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Paracelse et Corneille Agrippa; mais il paraît qu'il ne mérite pas cette comparaison. Le Père Kircher, dans son Mundus mbterraneus, \ retend que si Lulle a eu des travers, il ne faut pas douter qu il n'en ait fait pénitence dans ïa vie austère et édifiante qu'il a menée ensu te; qu'il avait résolu de brûler ses livres, mais que ses disciples les ont dérobés à cet acte de sagesse et de justice.

LULLE de TERRACA (IUhuond; , surnommé le Néophyte, de juif se fit dominicain , et retourna ensuite au judaïsme. Il soutint dos erreurs monstrueuses condamnées par le pape Grégoire XI, en 137G.

LULLIN (Amédée), ministre protestant, né l'an 1695, àGenè\ e, se fit une réputation parmi ses coreligionnaires par ses talents pour la prédication, fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique en 1737, et mourut en 1756. Il était membre de l'université d'Oxford et de la Société de Londres pour la propagation de la foi. On publia ses Sermons sur divers textes de l'Ecriture sainte, à Genève, en 1761 et 1767, 2 vol. in-8°.

LUMAGUE (la vénérable mère Marie de), fondatr ce et institutrice des Filles delà Providence, naquit à Paris le 29 novembre 1599, d'une familie honorable. Ses grâces naturelles étaient rehaussées par une excellente éducation et par des vertus préc ces, qu'elle devait en grande partie h son sage directeur, le Père Lebrun, célèbre dominicain. Recherchée par plusieurs personnes qui demandaient sa ma n, mademoiselle de Lumague pouvait espérer de faire un mar âge heureux; mais elle préféra la vie solitaire du cloître , et entra dans un couvent de capucines, dont la faiblesse de sa santé ne lui permit pas de suivre la règle austère. S; llicitée pal ses parents, et par pure obéissance, elle épousa, en 1617, François Pollalion, qui fut nommé résident de France à Raguse.

Madame de Lumague , étant devenue enceinte, ne put suivre son époux; et après sa délivrance , lorsqu'elle se préparait à le joindie, elle apprit la nouvelle de sa mort. Elle se consacra entièrement à l'éducation de sa fille, vivait dans la retiaite, et n'en sortit que sur l'invitation de la duchesse d'Orléans, qui l'avait nommée dame d'faonneur et gouvernante de ses filles. Au milieu de la cour la plus brillante de l'Europe, madame de Lumague menait une vie aussi régulière que si elle eût demeuré dans un cloître. Quand l'éducation des jeunes princesses fut terminée, elle r. tourna dans sa retraite, et eut le honneur de connaître saint Vincent de Paul, dont elle partagea les vues charitables, et tint , aussitôt qu'elle eut marié sa tille, la promesse qu'elle avait faite à ce vénérable religieux. Eile fonda, en conséquence, en 16>0, l'institut des Filles de la Providence, chargées d'instruire les pauvres enfants de la campagne , dont elle fixa le nombre à trente-trois, distribuées dans les villages aux environs de Paris. La fortune de la vertueuse fondatrice était presque épuisée par cette sainte œuvre; des personnes charitables vinrent à son secours, et la reine

régente, se déclarant enfin protectrice du nouvel institut, lui donna, en 1651, une maison située au faubourg Saint-Marceau. Madame de 1 uma.-uc , tranquille de ce coté, coopéra, avec saint Vineei t de Paul, à l'établissement de la mais n des Nouvelles catholiques , que le maréchal de Turenne dota génér usement. Tourmentée depuis dix-huit ans d'une maladie douloureuse, et sentant sa fin approcher, elle désira mour'r dans les bras de ses chères F Mes de la Providence. A peine arrivée h Paris et dans 'eur maison, el e n'eut que le temps de recevoir les secours de l'Eglise, et mourut le k septembre 1657 , âgée de 58 ans. On a écrit plusieurs Vies de cette dame : la meilleure est celle de l'abbé Collin, Paris, 1744, in-? 2, avec un portrait gravé par Roy. C'était un tribut de reconnaissance de l'auteur, qui, ayant perdu la vue , attribua sa guérison à sa dévotion pour la vénérable .Varie de Lumague.

LUNE (Pierre de). Voy. Benoit Xlll, antipape.

LUPI (Antoine-Marie), jésuite en 1695, né à Florence, mort à Palerme en 1737, a écrit beaucoup de dissertai-ions savantes , surtout pour éclaircir les antiquités sacrées et profanes. Le P Zaccaria a donné une Edition des Oeuvres du P. Lupi , son confrère, à Faenza, 1785, 2 vol. in-4-°, avec des notes. Le P. Lami a donné la vie d'A.-M. Lupi dans ses Memorabiiia Italorum erudit. prœstant., 1747!— Il ne faut pas le confondre avec Mario Lupi , cam.'rier du pape Pie \ I , et chanoine de Bergame, mort en 178:), dont on a aussi d'excellentes dissertations sur les antiquités ; entre autres : Codex diplomaticus civitatis et Ecclesiœ bergamensis ; et De parochiis ante annum Christi millesimum.

Dans ce dernier ouvrage , imprimé à Bergame en 1788 , 1 vol. in-4°, il ruine de fond en comble les prétentions des curés de Pistoie, qui voulurent s'ériger en évèques dans le conventicule qu'i s tinrent en 1786 , j our r.-nverser la hiérarchie et la discipline de l'Kghse. Il prouve que les cures et les curés sont d'institution moderne; qu'il n'y avait anciennement aucune paroisse dans les vilies épiscopales , si on excepte Rome et Alexan-* drie ; expose les raisons pour lesquelles il y en avait dans ces deux vides, et réfute ceux qui, de là, ont conclu qu'il y en avait dans les autres ; il réfute également quelques écrivains qui ont par é de grandes parfasses qui, établies à la campagne, avaient sous elles plusieurs paroisses moindres et dépen dantes , et montré qu'avant le xie siècle, il n'y a point eu de telles paroisses. Ii prouve enfin que ce qu'on a appdé le sénat de l'Eglise, que les prêtres appelés cardinaux, que ceux qui intervinrent avec voix consultative dans les conciles généraux ou provinciaux , n'étaient nullement curés ou recteurs de paroisses , et que ces prérogatives appartenaient, dans leur plus ancienne origine, au clergé supérieur ou bien aux chanoines des cathédrales. « Il est à souhaiter , dit un cri- « tique , que les curés qui voudraient im- « prudemment s'élever au-dessus de leur

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« état et du rang qu'ils tiennent dans l'E- « glise, lisent cet ouvrage avec attention, <\ pour se guérir d'une erreur dangereuse ; « mais le nombre, grâce à la divine Provi- « dence qui veille sur l'ordre établi dans « l'Eglise, n'en est pas grand. Si on excepte « ceux que la nouvelle secte a su s'associer «pour travailler, de concert avec elle, à « 1 ■ subversion de la foi catholique, on ne « trouve dans cette précieuse classe du sa- « cerdoce chrétien aucun membre atteint de « la ridicule et ambitieuse envie de s'égaler « aux premiers pasteurs. »

LUPSET ( Thomas ) , né l'an 1496, h Londres, était 61s d'un orfèvre de cette ville, et fit ses études à Cambridge et à Paris. Il fut cbargé d'accompagner, en qualité de secrétaire, Richard Pace, envoyé d'Henri VIII dans les différentes cours d'Italie, et mourut en 1532 , âgé seulement de 36 ans. On a de lui : un Traité de la charité; des Exhortations aux jeunes gens pour les exciter à se bien conduire; un Traité pour apprendre à bien mourir , Londres , 1544 et 1500, in-8° ; Sermones ad Clerum , proches à Calais ; Pro Erasmo et contra Leium ; In corruptos sœculi mores ; De malis fugiendis ; De morte non perlimescenda ; Contra profanos inepulis verbi dirini abusus; Epistolœ variœ ad Edw. Leium Nysenum et Paynellum, qu'on trouve dans un livre imprimé à Bille sous ce titre : Epistolœ aliquot eruditorum, 1520, in-t0; des Traductions, e'c.

LUPUS (Chrétien), ainsi nommé, parce que son nom de famille Wolf s'gnitie loup , religieux aug'Stin , né à Ypres en 1612 , enseigna la philosophie à Cologne , puis la théologie à Louvain , avec un succès distingué. Il exerça ensuite les premières charges de son ordre dans sa province. Le [iape Clément IX voulut lui donner un évêché, avec l'intendance de sa sacristie ; mais le P. Lupus, préférant l'étude et le repos a l'esclavage brillant des dignités , refusa constamment l'un et l'autre. Innocent XI et le grandduc de Toscane lui donnèrent aussi des marques publiques de leur estime. Il fut pendant quelque temps favorable au jansénisme ; mais il se détacha de ce parti, et mourut bon catholique à Louvain en 1081, à 69 ans. 11 s'était fait lui-même une épitaph'" , dans laquelle il disait modestement qu'il était dignus, nomine reque, Lupus... indignus, non re, sed solo nomine , doclor. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin. L. s principaux sont : de savants Commentaires sur l'histoire et sur les canons des conciles, 1665, 1673, 5 vol. in-4° ; un Traité des appels au saint-siége, in-4", contre Quesnel. On y trouve une bonne réfutation, faite d'avance, d'un fameux compilateur de nos jours (Hontheim), qui a étrangement défiguré cette matière, comme bien d'autres. Le droit d'appeler au pape y est montré par la nature de sa pr mauté et par toute l'histoire ecclésiastique. Vog. Athanase, Innocent 1er, saint Zosime. Un Traité sur la contrition, Louvain , 1666 , in-4°, aussi savant que solide, où il se déclare pour la nécessité de

1 amour dans le sacrement de pénitence. fou NÉERCASSeL. Recueil de lettres et de monuments, concernant les conciles dEphrse et de Chnlcédoine , Louvain, 1682, 2 vol. in-4° avec des notes ; un recueil des Lettres de saint Thomas de Cantorbérv , précédées de sa Vie, Bruxelles, 1682, 2 vol. in-4"; un Commentaire sur les Prescriptions de Terlullien Bruxelles, 1675, in-4° ; Opuscula posthuma', publiés par le P. Guillaume Wynants, du même ordre , Bruxelles , 169!) , in-V". Ce recueil renferme plusieurs dissertations, entre autres sur la simonie des monastères contre van Es >en ; sur Y ancienne discipline de la milice chrétienne, sur Vexposilion du saint Sacrement , sur le droit des réguliers de prêcher, contre Steyaert, etc.; De l'origine des ermites, des clercs et des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, Douai , 1651 , in-8° , etc Ces ouvrages, écrits en latn, sont remplis d érudition. Us ont été réunis à Venise en 4 vol. in-fol. , 1724, par le P. Thomas Philippino de Bavenne, du môme ordre. On les a aussi en 12 vol. in-4°.

LUSCINIUS ou NACHTGALL (Rossignol) (Othmar) , chanoine de Strasbourg , lieu de sa naissance, étudia dans celte ville, à Paris, à Padoue, à Louva'n et à Vienne; revint à Strasbourg en 1514, retourna en Italie en 1517, visita la Hongrie, la Transylvanie, la Turquie , et parcourut ainsi presque toute l'Europe. Il professa la littérature grecque à Augsbourg, fut premier prédicateur de l'église de Bde , et mourut vers 1535. Il a laissé plusieurs écrits , entre autres des Traductions latines des Symposiaques de Plutarque, et des Harangues d'Isocrate à Démonicus et à Nicoclès ; d'Epigrammes grecques , etc. : elles sont plus fidèles qu'élégantes; des Commentaires sur l'Ecriture sainte. Vog. les Mémoires de Nicéron, tome XXXU.

LUTHER ( Martin ) , né en 1484 , à Eisleben, dans le comté de Mansf. ld , d'un | ère qui travaillait aux mines , fit à Eisenach ses études avec beaucoup de succès. La foudre tua un de ses compagnons pendant qu'il se promenait avec lui. Cette mort le frappa tellement, qu'après avoir été reçu maître en philosophie à l'université d'Erfurt, en 1505, il embrassa dans cette ville la vie monastique chez les ermites de Saint-Augustin. Ses talents engagèrent ses sunéneurs à l'envoyer professer dans la nouvelle université deWittenberg, fondée depuis peu par Frédéric, électeur de Saxe. 11 donna successivement des leçons de philosophie et de théologie avec beaucoup de réputation ; on remarqua seulement en lui un penchant extrême pour les nouveautés. En 1510 , il fut chargé des alfa ires de son ordre auprès de la cour de Rome. Deux ans après, on le voit, de retour en Saxe , gagner la protection de l'électeur Frédéric, qui voulut se charger des frais de son doctorat. Luther était un de ces hommes ardents et impétueux qui, lorsqu'ils sont vivement saisis par un objet, s'y fvrent tout entiers, n'examinent plus rien, et deviennent en quelque manière absolument incauables

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d'écouter la sagesse et la raison. Une imagination forte , nourrie par l'étude, le rendait naturellement éloquent, et lui assurait les suffrages d' ce x qui l'entendaient tonner et déclamer. Il sentait bien sa supériorité, et ses succès, en flattant son orgueil, lo rendaient toujours plu-; hardi et plus entreprenant. Lorsqu'il donnait dans quelque écart, les remontrances, les objections, n'étaient pas capables de le faire rentrer en luimême : elles ne servaient qu'à l'irriter. Un homme d'un tel caractère devait nécessairement enfanter des erreurs. Le moine augustin , s'étant rempli des livres de l'hérésiarque Jean Hu^s , conçut une haine violente contre les pratiques de l'Eglise romaine, et surtout contre les t''éol< giens scolasti ques. Dès l'an 1516, il fit soutenir des thèses publiques, dans lesquelles les hommes éclairés virent le germe des erreurs qu'il enseigna depu s. Ainsi, il est faux que Luther ait Cf mmencé à dogmatiser à l'occasion des disputes survenues- entre les dominicains et les augustins,pour la distribution des indulgences plénières , qui ne furent accordées oar Léon X qu'en 1517. Seckendorf, et depuis lui Lenfant et Chais, ont démontré que, ongtemps avant l'éclat des indulgences, Luther avait commencé à combattre divers points de l'Eglise romaine. 11 est vrai que les abus que commettaient les quêteurs des aumônes qu'on donnait pour les indulgences, et les propositions outrées que les prédicateurs débitaient sur leur pouvoir, lui fournirent l'occasion de répandre avec plus de libeité sa bile et son i oison. Le luthéranisme n'était qu'une étincelle en 1517 ; en 1518, ce fut un incendie. Frédéric, électeur de Saxe , et l'université de Wittenberg , se déclarèrent protecteurs de Luther. Cet hérésiarque se découvrait peu à peu. D'abord il n'attaqua que l'abus des indulgences; ensuite il attaqua les indulgences mêmes; enfin, il examina le pouvoir de celui qui les donnait. De la matière des indulgences il passa à celle de la justification et de l'efficace des sacrements , et avança des propositions toutes plus erronées les unes que lesautres.Le pape Léon X l'ayant vainement fait citer à Rome, consentit que cetie querelle fût terminée en Allemagne parle cardinal Cajetan, son légat. Cajetan avait ordre de faire rétracter l'hérésiarque, ou de s'assurer de sa personne : il ne put exécuter ni l'une ni l'autre de ces commissions. Luther lui parla dans deux conférences avec beaucoup d'orgueil et de morgue; puis, craignant d'être arrêté, il prit secrètement la fuite, après avoir fait afficher un acte d'appel du pape mal informé au pape mieux informé. Au fond de sa retraite , il donna carrière à toutes ses idées. Il écrivit contre le Purgatoire, le libre arbitre, les indulgences, la confession auriculaire, la primauté du pape, les vœux monastiques, la communion sous une seule espèce, les pèlerinages, etc. 11 menaçait encore d'écrire ; mais le pape, pour opposer une digue à ce torrent d'erreurs, anathématisa tous ses écrits dans une bulle du 20 juin 1520. L'hérésiarque en appela au futur con-

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cile ; et pour toute réponse à la bulle de Léon X, il la fit brûler publiquement à Wittenberg, avec les décrétais des autres papes, ses pré lécesseurs. Ce fut alors qu'il publia son livre De la captivité de Babylone. Après avoir déclaré qu'il se repentait d'avoir été si modéré, il expie cette faute par toutes les injures que le délire le plus emporté peut fournir à un frénétique. Il y exhorte les princes à s 'couer le joug de la papauté qui était, selon lui, le royaume de Babylone. Il supprime toui d'un coup quatre sacrements, ne reconnaissant plus que le baptême, la pénitence et le pain. C'est l'eucharistie qu'il désigne sous le nom de pain II met, à la place ' de la transsubstantiation qui s'opère dans cet adorable sacrement, une consubslantiation, qu'il lirait de son cerveau échauffé. Le pain et le vin demeurent dans l'eucharistie ; mais le vrai corps et le vrai sang y sont aussi, comme le feu se mêle dans un fer chaud avec le métal, ou comme le vin est dans et sous le tonneau. Léon X opposa une nouvelle bulle à ces extravagances : elle fut lancée le 3janvier 1521. L'empereur Charles-Quint convoque en même temps une diètp à Worms, où Luther se rend sous un sauf-conduit, et refuse de se rétracter. A son retour , il se fit enlever par Frédéric de Saxe, son prot-cteur, qui le fit enfermer dans un château désert , pour qu'il eût un prétexte de ne plus obéir. Cependant la faculté de théologie de Paris sejoint au pape, etanathématise le nouvel hérétique. Lu her fut d'autant plus sensible à ce coup, qu'il avait toujours témoigné une grande estime pour cette faculté, jusqu'à la prendre pour juge. Henri VIII, roi d'Angleterre, publia dans Je même temps contre lui un écrit, qu'il dédia au pape Léon X. L'hérésiarque furieux eut recours à sa réponse ordinaire, aux injures. « Je ne sais si la folie elle-même, « disait-il à ce monarque, peut être aussi « insensée qu'est la tête du pauvre Henri. « Oh ! que je voudrais bien couvrir cette « majesté anglaise de boue et d'ordure 1

« j'en ai bien le droit Venez, disait-il

« encore, monsieur Henri, je vous appren- « drai : Yeniatis, domine Henrice, ego docebo « vos.» Sur quoi Erasme n'a pu s'empêcher d'observer que Luther aurait du moins dû parler latin, puisque le roi d'Angleterre lui en donnait l'exemple, et ne pas joindre des solécismes aux grossièretés : Quid invitabat Luthcrum ut diceret : Veniatis, domine Henrice, ego docebo vos ? Saltem régis liber latine loquebatur. Ce fougueux apôtre appelait le château où il était enfermé, son île de Pathmos. Sans doute que, pour mieux ressembler à l'évangéliste saint Jean, dit M. Macquer, il crut ne pouvoir se dispenser d'avoir des révélations dans son île. 11 eut une conférence avec le diable, qui lui révéla que s'il voulait pourvoir à son salut, il fallait qu'il s'abstînt de célébrer des messes privées. Luther suivit exactement ce conseil de l'ange des ténèbres. 11 fit plus, il écrivit contre les messes basses et les fit abolir à Wittenberg. Luther était trop resserré dans son île de Pathmos, pour qu'il voulût y res-

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ter longtemps, Il se répandit dans V Allemagne, et, pour avoir plus de sectateurs, il dispensâtes prêtres el les r Ligjeùx de la vertu el dq vu'ii de continence, dans un ouvrage où la pudeur est offensée en mille endroits. Ce fut nette même année 152t qu'il écrivit son Traite du fisc commun. Il le DOrnraail ainsi, parce qu'il y donnait l'idée d un fisc ou trésor public, dans lequel on ferait entrer les revenus de tous les monastères reniés, des évêchés, des abbiws, el en général de tous les bénéfices qu'il voulait enlever à l'Eglise. L'espérance de recueillir les dépouilles des ecclésiastiques engagea b aucoupde princes dans sa secte, et ui lit plus de j rosélytes (|ue tous ses livres. « 11 ne faut pas croire, « dit un écrivain ingénieux, que Jean Huss, « Luther ou Calvin fussent d s génies supé- « rieurs. Il en est des chefs de secte comme « des ambassadeurs; souvent les esprits mé- « diocres y réussissent le mieux, pourvu que « les conditions qu'ils offrent soient ava ta- « geuses. » Frédéric I] , roi ne Prusse, appelait Luther et Calvin de pauvres gens. Si en effet on veut réduire les causes des progrès de la réforme à des principes simples, on verra qu'en Ail magne ce fut l'ouvrage de l'intérêt, en Angleterre celui de l'amour, et en France celui de la nouveauté. L'amorce des biens ecclésiastiques fut le principal apôtre du luthéranisme. Cependant Luther lui-même eut le temps de voir que ces biens n'avaient point enrichi les princes qui s'en étaient emparés. Il trouva mêmeijue l'électeur de Saxe et ses favoris, qui avaient partagé cette dépouille, n'en étaient pas devenus plus riches. L'expérience, disait— il, nous apprend que ceux qui s'approprient des biens ecclés astiques n'y trouvent qu'une source d'in ligence et de d> tiesse : Comprobat experienlia, eos qui ccclesiastica bona ad se traxerunt, ob ea tandem depauperari et mendicos fteri. Il rapporte a cette occasion les paroles de Jean Hund, conseiller de l'électeur de Saxe, auquel il paraissait que les biens de l'Eglise envahis par les nobles avaient dévoré leur patrimoine : Nos nobiles cœnobiorum opes ad nos traximus. Opes nostras équestres comederunt et consumpserunt hce ccenobiales, ut neque cœnobiales , neque équestres amplius habeamus. 11 tinit par l'apologue d'un aigle qui , emportant de l'autel de Jupiter des viandes qui lui é ai nt offertes, emporta en même temps un charbon qui mit le feu à son ni I. [Symposiac, cap. k.) L'observali »n n'était que trop vraie. Des courtisans avides, des administrateurs infidèles, ont dévoré les monastèrv s, les abbayes, les hôpitaux. Eux et le prince dont ils servaient la passion, semblables aux harpies de la fable, paraissaient par leurs déprédat ons augmenter leurs besoins ; tout s'évanouissait dans ces mains voraces. Voy. Henri VIII. Cependant le parti se fortifiait de jour en jour dans le Nord, où l'ignorance des peuples était plus grande, et dès lors l'attachement à la religion pi s faible et la séduction plus facile. i)e la haue Saxe l s'étendit dans les duchés de Lunebourg, de

BrunsAvick, de Merkolbourget de Poméranie; dans les archevêchés de Magdebourg et de Brème ; dans les villes de Wismar et de Ilos tock, et tout le long de la mer Baltique. Il passa même dans la Livonie et dans la Prusse, où le grand maître de l'ordre Teutonïque se fit luthérien. Le fondateur du nouvel évangile quitta vers ce temps-là le froc d'au-r gustin pour prendre l'habit de docteur. Il , renonça a la qualité de révérend père, qu'on lui avait donnée jusqu'alors, et n'en voulut point d'autre que cille de docteur Martin J. allier. L'année d'après, 1525, il épousa Catherine Bora ou de Bohren, jeune religieuse d'une grande beauté, qu'il avait fait sortir de son couvent deux ans auparavant pour la catéchiser et la séduire. Le réformateur Luther avait déclaré dans un de ses sermons, qu'iï lui était aussi impossible de vivre sans femme, que de % ivre sans manger. Mais il n'avait pas Osé en prendre une pondant la vie de l'électeur Frédéric, son protecteur, qui blâmait ces al iances. Dès qu'il le vit mort, il voulut profiter d'une commodité que sa doctr ne accordait à tout le monde, et dont il prétendait avoir plus de besoin que per-^ sonne. Cette conduite de Luther et des autres chefs des nouvel es sectes faisait dire à Erasme que « les tragédies que jouaiei t les « réformateurs étaient de vraies comédies, « puisque le mariage en était le d.'noue- « ment. » Quelques années après, Luther donna au monde' chrétien un spectacle encore plus é ran^e. Philippe, landgrave de Hesse, le second protecteurdu luthéran sme, voulut, du vivant de sa femme Christine de Saxe, épouser sa maîtresse. Il crut pouvoir ère dispensé de la loi de n'avoir qu'une femme : loi formelle de l'Evangile , et sur laquelle est fondée le repos des Etals et des familles, il s'adre>sa pour cela à Luther. Le patriarche de la réforme assemble des docteurs à Wittenberg en 1539, et lui donne une permission pour épouser deux femmes. Rien de plus ridicule que le long discours que les docteurs du nouvellisme adres-èrent au landgrave à cette occasion. Après avoir avoué que le Fils de Dieu a aboli la polygamie, i's prétendent que la loi qui permettait aux Juifs la pluralité des femmes, à cause de la dureté de leur cœur, n'a pas été expressément révoquée. Ils se croient donc autorisés à user de la môme indulgence envers le landgrave, qui avait besoin d'une femme de moindre qualité que sa première épouse, alin de la pouvoir mener avec lui aux diètes de l'Empire, où la bonne chère lui rendait la continence impossible. L'euipereur Charles-Quint, affligé de ces scènes scandaleuses avait tâché dès le commencement u'anêter les progrès de J'hérésie. Il convoqua plusieurs diètes : à Spire en 1529, où le; luthériens acquit eut le nom de protestants, pour avoir protesté contre le décret qui ordonnait de suivie la religion de l'Eglise romaine; à Augsbuurg eu 1530, où les protestants prés -nièrent leur confession de foi, et dans laquelle il fut ordonné de suivre la croyance catholique. Ces différents

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