‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 196 sur 323 · JOR · texte numérisé non relu

JOR

écrtta de Georges Honic. 1795, in-8° ; réimpr. en 1799. William Ii mes avait été le chapelain do ce prélat. Les Œuvres de Jones ont été réunies, en là vol. in-8°, 1801; et on 6 vol. in-8°, 1810, avec uno Notice par W. Stephens.

JOMN (le Père Gilbert), jésuite, né l'an 1596, mort en 1088, se distingua par son talent pour la poésie grecque et latine, et excella surtout dans le genre lyrique. On remarque dans ses poésies de la vivacité, do l'élégance, de la facilité, et quelquefois de la négligence. On a do lui : t\vs Odes et des Epodes , Lyon, 1030, in-10; des Etégies, Lyon, 1034, in-12; d'autres Poésies en grec et en latin, 6 vol. in-8°, et in-16, 103V à 1037, parmi lesquelles il est juste de remarquer le Bion christianus, Toulouse, 1030, in-8°, qui vaut mieux que son Anacreon christianus, Lyon, 103V, in-12. Le Fore Théophile Raynaud, qui découvrit le véritable nom de ITdiot , fut efficacement aidé par le Père G. Jonin, dans ses recherches. JORAM , roi d'Israël, après son frère Ochosias, l'an 890 avant Jésus-Christ, était fils d'Achal). Il vainquit les Moahites, selon la prédiction du prophète Elisée, et fut dans la suite assiégé dans Samarie par Renadad, roi do Syrie. Ce siège réduisit cette vdle à uno si grande famine, que la tête d'un Ane s'y vendait 80 sicles. C'est alors qu'arriva une histoire tragique dont il y a peu d'exemples. Une femme, étant convenue avec une autre de manger leurs enfants, et ayant d'abord fourni le sien, vint demander justice à Joram contre l'autre mère qui refusait de donner son enfant. Ce prince, désespéré d'un accident si barbare, tourna sa fureur contre Elisée, et envoya des gens pour lui couper la tète. Mais se repentant bientôt d'un ordre aussi injuste, il courut lui-même pour en empêcher l'exécution; et le prophète l'assura que le lendemain, à la même heure, la farine et i'orge se donneraient presque pour rien. Cette prédiction s'accomplit en effet. Les Syriens, ayant été frappés d'une frayeur subite, prirent la fuite en tumulte, et laissèrent un très-riche butin' dans le camp. Tant de merveilles ne convertirent point Joram ; il continua d'adorer les dieux étrangers. Enfin, ayant été blessé dans une bataille contre Hazaol, successeur de Renadad, il se fit conduire à Jezraël. Il y fut percé de flèches dans le champ de Naboth, par Jéhu, général de son armée, qui fit jeter son corps aux chiens dans ce même champ, l'an 884 avant Jésus-Chiïst, selon la prédiction du prophète Elie.

JORAM, roi de Juda, succéda à son père Josaphat, l'an 889 avant Jésus-Christ. Loin d'imiter sa piété, il ne se signala que par des actions d'idolâtrie et de fureur. Il épousa Athalie, fille d'Achab, qui causa tous les malheurs dont son règne fut affligé. A peine fut-il sur le trône, qu'il le souilla par le meurtre de ses propres frères, et des principaux de son royaume que Josaphat avait le plus aimés. Il imita toutes les abominations des rois d'Israël; il éleva des autels

aux idoles dans toutes les villes de Judée, et excita ses sujets à leur sacrifier. Dieu, irrité de ses impiétés, permit la révolte des Iduméèns, qui, depuis les victoires do Juda, avaient toujours été assujettis à sa domination. La ville de Lobna se retira de son obéissance, et ne voulut plus le reconnaître pour souverain. Les Philistins et les Arabes tirent une irruption dans la Judée, où ils mirent tout à feu et à sang. Joram fut luimême atlaqué d'une horrible maladie, qui lui causa, pendant deux ans, des tourments incroyables, et qui le lit mourir l'an 885 avant Jésus-Christ, comme le prophoto Klie l'avait prédit. On le priva de la sépulture des rois.

JORDAN, général des dominicains, né à Rorrentrick dans le diocèse de Paderborn, gouverna son ordre avec sagesse, et y fit ileurir la science et la piété, li périt dans la mer, auprès de Satalie, en revenant de la Terre-Sainte, l'an 1237. C'est lui qui introduisit l'usage de chanter leSalveRegina après les compiles, qUe les dominicains chantent toute l'année, tandis que, dans l'usage ordinaire, on chante successivement Aima Redernptoris Mater ; Ave Ilegina cœlorum ; Rcgina cœli , et Salve Regina. Ônade lui une Histoire de l'origine de son ordre, que le P. Echarda insérée dans son Histoire des écrivains dominicains. JORDAN-RAYMOND. Voy. Idiot.

JORNANDÈS ou JORDANÈS, évoque de Ravenne, goth d'origine, fut notaire du roi desAlains on Italie, sous f empire de Justinien ; airsi il vivait en 552. 11 embrassa le christianisme, et obtint le siège épiscopal de Ravenne. Voilà tout ce qu'on sait de sa vie. On a de lui deux ouvrages, dont l'un porte pour titre : De rébus gothicis ; c'est l'histoire des Goths jusqu'au règne de Vitigès ; elle se trouve dans là Bibliothèque des Pères. Elle a été traduiie par l'abbé de Maupertuis. Elle est si conforme à l'Histoire des Goths par Cassiodore, qu'on croit que ce n'en est qu'un abrégé. L'autre est intitulé : De origine mundi, de rerum et temporum successione, 1017, in-8° : c'est un abrégé chronologique de l'histoire jusqu'à son époque ; elle se trouve dans la Bibliothèque des Pères. Pour cet ouvrage, Jornandès a beaucoup pris de Florus sans le citer. Cet auteur est d'ailleurs trop partial, surtout dans les endroits où il parle des Goths. L'ouvrage de Jornandès intitulé : De origine mundi, a été a issi imprimé à Râle en 1531, et se trouve dans plusieurs recueils historiques et dans la collection des historiens de l'Histoire auguste de Gruter, Hanaut, 1611, etc.

JORTIN (John), théologien anglican, né à Londres en 1698, mourut en 1770, dans la même ville où il était archidiacre : il avait été successivement chapelain, puis prébendaire de saint Paul et ministre de Kensington. Il passa toute sa vie a écrire et à publier des ouvrages. Les principaux sont : fie d'Erasme, Londres, 1758, in-4° ; Remarques sur les ouvrages d'Erasme avec un appendice, 1700, iu-i0, réimprimé en 1807, en 2 vol. in-8° : c'est une suite de l'ouvrage préce-

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dent. Observations sur les auteurs anciens et 12 novembre 1632, à l'âge de 44 ans. Son

modernes, 1731,2 \o\.in-8°; Six Dissertations corps, jeté dans la rivière, fut retrouvé par

sur différents sujets, 1755, in-8° ; Remarques les soins de la noblesse polonaise, et rap-

sur V Histoire ecclésiastique, 1751, 5 vol. in- porté h Polocz. En 1638,1e saint-siége dé-

8°, dont les 'deux derniers ne parurent qu'a- puta des commissaires pour en faire la vi-

près la mort de l'auteur ; ouvrage entrepris site ; ils le trouvèrent sans corruption, et la

pour y étaler les préjugés de la secte ; Ser- plaie de la tête encore saignante. Urbain VIII

mons sur la vérité de la religion chrétienne, le béaîifia le 14 mars 1641.

1730. Ils sont tous écrits en anglais. Il a JOSAPHAT. Voy. Barlaam.

paru une édition des Œuvres complètes de JOSEPH, fils de Jacob et de Rachel, frère

Jortin, en 1773. utérin de Benjamin. Ses autres frères, en-

JOSABETH, femme du grand prêtre Joïa- vieux de la prédilection que son père avait da, sauva Joas du massacre que faisait Atha- pour lui, et de la supériorité que lui procèdes princes du sang de David. Foî/. Joas. menaient quelques songes, méditèrent sa

JOSAPHAT, fils et successeur d'Asa, roi perte. Un jour qu'il était allé de la part de de Juda, l'an 914 avant Jésus-Christ, fut un son père visiter ses frères, occupés au loin des plus pieux souverains de ce royaume, dans la campagne à faire paître leurs trou- II détruisit le culte des idoles , et envoya peaux, ils résolurent de le tuer. Mais, sur des lévites et des docteurs dans toutes les les remontrances de Ruben, ils le jetèrent provinces de son obéissance, pour instruire dans une vieille citerne sans eau, à dessein le peuple de ce qui concernait la religion, de l'y laisser mourir de faim. A peine fut- Il réforma aussi les abus qui s'étaient glissés il dans la citerne, que Judas, voyant passer dans la police et dans la milice. L'Ecriture des marchands m.ndianites et Ismaélites , reproche cependant à ce prince d'avoir fait persuada à ses frères de le vendre à ces épouser à son fds Joram, Athalie, tille d'A- étrangers. Us le leur livrèrent pour vingt chah, qui fut la ruine de sa maison, et d'à- pièces d'argent, et ayant trempé ses habits voir entrepris la guerre contre les Syriens dans le sang d'un chevreau, ils les envoyèavec ce même Achab. Cette guerre fut mal- rent tout déchirés et tout ensanglantés à heureuse ; le roi d'Israël y fut tué. Josa- leur père, en lui fusant dire qu'une bête phat, reconnaissant la faute qu'il avait faite féroce l'avait dévoré. Les marchands qui en secourant cet impie, la répara par de nou- avaient acheté Joseph le menèrent en Egyvelles actions de piété. Mais il ht une nou- pte, et le vendirent au général des armées velle alliance avec Ocliosias, roi d'Israël, et de Pharaon, nommé Putiphar. Bientôt il ga- Dieu l'avertit par Elisée qu'il l'en punirait, gna la confiance de sou maître, qui le fit inet que leur entreprise contre les Iduméens tendant de ses autres domestiques. La fmme échouerait ; ce qui arriva en effet. Les Am- de Putiphar conçut pour lui une passion monites, les Moab tes et les Arabes l'étant violente. L'ayant un jour voulu retenir auvenus attaquer, il s'adressa au Seigneur, qui près d'elle dans son appartement, le jeune lui accorda la victoire sur ces peuples d'une Israélite prit le parti de se sauver en lui manière miraculeuse. Les chantres du tem- abandonnant son manteau par lequel elle pie se mirent à la tête de ses troupes, et l'arrêtait; action que les saints Pères recommencèrent à chanter les louanges du gardent comme le fondement de son éléva- Seigneur. Leurs voix ayant répandu la ter- tion, et des bénédictions de tous les genres reur parmi les infidèles, ils s'enlreluèrent et que le Seigneur répandit sur lui. Outrée du ne laissèrent à Josaphat que la peine de re- refus de Joseph, cette femme voluptueuse cueillir leurs dépouilles. Ce prince continua rapporta à son mari que l'Hébreu avait voulu le reste de sa vie à marcher dans les voies lui faire violence, et que, dans la résistance du Seigneur, sans s'en détourner, et il mou- qu'elle avait faite, son manteau lui était rut l'an 889 avant J.-C, après 25 ans de rè- resté entre les mains. Putiphar indigné fit gne. mettre Joseph en prison: « Mais la sagesse,

JOSAPHAT (le Bienheureux), célèbre ar- « dit l'Ecriture, y descendit avec lui, et ne

chevèque de Polocz, né en 1588, à Wlodimir « l'abandonna pas dans sbs fers : » Dcscen-

en Volhinie, de parents nobles, se distingua ditque cum eo infoveam, f* in vinculis non

par sa piété et son zèle pour l'union de l'E- dereliquit illum. Le jeune Israélite y expli—

glise russo-grecque avec la latine, à laquelle qua les songes de deux prisonniers distin-

la plupart des Russes, sujets de la Pologne, gués qui étaient avec lui. Pharaon, instruit

venaient d'adhérer. 11 entra dans l'ordre de de ce fait, dans un temps qu'il avait eu un

Saint-Basile, et se consacra entièrement à songe effrayant, que les devins et les sages

l*instru:tion des schismatiques. Elevé sur le d'E,;ypte ne pouvaient expliquer, fit sortir Jo-

siége de Polocz, il combattit l'erreur avec seph de prison. Cetillusircopprimé, alors âgé

tant d'activité et d'ardeur, que plus d'une de trente ans, lui prédit une famine de gept

fois il fut sur le point d'être assassiné ou ans, précédée d'une abondance de sept autres

précipité dans les Ilots. C'est dans ces occa- années. Le roi , plein d'admiration pour Jo-

sions qu'il signalait sa charité, en embras- seph, lui donna l'administration de son royau-

sant ses ennemis, en les instruisant et en me, et le fit traverser la ville sur un chariot,

les gagnant à Jésus-Christ. Après des tra- précédé d'un héraut, criant que tout le monde

vaux et des dangers sans nombre, il fut at- eût à fléchir le genou devant ce ministre. Jo-

taqué par les schismatiques à Vilepsk, et seph fit remplir de blé des magasins immen-

inis à mort de la manière la plus cruelle, le ses pour nourrir durait la famine non-seule-

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iniMit .es Egyptiens, mais encore .es autres nations. Ses frères étant venus en Egypte pour demander du blé, Joseph les reconnut,

et teignit de les prendre pour des espions. 11 les envoya ensuite avec ordre de lui amener Benjamin, et retint Siméon pour otage. Jacob refusa d'abord de laisser aller Bénjaruin, le plus jeune de ses enfants; niais la famine croissant, il fut contraint d'y consentir. Joseph ayant aperçu sonjeune'frère, fils de Rachel connue lui, ne put retenir ses larmes. Il fit préparer un grand festin pour tous ses frères, les plaça selon leur Age, et eût des attentions particulières pour Benjamin. Il se fit enfin connaître à ses frères , leur pardonna et les renvoya, avec ordre d'amener promptement leur père en Egypte. Jacob eut la consolation de finir ses jours auprès de son fils, clans la terre de Gessen, que le roi lui donna. Joseph, après avoir vécu 110 ans, et avoir vu ses petits-fils jusqu'à la troisième génération, tomba malade. II appela ses frères, leur prédit que Dieu les ferait entrer dans la Terre promise, et leur fit jurer qu'ils y transporteraient ses os. C'est ce qu'exécuta Moïse lorsqu'il tira les Israélites de l'Egypte, et ce corps fut donné en garde à la tribu d'Ephraïm, qui l'enterra près de Sichem, dans le champ que Jacob avait donné en propre à Joseph peu avant sa mort. Ce patriarche mourut l'an 1635 avant J.-C, après avoir gouverné l'Egypte pendant 80 ans. Il laissa deux fils, Manassès et Ephraïm, qu'il avait eusde sa femme Aseneth, fille de Putiphar, grand prêtre d'Héliopolis, et qui lui furent substitués comme chefs de deux tribus. Tout le monde connaît son Histoire, en prose poétique, par Bitaubé. Le P. Gab.-Jos. Le Jay a tiré de l'Histoire de Joseph le sujet de trois tragédies touchantes, et particulièrement intéressantes pour les jeunes élèves, par lesquels et pour lesquels elles étaient représentées. L'abbé Genest en a donné une autre sur le même sujet, et Baour-Lormian a reproduit l'histoire de Joseph dans son Omasis. Les saints Pères ont eu soin de faire remarquerles caractères qui font de Joseph la figure et une image, quoique imparfaite, de Jésus-Christ, vendu et trahi par les siens, sauveur de son peuple et de tous les peuples de la terre. C'est effectivement une des plus belles figures de l'Ancien Testament, qui, de l'aveu même des Juifs, nommément de Philon et de Josèphe, était tout figuratif, comme saint Paul le montre amplement dans son Epitre aux Hébreux. « Par ces figures, dit un théo- « logien exact et profond, Dieu avait dessein « de rendre sensibles les mystères futurs de « son Fils, pour ceux à qui il en donnait « dès lors l'intelligence par une lumière in- « térieure, et d'affermir un jour dans la foi « de ces mêmes mystères ceux qui, après « l'accomplissement , verraient le rapport « frappant qui se trouve entre les figures et « ces mystères ; car, quoique ce rapport ait a été obscur et comme voilé avant l'événe- « ment, il est certain qu'aujourd'hui l'on ne « peut comparer les faits de l'Evangile avec

« ceux de l'Ancien Testament sans être \ive- « ment frappé de la parfaite conformité que « l'on y remarque aisément, et sans être in- « timement persuadé que la sagesse divine « a eu intention de représenter les uns par « les autres. » C'est ce qui a fait dire à Tertullien : Ut verbis ita et rébus prophetarum ; et à saint Augustin : lllorumnon tantum lingua, sed et vita prophetica fuit. (Voy. Jonas, Moise, etc.). Indépendamment de cette allégorie, l'histoire de Joseph fait naître les réflexions les plus religieuses comme les plus sensées. « Que les voies de Dieu sont admi- « râbles » (s'écrie un auteur quia développé admirablement tous les traits de cette histoire touchante ) ! « Quelle force dans « les ressorts cachés de sa providence ! « 11 change la faiblesse en puissance , et « exécute ses desseins par les obstacles mê- '< mes qu'on lui oppose. »

JOSEPH, fils de Jacob, petit-fils de Mathan, époux de la sainte Vierge, et père putatif de Jésus-Christ, était de la tribu de Juda et de la famille de David. On ne sait point quel fut le lieu de sa naissance, mais on ne peut douter qu'il ne fût établi à Nazareth, petite ville de Galilée, dans la tribu de Zabulon. Il est constant par l'Evangile même, qu'il était artisan, puisque les Juifs, parlant de Jésus- Christ, disent qu'il était fabri filius. Il était fiancé à la vierge Marie. Le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu ne fut pas d'abord révélé à Joseph. Ce saint homme, ayant remarqué la grossesse de son épouse, voulut la renvoyer secrètement ; mais l'ange du Seigneur lui apparut, et lui révéla le mystère. Joseph n'eut jamais de commerce conjugal avec la sainte Vierge. Il l'accompagna à Bethléem, lorsqu'elle mit au monde le Fils de Dieu. Il s'enfuit ensuite en Egypte avec Jésus et Marie, et ne retourna à Nazareth qu'après la mort d'Hérode. L'Ecriture dit que Joseph allait tous les ans à Jérusalem avec la sainte Vierge pour y célébrer la fête de Pâques, et qu'il y mena Jésus-Christ à l'Age de douze ans. Elle ne rapporte rien de plus de sa vie ni de sa mort. On croit néanmoins qu'il mourut avant Jésus-Christ ; car s'il eût été vivant du temps de la Passion , on pense que le Fils de Dieu, expirant sur la croix, lui eût recommandé la sainte Vierge sa mère, et non point à saint Jean. On a été longtemps dans l'Eglise sans rendre un culte religieux à saint Joseph, vraisemblablement pour ôter aux infidèles l'idée qu'il était le père de Jésus-Christ, ou pour les empêcher d'attribuer ce blasphème aux chrétiens. Sa fête était établ.e en Orient longtemps avant que de l'être en Occident. On dit que les carmes sont les premiers qui l'aient célébrée en Europe. Sixte IV l'institua pour Rome, et plusieurs églises ont suivi depuis cet exemple. On célèbre sa fête le 19 mars — La Vie de saint Joseph a été écrite par l'abbé P...., vicaire général d'Evreux, en 1 vol. in-12.

JOSEPH BARSABAS, surnommé le Juste.

Voy. Bausabas.

JOSEPH ou JOSUÉ. iils de Marie, sœur de

JOS

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la sainte Vierge, et de Cléophas, frère de saint Joseph, était frère de saint Jacques le Mineur, et proche parent de Jésus-Christ, selon la chair. L'Ecriture ne nous apprend rien de plus à son sujet.

JOSEPH d'ARIMATHIE, prit son non d'Arimathie, petite ville de Judée, située sur le mont Ephraïm, dans laquelle il naquit. Il vint demeurer à Jérusalem, où il acheta des maisons. Saint Matthieu l'appelle riche, et saint Marc un noble décurion, c'est-à-dire conseiller ou sénateur. Cet office lui donnait entrée dans les plus célèbres assemblées de la ville: c'est en cette qualité qu'il se trouva chez le grand prêtre Caïphe, lorsque Jésus-Christ y fut mené ; mais il ne voulut point consentir à sa condamnation. L'Evangile nous apprend que c'était un homme juste et vertueux, du nombre de ceux qui attendaient le royaume de Dieu. Il était même disciple de Jésus-Christ, mais il n'osait se déclarer ouvertement par la crainte des Juifs. Après la mort du Sauveur, il alla hardiment trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus-Christ pour l'ensevelir ; il l'obtint, et il le mit dans un sépulcre neuf qu'il avait fait creuser dans le roc d'une grotte de son jardin. L'Ecriture ne dit plus rien de Joseph d'Arimathie ; mais on croit qu'il se joignit aux disciples, et qu'après avoir passé le reste de sa vie dans la ferveur des premiers chrétiens, il mourut à Jérusalem.

JOSEPH, beau-frère d'Hérode le Grand, par Salomé, sa sœur, qu'il avait épousée. Ce roi, en partant pour aller se justifier auprès d'Antoine, sur la mort d'Aristobule, grand sacrificateur, le chargea du gouvernement de ses Etats pendant son absence. Il lui ordonna en même temps, sous le sceau du secret, de faire mourir Marianne sa femme, s'il ne pouvait se disculper. L'imprudent Joseph découvrit son secret à Marianne. Celle-ci le reprocha- à Hérode , qui de dépit fit mourir Joseph, sans écouter ses justifications.

JOSEPH, surnommé VHymnographe, originaire de Sicile, embrassa l'état monastique , et fut ordonné prêtre à Thessalonique. Il souffrit beaucoup pour le culte des images durant la persécution de l'empereur Théophile, et fut relégué dans l'île de Crète, où il resta jusqu'à l'an 84-2. Il alla ensuite à Constantinople, où saint Ignace lui confia la garde du trésor de l'Eglise. 11 composa des Hymnes pleines d'onction en l'honneur de la sainte Vierge et de plusieurs saints, et mourut vers l'an 883. Sa Vie a été écr.te par Théophane, son disciple. Le diacre Jean en a donné une plus étendue, insérée dans les Acta sanctorum, avril, tome Ier. Les Grecs célèbrent sa fête le 3 avril.

JOSEPH BEN GORION, ou GORIONIDES, c'est-à-dire fils de Gorion, fameux historien juif, que les rabbins confondent mal à propos avec le célèbre historien Josèphe, vivait vers la fin du ix' siècle, ou au commencement du xc. Il nous reste de lui une Histoire des Juifs, que Gagnier a traduite en

latin, Oxford, 1706, in~i°. Il yen a une édition hébraïque et latine , de Gotha, 1707, in-V°. On voit, par ce livre même, que l'auteur était, selon toutes les apparences, un juif du Languedoc. Le premier écrivain qui a cité cet ouvrage est Saadias Gaon, rabbin célèbre, qui vivait au milieu du xe siècle.

JOSEPH ALBO, savant juif espagnol du xve siècle, natif de Soria, se trouva, en 14-12, à la fameuse conférence qui se tint entre Jérôme de Sainte-Foi et les Juifs. Il mourut en 1430. On a de lui un livre célèbre intitulé en hébreu : Sepher Ikkarim , c'est-àdire le Livre des fondements de la foi, Venise, 1618, in-folio. Plusieurs savants ont entrepris de le traduire en latin, mais il n'en a encore paru aucune traduction. Il y prétend que la croyance de la venue du Messie n'est point nécessaire au salut, ni un dogme essentiel. Il avança, dit-on, cette proposition pour raffermir la croyance des Juifs, que Jérôme de Sainte-Foi. avait ébranlée, en prouvant que le Messie était venu.

JOSEPH de PARIS (François Le Clerc nu Tremblai), célèbre capucin, plus connu sous le nom de Père Joseph, naquii à Paris le 4 novembre 1577, de Jean Le Clerc, seigneur du Tremblai, président aux requêtes du Palais. Le jeune du Tremblai voyagea en Allemagne et en Italie ; ayant embrassé d'abord le parti des armes, il fit une campagne sous le nom de baron de Maflée, et se distingua au siège d'Amiens. Au milieu des espérances que ses talents donnaient à sa famille, il quitta le monde pour se faire capucin en 1599. Après son cours de théologie, il fît des missions , entra en lice avec les hérétiques, en convertit quelques-uns et obtint les premiers emplois de son ordre. Le cardinal de Richelieu, instruit de son génie, lui donna toute sa confiance, elle chargea des affaires les plus épineuses. Ce fut surtout lorsque le cardinal fit arrêter la reine Marie de Médicis, que le capucin fut utile au ministre. Admis dans un conseil secret, il ne craignit point de remontrer au roi qu'il pouvait et quil devait sans scrupule mettre sa mère hors d'état de s'opposer à son ministre, chargé du gouvernement e* des intérêts du royaume. L'auteur de sa Vie lui reproche d'avoir extorqué une rétractation du docteur Richer ; mais les circonstances qu'il rapporte de cette rétractation sont invinciblement réfutées dans le Journal de Trévoux, janvier, 1703. Ce zélé capucin envoya des missionnaires en Angleterre, au Canada et en Turquie. N'ayant pu réussir à faire adopter dans l'ordre de Fontevraull la réforme qu'il voulait y introduire, il fonda, en 1614, celui des religieuses bénédictines du Calvaire, auxquelles il donna des constitutions très-sages, qui ont toujours été observées depuis. Louis XIII, voulant le récompenser de ses services, demanda pour lui le chapeau de cardinal ; mais il ne put l'obtenir, et le Père Joseph mourut à Ruel le 18 décembre 1638, à 61 ans, avant que je l'avoir reçu. Le parlement en corps assista à ses obsèques et un évêque prononça son ored-

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son funèbre. L'abbé Kieliard a publié deUï Viesdec&i homme singulier; l'une sous le titre de Vi<- du Père Joseph. 2 vol. in-l-2; et l'autre, qui n'es! qu'une satire, intitulée Le véritable Père Joseph, 170V, in- 1 2. Dans la premier*, il le peint comme un saint, et

dans là seconde, comme un politique artificieux. « Cet homme, dit un historien, Ira- « vailla t mte sa vie pour l'Eglise, et assez « Ion .temps pour l'Etal : fervent religieux « tandis qu'il resta dans le cloître, habile « politique lorsque le cardinal de Richelieu « l'eut en quelque sorte associé au minis- « 1ère, en se déchargeant sur lui d'une parce lie des soins qui en sont inséparables, il « donna dans tous les temps des preuves « d'une capacité consommée. Je sais que la « satire ne l'a pas épargné. Ami et confident « du cardinal de Richelieu, pouvait-il man- « quer de critiques ? Sa ferveur et la con- « fiance du premier ministre, voila, ce me « semble, ce qui l'ail tout son crime. »

JOSEPH de CALASANCE ( saint ) , fondateur des écoles pies, naquit à Retraita , dans le royaume d'Aragon, en 155î>, d'une famille noble. 11 fit vœu de chasteté dans sa jeunesse , et la passa dans les exercices de piété. Devenu fils unique par la mort de son frère slhé, il eut quelques contradictions à essuyer de là part de son père , qui voulut lui procurer un brillant établissement dans le monde. Etant tombé malade et réduit à l'extrémité , il déclara à son père le vœu qu'il avait fait , et le pria de le laisser suivre sa vocation. Engagé dans les ordres sacrés, Joseph fut le modèle du clergé, et plusieurs évêques l'ayant employé dans leurs diocèses, il y lit des fruits merveilleux. Se croyani appelé à un état plus parfait, il passa à Rome, où la vue- d'une troupe d'enfants livrés aux vices qu'amène le défaut d'éducation, lui fit prendre la résolution de se donner tout entier à leur instruction, il s'associa quelques ecclésiastiques , entre lesquels était le célèbre Dragonetti , âgé de 95 ans , mais fort et vigoureux, qui remplit les exercices de la nouvelle congrégation jusqu'à l'âge de 120 ans , qu'il mourut en odeur de sainteté. Elle fut érigée en ordre religieux, en 1621 , par Grégoire XV. Un mauvais sujet y ayant été neçu , porta le désordre de l'orgueil et de la" division dans le nouvel établissement, et se servit de son crédit pour susciter au saint fondateur des persécutions de toute espèce. Innocent X supprima l'ordre. Le saint fondateur continua toujours ses œuvres de charité à l'égard des pauvres enfants. Il survécut deux ans à ce désastre, et mourut Agé de 92 ans , après avoir pré it le rétablissement de son ordre : ce qui arriva 21 ans après. Clément IX le remit sur le même pied qu'il avait été approuvé par Grégoire XV. Les fonctions des religieux de cet institut ne furent d'abord que d'enseigner à lire , à écrire, le catéchisme , l'arithmétique et les éléments de la grammaire ; mais, en vertu des concessions que leur ont faites plusieurs papes, ils ont dans leurs collèges des cours d'études réglés , et ensei-

gnent aussi les hautes sciences. Joseph de Calasance fut béatifié par Renoît XIV et canonisé par Clément XIII. Sa Vie a été composée en italien par le P. Tosetli, et traduite en allemand' par le P. Koch ; elle est très-' bien écrite dans les deux langues. L'auteur est un biographe judicieux , qui parle des vertus chrétiennes et de la gloire des saints avec autant de discernement que d'édification.

JOSEPH (Piemie ni: Saint-) , feuillant , né en 159k dans le diocèse d'Auch , d'une famille appelée Comagère, mort en 1662, publia plusieurs ouvrages de théologie contre les partisans de Jansénius.

JOSEPH de CUPERTIN (saint), ainsi nommé du lieu de sa naissance, petite ville du diocèse de Nardo , dans le royaume de Naples, né, en 1603, de parents pauvres, entra dans l'ordre des Franciscains conventuels, fut élevé aux ordres sacrés, et se sanctifia par la pratique de toutes les vertus propres à son état. Le procès de sa canonisation fait mention d'un grand nombre de faveurs extraordinaires qu'il reçut de Dieu. Il mourut, en 1663, à Osimo, et fut canonisé en 1767. Pastrovicchi, religieux du môme ordre, a écrit sa Vie en 1753 : il y a peu do goût et de critique.

JOSÈPHE ( Flavius j , et non Flavianus , comme le supposent ceux qui l'appellent Flavien et Flavion , célèbre historien et général juif, né à. Jérusalem, l'an 37 de Jésus- Christ, de parents de la race sacerdotale , montra de bonne heure beaucoup d'esprit et de pénétration. Dès l'âge de li ans, les pontifes le consultaient. Il fut l'ornement de la secte des pharisiens , dans laquelle il entra. Un voyage qu'il fit à Rome, à l'âge de 26 ans, sous le règne de Néron, perfectionna ses talents et augmenta son crédit. Un comédien juif, que l'empereur aimait, le servit beaucoup à la cour de ce prince. Cet acteur lui fit connaître l'impératrice Poppée, dont la protection lui fut très-utile. De retour dans la Judée, il eut le commandement des troupes , et se signala au siège de Jotapat, qu'il soutint pendant sept semaines contre Vespasien et Titus. C'est là qu'il fut réduit à se cacher dans une caverne profonde, avec quarante des plus braves de sa nation. Vespasien en étant averti lui fit proposer de se rendre ; mais Josèphe en fut empêché par ses compagnons, qui menacèrent de le tuer, s'il y consentait. Ces furieux , pour ne pas tomber entre les mains de leurs ennemis , proposèrent de se donner la mort ; et Josèphe ne réussit qu'avec peine à leur persuader de ne pas tremper leurs mains dans leur propre sang , mais de recevoir la mort par la main d'un autre. Us tirèrent donc au sort pour savoir qui serait tué le premier par celui qui le suivait , projet qui n'était guère plus raisonnable qu'un suicide proprement dit. Josèphe eut le bonheur de rester avec un autre, à qui il persuada de se rendre aux Romains. Vespasien lui accorda la vie, à la prière de Titus , qui avait conçu beaucoup d'estime et d'ailèction pour lui. Ce prinÇt)

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t'emmena au siège de Jérusalem. Josèphe y exhorta vainement ses compatriotes à se soumettre aux Romains. Après la prise de cette ville, il suivit Titus à Rome, où Vespasien lui donna le titre de bourgeoisie romaine et le gratifia d'une pension. Titus et Domitien la lui continuèrent, et ajoutèrent aux bienfaits les caresses les plus flatteuses. On croit qu'il mourut à Rome vers l'an 95. C'est dans cette ville que Josèphe continua la plupart des ouvrages qui nous restent de lui : Y Histoire de la guefre des juifs, en 7 livres. L'auteur l'écrivit d'abord en syriaque , et la traduisit en grec. Titus faisait tant de cas de cette histoire , qu'il la signa de sa main , la fit traduire et déposer dans la bi- 1 bliothèque publique. On ne peut nier que Josèphe n'ait l'imagination brillante, le style animé , l'expression noble; i! sait peindre à l'esprit et remuer le cœur. C'est celui de tous 'es historiens grecs qui approche le plus de Tite-Live ; attSsi s int Jérôme l'appelaitil le Tite-Live de la Grèce; mais s'il a les beautés de l'historien latin , il a aussi bien des d fonts. Il est long dans ses harangues et exagérateur dans ses récits. Les Antiquités judaïques, en 20 livres; ou rage qui renferme l'histoire des juifs jusqu'à la prise de Jérusalem , écrit avec autant de noblesse que le précédent , mais dans lequel l'auteur a déguisé, affaibli ou anéanti les miracles attestés par l'Eciiture. Il corrompt partout ce qui pouvait blesser les gentils. Il parait que Josèphe était plus lâche politique que bon Israélite. L'intérêt le dirigea dans ses écrits comme dans sa conduite. Il eut la bassesse sacrdége d'appliquer les prophéties sur le Messie à l'empereur Vespasien , tout païen qiï'il était. Deux livres contre Apion, grammairien alexandrien , un des plus grands adversaires des juifs. Cet ouvrage est précieux par divers fragments d'anciens historiens que l'auteur nous a conservés. Un Discours sur le martyre des Machabées , qui est est un chef-d'œuvre d'éloquence; et un Traité de sa Vie. Tous ses ouvrages sont en grec. La meilleure édition est celle d'Amsterdam, parSig.Havercamp, 1726, 2 vol. in-fol., en grec et en latin. Il en existe une autre de Jean Hudson, Oxford, 1720, 2 vol. in-fol., qui n'est pas moins estimée. Nous en avons deux traductions en français : la première par Arnauld d'Andilh, A°msteriam, 1681, 2 vol. in-fol. , fig., et Rruxeiles , 1701-1703 , 5 vol. in-8° , fig. ; la deuxième , par le P. Joachim Gillet, Paris, 1756, 'i vol. in-4." : celle-ci est faite avec plus d'exactitude ; l'autre est écrite avec plus de force. ( Voij. leurs articles.) On a beaucoup disputé sur le fameux passage de Josèphe touchant Jésus-Christ, où cet historien juif reconnaît le législateur des chrétiens pour le Messie et l'envoyé de Dieu. Quelques-uns l'ont suspecté, « parce « que, disent-ils, pour être conséquent, Jo- « sèphe eût dû embrasser le christianisme; » comme si un homme qui avait eu la lâcheté et l'aveuglement de reconnaître pour Messie l'idolâtre Vespasien, n'avait pu, sans se faire chrétien , reconnaître cette qualité dans Jé-

sus-Christ. Saint Jérôme, Lusèbe, Isidore de Péluse, Sozomène , Suidas, Grotius, Huet , Casaubon, Isaac et Gésard Vossius, Usserius, etc , n'ont pas douté que ce passage ne fût de Josèphe. On peut voir là-dessus Huet, Dém. évang., prop. 3, n. 11. Mais, s'il n'est pas de lui , il en résulte un argument dont nos incrédules ne s'accommoderont guère. Ou Josèphe a parlé de Jésus-Christ , ou il n en a pas parlé ; s'il en a parlé, qu'on nous montre un passage différent de celui que nous y voyons ; s'il n'en a pas parlé, un silence si affecté sur des événements qui avaient fait tant de bruit dans le momie annonce plus que tout ce qu'il eût pu en dire. Il parle de saint Jean-Baptiste et de saint Jacques (voy. saint Jacques le Mineur) (1), et il aurait oublié le chef, dont les disciples étaient déjà répandus partout et connus de tout l'univers 1 On a une Histoire des Juifs , par demandes et par réponses , avec la Vie de Josèphe, par Liger, Lyon (Paris), 1755, 3 vol. iii-12.

JOSIAS, roi de Juda, succéda à son père Amon , l'an 641 avant Jésus-Christ , à l'âge de 8 ans. Il renversa les autels consacrés aux idoles , établit de vertueux magistrats pour rendre la justice , et fît réparer le temple. Ce fut alors que l'original du Livre de la loi, écrit de la main de ^oïse, fut trouvé par le grand prêtre Helcias. Sur la fin de son règne , Néchao , roi d'Egypte , allant faire la guerre aux Mèdes et aux Babyloniens, s'avança jusqu'auprès de la ville de Mageddo, qui était du royaume de Juda. Josias s'opposa à son passage, et lui livra bataille au pied du mont Carmel : il y fut blessé dangereusement , et mourut de ses blessures l'an 610 avant Jésus-Christ. Le peuple donna à sa mort les marques de la plus violente douleur. Jérémie composa un cantique lugubre à sa louange. Ce chant a été heureusement reproduit par Treneuil dans une de ses élégies

JOSLAIN ou GOSLEN de VIERZY, évêque de Soissons, mort en 1152, élait un des principaux ministres de Louis VII, et un modèle de vertu. 11 laissa une Exposition du Symbole et de l'Oraison dominicale, qu'on trouve dans la Collectio maxima de dom Martène. Il fonda des abbayes, entre autres Long-Pont, assista au concile de Troyes, en 1127, et y mérita l'estime du pape Eugène III et de toute la France.

JOSSE (saint), Judocus ou Jodocus, illustre solitaire, était fils de Juthaël, qui reprit le titre de roi de Bretagne. Sou frère Judiciël, résolu de quitter le trône pour se donner à Dieu, pria Josse de se charger du gouvern. ment de ses Etats et de léducation de ses enfants; mais celui-ci, également détaché des grandeurs mondaines, sortit de la Bretagne déguisé en pèlerin, et alla se cacher à Ru-

(1) L'authenticité de ce dernier passage n'est contestée par personne ; Blondel suspecte celui qui regarde saint Jean-Baptiste, mais sans aucun motil raisonnable (Voyez Jeas -Baptiste). Oiigène les reconnaît tous tes deux, dans un temps fort antérieur à la prétendue falsification du texte, de Josèphe,

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nia;, dans le Ponthieu, où il bâtit une chapelle. Cet ermitage fut changé ensuite en un monastère célèbre, qui est à une lieue de la mer, près de Montreuil, diocèse d'Amiens, et se nomme Suint-Josse-sur-mer. 11 y mourut saintement en 653 ou GG8. 11 y avait à Paris une paroisse qui portait son nom, en mémoire du séjour que ce saint y avait fait. JOSUÉ était lils de Nun, de la tribu d'Eplira'im : il naquit en Egypte l'an 1534 avant Jésus-Christ. Dieu le choisit, du vivant môme de Moïse, pour gouverner les Israélites. Josué succéda h ce divin législateur, l'an 1451 avant Jésus-Christ. Moïse avait conduit le peuple de Dieu jusqu'au bord du Jourdain. C'était là, selon l'oracle divin, qu'il devait terminer son ministère et sa vie. La gloire de conduire les Israélites dans la Terre promise était réservée à Josué. 11 avait fallu jusque-là a ce peuple un législateur. 11 leur fallait alors un général et un guerrier; mais un général qui eût pour ses soldats toute la tendresse d'un père, et un guerrier qui ne manquât ni des attentions ni de la vigilance du législateur. Tel était Josué. il envoya d'abord des gens pour examiner la ville de Jéricho. Dès qu'ils lui eurent fait" leur rapport, il passa le Jourdain avec toute son armée. Dieu suspendit le cours des eaux, et le fleuve demeura à sec dans une étendue de deux lieues. Peu de jours après ce miracle, Josué lit circoncire tous les enfants mâles qui étaient nés pendant les marches du désert. Il fit ensuite célébrer la pâque, et vint assiéger Jéricho. Suivant l'ordre de Dieu, il fit faire six fois le tour de la ville par l'armée, en six jours différents, les prêtres portant l'arche et sonnant de la trompette. Les murailles tombèrent d'elles-mêmes au septième jour. La ville d'Haï fut ensuite prise et saccagée, et les Gabaonites, craignant le même sort pour leur ville, se servirent d'un stratagème pour faire alliance avec Josué. Adonisedec, roi de Jérusalem, irrité de cette alliance, s'étant ligué avec quatre autres rois, alla attaquer Gabaon ; Josué fondit sur les cinq rois, qu'il mit en déroute. Pour achever sa victoire, il commanda au soleil de s'arrêter, et la nature, soumise à sa voix, prolongea le jour de 12 heures entières ; soit que le soleil suspendît réellement son cours, soitque la terre, dans le système de sa rotation, demeurât immobile, soit que par une merveille plus simple, la lumière jetée par le soleil s'arrêtât sur l'horizon. « C'était, dit un pieux et « solide écrivain, pour manifester sa puis- « sance aux yeux des nations idolâtres, et « pour leur montrer l'absurdité de leur culte, « que Dieu fit alors ce grand miracle. Rien « n'est difficile au Tout-Puissant. Il a établi « l'ordre constant de l'univers, pour élever « l'esprit de l'homme à la connaissance de « ses perfections invisibles, par les merveil- « les visibles qu'il expose à ses sens. Il sus- « pendit cet ordre en cette occasion, pour « montrer que les plus grands prodiges ne « lui coûtent rien ; qu'il est l'arbitre souve- « rain de toutes les créatures, et qu'il est « absolument indépendant des lois de la na-

« turc ; parce que mi seul est l'auteur de ces « lois, que la nature elle-même n'est autre « chose que sa volonté toute-puissante. » L'Ecclésiastique avait longtemps auparavant exprimé la même observation avec autant d'énergie que de laconisme : Jnvocavit altissimum potentem in oppugnando inimicos undique, et audivit illwn magnus et sanctus Deus, ut agnoscant gentes potentiam ejus, quia contra Deum pugnarenon est facile (Eccl. 46). Josué, poursuivant ses victoires, prit presque toutes les villes des Chananéens en six ans. Il distribua les terres aux vainqueurs, conformément à l'ordre de Dieu, et après avoir placé l'arche d'alliance dans la ville do Silo, il mourut à 110 ans, l'an 1424 avant Jésus-Christ. Il gouverna le peuple d'Israël pendant 27 ans. Nous avons sous son nom un Livre canonique écrit en hébreu. Plusieurs^ savants le lui attribuent, mais sans en avoir aucune preuve démonstrative. Les Commentaires de dom Calmet et de Masius, sur ce livre, sont les plus estimés. C'est par ignorance ou mauvaise foi que des écrivains du xvine siècle ont osé reprocher à Josué et aux autres chefs des Hébreux la rigueur dont ils ont usé envers les habitants de la Palestine et envers quelques autres peuples ; rigueur due aux crimes énormes dont ils étaient coupables, et si habituels chez eux qu'ils faisaient comme partie de leurs lois. Dieu luimême avait ordonné cette rigueur : la Dcu téronome et le livre de la Sagesse nous en instruisent (1). Pourquoi les Juifs n'auraientils pu être les exécuteurs des arrêts que sa justice avait prononcés contre des nations abominables?... Le danger que les Juifs, mêlés avec les idolâtres, ne quittassent bientôt le culte du vrai Dieu, était évident ; et le culte du vrai Dieu était-il un objet assez peu important pour lui préférer la conservation d'un peuple infâme, dont la malice était incorrigible ?... Les Juifs punissaient la cruauté de ces barbares par la peine du talion. Je n'ai rien souffert que je n'aie fait souffrir aux autres, disait Adoinbesech; Dieu me rend le mal que j'ai fait. Voy. David, Agag, Adonibesech, etc.

JOUBERT (François), prêtre de Montpellier, né en 1689, mort le 23 décembre 1763, était fils du syndic des Etats de Languedoc , et avait lui-même exercé cette charge avant d'être élevé au sacerdoce. Sou attachement aux disciples de Jansénius le fit renfermer à la Bastille. Il est auteur d'un Commentaire sur l'Apocalypse, imprimé en 1762, en 2 vol. in-12, sous le titre d'Avignon. On a encore

(1) Le livre de la Sagesse leur reproche les sacrifices humains, l'infanticide, l'anthropophagie et toutes les atrocités qui rendent l'existence d'un peuple odieuse à Dieu et aux hommes. « lllos anliquos habitatores lerrse sanctae tua:, quos exhorruisti, quoniam odibilia opéra faciebanl tibi per medicamina et sacrificia injusta ; ei filiorum suorum necatores sine misericordia, et comestores viscerum hominum, et devoratores sanguinis a medio sacramento tuo, et auctores parentes animarum inauxiliatarum, perdere voluisti per manus parentum nostrorum. > Sap. xii. On peut voir encore Veut, vin, Levil. xvm ; etc.

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de lui divers autres ouvrages, dont les principaux sont : De la connaissance des temps par rapport â la religion, in-12; trois Lettres sur l'interprétation des Ecritures, in-12 ; Explication de l'histoire de Joseph, in-12; Eclaircissement sur le discours de Job, in-12; Traité du caractère essentiel à tous les prophètes, in-12; Explication des prophéties de Jérémie, Ezéchiel, Daniel, 5 vol. in-12 ; Commentaires sur les douze petits prophètes, 6 vol. in-12; et d'autres ouvrages qui, comme les précédents, sont en faveur du parti dans lequel il s'était laissé engager. Tous les écrits de l'abbé Joubert, sur l'Ecriture sainte, sont en faveur du millénarisme, et remplis d'allusions malignes et de rêveries ; il n'y est question que d'obscurcissement , de vérités proscrites , d'erreurs qui infectent le sanctuaire, de pasteurs infidèles, du retour des Juifs, qui précédera de beaucoup la fin du monde.

JOUFFROY (Jean de), en latin Joffrcdus, cardinal et aumônier de Louis XI, né à Luxeuil, dans la Franche-Comté, vers l'an 1412, étudia d'abord le droit à Cologne et à Paris, prit l'habit de religieux dans l'abbaye de Saint-Pierre de Luxeuil , et en devint abbé. Philippe Je Bon, duc de Bourgogne, lui procura l'évêché d'Arras, et sollicita pour lui le chapeau de cardinal. Pie II le promit, à condition que le prélat engagerait le roi Louis XI à supprimer la Pragmatique-Sanction. Jouffroy obtint de ce monarque une déclaration telle que le pape la souhaitait. Mais Louis XI, se repentant de' sa facilité, disgracia l'évêque d'Arras. Pour remédier aux maux que sa déclaration pouvait occasionner en France, il fit de nouvelles ordonnances touchant les réserves et les expectatives, qui étaient presque le seul avantage que l'abolition de la Pragmatique-Sanction avait procuré au souverain pontife ; et jusqu'au temps du concordat, la cour de Rome ne put avoir la satisfaction qu'elle désirait. Cependant Joulfroy recueillit le fruit de sa négociation. Le pape ajouta même au chapeau de cardinal l'évêché d'Alby ; mais il n'en jouit pas longtemps , étant mort au prieuré de Rulli , diocèse de Bourges, en 1473. Il reste de lui quelques discours recueillis dans le Spicilége de dom Luc d'Achéry; son Eloge historique a été publié par dom Grappin chanoine de Besançon, 1785, in-8°.

JOUFFROY ( Théodore-Simon ), né l'an 1796 aux Pontets, petit village des montagnes du Jura, dans le département du Doubs, commença ses éludes àLons-le-Saunier sous la direction de l'abbé Jouffroy, son parent, régent du collège de cette ville, et Jes termina au lycée de Dijon. 11 entra en 1814 à l'école normale, où il eut pour maître de conférences M. Cousin, qui l'introduisit dans la carrière philosophique. C'est alors que Joulfroy vit s'enfuir l'une après l'autre ses croyances religieuses et tomba dans ce scepticisme funeste dont il a connu et déploré toutes les angoisses, sans .pouvoir s'en délivrer, parce qu'il n'en cherchait pas ie remède là où il lui eût été donné de le trou-

ver. Dans un ouvrage qui a été publié après sa mort, lui-môme a pris soin de nous faire connaître l'état de sonâme après cette chute. « Je n'oublierai jamais la soirée de décembre « où le voile qui me dérobait à moi-même « ma propre incrédulité fut déchiré. J'en- « tends encore mes pas dans cette chambre « étroite et nue, où longtemps après l'heure « du sommeil j'avais coutume de me prome- « ner ; je vois encore cette lune à demi-voi- « lée par les nuages, qui en éclairait par in- « tervalle les froids carreaux... L'examen se « poursuivait plus obstiné et plus sévère à « mesure qu'il approchait du terme, et il ne « s'arrêta que quand il l'eut atteint. Je sus « alors qu'au fond de moi-même il n'y avait « plus rien qui fût debout... Ce moment fut « affreux, et, quand, sur le matin, je me je- « tai épuisé sur mon lit, il me sembla sentir « ma première vie, si riante et si pleine, s'é- « teindre, et derrière moi s'en ouvrir une « autre sombre et dépeuplée, où désormais «j'allais vivre seul, seul avec ma fatale pen- « sée qui venait de m'y exiler et que j'étais « tenté de maudire. Les jours qui suivirent « cette découverte furent les plus tristes de « ma vie.» L'orgueil, ainsi que l'attestent ses propres aveux, contribua puissamment à le retenir dans la route nouvelle où il venait de s'engager. Voulant combler autant que possible le vide immense qui venait de se faire en lui, Jouffroy demanda à sa raison individuelle les vérités que l'abus de cette même raison lui avait fait perdre, et il s'apliqua avec une grande ardeur à l'étude de a philosophie. Reçu docteur en 1816, il obtint de passer une troisième année à l'école, où il fut chargé de répéter à ses condisciples le cours de philosophie que faisait alors Thurot à la faculté des lettres. Au commencement de 1817, l'université lui donna le titre d'agrégé, et le 30 octobre de la même année, Koyer-Collard, alors à la tête de l'instruction publique, le chargea des fonctions de professeur-suppléant de philosophie au collège Bourbon, et de celles de maître des conférences de philosophie à l'école normale. Cette double tâche exigeait des connaissances qu'il n'avait pas encore, et il s'effraya d'abord de la mission qui lui était confiée. « Cet enseignement ( celui du cours de philosophie au collège Bourbon), avait son « programme, dit-il : ce programme il failait « en un an le remplir, et que comprenait-il ? « Non pas une question ni deux, non pas « même une de ces sciences comprises dans « le sein de la philosophie, mais trois de c^s « sciences : la psychologie, la logique et la « morale ; encore celle-ci devait-elle être « suivie des linéaments d'une quatrième, la « Ihéodicée. C'était là ce qu'on demandait à « moi, un esprit de vingt ans, àqui on n'avait « enseigné ni l'une ni l'autre de ces science ces, et qui, dix-huit mois auparavant, n'en « avait aucune idée. Encore si j'avais été « assez ignorant pour accepter quelque traité « tout fait sur ces matières, et le suivre 1 « Mais non, on m'avait donné une méthode ; « on avait mis dans mon esprit une sévérité

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« scientifique qui ne pouvait s'accommoder « du dogmatisme de la plupart de ces trai- « tés... C'étaient donc trois sciences à créer,

« à bâtif de toiiteS pièces qu'on me donnait, « et cela dans l'espâCe d'nn an. Kn vérité il « y avait lien de trembler, et cependant il « était impossible que je reculasse. » Il 6&cupa en effet les deux chaires jusqu'en 18121. A cette époque ni mamaise ganté l'obligea de retourner dans son pays pOUr reprendre des forces en respirant I âir pur et énergique des montagnes, et il y passa deut ans. On a vu comment, après avoir perdu h l'école normale ses croyances religieuses, il âva t l'uriné le dessein de chercber par des voies philosophiques la solution du grand problème de la destinée humaine. Au milieu des occupations que lui avaient imposées ses deux cours, à Bourbon et à l'école, il avait perdu de vue l'objet principal de la science ; mais lorsqu'il se trouva seul a la campagne, au milieu de sa famille, des souvenirs de sa jeunesse, avec du loisir pour penser et réfléchir, le redoutable problème se posa de nouveau devant lui : «Tout, dans la « situation oùje me trouvais, raconte-t-il lui- « même, semblait concourir pour faire preu- « dre à mon esprit cette direction. Je me « retrouvais sous le toît où s'était écoulée « mon enfance, au milieu des personnes qui « m'avaient si tendrement aimé, en présence « des objets qui avaient frappé mes veux, « touclié mon cœur, affecté mon intelligence « dans les plus beaux jours de ma première « vie. Cbaque voix que j'entendais, chaque « objet que je voyais, chaque lieu oùje por- « tais mes pas, ravivaient en moi les souve- « nirs éteints, les impressions elfacées de « cette vie. Mais en rentrant dans mon âme, « ces souvenirs et ces impressions n'y trou- « vaient plus les mêmes noms. Tout était « comme autrefois, excepté moi. Cède église, « on y célébrait encore les saints mystères « avec le môme recueillement; ces champs, « ces bois, ces ibntauies, on allait encore au « printemps les bénir; celte maison, on y « élevait encore, au jour marqué, un autel '< de fleurs et de feuillages ; ce curé qui m'a- « vait enseigné la foi, avait vieilli, mais il « était toujours là, croyant toujours ; et tout «ce que j aimais, et tout ce qui m'entourait, « avait le môme cœur, la même âme, le « môme espoir dans la foi. Moi seul l'avais « perdue, moi seul élais dans la vie sans savoir ni comment, ni pourquoi; moi seul, « si savant, je ne savais rien ; moi seul étais « vide, agité, privé de lumières,. aveugle elin- « quiet. Devais-je, pouvais-je demeurer plus « longtemps dans cette situation? et puisque la « foi nepouvait serel ver,avais-je du tempsà « perdre pour essayer d'appli piei aces grau- « des questions devenues des énigmes pour « mes yeux, celte raison qui maintenant sa- « vait Chercher la vérité et la trouver?... « Que vo .lais-je savoir? Je vouiais savoir la « solution de certaines questions que les « religions posent et résolvent, et qui sont « précisément celles aussi qui intéressent « toute créature humaine, lu plus barbare

« comme la plus civilisée, la plus éclairée « comme la plus ignorante.» Jouffroy, comme on le voit, appréciait toute l'importance du problème qu'il voulait résoudre; malheureusement il refusait de recourir a la seule source de lumières où il eût pu trouver la vérité. Le secret (pie la révélation lui eût fait connaître tout d'abord, il le demandait à la débile raison humaine qui ne pouvait, le lui donner. Il se mit à l'œuvre, et ce fut à cette époque de sa vie qu'il élabora le système qu'il développa ensuite dans ses coûte et dans ses livres. Lorsqu'il revint à Paris, l'école normale avait été supprimée (1822), et il ne voulait pas reprendre son cours au collège Hourbon. Il ouvrit chez lui des cours particuliers, qui furent suivis par une jeunesse d'édte, et d'où sortirent plusieurs écrivain^ distingués. Dans un de ces entretiens philosophiques qu'il continua pendant six ans, Jouffroy parcourut toutes les branches principales de la science philosophique, c'està-dire la psychologie, la morale, la politique, la religion, l'esthétique, la philosophie de l'histoire, et jeta les bases de la doctrine. Il créa, avec MM. Dubois et Damiron, le Globe, journal philosophique et littéraire, qui commença à paraître en septembre 182'*, et à la rédaction duquel s'associèrent MM. Duchatel, depuis ministre de l'intérieur, Vitet, Duvergier de Hauranne, Sainte-Beuve, Lerminier, etc. Jouffroy y donna un grand nombre d'articles jusqu'au mois d'août 1830, époque où ses amis et lui quittèrent ce journal. En 1828, sous le ministère de Vatimesnil, il rentra dans l'enseignement avec MM. Guizot, Villemain et Cousin. 11 fut désigné pour suppléer à la faculté des lettres de Paris, M.Milion professeur d'histoire de la faculté ancienne. Après la révolution de 1833, M. Cousin ayant remplacé M. Millon, Jouffroy succéda luimême à M. Cousin en qualité d'adjoint de M. Royer-Collard, dans la chaire d'histoire de la philosophie moderne ; mais il changea de titre sans changer de sujet, et continua son cours de psychologie. Vers la môme époque, il fut rappelé à l'école normale comme maître de conférences de la seconde et de la troisième année de philosophie ; mais ayant éié nommé au mois de décembre 1831 professeur de philosophie grecque et latine au Collège de France, en remplacement de M. Thurot, il quitta de nouveau l'école normale, afin de pouvoir mieux concilier ses nouvelles foneti ns avec celles qu'il avait à remplir à la faculté des lettres. Cependant sa santé dépérissait toujours : il se rei. dit en Italie, et passa sept ou huit mois à Pise. Ce voyage lui lit assez de bien pour qu'en 1838 il pût reprendre son cours à la faculté ( il s'était démis de sa chaire du Collège de France;. Elu membre de l'académie des sciences morales et politiques en 1832, à la place de M. Daeier, il fut appelé au conseil royal de l'instruction publique en 18i0. 11 avait été nommé député par le département du Doubs au mois de juin 1831; par mi ses travaux législatifs, on cite un Rapport remarquable par l'élévation des vues et la,

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clarté d'exposition, qu'il fut chargé de présenter sur la question d'Orient, qui occupait beaucoup alors l'attention publique. La terrible maladie dont il était atteint continuait de faire des progrès : depuis 1839, il avait suspendu ses cours ; bientôt tout espoir de le conserver fut perdu, et il succomba à 46 ans, le 1" mars 1842. « Jouffroy, dit un cri- « tique, a été l'un des représentants les plus « distingués de la philosophie rationaliste de « notre époque. Il avait puisé son premier « enseignement philosophique à deux éeo- « les : à l'école éclectique et à l'école écos- « saise ; il répudia promptement celui de la « première, dont il lui fut facile de constater « le vice et l'impuissa ;ce ; quant à la se- « conde, il lui resta au contraire toujours fi- « dèle, quoique d'ailleurs il se fût ouvert « une voie qui lui était propre et dans lace quelle il prétendait marcher avec indépen- « dance. On se rappelle quel avait été son « point de départ : ce qu'il s'était proposé « en entrant dans la carrière philosophique, « c'avait été de chercher et de trouver la so- « îution du grand problème de la destinée « humaine ; or l'illusion avait duré peu de « temps, et il n'avait pas tardé à reconnaître « que la philosophie était dans l'impuissance « de lui donner ce qu'il lui demandait. Dès « lors il dut se restreindre et limiter son ho- « rizon. Au lieu de chercher à résoudre le « problème, il dut se contenter de préparer « les éléments d'une solution en cas qu'elle « fût possible, non pas pour lui, mais pour « ses successeurs, lorsque la science serait « arrivée à de plus grands développements. « En conséquence, à la métaphysique qui est « la science de l'être, c'est-à-dïre la science « par excellence, il substitua la psychologie, « c'est-à-dire une science spéciale, ayant un « objet particulier, la connaissance de l'àme, « de ses facultés et des phénomènes qui s'y « produisent. Après s'être placé sur ce terce rain et avoir ainsi détermine le sens de la « science qu'il prétendait étudier, il lui rcs- « tait à faire le choix d'une méthode. Or, ce « choix ne pouvait être douteux, puisqu'il « ne s'agissait que de connaître l'âme, ses « facilités, les faits de conscience, comme il « les appelait» Le meilleur moyen pour arri- « ver à ce résultat était d'employer l'obscr- « vation, c'est-à-dire la méthode expérimen- « taie. Ainsi la psychologie comme objet « d'éiude, l'empirisme comme méthode, telle « a été toute l'œuvre philosophique de Jouf- « froy.On ne saurait méconnaître que sous un * certain rapport cette œuvre ait eu son mé- « rite et son utilité : observer les phéuomè- ►< nés intérieurs de l'âme, les faits de con- « science, les analyser, les classer, c'est faire « pour l'étude de l'àme ce que l'anatomisle « fait pour l'étude du corps, et si on apporte « dans ce travail la rare pénétration d'esprit, « la fermeté de coup d'œil, la sévérité scien- « tifique qui caractérisent le talent de Jouf- « froy, on rend sans doute à la philosophie « un incontestable service. Mais il ne faut « pas s'y méprendre : il y avait autre chose, <* que cela dans l'œuvre de. JouflVoy, En efL,

« fet, lorsqu'il observe les faits de conscience, « il ne se propose pas seulement d'étudier « une partie spéciale de la science, en réa- « lité il prétend organiser la science elle- « même, c'est-à-dire que pour lui la psycho- « Jogie renferme la métaphysique, et que « c'est la conscience de l'homme qui se « trouve en possession de donner la solu- « tion du grand problème qu'il a posé. Or, « comme en même temps il déclare qu'il n'a « pu observer encore qu'un petit nombre de « faits de conscience, et qu'à part quelques « résultats péniblement obtenus, il ne sait « rien, il ignore toutes choses, on aperçoit « facilement à quel abîme un tel système « doit conduire. Nous n'insisterons pas, mais « dès à présent on peut juger si c'est à tort « ou à raison qu'une semblable doctrine a « été attaquée et condamnée. Ainsi, quoi « qu'on ait pu dire pour défendre sa mé- « moire, Joutfroy n'a été qu'un sceptique, « qui a eu, si l'on veut, des tendances spiri- « tualistes, qui a émis sans Joute quelques « vérités partielles scieniiibuement démon- « trées, mais qui en a rejeté un plus grand « nombre, et parmi ellesles plus essentielles. « Ajoutons que son scepticisme est d'autant « plus dangereux qu'il le produit au nom de « la science, avec une sincérité qui effraie, « et sous une forme brillante qui trompe et « qui séduit. » On a de ce philosophe : une Traduction des OEuvres complètes de Thomas Reid, chef de l'école écossaise, avec des morceaux extraits des leçons de M. Royer- Collard, et une Préface du traducteur, 6 vol. in-8°; une Traduction des Esquisses de philosophie morale par Dugald Stewart, 2e édition, 1833, in-8° ; Mélanges philosophiques, 1833, in-8° ; Cours de droit naturel, 2e édition, 1843, 2 vol. in-8° ; Nouveaux mélanges philosophiques, publiés par M. Damiron, après la mort de l'auteur. Ce dernier ouvrage fut mutilé par l'éditeur qui, dans un intérêt de parti, fit des suppressions et des changements. Cette altération faite à l'écrit du philosophe donna lieu à d'énergiques réclamations, de la part de Pierre Leroux, dans la Revue indépendante.

JOUIN (Nicolas), né à Chartres, fut banquier à Paris, et y mourut le 22 février 1757, à 73 ans. On a de lui : Procès contre les jésuites (celui d'Ambroise Guys), etc., 1750, in-12 ; les Sarcelles, satires en vers en faveur des disciples de Jansénius ; le portefeuille du diable, et d'autres fruits de la calomnie et delà luxure, bien propres àfaire connaître la secte hypocrite dont il s'é'taitfait le champion.

JOURNIAC (Jean-Auguste ), prêtre du diocèse de Rouen , mort dans cette ville le 15 mars 1834, s'était laissé malheureusement égarer par les doctrines de l'abbé Chàlel, qui l'attacha à sa prétendue église française, et fit de lui son vicaire primatial. Mais il ne tarda pas à revenir de ses erreurs, et son retour à la vérité et au devoir fut dû au zèle de M. l'abbé Dubois, curé de Tréport, dans le département de la Seine-Inférieure. Au mois de juillet 1833, il donna me rétractation

conçue dans les termes les plus édifiants.

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Journiac vécut depuis retiré dans son diocèse, s'adonnant aux exercices de la pénitence. Après un temps suffisant d'épreuve, la permission de célébrer la messe lui fut accordée, et il donna constamment dès lors l'exemple de la foi la plus vive et de la plus tendre piété II passa les derniers temps de sa vie chez M. l'abbé Eude, maître de pension à Rouen, et supérieur de la maison des Orphelins fondée par lui. L'abbé Journiac donnait • les leçons dans la pension, et ii s'attacha les cœurs de ses élèves. Sa ferveur, pendant sa dernière maladie, fut extrême. « Les mouve- « ments de son âme envers Jésus-Christ, sa « très-sainte Mère et notre bon saint Joseph, « écrivait l'abbé Eude à M. le curé Dubois, « furent d'une vivacité entraînante. Onare- « marqué surtout une amende honorable à « Jésus crucifié, en réparation de son erreur, « qui fendait le cœur, tant il y avait de force « de foi, de vivacité d'expression; il tenait « un crucifix entre ses mains. Le mardi 11 « (mars), je lui donnai l'extrême onction et « le saint viatique ; pendant le Te Deum, ses « yeux restèrent constamment et vivement « fixés sur la sainte hostie ; il prononça avec « force le verset : In te, Domine, speravi, « non eonfundar in œternum... » M. l'abbé Eude termine ainsi : « Bénissons le bon Dieu, « mon cher confrère, et demandons une sem- « blable fin. Si cet événement afflige votre « cœur, il doit bien consoler votre foi ; vous « avez été l'instrument de sa conversion, « comment ne seriez-vous pas l'objet de son « attention toute spéciale du haut du ciel ?.. » Nous nous sommes arrêté sur ces détails, parce qu'ils peuvent être une consolation pour les gens de bien que les scandales de Clultel ont contristés. On peut les opposer à la fin déplorable que fit, le 29 janvier 1835, Jean-Roch Mérigot, plus connu sous le nom d'apôtre Roch. Voy. Mérigot.

JOUSSE (Daniel), conseiller honoraire au châtelet d'Orléans, né dans cette ville le 10 février 1704, mort le 21 août 1781, s'est fait une réputation distinguée par ses travaux et ses lumières en matière de jurisprudence. Il fut l'émule et l'ami de Pothier. Peu d'auteurs ont été plus cités de leur vivant, surtout dans les matières criminelles. On a de lui : Traité de la juridiction des présidiaux, tant en matière civile que criminelle, avec un recueil de règlements, Paris, 1764, in-12 ; Nouveau commentaire sur redit du mois d'août 1695, concernant la juridiction ecclésiastique, avec un recueil des principaux édits, ordonnances et déclarations relatifs à la matière, Paris, 1767, 2 vol. in-12 ; et d'autres ouvrages estimés, mais qui se ressentent néanmoins de la précipitation et de l'esprit compilateur de ce siècle. La liste complète de ses ouvrages, dont la plupart sont classiques en jurisprudence, se trouve dans les Lettres sur la profession d'avocat, de Camus.

JOUVENCY (Joseph), jésuite, né à Paris le 14 septembre 1643, professa les humanités à Caen, à La Flèche et à Paris, avec un succès I >eu commun, et mourut le 29 mai 1719 à Rome, où ses supérieurs l'avaient appelé pour y

continuer YHistoire de la société. Il eut des disagréments, parce qu'il pensait à peu près comme le chancelier de Chiverny, sur le compte de son confrère Guignard ( Voy. ce moti, quoiqu'il détestât la doctrine du tyrannicide , comme il s'exprime lui-môme dans celte Histoire : Flanc doctrinam Ltyrannicidii) detestamur , ut humants divinisque legibus vetitam. «Quand on songe , dit un auteur « moderne, que la plus téméraire des asser- « lions anti-royalistes , imputées aux jésui- « tes, n'est pas comparable pour la hardiesse « aux maximes do la philosophie, honorées « aujourd'hui comme des vérités , et mises « en pratique par l'assemblée nationale, on « est bien tenté de garnir sur le sort de l'es- « pèce humaine... Mânes de Cretser, de Kel- « 1er, de Rusembaum, de Jouvency, dont la « justice séculière a flétri les opinions! pa- « raissez au milieu de nous, pour reprocher « à un siècle sans principes, son inconsé- « quence et son injustice. Votre crime est « d'avoir autorisé des droits vrais ou préten- « dus contre les tyrans; le suprême mérite « de la philosophie est de tourner ses sophis- « mes contre des souverains justes el sa- « ges... Imprudents ! en même temps que « vous accréditiez peut-être une erreur, vous « respectiez l'ensemble des vérités antiques « de la foi. Vous étiez chrétiens. Oh 1 voilà « ce que l'on ne pardonne pas ! A la doctrine « du tyrannicide, que n'ajoutiez-vous celle « de l'athéisme, et vous deveniez les oracles « de la politique. » Voy. Santarel. L'ouvrage du P. Jouvency forme la 5e partie de Y Histoire des jésuites, depuis 1591 jusqu'en. 1616, in-fol., imprimé à Rome en 1710; ce volume est trèsrare. L'historien y traite de la puissance du pape sur le temporel des rois, suivant les principes ultramontains ; cela seul suffisait pour faire condamner cette Histoire en France. Le parlement de Paris la supprima par deux arrêts, l'un du 22 février, l'autre du 24 mars 1713, et probablement ne se serait pas contenté d'une simple suppression , si le roi n'eût déclaré qu'il ne voulait pas qu'on poussât plus loin cette affaire, content de la déclaration faite et adressée à ce sujet par les jésuites, après laquelle le roi, dit l'avocat général { Joly de Fleury) dans son plaidoyer, les a jugés plus dignes que jamais de la protection dont il les honore. L'ouvrage du P. Jouvency est écrit avec autant de pureté que d'élégance ; il a été continué avec succès par le P. Jules-César Cordara, Rome, 1750, 1 vol. in-fol. En 1713, on imprima à Liège un Recueil, in-12, de pièces touchant cette histoire. Ce recueil n'est pas commun. On a encore du P. Jouvency : des Harangues latines , prononcées en diverses occasions , en 2 vol. in - 12 ; un traité De arle discendi et docendi, Lyon, 1692 , in-12, ouvrage excellent, et dont Rollin parle dans des termes très-avantageux, mais que le Traité des études de ce dernier a rendu moins utile. 11 a été réimprimé à Paris, 1778, in-12, chez Rarbou , et traduit en français par M. Lefortier, Paris , 1803 , in-12. On trouve dans la partie qui regarde l'enseignement , des ré-

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