CAN
— Camper quelqu'un l;i, ou le planter là." Prendre de la poudre d'escampette.
Rabelais (Y, 7) dit escamper, pour fuir.
En provençal, escampar signilie répandre, laisser fuir ; aramp, réunion ; acatnpar, amasser, entasser ; rémnipar, rentrer chez soi.
Campagne, expédition militaire, vient de camp. Battre la campagne : déraisoniuM'.
On dira des raisons qui me fei-out hattre la campagne. (Molière, Fourberies.)
Camus. vSynonyme : gueux de nez; néanmoins. En Berry, on dit dénété.
Camus comme un singe.
Camus de Lamballe ; un pied et demi de nez. Camuse comme une carpe : le nom de la carpe en argot est ca?nuse.
Canaille, de raiiis, chien: ou d'après Naudet, de canalirnla, liabitants les bords du canal ; parce que les bouffons et les mimes se tenaient à Rome le long d'un canal qui traversait le forum. (Note sur Plante.)
.1. Lipse le fait venir de canh, race de chien, et ce sentiment est confirmé par l'ancien mot chlenaiUe.
— Racaille est synonyme de canaille. Ce mot prend le sens de roué, débauché.
Merci ! je serai canaille tant qu'on voudra ; mais mauvais genre, jamais ! (Gavarni.)
Canapé, du \ivvv /^ànn/irion, pavillon de lit dont se servaient les Egyptiens [)oiir se garaiilir îles moustiques (en grec A'o/if)yj.<f). C'était donc un rideau contre les cousins.
Yarron {De re rustica, II, 10) dit conopeum pour un lit d'accouchée.
Entre les précieux conopées, entre les courtines dorées. (Rabelais.
Y. Hugo fait Ncnir canapé de ca/i rt/yj<V, chaise longue ot'i l'on peut s'étendre et a\oir son chien à ses pieds.
J. Jauin le tire plaisamment de canibm aptum, agréable aux chiens.
Canard ; féminin cane, jadis ane de anas.
— Mensonge, tromperie.
19â CAN
Jadis on appelait cosnard un flalleur, c'est-à-diro nn trompeur. La plupart des journalistes écrivent avec une plume de canard.
— Canard, nouvelle fausse répandue dans le public, et à laquelle on donne une apparence vraiseml)lal)le ; récit mensonger inséré dans un journal, et qui contient la relation d'un événement inventé à plaisir.
C'est peut-être dans le même sens qu'on dit : faire des cancans, imiter le canard.
— Cornélissen, pour reucliérir sur certaines nouvelles absurdes données par les journaux, lit annoncer qu'on avait fait cette expérience sur la voracité des canards. Vingt de ces animaux avaient été réunis. L'un d'eux, liaché menu, avec ses plumes, fut dévoré par les dix-neuf autres. L'un de ces derniers servit à son tour immédiatement de pâture aux dix-buit restants, et ainsi de suit« jusqu'au dernier, qui se trouva ainsi avoir dévoré, séance tenance, ses dix-neuf congénères.
Ce canard obtint le plus grand succès.
— Le Diclhnnaire de V industrie (Paris, Lecourlte. 1770) donne l'explication suivante de l'origine du mot canard :
« On lit dans la Gazelle d'agriculture un procédé singulier pour prendre les canards sauvages : on fait l)ouillir un gland de cbéne dans une décoction do séné ou de jalap ; on l'altacbe par le milieu à une ficelle ; on jette le gland à l'eau. Celui qui tient la ficelle doit être cacbé. Le gland avalé purge le premier canard, qui l'avale et le rend aussitôt. Un autre canard survient, avale le même gland et le rend de même. Un troisième, un quatrième, un cinquième s'enfilent de la même manière. »
On rapporte à ce sujet l'bistoire d'un buissier du Percbe, près de l'étang de Guy-de-Cbaussée, qui laissa enfiler vingt canards. Ceux-ci, en s'envolant, enlevèrent l'huissier ; la corde se rompit et le cbasseur eut la jambe cassée. (Lor. Larcbey, Dict. d'argot.)
— Pendant la guerre de Sept ans, un bomme paria un écu contre tontes les nouvelles qui se débitaient, et, à la fin de la guerre, il se trouva très ricbe, tant il avait couru de fausses nouvelles.
— Depuis le grand serpent de mer du Constitutionnel, l'attention malicieuse du public est en garde contre ces nouvelles invraisemblables, et il est devenu fort malaisé de faire avaler la plus petite. couleuvre au lecteur le plus béné...vole.
Cancan, potin, ragot.
Faire des cancans, des commérages : tenir des propos futiles.