‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 306 sur 323 · ISIS · texte numérisé non relu

ISIS

MIL

MIL

régis. Milton lui répliqua par un autre ouvrage sous ce titre : Défense pour le peuple anglais, imprimé en latin en 1651. Cette réponse fut brûlée à Paris par la main du bourreau; et l'auteur eut à Londres un présent de 1000 liv. sterling. Devenu aveugle, il ne cessa de publier des libelles, et ne quitta la plume que lorsque les ennemis de la maison de Stuart posèrent les armes. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il ne fut point inquiété après le rétablissement de Charles II. On le laissa Iranquille dans sa maison. Il se tint néanmoins renfermé, et ne se montra qu'après la proclamation de l'amnistie. Il obtint des lettres d'abolition, et ne fut soumis qu'à la peine d'être exclu des charges publiques. Cet ennemi foFcené des rois n'avait point de religion bien déterminée. 11 avait été puritain uans sa jeunesse; il prit le parti des indépendants et des anabaptistes dans sa virilité, et se détacha de toutes sottes de communions durant sa vieillesse. Il n'exclut du salut aucune société chrétienne, excepté les cathol ques, cnmme on le voit dans son livre de la vraie religion, distinction honorable à cette religion sainte, de la part d'un écrivain sanguinaire et furieux, souillé des erreurs de toutes les sectes. 11 ne fréquenta aucune assemblée, et n'observa dans sa maison le rit d'aucune secte. Milton, rendu à lui-même, après les agitations des guerres civiles, mit la dernière main à son poërae du Paradis perdu, qu'il publia en 1667. Il employa neuf aimées à cet ouvrage, qui fut négligé dans sa naissance. Le 1 .braire Thompson eut bien de la peine à lui donner trente pistoles d'un écrit qui valut plus de cent mille écus à ses héritiers. Ce poëme ne trouva d'abord ni lecteurs ni admirateurs. Ce fut le célèbre Addison qui découvrit à l'Angleterre et à l'Europe les beautés de ce trésor caché. Ce judicieux critique voulut lire le Paradis perdu, sur l'éloge que lui en firent quelques amateurs. Il fut frappé de tout ce qu'il y trouva: des images grandes et sub imes ; des idées neuves, hardies, effrayantes; des coups de lumière. Addison écrivit pour faire connaître le poëme, et lui procura un grand nombre d'admirateurs , surtout en Angleterre. L< s étrangers, plus sévères , virent des beautés dans le Paradis perdu, qui étincelle de traits de génie; mais ils ne fermèrent pas les yeux sur les imperfections. On lui reproche la triste extravagance de ses peintures; son paradis des sots; ses murailles d'albâtre qui entourent le paradis terrestre; ses diables qui, de géants qu'ils étaient, se transforment en pygmées , pour tenir moins de place au conseil , dans une grande salle toute d'or, bâtie en l'air; les canons qu'on tire dans le ciel; les montagnes qu'on s'y jette à la tête; des anges à cheval qu'on coupe en deux et dont les parties se rejoignent soudain. C'est le poëme de Milton que Boileau avait en vue lorsqu'il disait, après avoir vanté les agréments de l'ancienne mythologie :

C'est donc bien vainement que nos auteurs déçus, etc. Dictionn. de Biographie uelig. IL

L'enthousiasme de Boileau pour l'-antiquité le rend peut-être ici un peu trop sévère. La religion chrétienne offre à la poésie une foule de traits sublimes et intéressants; mais ce choix demande un goût et une délicatesse que la nature n'accorde pas toujours aux plus grands génies , et qui surtout étaient fort rares dans le siècle où Milton écrivait. Ce poëte lui-même , quoique avec plus d'imagination que de discernement , n'a-t-il pas su tirer des saintes Ecritures un gr .nd nombre de beautés qu'on ne se lasse point d'admirer? Car, malgré toutes les critiques, Milton restera la gloire et l'admiration de l'Angleterre : on le comparera toujours à Homère, dont les défauts sont aussi g;ands, et on le mettra au-d-ssus du Danie, dont les idées sont encore plus bizarres. Le Paradis perdu est en vers anglais non rimes. Parmi les diverses traductions qui en ont été faites en français , nous citerons la traduction en vers par Delille, et les traductions en prose de M. de Pongerville et de Chateaubriand. Milton donna, en 1671, un second poëme en vers anglais non rimes , sur la tentation de Jésus-Christ et la réparation de l'homme, qu'il intitula : Le Paradis recouvré, ou Le Paradis reconquis. Il laisait plus de cas de ce second poëme que du premier, mais il n'est pas si bon à beaucoup près. On n'y trouve point les grandes idées, les images frappantes, la sublimité de génie, ni la force d'imagination qu'on admire dans le premier. Un homme d'esprit épigrammatique a dit de ces deux poëmes, que l'on trouve bien Millon dans le Paradis perdu , mais non pas dans le Paradis recouvré. Le P. de Mareuil, je uite, a donné une traduction française , 1732 , in-12 , de ce dernier poëme. Mil ion , épuisé par le travail et par les maladies , mourut à Brunhill le 10 novembre 1674 , à 66 ans. Il laissa une riche succession , et il n'est pas vrai, comme on l'a dit tant de fois, qu'il passa ses derniers jours dans l'indigence. Son imagination état dans la plus grande vivacité depuis le mois de septembre jusqu'à l'équinoxe du printemps. Ce poëte célèbre, mais mauvais citoyen , mauvais sujet , mauvais chrétien , lâche apologiste des plus repoussantes atrocités , flatieur et esclave des Urans , avait un frère très-doux , et qui fut toujours attaché au parti royal. Outre ses poëmes , on a de lui un grand nombre d'é^ ciïts de controverse , dans lesquels il prend un ton fanatique et quelquefois d'énergumène. Toutes les OEuvres de Milton furent imprimées à Londres en 1699, en 3 vol. in-fol. On a mis dans les deux premiers ce qu'il a écrit en anglais , et dans le troisième ses traités latins. On trouve à la tête de cette édition la Vie de Millon, par Toiand. Tho* nias Birch en a donné une meilleure édition à Londres, en 1738, en 3 vol. in-iol., avec un portrait de Milton. Ses principaux ouvrages sont : Traité de la réformation de V Eglise anglicane , et des causes qui l'ont empêchée jusqu'ici (1641), et quatre autres Traités sur le gouvernement de l'Eglise en An-r gleterre; Pro populo anqlicano defensio,

Page 1