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civil. On tâcha vainement de gagner ce fanatique par la douceur, et on ménagea vainement ses turbulents disciples. La prison seule et les supplices délivrèrent le Paiatinat d'une peste qui commençait à l'infecter: tant il esl vrai que In rigueur bien dirigée ne sert pas à propager les sectes, comme de faux politiques l'ont avancé, mais qu'elle les étouffe dans leur berceau.

KECKERMANN Barth£i imi), professeur d'hébreu à Heidelb Tg, et (le philosophie à Dant/.ig, sa patrie, mourut dans cette ville en 1609, a 36 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, recueillis à Genève, 161V, 2 vol. infol., qui ne sont que (Ips compilations. Les plus connus sont deux Traités sur la rhétorique ; le premier publié d'abord en 1600, sous le titre (le Rhctoricce ecclesiasticœ libri duo, et le deuxième en 1606, sous le titre de Systema rhetoricœ. Ces deux productions sont assez méthodiques.

KF1T1I (Cieorges), fameux quaker ou tremblcur, né en Ecosse d'une famille obscure, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique:, fut presbytérien, puis quaker, ei se distingua par la bizarrerie de ses opinions. 11 niait l'éternité des peines de l'enfer, enseig ait la métempsycose, et plusieurs autres idées extravagantes. Celle des deux Christs (l'un terrestre et corporel, tils de Marie, né dans le temps ; l'autre spirituel) céleste et éternel, résidant dans tous les hommes, depuis la constitution du inonde ) lui causa de longues et fAcheuses alfaires. Il parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Amérique, semant partout ses lêveiies, qu'il mêlait avec les vérités les plus augustes. Cet insensé fut plusieurs fois condamné sans vouloir sesoumet'.re. D ' retour en Europe en 1694, il parut au synode général de la secte des trembleurs, tenu à Londres la même année, et y fut condamné malgré son enthousiasme et son babil. Quelque temps après, il rentra dans l'église anglicane, et publia un livre intitulé : Examende l'état des quakers, Londres, 170 , in 8°, pour prouver son orthodoxie, il mo rut dans l'obscurité. Voyez les Acla eruditorum, année 1703, p. 390 ; Walcn, Bibliothcca theolog. sel., tom. II ; le P. Catrou, Histoire du quakérisme.

KELLER (Jacques), Cellarius, jésuite allemand, né à Seckingen, dans le diocèse de Constance, en 1568, mort à Munich, en 1631, professa avec distinction les belles-lettres, la philosophie, la théologie, devint recteur du collège de Ralisbonne, puis de celui de Munich, et fut longtemps confesseur du prince frère de l'électeur et de la princesse de Bavière ; il se signala dans les conférences de controverse, et disputa publiquement avec Jacques Hailbrunner, le plus célèbre ministre du duc de Neubourg. On a de lui divers ouv.ages contre les luthériens et contre les puissances qui faisaient, en leur faveur, la guerreaux princes catholiques d'Allemagne. Il s'y déguise souvent sous les noms de Jacob S'jlvanus, Fabius Hercynianus, par allu-

m au lieu de sa naissance qui est da:is la i-Noire, d'Aurimouiius (traducti..n du

mot Goldberg, nom allemand de sa mère), etc. Son ouvrage contre la France, intitulé Mysteria politica. 1625, in-4°, fut brûlé par sentence du ChAtelet, censuré en Sorbonne, et condamné par le clergé de France. Keller n'avait pu comprendre, sans recourir aux mystères de la politique , pourquoi la France prenait parti pour les hérétiques en Allemagne, tandis qu'elle les brûlait che? elle; cela était effectivement peu facile à comprendre en bonne logique ; et, ce que ni le Cnâtelet, ni la Sorbonne, ni le clergé n'ont expliqué, le cardinal de Richelieu eût pu le faire ; mais il ne l'eût fait, comme Keller., que par les mystères de la politique. On a reproché h ce dernier quelques maximes contraires à l'indépendance des rois; et c'est ce qui a fait condamner ses ouvrages au feu par le parlement de Paris. Voy. Jouvexcy, Santarei.. Voyez aussi la Bibliothèque du P. Sotwell et le tom. l'T p. 202 du Dictionnaire des livres condamnés au feu, de Peignot. Un des écrits les plus curieux de Keller a pour titre : Tyrannicidium seu scitum catholicum de tyranni internecione, Munich, 1611, in -4°, où l'auteur s'attache à laver les jésuites du reproche d'avoir enseigné le régicide.

KELL1SON (Mathieu), théologien catholique anglais, né l'an 1560 dans le comté de Northampton, fut élevé dans les collèges anglais de Douai , de Reims et de Rome, et prit le degré de docteur, en 1589 à Reims, où il occupait la chaire de théologie, après avoir occupé pendant sept ans la même chaire à Rome. Quelques années plus tard il fut nommé chancelier de l'université. Devenu président du collège de Douai, il rétablit les alfaires de cette maison, que la mauvaise administration de son prédécesseur avait dérangées. Comme on l'accusait d'être favorable au serment d'allégeance condamné par le pape et sur lequel les catholiques d'Angleterre étaient divisés , il répondit à cette accusation , en 1617, dans un traité sur le droit des princes et des évêques, où il traçait les limites qui sépan nt les deux puissances. Le docteur Kelli>on mourut à Douai en 1641, laissant les ouvrages suivants : Plan de la nouvelle religion, Douai, 1603, in-85; Réplique à la Réponse de Suteliff à l'Examen de la nouvelle religion, Reims, 1608, in-8° ; Oratio coram Henrico IV, rege christianissimo; Le Bâillon de l'Evangile réformé : ouvrage qui opéra de nombreuses conversions parmi les protestants ; Examen reformations prœsertim calvinisticœ, Douai, 1616, in-8J; Le droit et la juridiction du prince et du prélat, 1617-1621, in-8J; réimprimé avec des additions en 1623; Traité de la hiérarchie de l'Eglise contre Vanarchie de Calvin, 1629, in-8u; Instructions courtes et nécessaires pour les catholiques d'Angleterre touchant leurs pasteurs, 1631; Commentariusin tertiam partem Summœ sancti Thomœ, 1632,in-fol. LesPèresKnott et Floyd, jésuites, ayant attaqué Kellison, parce qu'il avait suutenu la nécessité d'établir un gouvernement épiscopal dans chaque église national .', et spécialement eu Angleterre, virent leurs écrits condamnés par l'archevêque de

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Paris, ï& faculté de théologie et l'assemblée français et qui parut manquer de méthode et

du clergé de France, en 1631. de précision. La province de Hollande l'avant

KELLY (John), savant ecclésiastique an- député aux états-généraux, il y fit preuve ce

glais, né l'an 1750 à Douglas dans l'île de connaissances solides et variées. Outre plu-

Man, reçut les ordres sacrés en 1776, fut mis sieurs dissertations latines, roulant pour la

d'abord ai la tête d'une congrégation, devint plupart sur des matières de jurisprudence,

en 1779 gouverneur du marquis de Huntley, on a de lui : un mémoire De l'influence qu'ont

fils du duc de Gordon, fut ensuite vicaire exercée les événements politiques ainsi que les

d'Ardleigh, et enfin recteur de Copford près opinions religieuses et philosophiques, depuis

de Colchesler. De bonne heure il s'adonna à 25 ans , sur les lumières, la religion et les

l'étude de la langue de son pays, qui est un mœurs des peuples de l'Europe, couronné en

dialecte de la langue celtique. A l'âge de 17 1818, par la société teylérienne de Harlem;

ans, il entreprit de rédiger les règles grain- un Essai sur la nécessité des idées religieuses

maticales et un dictionnaire de cette langue, et de leur pratique relativement aux vertus

L'évêque de Sodor et de Man ayant fait exé- morales, qui lui valut, au concours de 1801,

cuter pour les naturels de l'île une traduc- un accessit avec une médaille d'argent.

tion de divers livres religieux , notamment KEMPH (Nicolas), dit de Strasbourg, parce

de la Bible, chargea Kelly de revoir ce travail qu'il y vit le jour en 1397, étudia la philoso-

et d'en surveiller l'impression , qui fut ter- phie à Vienne en Autriche, y fut reçu maî-

minée en effet sous sa direction en 1772. En tre-ès-arts, et se fit chartreux le 6 septembre

1803, il publia une Grammaire pratique de 1440. 11 exerça les fonctions de prieur dans

l'ancienne langue gallique ou de l'île de Man, plusieurs maisons de son ordre , et mourut

vulgairement appelée le Manks, et il faisait im- centenaire en 1497. 11 avait composé un grand

primer un Dictionnaire triglotte des langues nombre d'écrits, entre autres : Regulœ gram-

erse, irlandaise et manks, lorsque l'incendie maticales; Disputata super libris posteriorum

de la maison des imprimeurs Nichols anéantit Aristotelis; Tractatus tripartitus de studio

les fruits de ses travaux. Kelly mourut du theologiœ moralis, inséré dans le tome IV de

typhus le 12 novembre J809. la Bibliothèque ascétique du Père Bernard

KEMP (Jean-Théodore van der), mission- Pez, imprimée en 172'»., in-8°, à Ratisbonne; naire protestant, né l'an 1748 à Roterdam, Alphabetarium divini amoris de elevatlone embrassa d'abord la carrière militaire, puis mentis in Deum, ouvrage attribué par plucelle de la médecine, et publia à Edimbourg, sieurs à Thomas à Kempis, par les bénédicoù il avait pris le grade de docteur, un ou- tins à Martin de Cybs ou Zips, par les domivrage latin sur la cosmologie, iniitulé : Par- nicains à Jean Nidèr; Tractatus de discretione, menides. Après s'être établi comme médecin inséré dans le tome IX de la Bibl. asc. du à Middelbourg, il renonça aussi à cet état en Père Bern. Pez; Tractatus de modo perveniendi 1791, et se retira avec sa famille à Dordrecht. ad perfectam Dei et proximi dilectionem ; Li- Le malheur qu'il eut de voir périr sa femme ber sermonum super epislolas et evangelia toet sa fille dans une partie de plaisir sur la tius anni, in-fol.; Sermones in festa sanctorivière de Merwede, tourna toutes ses pen- rum; Tractatus super Orationem dominicain, sées vers la religion, et il composa un ou- Symbolumapostolorum et Decalogum. vrage : La Théodicée de saint Paul, qui fut KEMPiS (Thomas H^mivierlein ou H^empubliée en 1798 par la professeur Krom. Van merchen), en latin Malleolus (dit. de ou ai, der Kemp prit la résolution d'aller prêcher né de parents pauvres, au village de Kemperi, l'Evangile aux peuples païens , et il s'offrit diocèse de Cologne, en 1380, fut disciple de pour ce but à la Société des missions de Lon- Florent Radewyns, recteur de la congrégadres, qui l'envoya au Cap de Bonne-Espé- tion des frères de la vie commune. Voy. Gérance, afin de convertir les Hottentots au rard Groot. Il entra en 1399 dans le mochristianisme. La mission qu'il fonda à Bé- nasière des chanoines réguliers du Montthelsdorp eut peu de succès, ce qu'il faut Saint-Agnès , près de Zwoll , dans l'Overattribuer en partie aux obstacles qui lui furent Yssel, où son frère était prieur. 11 fut fait suscités parlescolons hollandais, quivoyaient prêtre en 1413. Ses actions et ses paroles à contre-cœur instruire les indigènes, déjà portaient à la vertu. Doux avec ses confrères, peu disposés à la soumi>sion. Ne trouvant humble et soumis avec ses supérieurs, charipoint d'appui dans les autorités, il revint au table et compatissant envers tous, il fut le Cap, où il mourut le 7 décembre 1811. modèle de cette piété aimable qui change en

KEMPER (Jean-Melchior) , jurisconsulte paradis l'enfer de ce monde. Son occupation hollandais, né le 26 avril 1776 à Amsterdam, principaleélaitdecopierdesouvragesde piété, mort subitement le 20 juillet 1824, professa et particulièrement la Bible. Il fit aussi pluie droit naturel et le droit des gens à l'uni- sieurs manuscrits admirables sous le rapversité de Leyde, et prit une part très-active port calligraphique. Il composa en outre des au mouvement insurrectionnel qui s'organisa ouvrages de piété. Ceux que nous avons de dans sa patrie sur la fin de 1813 contre la lui respirent une onction, une simplicité, puissance de Napoléon. Plus tard il contribua qu'il est plus facile de sentir que de peindre, à l'organisation des universités et des collé- Les meilleures éditions que nous en ayons ges. Nommé membre de la commission char- sont celles de Sommalius, jésuite à Anvers, gée de préparer la législation du nouveau 1600 et 1615, 3 vol. m-8°. La plus grande royaume des Pays-Bas, il rédigea le projet de partie de ces excellentes productions a été Code civil, dans lequel il s'éloignait du Code traduite en français par l'abbé de Bellegarde,

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sous le titre do Suite de l'Imitation de Jésus- Christ, in-2'i ; et par le P. Valette, dortri-

aaire, sous celui d'Elévation à Jésus-Christ

sur mi vie et ses mystères, in-12. Les titres des originaux sont : Soliloquium animœ; Vallis liliorum; De tribus tabsmaculis; Gemitut et suspiria anim>r panifientis; Cokortatio ssd */>iritmilrm profectum. Thomas A-Kempis .ivait

été sous-prieur (1498), puis prieur de sot moftastère (4448); il mourut saintement <n 14T1, à M ans. Son principal ouvrage est, selon quelques Crilî [Ues, le livre de Y Imitation de Jcsus-Clirist, qui ne prêche que la douceur et laconeorde, et qui a été un sujet

de querelle entre les bénédictins de Saint-

Maur et les chanoines réguliers de Sainte- Geneviève. Vol/, Gabriel Naudé , Gersen ,

A MORT, Q( "ATUEWAIRE, RoSWEIDE. Cet OU-

vrage admirable, malgré la négligence du style, touche beaucoup plus que les réflexions pétillantes de Sénèque, les arides moralités d'Epirtète et de Marc-Aurèle. 11 charme à la fois le chrétien el le philosophe. 11 a été traduit dans toutes les langues, et partout il a été infiniment goûté. 'On rapporte qu'un roi de Maroc, l'avait dans sa bibliothèque et qu'il le lisait avec complaisance. Voy. Sclpoli. La première édition latine est de 1492, in-12, gothique. 11 en existait alors une vieille traduction française, sous le titre de VInternelle consolation, dont le français a paru à quelques critiques aussi ancien que Thomas A-Kempis ; mais il parait qu'il est d'une date postérieure. L'abbé Lenglet a tiré de cette ancienne traduction un chapitre qui n'était pas dans les versions latines. Ce livre de VInternelle consolation a été imprimé plusieurs fois dans le xvie siècle, in-8". M. l'abbé Valart publia une jolie édition de Y Imitation, chez Barbou, en 1758, in-12; mais en voulant mettre en bon latin les expressions négligées et un peu barbares, ou qui lui paraissaient telles, en réformant ou supprimant celles qui démontrent que l'auteur était allemand, non-seulement il défigura l'original, mais il en affaiblit l'onction et déiogea à sa précieuse simplicité. Voy, Valart. Beauzée opposa à cette édition une autre, conforme au texte primitif, et très-bien imprimée chez Barbou, 1787. Avant Valart, le protestant Castalion avait dénaturé cet ouvrage précieux d'une manière bien plus condamnable, en retranchant ou réformant tout ce qui était contraire aux erreurs de sa secte. On comprend ce que le quatrième livre, qui traite de l'eucharistie, est devenu dans cette opération. L'élégance grammaticale qu'il a substituée à la simplicité de l'original, a fait de tout l'ouvrage un didactisme aride, sans onction et sans suc. Yerœ pietatis gustum non habuit , dit le P. Sammalius, persuadendi efficaciam ademit, nervos virtutis incidit, denique ipsam quasi animam authoris elisit. Nouvelle preuve que l'hérésie ne doit ni traiter de pareilles matières, ni toucher à de pareils ouvrages. Voy. Barral, Labadie, Pascal. Bassompierre adonné, a Liège, une bonne édition de ce livre, en 1783. Celle d'EIzévir, in-12,

à Leyde, sans date, avec deux figures au frontispice, est rechercher. H y en a eu aussi une édition au I. ouvre, KiiO, in-fol., en gros caractère, dont l'impression est très- Belle; mais, elle n'est pas d'un nsage eoM-

Btoée, cl ne pcul servir que dans les randes bibliothèques. Une des plus belles éditions, parmi les différentes versions françaises

qu'on en a faites, est celle de la traduction de Beu I :'S,ici'. 1663* in-8", avec ligures. Ceux qui désireranl connaître les efforts que les bénédictins ont faits pour enlever cet ouvrage a Thomas A-Kempis, peuvent consulter la dissertation d'Easèfoe Amorl, de l'abbé Ghosquiôre, et du I». Desbillons, sur cette matière. La dernier»;, la plus complète de toutes, a paru en 1780; elle est h la tète d'une édition très-exacte du texte original, mais qu'on aurait dû diviser par versi ts comme les autres; car cette division lient évidemment au style du livre, à la nature et au ton des sentences, el à l'intention de l'auteur, comme on l'a montré dans le Journal historique el littéraire , 15 mai 1788 , p. 108. Le livre de Ylmitation a, depuis sa publication, attiré l'attention des savants, qui ont cherché à en connaître l'auteur. Le premier qui l'attribua à Thomas A-Kempis fut le savant Jodours Budius Uscensius, imprimeur à Paris, mais Flamand de nation. Son sentiment fut suivi par François de Toi, chanoine régulier. D'un autre côté, le P. Pt»> sevin, jésuite, est le premier qui ait atlribué cet ouvrage à J. Gerson, dans son Apparat sacré. Il fut imité par le P. Cajelan, religieux du Mont-Cassin, et par les bénédictins de Saint-Maur. On peut voir la re'at on curieuse de ce point de critique , donnée par dom Vincent Thuillier, bénédictin, à la tète du premier tome des OEuvres posthumes des PP. Mabillon et Ruinart. Les critiques modernes ne se sont pas moins exercés sur cet ouvrage. M. Barbier a publié une Dissertation sur les traductions françaises qui en ont été faites, et M. Gence "a fait paraître des Considérations sur l'auteur de ce précieux livre. Les recherches de M. Barbier sont intéressantes et curieuses ; et les raisons de M. Gence, en faveur de Gerson, qu'il regarde comme l'auteur de l'Imitation, sont solides, quoique peut-être pas toujours concluantes. Elles ne nous ont pas paru démonstratifs, quoiqu'elles aient fait naître bien des doutes dans notre esprit; et nous avons conclu de la lecture de sa dissertation, que l'auteur de Ylmitation a su s'envelopper de tant de ténèbres, qu'on ne pourra jamais le connaître avec certitude. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en rapportant ici ce que disait Y Ami de la religion dans ses numéros 2021 et 203i, à l'occasion d'une réimpression des Considérations de M. Gence. « 11 est, comme « on sait, trois personnages pour lesquels « on revendique principalement l'honneur « d'avoir composé Y Imitation. Ces person- « nages sont Thomas A-Kempis, chanoine « régulier, Jean Gerson, chancelier de l'E- « giise et de l'université de Paris, et Jean « Gersen, abbé de Verceil. L'existence de ce

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« dernier personnage est assez douteuse. Le * manuscrit d'Arone, dans lequel seul Ger- « sen est nommé et qualifié abbé, est le titre « principal qui fait supposer un auteur dis- « tinct du chancelier Gerson. Mais l'histoire « et les monuments se taisent sur Gerson. « On le suppose abbé de Saint-Etienne de « Verceil, contemporain de saint François « d'Assise, et originaire de Cavaglia ou Ca- « nabacum près Verceil; ces suppositions, il « faut l'avouer, ne reposent que sur des in- « dices bien faibles et sur des données fugi- « tives. Le seul témoignage de quelque poids « est le manuscrit d'Arone , manuscrit ap- « porté de Gènes en 1579, el trouvé dans la « maison des jésuites d'Arone, près Milan, « qui était jadis un monastère de bénédic- « tins. Ce manuscrit était regardé comme « très-ancien ; il fut apporté en France en « 1686, et livré h l'examen de 19 savants, « parmi lesquels Sainte-Beuve, le président «Cousin, Ducange , Renaudot, Baluze , « Alexandre, Ellies Dupin, Hardouin, Bul- « leau, Chamillart, Oudin, etc., qui, réunis « dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, « déclarèrent, dans une espèce de procès- « verbal du 28 juillet 1687, que ce manus- « crit avait au moins trois cents ans d'anti- « quité. Mais d'autres savants ont depuis « émis une opinion contraire ; nous citerons « entre autres le professeur Hartzheim, le « chanoine Amort et le jésuite Zaccaria. De « plus, M. Gence ayant reçu de M. Vernazza, « bibliothécaire de Turin," le fac simile de six « pages du manuscrit d'Arone, l'a soumis à « l'inspection de plusieurs savants moder- « nés, qui l'ont jugé du xve siècle. Tel a été « l'avis de MM. Dacier, Gosselin, van Praët( « Petit-Badet, Hase, etc. Dans ce fac simile, « que M. Gence a reproduit dans son édi- « lion latine de l'Imitation de 1826, le nom « fte Gersen n'est même pas bien écrit, et on ^< lirait plutôt Gesen. D'autres manuscrits « portent le nom de Gessen, et quelques-uns « lui donnent la qualité de chancelier de Pa- « ris, ce qui indiquerait (pie ce nom de Ger- « sen était une faute de copisie , et que « c'était Gerson que l'on voulait désigner. « Cependant ce Gersen a eu de nombreux « partisans ; Cajetan , Valgrave , Metzler , « Quatremaire, Deltau, Mabillon, le cardinal « d'Aguirre, Valait, et en dernier lieu Can- «. cellieri, Napione et Grégory ont soutenu « l'attribution de Y Imitât ion à Gersen. Seraitce il vrai qu'ils eussent adopté ce sentiment « parce qu'ils étaient bénédictins ou italiens, « et que l'honneur de leur ordre et de leur « patrie ait influé à ce point sur leur juge- « ment et sur leur critique ; c'est ce qu'il se- « rait aussi injuste qu'impoli de dire de tous. « Quoi qu'il en soit, M. Gence nous paraît « assez fondé dans ce qu'il dit de la faiblesse « des motifs sur lesquels repose l'attribution « à Gersen. L'attribution au religieux A-Kem- « pis est peut-être moins aisée à détruire. «Thomas Heemmerchen ou Hœmmerlein, « eu latin Malleolus, était vers 1380 à Kem- « peu, au diocèse de Cologne, d'où lui vient « le nom d'A-Kempis. 11 lit profession dans

« la maison des chanoines réguliers h Saintece Agnès près de Zwoll dans I'Over-Yssel, et « fut fait prêtre en 1413. Jl mourut en 1471, « en réputation de piëtë, et on lui attribue « plusieurs ouvrages mystiques. M. Gence « lui-même , qui ôte au bon religieux la « gloire d'avoir composé Ylmitation, le cite « < omme auteur d'un assez grand nombre « de sermons, d'un traité de Fidelis dispen- « sator, et d'un dialogue sur le mépris du «monde; du reste, il le considère surtout « comme un habile calligraphe. A-Kempis, « dit-il, copia d'abord des livres de chant, « puis deux Missels, puis une Bible entière « en 4 vol. in-folio, qui se conservait au mo- « nastère du Corps-du-Christ, à Cologne. Il ; « transcrivit ensuite le recueil où, en tête de « plusieurs traités, se trouvent les quatre li- « vres de Ylmitation. Ce recueil est souscrit « de la même formule que la Bible : Finitus « et complétas anno 1441, per manus fratris « Thomœ Kemp. il est assez remarquable « que la môme formule se trouve sur la « Bible transcrite par le bon religieux en « 1439, sur le Missel, et sur les opuscules de « saint Bernard, copiés également par lui. « D'où M. Gence conclut que A-Kempis n'a « eu d'autre part à Ylmitation que de la co- « pier avec plus d'habileté et u'intelligence. « Le mot per manus semble en effet indiquer « un travail tout à fait manuel. Dans la chro- « nique du couvent de Sainte-Agnès, d est dit « que A-Kempis écrivit la Bible en entier, « et beaucoup d'autres livres, pro modo et « pretio, c'est-à-dire sans doute pour l'usage « de la maison, et pourlecéder moyennant un « prix à d'autres communautés : c'était un « des revenus de la maison. Le recueil connu « sous le nom de manuscrit d'Anvers exi- « stait chez les jésuites de cette ville, et a « servi aux célèbres Bollandistes. Quatre édi- « tions principales ont été faites sur ce ma- « nuscrit par Sommalius, Bosweyde , Bol- « landus etChifflet; elles ont é!é plusieurs « fois réimprimées, et passent pour les [dus « soignées. Néanmoins M. Gence, dans son « édition latine de Ylmitation, y a remarqué « des variantes plus ou moins vicieuses. Ce « manuscrit d'Anvers, dit M. Gence, est le « plus ancien connu avec le nom de Kempis; « celui d'Augsbourg de 1^40, supposé sans « nom par Bollandus, est réellement ano- « nyme. Il n'en a pas été produit d'antérieur « pendant et depuis la contestation élevée « au xviT siècle entre Fronteau, Quatremaire « et Naudé, sur l'auteur de Ylmitation. Fron- « teau, qui était parent d'A-Kempis, obtint « un arrêté du parlement de Paris, du 12 « février 1652, qui, sur la contestation entre « les chanoines réguliers et les bénédictins, « ordonnait que les livres de Ylmitation se- « raient dorénavant imprimés au nom d'A- « Kempis, et défendait d'y mettre le nom de « Gerson; jugement qui n'a pas 'empoché « que plusieurs éditions aient paru depuis « sous le nom de Gerson. Le manuscrit que « Ghesquière a fait connaître et qui a ap- « parte nu depuis à van Hultem, ne porte de « date plus ancienne, avec désignation de

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