‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 232 sur 323 · T.KG · texte numérisé non relu

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tics de la Bretagne , faisant des recherches dans les archives des monastères et des églises, compulsant les chartes et les anciens monuments. En 1636, il publia : La Vie, (/estes, mort et miracles (1rs Saints de la Bretagne Armorique , ensemble un ample catalogue chronologique et historique des évégues des neuf évèchés d'icelle ; accompagnée d'un bref récit des plus remarquables événements arrivés de leur temps, etc., dédiée aux Etats de Bretagne. Quoique l'auteur n'ait pas assez de critique et se montre quelquefois crédule, son ouvrage est encore utile et recherché. On y trouve , à la suite de la chronologie des évoques, un Catalogue généalogique et chronologique des rogs et des reines, ducs et duchesses de la Bretagne armorique jusqu'au gouvernement de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. Après avoir été imprimé à Nantes, 1636, in-i°, l'ouvrage reparut a Rennes, 1059, in-V" ; corrigé et augm. par messire Autret de Missirien; puis encore a Bennes, 1680, in-V\ Une quatrième édition, revue par M. Graveran, évèquc deQuimper, et enrichie de notes nombreuses par M. de Kenlanet, a été publiée à Brest, 1837, in-i° : mais l'édition est bien moins complète que les précédentes. Le Père Albert Legrand mourut vers 1010. Outre un manuscrit intitulé : Collections pour la vie des saints de Bretagne, qui se conserve dans la bibliothèque de Bennes, on a de lui : La Providence de Dieu sur les Justes, ou V Histoire admirable de saint Budoc, archevêque de Dol ; Admirable Providence de Dieu sur un pauvre homme miraculeusement délivré du naufrage, Bennes, 16V0, in-i° ; Yita sancti Hervœi ; et Vila sancti Majani, imprimées dans le recueil des Bollandistes.

LEGRAND. Yoy. Grand.

LEGUAS. Yoy. Gras.

LEGB1S DUVAL (Bené-Michel), ecclésiastique, prédicateur ordinaire du roi, né le 16 août 1705, à Landerneau en Bretagne, fit ses études au collège Louis-le-Grand. Il entra au séminaire de Saint-Sulpicc, où son oncle le P. Querbeuf , ancien jésuite , lui avait fait obtenir une bourse, et lut ordonné prêtre le 20 mars 1790. La révolution venait d'éclater en France, et quoiqu'elle n'eût point déployé ce caractère terrible qu'elle prit peu de temps après, les malheurs qui se préparaient pour l'Eglise et la monarchie ne tirent qu'enflammer le zèle de l'abbé Legris-Duval. Il respirait encore toute la ferveur de son ordination , lorsque les mesures sévères dirigées contre les ecclésiastiques insermentés vinrent à être mises en vigueur. Vivement affecté du sort des fidèles que la fuite d'un grand nombre de pasteurs laissait sans ressources, l'abbé Legris-Duval ne quitta point la France, et, secondé par un de ses amis, il se retira à Versailles où il exerça les fonctions du saint ministère. Lorsqu'il apprit que Louis XVI avait été condamné, l'abbé Legris-Duval , bravant tous les dangers , partit de cette ville le 20 janvier au soir, se rendit à la commune de Paris , et s'adressant aux membres qui la composaient : Je suis prêtre,

dit-il; j'ai appris que Louis XYI venait d'être condamné à mort: je viens lui offrir les secours de mon ministère. Tant de courage et de générosité ('tonna les membres de la commune : cependant ils allaient lui faire payer' cher cette généreuse démarche, si l'un d'entre eux, nommé Matthieu, qui avait été son camarade de collège, ne l'eût pris sous sa protection, et n'eût répondu de lui. Moins intimidé de l'air farouche avec lequel son Offre avait été reçue, que content d'apprendre que le roi n'avait pas besoin de ses secours, il retourna à Versailles , où il continua, pendant la terreur, à exercer dans la ville et les environs les périlleuses fonctions auxquelles il s'était dévoué. Lorsque l'orage révolutionnaire commença a s'apaiser, l'abbé Legris-Duval fut un des premiers à faire entendre sa voix apostolique. En 1796, M. le duc de Doudeauville lui confia l'éducation de son fils Sosthènes de Larochefoucauld. L'abbé Legris-Duval ne cessa pas néanmoins d'accomplir dans toute leur intégrité les fonctions du sacerdoce, et il se montrait surtout infatigable dans ses exerch es de charité. Pendant la révolution , il avait fait des collectes pour les émigrés. En 1810, lorsqu'un grand nombre de cardinaux furent proscrits en France, ces prélats exilés durent à son zèle et à ses soins des secours trèsabondants. L'abbé Legris-Duval s'était livré aussi à la prédication, et sa parole produisit le plus grand bien. La cour voulut connaître celte éloquence qui opérait partout tant de merveilles. L'abbé Legris-Duval y prêcha plusieurs fois, et y remporta des suffrages auxquels sa modestie était loin de prétendre. Le roi voulut récompenser ses tiavaux en 1817, en lui offrant un évêché : mais il refusa cette dignité, ainsi que la charge d'aumônier ordinaire de Monsieur , et de grand vicaire de Paris. 11 accepta seulement une modique pension de 1500 fr., dont il ne jouit que très-peu de temps. 11 fut promoteur d'une association en faveur des pauvres Savoyards, d'une autre pour la visite des malades dans les hôpitaux , d'une troisième pour l'instruction des jeunes prisonniers, etc. Il mourut le 18 janvier 1819, et ses restes furent enterrés dans l'église des Carmes. Ses Sermons ont été publiés après sa mort, en 2 vol. in-12. Le premier volume, précédé d'une notice intéressante sur sa vie, par M. le cardinal de Bausset , contient son Avent, qu'il prêcha devant le roi en 1816. Cette station est la seule qu'il ait remplie, le mauvais état de sa santé ne lui permettant pas de prêcher des carêmes. Les sermons, au nombre de six, sont remarquables par l'élégance et par la pureté du st , le, par la justesse des pensées, par la sagesse des conseils, et par ce ton d'onction et de piété qui n'abandonnait jamais l'orateur. Le second volume ne renferme que des sermons détachés, qui avaient été faits pour différentes cérémonies, pour des assemblées de charité, pour des réunions pieuses. On y remarque le discours qu'il prêcha en présence du roi, le \h mai 181V, lors du premier service so-

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lennel célèbre pour Louis XVI; le discours l'amasser les matériaux de cet ouvrage, et qu'il prononça la même année dans l'église passa de là on Italie, où les ducs de Toscane, dus Carmes, sur le triomphe des martyrs de Ligurie et d'Est, sortis de la même soudans la dernière persécution, et un sermon chèque les princes de Brunswick, avaient sur la Cène. C'est le dernier discours qu'il leurs principautés. De ret >ur de ce voyage prêcha devant le roi. Les autres sermons de en 1090, il commença à faire part au public ce volume ne sont pas tous également travail- de la récolte abondante qu',1 avait faite dans lés : il y en a que l'auteur n'a prêches qu'une ses savantes excursions. Son mérite, connu seule fois et qu'il n'a pas retouchés. Son élo- bientôt dans to;;te l'Europe, lui procura des quence était entraînante et persuasive. 11 pensions et des charges honorables. L'élecavait une facilité prodigieuse à parler sur teur Ernest-Auguste le fit, en 1090, son contoutes sortes de sujets sans préparation. Mais seiller privé de justice ; il l'était déjà de l'éil excellait particulièrement dans ceux où il lecteur de Mayenceet du duc de Brunswickfallail attendrir les spectateurs sur le sort Lunebourg. En 1090, il fut mis à la tête des des malheureux. D'immenses aumônes associés et. angers de l'académie des sciences étaient chaque année le prix de ses infati- de Paris; il n'avait tenu qu'à lui d'y avoir gables travaux. Dans un salon où l'on devait place beaucoup plus tôt, et avec le titre de faire une faible quête, deux discours non pensionnaire. Dans un voyage qu'il lit en préparés produisirent plus de V0,00\) francs. France, on voulut l'y fixer fort avanlageuse- On a encore de lui le Mentor chrétien ou Ca- ment, pourvu qu'il quittât le luthéranisme; téchisme de F enel on, qu'il composa pour l'é- mais , tout tolérant qu'il était, il rejeta cette ducation du jeune de Laroehefoucauld. Cet condition. 11 inspira à l'électeur de Brandeouvrage devait avoir 3 volumes. Il n'a publié bourg le dessein d'ét.blir une académie des que le premier, où il se borne à exposer les sciences à Berlin, et en fut fait président, principes de la religion naturelle; le second Un champ non moins vaste et non moins devait offrir les preuves de la religion rêvé- glorieux s'ouvrit à lui en 1711. Le czar le vit lée, et le troisième, les caractères de la reli- à Torgau, et ce législateur de barbares traita gion catholique. 11 existe encore de ce pieux Leibnitz avec la considération qu'un sage ecclésiastique plusieurs manuscrits, entre couronné a pour un sage qui mériterait la autres un Traité sur V immortalité de ï âme. couro.me. 11 lui fit un magnifique présent, LEIBNITZ ou plutôt LKIBMZ (Guillaume- lui donna le titre de son conseiller privé de Godefrot, baron de), philosophe et mathé- justice, avec une pension considérable, maticien, né à Leipzig le 3 juillet 1646, eut L'empereur d'Allemagne ne le traita pas le malheur de perdre, à l'âge de 6 ans, son moins généreusement que celui de Russie; père Frédéric Leibnitz, qui état professeur il lui donna le titre de conseiller aulique de morale. Après avoir fait ses premières avec une forte pension , et lui fît desoff.es études, il s'enferma dans la nombreuse bi- considérables pour le fixer dans sa cour. La blioihèque que son père lui avait laissée, et vie de Leibnitz ne fut marquée que par des s'adonna entièrement aux sciences. Poètes, événements flatteurs, si l'on en excepte la orateurs, historiens , jurisconsultes , théolo- dispute d ; la découverte du calcul différengiens, philosophes, mathématiciens furent tiel. Cette querelle couvait sous la cendre l'objet de ses études; il ne donna exclusion depuis 1699; elle éclata en 1711. Les aamiraà aucun genre de littérature. Dès l'âge de 20 tears de Newton accusèrent le philosophe ans, il fut nommé docteur eu droit, et l'uni- allemand d'avoir dé ooé à celui-ci l'invenversité d'Altorf lui offrit une chaire dans tion de ce calcul. La chose n'était pas aisée cette faculté. 11 préféra se rendre à Nurem- à prouver; Keill l'en accusa pourtant à la berg, où étaient réunis beaucoup de savants, face de l'Europe. Leibnitz commença par ré- Là, il s'attacha au baron de Boinebourg, futer cette imputation avec beaucoup d'imehancelier de l'électeur de Mayence, le prince pétuosité dans les journaux de Leipzig, et. d.?Neubourg, et fut, par lecéd tde son pro- finit par se plaindre à la Société royale de lecteur, nommé en 1609, conseiller del .1 chan- Londres, en la demandant pour juge. L'exacellerie. Tout en remplissant les fondions de men des commissaires nommés pour dis cucette place, il se livrait avec ardeur à IVtude, ter les pièces de ce grand procès ne lui fut et publiait sur le droit, la politique, la théo- point favorable. La Société royale donna à lo<de et la physique, des ouvrages qui son concitoyen l'honneur de la découverte; prouvaient quil était également propre à se et pour justifier son jugement, elle le fit imdistinguer dans ces sciences diverses. Trois primer avec toutes les pièces qui pou\ aient ans après (1072), il accompagna à Paris, servir à appuyer l'arrêt. Les autres tribucomme gouverneur, le fils de M. de Boine- naux de l'iiurope savante jugèrent Leibnitz bourg, et trouva ainsi l'occasion d'entrer en avec moins de sévérité , et peut-être avec relation avec les savants les plus distingués plus de justice. Bien des gens pensèrent que de l'époque. L'académie des scien.es lui le philosophe anglais et le philosophe alleproposa de l'admettre dans son sein, s'il vou- mand pouvaient avoir saisi chacun la même lait se faire catholique, ce qu il refusa. De lumière et la même vérité. Ce qui les con- Paris il se rendit à Londres , où .'on s'em- firma dans leur opinion, c'est qu'ils ne se pressa de l'admettre dans la Société royale, rencontraient que dans le fond des choses- Les princes de Brunswick, instruits de ses ce que l'un aope.ait lluxions, l'autre len mtalents pour l'histoire, lui confièrent celle de mait différences. L'infinimeut petit était leur maison. Il parcourut l'Allemagne pour marqué, dans Leibnitz, oar un caractère plus Dict. de Biographie relig. II. 36

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commode et d'un plus grand usago que le caractère employé par Newton, Leibnitz n'apprit qu'avec un chagrin mortel la perte de son procès; et, par une faiblesse qui fait bien voir 'e peu rie ressourcé de la philosophie, ce chagrin le aonsuina peu à peu, et hâta, dit-on, Sa mort «arrivée à Hanovre le 14 novembre 17ic>, dans sa 70' année. Ce philosophe ne s'était point marié, el la vie qu'il menait ne lui permettait guère de l'être. Il ne prenait point s rëjias à ries heures réglées, mais seloii ses études; il n'avait pas de ménage, et était peu propre à en avoir. Il était toujours d'ui e humeur gfiie, mais il se méfiait aisément eu colère; il est vrai qu'il revenait aussitôt. On l'a accusé de n'avoir été qu'un rigide observateur de la loi naturelle, et d'avoir aimé l'argent. Quoiqu'il eût un revenu très-considérable , il vécut foujours assez mesquinement. Sa mémoire était admirable : toujours prêt à répondre sur toutes sortes de matières, il mérita que le roi d'Angleterre l'appelât son Dictionnaire vivant. C'était le savant le plus universel de l'Europe; mais il poussa l'amour de cette universalité si loin qu'il se Ut de fausses idées sur une infinité de choses qu'il n'avait pu approfondir assez pour en avoir de justes. Ce goût qu'il avait pour l'universalité dm talents, et peut-être l'ambition d'être réputé pour un homme qui n'ignorait rien, l'engagea à joindre à ses autres titres de gloire celui de poëte. 11 fit sur la conquête de la terre sainte un poëme qui ne servit qu'à lui donner un ridicule , et à prouver la réflexion de, l'abbé Desfontaines, touchant la difficulté d'allier une grande étude de la géométrie avec les richesses de l'imagination et le génie des belles-lettres; de même que ses idées romanesques et paradoxales vérifient l'observation de Pascal et de Scaliger , touch m1 l'influence de la géométrie sur les autres facultés intellectuelles. Un écrivain a fait, en 183"*, l'analyse suivante de la philosophie de Leibnitz : « L'Allemagne était partagée entre le cartésianisme et le spinosisme 3ui s'y étaient implantés. Le premier se subivisait en spiritualisme pur, puis déchut en scepticisme; le second se perdait dans le panthéisme et l'athéisme. Leibnitz proposa ses principes, qu'on peut réduire à ces trois points: 1° la raison suffisante, qui diffère du principe de la causalité; 2è l'harmonie préétablie ; 3° le système des monades. Quand on irait à l'infini dans l'enc' ainement des choses, dis, ut Leibnitz , on ne parviendrait jamais à rencontrer une raison qui n'eût pas besoin d'une autre raison. Donc ce n'est que dans une cause générale d'où tous les états successifs émanent , du premier jusqu'au dernier , c'est-à-dire dans une intelligence suprême, qu'il faut chercher la raison pieino et suffisante de toutes choses. Dieu ainsi ex-

Eliqcie tout : lui seul est le vrai, le beau, le on absolu; idées modèles que Dieu contemple de toute éternité , car le inonde est son émanation. Il a plu à sa toute-puissaucc de choisir telle série d'ordre et de faits entretous les autres, dont la matière était sus-

ceptible , et si ce monde n'est point exempt d'imperfections, c'est du moins le meilleur des inondes possibles. Dans ce système d'optimisme ,. le mal particulier concourt au bien ^ 'lierai , puisque la r tine des uns enrichit les autres. Il n'est pas même vrai qu'il y ait un mal absolu , puisque ces animaux (pie nous unifiions et immolons pour nos besoins ou nos plaisirs en seront peut-être dédo, mua gés dans une autre existence ; rien n'empêche qu'il n'existe aussi un paradis pour les hèles. Ici Leibnitz établit sn théodïcée, qui , passant de la métaphysique à la tnéologie, cherche à concilier le règne de la nature avec celui de la grâce. Cet optimisme produit néanmoins une morale relâchée* comme Rant l'a remarqué; car on se fait moins scrupule du mal, quand on croit qu'il produira un bien. Du reste, on sait comment Voltaire attaqua avec l'arme du ridicule, dans son roman de Candide, cette partie de la philosophie leibnitzienne. Dérivant en outre le mal moral de l'abus de la liberté chez l'homme, si Dieu le permet, c'est toujours d'après un principe de sagesse et de bonté, en nous laissant la faculté de nous déterminer : aussi Leibnitz disculpe l'homme plutôt qu'il ne justifie la providence; car comment accorder la liberté ave la fatalité , la dépendance des êtres finis et l'imputation morale ? Rant, de même que saint Augustin, et tous ceux qui ont traité de la liberté humaine, ont échoué sur cet écueil. — Par l'hypothèse de l'harmonie préétablie, Leibnitz pose en principe que les deux mondes , le matériel et l'intellectuel , existent toujours séparés, mais se meuvent toujours simultanément, comme deux horloges marchant toujours d'accord , sans que l'une puisse opérer sur l'autre. Ainsi tout corps peut être réduit à l'infiniment petit ; les germes préexistent ; ils ne naissent point et ne meurent point , mais ne font que se développer ou s'envelopper, car nulle Ame n'est séparable d'un corps , si petit que celui-ci puisse devenir, malgré sa disgrégation appelée mort. Toutefois, rien ne meurt réellement ; non-seulement l'Ame, mais l'animal, sont ingénérables et impérissables. Bien plus ils ne sauraient être sans quelque perception , d'où s'ensuit la permanence éternelle du moi (hypothèse développée dans la Palingénésie philosophique de Bonnet). — Nous insisterons peu sur le Principe de, la moindre action, autre hypothèse de Leibnitz, par laquelle Maupertuis a su résoudre diverses questions de cosmologie el de dioptrique. Toutefois , si la nature emploie les moyens les plus simples et les plus directs dans les corps inorganiques , il n'en est point ainsi dans la mécanique animale, par exemple , où les leviers sont de l'ordre le plus désavantageux par nécessité même. — Selon Descartes , la matière , dépouillée de toutes ses qualités qui tombent sous nos sens, l'étendue, la mobilité, la figuration, la coloration, etc., n'est plus qu'un su.slratuin ontologique, le quid ou la quiddité de l'ancienne scolastiquo, une simple capacité ou possibilité de moditica-

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lion, mais Leibnitz la définît une énergie ou forée. Selon lui, la dernière raison du mouvement de la mat oro n'est que cette force imprimée dès la création à tous les êtres , fo-ce limitée par l'opposhinn ou la direction Contran-? des 'autres êtres. Car toute matière n'est point , ne peut pas être dans un repos absolu, comme le veulent les cartésiens : ce principe conduirait à la nécessité d'un panthéisme actif, comme l'a fait voir Spinosa ; mais d'après Leibnitz la matière est, comme substance spirituelle , dans un perpétuel conatus aqcndi ; il ne faut qu'en développer les occasions , comme on l'observe dans les opérations chimiques , où les affinités s'éveiilent d'elles seules. Ainsi , Leibnitz veut que toute substance soit force en soi, et que toute force ou êire simple soit substance (de ipsa Natura, sive de vi insita, dans ses Oeuvres, tome II, part, n, p. i9-52). Cependant personne n'a combattu plus que Leibnitz contre le matérialisme ou l'intelligence active dans la matière. Dans son fameux système des monades , la doctrine du grand philosophe spiritualise toute la nature et la fait émaner de Dieu. Ainsi, d'après Leibnitz, la vraie force active contient en puissance faction elle-même , bien que l'acte ne soit point effectué , mais c'est une entéléchie , un pouvoir capable. — L'âme est une monade, forcé active et libre , qui possède en elle la conscience de son existence et de son énergie ; le moi se sait lui-même, quoique pas toujours clairement, dans beaucoup de circonstances, mais en germeet obscurément comme dans le sommeil, la défaillance. En ces états, l'une enveloppée, ou pour mieux dire, rentrée en elle, ne diffère | oint, quant aux sens extérieurs, de la simple monade d'un anim si. Ce n'est qu'une force vivante ; le moi qui observe les perceptions obscures de cette monade ne les crée pas , puisqu'elles sont déjà antérieures à leur perception. A titre de simple force physiologique comme l'entendait Stalil, l'âme s'ignore elle-même; elle vit sans le savoir comme dans l'état de fœtus, et cependant elle agit , elle effectue ses tendances instinctives ou animales, qui présentent déjà tous les caractères d'une véritable activité. — Ainsi Leibnitz, de même que Platon , semble avoir départi à l'esprit humain une faculté primitive, pour qu'il extraie a priori ces principes servant do fondement à l'ensemble futur des connaissances humaines que doit acquérir l'individu. Telles sont ce qu'on a nommé les idées innées, où plutôt cette intention intérieure, ensuite obscurcie et étouffée sous les acquisitions venues du dehors. Et , en effet , ces idées innées primordiales dérivent du principe de force virtuelle qui précède, dans les animaux, et dès le sein maternel, leur déploiement au grand jour. Locke lui-même reconnaît dans l'âme des pouvoirs actifs fondamentaux ; tout en repoussant les idées innées , il admet celles qii surgissent de nos propres indexions ou du fond de l'entendement. Aussi n'a-t-il point réfuté l'exception faite par Leibnitz, qui ajoute au grand pr-u-

cipe des péripatéticiens : Nihil-cst in intellectu quod non fuerit prius in sensu , ces mots : nisi ipse inteilectus. En effet, Leibnitz pose l'intellect ou là monade comme une force spirituelle subsistant par elle-même , et capable dé dérouler ce qui existe originairement dans son semblés in-stincts innés des brutes), même sans rien recevoir du dehors. Oi ces monades ou êtres simples contiennent en eux tous les principes de leurs changements et modifications. Dans ce système, la sensibilité est comme un hors-d'œuvre ; tout au plus elle peut, dans les passions, dénaturer ou rendre confuses les idées de l'entendement. C'est pourquoi Leibnitz accusait Locke de sensualiser les concepts intellectuels , reproche que Kant adresse en sens inverse à Leibnitz, lorsqu'il accuse celui-ci d'intellectualiser la sensation. La monade , d'après Leibnitz , est le miroir dans lequel vient se représenter l'univers; Dieu, qui connaît le rapport de tous les êtres et même les relations d'un seul être avec toute la crédion, peut voir l'univers entier dans le dernier atome de la nature. Donc une monade, avec ses modifications, représente virtuellement l'univers aux regards de celui qui sait tout et voit tout. — Cette analyse, très-concentrée, suffit pour donner l'esquisse de cette brillante hypothèse, qui mit le comble à la célébrité de Leiimitz. Une foule de commentateurs parmi lesquels il est jus'e de citer surtout Wolff, interprétèrent et développèrent ce système de spiritualisme. Une grande impulsion intellectuelle fut imprimée à tous les penseurs de l'Allemagne, parmi cette nation grave et réfléchie, qui s'est élevée si haut de nos jours dans cette carri; re de philosophie. On ne peut nier que le mo.:vement premier n'ait été communiqué de Leibnitz à Kant, puis à Fichte, à Scheîling, à Hegel et aux plus illustres esprits de notre âge. Les émanations de ce spiritualisme, depuis l'époque de nos conquêtes, ont traversé le Khin,et sont venues ébranler, sinon renverser, le sensualisme de Locke et de Condiliae, qui dominait parmi nous dans le xvmc siècle : ce que n'avait pu faire le cartésianisme. Leibniz fut puissant s ai la fécondité, la hardiesse de son imagination et de ses systèmes. Il n'eût pas réussi sans doute dans notre siècle <ie préoccupations politiques etdescepticisme universel. On l'eût pris [tour un rêveur; du moins il était sublime par sa haute supériorité dansles sciences. La plupart de ses opinions ont péri , mais il n'en restera pas moins l'un des premiers génies que la terre ait vu resplendir dans nos âges modernes. » N'ms avons de Leibnitz : Sa iptores rerum brunswicarum , 3 vol. in-fol., 1707; recueil utile pour l'histo:re générale de l'empire et l'histoire particulière d'Allemagne ; Codex jitris gentium diplomaticus , avec le supplément, publié sous le titre de Mantisses Codicisjuris, etc., Hanovre, 1623, 2 vol. in-fol. C'est une composition t'érents.. traités

jour servir au droit public, précédés d'excellent,-s préfaces.'!! y remonte aux premiers principes du droit naturel et du die'' des

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