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revint à Hapen , près de Kiel , pour y exercer les fonctions du ministère évangélique, fit ftrtpeîé, en 1725 , à Copenhague comme pasteur de l'église de la garnison, et mourut le V juillet 1728 , laissant un grand nombre d'écrits, doni on trouve la Rsle dans Ade- Iung et IV'tlrnniind , elr. Les principaux Sont : Disputatio été Frithrico Àheuolxirbo tlhperatoré, 80 Alexundro III pmitifice pedibus non concnlcalo , Kiel, 1701, iii-V" ; Dispulaiio an Aristotclcs dortrinœ moralis démonstration) m in ineerto êtatuetii , Kiel , 1700 , in-4-°; tiîss&rtatio ds mrriti.i nostratiiiin in studiutn mytkicum, Osnabruck, 1714; Dissrrtntin rhrlorica de parabolis CHristi proph'liris, Kiel, 1708, in-'.°; Prodromus clavis propheltcœ , Kiel , 1712, in-V° ; Spécimen recreationum osnabrugrnsium de consensu parabolarum virgilianarurn cum sijmbolis llcbrœorum H Mgyptiorutn , Osnabruck, 1716, in-V°.

KOFFLER (Jean), missionnaire en Cocbinchine, où il demeura 15 ans, parvint à être médecin du roi , emploi qu'il exerça pendant sept ans. Ayant quitté ce pays en 1755 pour revenir en Europe, il fui arrêté en Portugal. Il profita du loisir de sa détention [tour rédiger des mémoires sur son voyage. 11 résulta de son travail une Description succincte de la Cocbinçhine. Le P. Eckart la divisa en cbapitres, et fa publia avec des notes. M. de Murt la ût réimprimer en 1805 , sous ce titre : Joannis Ko [fier historica Cochinchinœ descriplio, in epitome redacta ab Ans. Eckatt , edente Chr. de Murr , 126 pages in-8°. Kofller , ayant recouvré sa liberté, fut envoyé en mission en Transylvanie, et y passa le reste de ses jours. Il mourut en 1780. On trouve dans l'introduction de son ouvrage quelques particularités qui lui sont personnelles. Il y donne aussi des détails sur le collège Cléraenlin à Prague, tenu alors par les jésuites.

KOHLMANN (le P. Antoine) , jésuite , né à Koisersleberg, près Colmar, le 13 juillet 1771 , fit ses premières études à Colmar, et lorsque la révolution eut éclaté en France, il alla faire sa thé dngie à Fribourg. Il exerça successivement les fonctions du saint ministère à Hagenbrunn, près Vienne, à Vicence et à Pavie , et fut attaché à des maisons d'éducation à Dillingen, à Berlin et à Amsterdam. En 1805, il alla faire son noviciat clic/ bs jésuites de Dunebo^rg en Russie, et, dès la seconde année de son épreuve, il fut envoyé aux Etals-Unis, où il déploya pendant 22 ans le plus g and zèle. Il était recteur de l'église de Saint-Pierre à New- York , en 1813, lorsqu'il fut cité en justice pour découvrir les auteurs d'un vol. Il refusa de répondre , par le motif qu'il ne connaissait les faits que par l'exercice de son ministère. C'était une question toute nouvelle aux Etats-Unis et devant des juges protestants. Mandé le 8 juin 1813 devant le grand jury, le P. Kohlmann en prit occasion d'exposer dans un discours ia doctrine catholique sur la matière du secret de la confession. Ses raisons furent accueillies, et il fut dispensé de parler. II avait oublié à

ce sujet une brochure intitulée : Question catholique en Amérique. Peu de temps après, il publia un autre oposeuh contre les unitaires et contre un nouvel évangffe qu'ils avaient fabriqué. iOrsq le Léon XM ren il le collège romain aux jésuites, le P. Kohlmann y lot appelé pour professer la théologie. Il occupa divers autres emplois, et s'ap liqua dans ses dernières années à i'exercice du ministère dans la maison profess >. Léon XII le lit COnsulteur des congrégations des affaires ecclésiastiques, et Grégoire XVI le nomma qualificateur de l'inquisition. Il mourut le 10 avril 1836. M. Tbeiur, que le P. Kohlmann avait converti au catholiéism s, lui consacra une notice dans les Annales des sci nces religieuses de Rome.

BLOORNHERT. Voy. Cokniiert.

KOPPE ( Jea\-Hemami\) , pasteur luthérien, né le 19 août 1750, à Danfzig, lit ses études dans le g.mnase de cette ville et dans les universités de Leipzig et de Gœttingue. La recommandation de Heyne lui fit obtenir, en 1774- , une chaire de Tangue grecque au collège tout nouvellement formé de .Viittau, et l'année suivante il remplaça Zachariœ dans la chaire de théoloue deGœttingue. En 1777, il joignit à son tire de professeur ceux de piédicateur de l'univ rsité et de di.eeteur du séminaire pour la p édica ion. En 178i, il passa à Gotha comme surinlen lant général, conseiller du consistoire supérieur, et premier pasteur, et il reçut le diplôme de docteur en théologie. Enfin, en 1787, il fut nommé par le gouvernement' de Hanovre prédicateur de la cour et conseiller au consistoire. Knppe mourut le 12 février 1791 , à 40 ans. On lui doit : une édition manuelle du Nouveau Testament, sous le titre de Novum Testamentum, grœce, perpétua annotationc illustrata , Gœttingue , 1778-1785 , k vol. grand in-8° ; réimpr. en 1791. Le premier volume est de T.-C. Tychsen , les trois derniers de Koppe. Cette édition est estimée des protestants ; des Dissertaiions sur différents sujets relatifs aux Ecritures , entre autres : De critica Veteris Testamenti caute adhibenda, 1769; Ad Matth. xn , 23, de peccato in Spiritum Sanctum, Gœt'ingue, 1781, in-8°; Saper evangelio saneti Marci, Gœrtingue , 1162, in-4° ; Marcus non epitomator Malthœi, 1783 , in-i°, etc.; une traduction en allemand de 17saïe (anglais) de Lowth, Leipzig, 1779 et 1780, 3 vol. grand in 8". Cette traduction, précédée d'une introduction, est accompagnée de remarques critiques, philologiques et autres, pour l'intelligence du texte; des Sermons, Gœttingue , 1792 et 1793, 2 vol. in-8° ; Que faut-il pour que la prédication soit édifiante? Gœttingue, 1778, grand in-8°. Koppe composa en outre le Livre dédiants chrétiens, Gœttingue, 1789, in-8°, et prit une grande pari à la rédaction dm Nouveau catéchisme d'Hanovre.

KORDES (Berene), né à Lubeck le 27 octobre 1762, étudia dans cette ville, puis à Kiel et à Leipzig, où il reçut les leçons de Geyser et de Reiz. Pourvu du gradé de docteur en philosophie en 1786, il donna, l'année suivante, à Iéua, des leçons d'exégèse des

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livres de l'Ancien Testament et des auteurs KOTTER (Christophe), corroyeurde Spro-

pro fanes anfiens. En 1789, Kordes alla pro- tau en Silésie, devint fameux dans le parti

fesser le même enseignement à Kiel où il protestant par les visions qu'il disait avoir.

coopéra en même temps à la Gazette des Commenius ayant fait connaissance avec

savants, et il fut bientôt nommé bibliothé- lui, se rendit promulgateur de ses prophé-

caire do l'univers;té. C'est dans cette ville tics. Comme elles annonçaient de grands

qu'il mourut le 5 février #8Sf. On a de lui : malheurs à. la maison d'Autriche , et de

Caractéristique fidèle des écrits d'Agricola grands avantages à ses ennemis, on le mi*

Eishben, Alfnna, 1817, in-8" : ce morceau au pilori à Breslau, en 1627, et on le bannit

de théologie rr tique fut rédigé à l'occasion ensu'te des é'ats de l'empereur. Cette légère

du tro;sième jubilé sécula're de la réforma- punition ne le corrigea pas. Il passa dans la

tion; Ohserrationum in Jonœ oraculo speci- Lusace, et y prophétisa jusqu'à sr| mort,

men, Iéna, 1788; Ruth ex versionc LXX in- arrivée en 1647, à 62 ans. Commenius pu-

lerpretum secundum exemplar vaticanum bl:a les délires de ce visionnaire, et ceux de

recognitum a L. Bos : accedit periocfia in Drabitius et de Christine Poniatovia, sous

gua de Rulhœ historia e.rponit, Iéna, 1788; le litre de Lux in lenebris, Amsterdam, 16£5.

Plauti comœdiœ duce (Capitcivei , Trinum- L'édition de 1657 est beaucoup moins ample.

mus), ex recensione J.-Fr. Gronorii, Iéna, KRANTZ ou CRANTZ (Albert), chroni-

1788; M. Acciiis Plautus et Frcd. Wolfnang queur allemand, professeur de philosophie

Reiz. Kiel, 1703; Dictionnaire des écrivains et de théo'ogie à Rostork, ruis doyen de

du Slcswig-Holstein et du floJstein-Eutin ac- l'église de cette ville, qui était sa patrie,

tuellnnent vivants, Sleswig, 1707 ; une tra- naquit vers le milieu du xve siècle, fut em-

duction de l'ouvrage suédois d'Eberhart Sur ployé par les villes ansi'atiques dans diverses

Vétat des beaux-arts chez les Romains, avec négociations, et s'en acquitta avec autant

des additions. Alloua, 1801, in-8\ d'intelligence que de zèle. II était l'arbitre

KOKTHOLT (Christian), fameux théolo- des différends, la ressource des pauvres et

gien r rotestant, né en 1633 à Burg, dans l'exemple de son chapitre. Il fut choisi pour

l'île de Femercn, professeur de grec à Ros- médiateur entre les rois de Danemark et de

tock, en 1662, devint vice-chancelier perpé- Holstein , en 1500. Cet homme estimable

tuel et professeur de théologie dans l'uni- mourut en 1517, laissant plusieurs ouvrages.

versité nouvellement fondée à Kiel. Il mourut Les plus connus sont : Chronica regnorum

en 169V, à 61 ans, avec la réputation d'un Aquiloniorum Daniœ , Sueciœ , Norwegiœ,

homme érudit. On a de lui : Tractatus de Strasbourg, 1546, in-fol., réimprimée à

calumniis paganorum in veteres christianos, Francfort dans le même format, par les soins

Kiel, 1698, in-4° : ouvrage curieux et inté- de Jean Wolf; Saxonia, sive De Saxonicœ

ressant pour ceux qui aiment la religion; gentis vetusta origine, Francfort, 1575, 1580,

Tractatus de origine et natura chrislianismi 1621, in-fol. ; Wandali a, sive Historia Wan-

ex mente genlilium, Kiel, 1672, in-4°, livre dalorum, Cologne, 1600, in-fol., réimprimée

non moins curieux aue le précédent : Trac- avec plus de soin en 1619, à Francfort, in~

tatus de persecutionibus Ecclesiœ primitivœ, fol., par Wechel ; Metropolis, sive Historia

yeterumquemartyrumeruciatibus,}^?],!^, ecclesiastica Saxoniœ, Francfort, 1575, 1590

in-4°; Tractatusdereligione ethniea,muhamme- et 1627, in-fol. Elle ne regarde que l'histoire

dana et judaica, in-4°, Kiel, 1665; De Christo de Westphalie de Jutland. Ordo missœ, se-

crucifixo, Judœis scandalo, gentilibus stulti- cundum ritum Ecclesiœ Hamburgensis, Ros-

tia, etc., Kiel, 1678, in-4°; De tribus imposto- tock, 1505, in-fol., etc. Tous l'es ouvrages

ribus magnis liber, Edoardo Herbert, Thomœ de cet auteur offrent beaucoup de recher-

Hobbes et Renedicto Spinosœ oppositus , ches; mais il se perd quelquefois dans les

dont la meilleure édition est de 1701, ih-4°, origines des peuples, quoiqu'il soit le pre-

donnée à Hambourg par Sébastien Kortholt, mier qui ait travaillé à purgpr l'histoire

son fils. L'auteur de ces savants ouvrages se septentrionale des fables dont elle était far-

déshonora par des Traités de controverse, cie. Si ses Histoires ont été mises à l'index,

dont les titres annoncent le fanatisme et la avec la clause donec expurgentur, c'est (pie

fureur. Le papisme plus noir que le charbon; les sectaires les ont défigurées : car Krantz

Le Réelzébut romain ; Le, pape schismati- était très-bon catholique, et mourut avant

que, etc. On trouve la Vie de ce théologien, que Luther eut produit le triste schisme qui

écrite par Joachim Lindeman, son gendre, a désolé l'Eglise d'Allemagne. Voyez les

dans le livre, de Gripping, intitulé : Saccr Mémoires de Ni éron, tome XXXVIII.

decadum septenarius, Leipzig, 1705, in-8°. KRAUS ou KRAUSS (Jean-Baptiste), sa-

— Christian Kortholt, son petit-fils, travailla vant prélat, de l'ordre des bénédictins, na-

auJoumal de Leipzig, jusqu'en 1736, et mou- quit le 12 janvier 1700 à Ratisbonne, prit

rut à l'âge de 40 ans, en 1751, professeur de l'habit monastique en Bavière dès l'Age de

théologie à Gottingen. On lui doit : une 15 ans, et prit alo-s le nom de Jeau-Bap-

Edition des Lettres latines de Leibnitz, en tiste, au lieu de celui de Joseph, qu'il por-

4 vol., des Lettres françaises du même, en tait auparavant. Il vint continuer ses études

un seul vol., et un Recueil de diverses pièces à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés , à

philosophiques, mathématiques et histori- Paris, et, après son retour à Ratisbonne en

cjues de ce philosophe; De Ecclesiis suburbi- 1724, il y fut successivement archiviste, pro-

cariis; De enthusiasmo Mahummedis ; de sa- fesseur, prédicateur, économe, inspecteur

vantes Dissertations; des Sermons, etc. des fabriques de l'abbaye de Sainl-Emmeran,1

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dont il devint prince-abbé le 24 octobre 1742. Il publia de nombreux ouvrages de théologie, d'histoire ou de crilique, dont Meusel a donné la liste, et mourut le 14 juin 1762. Ses principales productions soni : Explication de lu doctrine, catholique, en réfutation de Y Apologie des émigrants de Saltzbourg, publiée sous le nom d'Ant. Fichier , 1733, in-8°; en allemand, avec une trad. de Y Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique, par BoSSUet; Catalogua bibliothecœ Sancti-

Emmeranni, Ratisbonne, 1748-1750, 4 vol.

in-8J; liatisbona monastica, première partie, contenant l'histoire de l'abbaye de Saint- Emmeran, ibid., 1752, in-4°, fig., en allemand; Pacificatio Westphalica seu themata historica de exercitio religionis subditorum, ibi !., 1759, in-folio; Basis firma œdificii Gerseniani, a Franc. Delfau et Joanne Mabillon monachis benedictinis , ann. 1674 et 1677 posila: adjectis animadversionibus in Deductionem criticam Cl. D. Eusebii Amort, ibid., 1762, in-8°; Documenta historica ex Chronico Windeshemensi ord. can. reg. auct. Joanne Buschio et ex Chronico Montis S. Agnetis auct. Thom.à Kempis, quibus ostenditur Thom. à Kempis libelli de I mitât ione Christi auctorem dici non debere, ibid., 1762, in-8».

KROMAYER (Jean), né en 1576, h Dobelen, en Misnie,fut ministre à Eisleben, prédicateur de la duchesse douairière de Saxe, et enfin surintendant à Weimar, où il mourut en 1643. On a de lui : Harmonia Evangeiistarum; Hisloriœ ecclesiasticœ Compendium; une Paraphrase estimée sur Jérémie et sur les Lamentations; elle se trouve dans la Bible de Weimar.

KROMAYER (Jérôme), neveu du précédent, né à Zeitz en 1610, mort en 1670 à Leipzig, où il était processeur d'hMoire, d'éloquence et de théologie, a donné plusieurs ouvrages infectés des erreurs de Luther, entre autres : Theologia positivo-polemica ; Historia ecclesiastica ; Polymathia theologica, etc.

KRÔUST (Jean-Marie), entra chez les jésuites, fut professeur de théologie plusieurs an ées à Strasbourg, puis confesseur de Mesdames de France, en par iculier de madame la dauphine, mère des rois Louis XVI, Louis XV11I et Charles X. Il travailla quelque temps au Journal de Trévoux. 11 mourut à Brumpt en A'sace, l'an 1770. On a de lui un ouvrage latin, 4 vol. in-8°, intitulé : Jnstitutio clericorum, Augsbourg, 1767. Ce sont des méditations pour tous les jours de l'année, très-propres à former les prêtres à la sainteté de leur état, et au mimstèi e de la chaire. Il a paru une cinquième édition de ce livre, sous re titre : Meditationes de prœcipuis mysteriis, etc., Paris, 1836, 5 vol. in- 12. Il a encore dwnné un vol. in-8°, contenant une Bctraite de huit jours, à l'usage des ecclésiastiques ; réimprimée à Fribourg en Brisgau, 1765; a Augsbourg, 1792. On trouve dans ces livres le langage onctueux de l'Ecriture et des Pères.

KKUDENER (Julienne-Vietixghoff, ba-

ronne de), femme d'un gentilhomme livon eu, qui fut ambassadeur de Russie à Madrid, à Copenhague et à Berlin, et qui mourut dans celte dernière ville en 1802, se fit la réputation d'illuminée ou d'enthousiaste. Née en 1766 à Riga en Courlande, d'une famille ■ noble et opulente de celte contrée de l'empire russe, elle était fille du baron de Yietinghoff, gouverneur de cette ville, et arrière petite-fille du célèbre .maréchal Munich. Son père la conduisit à Paris à 1 l'Age de neuf ans, et sa maison devint le rendez-vous des plus célèbres philosophes du jour, parmi lesquels on comptait alors Diderot, d'Alembert, Helvétius et Grimm. A l'âge de quatorze ans elle était citée comme un modèle de beauté et d'esprit, mais on remarquait déjà en elle un caractère ardent et une imagination exaltée. Mariée au baron de Krudener, elle le suivit <;ans différents voyages, notamment à Venise où celui-ci resta plusieurs années comme ambassadeur. Madame de Krudener avait des mœurs légères, mais au fond exemptes de blâme ; elle avait un amour-pi o;;re assez vain pour désirer de faire des conquêtes, et elle se plaisait même à en faire l'énumération. De là une foule d'aventures romanesques dont on trouve les détails plus ou muins amplifiés dans le roman publié par elle sous le titre de Valérie ou Lettres de Gustave de JJnar à Ernest de G...., Paris, 1803; 3* édition, 1805, 2 vol. in-12, ouvrage qui a eu depuis une continuation. (Voy. le tom. XXX des OEuvres du prince de Ligne.) En 1791 elle était mère de deux enfants lorsque son époux rompit avec elle par un divorce. Au commencement de la révi lution française, elle séjourna dans le midi de la France, avec sa belle-fille Sophie de Krudener, mariée depuis à un espapnol. Elle voyagea ensuite en Allemagne, en Suisse, en Italie, et elle était à Berlin en 1805 : elle avait été admise dans l'intimité de la reine de Prusse, et elle fut témoin delà mort de cette malheureuse princesse. Cet événement fit sur elle une forte impression, et elle se jeta tout à coup dans l'enthousiasme religieux le plus exagéré. Disciple du fameux visionnaire allemand Iung Silling, dont elle outrepassa bientôt le mysticisme, elle commença ses excursions à Heidelberg en 1813 ; chassée du royaume de Wurtemberg, elle eut le même sort dans le duché de Bade. Madame de Krudener se présentait sous la forme d'une Madeleine pénitente : elle se disait envoyée de Dieu, pleurait sur les hommes, sur leurs erreurs, sur les siennes, et se croyait Appelée à rétablir sur la terre le règne du Christ. En 1814, elle suivit à Paris l'empereur Alexandre qu'elle appelait Yoint du Seigneur, et qu'elle regardait comme choisi d'en haut pour être le régénérateur du monde. Ce monarque assista plusieurs fois à- la célébration des mystiques exercices de la moderne prêtresse. Madame de Krudener prophétisait, et, il faut le dire, parmi ses prophéties, i1 y en eut quelques-unes qui s;accomplireut; par exemple, la chute de Bonaparte, son re-

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tour de l'île d'Elbe et les événements de Waterloo. Plusieurs grands personnages ont cru qu'elle exerçait sur Alexandre une grande influence, et ils ont été jusqu'à lui attribuer l'idée première de la Sainte alliance. Madame de Krudener n'eut d'autre appui que ses talents et son adresse. La nouvelle prophétesse reprit ses prédications après avoir quitté Paris. Elle s'était associé un ministre de Genève nommé Empeytaz.

On ne saurait déterminer quelle espèce de secte ou de doctrine pouvait résulter des principes d'une dame née dans l'église grecque schismatique, et de ceux d'un ministre de Calvin. Les uns crurent que la secte qu'ils voulaient établir était celle dite des piétistes ; d'autres l'assimilèrent à celle des méthodistes, des puritains, etc., etc.; mais il est prouvé qu'elle ne ressemblait à aucune ; que tantôt Yinspirée parlait de Dieu sans se souvenir de Jésus-Christ, et tantôt menaçait des châtiments du Ciel sans faire mention du Père ni du Fils. Comme elle avait laissé dans le pays de Bade de nombreux prosélytes, elle demanda la permission d'y faire encore une mission : ne pouvant l'obtenir, elle écrivit au ministre du grand-duc une lettre qu'elle fit imprimer, datée du 17 février 1817, et où l'on remarquait, entre autres, le passage suivant : « Je « n'auiai pas à me défendre là où je n'au- « rai pas à traverser le désert de la civilisa- « tion, et à lutter contre des lois réprouvées « parle seul code que je reconnaisse, celui « du Dieu vivant. » Dans une autre lettre au même ministre elle s'exprime de la sorte : « C'est au Seigneur à ordonner, et àlacréa- « ture à servir, c'est lui qui expliquera « pourquoi la voix d'une faible femme a re- « tenti devant les peuples, a fait ployer le « genou au i;om de Jésus-Christ, arrêté le « bras duscéléra1, fait pleurer l'aride deses- « poir, demandé et obtenu de quoi nourrir « des milliers et milliers d'affamés... 11 fallait « une mère pour avoir soin des orphelins, « et pour pleurer avec les mères... une fem- « me élevée dans les demeures du luxé, « pour di.e aux pauvres qu'elle était plus « heureuse sur un banc de pierre, en les « servant... ; une femme s mple et non « aveuglée par le faux savoir et qui pût con- « fondre les sages...; une femme courageuse « qui, ayant tout possédé sur la terre, pût « uire même aux rois que tout n'est rien; « qui détrônât les préjugés et les idoles des « salons, en rougissant d'avoir voulu briller « par quelques misérables talents... » On conviendra aisément que, malgré ce mélange, d'humilité et de vanité, un pareil langage pouva't séduire des gens de bonne loi et surtout des paysans, dont madame de Krudener s'attirait d'atlleurs la vénération par d'abondantes aumônes. En entrant en Suisse, elle s'arrêta à Bàle, et logea à l'auberge du Sauvage, où elle forma des exercices spirituels. Ces exercices, commencés d'abord dans h chambre de madame de Krudener, furent transportés dans la grande salle de l'auberge, qui pouvait à peine contenir les au-

diteurs, dont le nombre augmentait de jour en jour. Après une longue oraison mentale, M. Empeytaz récitait une prière, suivie d'un discours que terminait une autre prière que les assistants faisaient à genoux. Quand on avait fini cet acte prélimina.re de piété, quelques-uns obtenaient une audience particulière de madame de Krudener, que l'on apercevait souvent au fond de plusieurs chambres sombres, à genoux, en habit de prêtresse. Son œil pénétrant observait ceux dont le recueillement et la crédulité donneraient plus de pouvoir à son influence ; elle en fit l'épreuve avec succès sur plusieurs jeunes gens, notamment sur de jeunes demoiselles, appartenant aux familles les plus distinguées. Elles auraient tout sacrifié pour madame de Krudener; mais lès pères et mères ne partageaient pas cet enthousiasme. Les exercices publics et les conférences particulières parurent suspects aux autorités, qui en défendirent la continuation. La prophétesse et son associé, n'ayant pu établir leurs missions aux environs de Bâle, se rendirent dans le canton d'Arau, où ils formèrent un grand nombre de prosélytes. Les paysans désertaient leurs campagnes et venaient écouter les prédications : à ceux-ci se réunissaient une foule de mendiants et de vagabonds ; on remarquait aussi des curieux ou des spéculateurs politiques, qui venaient examiner quel parti ils pourraient tirer de l'enthousiasme qu'excitait la sibylle russe. Mais tous ces rassemblements inquiétèrent à la tin les gouvernements suisses, et la prophétesse reçut l'ordre de quitter le pays. M. Empeytaz, qui commençait à craindre pour sa sûreté personnelle, se sépara de madame de Krudener : elle n'en commua pas moins ses voyages mystiques. Quand elle était expulsée d'un canton, elle passait dans un autre, entraînant à sa suite plus de trois cents personnes, la plupart couvertes de haillons. Elle faisait souvent des haltes, au milieu des bois, sur le haut des montagnes, où, debout sur une pierre, ede catéchisait ses dévots et distribuait des secours aux plus pauvres, suis que le froid le plus rigoureux, la nuige, la pluie, lui fissent interrompre ses prédications. De toutes parts on accourait pour l'entendre, et les mend'ants demandaient en roule où était la bonne dame qui donnait de l'argent et apprenait 4 prier Dieu. Ede occupa quelque temps une maison près de Lucerne, et l'on remarqua qu'elle y recevait beaucoup de lettres qui n'arrivaient pas par la poste, mais par ues messagers qui venaient souvent de pays très-éloignés. En peu de temps elle dépensa en Suisse plus de dix mille florins, et, avant de quitter ce pays, elle reçut des lettres de change pour toucher de grosses sommes, qui devaient sans douie avoir la même destination. Forcé; à Schafl'ouse de quitter, la ville, elle se rendit à pied à Bandegg, demanda Thospiialité pour ele, tandis que sa suite alla loger à l'auberge; mais, au milieu de la nuit, le bailli de Rodolphell lui envo)a l'ordre de partir le lendemain avec tout son

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