous. Il a laissé un savant traité sur cette matière, publié à Copenhague, sous ce titre : Dissertattonet de paradiso,de admiran<lis mundi cataractis supra et subteranei*, eorumque principio, etc., Amsterdam, 1G78, in-V°. Ce livre n'est pas commun et est recherché; il est plein d'une physique approfondie, ci qui ne se roule pas sur les routes battues. On croit y voir cependant quelques traces du Mandas subterraneus, et autres de Kircher, mais qui eux-mêmes sont écrits dans cet esprit et sur ce ton. On a de lui d'autres ouvrages. Les principaux sont : Kiovîa subterranea, 1675, in-8°; De statu cccIcsiarumAuyustanœconfessionisinPolonia, Copenhague, 1670, in-4° ; Terrœ motus et quietis examen, in-12; Tragi-comœdia et Ludi innocui de Juliano imperatore apostata, ecclesiarum et scholarum eversorè, in-ï°. On voit dans cet ouvrage qu'il connaissait mieux le fameux Julien, que les philosophes modernes, qui en feraient presque un héros. Kxamrn controversiœ famoscs desolis vel teiluris motu, theologico-pliilosopfiicum, Utrecht, 1635, in- 12; Disputationrs duce defeminarum illustrium eruditione, AYittenbe;g. 1657, iu-V°, 11 mourut à Graudentz, le li février 1676, à \\ ans.
HERBSï (Jean-Ci eokges), théologien catholique et professeur de langues orientales, né le 13 janvier 1787 à Rottweil, enseigna au séminaire et dans l'université d'Elwangen, l'un et l'autre de nouvelle création , puis à Tuhingue, où il fut aussi bibliothécaire en chef. Il mourut dans cette ville le 31 juillet 1836, laissant divers ouvrages relatifs à l'histoire de l'Eglise et à la Bible, entre autres : De Pentateuchi quatuor librorum posteriorum auctore et editore commentatio, Gamund, 1817 ; Les conciles d'Elvire, d'Ancyre, (te Néocésarée, d'Arles, ibid., 1821 ; Le concile universel de Nicc'e, ibid., 1822; Le concile de Laodicée en Phrygie el de Gangre, ihid., 1823 ; Le concile de Sardique, ibid., 1825 ; Histoire de V Eglise catholique d' Utrecht, ihid., 1826; Les conciles de Valence et de Turin, ibid., 1827 ; Les conciles d'Afrique, ibid., 1828; Des Chroniques, ou Livres 111 et IV des Rois, de leur rapport avec les livres de Samuel, du degré de confiance qu'ils méritent et de l'époque à laquelle ils ont été rédigés, ibid., 1831.
HERDER (Jean-Godefroi de), célèbre écrivain allemand, surnommé le Fénelon de l'Allemagne, naquit à Mohrungen, p« tite ville de la Prusse orientale, le 25 août 17H, d'un pauvre maître d'école, homme pieux, mais ignorant, qui ne lui permettait d'autre lecture que celle de la Bible et de livres de chant usités à l'église. Son goût pour l'étude se manifesta de bonne heure ; il se procurait des livres en secret, grimpait sur un arbre pour les lire sans être aperçu, et afin de les étudier avec olus de tranquillité, il se liait aux bran-
ches avec une courroie et passait dos heures entières dans cette position. Avant acqu s une assez belle écriture, un prédicateur, nommé Trescho, se l'attacha comme copiste ; ayant aperçu bientôt en lui des dispositions très-heureuses, il lui donna ensuite , avec ses enfants, des leçons de latin et de grec, et le jeune Herder lit i\e< progrès très-rapides. Un médecin russe, qui logeait chez Trescho, remmena avec lui pour lui faire apprendre la chirurgie à Saint-Pétersbourg. Ils partirent ensemble; arrivé à Kœnisberg, il trouva des amis et des savants qui le retinrent el le conservèrent dans sa patrie. Ils le Brent entrer dans le collège de cet e ville. Après avoir terminé ses cours, il embrassa l'état ecclésiastique, étudia la théologie, et entra dans le collège Frédéric, où il se chargea de l'éducation de quelques pensionnaires et remplit les chaires vacantes; il suivait en môme temps les cours de l'université, et devint le disciple de Kant, dont il devait être un jour l'adversaire. Il avait à peine 19 ans, lorsque son Chant à Cyrus, publié à l'occasion de quelques illustres exilés de Sibérie, commença à le faire connaître. 11 avait déjà parcouru, avec une ardeur infatigable, presque toutes les branches des connaissances humaines. En même temps qu'on voyait revivre en lui un disciple de Platon, il se disposait à devenir l'émule des Mendelsohn et des Lcssing. Plusieurs fragments sciei tifiques ayant répandu son nom dans l'Allemagne, on l'appela à Riga en qualité d'ins-r tituteurde l'école de la cathédrale et de prédicateur. Dans la chaire évang^lique il captiva tous les cœurs par son éloquence ; au milieu de ses élèves, il savait leur communiquer les sentiments dont il était lui-même animé. Brûlant du désir de voyager et de connaître les hommes, il accepta l'offre qui lui fut faite d'accompagner en Allemagne et en France le jeune prince de Holstein-Eutin. Il partit en 1768, et il rencontra à Strasbourg Goethe, avec lequel il se lia d'une amitié intime. A son retour en Allemagne, en 1770, le comte Guillaume de Schawembourg-Lippe le nomma prédicateur de la cour, surintendant et conseiller consistorial de Buckebourg. Ayant obtenu en 1775 une chaire de théologie à Gœttingue, il se rendit dans cette ville ; il y aurait éprouvé quelques désagréments, parce que sa nomination n'avait pas été sanctionnée pat- le roi, si le duc de Saxe- Weimar ne l'eût tiré de cet embarras en le nommant surintendant général , conseiller consistorial, et prédicateur de sa cour. C'est dans cet asile des sciences que Herder composa et perfectionna ses nombreux ouvrages. Il s'était marié, et dirigeait lui-môme l'éducation de se- enfants, sans que ce soin l'empêchàtdevaqueraux devoirsde ses diversemplois et à ses études. Herder contribua beaucoup à former d'utiles établissements dans les étals deson protecteur. lly fonda un séminaire d'instituteurs , perfectionna l'éducation publique , opéra plusieurs réformes d;.ns la liturgie, et corn osa lui-môme un nouveau •catéchisme. 11 avait été élu, en 1789, vice-pré-
HEU
HER
sident du consistoire et supérieur ecclésiastique ; trois ans après, l'électeur de Bavière lui envoya des lettres de noblesse pour lui et ses descendants. Estimé des savants , chéri de ses amis , et digne de la confiance que lui accordaient le duc et toute la cour , il menait une vie heureuse et tranquille , lorsqu'il fut attaqué de sa dernière maladie. Sentant sa fin approcher, il tourna toutes ses pensées vers l'éternité, et composa un hymne à Dieu , qu'il ne put achever; l'on trouva sa plume à côté d'un vers non fini, et que vint interrompre sa mort, arrivée le 18 décembre i803, a l'âge de 59 ans. Herder s'est souvent attiré le blâme des théologiens, en ce que, dans ses interprétations, il s'est éloigné plus d'une fois de l'exactitude de la tradition, et du dogme; mais il a su relever le mérite littéraire des ouvrages consacrés par la religion. Les érudils peuvent aussi lui reprocher d'avoir, dans les recherches sur les antiquités, fait usage souvent d'hypothèses et de métaphores brillantes. Cependant Herder a eu le mérite de ramener sans cesse la philosophie aux inspirations de la vertu. Il représente l'histoire, non comme la date des divers événements, mais comme un tableau vivant des desseins de la Providence sur la société humaine, comme un témoignage de notre destinée et une révélation lumineuse de notre avenir. Il est à regretter qu'un homme d'un tel mérite n'ait pas été éclairé par les lumières de la véritable religion. Heyne , conjointement avec Jean et Georges de Muller, ont été les éditeurs des OEuvres de Herder, qu'ils publièrent après sa mort. Ils les ont partagées en 28 vol. in-8°, et trois parties principales, imprimées h Tubingen, chez Cotta en 1805, et années suivantes. La première partie est composée de 10 vol . in-8% savoir : Sur la langue allemande, ses caractères et son perfectionnement ; Sur les rapports de la poésie allemande avec celle des Orientaux et des Grecs; Sur l'emploi et l'imitation de la littérature latine dans les productions modernes de V Allemagne; Sur l'histoire du Cid, d'après les romances espagnoles, accompagnées de diverses légendes; Sur la théorie du beau dans les arts; des scènes tragiques en vers imités du grec; Sur l'histoire de la critique, de la poésie et des arts du dessin, précédé d une Dissertation sur les causes de la décadence du goût chez les différents peuples, mémoire couronné par l'académie de Berlin ; Sur les anciens chants populaires des différents peuples, un Recueil en vers allemands des chants des peuples du nord et du midi de l'Angleterre et de l'Allemagne, et des nations sauvages; Sur la Littérature orientale, avec deux Dissertations couronnées par l'académie de Berlin : l'une traite de l'influence de l'étude des belles-lettres et des beaux-arts, à l'égard des progrès des sciences : l'autre parle des effets qu'a produits la poésie relativement aux mœurs des peuples; Imitations de fragments d'anthologie grecque, avec des Dissertations et des remarques, etc. La deuxième partie, qui contient les OEuvres de philoso-
Dict. de Biographie relig. II,
phie et d'histoire, est en 8 vol. in-8° : V Antiquité ou Lettres sur les monuments de Persépolis; des Dissertations préliminaires sur l'histoire de l'humanité : l'une d'entre elles, qui traite de l'origine des langues, remporta, en 1770,1e prix de l'académie de Berlin. Les 3, k, 5 et 6f vol. renferment les chefsd'œuvre de Herder, ou ses Idées sur l'histoire de l'humanité ; Maximes et Dialogues sur l'immortalité de l'âme. Ce vol une est comme un supplément aux quatre qui le précèdent, et que termine une Dissertation de l'influence du gouvernement sur les sciences, couronnée par l'académie de Berlin, en 1776 ; des Dialogues sur Dieu et sur l'âme, propres à rectifier certains points de la doctrine de Spinosa. La troisième partie, qui forme 10 vol., comprend des écrits sur la religion et la théologie, des recherches sur la poésie hébraïque , des Sermons , des Homélies , des Commentaires sur le Cantique des cantiques, sur l'Apocalypse; des éclaircissements sur le Nouveau Testament, d'après les récentes découvertes faites dans les traductions orientales; des Conseils, ou Lettres relatives aux prédicateurs, aux élèves en théologie, etc.; le tout formant 24 volumes qui avaient eu plusieurs éditions du vivant de l'auteur, ainsi que les ouvrages suivants : Terpsichore, Lubeck, 1765, 1796, qui est une imitation des poésies lyriques latines de Baldi, jésuile, publiées au xvne siècle , accompagnées de recherches sur ce genre de composition. Raison et expérience, Leipzig, 1799, 2 vol. in-8° : dans cet ouvrage l'auteur altaque la doctrine de Kant, et surtout ses conséquences. Calligone, Leipzig, 1800, 1 vol. in-8°, ouvrage qui est aussi une critique contre Kant, sur l'esthétique. Adrastea , Leip ig, 1801 à 1803, 5 vol. in-8°, recueil périodique présentant des mélanges sur la littérature, la morale et la philosophie en général. Lettres sur les progrès de l'humanité, Biga (dix cahiers), 1793 à 1797, ouvrage qui peut servir de suite et de commentaire à son Histoire sur l'humanité. Herder écrivait aussi purement en vers qu'en prose, et acquit à juste titre la réputation d'écrivain élégant, de bon poète, de sage philosophe, de théologien profond, d'éloquent prédicateur et de savant presque universel. Sa Correspondance avec Lessing est imprimée dans le 29e vol. des œuvres de ce dernier, qui avait pour Herder autant d'amitié que de vénération. Son ouvrage intitulé : Idées sur la philosophie de l'histoire, a été tranuit en français par Edgard Quinet, Paris, 1826-27, 3 vol. in-8% et les Paramythies ont été imitées par le baron L.-F. de Bilderbeck. '< Le livre de Herder intitulé la Philosophie de l'histoire est peut-être, dit madame de Staël, le livre al emand écrit avec le plus de charme; on n'y trouve pas la même profondeur d'observations politiques que dans l'ouvrage de Montesquieu sur lesCausesdelagrandeur etdeladécatlence des Romains; mais, comme Herder s'attachait à pénétrer le génie des temps les plus reculés, peut-être que la qualité qu'il possé ait au suprême degré , l'imagination , servait
6ci
Ill-:ft