‹ Dictionnaire de littérature ChrétienneChapitre 311 sur 323 · MOE · texte numérisé non relu

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canon l'objet de ses leçons. En 18*27, il fit paraître Athanasele Grandet l Eglise de son temps en lutte avec iarianisme : ce livre a été traduit en français , par Jean Cohen , 3 vol. in-8°. C'est en 1831 que parut sa Symbolique, ou Exposition des doetrines contraires des catholiques et des protestants d'après leurs confessions de foi publiques. Cet ouvrage produisit une telle impression sur les luthériens, que le roi de Prusse promit une forte récompense à l'écrivain qui en réfuterait la doctrine ; mais les auteurs modernes les plus remarquables de l'Eglise réformée de ce royaume, -tels que MM. Augusti, Marheineke, Nit/.ch , Sarlorius et ïafel ont été unanimes dans les éloges peu suspects qu'ils lui ont accordés. Une taduction française en a été faite par M. Lâchât , Besançon , Chalandre , 1836, 2 vol. in-8°. Mœhler y oppose la simplicité, l'unité et l'harmonie du catholicisme a la variété et à l'incohérence du protestantisme. 11 fait l'histoire des principales sectes, des luthériens, des calvinistes , zuingliens , anglicans, et aussi des sectes moins nombreuses et moins connues; il expose leurs symboles , tels que les principaux auteurs protestants les ont donnés ; il en montre la contrariété et l'opposition. Passant ensuite au symbole catholique , qu'il prend dans les décisions du concile de Trente et dans le Catéchisme romain, il en fait ressortir la parfaite concordance et l'unité. Cette publication fixa l'attention des plus graves théologiens; quelques-uns la considérant sous un faux point de vue, prétendirent que l'auteur voulait fonder un catholicisme nouveau. Mais ces reproches tombèrent bientôt devant l'acclamat-ion universelle qui accueillit la Symbolique. Les réimpressions qui s'en firent chaque année, et les nombreux ouvrages qui furent publiés pour la réfuter, attestèrent que les questions qu'elle avait soulevées remuaient profondément les esprits. Le professeur Bauer, en répandant dans ïubingen une réfutation de la Symbolique, ne lit que donner à Mœhler l'occasion de venger la vérité par un nouveau triomphe. Attaqué par un confrère, Mœhler composa un nouvel ouvrage qu'il publia en 1834 et qui fut réirap. en 1835, 1 vol. in-8°, sous le titre de Nouvelles Recherches sur la contrariété des doctrines entre les catholiques et les protestants, pour la défense de ma Symbolique contre la critique de M. le docteur Bauer, professeur à Tubingen. Cependant le roi de Prusse , jaloux d'attirer clans ses Etats un homme dont la réputation était devenue européenne, lui fit offrir, en 1832 , une chaire dans l'université de Bonn. Hermès et ses prosélytes qui redoutaient la présence d'un professeur si sincèrement attaché à la doctrine de l'Eglise catholique, parvinrent à empêcher sa nomination, en jetant des doutes injurieux sur son orthodoxie- Vers cette même époque une chaire de théologie se trouva vacanie dans l'université de Munich. Le roi de Bavière la fit proposer à Mœhler, qui en prit possession en 1835. 11 enseigna d'abord l'exégèse , et dans les années suivantes, depuis 1835 jusqu'en 1838, il

embrassa dans ses leçons l'histoire ecclésiastique et la doctrine des saints Pères. En 1837 !e professeur, attaqué du choléra, se vit obligé de suspendre son cours. La nouvelle de l'arrestation de l'archevêque de Cologne (voy. Droste-Vischering) l'atfecta péniblement, et non-seulement il refusa une chaire à l'université de Bonn, qui lui fut offerte de nouveau par le gouvernement prussien avec un canonicat dans la cathédrale de Cologne, mais il défendit la cause du prélat dans deux aiticles insérés, l'un dans la Gazette universelle et l'autre dans la Gazette politique de Munich; il avait même conçu le projet de faire entier ces deux articles dans un ouvrage plus étendu, et il se mit à l'œuvre avec une ard< ur qui acheva de ruiner sa santé. Mœhler essaya, en 1838, de reprendre ses cours ; mais il fut ob'igé presque aussitôt de les discontinuer, et il renonça à la chaire de Munich. Le roi de Bavière le nomma de son propre mouvement doyen du chapitre de la cathédrale de Wurtzbourg. Il ne devait pas jouir longtemps de cette dignité ; la maladie prit tout à coup un caractère alarmant , et il expira le 12 avril 1838. Mœhler était aussi pieux que savant. Outre les ouvrages dont nous avons fait mention , Mœhler a inséré d'excellents Mémoires dans le Journal théologique de Tubingen, et dans le Catholique de Spire. On a fait paraître après sa mort : la Patrologie, ou histoire des trois premiers siècles de l'Eglise chrétienne ; OEuvres posthumes de J. -A. Mœhler , publiées par F. -X. Reithmager , professeur extraordinaire de l'université; Louis - Maximilien à Munich, trad. de l'allem. par Jean Cohen , bibliothécaire à Sainte-Geneviève, 2 vol. in-8°.

MOERBECA (Guillaume), né vers l'an 1215 à Moerbeeck, en Flandre, près de Grammont, se fit dominicain, et fut disciple d'Albert le Grand. 11 devint chapelain et pénitencier des papes Clément IV et Grégoire X. Celui-ci l'envoya au second concile général de Lyon en 1274. Sa science et ses vertus furent récompensées par l'arehevêque de Corinlhe (alors sous la domination des Vénitiens) et par les honneurs du pàllium. Monté silice siège, il se consacra entièrement aux devoirs pastoraux, et à traduire des livres grecs en latin. On croit qu'il mourut avant la fin du xm' siècle. On a de lui une traduction latine du Commentaire de Simpliciussur les livres d'Aristote, Du ciel et de la terre, Venise, 1563, in-fol. 11 traduisit tous les ouvrages d'Aristote, à la sollicitation de saint Thomas. On conserve dans plusieurs bibliothèques cette version manuscrite, de même que la version des ouvrages de Proclus le Philosophe, etc. Voy. la Bibliothèque des écrivains de l'ordre de Saint-Dominique, par Echard.

MOINE ( Jean Le ) , doyen de Bayeux , et ensuite cardinal , né à Cressi en Ponthieu , fut aimé et estimé du pape Boniface VIII. Ce pontife l'envoya légat en France en 1303, pendant son démêlé avec le roi Philippe le Bel. Le cardinal Le Moine mourut, à Avignon en 1313. Son corps fut rapporté à Paris , et enterré dans l'église du collège qu'H avait

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fondé, et qui a porté son nom. C'est à tort qu'on a dit qu'il avait été évêque deMeaux. On a de lui un Commentaire sur les Décrétâtes, matière qu'il possédait à fond.

MOINE (Pierre Le), né à Chaumont en Bassigni l'an 1602, mort à Paris le 22 août 1(571, entra chez les jésuites et remplit divers emjlois dans cette compagnie. Il est principaement connu par ses vers français, recueillis en 1671, en 1 vol. in-fol. Le Père Le Moine est le premier des poëtes français de la société, qui se soit fait un nom dans ce genre d'écrire. On ne peut disconvenir que ce poëte n'ait de la verve et un génie élevé; mais son imagina ion trop féconde, et le mauvais goût de son siècle , qui sortait à peine de la barbarie, l'ont empêché d'être un des premiers poètes français. C'est dans une Epître du Père Le Moine que se trouvent ces quatre vers qu'on a faussement attribués à Voltaire :

Et ces vastes pays d'azur et de lumière, Tirés du sein du vide et formés sans matière, Arrondis sans compas, suspendus sans pivot, Ont à peine coûté la dépense d'un mot.

Les ouvrages en vers qu'on a de lui sont : le Triomphe de Louis XIII : c'est une ode pleine de métapho;es trop hardies , mais elle a des strophes dont l'enthousiasme et l'élévation le rendent égal à Malherbe. La France guérie dans le rétablissement de la santé du roi; les Hymnes de la Sagesse et de l'amour de Dieu; les Peintures morales ; un Recueil de vers théologiques , héroïques et moraux; les Jeux poétiques ; Saint Louis, ou la Sainte couronne reconquise sur les infidèles. Ce poëme, divisé en 18 livres, etc., offre des richesses qui, quoique barbares , ne laissent pas de faire naître la surprise et l'admiration. Despréaux, consulté sur cepoëte, répondit «qu'il était trop « fou pour qu'il en dît du bien , et trop poëte « pour qu'il en dît du mal. » La prose du Père Le Moine a le même caractère que ses vers : elle est brillante et ampoulée. Ses ouvrages dans ce dernier genre sont : Dévotion aisée, Paris, 1652, in-8" ; 1826, in-32 ; Pensées morales , l'un et l'autre critiqués dans les Provinciales avec plus de plaisanterie que de solidité; un petit Traité de l'histoire, in-12, où il y a des traits piquants et curieux, et quelques lieux communs ; une satire mêlée de vers et de prose, sous le titre d'Etrillé du Pégase janséniste; le Tableau des passions; la Galerie des femmes fortes, in-fol. et in-12; un Manifeste apologétique pour les jésuites, in-4°, et d'autres ou vrages, parmi lesquels une Vie du cardinal de Richelieu, restée en manuscrit.

MOINE (Etienne Le) ministre de la religion prétendue réformée, né à Caen en 1624, se rendit habile dans les langues grecque et latine , ainsi que dans les langues orientales, enseigna ia théologie à Leyde avec réputation, et avec plus de modération que la plupart de ses collègues, et mourut en 1689, à 65 ans. On a de lui plusieurs Dissertations imprimées dans son recueil intitulé : Varia sacra, 1685, 2 vol . in-4°, et quelques autres ouvrages. Il a très-bien vengé, dans ses Varia sacra, l'antiquité chrétienne contre les assertions de Sanùius ; il a porté la vérité à un si

haut degré d'évidence, que Bayle ne pouvait croire qu'il se trouvât des hommes assez opiniâtres pour s'y refuser. C'est lui qui publia le premier livre de Nilus Doxopatrius , touchant les cinq patriarcats.

MOINE (Abraham Le) , né en France sur la fin du xvuc siècle, se réfugia en Angleterre, où il exerça le ministère, et où il mourut en 1769. Ses écrits prouvent que, malgré les erreurs de la secte dans laquelle il était engagé, il avait du zèle pour le christianisme. On a de lui plusieurs traductions d'ouvrages anglais en français ; telles sont les Lettres pastorales de l'évêque de Londres, les Témoins de la résurrection, etc., de l'évêque Sherlock, in-12; l'Usage et les fins de la prophétie, du même, in-8°. Ces traductions sont ornées de Dissertations curieuses et intéressantes sur les écrits et ia vie des incrédules que ces prélats combaitaient.

MOINE d'ARGIVAL (Henri Le], curé de Gouvieux, près de Chantilly, où il naquit en 1719, est auteur de plusieurs ouvrages qui annoncent plus de talent naturel et d'érudition que de goût et de solidité. Son meilleur ouvrage, qui porte le titre de Considérations sur l'origine de la décadence des lettres chez les Romains, renferme des vues souvent profondes et des réflexions assez justes. Son Discours sur les progrès de l'éloquence de la chaire, et. les manières et l'esprit des orateurs des premiers siècles, 1759, in-12, est plein de recherches; mais cet ouvrage exigeait des talents supérieurs aux siens.

MOÏSE (François-Xavier), théologien, né le 12 décembre 1742 aux Gras, village de Franche-Comté, concourut, à l'âge de 27 ans, pour une des chaires de théologie de Besançon, et quoiqu'il eût été placé le premier sur la liste, il eut le chagrin de se voir préférer un de ses rivaux. Le cardinal de Choiseul , pour le consoler de cet échec, le fit nommer professeur au collège royal deDôle. Après la mort du savant Bullet, Moïse se mit une seconde fois sur les rangs pour une chaire à l'université, et il ne fut pas plus heureux ; mais il fut dédommagé de cette nouvelle mortification par le plaisir de voir les élèves déserter les bancs de l'université pour aller à Dole entendre ses leçons. Il prêta serment à la constitution civile du clergé et se montra favorable à la révolution; aussi fut-il nommé évoque du Jura par l'assemblée électorale de ce département, et sacré à Paris, le 10 avril 1791. Il n'en fut pas moins poursuivi pendant la terreur et obligé de se cacher dans les montagnes. Ce traitement ne ralentit point son zèle [tour la cause qu'il avait em-* brassée ; il adhéra aux deux encycliques publiées par les é vêques constitutionnels en 1795, et parut aux conciles tenus par eux en 1197 et 1801. Dans ce dernier, il prononça un discours sous le titre de : Considérations sur le saint-siége, qui a été inséré dans le tome VII des Annales du parti constitutionnel, p. 130, et un long rapport sur les démissions demandées aux eveq.es, où il chercha à prouver que les sièges des constitutionnels étaient remplis plus canoniquement que le

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sauit-siége môme. Intimement lié avec Grégoire, alors éVôque île Hlois , ils adressèrent, 3e concert, une lettre au pane pour lui annoncer leur démission. Moïse publia l'année suivante im petit écrit nôiir la défense, do smi ami, intitulé : De l'Opinion de (irégoirc dans le procès de Louis A 17. Peu après, il quitta Paris, (il fait chanoine honqraire de Besancon par Le oz, el se retira dans une petite ferme qu'il pôssé lait & WOrteau, où il partagea son temps culte l étuijé et les travaux agricoles. 11 mourut-dans cette retraite le 7 février 1 fi. 11 a publié : Réponses critique* aux incrédules sur plusieurs endroits des livres saints. Paris, 178.1, in-li, <|ui forme le tome IV de l'quyra£è qe B llet; mais dans les nouvelles éditions on a fait disparaître le nom de Moïse. On a encore de 1 i des !. cl très pastorales, des Mandements et plusieurs petits écrits insérés dans les Annales tir la religion, par Desbois de 11 ichefort. On lui attribué un • Dissertation de l'origirie des fuisses décrettles, qui s.- trouve dans le tome V de 'a Chronique religieuse. Il a laissé en manuscrits deux nouveaux volumes pour termi .er les Réponses critiques de 15 j 1 i et, et une Défense des libertés de l'Eglise gallicane.

MOÏSE, fils d'Amram et de Jôcabed, naquit i'an 1571 avant J.-C. Le roi d'Egypte, voyant que 1 s Héb eux devenaient un peuple redoutable par leur grand nombre, rendit un é it par lequel il ordonnait de jeter dans le Nil tous leurs enf nts mules. Jo-a'bed, ayant conservé Moïse pendant trois mois, (it e lin un pett panier de joncs, l'enduisit de bitume, et l'exposa sur le Nil. Thermulhis, (il 1 e du roi, se promenant au bord du ileuve, vit flotter le berceau, se le fit apporter, et, f appée de la beauté de l'enfant, voulut le garder. Trois ans après, cette princes-e l'aoopla pour son fils, l'appela Moïse, et le (it instruire avec soin de toutes les sciences des Egyptiens. Mais sou père et sa mère, auxquels il fut remis par un heureux hasard (Voy. Marie, sœur de Moïse), s'appliquèrent encore plus a lui enseigner la religion et l'histoire d; ses ancêtres. Quelques historiens rapportent bien des particularités de la ,eun sse de Moïse qui ne se trouvent point dans l'Ecriture. Josèphc et Eusèbc lui font faire une guerre contre les Ethiopiens, qu'il dé.it entièrement. Nous nous en tiendrons au récit de ['Écriture, qui ne p. end Moïse qu'à l'âge de 4-0 ans. Il sortit alors de la cour de Pharaon pour al er visiter ceux de sa naton, que leuis maires impitoyables acca liaient de raauv.iis traitements : ti ait de courage et de convsponda ce fidèle à la vocation de Dieu, que saint Paul relève d'une manier;' si pa hétique dans son E| itre aux Hébreux : Fiae Aloyses grandis factus negarit se esse (ilium filiœ Pharaonis : magis eligens affligi

• ■> populo Dei, quam lemporalis peccati hahrre jucundilatem. Ayant rencontré un Egyptien qui frappait un Israél te, il le tua. Ce (neurtfè l'obligea de fuir dans le pays de Madian, où if épousa Séphbra, fille du prêtre Jet .ro, dont ii eut deux tds, Gersam et Eliéwr. 11 s'occupa pendant quarante ans dans

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ce pays à paître les brebis de son beau-père. Un jour, menant son troupeau vers la montagne d'Iïoreb, Dhu lui apparut au milieu d'un buisson qui brûlait sans se consumer, el lui ordonna d'aller briser le joug de ses frère-; : vision raj pô'rté'e dans rEcriture sainte d'une manière pleine d'intérêt et u'instruction ; c'est des paroles par lesquelles Di u s'annonça à Moïse <pic Jésus- h i ist tira contre les sad iucéens cet argument de l"uiim irlalité de l'/lme, énoncé d'une manière si laconique et si touchante: De mortùis autem quod resurgunt, non legitis in lihr > Mogsi, super rubum qupfn'odo di.rerit illi Dêus. inquiens : Ego $Um Deus Abraham , et Deus îsaaà, et Deus Jacob? Non est Deus mortuorum, sed virorum fMarc. xn). Moïse se défendit d'abord confie cette mission; mais Dieu vainquit sa résistance par deuj prodîgés-. Uni avec Aaron son frère, ils allèrent à la cour de Pharaon. Ils 'ni liront que Dieu lui ord'umait de laisser ader les Hébreux dans le désert d'Arabie pour lui olnir des sacrifie» s ; mais ce prince impie se moqua de ces ordres, "t fit redoubler les tr.vaux dont il surchargeait déjà les Israélites. Les envoyés de Dieu étant revenus une seconde fois, s'efforcèrent de persuafl' r Ph.iaon, séduit par les enchantements de ses magiciens, et de le détromper par un prodige qui confondit les leurs. Mais ce prince obstiné attira sur son royaume des calamités étonnantes et terribles, dont la dixième et dernière fut la mort des premiers-nés d'Egypte, qui, dans la même nuit, furent tous nappés par l'ange exterminateur, depuis le prcmier-néde Pharaon jusqu'au premier-né du dernier des esclaves et des animaux. Ce désastre foui lia le cœur de Pharaon. Ce prince laissa partir les Hébreux, avec tout ce qui leur appartenait, le quinzième jour du mois de nisan, qui devint le premier de l'année, en mémoire de cette délivrance. Ils partirent de Hamessé au nombre de six cent mille hommes, sans compter les femmes et les petits entants. À peine ai rivaient-ils au bord de la mer bouge, que Pharaon vint fondre sur eux avec une puissante armée. Alors Moï>e, étendant sa verge sur Ja mer, en divisa les caox , qui demeurèrent suspendues , et les Hébreux passèrent à pied sec. Les Egyptiens v m lurent prendre la même roule ; mais Dieu fit i-ouifler un vent impétueux qui ramena les eaux sous lesquelles toute l'armée de Pharaon fut engloutie. Ces pr- diges n'ont point été inconnus aux auteurs profanes gui ont parlé de Moïse : Egyptiens, Phéniciens, Grecs, Romains, ont supposé qu'il avait fait des mirât les, puisque la plupart l'ont regardé comme un magicien fameux : il ne pouvait que paraître tel à des ^ens qui ne le connaissaient pas pour l'envoyé de Dieu. Diodore et Hérodote prit parlé de l'état d'épuisement et d'humiliation où l'Egypte fut réduite par ces lenibles événements. Après le passage de la mer Bouge, Moïse chanta au Seigneur cet admirable cantique d'actions de grâces qui commence par ces paroles : Cantemus Domino, chef-d'œuvre de

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poésie dont le célèbre Rollin a si bien fait sentir les inimitables beautés. L'armée s'avança vers le mont Sinaï , arriva à Mara, où elle* ne trouva que des eaux amères, que Moise rendit potables. A Haphidim , qui fut le 10e campement , il t ra de l'eau d r rocher d'ÏIoreb, eu le frappant avec sa verge ; mais Dieu fut irrité de l'espèce de défiance et du manquement de foi qu'il marqua, coit en frappant deux fois le rocher, soit plutôt en employant la verge miraculeuse dont il avait vu tant de grands effets, au lieu de commander .simplement que l'eau parût, comme l'ordre du Seigneur le portait. C est là que Àiïialéc vint attaquer Israël. Pendant que Josùé résistait aux. Amalécites, Moïse, sur une hauteur, tenait les mains élevées; ce qui donna l'avantage aux Israélites, qui taillèrent en pièces leurs ennemis. Les Hébreux arrivé, ent enfin au pied du mont Sinaï, le 3e jour du 9° mois depuis leur sorti > d'Egypte. Moïse y (tant monté plusieurs fois, reçut la loi de la main de Dieu, au milieu des éclairs, et conclut la fameuse alliance entre, le Seigneur et les enfants d'Israël. Code admirable de législation, dont le premier article suitit pour convaincre la philosophie d'ignorance et de faiblesse, en établissant la chose la plus sublime et en même temps la ^ lus essentielle au bonheur de Illumine, comme le premier des devoirs, il laquelle cependant la philosophie n'a jamais -«ongé. « Les législateurs de JaGièce, dit un « au eur célèbre, se sont contentés de dire : « Honorez les dieux. Moïse dit: Vous aimerez « votre Dieu de tout votre cœur. Celte loi qui « renferme et qui anime toutes les lois, « saint Augustin prétend que Platon l'avait « connue en partie ; mais ce que Platon « avait enseigné à cet égard n'était qu'une « suite de sa théorie sur le souverain bien, « et influa si peu sur la morale des Grecs, « que Aristote assure qu'il serait absurde de « dire qu'on aime Jupiter. » Il est vrai qu'un tel précepte à l'égard de Jupiter eût été cffecuvein ut absurde ; mais cette corruption de l'idée de la Divinité était elle-même la suite de l'ignorance ou de l'oubli de ce premier précepte de la législation mosaïque. « C'esi ne là , dit un moraliste, que décou- « lent la superstition, l'idolâtrie, tous lesdé- « lires et 1 s horreurs qui ont dénaturé et « calomnié la rcl gion. Pour ne pas se don- « ner entièrement à son Créateur, pour res- « ter le maître de ses désii s et d • ses ac- « tions, pour assurer use indépendance sa- « criiége de sa personne et de son cœur, « l'homme a imaginé toutes sortes de divor- « s'ons, de compensations, de substitutions, « de remplacements. Plus les pratiques de « ce culte factice étaienl extraordinaires , « violentes, douloureuses ou d'une luxure « dégoûtante, plus on les croyait propres à « guérir ce sentiment secret et importun « d u.;e Divinité qui voulait l'homme tout « eut er. De là les initiations sanguinaires « ou obscènes, les mutilations, les sacrifices « humains, etc., tout cela pour éluder ie « grand précepte : Diliges Dominum Veum

« tuum ex toto corde luo, et ex tota anima « tua, et ex tota fortitudine tua. » A son retour, Moïse trouva que le peuple était tombé dans l'idolâtrie du veau d'or. Ce saint homme, pénétré d'horreur à la vue d'une telle ingratitude, prisa les tables de la loi, qu'il portait, et fit passer au fil de l'épée vingttrois mille hommes des prévaricateurs. Il remonta ensuite sur la montagne , pour obtenir la grâce des autres, et rapporta de nouvelles tables de pierre où la loi était écrite. Quand il descendit, son visage jetait des rayons de lumière si éclatants, que, les Israël tes n'osant l'aborder, il fut contraint de se voiler. On travailla au tabernacle, suivant le plan que Dieu eu avait lui-même tracé. Muïse le dédia, consacra Aaron et ses fils pour en être les minisires , et destina les léviîes pour le service. Il fit ensuite plusieurs ordonnances sur le culte du Seigneur et le gouvernement pol tique. Après avoir réglé la marche de l'armée, il mena les Israélites sur les confins du pays bas de Chanaan, au pied du mont Nébo. C'est là que le Seigneur lui ordonna de monter si. r cette môme montagne où il lui fit voir la Terre promise, dans laquelle il ne devait pas entrer. Il y rendit l'esprit, âgé de 120 ans, l'an 1581 avant J.-C, laissant à l'univers l'idée d'un génie vaste, d'une âme droite et franc e, a'un législateur éclairé et profond, d'un homme extraordinairement favori.se de Dieu et conduit j ar lui. « Pour >ervir d'interprète et d amb ssa- « deur à la Divini;é, dit un auteur célèbre « par ses combats contre les erreurs moder- « nés, il fallait un homme exiraordinaire , « vénérable par l'étendue de ses connaissan- « ces, encore plus respectable par ses vertus, « doué d'un courage invincinle et d'un zèle « que rien ne pût rebuter : Dieu l'avait formé « daus Moïse. Sa naissance, son éducation , « sa mission, ses travaux , sa conduite , ses « épreuves, sa mort, tout annonce un grand « homme; il n'en fut jamais de pi s propre « au personnage de législateur. Il ne res- « semble p s aux autres; il ne devait pas « leur ressembler. Les autres fondateurs de « la société ont été des philosophes, des sa- « ges, des politiques, de grands génies, si « l'on veut, mais c'étaient des hommes : « Moïse était l'instrument de la Divinité. « D'un seul coup il enfante une législation « complète; mais il ne la tient ni de lui- « même, ni d'aucun ^ître ; c'est Dieu qui à a tout ordonné. 11 prouve sa mission surce naiurelle comme il doit la prouver, par « l'esprit prophétique dont il est doué, par « des miracles, tels que l'erreur n'en peut « citer en sa faveur, et qui portent visible- « ment l'empreinte du doigt de Dieu. » C'est surtout au moment de terminer sa longue carrière que Moïse parut un grand homme. On y voit un vieillard cassé [tarses travaux", qui, à la veille de sa mort, doi l il sait le jour et l'heure, porte encore sa nation dans son sein, qui s'oublie lui-même pour ne s'occuper que de la destinée d'un peuple toujours ingrat et rebelle. 11 ranime ses forces, il serre son style, il reiève ses expressions

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pour fondre en un seul corps d'ouvrage les rails et les lois renfermés dans les trois livres précédents. Il parle à un peuple rassemblé, il Ht dans l'avenir ; la crainte, l'espérance, la piété, le zèle, la tendresse, l'agitent et le transportent; il p-esse, il encourage, il menace, il prie, il conjure: il ne voit dans l'univers que Dieu et son peuple. Quel cantique que cet Audile rœli, qu'il prononça dans cette occasion? histoire prophétique des juifs vérifiée 'le la manière la dius étonnante, poème sublime dont Homère et Hésiode n'ont pas approché, qui réunit l'enthousi;smede l'inspiration divine avec celui du génie. Quelles idées, quelles expressions touchant la providence, la justice, la bout ', la puissance de Dieu! Et cela mille ans avant que les philosophes de la Grèce aient débité qu Iques sentences isolées sur ces grandes vérités. — Moïse est incontestablement l'auteur des cinq premiers livres de l'Ancien Testament, que l'on nomme le Pentaleuque, et que les juifs et toutes les Eglises chrétiennes se sont aecordés à reconnaître pour inspirés. Le premier et le plus important de tous est la Genèse. C'est l'histoire de la création et des premiers hommes , écrite avec une HfifrrtssTQn de vérité que ne présente aucune autre histo;re. Le passage du néant à l'être, la naissance e.t le développement de toute la nature, la cause de sa fécondité et de ses progrès y sont exprimés avec une simplicité et une force que l'éloquence humaine ne peut atteindre. Les hypothèses physiques les plus accréditées ne paraissent a un esprit solide que des rêves vis-à-vis du récit de Moïse. Ce seul livre explique tout, rend raison de tout, nous apprend p'us que toutes les spéculations des philosophes. On y voit, comme dans un tableau, la véritable dignité et la grandeur de l'homme, puisqu'il est l'image vivante de Dieu par son âme spirituelle, libre, intelligente et immortelle; son domaine universel sur toutes les créatures, dont le titre est la concession que Dieu lui en fit au jour de sa création ; son excellence et sa supériorité sur toutes les créatures visibles ; parce que si , pour le corps, il est, comme elles, tiré de la matière, il les surpasse infiniment par ce souffle divin qu'il reçoit, c'est-à-dire par la divine origine de son âme. On y est instruit de la respectable indissolubilité du mariage, puisque l'époux doit quitter tout ce qu'il a de plus cher pour s'attacher invariablement à son épouse, et qu'ils ne doivent avoir qu'un même cœur, comme ils ne forment qu'une môme chair entre eux deux. On y lit la chute de l'homme, la cause de ses malheurs, et la promesse d'un médiateur qui réparerait tout. On y découvre les raisons de l'union, de l'amour et de la paix qui doivent régner entre tous les hommes , puisqu'ils tuent tous leur origine d'un môme père, et qu'ils ne sont réellement sur la terre qu'une môme famille. En'.in on y apprend les devoirs sacrés ne la religion, le culte, l'adoraion, la reconnaissance, l'amour envers le Créateur, puisque l'homme lui doit tout, et qu'il a été

distingué par tant de bienfaits, de privilèges, de grâces et d'honneurs. Dans un savant ouvrage, publié à Pavi ■, en latin, en 178V, l'abbé Martin de Slé hanis a fait voir corn-, bien les livres de .Moïse sont au-dessus des vaines attaques que lui ont livrées des historiens et des | hysiciens romanes pies. On peut consull rauss [a. Démonstration évangélioue de Huet ; Y Histoire du cul, par Pluche : {Histoire véritable (1rs temps fabuleux, parGuérin du Hocher. En 178S, il a paru un ouvrage de M. Pastoret, intitulé : Moïse considéré comme législateur et comme moraliste, in-8°. Tout n'y est pas exact ; mais l'auteur rend des hommages mérités au ministère et aux grandes qualités da Mo se, et fait voir combien les législateurs profanes lui sont inférieurs. On peut consu ter sur Moïse sa Vie par Philon; le toin. I" de Fabricius (Codex pseudo-epigraphus Vcteris Testamenti); De vita et morte Mosis libri très, Irad. de l'hébreu par Gaulmin, Paris, 1629, et avec une préface de Fabricius, Hambourg, 1714, in-8°; les Antiquités judaïques, de Josèphe; The divine Légation of Moses demonstrated, par Guill. Warburton , évoque de Glocester, 5 vol. in-8°, etc.

MOLANUS ( Jeax Ver-Meule\, plus connu sous le nom latin de), docteur et professeur de théologie à Louvain, et censeur royal des livres, né à Lille l'an 1533, dans le temps que son père et sa mère, qui étaient domiciliés à Louvain, étaient allés faire un court séjour dans cette ville, réclama îoujours Louvain pour sa ville na aie, et signa constamment Molanus Lovaniensis. Il mourut le 18 septembre 1585, après avoir publié : une Edition du Martyrologe d'Usuard, accompagnée, 1° de Notes; 2°d un Appendix; 3" d'un Traité des Martyrologes; k° d'un Abrégé des Vies des Saints des Pays-Bas; 5° d'une Chronique des mômes saints, Louvain, 1573, in-8°; Natales sanctorum Belgii , Louvain, 1595, in-12. Arnold Raissius, chanoine de Saint-. Pierre à Douai, en a donné une édition plus ample, l'an 1626. Les Acta sanctorum Belgii, par l'abbé Ghesquière, or.'t éminemment rempli le but de cet ouvrage; Historia sanctarum imaginum et picturarum, pro vero earum usu contra abusus, libri IV, Louvain, 1574, in-8°, et 1771, in-4°, avec des annotations et des suppléments par Paquot; De Canonicis, Louvain, 1670, ouvrage savant et curieux; De fide hœreticis servauda, Louvain, 1585; De piis testamenti s, 158i, in-12; Theologiœ practicœ compendium; Militia sacra duc uni Brabanliœ ; Berum Lovaniensium libri duodecim, manuscrit. Tous ces ouvrages montrent que Molanus était très-vc. se dans l'antiquité ecclésiastique et dans la critique, au moins pour son temps. Baronius l'ait un grand éloge de ce docteur, dans sa préface du Martyrologe romain. On trouve une liste complète des ouvrages de Molanus dans la Bibliotheca belgica ue Foppens.

MOLANUS (Gérard SValter), dont le nom de famille était originairement Van der Muelen, théologien luthérien, abbé de Lokkum, né à Hameln en 1633, mort en 1722 à l'âge

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de 89 ans, a été quelque temps en correspondance avec Boçsuet, relativemont à la réunion des luthériens et d<s catholiques. Ce fut Christophe Spinola, évoque de Neustadt, qui, désirant avec ardeur la réunion des églises chrétiennes, s'adressa pour cet ohjet à Molanus, alors surintendant des églises de Hanovre. (Voy. les Oh'uvrcs posthumes de Bossuet. ) Il a laissé plusieurs ouvrages de théologie et de mathématiques. C'était le célèhre Leibnitz qui avait lié cette correspondance; mais il ne paraît pas qu'il se soit sérieusement occupé d'en favoriser le résultat. C'est au moins ce que l'évêque de Meaux semblait croire, d'après les incidents ou tergiversations qui empêchèrent qu'on n'en vint à une conclusion satisfaisante. D'autres prétendent que Leibnitz fut lui-même contrarié dans son dessein, et que sans des obstacles supérieurs qui ne dépendaient pas de lui, la chose aurait pu réussir. Sans nous arrêter à discuter les causes qui firent échouer une si louable entreprise, adorons la Providence, et respectons les moments qu'e'le a mis dans sa puissance, pour consommer des Oivrages auxquels les hommes, abandonnas à leurs efforts et à leurs lumières , travailleront toujours inutilement. « Quelle médiation ou conciliation, dit un «théologien modéré et impartial, peuvent « reconnaître ou admettre des gens pour qui « toute l'autorité de l'Eglise catholique est « de nulle considération? Où est le pa^ticu- « lier, de quelque savoir et de quelque vertu « qu'il soit, qui puisse se flatter de jouir de « plus de confiance ou d'avoir plus de force « convaincante que la grande et féconde « mère des chrétiens? » Voy. Modbevius.

MOLAY ou MOLE (Jacques de), natif du comté de Bourgogne, dans lequel se trouve le village dont il portait le nom, fut le dernier grand-maitre de l'ordre des templiers, au commencement du xive siècle. Il était né vers lâVO, de la famille des sires de Longwy et de Raon. Les grandes richesses de son ordre et l'orgueil de ses chevaliers excitaient l'envie des grands et les murmures du peuple. L'an 1337, sur la dénonciation de deux scélérats de ce corps, l'un chevalier, l'autre bourgeois de Béziers, Philppe le Bel, roi de Franco, du consentement du pape Clément V, fit arrêter tous les chevaliers, et s'empara du Temple à Paris et de tous leurs titres. Le pape avait mandé au grand-maître d'aller en France se justifier des crimes dont son ordre était accusé. 11 était alors en Chypre, où il faisait vaillamment la guerre aux Turcs. Il vint à Paris, suivi de 60 chevaliers des plus qualifiés, du nombre desquels étaient Gui, dauphin d'Auvergne, et Hugues de Péralde. Ils furent tous arrêtés le même jour; la plupart périrent par le feu. L'ordre fut aboli en 1311 par Clément V, dans le concile de Vienne. Molay, Gui et Hugues furent retenus en prison jusqu'en l'an 1313 , qu'on leur fil leur procès. Ils eurent la lâcheté de confesser les crimes qu'on leur imputait, dans l'espérance d'oblenir leur liberté aux dépens de leur honneur. (Voy. Clément V.)

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Mais, voyant qu'on les retenait toujours prisonniers. Molay et Gui se rétractèrent. Ils furent brûlés vifs dans l'île du Palais, le 18 mars 1314 : Molay parut en héros chrétien sur le bûcher, et persuada à tout le monde qu'il était innocent. On rapporte qu'il ajourna le pape Clément à comparaître devant Dieu dans 40 jours, et le roi dans l'année. En effet, ils ne passèrent pas ce terme. Quelques auteurs croient que cet ajournement fut imaginé après l'événement: mais un auteur moderne en a solidement prouvé la réalité : « Ce n'est pas rare, ajoute-t-il, de voir mou- « rir au temps indiqué, des princes et des « juges cités au jugement de Dieu. Outre « qu'on en trouve dans Richebourg, un éori- « vain, dont la religion est aussi éclairée « que solide, en rapporte plus de vingt exem- « pies, et après avoir rapporté celui-ci, il « s'écrie : Peut-on dire, en voyant éclater « ainsi la vengeance divine, qu'il y a du na- « turel et de V ordinaire dans ces événements? » Quoi qu'il on soit, il est certain que de tout temps les hommes ont cru que Dieu exauçait les malédictions des mourants. 11 est certain encore que, dans la destruction des Templiers, il périt un grand nombre d'innocents : les désordres de quelques particuliers ont pu influer sur la réputation du corps; mais l'on ne peut croire qu'ils aient été ni universels, ni portés à l'extravagant excès qu'on a voulu supposer. « Je ne croirai ja- « mais, dit un historien, qu'un grand-maître « et tant de chevaliers, parmi lesquels on « comptait des princes, tous vénérables par « leur âge et par leurs services, fussent couce pables des bassesses absurdes et inutiles « dont on les accusait. Je ne croirai jamais « qu'un ordre entier de religieux ait renoncé « en Europe à la religion chrétienne pour « laquelle il combattait en Asie, en Afrique, « et pour laquelle même encore plusieurs « d'entre eux gémissaient dans les fers des « Turcs et des Arabes, aimant mieux mourir « dans les cachots, que de renier leur reli- « gion. Knfin je crois sans difficulté à plus « de 80 chevaliers qui, en mourant, pren- « nent Dieu a témoin de leur innocence. » D'un autre côté, il faut convenir que les premiers aveux des Templiers sont une chose très-imposante, et suflisent, quand même ils seraient f >ux, pour just fier le décret de leur suppression, comme nous l'avons prouvé à l'article Clément V. L'auteur de Y Histoire critique et apologétique des Templiers convient qu'une multitude d>; chevaliers ont avoué les crimes qu'on leur imputait, 'a plupart même libreme t, et sans violence ni tortures, sur de simples promesses ou menaces, et même dans de simples interrogatoires. On peut voir ces aveux plus ou moins clairement prononcés, t. Il, pag. 270, 271, 276, 277, 281, etc. ; et ce sont ues Anglais, sur lesquels Philippe le Bel ne pouvait rien, et Clénii-nt V très-peu, qui font ces aveux. Pierre du Puy a donné YHistoire véritable de la condamnation de l'ordre des Templiers, Bruxel-les, 1581. Il a paru en 1779 YHistoire de V abolition des Templiers, Paris, in-12,

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brochai* superficielle et pétrie de petites vues très-différentes de ci lies de l'histoire. Il n'eu est pas de même de l' Histoire critigui et apologétique des Templiers (due nous venons débiter), par feu K. P. M. J., de l'ordre des Prémontrés, Paris, 178!), 3 vol. iii-V, ouvrage savannneni et sagement écrit, niais peut-être nu peu trop favorable aux Templiers! L'on rage de M. Havnouard, qui a pour titre BËonamenit historiques relatifs à la condamnation (les chevaliers du Temple, et à l'aholnion de leur ordre, Paris, 1813, in-8°, ci encore plus en faveur des Templiers. De Hannner a tenté d'établir par de nombreux monuments la réalité des crimes imputés aux Templiers? il a été réfuté dans le Journal des Savants et dans la Bibliothèque universelle.

MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin de) , l'un des plus ri Lustrés écrivains de la littérature française, né à Paris le 15 janvier 1622, de Jean Poquelin, marchand tapissier, mourut k Paris le 17 février 1073, à 51 ans, d'une maladie de poitrine, à la suite des efforts qu'il venait de fane pmr jouer le rôled'Argan tans le Malade imaginaire. Deux religieuses qui étaient venues quêter à Paris pendant le carême, et qu'il avait accueillies dans sa maison, lui prodiguèrent dans ses derniers moments les son. s les plus empresses. Le curé de Saint-Eustacbe lui refusa la sépulture ecclésiastique ; mais le roi intervint auprès de l'archevêque c>e Paris, et deux prêtres accompagnèrent le cercueil de Molière jusqu'au cimetière Saint-Joseph. Le Misanthrope, Y Avare, les Femmes savantes, Tartufe, les Précieuses ridicules, Pourceaugnac, YEcole des maris, ie Bourgeois gentilhomme, et d'autres pièces où la morale mallieuieusement n'est pas toujours assez respectée, assurent à ce grand écrivain l'immoral té de la gloire humaine. La notice dé. aillée de la vie et des ouv.ages de Molière n'appartient pas à ce Dictionnaire: mais nous avons pensé qu'on y lirait avec intérêt quelques vers qui lui furent inspirés par la muse chrétienne : le Journal des artistes, dit Y Ami de la religion du 15 août 1837, a cité dans un de ses numéros les huit vers suivants qui se trouvent au bas d'une estampe gravée au xvue sièc.e par Le Doyen, d'après une composition de V. Chauveau, et représentant la confrairie de Ycsclauage de Noslre-JJame de la Charité, établie en Y église des religieux de la Charité par N. S. P. le pape Alexandre VU, l'an 16(35 :

Brisez les tristes fers du houleux eselauage Ou \'ius il m du péché le commerce odieux, El venez recevoir le glorieux seruajje Que vous tendent les mains de 1.» reyne des deux, L'Uii sur \ utisà vos sfcns donne pleiue viclo re, L'autre sur vos dts rs vous l'ait régfl r en rovs; L'un vous lire aux enf rs el l'autre dans la gloire. Hélas! peut-on, mortels, balancer sur te choix']

On n'eût peut-être pas pensé à tirer ces vers de l'oubli auquel semblait les condamner la médiocrité de l'estampe qu'ils accompagnent. Mais on lit au bas le nom de J.-B. P. Molière, et il est assez piquant de voir des vers

d'un genre religieux sortis de la plume d'un auteur qui s'était exercé sur des sujets tout d If r nts. La gravure dont il s'agit se voit au cab net des estampes de la Bibliothèque , de la rue de Richelieu, dans le premier volume de l'Œuvre de Chauveau. No is avons cru qu'il n'était pas sans quelque utilité de rappeler ici ces quelques vers religieux du poêle qui lit la comédie du Tartufe, œuvre dirigée fin réalité contre l'hypocrisie, mais dont l'impiété s'est fait une aime coure la religion et contre le clergé.

MOLLNA (Louis), jésuite, né l'an 1535 à Cuenca dans la Castille-Neuve, mort à Madrid en 1000, à 65 ans, enseigna pendant vingt ans la théologie, dans l'université d'Evora, avec grand succès. Son esprit était vif et pénétrant, sa mémoire heureuse : il aimait à se frayer des routes nouvelles et à cherci er de nouveaux rentiers dans les anciennes. Ses principaux ouvrages sont : des Commentaires sur la prein ère partie de la Somme de saint Thomas, en latin; un grand et savant traité de Justitia et jure, Mayence. 165J, 9 vol. in-folio; un livie, de Concordia gratiœ et liberi arbitrii, Lisbonne, 1588, avec un Appendice, in-V, toit cher. C'est cet ouvrage qui lit naître les disputes sur la grâce, et qui partagea les dominicains et les jésuites en thomistes et en molinistes. Dès qu<- la production du jésuite parut, Henriquez , son confrère, la censura dans s< n traité de Fine hominis. les domnicains soutinrent thèses sur thèses, pour foudroyer le nouveau système. Le cariinal Qniro a, grand-inquisiteur d'Espagne, fatigué de ces querelles , les porta au tribunal de Clément VIII. Ce pontife forma, pour les terminer, en 1507, la célèbre congrégation qu'on appelle de AuxiLis. Mais, .près plusieurs assemblées des consulteurs etdrs cardinaux, où les dominicains et h s jésuites disputerait contradicloirenient en présence du pape et de li cour romaine, il ne fut r en décidé. Paul V. sous lequel ces disputes avaient été continuées, se contenta de donner un décret en 1607, par lequel il p rmil aux deux écoles d'ensei. ncr leurs se ..ihuenls, leur défendit de, se censurer mutuellement, et enjoignit aux supérieurs des deux onlr s ne punir sévèrement ce :x qui contreviendraient à celte défense : décision sage et par ai e-r ment équitable. Les deux écoles se léunissant dans tous les points déc dés par l'Eg'i e, et détestant les erreurs opposées, il était inutile de prononcer sur la manière dont elles établissaient leurs conclusions; il suffisait quell s y ariivassent bien ou mal. Le dé aut de raisonnement, quel qu'il pût être, devenait une aifaire de logique et non rie théologie. 11 pouvait d'ailleurs se faire que les deux par.is eussent tort ; et en ce cas il eût été injuste de condamner l'un préférable-: ment à l'autre. C'était un artilice de; jansénistes d'appeler molinistes tous ceux qui rejetaient la doctrine de leurs coryphées, comme si tous les catholiques professaient la doctrine de Molina. Les philosophes du xvnr siècle mettaient en opoosition le moii-

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nisme et le jansénisme, pour faire entendre que les catholiques n'étaient pas d'accord : en quoi il .y avait deux impostures grossières , 1° parce q'i'on mettait de niveau un sentiment orthodoxe avec une hérésie proscrite ; 2° parce qu'on rangeait parmi les catholiques une secte analhémalis'e et plus ennemie de l'Eglise que les nestoriens elles ariens. Voy. Lemos, Lessius, Meyer, Seruy, Merlin (Charles).

MOL1NA (Antoine), chartreux, né àVi'la- Nueva-de-lns-lnfanles, dans la Castille, dont on a un traité de l'Instruction des prêtres, ouvrage très-propre à honorer le sacerdoce, et à sanctifier ceux qui en sont revêtus. On l'a traduit en latin, Anvers, 1618, in-8°, et en français, Paris, 1677, in-8°. Molina mourut vers 1612, après s'être acquis une grande réputation de piété.

MOL1NA (Dominique), religieux dominicain, natif de Séville, publia en 1626 un Recueil des bulles des papes, concernant les privilèges des ordres religieux.

MOLîNA ou ESCALONA (Alphonse de), missionnaire de l'ordre des frères mineurs ou Coruelicrs, né l'an 1496 à Escalona, petite ville fie la Castit'e Nouvelle, prit, suivant l'usage, en faisant sa profession, le nom de sa ville natale. En 1526, il fut envoyé dans les missions do l'Amérique, et il mourut en 153i à Mexico, après avoir travaillé pendant 50 années à répandre dans ces contrées les lumières de l'Evangil \ Ses confrères lui consacrèrent un bel éloge dans la Scraphica historia provincial sancti Evangelii. Outre ses Sermons, une Vie de saint François, et divers Opuscules ascétiques, on a de lui : Catecismo mayor y menor, Mexico, 154-6 ; Ccnfessionario mayor y minor, ibid., 15i;5; Arte de la tangua mexicana y castillana, ibid., 1571, in-8° : celte grammaire, qui est la première qui ait paru sur cette langue, est trèsrare ; Vocabulario en langua castellana y mexicana, ibi i., 1555, m-k", et 1571, in-fol.

MOLINA (Jean-Ignace), jésuite, né à Taka au Chili le 2'* juin 1740, était, dès l'âge de vingt ans, bibliothécaire de son ordre, à Sant-Yago. Lors de la suppression des jésuites dans les possessions espagnoles, il passa en Europe, et se tixa à Bologne, où il se consacra à l'enseignement. La mort d'un neveu ayant fait pass.rdans ses mains une fortune considérable en 18i5, le P. Molina en employa une grande partie à fonder une bibliothèque dans sa ville nata'e. 11 mourut à Bologne le 12 septembre 1829, laissant : Saggio sulla storia naturalc del Chili, Bologne, 1782, in-8°, «avec une carte : trad. en allemand par Biandis, Leipzig, 1786, in-8°; et en français, avec nés notes, par Gruvel, Paris, 178:», in-8° ; Saggio délia storia del Chili, Bologne, 1787, in-8°, avec une carte; 2f édit. au0m., ibid., 1810, m-k°, avec c.ïrte et portrait. Il est à regretter que ce livre, qui a été traduit en plusieurs langues, ne I ait pas encore été en français.

MOL1NELL1 (Jean-Baptiste), clerc régulier de la congrégation des Ecoles-Pies, né à. Gênes en 1730, professa successivement la

philosophie à Oneille , et la théologie à (iênes et à Berne. On loua une thèse qu'il lit soutenir dans cette dernière ville, en 1777, sur les sources de l'incrédulité, et sur la vérité de la religion chrétienne, in-i° <ie 89 pages. Il composa dans le même temps un Traité sur la primauté du papt, et retourna peu de temps après dans sa patrie, où il professa de nouv.au la théologie. En 1788, il joignit des remarques et des notes à la théologie de Lyon, donnée à Gênes par Olzati. Ce soin montre assez à quelle école appartenait Moliuelli. Ses opinions lui attirèrent des démêlés avec le savant et pieux Lambruschini, barnabte, professeur de théologie au séminaire de l'archevêque. Partisan de la i évolution de son pays, il fit partie d'une espècu d'académie ecclésiastique formée pour la propager, et dont les principaux membres étaient l'évêque Solaii , Palmieri , Degola, etc. Ils publiaient plusieurs ouvrages en faveur du système démocra ique, et Molinelli donna (en italien) le Préservatif contre la séduction ; et Du droit de propriété des églises sur les biens ecclésiastiques. Le sénat de Gênes l'avait nommé un de ses trois théologiens, et il rédigea, en cette qualité, des mémoires et des consultations sur différentes matières. Molii.elli mourut à Gènes en 1799, laissant de nombreux manuscrits.

îviOLlNET (Claude du), chanoine régulier et procureur général de la congrégation de Sainte-Geneviève, naquit à Chalons-sur- Marne en 1620, d'une famille ancienne. 11 vint achever ses études à Paris, et s'appliqua ensuite à découvrir ce qu'il y a de plus cai hé dans l'antiquité. Il amassa un cabinet considérable de curiosités, et mit la bibliothèque de Sainte-Geneviève a Paris d ns un élat qui l'a rendue 1 objet de l'atiention des curieux. Louis XIV se servit de lui pour aider à ranger ses médailles et à lui en trouver de nouvelles. Le P. du Mol.net en fournit a ce monarque plus de 800, qui lui méritèrent des gratifications considérables. Ce savant ant quaire mourut le 2 septembre 1637, régi etlé do plusieurs illustres amis, que son savoir autant que son caractère lu a\a;t procurés. Se.^ principaux ouvrages sont : une Edition des Epitres dEtbnne, évoque de Tournai, avec de savantes notes, 16 2, in-8*. Cet évèque de Tournai, mort en 120.J, était en même temps abbé de Sainte-Geneviève de Paris; Y Histoire des papes par médailles, depuis Martin V jusqu'à innocent XI, Paris, 1679, in-i'% en latin; ouvrage effacé par celui du P.Philippe Bonanni sur 1 • mêmes jet; des Réflexions sur l'origine et l'antiquité des chanoines séculiers et réguliers, 167i, \\\-k"\ un Traité des différents habits des chanoines , 1666, in-4°; une Dissertation sur la mise des anciens; une autre Dissertation sur une tête d'Isis, etc. ; le Cabinet de Sainte-Geneviève, Paris, 1692, in-fol., peu commun. Ces différents écrits offrent des choses curieuses et recherchées.

MOL1NIEB (Jean-Baptiste), prédicateur, né à Arles en 1675, entra dans la congrégation de l'Oratoire, en 1700, et Drêcha dans la

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suite avec applaudissement à Aix, à Toulouse, à Lyon, à Orléans et à Paris. Massilion, l'ayant entendu, fut saisi des traits vifs et saillants de son éloquence; et, surpris de ce qu'avec un talent si décidé, il était si inégal, il lui d.t alors : « 11 ne tient qu'à vous d'être le prédicateur du peuple ou des grands. » Jl est certain que lorsqu'il travaillait ses discouis, il égalait les plus célèbres orateurs; mais il comptait trop sur sa facilité, et ne modérait pas assez l'impétuosité de son imagination. Mobilier quitta l'Oratoire vers 1720, pour se retirer dans le diocèse de Sens, d'où il revint à Paris reprendre l'exercice du ministère de la prédication. Le successeur du cardinal de Noailles (Vintimille) Je lui ayant interdit à cause de son opposition à la bulle Uniyenitus, et de ses liaisons avec les convulsionnâmes, il ne s'occupa plus qu'à revoir ses sermons. 11 mourut le 15 mars 1745, à 70 ans. On a de lui : Sermons choisis, en 14 vol. m-12, 1730 et années suivantes. Ces discours sont la production d'un génie heureux, qui s'exprime avec beaucoup de feu, d'énergie, de force, de dignité et de naturel. Il ne lai manquait que le goût; son si} le est incorrect, inégal et détiguré par des termes communs, qui font un étrange contraste avec plusieurs morceaux pleins de vie et de noblesse. De ces 14- volumes, il y en a trois de Panégyriques et deux de Discours sur la vérité ue la religion chrétienne; Exercice du pénitent et office de la pénitence, in-8°; Instructions et prières de pénitence, in-12, pour servir de suite au Directeur des âmes pénitentes, du P. Vauge; Prières et pensées chrétiennes, etc. — Les sermons de Alolinier ont été publiés dans la collection des Orateurs sacrés de M. Aligne, avec ceux de plusieurs autres prédicateurs, sous ce titre : Sermons choisis de Cumus, de Godeau, de Cotton, de Caussin, de Alolinier de Toulouse, 1 vol. in-4°. MOLiN'OS (Michel), piètre espagnol, naquit dans le diocèse de Saragosse en 1627, d une famille considérable par ses biens et par son rang. Né avec une imagination ardent , il s'établit à Ruine, et y acquit la réputation d'un grand directeur. 11 avait un extérieur frappant de piété, et il refusa tous les bénéiiees qu'on lui otl'rit. Le feu de son génie lui bl imaginer dos folies nouvelles sur la mysticité. Il débita en 1075 ses idées dans sou ouvrage intitule : la Guide spirituelle, livre qui fut imprimé u 'abord en espagnol, puis en italien et en latin, et qui le lit entériner dans les prisons de l'inquisition en 1085. uet ouvrage parut d'abord admirable : « La tbéologie mystique, uisait l'auteur « dans Si préface, n'est pas un 3 science d'i- « ina-ination, mais de sentiment... On ne « l'apprend point par l'étude, mais on la re- « çoit du ciel. » Cela était vrai à bien des égards; mais l'auteur en porta trop loin les conséquences, et en Ut de fausses applications. Ce ne fut qu'en creusant dans une espèce u'auime où Molinos s'enfonce et son lecteur avec lui, qu'on aperçut tout le danger de son système. Le P. Segneli ayant entremis d'eu découvrir le venin dans un livre qu'il

publia sous le titre de Y Accord de V action et du repos dans l'oraison, peu s'en fallut qu'il ne lui en coûtAi la vie. Ou le regarda comme un bomme jaloux, aveuglé par une bas>e envie, qui caiomniait un saint. Son livre fut censuré, et on ne lui rendit justice que lorsque l'bypocrisie fut démasquée. « On vit, « dit le P. d'Avrigny, que l'homme prétendu « pariait de Molinos est un homme qui ne « raisonne point; qui ne rétléchit ni sur Dieu « ni sur lui-môme; qui ne désire rien, pas « même son salut; qui ne craint rien, pas « même l'enfer; à qui les pensées les plus « impuies, comme les bonnes œuvres, c'e- « viennent absolument étrangères et indiflé- « rentes. » La souveraine periection, suivant le rêveur espagnol , consiste à s'anéantir pour s'unir à Dieu : de façon que, toutes les facultés de l'âme étant absorbées par cette union, l'âme ne doit plus se troubler de ce qui peut se passer dans le corps. Peu importe que la pa. lie inférieure se livre aux plus honteux excès, pourvu que la supérieure reste concentrée dans la Divinité par J'oraison de quiétude. Cette hérésie se répandit eu France, et y prit mille formes différentes. Malaval, madame Gu. on et l'énelon en adoptèrent quelques idées, mais non pas les plus révoltantes. Celles ue Molinos furent condamnées en 1687, au nombre de 68. On en trouve une réuitation dans le tome IV des OEuvres de Fénelon, publiées à Versailles, chez Lebel. Le môme volume contient une analyse judicieuse ue la ductrine de Molinos, et la différence de celte doctrine avec le quiétisme mitigé de maoame Gu^on. Molinos fut obligé de faire une abjuration publique de ses erreurs, et il fut enfermé dans une prison, où il mouiut eu 10y6, âgé de près de 70 ans. Quelques-uns ont avancé que Molinos en était ve^ujusqu'à ouvrir la porte aux abominations des gnostiques; mais d'autres le justibent sur ce point, et soutiennent qu'il n'a nas admis cette bombie conséquence. Les sentiments dans lesquels ou dit qu'il est mort viennent à l'appui de cette assirtiou. Des lecteurs superficiels ont quelquefois confondu avec le quiétisme ou la quiétude dj Mounos, cette paix de l'âme que nous devons garder, même dans la uUes^a.tion et la fuite du péché. Le quiétisme enseigne qu'il n'y a pas de péchés pour les âmes unies à Dieu, et que des lors il ne faut pas s'en inquiéter. La vraie théologie dit qu'il faut pleurer ses pèches sans agitation, sans se tracasser et sans s'abaîire. « h est dif- « licile de comprendre , dit un auteur ascé- « tique, qu'on | uisse confondie de telles dis- « parâtes, ei cela à la faveur de la misérable « équivoque qui porte sur le mot quies; la « oouleurjiacom^onctioii, les regrets les plus « vifs d avoir oilensé Dieu, sont calmes et « paisibles. Le Peccavi Domino de David, le « Flevit amure de saint Pierre, étaient sans « agitation et sans trouble. La situation con- « traire vient de la grande uée qu'on a de « soi-même, de ses vertus, d'un désir de « perfection rapporté à soi et non pas à « D;eu. )<

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MOLITOR (Ulrich), est connu par un livre rare, intitulé : Tractatus de lamiis et pythonicis mulieribus , Constance, 1489, in-4"; Paris. 1561, in-8% où il y a des choses fort singulières, qu'on traiterait aujourd'hui de fables, dit Feller , et dont quelques-unes néanmoins paraissent avec tout l'appareil d'une critique savante. Son style est assez pur et nourri; et dans ce qu'il raconte de plus extraordinaire , on reconnaît le ton d'un homme circonspect et réfléchi. Mohtor mourut en 1492.

MOLLER ou MOELLER (Henri), théologien protestant, se rendit habile dans la langue hébraïque, et professa longtemps dans l'université de Wittenberg. 11 mourut à Hambourg, son pays natal, le 26 novembre 1589, à l'âge de 61 ans. On a de lui des Commentaires sur Isaïe et sur les Psaumes, et des Poésies latines.

MOLLER (Daniel-Guillaume), né à Presbourg en 1642, voyagea dans toutes les parties de f Europe, fut professeur en histoire et en métaphysique, et bibliothécaire dans l'université d'Altdorf, où il mourut le 25 février 1712. 11 s'était rendu à Vienne pour demander la conservation des privilèges dont jouissaient les protestants de la Hongrie. Son langage déplut aux ministres, qui l'invitèrent à quitter cette capitale dans les 24 heures. Craignant d'être arrêté à Presbourg, il se réfugia à Nuremberg, d'où il fut appelé à Altdorf. On a de lui plusieurs ouvrages, dont les plus remarquables sont : Oratio de confusione linguarum Babylonica, Wittenberg, 1662, ;in-4° : l'auteur n'avait que vingt ans quand il prononça cette harangue, où il y a beaucoup d'érudition ; Meditatio de insectis quibusdam Hungaricis prodigiosis ex aère una cum nive in agros delapsis, Francfort, 1673, in-12; Opuscnla ethica et problematico-critica, Francfort, 1674, in-12 ; Opuscula medico-hislorico-philologica, 1674, in-12; Curriculum poeticum, Altdorf, 1674; Mensa poetica, ibid., 1678, in-12, deux recueils des poésies que l'auteur avait composées dans sa jeunesse ; Indiculus philologorum ex Germania oriundorum, etc., Altdorf, 1691, in-4°. Czvittinger a rassemblé une foule de détails intéressants sur la vie et les ouvrages de Moller, dans le Spécimen Hungariœ litterar., pag. 256-275. On peut consulter aussi Horanyi, Mem. Hungar., h, 628-646; Klein, Notice des pasteurs hongrois; Will, Dict. des Nurembergeois, tome 11, pag. 640-649.

MOLLEVAUT (Charles-Louis) , membre de l'institut (académie des inscriptions), docteur ès-lettres, né l'an 1767 à Nancy, était fils d'Etienne Mollevaut, avocat distingué de cette ville, qui fut député à la Convention, et que ses confrères élurent bâtonnrer l'année même de sa mort, arrivée en 1815. Le jeune Charles fut un des élèves de Hansse de Villoison, dont il conserva l'amitié. 11 se consacra à l'instruction publique, enseigna les langues anciennes au lycée impérial de Nancy, et se lit connaître surtout par des traductions en vers et en prose. En 1803, parut sa traduction des Amours d'JJéro et

Dicx. de Biographie relig. II.

Léandre, poème de Musée le Grammairien, Paris, Didot, in-8°, avec le texte grec ; elle a été réimprimée, sans le grec, à la suite de la 2e édition des Elégies, en 1821. En 1816, Mollevaut, déjà correspondant de l'académie des sciences depuis plusieurs années, en fut nommé membre par l'ordonnance royale qui organisa cette société sur de nouvelles bases. Il est mort, il y a quelques années, à peu près oublié, malgré la précaution qu'il avait prise, en 1840, de publier une Notice raisonnée sur ses ouvrages, dans laquelle il se prodigue les éloges avec une libéralité qui fait sourire. La même confiance dans son talent se montre dans YOde à la Posté- . rite, petite brochure in-18 , de 8 pages, réimprimée en 1840. Voici quelques-unes des paroles mises par lui dar\s la bouche de la Postérité qu'il personnifie.

« Ah! si les cris jaloux d'une ignoble impuissance Osèrent de ses mœurs attaquer l'innocence, Tous ses muets mépris les ont seuls combattus ! Moi, sur son noble Iront, qui me tint sa promesse,

J'ai mis la palme du Permesse, Et je mets à sa main la palme des vertus.

« H fit ce que jamais nul mortel n'a pu faire I Et, vivant des lauriers que son honneur préfère, Sa riche pauvreté domple les longs revers : Prompte à les secourir, ma céleste vengeance

Contre une impitoyable engeance, C'est de la sillonner du foudre de ses vers... v

La critique, plus sévère, jugera que la richesse de la rime et cette fidélité , nous ne disons pas littérale , mais numérale , qui s'impose la loi de reproduire dans une version exactement la même quantité de vers que le texte original, ne rachètent pas l'impropriété des termes, les constructions pénibles et vicieuses, l'accumulation des épithètes et les défectuosités d'un style souvent ampoulé. Celle de ces publications qui Jui vaut une mention dans ce Dictionnaire est intitulée : Chants sacrés, Paris, 2e édition, 1832, in-18. « Ce volume, dédié à l'académie des inscriptions et belles-lettres, dit l'auteur luimême dans la Notice dont nous avons parlé, contient des dithyrambes et des odes dus aux prophètes, des poèmes pris dans les parties les plus intéressantes de la Bible, un discours préliminaire sur la poésie sacrée, et des notes qui, dans ces sujets traités, mettent en parallèle avec Mollevaut nos premiers écrivains, et prouvent, jusqu'à l'évidence, la supériorité de l'auteur des Chants sacrés. » Salluste, Tacite (Vie d'Agricola et Mœurs des Germains), Anacréon, Catulle, Tibulle, Properce, Martial, Virgile, Ovide (les Amours, l'Art d'aimer), Horace (Art poétique), etc., furent successivement traduits par lui. Virgile le fut en prose et en vers. C'est au nombre et à la variété de ses traductions que se rapporte le vers un peu prétentieux : H fit ce que jamais, etc. Ses compositions originales sont : Eloge de Goffin, ou les mines de Beaujon, 1812, in-4° ; Poésies, 1813, in-12; La Paix, 1814, in-8° ; Elégies, 1816, in-18; 2e édition, 1821, in-18, grav. ; Ode sur le mariage du duc de Berry, 1816, in-8° ; Fables en quatrains : cent fables, 1820; cent fables nouvelles, 18d6 • soixante fab

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nouvelles, 1839; Poésies diverses, 1821, 1 v.

in-IN, grav.; Pensées en vers, production morale, 1839, 3" édition, in-18 ; Les Fleurs, poëme avec des notes, 1818, 1 vol. in-18, orné de fleurs peintes par Bessa, et de gravures d'après les dessins de Chasselat. Mollevant a laissé en manuscrit.: Les Oiseaux, I orme également en quatre chants ; les (\nt-jours, poëme épique; César dans les (nulles, tragédie ; "des mémoires lus à l'académie des inscriptions, etc. Cet auteur avait du savoir et n'était pas dépourvu de mérite; mais l'absence de goût se l'ait trop apercevoir dans l.i plupart de ses ouvrages.

MOMBRITIUS ou MOMBRIZIO (Boninus ou Homno), écrivain milanais, est connu par son Sunctuarium, seu Vitœ sanctorum, 2 vol. in-fol., sans nom de ville et sans date. Ce livre, très-rare et très-cher, est recherché par les bibliomanes pour l'ancienneté de l'édition. On croit qu'il parut à Milan vers l'an 1479; On a aussi des Poésies de cet auteur. Voyez, pour de plus grands détails, YHistor. topoqraph. MedioL, de Safïi, p. 146, ainsi que la première partie, p. 939, et la deuxième partie, p. 2007 du tome H de la Biblioth. script or. MedioL, d'Argellati.

MONCEAUX (François de), en latin Moncœus, jurisconsulte et poète d'Arras, s'appliqua à l'étude de l'Ecriture sainte ; il était seigneur de Froideval, et fut envoyé par Alexandre Farnèse, duc de Parme, en ambassade vers Henri IV, roi de France. On a de lui : Bucolica sacra, iu-8°, Paris, 1589 ; Aaronpurgatus, sive de Vitulo aureo non vitulo, libri duo, 1606, in-8° : livre qui a été réfuté par Robert Visorius. Il est inséré dans les Crilici sacri de Pearson, et il a été prohibé à Rome, l'an 1609; Y-Histoire des apparitions divines faites à Moïse, Arras, 1594, in-fc° ; Templum justitiœ, poëme, Douai, 1590, in-8° ; Lucubrutio in caput 1 et 7 Canliti Canticoï'um, Paris, 1587 , in-4° ; une Paraphrase en vers sur le Psaume xnv. Tous ces ouvrages sont en latin; il y a des recherches et des singularités.

MONDELLI (François-Antoine) , évoque de Citta-di-Castello, né à Rome le 7 février 1755, avait débuté en 1786 en publiant dix Dissertations sur des matières de critique et d'érudition religieuse. Il montra une grande fermeté pendant la persécution de l'Eglise de Rome, et, sous le pontificat de Pie VI, il refusa le serment au gouvernement intrus. A l'événement de Pie VII, il reprit les travaux qu'il avait été obligé d'interrompre, et fut un des premiers fondateurs de l'académie de la religion catholique. Le 29 septembre 1805, il fut sacré évèqne des sièges unis de Terracine , Sezze et Piperno, et il s'adonna ensuite avec le plus grand zèle aux soins de l'administralion de son diocèse. Exilé à Trévoux lorsque de nouveaux orages eurent bouleversé les Etats pontificaux, le prélat composa plusieurs Opuscules en français sur divers sujets de dévotion. Après les événements de 1815, il revint à Rome, et fut promu par Pie Vil à l'évôcfoé de Citta-di-Casiedo. Mondelli mou-

rut le 2 mars 1825, laissant, outre les écrits dont nous avons parlé : Discoure politique moral sur les devoirs de l'homme envers Dieu, 1790, in-8° ; Véritable idée du citoyen heureux, 1796, in-8° ; Si/nodus Tifernatensis', 1818, in-i°.

MONDONVILLK (Jkanne de Jlmahd, dame ni:), fille d'un conseiller au parlement de Toulouse, fut distinguée de bonne heure par sa beauté et son esprit. Recherchée par divers seigneurs, elle épousa en 16V6 Turles, seigneur de Mondonville. Ayant perdu son époux, elle se mit sous la direction de l'abbé Ciron, et forma lo projet d'employer ses biens à la fondation d'une congrégation, dont l'abbé Ciron dressa les statuts et les règlements. Ce nouvel institut fut confirmé par un bref d'Alexandre VII, en 1662, et autorisé de lettres-patentes en 1663. Peu de temps après, ces Constitutions furent imprimées avec l'approbation de dix-huit évoques et de plusieurs docteurs. C'est cet institut si connu sous le nom de Congrégation des Filles de V Enfance. Il avait déjà formé des établissements dans plusieurs diocèses, lorsqu'on prétendit qu'il servait d'asile à des factions et à des menées dangereuses pour l'Eglise et pour l'Etat. On nomma des commissaires, et, après un mûr examen, la congrégation de YEnfance fut supprimée par un arrêt du conseil de 1686. L'institutrice fut reléguée dans le couvent des hospitalières de Coula nces, et privée de la liberté d'écrire et de parler a aucune personne du dehors. Elle y mourut en 1703. Les tilles de l'Enfance furent dispersées. L'abbé Racine, dans son Histoire ecclésiastique, en fait presque des martyres ; les gens impartiaux les regardèrent comme les victimes d'un fanatisme dont elles ne connaissaient ni les vues ni les ressorts. « La cour (dit un auteur très-in- « struit de cette affaire) eu* des preuves in- « contestables que cette fondatrice avait « donné asile à des hommes de mauvaise « doctrine et malintentionnés pour l'étal , « tels que le P. Cercle et l'abbé Dorât; « qu'elle avait fourni à ceux-ci les moyens « de sortir du royaume ; qu'elle avait fait im- « primer, dans sa maison et par ses filles, plu- « sieurs libelles contre la conduite du roi et « de son conseil. On enleva cette imprime- « rie : on dressa des procès-verbaux ; et sur « tous ces faits, on eut quantité de déposi- « tions authentiques et juridiques , avec « les témoignages des pius anciennes filles « de cette maison. » Voy. Juliard et Reboilet.

MONETA (le Père), dominicain de Crémone, vivait du temps môme de saint Dominique , et mourut vers 1240. Il se rendit célèbre par sa science et son zèle contre les hérétiques. Le P. Riccinius, du même or dre, fit imprimer à Rome, en 1643, in-l'ol., un Jraù^latin du P. Moneta contre les Vaudois.

MONGIN ( Edme ) , prélat français , né à Raroville dans le diocèse de LangreYenl668, fut précepteur du duc de Bourbon et du comte de Charolais. U mérita, pai-ses talents

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pour la chaire, l'évêché de Bazas en 172V. C'était un homme d'esprit et de goût. Ces deux qualités se font remarquer dans le recueil de ses OEuvres, publié à Paris en 1745, m-4°. Cette collection renferme ses Sermons, ses Panégyriques , ses Oraisons funèbres , et ses Pièces académiques. Ce prélat mourut on 17V6 à Bazas. On trouve son Eloge dans le recueil de d'Alembert.

MONGODIN ( André-Jacques ), prêtre et curé, était né de parents pauvres, mais d'une condition honnête. Après s'être distingué pendant son vicariat par un zèle infatigable, il fut , à la demande et aux vœux unanimes de la paroisse , nommé recteur ou curé de Saint-Aubin , dans la ville de Bennes. Au moment de son installation , la fondation de rente pour les pauvres n'était que d'un écu ; et à sa mort , arrivée vingt ans après , il en â laissé une d'environ 700 livres constituée en leur faveur. Il ne souffrit jamais qu'on fit des quêtes dans sa paroisse pour les pauvres ; et lorsque le parlement permit à celles de Bennes de faire des emprunts, il ne consentit point que la sienne en fit : il pourvut lui-même à ses Desoins; ses dîmes y étaient employées. « Mon revenu, disait-il, appartient aux malheureux , je suis leur cais- « sier , qu'ils viennent chez moi retirer ce « qui leur est dû. » 11 se trouva quelquefois dans des moments de disette ; et , n'ayant rien à donner , il partagea avec eux son repas. Enfin épuisé par des travaux vraiment apostoliques et l'activité d'une charité intelligente et généreuse , il mourut en 1775 dans son confessionnal, en réconciliant les pécheurs avec Dieu : mort plus glorieuse aux yeux du vrai sage que celle des héros profanes qui expirent sur un champ de bataille , couverts du sang de leurs frères. Ses paroissiens lui dressèrent un monument avec cette inscription simple, mais touchante et énergique :

Hic jacet Andraeas Jacobus Mongoclin,

Hujiis parocliiœ rector, Cleri (iiujccsaiii procuralor; Virtute, consilio, exemploque potens, Pauperurn pater, pauper ipse, Ut divinae Providentire .subsidio, Sic in victu parciinonia dives, Egeuis alimenta, vestes abunde suffecit; Hanc sacran» œdem Refecit, ampliavit, exornavit; Iû sacro pœniientiae uibunali sedens Animain l'eo reddidit.

MONIGLIA ( Thomas- Vin cent ) , célèbre religieux dominicain , né à Florence le 18 août 1686 , mort à Pise le 15 février 1767, abandonna sa patrie et son institut pour oasser en Angleterre, séduit qu'il était par [ 'espoir de briller sur un plus grand théâtre. Mais, trompé dans son attente, il fut réduit à se faire précepteur pour vivre. Le grandduc Côme III , prince religieux , ayant obtenu de l'ordre le pardon de ses erreurs , Moniglia revint en Italie , et fut adjoint au savant Père Thomas-Marie Minorelli , préfet de la bibliothèque de Casanale à Home. Appelé à -succéder dans la chaire de théologie de Florence au Père Orsi, qui fut depuis car-

dinal , ses talents le firent connaître à toute l'Italie. Il s'appliqua à faire oublier ses anciennes fautes , et fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique à Pise, par le grandduc François. Le pape Benoît XIV, qui faisait grand cas de son mérite , le combla d'honneurs. On a du Père Moniglia : de Origine sacrariim preewn Rosarii B. M. V. disserlatio, Borne, 1725, in-8°. Cette dissertation est dirigée contre les bollandistes , qui prétendaient que saint Dominique n'est point l'auteur des prières du Bosaire : de Annis Jcsu Christi servatoris, et de religione utriusque Philippi Aug. dissertationes duœ , Borne, 17il , in-»" ; Dissertazione contro i fataiisti, deux parties, Lucques, 17ii ; Dissertazione contro i matcrialisti ed altri increduli, 2 tom. in-8°, Padoue , 1750 ; Osservazioni criticofilosofiche contro i materialisti , divise in due trattati , in-8°, Lucques , 1760. Moniglia fut un des premiers qui , en Italie , s'élevèrent contre les doctrines philosophiques. La mente umana spirito imrnortale, non materia pensante, 2 t. in-8°, 1766. Ses connaissances ne se bornaient pas à la théologie. Outre le latin et le grec, Moniglia savait l'hébreu ; il était versé dans l'histoire ancienne et moderne , et possédait parfaitement la géographie. Ni les hautes mathématiques, ni l'histoire naturelle ne lui étaient étrangères, et peu de savants jouissent d'une réputation mieux établie. H a aussi beaucoup écrit sur Y Introduction et les progrès de la religion catholique dans les Indes, particulièrement en ce qui concernait la mission à la Chine du cardinal de Tournon, dont il prit la défense. On trouve sa Vie dans les Vitœ Italorum, de Fabbroni,

MONIQUE (sainte), mère de saint Augustin , née en 332 de parents chrétiens , fut mariée à Patrice, habitant de Tagaste en Numidie, avec lequel elle eut deux 111s et une fille. Elle convertit son mari, qui était païen, et obtint par ses prières et par ses larmes la conversion de saint Augustin, son fils aîné, qui était engagé dans les plaisirs du siècle et dans les erreurs du manichéisme. Après avoir enfanté ce cher enfant à l'Eglise et à la religion , elle mourut en 387 à Ostie , où elle s'était rendue avec lui pour passer en Afrique. L'Eglise célèbre la fête de sainte Monique le h" jour de mai. Par une application ingénieuse et touchante , on lit à l'Evangilo de la messe la résurrection du fils de la veuve de Naïm. L'oraison Deus , mœrentium consolator , etc. , est pleine d'onction et de la plus tendre piété. Godescard a érit la Vie de sainte Monique , et le pape Martin V a rédigé YHistoire de la translation de son corps à Rome en 1430.

MONMOBEL (Chakles Le Bourg de ) , né à Pont-Audemer, fut fait aumônier de la duchesse de Bourgogne en 1697. L'abbaye de Lannoi fut la récompense de son talent pour la chaire , auiant que l'eifet de la protection de madame de Maintenon. Nous avons de lui un recueil d'Êbmëlies estimées , sur les évangiles des dimanches , des jours du carême ? et des mystères de Jésus-Chris ,t et de

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U sainte Vierge. Cette collection, précieuse nn\ curés de campagne et môme a ceux des villes, l'orme 10vol. in-12. L'auteur écrit avec simplicité , avec précision, et ne s'éloigne guère de la méthode et du style des >aints Pères dont il place h propos les plus belles sentences. Nous ignorons l'année de sa mort.

MONNEL (Simon-Edme), conventionnel, 116 l'an 17V8 à Weissembourg, était à l'époque delà révolution curé do Valdolancourl, dans le diocèse de Langres. Elu député aux étatsgénéraux, en 1789, parle clergé du bailliage de Chauinont-en-Bassigny , il vota dans l'assemblée constituante avec le côté gauche, et prêta le serment à la constitution civile du clergé. Il fut élu à la Convention nationale par le département de la Haute-Marne , et vota la mort de Louis XVI, avec appel, mais sans sursis. Apres le9 thermidor, il demanda que les dénonciateurs et comités révolutionnaires fussent tenus d'indemniser les détenus injustement persécutés. Après la session, Monnel devint comm;ssaire du Directoire exécutif près d'une administration départementale ; il ne fut point employé sous le gouvernement de Bonaparte. Banni de France par la loi du 12 janvier 1816, il se rendis à Constance, où il reprit ses fonctions ecclésiastiques, et passa les dernières années de sa vie à expier sa conduite passée. Il dépensait en bonnes œuvres la pension que madame la duchesse d'Angoulème, touchée de ses nouveaux sentiments, lui faisait remettre chaque année. Monnel mourut sur la fin de 1822 ; il avait fait la rétractation suivante : ;< Le « soussigné S.-E. Monnel, prêtre et ci-devant « curé de Valdclancourt, diocèse de Langres, « actuellement à Constance, déclare qu'il réx tracte tout ce qu'il peut avoir fait et mani- « festé, soit d'une manière publique ou par- « ticulière, de contraire à la religion catho- « lique, apostolique et romaine, dans le sein « de laquelle il veut mourir ; priant surtout « ses anciens paroissiens de lui pardonner « les scandales dont il peut s'être rendu cou- «pable; qu'il témoigne, en outre , la plus « vive douleur et le plus sincère repentir « d'avoir voté la mort de son roi Louis XVI ; « qu'il prie humblement Dieu qui est plein « de bonté de le traiter, non selon sa justice, « mais selon ses miséricordes qui sont infi- « nies, en qui il met toute sa confiance. La « présente rétractation faite et remise entre « les mains de M. Wichl, préfet du collège « de Constance, ce jour 29 octobre 1822. »

MONNET (l'abbé], est auteur des Lettres d'une mère à son fils pour lui prouver la vérité delà religion chrétienne, 1768, 3 vol. in-12, réimprimées pour la troisième fois en 1776.

MONNET (Mgr), évêque de Pella, vicaire apostolique de Madagascar, et ancien supérieur de la congrégation de Saint-Esprit, avait d'abord travaillé pendant sept ans, avec beaucoup de succès, à la conversion et à l'instruction des noirs de l'île Bourbon (de la Réunion), et i\ y avait mérité le titre de Père des Noirs. Mais son zèle portait ses vues plus loin, et il souhaitait ardemment d'aller

annoncer l'Evangile aux populations idolâtres de l'île de Madagascar. Lorsque les jésuites y furent envoyés, il s'empressa de se joindre à eux. Obligé de revenir en France après un an de séjour dans cette mission, il fut' choisi pour supérieur par la congrégation du Saint-Esprit, et bientôt après, élevé par le saint-siôge à l'épiscopat, et nommé vicaire apostolique de Madagascar. Le nouveau prélat partit pour sa mission, en juin 1849, accompagné de douze prêtres et de trois frères. Avant de pénétrer dans la grande île de Madagascar, il aborda à l'île voisine de Sainte- Marie, où il eut la consolation de confirmer six indigènes. Le gouverneur lui ayant proposé un logement plus commode que celui qu'il habitait , il préféra ne point se séparer doses prêtres. La case où ils avaient trouvé un abri était humide et malsaine : le prélat y ressentit bientôt les frissons de la fièvre qui devait l'emporter. Il put cependant s'embarquer pour Mayotte; mais à peine entré dans l'hôpital de ce port, il succomba le 1er décembre 1849, six heures après avoir touché cette terre qu'il s'était tant promis de fertiliser.

MONOD (Jean), président du consistoire protestant à Paris, né à Genève en 1765, d'un ministre de cette ville, fut d'abord pasteur à Copenhague pendant quatorze ans, puis à Paris pendant vingt-sept. Il avait été longtemps l'associé du ministre Marron. En 1835 il fit le voyage de Genève pour assister au jubilé séculaire. Il est mort le 23 avril 1836. Suivant le vœu qu'il avait souvent exprimé, son corps n'a pas été présenté au temple protestant. Outre plusieurs articles dans la la Biogr. universelle, on a de lui : Discours prononcé sur la tombe de Frédéric-Jacques JSast, Paris, 1812, in-8°; Sermon d'action de grâces pour la paix et de commémoration de la mort de Louis XVI, Paris, 1814, in-8° ; Lettres de F. V. Reinhard sur ses études et sa carrière de prédicateur, trad. de l'allemand, Genève et Paris, 1816, in-8°.

MONOSZLOI (André), d'une famille noble de Hongrie, fut élevé sur le siège épiscopal de Vesprin, après avoir rempli avec zèle plusieurs autres emplois. On a de lui : De invocationeet veneratione Sanctorum, Tyrnau, 1589, in-4". Cette matière y est amplement et savamment discutée . Nicolas Gyarmati, ministre réformé, attaqua cet ouvrage ; mais Pierre Pazman, depuis cardinal, le fit repentir de sa témérité par une très-solide et élégante réfutation, où il mit au néant tout ce que le ministre avait opposé à l'ouvrage du savant et pieux évêque.

MONSIGNANI (Eliseus), natif du Frioul, entra dans la congrégation des Carmes, fut nommé quatre fois procureur du père général de l'ordre, et mourut à Rome en 1737, après avoir publié Bullarium Carmelitarum, Rome, 1715, 1718, 2 vol. in-folio, ouvrage qui a demandé beaucoup de recherches.

MONSTIER (Artus du), religieux récollet, né à Rouen au commencement Ou xvne siècle, employa le temps que ses exercées de religion lui laissaient libre, à travailler sur l'his-

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tôire de son pays. Il en a composé 5 volumes " in-fol. Le troisième, qui traite des abbayes, a paru à Rouen en 1663* in-fol., sous le titre de Ncuslria pia, livre rare. L'auteur était mor't en 1662, pendant qu'on imprimait ce volume ; ce qui sans doute a empêché les autres de paraître. Les deux premiers traitent des archevêques et évêques, sous le titre de Neustria christiana, le quatrième des saints, sous le litre de Neustria sancta; et le cinquième, de différents objets, sous le titre de Neustria miscellanea. On a encore du P. du Monstier : De la sainteté de la monarchie française, des rois très-chrétiens, et des enfants de France, Paris, 1638, in-8° ; La piété française envers la sainte Vierge Notre-Dame de Liesse, Paris, 1637, in-8°

MONTAGIOLf (dom Cassiodore), bénédictin de la congrégation du Mont-Cassin, et écrivain ascétique , né à Msdène en 1698, mort en 1783, professa plusieurs années la philosophie, et occupa dans sa congrégation diverses places honorables. Parmi ses nombreux écrits nous citerons : Esercizi di celesti affetti trattidal libro de' Salmi, etc., Rome, 1742 ; Trattato pralico délia carità cristianat in quanto è amor verso Dio, Bologne, 1751 ; Venise, 1761 ; Enchiridio evangelico, ossia libro alla mono, in cui contengonsi i precetti e i consigli del ftgliuol di Dio tratti dai SS. PP., Modène, 1755; Maniera facile di meditare con frutto in ciascun giorno deU'anno le massime cristiane, Bologne, 1759, 2 vol. in-12; S. Mauro, abbale, propostoper esemplare alla pielà e alVimitazione de" fedeli, etc., Bologne, 1766 ; Detli, pratiche e ricordi di S. Andréa Avellino , etc., Venise, 1771 ; Parabole del figliuol di Dio, tirate dai quattro evangeli con alcune riflessioni dogmatiche e morali, Plaisance, 1772 ; Il divino sermone del figliuol diDio nel monte, tirato del Vangelo di sanMatteo, etc., Rome, 1779 : cette dernière production surtout est très-estimée.

MONTAGNE (l'abbé Claude-Louis), docteur de Sorbonne et prêtre de Saint-Sulpice, né le 17 avril 1687 à Grenoble, mort le 30 avril 1767, est auteur des ouvrages suivants, qui ont été imprimés plusieurs fois sous le nom de Tournely : De septem Ecclesiœ sacramentis, Paris, 1729, 2 vol. in-12 ; De opère sex dierum, 1.732, in-12 ; De gratia, 1735, 2 vol. in-12; Demysterio sanctissimœ Trinitatis, et de angelis, 1741, in-12 ; plus un .4brégé de la théologie de Tournely.

MONTAIGNE (Jean), docteur de Sorbonne et prêtre de Saint-Sulpice, né l'an 1759 dans le diocèse de Cahors, fut chargé de professer successivement à Toulouse et à Lyon la théologie ; puis il fut maître des études au grand séminaire de Paris. Pendant la terreur il fut arrêté, mais il fut relâché peu de temps après. En 1800, l'abbé Montaigne se joignit à Emery pour réunir les membres épars de sa congrégation, et se remit à enseigner la théologie. Il fut nommé supérieur du séminaire tl'Issy, près Paris ; c'est là qu'il mourut le 14 mars 1821. On a de lui : De existentia Dei, opus posthumum D. Legrand, quondam doctoris sacrœ facilitai is parisiensis

1812, in-8°. L'auteur a mis en tête de ce livre une Notice, bien écrite, sur Legrand, son confrère à Saint-Sulpice,

MONTAIGU (Pierre Guérin de), treizième grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui résidait alors à Ptolémaïde, était de la province d'Auvergne. Il mena du secours au roi d'Arménie contre les Sarrasins, se signala à la prise de Damiette en 1219, et mourut en 1230, regretté de tous les princes chrétiens.

MONTAIGU ( Gillet Aycelin de), évêque de Térouanne, chancelier de France et proviseur de Sorbonne, sous le règne du roi Jean, fut garde-des-sceauxde ce prince pendant sa prison en Angleterre. Mais ayant refusé de sceller les dons indiscrets que le monarque faisait à des seigneurs anglais, il fut congédié. Le roi Jean le rappela ensuite avec honneur, et le fit décorer de la pourpre par le pape Innocent VI, en 1361. 11 rendit des services importants à la France par sa prudence et par sa sagesse. Cet illustre prélat mourut à Avignon en 1378, après avoir travaillé à la réforme de l'université de Paris.

MONTAIGU (Pierre), frère du précédent, appelé le cardinal de Làon, fut proviseur de Sorbonne après lui, et rétablit le collège de Montaigu, qui tombait en ruines. Ce collège avait été fondé à Paris, en 1314, par Gilles Aycelin de Montaigu, archevêque de Rouen, de la mêmefamille que les précédents. Pierre mourut à Paris en 1389, regretté des gens de bien.

MONTAIGU (Richard de), théologien anglais, s'acquit dans le parti protestant une grande réputation par ses ouvrages. Le roi Jacques Ier le chargea de purger l'Histoire ecclésiastique des fables dont quelques écrivains plus pieux qu'éclairés l'avaient remplie. Ce prince le connaissait très-capable de s'acquitter de ce travail. Montaigu publia en 1622, son livre intitulé : Analecta ecclesiasticarum exercitationum, in-fol. Son mérite le fit nommer évêque de Chichester en 1628, puis de Norwich en 1638. Ce prélat pensait en tout comme l'Eglise catholique, à laquelle il se serait réuni, si sa mort, arrivée en 1641, ne l'avait empêché d'exécuter cette résolution. Il était assez habile dans la langue grecque. 11 traduisit 214 Lettres de saint Basile, et celles du patriarche Photius. On a de lui d'autres ouvrages pleins d'érudition.

MONTALDI ( le P. Joseph ), savant philologue et religieux dominicain, né vers 1730 dans les Etats romains, enseigna pendant plusieurs années à Rome, avec beaucoup de succès, puis occupa successivement l.'s chaires de théologie et d'hébreu à Sienne, où il mourut au mois de mars 1816. Les ouvrages qu'il avait composés sont pour la plupart restés manuscrits. Le plus important est un Lexicon hebraicum et chaldco-biblicum, qui parut à Rome, 1789, 4 vol. in-4".

MONTALTE (Louis) : c'est le nom sous lequel s'est déguisé Pascal, lorsqu'il a fait paraître ses Lettres provinciales, n'osant, dit Feller, avouer une production qu'il savait

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