‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 169 sur 323 · NN · texte numérisé non relu

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démontré. On peut consulter aussi là Dissertation de M. \Yn|i>ortii : Cur Josephut ovdem puerorum DetMeemiticorum silcniio ///•«>trrierit , Gottingué , 17SS. L'auteur observe, 1° qu'on ne peut exiger d'aucun écrivain, pas môme d'un annaliste, qu'il rapporte sans réserye tous les faits qui sont arrivés de son temps. 2° Les nul urs c ntemporains ne rapportent pas toujours les mêmes faits : il y en a dans Suétone qui ne son! pas dans Tacite ; et Dion-Cassius en a qu'on ne trouve ni dans l'un ni dans l'autre; chacun d'eux pourtant est croyable dans ce qu'il dit.3° Le massacre des Innocents s'accorde parfaitement avec le caractère que Josèphe donne à Hérode. L'auteur rapporte à ce sujet quantité de meuilics el autres barbaries de ce roi sanguinaire. 4° Il y a de l'injustice à argumenter (lu silence d'un auteur profane contre un texte sacré, surtout lorsque celui-ci olFre des motifs de cré iibilité plus forts et plus nombreux. 5° 11 est certain qu'Hérode ne pouvait souilrir ceux à qui la Providence et l'opinion publique étaient favorables : l'auteur donne des preuves convaincantes de cette assertion. 6° 11 s'en faut infiniment que le massacre des Innocents ail été aussi nombreux qu • le prétend le chevalier Marino , dans son Poème célèbre sur ce sujet; et il est impardonnable à Voltaire et Carpzou , d'avoir pris pour objet de leur critique la légende qui porte à 15 nulle le nombre des enfants massacrés , car Bethléem était une petite ville, et ses environs ne doivent pas être pris dans le sens d'une fort grande étendue. Si on ajoute à tout cela que le massacre s'est opéré avec tout le secret que la chose comportait, comme tous les meurtres ordonnés par les tyrans , l'on concevra sans peine qu'un écrivain peut avoir ignoré cet événement , ou l'avoir envisagé comme un objet de peu d'importance, en comparaison des assassinats dont ce monstre s'est rendu coupable : mais quelque raisonnables que soient ces observations , on trouvera peut-être dans l'infidélité de l'historien Josèphe et dans sa lâche politique d'autres raisons de son silence.

INNOCENT I" saint), natif d'Albano, élu pape d'un consentement unanime eu 402, après la mort d'Ànastase Ie-, condamna lesnovaticns et les pélagiens, éclaira le monde chrétien par ses lumières, autant qu'il 1'édiin par ses vertus. Il vit Rome en proie aux Barbares, et le paganisme rouvrir sestemples. Ces malheurs hâtèrent sa mort, arrivée à Ravenne, le 12 mars 417. Quelques mois auparavant, il avait écrit à saint Jérôme pour le Gonsoler des horribles violences exercées par les pela,iens contre les personnes pieuses dont il prenait soin. Nous avons de ce saint pontife des décrétâtes et plusieurs Lettres dans les Epîtres des papes de D. Coustant, in-fol. Ces lettres sont écrites à différents évoques qui le consultaient sur la discipline ecclésia>tique, et réclamaient son assistance dans les divers besoins de leu.s églises. Rien de plus remarquable que la manière dont les Pères du concile de .dilève lui exposent, comme au père commun des fidèles el uu surveillant

général, l'état déplorable des églises d'Afrique et de Palestine, ravagées par les pélagiens. Quin te Dominât, gratiâe suœ prœeipuo nm.cvc, in sctle apostolica collocarit, talcmque noslris temporibus prœstitit, ut nobis potius ad culpam negligentiœ valeat, si apud iuarti venerationem, quœ pro Ecclesia suggerendd t, tacuerirnus, quâm tu en posais velfasHdiose, vd negligenter accipere, magnis pericutis infirmôrum membrorufn Chrlsti pasîoraleiri diligenliam quœsumus adkibere digneris. Si ces recours à Innocent prouvent l'opinion que tous les évoques du monde avaient du Si je de Rome, les réponses que leur faisait le pontife ex prime .ut bien l'idée qu'il en avait lui-même. Ditigehter et congrue, dit-il aux Pères de Milève, apostolica consulitis honori, honori inquam illius. guem, prœtcr illa quœ sunt extrinsecus, sollicitude manrt omnium Ecclesiarum, interrogantes super anxiis rébus quœ sit sequenda sententia, antiquœ sciliectre* gulœ formant secuti, qmm loto semperab orbt mecum noslis esse servatam. On sait que saint Jean Chrysostoine interjeta appel de la sentence du conciliabule du Chêne ; (|ue le pontife prit sa défense, qu'il cassa l'inique sentence, et que son jugement fut respe té dans toute l'Eglise. On était cependant bien loin alors des fausses dé relaies, que l'ignorance des sectaires modernes nous donne comme la source des appels à Home. Voy. Apiarius, Athanase, Zosi.me, Grégoire, Léon, etc. Il eut pour successeur Zosime. — M.l'abhé Aligne a recueilli ses écrits avec ceux de Phébade et de dix-sept autres auteurs. Voy. Phébade. INNOCENT II, appelé auparavant Grégoire, de la maison des Papis ou Paperëscis, chanoine régulier de Latran, cardinal-diacre de Saint-Ange, était Romain. 11 monta sur la chaire pontificale le 14 février 1130, après Honorius II. Il ne fut élu que par une partie des cardinaux ; l'autre paUie donna la tiare au petit-fils d'un juif nommé Pierre de Léont qui se fit appeler Anaclct II. Celui-ci fut reconnu par les rois d'Ecosse et de Sicile; mais Innocent II le fut par le reste de l'Europe. Ce pontife, opprimé à Rome, se réfugia en Fiance, l'asde des papes persécutés, il y tint plusieurs conciles à ÇlermOnt , à Reims, au Puy, etc. De retour à Rome, après la mort de l'antipape Anaclel, et l'abdication de son successeur Victor IV, il célébra le second concile de Latran, en 1139, composé d'environ mille évêques, et y couronna empereur le roi Lothaue. Un auteur contemporain, rapportant la harangue que le pape prononça à l'ouverture d ■: ce concile, lui fait dire entre autres choses : « Vous savez que « Home est la capitale du monde ; que l'on « reçoit les diguités ecclésiastiques par la « permission du pontife romain, et qu'on ne « peut les posséder légitimement sans sa « permission. » Après le conc.le, le pape marcha contre Roger, roi de Sicile, qui venait de subjuguer la meilleure partie de la Pouille. 11 fut fait prisonnier par ce prince, et ne recouvra la liberté qu'en donnant à s n vainqueur l investiture de ce royaume. Innocent il mourut le 13 septembre 11V3. Ou

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rapporte un serment qu'il faisait prêter aux avocats, par lequel il paraît qu'il" y avait alors a Rome des juges et des avocats gagés par le pape pour exercer leurs fonctions gratuitement. Voy. son Histoire par D.de Lannes, Paris, 1741, in-12. 11 eut pour successeur Célestin II.

INNOCENT III, appelé auparavant Lothaire Conty, natif d'Anagni, de la maison des comtes de Segni, était connu par son savoir , qui lui avait mérité le chapeau de cardinal. Il fut élevé sur la chaire de saint Pierre en 1198, après Célestin III. Son premier soin fut d'unir les princes chrétiens pour le recouvrement de la Terre-Sainte, et de s'opposer aux hérétiques, et surtout aux albigeois, qui désolaient le Languedoc, sous la conduite de Raimond, comte de Toulouse. Il marqua autant de zèle pour les mœurs que pour la foi. Philippe-Aug ste ayant fait divorce avec Ingelburge, il mit en interdit le royaume de France ; il excommunia Jeansans-Terre, qui, usurpateur du royaume d'Angleterre, et assassin de l'héritier légitime, exerçait une violente persécution contre les ecclésiastiques; et l'empereur Othon, qui avait envahi les terres de l'Eglise. La souverainetétemporelle des papes reçut sous lui des accroissements considérables ; laRomagne, l'Ombrie, la Marche d'Ancône, Orbitello, Viterb j, reconnurent le pape pour souverain. Son autorité devint plus absolue dans Home ; le pouvoir fut diminué, le titre de consul fut aboli. Innocent donna au préfet de Rome l'investiture de sa charge, qu'il ne recevait auparavant que de l'empereur. Innocent 111 se signala encore par la convocation du k' concile, qui est compté pour le 12e œcuménique, et qui eut lieu en 1215. Ses décrets sont fameux c'ncz les canonistes, et ont servi de fondement à la discipline observée depuis. Le 3' canon défend d'établir de nouveaux ordres religieux, « de peur que la « trop grande diversité d'habits et de règles « n'apportAtde la confusion dans l'Église. » Ce fut cependant sous le pontificat d'Innocent III, que l'Eglise vit naître les enfants de saint Dominique et de saint François, les trinitaires et quelques autres. Innocent mourut en 1216, avec la réputation d'un des plus pieux et des plus grands pontifes qui aient été assis sur le siège de saint Pierre. S'il ne connut pas toujours les limites précises qui séparaient sa puissance de la puissance lempornlle, c'était l'effet naturel de la jurisprudence généralement leçue de son temps.

(Voy. Grégoire Vil. ) Dès sa jeunesse, il s'était fait admirer par ses talents ; et aussitôt qu'il fut pape, il les employa à rétablir le bon ordre, et à faire régner la justice. 11 la rendait toujours par lui-même dans des consistoires publics, dont il rétablit l'usage, et qui attirèrent à Rome bien des causes célèbres. D. Baluze a publié en 1680 les Lettres de ce pape, en 2 vol. in-fol. Elles sont intéressantes pour la morale et pour la discipline. On a encore de lui trois livres remplis de piété et d'onction : De contemptu mundi, eice De miseria humante condiiionis, dont on

a^plusieurs éditions, une entre autres de Pa ris, 104-5, in-18. Ses OEuvres ont été imprimées à Cologne, en 1552, et 1576 in-fol. , à Venise, 1578 ; ce sont des discours, des Homélies, des traités de morale et de controverse^ un commentaire sur les sept psaumes de la pénitence, e?c. C'est de lui qu'est la prose Veni sancte Spiritus, que des écrivains ont attribuée sans fondement àRobcrt, roi de France. Innocent III passe aussi pour être l'auteur de Y Ave, mundi spes , Maria, et du Stabat Mater dolorosa, que d'autres attribuent à Jacopone de To.li, et quelques-uns à saint Grégoire. Honorius III lui succéda. Il y a un antipape du nom d'Innocent 111. —On a une Histoire du, pape Innocent III et de son siècle, d'après les monuments originaux, par Fr. Hurter, président du consistoire à Schatfhouse; trad. de l'allemand en français, sur la seconde édition et augmentée d une introduction, par A. de Saint-Chéron et J.-B. Haiber, 3 vol. in-8u, avec un portrait.

INNOCENT IV ( SlNIBALDE DE FlESQUE ),

Génois, était delà maison des comtes de Lavagno, fut d'abord chancelier de l'Eglise romain ■. Grégoire IX l'honora de la pourpre e# 1227. 11 fut élu pape le24 juin 1243, après la mort de Célestin IV. 11 obtint le pontificat dans le temps des querelles de Frédéric II avec la cour de Rome. Cet empereur avait été fort uni avec Innocent, lorsqu'il n'était que cardinal; ils se brouillèrent dès qu'il fut pape, ledevoir d'Innocent l'emportant sur l'amitié, et les entreprises continuelles de Frédéric contre le siège de Rome le faisant regarder comme un ennemi irréconciliable. Innocent IV, retiré en France, convoqua en 1245 le concile général de Lyon, dans lequel Frédéric fut excommunié, et ( selon la jurisprudence du temps ) déposé. Saint Louis, à qui l'empereur se plaignit, n'approuva pas la déposition de ce prince. Il entreprit de le réconcilier avec le pape, et l'on croit que ce fut le principal sujet de la conférence qu'il eut avec lui à Cluny, h la fin de l'année ; mais ce fut sans succès. Cependant Frédéric menaçait de venir a Lyon à la tète d'une puissante armée, afin, disait-il, de plaider lui-même sa cause devant le pape. Ce pontife était comme prisonnier dans cette ville. On avait déjà pris plusieurs particuliers qui avaient voulu attenter à sa vie. Son paia s était pour lui une prison ; il s'y faisait garder nuit et jour. La croisade qne ce pontife fit prêcher contre Frédéric nuisit beaucoup à cellede la Terre- Sainte, parce que le pape accordait la même indulgence, poer y exciter davantage. Cette croisade causa de grands mouvements en Allemagne. Dans quelques villes, on se souleva ouvertement contre les exécuteurs des ordres du pape. Marcelin, évèque d'Arezzo, prélat guerrier, qu'Innocent avaii mis à la t. te d'une armée cintre l'empereur, fut pris et pendu par ordre de ce prince. La mort de Frénéric, arrivée en 1250, termina ce différend. Le pape qui ta Lyon l'année suivante, ap; es y avoir demeuré six ans et quatre mois. De re;our en Italie, il fut appelé à Naples , pour recouvrer ce royaume Ses troupes fu-

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rent battues par Mainfroi, et cotte défaite bâta sa mort, arrivée en 125V, a N a pies même. Ce pape était profond da"S la jurisprudence; on l'appelait le Père du droit. Il a laissé Apparat us tuper Décrétâtes, in-fol. , souvent réimprimé. On prétend que c'est lui qui a donné le chapeau rouge juin, cardinaux.il eut pour successeur Alexandre IV.

INNOCENT V ( Pierre de Tarent use ), né dans cette ville, entra dans l'ordre de Saint-Dominique, succéda à saint Thomas d'Aquin dans renseignement de la théologie h l'université de Pans, et devint archevêque de Lyon, cardinal, et enfin pape le 22 janvier 1-276; il mourut le 22 juin de la même année, laissant des Notes sur les Epître.s de saint Paul, sous le nom de Nicolas de Goram, Cologne, 1V78, in-fol., et des Commentaires sur le Livre des Sentences, imprimé à Toulouse, en 1652. On connaît de lui i Lettres qui se trouvent dans Ughelli et dans Campi (Istoria ecclesiastica di Piacenza); Postillœ in Genesim et Exodum, manuscrit conservé a la bibliothèque de Turin, et plusieurs autres manuscrits. Ses ennemis lui imputèrent des erreurs; mais saint Thomas d'Aquin le justifia. Son Eloge par le comte de Saint-Raphaël se trouve dans le tome V des Pietnontesi illustri. Sa vie a été écrite par Muratori dans ses Scriptores rerum Itaticarum. Adrien V lui succéda.

INNOCENT VI (Etienne-Albert), cardinal-évèque d'0>tie, puis grand-pénitencier, naquit près de Pompadour, dans la paroisse de Bessac, au diocèse de Limoges. 11 parvint à la pa, auté le 18 décembre 1352, après Clément VI. Il diminua beaucoup Ja dépense de la maison du pape, renvoya les bénéficiers dans leurs bénéfices, fit une constitution contre les commendes, protégea les gpns de lettres , fonda quatre ans après son exaltation la Chartreuse de Villeneuve, près d'Avignon, et travailla avec ardeur à réconcilier les rois de France et d'Anglelerre. Il mourut le 12 septembre 1302, et lut enterré dans la Chartreuse, qu'il avait fondée, et qu'il avait choisie pour le lieu de sa sépulture. On a quelques Lettres de lui dans le Thésaurus de dom Martenne. Son successeur fut Urbain V.

INNOCENT VII (Come de Meliorati) , né a Sulmone, dans l'Abruzze, évoque de Bologne, fut élu pape le 17 octobre 1404 par les cardinaux de l'obédience de Boniface , qui espéraient qu'il n'aurait rien tant à cœur q.ie de faire cesser le schisme ; mais , à leur grand regret, bien loin de travailler à une si bonne œuvre , il soutirait avec peine qu'on lui'en parlât. On choisit douze notables de Rome , à la sollicitation du roi de France, qui devaient suppl.er le pape de travailler à la réunion. Ils s'acquittèrent avec zèle de leur commission , mais infructueus ment. Louis Meliorati, neveu du pape, eut l'audace de les faire arrêter , et d'en massacrer plusieurs inhumainement. Cette barbarie causa une émeute dans Rome. Innocent se retira à Viterbe, d'où il revint ensuite, se raccommoda avec les Romains, et mourut le 6 no-

vembre 1406 , regardé comme un savant jurisconsulte. Grégoire XII lui succéda.

INNOCENT Mil [Jean-Baptiste Cibo), noble génois,- grec d'extraction, fut d abord cardinal-évêque de Melfe. 11 mérita et obtint la tiare , le 24 août 148V, par le succès avec lequel il avait rempli plusieurs commissions importantes. Il parut fort zélé pour la réunion des princes chrétiens contre les Turcs , et se lit remettre entre les mains Zizim , frère de Bajazet 11 , action qui valut à Pierre d'Aubusson le chapeau de cardinal. Avant d'être dans les ordres , il avait eu deux enfants, dont il ne négligea point la fortune durant son pontificat, il mourut le 25 juillet 1492, témoignant un grand mépris pour les vanités de ce monde. Il eut pour successeur Alexandre AT.

INNOCENT IX (Jean -Antoine Facchinetii) , né à Bologne en 151'J, monta sur la chaire de saint Pierre le 29 octobre 1591, et mourut le 30 décembre suivant. 11 s'était signalé au concile de Trente , et avait été fait cardinal par Grégoire XIII. Clément VIII fut son successeur.

INNOCENT X (Jean-Baptiste Pamphili) , romain, successeur du pape Urbain ViH , le 15 septembre 1644, à l'âge de 72 ans, eut de grands démêlés avec les Barberins, qu'on accusait d'avoir abusé de leur crédit sous le pontificat précédent. Ce pontife est particulièrement célèbre par la bulle Cum occasione qu'il publia, le 30 mai 1653 , contre les cinq propositions de Jansénius , après plus de deux ans d'examen du livre de cet évoque , et quarante ou cinquante congrégations tenues devant lui , pape, ou devant des cardinaux réunis en commission. Les propositions y sont qualifiées chacune en particulier. Les trois premières sont déclarées hérétiques; la quatrième, fausse et hérétique; et la cinquième, sur la mort de Jésus-Christ, fausse, téméraire et scandaleuse. Innocent X mourut le 6 janvier 1655, à 81 ans. Ce pontife avait beaucoup d'élévation d'esprit , de feu et de vivacité , de sagesse et de discernement. Ferme dans les rencontres les plus épineuses , il était inébranlable dans ses résolutions; mais il ne les prenait qu'après y avoir bien pensé. 11 était sobre , vivant de peu, baissant Je luxe, aussi précautionné contre les dépenses superflues que magnifique dans celles qui étaient nécessaires ; ce qui lui donna moyen de laisser 700,000 écus qui n'étaient pas soumis à la bulle de Sixte : épargne dont il y a très-peu d'exemples. 11 aimait tendrement ses sujets , et faisait rendre une exacie justice. Enfin , on n'aurait peut-être point de défauts à lui reprocher , s'il avait été un j eu plus indiffèrent sur les intérêts de sa famille. Alexandre VII fut son successeur.

INNOCENT XI (Benoit Odescalchi), naquit à Côme , dans le Milanais, en 1611. Après avoir passé par différentes digm.és, il fut élu pape le 10 septembre 1676. il avait porté les armes, mais sou caractère n'en fut pas moins doux, ni moins agréable. 11 ne lui resta de son ancien métier qu'une certaine

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roideur qui ne sarait pas s'accommoder au temps. Il résista à Louis XIV dans les disputes de la régale ; il soutint fortement les évoques qui disputaient ce droit à ce monarque. La querelle devint si vive, qu'il refusa des bulles à tous les Français nommés aux bénéfices, après les assemblées du clergé de 1681 et 1683 , de façon qu'à sa mort il y avait plus de trente églises qui manquaient de pasteur. 11 ne montra pas moins de fermeté dans la dispute sur les franchises du quartier des ambassadeurs, qui donnaient lieu à toutes sortes d'abus et d'excès : tous les princes , à l'exemple de l'empereur , en approuvèrent l'abolition ; Louis XIV seul s'obstina à vouloir les maintenir , aux dépens de la sécurité publique , et envoya à Rome Lavardin de Beaumanoir , qui , avec 800 hommes armés, s'y conduisit en brigand plutôt qu'en ambassadeur. Le pape , de son côté , recourut trop légèrement aux peines spirituelles dans une affaire purement temporelle. En 1089 , Innocent s'unit avec les alli'és contre Louis XIV, et hâta par là, sans le vouloir , la chute de Jacques II , que la France protégeait contre Guillaume, prince d'Orange. Cependant, sur ce point môme, le maréchal de Berwick , fils naturel de Jacques, a justifié le pontife. Innocent XI, après avoir condamné les erreurs de Molinos et des quiétistes , et fourni à l'empereur Léopold de grands secours contre les Turcs , mourut le 12 août 1689 , avec la réputation d'un homme de bien, qui a plus d'esprit que de savoir , plus d'activité que de discernement, autant d'inhab.leté à placersa confiance que de répugnance à la révoquer, avec une roideur inflexiule dans le caractère , et une rigidité ue vertu qui lui montre la gloire de Dieu dans l'exécution de tout ce qu'il a une fois résolu dans ,des intentions pures. « S'il « n'est point de pape , dit un historien , que « les jansénistes aient tant exalt ■, c'est qu'il « est naturel de régler son estime sur son « intérêt. 11 n'y a point de mal qu'ils n'aient « dit d'Alexandre MI , irréprochable dans « ses mœurs, ainsi que des autres papes qui « les ont condamnés, et poinl de louanges « qu'ils n'aient prodiguées à Innocent XI , « qui n'a publié aucune bulle contre eux. « Ce n'est pas toutefois qu'il approuvât 'eur « doctrine : la censure qu'il a faite de leur « Nouveau Testament de Mons , et de plu- « sieurs autres productions de même espèce, « en est une preuve qui n'en demande point « d'autre. Mais ils avaient enfin trouvé le « secret d'échapper à son zèle , en gagnant « quelques personnes qui avaient surpris sa « confiance. » Le peuple romain lui a reproché d'avoir resserré , par une trop grande économie, la circulation de l'argent, et d'avoir accumulé des trésors; mais il doit lui rendre cette justice, que ses rich sses ne passèrent pas dans les mains de sa faim. le ; qu'il pouvait le disputer à Sixte V pour la sobriété de sa table et la modicité de ses dépenses personnelles : il débarrassa la chambre u'une loule de charges onéreuses ; il rétablit les aifaues, et mit en bon ordre les fi-

Dict. de Biographie uelig. II.

nances de l'Etat , sans mettre de nouvelles impositions sur ses sujets : s'il eût eu des vues plus exactes ou plus vastes , il eût pu faire plus de bien ; mais ce n'est pas une raison pour lui contester ou oublier celui qu'il a fait. Alexandre VIII lui succéda.

INNOCENT XII (Antoine Pignatellt), Napolitain , d'une famille distinguée , fut employé dans plusieurs affaires importantes, et succéda, le 12 juillet 1692, à AlexandreVISL Ce que Innocent XI n'avait pu faire pour l'abolition du népotisme , Innocent XII l'exécuta en 1692. Après avoir pris toutes ses mesures, dont la plus efficace fut l'attrait de ses vertus, il fit souscrire par tout le sacr^ collège une bulle solennelle qui ôtait toute distinction extraordinaire aux neveux des papes , avec obligation aux cardinaux présents et futurs de la confirmer par serment à chaque conclave , et à tout nouveau pape d'en faire de môme. Fidèle à ses principes, il répandit sur les pauvres , qu'il n'appelait pas en vain ses neveux , tous les biens que ses prédécesseurs n'avaient que trop sou vent prodigués à leurs proches. Il avait toujours joui d'une haute réputation , et sor pontificat ne la démentit point. Son élection fut une fête pour les Romains, et sa mort un deuil public. Son pontificat fut marqué par la condamnation du livre des Maximes des saints, de l'illustre Fénelon , mais surtout par la fin du différend qui subsistait entre le saint -siège et la France depuis 1682, époque des quatre articles condamnés par Alexandre VIII. En 1693 , Innocent accorda les bulles aux nouveaux évoques , qui lui avaient écrit une lettre de soumission pour lui témoigner la douleur de ce qui s'était passé; lettre qui fit regardée par quelques écrivains comme une rétractation des quatre articles ; ce que d'autres ont fortement nié , puisque ce ne fut pas tout le clergé, mais seulement les nouveaux évoques qui écrivirent au pape. Cep-ndant, comme la lettre fut écrite en suite d'un arrangement préalable e tre Innocent et Louis XIV, et qu'e.le devint publique, sans aucune réclamation de la part des autres évoques, il n'est pas étonnant qu'on l'ait regardée comme un désaveu général, d'autant plus que la conduite que les évoques de France ont depuis constamment tenue à 1 égard du saint-siége, particulièrement à l'égard des décisions doctrinales , n'est pas du tout conforme aux qua;ra articles. (Voy. Soardi.) Quoi qu'il en soit, ii est dit dans cette lettre : Ad pedes S. V. provoluti, profitemur et declaramus nos vehementer quidem , et supra oinne id quod dici potest, ex corde dolere de rébus gestis in comitiis prœdictis, quœ S. V. et ejusdem prœdecessoribus summopere dispUcucrunt : ac proinde quid in iisdem comitiis circa ecelesiasticam potcstalem, pontificiam auclorilatem, deerctum censeri potuit, pro non deercto habemus , et habendum esse declaramus. Innocent mourut le 7 septembre 17n0, dans sa 86e année, combla de bénédictions. L'état de l'Eglise lui doit la fondation de plusieurs hôpitaux et l'agrandissement des ports d'Au-

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