‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 23 sur 323 · EPH · texte numérisé non relu

EPH

donné le Surdus loquens (le sourd parlant), imprimé à Harlem en 1692. Longtemps avant le médecin Amman, Jean Wallis avait exercé avec beaucoup de succès l'art de faire parler les sourds et muets, qu'un religieux, nommé Ponce, avait déjà fait connaître en Espagne. Le P. Gaspard Schott a écrit des choses intéressantes sur le même objet, et M. Mercier, dans la notice de ses ouvrages, lui fait honneur de la découverte. L'abbé de L'Épée est mort à Paris, en décembre 1789.

ÉPHRAIM, deuxième fils du patriarche Joseph et d'Aseneth, fille de Putiphar, naquit en Egypte vers l'an 1710 avant Jésus-Christ. Jacob étant sur le point de mourir, Joseph lui mena ses deux fils, Ephraïm et Manassès; le saint patriarche les adopta et leur donna sa bénédiction, en disant que « Manassès sc- « rait chef d'un peuple, mais que son frère « serait plus grand que lui, et que sa posté- « rite serait la plénitude des nations; » et mettant, par une action prophétique, la main droite sur Ephaïra, le cadet, et la gauche sur Manassès. Ephraïm eut plusieurs enfants en Egypte, qui se multiplièrent tellement, qu'au sortir de ce pays ils étaient au nombre de 40,500 hommes capables de porter les armes. Après qu'ils furent entrés dans la terre promise, Josué, qui était de leur tribu, les plaça entre la Méditerranée au couchant et le Jourdain à l'orient. Cette tribu devint, en effet, selon la prophétie de Jacob, beaucoup plus nombreuse que celle de Manassès.

ÉPHRAIM de Nevers, religieux capucin, né à Aux erre, d'une bonne famille, était frère de M. Dechateau des Bois, conseiller au parlement de Paris. Il fut destiné à la mission du Pégu; mais il s'arrêta à Madras, où les Anglais l'accueillirent favorablement. Le succès de ses prédications était tel, qu'il suscita, dit-on, la jalousie de plusieurs ecclésiastiques. On se saisit de sa personne en 1648, et on le jeta dans les prisons de l'inquisition à Goa, où il demeura quinze ou vingt mois. Le pape excommunia le clergé de Goa, jusqu'à ce qu'il eût remis Ephraïm en liberté. Ces menaces restèrent sans effet; mais le roi de Golconde, qui avait conçu une vive estime pour ce religieux, obtint sa délivrance en envoyant une armée assiéger la ville de Saint-Thomé. Depuis cette époque, le P. Ephraïm continua d'exercer le saint ministère à Madras, rendant toutes sortes de services à ses compatriotes * et particulièrement au voyageur Tavernier, qui fait le plus grand éloge de sa piété, de ses connaissances et de son caractère.

EPHREM (saint), diacre d'Edesse, fils d'un laboureur de Nisibe, s'adonna dans sa jeunesse à tous les vices de cet Age. Il reconnut ses égarements, et se retira dans la solitude pour les pleurer. Il y pratiqua toutes les austérités, mortifiant son corps par les jeûnes et les veilles. Une prostituée vint tenter l'homme de Dieu. Ephrem lui promit de faire tout ce qu'elle voudrait, pourvu qu'elle le suivît; mais cette malheureuse, voyant que le saint la menait dans une place publique, lui dit qu'elle rougirait de se donner en

spectacle. Le solitaire lui repondit avec un saint emportement : « Tu as honte de pécher « devant les hommes, et tu n'as pas honte do « pécher devant Dieu, qui voit tout et qui « connaît tout. » Ces paroles touchèrent la prostituée, et dès loi s elle résolut de se sanctilier. Eph em ne resta pas toujours dans sa ;solitude; il alla à Edesse, où il fut élevé au diaconat. La consécration de l'ordination anima son zèle, et ce zèle le rendit orateur. Quoiqu'il eût négligé ses études, il prêcha avec autant de facilité que d'éloquence. Comme les apôtres, il enseigna ce que jusqu'alors il avait ignoré. Le clergé, les monastères, le choisirent pour leur guide, et les pauvres pour leur père. Il sortit de sa retraite dans un temps de famine, pour les faire soulager. Il retourna enfin dans son désert, où il mourut vers l'an 379. Saint Ephrem avait composé plusieurs ouvrages en syriaque, pour l'instruction des infidèles ou pour la défense de la vérité contre les hérétiques; ils furent presque tous traduits en grec de son vivant. 11 écrivit avec force contre les erreurs de Sabellius, d'Arius, d'Apollinaire et des manichéens. On a une très-belle édition en latin, grec et syriaque, de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, en 6 vol. in-folio, publiés à Rome depuis 1732 jusqu'en 1746, sous les auspices du cardinal Quirini, par les soins de M. Assémani, sous-bibliothécaire du Vatican. L'illustre cardinal l'avait chargé de "ette entreprise, dont l'exécution a satisfait le public savant. Cette édition est enrichie de prolégomènes, de préfaces, de notes. Les ouvrages de piété de saint Ephrem ont été traduits en français par M. l'abbé Le Merre, Paris, 1744, 2 vol. in-12. Ses écrits tirent leur principale force du génie et des ligures propres aux langues orientales. Ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'il n'y a rien d'étudié, et que toutes les paroles ne sont, que les effusions impétueuses d'une âme qui s'épanche; on y remarque partout le langage d'un cœur pénétré d'amour, de confiance, de componction, d'humilité et de toutes les autres vertus. L'auteur s'y est peint tel qu'il était; il y paraît uniquement occupé des grandes vérités du salut. Sans cesse il s'humilie sous la main toute-puissante d'un Dieu infiniment saint et terrible dans sa justice; la présence divine lui inspire une frayeur respectueuse; le souvenir du jugement dernier augmente sa ferveur, le porte à pratiquer et à prêcher les austérités de la pénitence, et l'anime à travailler de toutes ses forces pour se préparer un trésor de mérites. Ses paroles impriment dans les âmes les sentiments dont elles sont l'image; elles y portent tout à la fois la lumière et la conviction. Ce n'est point un feu qui produit une chaleur passagère; c'est une îlamme qui dévore et détruit toutes les affections terrestres, qui transforme l'âme en elle-même, et qui continue de brûler sans rien perdre de son activité. « Quel est l'orgueilleux , dit « saint Grégoire de Nysse, qui ne deviendrait « le plus humble des hommes, en lisant ses « discours sur l'humilité? Qui ne serait en-

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